LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE

 

LA MONTAGNE DU DIEU CANNIBALE
(La Montagna del Dio Canniable)


Réalisateur : Sergio Martino
Année : 1978
Scénariste : Sergio Martino, Cesare Frugoni
Pays : Italie
Genre : Aventure, horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Ursula Andress, Stacy Keach, Claudio Cassinelli, Antonio Marsina, Franco Fantasia...

L'HISTOIRE : Afin de retrouver son mari disparu dans la jungle de Nouvelle-Guinée, Susan Stevenson monte une expédition non autorisée avec son frère Arthur et Edward Foster, un aventurier qui pense savoir où s'est rendu le mari de Susan. En partance pour l'île de Roka, Susan et ses compagnons vont devoir faire face à divers événements ne leur facilitant pas la tâche mais aussi affronter l'hostilité de la nature et de la jungle. Un environnement qui cache un danger encore plus terrifiant...

MON AVIS : Après s'être illustré dans le giallo au début des années 70, Sergio Martino va ajouter d'autres cordes à son arc et se tourne vers la comédie (Mademoiselle Cuisses Longues avec Edwige Fenech), le polar (Polices Parallèles), le thriller (Mort suspecte d'une mineure) ou le western (Mannaja, l'homme à la hache). Puis, en 1978 et 1979, il offre aux fans de cinéma Bis trois films qui mêlent aventure et horreur et qui s'avèrent hautement attachants. Le premier sera La Montagne du Dieu Cannibale puis on aura Le Continent des Hommes Poissons et Le Grand Alligator. Ce mélange entre l'aventure et l'horreur a été mis au goût du jour en Italie par l'entremise d'Umberto Lenzi et de son Cannibalis - Au pays de l'Exorcisme puis de Joe d'Amato avec Emanuelle et les Derniers Cannibales ainsi que de Ruggero Deodato avec Le Dernier monde Cannibale. Comme on le voit avec ces différents titres, l'horreur en milieu exotique en Italie rime souvent avec cannibalisme. C'est sûrement ce qu'a du se dire Sergio Martino et son frère producteur Luciano Martino puisqu'au départ, le projet était de réaliser un film d'aventure s'inspirant largement - et librement - du roman Les Mines du Roi Salomon de H. Rider Haggard. Dans ce dernier, un homme partait à la recherche de son frère disparu et engageait un guide connaissant les dangers de la jungle pour tenter de le retrouver. Ici, c'est une femme qui cherche son mari disparu, avec l'aide de son frère. Cette femme, c'est Ursula Andress, la fameuse première James Bond Girl, qui sera accompagné par Stacy Keach, qui joue le rôle du guide expert en survie en milieu hostile, ainsi que par Antonio Marsina qui interprète son frère. Notre trio va donc vivre de multiples péripéties au beau milieu de la jungle et croiser d'innombrables animaux dont des araignées, serpents et autres crocodiles. On le sait, le film de cannibales italiens est souvent décrié pour ses séquences de morts d'animaux, qui sont mises en scène de manière gratuite, histoire d'avoir des images choquantes. Ce n'est pas La Montagne du Dieu Cannibale qui viendra inverser la tendance puisque le film de Martino regorge de séquences horribles et putassières, la pire étant l'agonie d'un petit singe victime d'un python. Des scènes dont le réalisateur n'est pas fière et qui n'apportent pas grand chose à l'intrigue, si ce n'est de nous montrer que la nature aussi peut être cruelle. Soit. Heureusement, l'horreur ne se cantonne pas qu'à ses séquences animalières et le film nous offre d'autres atrocités, avec effets spéciaux cette fois-ci ! Décapitation, festin anthropophage, crâne fracassé contre une pierre et j'en passe feront partie des joyeusetés gore proposées par ce film assez généreux en la matière. L’exotisme et la violence graphique sont bien équilibrés et Martino rajoute en plus une pincée d'érotisme, les amateurs d'Ursula Andress pourront donc voir leur actrice fétiche entièrement dénudée le temps d'être peinturlurée par les fameux Pouka, une tribu cannibale cachée dans la fameuse montagne du titre. Avant cela, on aura droit à une aventure pleine de danger, avec quelques séquences de tensions assez réussies, comme cette traversée de rapides dont le tournage n'a pas du être de tout repos pour les acteurs, souvent trempés de la tête au pied. Ursula se retrouve même entouré d'un python (ou d'un anaconda ?) et on félicitera l'actrice pour son sang froid. Si la présence de la tribu cannibale est visible tout au long du film, Sergio Martino prend son temps avant de réellement nous les faire rencontrer. Durant une bonne heure, on voit de temps à autre des natifs portant de curieux masques qui font planer un supposé danger sur le petit groupe d'explorateurs. C'est seulement dans la dernière demi-heure qu'on va plonger au sein même de la tribu cannibale, et, par la même occasion, au sein même des déviances du cinéma Bis italien, avec des images que seul le cinéma Bis peut nous offrir, comme cet accouplement entre un cannibale et un... cochon ! On trouve même parmi la tribu un nain cannibale ! Toujours dans l'excès ces Italiens ! Ursula Andress, malgré son statut de prisonnière, sera vêtue et vénérée comme une sorte de déesse, ce qui peut se comprendre ! La Montagne du Dieu Cannibale brasse large et ce mélange d'aventure, d'horreur, d'exotisme, de paysages de carte postale, de cruauté animale et de gore s'avère toujours aussi plaisant à revoir, le film ayant une liberté dans les images qu'il propose qu'on ne retrouvera plus jamais à notre (triste) époque. Habile artisan du cinéma Bis, Sergio Martino nous propose un divertissement sauvage de qualité, comme souvent avec ce réalisateur.

* Disponible en combo DVD + BR et version intégrale chez ARTUS FILMS
Bonus
Présentation du film par Curd Ridel
Dans la jungle, avec Sergio Martino
Sans trêve, avec Claudio Morabito
La grande aventure, avec Antonello Geleng
Diaporama d’affiches et de photos
Film-annonce original



LA CORRUPTION DE CHRIS MILLER

 

LA CORRUPTION DE CHRIS MILLER
(La corrupción de Chris Miller)


Réalisateur : Juan Antonio Bardem
Année : 1973
Scénariste : Santiago Moncada
Pays : Espagne
Genre : Thriller, giallo
Interdiction : -12 ans
Avec : Jean Seberg, Marisol, Barry Stokes, Perla Cristal, Rudy Gaebel...

L'HISTOIRE Années 1970, dans le Pays basque espagnol. Ruth Miller réside dans sa propriété avec sa belle-fille, Chris, psychologiquement instable. Ruth, quant à elle, souffre de névrose après avoir été abandonnée par son mari. Les deux femmes vivent dans un climat de peur, d’autant que, depuis plusieurs mois, la région est le théâtre d’une série de meurtres. Lors d’une nuit d’orage, un vagabond, Barney Webster, vient se réfugier dans la grange des Miller. Après un moment d’hésitation, Ruth l’engage comme homme à tout faire. Très vite, Barney va se livrer à un jeu de séduction auprès des deux femmes... 

MON AVIS : Si le giallo vient d'Italie, d'autres pays s'y sont évidemment frottés, dont l'Espagne entre autres, avec ce film de Juan Antonio Bardem (oncle de l'acteur Javier Bardem) réalisé en 1973. La Corruption de Chris Miller s'apparente plus au giallo de machination qu'au giallo traditionnel, même s'il y a un tueur masqué dans le film de Bardem. Un tueur qui sera particulièrement mis en avant lors d'une séquence de massacre dans une ferme mais qui n'est clairement pas l'élément central de l'histoire. Même si le spectateur va chercher à savoir qui est ce tueur bien sûr, qui s'illustre également de manière très originale dans la séquence introductive, dans laquelle, grimé en Charlie Chaplin, il assassine sauvagement sa maîtresse. Mais si son ombre plane sur le film, elle n'est en rien ce qui intéresse réellement le réalisateur. Ce dernier préfère nettement se focaliser sur son duo d'actrices, à savoir la blonde Jean Seberg et Marisol, qui est pourvue de magnifiques et hypnotiques yeux bleus. Si la première est principalement connue pour être l'actrice principale du classique A bout de Souffle de Jean-Luc Godard, la seconde est une star en Espagne, ayant débutée au cinéma en tant qu'enfant prodige dès 1960 à l'âge de 12 ans puis en devenant un membre actif du parti communiste ainsi qu'une chanteuse renommée. Elle interprète ici la fameuse Chris Miller du titre, une jeune femme possédant des troubles psychologiques suite à un drame vécu quand elle était adolescente et qui vit avec sa belle-mère, cette dernière ayant été délaissée par son mari. Les deux femmes ont un comportement assez intrigant, on a du mal à les situer et ce n'est pas l'intrusion d'une bel étalon, interprété par Barry Stokes, qui va venir apaiser leur relation pour le moins tendue. Le vagabond va en effet se montrer très séducteur auprès des deux femmes et rapidement, on en vient à se demander s'il ne serait pas le tueur vu lors de l'introduction, surtout qu'il fouine pas mal dans les tiroirs, comme s'il cherchait quelque chose. Un petit jeu du chat et de la souris se met en place et l'ambiance devient un peu moite, flirtant avec un érotisme suave même si très peu démonstratif visuellement. Rapidement, La corruption de Chris Miller se transforme en huis clos et le triangle amoureux qui se noue progressivement fait basculer le film dans un climat un peu anxiogène. Le film se montre très contemplatif, il n'y a quasiment pas d'action mais pour qui aime ces ambiances posées, qui diffusent une certaine lenteur qui n'ennuie en fait jamais, il ne faut pas hésiter à le visionner. Surtout qu'il regorge de superbes images aux couleurs travaillées, telles le meurtre final, ultra-stylisé et qui renvoie bien aux codes du giallo. Cette immersion dans la psyché torturée des deux héroïnes, si différentes et pourtant si semblables, les beaux yeux de Marisol, l'ambiance et l'esthétisme qui se dégagent des images font de ce film de Juan Antonio Bardem une petite curiosité qui mérite d'être découverte et qui m'a parfois fait penser au classique Les Diaboliques de Clouzot.   A noter que la même année, Bardem a du terminer le film La Cloche de l'Enfer suite au décès du réalisateur Claudio Guerin

* Disponible en Blu-Ray chez Le Chat qui Fume


TERRIFIER 3

 

TERRIFIER 3
(Terrifier 3)


Réalisateur : Damien Leone
Année : 2024
Scénariste : Damien Leone
Pays : Etats-Unis
Genre : Horreur, gore
Interdiction : -16 ans
Avec : Lauren LaVera, David Howard Thornton, Jason Patric, Samantha Scaffidi...

L'HISTOIRE : Revenu parmi les vivants grâce à Victoria, après son combat contre Sienna Shaw, Art le clown va transformer Noël en véritable cauchemar pour les habitants de Miles County, tout en continuant à vouloir se venger de Sienna et de son jeune frère Jonathan...

MON AVIS : Et de 3 pour la franchise Terrifier, dont le succès inespéré doit donner des ailes à son créateur, Damien Leone ! Terrifier 2 a même eu droit à une sortie cinéma dans quelques salles en France en 2023 et on trouve désormais dans les rayons des Fnac ou autres grandes surfaces les vinyles des bandes-originales de Terrifier et de Terrifier 2 ou les DVD / BR de ces derniers ! Un véritable succès pour ces films à ne pas mettre devant tous les yeux, qui s'explique principalement par le charisme de son abominable tueur en série, le dénommé Art le clown bien sûr, devenu en l'espace de quelques années une icone du cinéma d'horreur au même titre de Freddy Krueger, Jason Voorhees, Michael Myers ou Leatherface entre autres. Ses mimiques, son rictus, ses expressions de visages, son costume, son petit chapeau et le fait qu'il ne prononce pas un mot ont donné satisfaction au public, qu'il soit passionné de cinéma de genre ou novice en mal d'effusions de sang. Si on a reproché à Terrifier 2 sa durée, avec plus de 2h20 au compteur, impossible de lui reprocher par contre sa générosité en terme de séquences gore. Car outre Art le clown, la marque de fabrique de la saga Terrifier reste bien ses scènes chocs, qui ne lésinent pas à en faire trop et à estomaquer le public non averti, quand les fans de cinéma horrifique se délectent des impressionnants effets spéciaux qui font couler le sang à gros bouillon. Certes, le scénario dans les deux premiers Terrifier ne se révèle pas être l'élément le plus travaillé, même si un effort à été fait à ce niveau dans le second film. Maintenant, est-ce qu'on vient voir un pur film gore pour son scénario ? Pas vraiment pour ma part. Terrifier et Terrifier 2 ont donc largement remplis leur mission en ce qui me concerne. L'annonce d'un Terrifier 3, se déroulant durant la période de Noël qui plus est, a affolé les fans d'Art le clown, qui se sont demandés si Damien Leone en avait encore sous le pied pour satisfaire leur soif d'hémoglobine. Ayant pu voir le film en avant-première, je peux donc vous donner la réponse à cette question : OUI. Avec une durée ayant été revue à la baisse (2h et des poussières), Terrifier 3 nous permet de retrouver la charmante Sienna Shaw (toujours interprétée par Lauren LaVera) et son frère Jonathan (toujours Elliot Fullam), qui tentent tous deux de retrouver une vie normale et d'oublier leur sanglante rencontre avec Art le clown. Manque de bol, ce dernier n'est pas mort et ressuscite via un accouchement bien dégueulasse, étant devenu une entité maléfique. Accompagné par une Victoria en pleine décomposition, Art le clown reprend donc du service quelques temps après la fin de Terrifier 2, bien décidé à poursuivre ses horribles méfaits. Et ça démarre sur les chapeaux de roue avec une séquence introductive qui nous fait rapidement comprendre que notre clown tueur a encore des idées pour varier les plaisirs et faire jaillir le sang plus qu'il n'en faut. Un premier meurtre qui relève directement de la boucherie et qui met particulièrement bien en avant le travail des équipes d'effets spéciaux et de maquillage, qu'il faut à nouveau saluer pour leur travail sur cette saga. Le film alterne ensuite entre la vie compliquée de Sienna et Jonathan et des meurtres perpétrés par Art, jusqu'à ce que tout ce petit monde ne se retrouve. Le point d'orgue de Terrifier 3 reste la scène de la douche, dans laquelle Art va venger tous les spectateurs déçus de la faible utilisation de la tronçonneuse dans le Massacre à la Tronçonneuse de Tobe Hooper. Amateur de démembrement, de barbaque et de tripailles, cette séquence ultra gore est pour vous ! Assez bien rythmé, avec un scénario qui tient la route et s'intéresse à la psychologie de son héroïne, Sienna Shaw, festif et dégoûtant à la fois, ne s'arrangeant jamais avec le politiquement correct, Damien Leone offre aux fans d'Art le clown ce qu'ils sont en droit d'attendre, à savoir du gore en veux-tu, en voilà ! Terrifier 3 ne décevra pas les amateurs des œuvres précédentes, qui en auront donc encore pour leur argent. Personnellement, j'ai pris un gros plaisir régressif à admirer les massacres d'Art le clown, superbement conçus et je comprends que cette saga ultra gore trouve son public. Car sans être les films du siècle, sans non plus verser dans l'originalité la plus novatrice en matière de gore, surtout si vous êtes amateurs de cinéma extrême et qu'Olaf Ittenbach, Jorg Buttgereit, Karim Hussain ou Marian Dora entre autres font partie de vos auteurs fétiches, il n'empêche que les trois Terrifier ainsi que All Hallows' Eve sont hautement jubilatoires, décomplexés, outranciers, et qu'en terme de sang déversé à l'écran, ça se pose là quand même ! Du divertissement bien gorasse, qui fait plaisir à voir et même à revoir. Partant pour un épisode 4 bien sûr !        

 

EXTREMELY WICKED, SHOCKING EVIL & VILE

 

EXTREMELY WICKED, SHOCKINGLY EVIL AND VILE
(Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile)


Réalisateur Joe Berlinger
Année : 2019
Scénariste : Elizabeth Kendall, Michael Werwie
Pays : Etats-Unis
Genre : Biographie, Drame
Interdiction : -12 ans
Avec : Lily Collins, Zac Efron, Angela Sarafyan, Kaya Scodelario, Grace Victoria Cox...

L'HISTOIRE Liz, une mère célibataire tombée amoureuse de Ted Bundy, refuse de croire à ses crimes pendant des années. Lors du procès de celui qui deviendra l'un des plus célèbres serial-killers des Etats-Unis, son amour sera sérieusement remis en cause...

MON AVIS : En 2019, le réalisateur Joe Berlinger s'est pris de passion, pourrait-on dire, pour le tueur en série Ted Bundy, qui fût exécuté le 24 janvier 1989 en Floride. En effet, cette même année, il réalise le documentaire Ted Bundy : autoportrait d'un tueur mais également le film Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile, qui relate l'affaire Bundy vu à travers les yeux de Liz Kendall, sa petite amie de l'époque. Le titre, qui peut sembler énigmatique, provient en fait du discours final du juge chargé de l'affaire, qui dira "la Cour a jugé que les crimes commis étant particulièrement atroces et cruels, extrêmement vicieux, scandaleusement abominables et ignobles..." Le nombre de victimes réelles de Ted Bundy reste encore un mystère. Peu avant son exécution, il en a avoué une trentaine mais d'après certains experts, ce chiffre doit probablement être revu nettement à la hausse. Malgré ses allures de séducteur et de monsieur tout-le-monde, gentil et serviable, Theodore Robert Bundy était un véritable monstre qui a tué, massacré, violé ses victimes, parfois même plusieurs jours après leur mort, qui en a décapité plusieurs, conservant leurs têtes dans son appartement. Connaissant parfaitement la loi, il a fait de son procès, le premier entièrement diffusé à la télévision, un véritable show à l'américaine, renvoyant son avocat qu'il trouvait incompétent, assurant lui-même sa défense, charmant le juge par sa répartie, et demandant même une de ses ex toujours amoureuse de lui, Carol Ann Boone, en mariage en pleine audition ! Cela ne suffira pas pour obtenir la clémence du jury et il sera déclaré coupable et condamné à la mort par électrocution. C'est Zac Efron qui endosse la peau d'un des pires tueurs en série américain et l'acteur s'en sort particulièrement bien, mettant en avant l'apparente normalité de son personnage et surtout son charisme, qui lui a permit de séduire de nombreuses jeunes femmes. L'intérêt de ce film est qu'il ne montre aucun meurtre, qu'il ne joue absolument pas sur le voyeurisme pervers ou le sensationnalisme. On suit Ted Bundy vivre sa vie au côté d'une jeune mère célibataire, Liz Kendall, qui ne se doute de rien et aura bien du mal à croire que son charmant fiancé est un sociopathe de la pire espèce. Connaissant parfaitement son sujet, Joe Berlinger livre un biopic original, tourne des scènes similaires avec ce qu'il s'est réellement passé, reprend les dialogues véritables entendus lors du procès de Bundy. L'amateur de sensations fortes en sera pour ses frais puisque, à part une photo particulièrement macabre vue vers la toute fin du film, il n'y a quasiment pas une goutte de sang ou scène de violence dans Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile. Ce qui n'empêche pas le film de faire froid dans le dos, notamment lors du procès et de la scène de la dentition. Mais on a réellement affaire à un film qui s'affirme dans la sobriété, ne décrivant même pas la nature effroyable des meurtres de Bundy. Ce qui fait, qu'au final, si on ne connaît pas cette affaire et l’ignominie de ses crimes, on en arrive presque à le trouver sympathique et à croire à son innocence, jusqu'à sa confrontation finale avec Liz Kendall dans un parloir, où le simple fait d'écrire un mot sur la paroi les séparant provoque un réelle sentiment de malaise. Une approche différente donc d'un sujet passionnant et que j'ai beaucoup apprécié. 


THE DELIVERANCE

 

THE DELIVERANCE
(The Deliverance)


Réalisateur : Lee Daniels
Année : 2024
Scénariste : David Coggeshall, Elijah Bynum
Pays : Etats-Unis
Genre : Horreur, Drame, Possession
Interdiction : -12 ans
Avec : Andra Day, Glenn Close, Anthony B. Jenkins, Caleb McLaughlin, Demi Singleton...

L'HISTOIRE : Vivant avec ses trois enfants et sa mère atteinte d'un cancer, Ebony a bien du mal à joindre les deux bouts. L'assistante sociale passe régulièrement chez elle pour s'assurer que les enfants vont bien et sa relation avec sa mère est parfois tumultueuse. Qui plus est, des événements étranges se produisent dans leur nouvelle maison. Petit à petit, le comportement de son plus jeune fils, André, se met à changer. Il semble parler à un ami imaginaire et a des crises erratiques qui transforment sa personnalité et semblent influer également sur le comportement de son frère et de sa sœur...

MON AVIS : J'ai pensé durant un bon moment que ce film était une production Jordan Peele. L'histoire de cette famille noire, vivant dans la pauvreté et se trouvant confrontée à une présence insidieuse au sein de leur maison aurait tout à fait eu sa place chez le réalisateur de Get Out et Us. Raté. Sauf que The Deliverance est tout de même un film de Lee Daniels, Un réalisateur noir et engagé, qui aime aborder les problèmes familiaux et les conditions de vie difficile de la communauté noire aux Etats-Unis. Pour The Deliverance, il a pris pour base un fait divers réel, celui survenu à madame Latoya Ammons, aussi connu sous le nom de Demon House 2011. En 2011 donc, madame Ammons, sa mère, ainsi que ses trois enfants, ont indiqué avec vécu des événements paranormaux dans leur maison. Un cas extrêmement documenté, qui a beaucoup fait parlé de lui aux Etats-Unis, notamment avec le documentaire  The demon house de Zak Bagans réalisé en 2019. Ce chasseur de fantômes a acheté la maison pour 35000$ et l'a démoli deux ans plus tard, affirmant qu'il avait détecté quelque chose de très puissant à l'intérieur. Lee Daniels va donc utiliser ce fait divers pour brosser le portrait désenchanté d'Ebony, interprétée par Andra Day. Sans le sou, impulsive, Ebony tente de lutter contre ses démons intérieurs, à savoir l'alcool entre autres. Quand la colère s'empare d'elle, elle a du mal à se contrôler et ses enfants ont font parfois les frais, ce qui provoque le courroux de sa mère (Glenn Close) et dégrade encore plus les relations familiales. Le film est donc avant toute chose un drame social, un drame de la misère tel qu'en vive des milliers de famille à travers le monde. Tout comme dans L'Exorciste de William Friedkin, référence maîtresse du film de possession, le mal va frapper les enfants pour mettre les parents face à la réalité de leur comportement. Ici, c'est le jeune André (excellent Anthony B. Jenkins, vraiment flippant parfois rien qu'avec son regard vide et perdu...) qui va être la première victime de forces diaboliques et se voir posséder, avant que la contamination ne s'empare de son grand frère et de sa sœur, de manière tout de même moins démonstrative que dans le Friedkin. La dernière demi-heure bifurque dans le fantastique pur, avec cette délivrance qui reste un alias d'un exorcisme et qui, malheureusement, ne tire pas le film vers le haut et ne se montre pas vraiment à la hauteur de tout ce qui a été fait auparavant dans le genre. Reste une chronique sociétale intéressante, un casting plutôt bon, mais rien qui ne sorte de l'ordinaire ou du non vu au niveau des éléments de possession eux-mêmes.

  

L'AVION DE L'APOCALYPSE

L'AVION DE L'APOCALYPSE
(Incubo sulla città contaminata)


Réalisateur : Umberto Lenzi
Année : 1980
Scénariste : Antonio Cesare Corti, Luis María Delgado, Piero Regnoli
Pays : Italie, Espagne, Mexique
Genre : Horreur, infectés
Interdiction : -16 ans
Avec : Hugo Stiglitz, Laura Trotter, Maria Rosaria Omaggio, Francisco Rabal, Sonia Viviani...

L'HISTOIRE : Un accident a eu lieu dans une centrale nucléaire. Le journaliste Dean Miller doit se rendre à l'aéroport pour interviewer un professeur spécialiste sur le sujet. Un avion non identifié atterrit et libère une horde de personnes infectées par les radiations, ce qui les rend particulièrement agressives et assoiffées de sang. Dean Miller parvient à s'échapper et rejoint l'hôpital dans lequel travaille sa femme. Pendant ce temps, le général Murchison tente de gérer la situation, qui devient rapidement incontrôlable, chaque blessure provoquée par un infecté entraînant une nouvelle contamination...

MON AVIS : Bon, premièrement, on va régler la question numéro un quand on parle de L'Avion de l'Apocalypse : ce n'est pas un film de zombies ! Voilà. Comprendo ? C'est un film d'infectés, de contaminés, et c'est même quasiment le premier, à l'exception de La Nuit des Fous Vivants de George A. Romero en 1973, du Rage de David Cronenberg en 1977 ou du film de Jean Rollin, Les Raisins de la Mort en 1978. Donc vous n'aurez pas de gens qui marchent lentement ou se relèvent de leurs tombes mais des infectés qui peuvent taper un sprint, manier avec dextérité diverses armes ou contaminer les autres personnes qu'ils agressent afin de propager la contamination. Alors oui, ils ont une gueule pleine de pustules, on croirait même qu'ils ont une pizza sur le visage pour certains d'entre-eux et oui, il faut leur tirer une balle dans la tête si on veut s'en débarrasser pour de bons. Mais ce ne sont pas des morts vivants. OK ? C'est bon, vous ne ferez plus l'erreur ? Et en plus, c'est validé par le réalisateur lui-même donc bon, ça a le mérite d'être clair. Umberto Lenzi, puisque c'est de lui qu'il s'agit, véritable touche-à-tout qui a œuvré dans divers genres du cinéma Bis, étant même le précurseur du film de cannibales avec son Cannibalis - Au pays de l'exorcisme en 1972, va donc mettre en scène cette invasion d'infectés en 1980, soit 22 ans avant 28 Jours plus tard ! Considéré par les amateurs de Bis rital comme un fleuron du genre et ce, malgré ses défauts, L'Avion de l'Apocalypse a pour lui son rythme trépidant, dynamique, qui ne laisse pas beaucoup de repos au spectateur, subjugué (ou atterré, c'est selon) par les maquillages outrancier des contaminés ou par les nombreuses scènes dans lesquelles le gore a sa place, avec des effets souvent bricolés et voyants mais qui participent au charme de cette production qui n'a pas peur d'en faire trop. Les infectés ne lésinent pas sur leurs efforts pour massacrer à tour de bras, à grand coup de hache, de couteau, de machette, de bâton, de pistolet-mitrailleur ou de morsures sanglantes, déversant sans retenue le précieux liquide rouge dont ils raffolent ! Qui plus est, ils sont un peu pervers ces contaminés, car dès qu'ils choppent une pauvre femme innocente qui passait par là, hop, ils ne peuvent s'empêcher de lui ôter ses vêtements afin d'abreuver le public de nombreux plans nichons ! Quitte à s'amuser ensuite à découper un sein au couteau hein, on n'est plus à ça près ! Dans ce tourbillon de meurtres incessants, on trouve quelques personnages principaux qui tentent de survivre à tout ça, comme le journaliste Dean Miller (Hugo Stiglitz) et sa femme médecin, le docteur Anna Miller (Laura Trotter), qui vont évoluer dans différents décors urbains où la menace n'est jamais absente. On trouve aussi Mel Ferrer qui joue un général devant solutionner le problème ou quelques charmantes actrices comme Maria Rosaria OmaggioStefania D'Amario ou Sonia Viviani entre autres. On a même un sous-texte engagé en filigrane, notamment sur le fait que l'évolution des découvertes scientifiques, comme le nucléaire, ne représentent pas un danger au départ mais que c'est la faute de l'être humain si ça le devient ! L'armée en prend pour son grade et la religion est aussi égratignée ici, comme c'est souvent le cas dans les films Bis italien. Personnellement, je ne porte pas aux nues L'Avion de l'Apocalypse, je lui préfère largement les films de Lucio Fulci par exemple. Néanmoins, je prend un certain plaisir à le revoir, me disant presque que ça pourrait être Bruno Mattei derrière la caméra tant le film ne s'encombre guère d'un scénario travaillé et mise tout sur le divertissement horrifique, bien présent. C'est un film fun, délirant, parfait pour se vider la tête. La musique de Stelvio Cipriani est assez sympa aussi et que dire de la scène finale, qui ne manquera pas de vous faire hurler un Oh Lenzi, t'abuses là !!! Le complément parfait à un double-programme avec Virus Cannibale !  

* Disponible en combo DVD+BR chez ARTUS FILMS
Superbe copie, présentée en version intégrale de 91 minutes, en VF et VOSTF.
Bonus : 
- Présentation du film par Emmanuel Le Gagne et Sébastien Gayraud
- Diaporama d’affiches et de photos
- Film-annonce original
- Pour aller plus loin : livret 64 pages de David Didelot « L’avion de l’apocalypse, l’horreur malgré soi »


LE TUEUR DU PREMIER MAI

LE TUEUR DU PREMIER MAI
(Le tueur du premier mai)


Réalisateur Sylvain Govaert, Stéphane Mania
Année : 2023
Scénariste : Sylvain Govaert
Pays : France
Genre : Epouvante, slasher
Interdiction : -12 ans
Avec : Alex Bru, Cassy Trannoy, Jayjay Tranotello, Seb Foucs, Michèle Govaert...

L'HISTOIRE : Un groupe d'amis décide de profiter du 1er mai pour aller se détendre dans une maison d'hôtes, tenue par Jesus et Jamon. Ces derniers, adeptes de la notion du travail, voient d'un mauvais œil l'attitude désinvolte et moqueuse des jeunes. Jesus demande alors à Jamon de revêtir son costume d'épouvantail pour aller les effrayer. Pour Bobby et ses amis, le 1er mai va s'avérer particulièrement macabre cette année...

MON AVIS : Située dans le département de l'Oise, la commune de Bazicourt possède deux associations de passionnés de cinéma de genre : Bazicourt-Métrage et Winebag Productions. A la tête de ses deux associations, on trouve un certain Sylvain Govaert, que les lecteurs du site horreur.com connaissent bien sous le nom de Sylvain Gib. Ayant déjà réalisé pas mal de petits courts-métrages fauchés, l'équipe est passé au stade supérieur avec Dernière faveur, un court de 7 minutes qui a raflé de nombreux prix dont Meilleur réalisateur européen, Meilleur court métrage original, Meilleure société de production indépendante et Meilleure idée originale ! Un beau palmarès qui a donné l'envie aux membres de l'équipe de s'essayer au moyen-métrage avec Le tueur du Premier Mai ! D'une durée de 65 minutes, on trouve derrière la caméra Sylvain Govaert bien sûr mais aussi Stéphane Mania. Avec les moyens du bord, à savoir pas grand-chose, et avec un budget équivalent au prix d'un carnet de ticket de tram à mon avis, les deux sus-nommés se lancent dans le slasher movie teinté de survival et de redneck movie, le tout dans une ambiance qui verse dans l'humour et qui ne se prend jamais au sérieux. Mais contrairement aux jeunes héros du film qui ne souhaitent que glander, Sylvain et Stéphane ont bien bossé ! Sur un scénario somme toute classique, qui reprend les codes usités dans le cinéma de genre, et avec un casting composé d'acteurs et d'actrices amateurs, nos deux réalisateurs en herbe ont mis toute leur passion en action pour proposer au public une série Z ultra fauchée certes mais qui possède une mise en scène des plus corrects, avec notamment quelques plans aériens filmés avec un drone qui offrent une belle dimension à cette petite production. Moi perso, ça m'a épaté, je me suis dit bah merde, ils ont loué une Louma ou quoi ? Trop fort les gars ! Comme quoi, avec très peu de moyens, on a des idées qui permettent d'assurer un max ! L'histoire, comme vous l'avez lu dans le résumé ci-dessus, est assez drôle : un groupe de jeunes branleurs veut passer un premier mai à s'éclater et picoler mais ce n'est pas du goût de leurs hôtes, pour qui la notion de travail est primordiale. Ces fameux hôtes sont deux espèces de rednecks de la plus belle espèce, vivant au fin fond d'un petit village, et qui parlent avec un accent de cul-terreux affiné au couteau ! Ne supportant pas l'oisiveté de cette jeunesse décadente, le dénommé Jesus somme son pote Jamon de se déguiser en épouvantail et de flanquer une belle frousse à la bande d'amis. Avec son costume de psycho-killer plutôt réussi, le Jamon ne va pas se contenter d'effrayer la petite bande mais va les trucider un à un, ne laissant en dernière potentielle victime que la seule fille du groupe. La fameuse final girl de tous les slashers bien sûr ! Par manque de budget, les meurtres ne versent pas dans le gore craspec et s'avèrent assez soft, même si on a une belle éviscération provoquée par un taille-haie ! Notre épouvantail-tueur diversifie ses attaques et ses instruments de mort et massacre quasiment tout le casting en une bonne demi-heure ! Efficace le plouc ! La dernière demi-heure surfe plus dans le survival, avec notre héroïne qui doit ruser pour rester en vie, quitte à inventer tout et n'importe quoi. Franchement, cette série Z campagnarde et franchouillarde remplit sa fonction : amuser et divertir. Il faut bien avoir en tête que c'est une bande de copains derrière Le Tueur du Premier Mai, qui ne sont en rien des professionnels mais juste des amateurs passionnés. Et réussir à ne pas ennuyer et faire sourire, que ce soit par les dialogues (fort amusant la plupart du temps !) ou les situations proposées, c'est déjà balèze, y'a des pros qui n'y réussissent pas. Bref, bravo à toute l'équipe et on attend le prochain film...

* Le Tueur du Premier Mai a bénéficié d'une sortie Blu-Ray de 100 exemplaires. On commande auprès de -> Sylvain <-   




THE DEEP HOUSE

 

THE DEEP HOUSE
(The Deep House)


Réalisateur : Julien Maury, Alexandre Bustillo
Année : 2021
Scénariste : Julien Maury, Alexandre Bustillo
Pays : France, Belgique
Genre : Epouvante
Interdiction : -12 ans
Avec : Camille Rowe, James Jagger, Eric Savin, Alexis Servaes, Anne Claessens...

L'HISTOIRE : Ben et Tina sont deux Youtubers spécialisés dans l'urbex. Pour leur prochaine vidéo, ils se rendent dans un petit village au sud de la France, afin de filmer les fonds sous-marins d'un lac. Une fois sur place, et devant l'afflux de touristes et de baigneurs, ils décident d'abandonner ce projet. Mais Ben fait la connaissance de Pierre, qui lui parle d'une maison abandonnée et totalement immergée au fond du lac, et dont il connaît l'emplacement. Les deux Youtubers accompagnent Pierre et plongent dans le lac avec leur matériel vidéo. Et effectivement, ils découvrent une immense demeure située à plus de 30 mètres de profondeurs. L'exploration de ce site ne va pas être de tout repos pour le jeune couple...

MON AVIS : Voilà, j'ai enfin vu The Deep House du duo Maury / Bustillo ! Un tandem de réalisateurs français que j'apprécie particulièrement et qui ne m'ont quasiment jamais déçu, de A l'intérieur à Livide, de Aux Yeux des Vivants à Leatherface et Kandisha. Ces deux-là ont une vraie passion pour le cinéma de genre et ils savent la transmettre à leur public. Avec The Deep House, ils mêlent deux de leurs passions, à savoir les maisons hantées et l'exploration sous-marine. On le sait, les tournages sous l'eau sont complexes à mettre en oeuvre et c'est le cas ici. Pour ne pas faire pourrir la maison à cause de l'eau, celle-ci a été immergée étage par étage, ce qui a obligé les deux réalisateurs a tourné les scènes étage par étage également. Un procédé qui colle parfaitement bien avec le rendu final voulu puisqu'on suit ici deux adeptes de l'urbex faisant des vidéos YouTube et qui explorent donc la gigantesque demeure de fond en combe, pièce par pièce et étage par étage. La façon de filmer se rapproche du found footage la plupart du temps, puisqu'on a beaucoup d'images vues par la caméra de l'un ou l'autre des deux protagonistes principaux. Une initiative judicieuse également puisque ce procédé de mise en scène nous plonge directement au cœur de l'action, augmente l'impression de claustrophobie et d'oppression et surtout, permet de distiller un sentiment d'angoisse bien réel, autant chez les deux héros que chez le spectateur. Il faut dire que le décor de cette étrange demeure est parfait pour mettre mal à l'aise et réserver quelques bonnes doses de frayeurs au public. Par petites touches successives, Maury et Bustillo font progresser la peur en nous faisant découvrir la famille qui habitait dans cette maison avant son immersion totale. La famille Montégnac, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, semblait avoir quelques attaches avec le domaine de l'occulte, comme le montre de nombreux symboles cabalistiques dessinés sur les portes ou les murs de la maison. La présence d'un Christ imposant semblant condamner une pièce secrète augmente la sensation d'étrangeté et de malaise, et nous met la puce à l'oreille, tout comme le devise de la famille Montégnac, à savoir N'est pas mort ce qui a jamais dort. Et au long des siècles peut mourir même la mort ! Les amateurs de l'écrivain H.P. Lovecraft ne pourront que faire le lien avec leur auteur favori, créateurs des Grands Anciens et d’innombrables monstres et récits terrifiants. L'ombre de Lovecraft plane donc tout du long de The Deep House et rajoute à la terreur insidieuse qui émane du film et de ses images. L'un des mérites de cet excellent film d'atmosphère est d'avoir renoncé à l'utilisation d'images numériques. Les fantômes de la famille Montégnac sont donc interprétés par de véritables personnes, ce qui leur confèrent une apparence encore plus malaisante. D'une courte durée de 85 minutes, The Deep House fait preuve d'un rythme sans faille, même dans ses moments d'accalmie et de pures explorations. Ce huis clos sous-marin est un petit tour de force, et même si tout n'est pas parfait, c'est une excellente proposition de cinéma fantastique, doublée d'une folle originalité quand au lieu de l'action. Je ne pense pas avoir déjà vu une maison hantée sous l'eau pour ma part. Rien que pour ça, chapeau le duo ! Je prendrai plaisir à le revoir en tout cas, ça c'est sûr ! 

 

THE UNION

 

THE UNION
(The Union)


Réalisateur : Julian Farino
Année : 2024
Scénariste : Joe Barton, David Guggenheim
Pays : Etats-Unis
Genre : Comédie, Action
Interdiction : /
Avec : Halle Berry, Mark Wahlberg, J.K. Simmons, Jessica De Gouw, Mike Colter...

L'HISTOIRE Mike, ouvrier du bâtiment originaire du New Jersey et garçon pragmatique, se retrouve plongé dans le monde des espions lorsque son ex-petite amie du lycée, Roxanne, l’engage pour une mission à hauts risques pour le compte des services secrets américains...

MON AVIS : Bon, rien de neuf dans le ciel des Buddy Movie, ces films d'action avec une forte connotation humoristique dans lesquels deux partenaires que tout sépare doivent faire équipe pour le meilleur et... le pire ! Ici, c'est donc Mike (Mark Wahlberg), ouvrier du bâtiment, qui va devoir bosser en duo avec Roxanne (Halle Berry), son ex-petite amie à l'époque du lycée, qui fait partie d'une agence secrète des USA, uniquement composée des gens ordinaires, qui ont toutefois suivis un entraînement intensif, et ce, pour passer le plus inaperçu possible lors de missions périlleuses. La dernière mission de Roxanne s'est d'ailleurs terminée sur un cuisant échec, la totalité de son équipe s'étant faite éliminer. Ayant toujours la confiance de son patron (J.K. Simmons), Roxanne doit rapidement trouver un nouveau candidat qui devra récupérer une mallette contenant de précieuses informations. Son choix se fait donc sur son ex-petit copain du lycée, qui ne l'a pas revu depuis des années et qui en est toujours amoureux. Ces retrouvailles inattendues vont donc être rythmées par pas mal d'action et beaucoup d'humour, que ce soit au niveau des situations rocambolesques proposées ou des dialogues. Niveau action, on a ce qu'il faut à se mettre sous la dent, avec des explosions, de la castagne et des courses-poursuites en voitures qui font le job. Le duo Wahlberg / Berry est sympa et fonctionne plutôt bien à l'écran. La mise en scène se montre nerveuse et on a pas trop le temps de s'ennuyer dans l'ensemble. Maintenant, comme dit plus haut, il n'y a pas de quoi se relever la nuit. On nage dans le cliché et le déjà-vu, on a souvent l'impression de voir une version Buddy movie des aventures de Jason Bourne ou de Mission Impossible la plupart du temps, avec trahisons, retournement de situations, le tout dans divers décors et pays, ce qui offre au public un certain dépaysement. Ça se laisse gentiment regarder, ça ne révolutionne absolument rien, mais on passe néanmoins un bon moment pas prise de tête et on aura sûrement oublié The Union dès le lendemain.

        

JOHNNY S'EN VA-T-EN GUERRE

 

JOHNNY S'EN VA-T-EN GUERRE
(Johnny got his Gun)


Réalisateur : Dalton Trumbo
Année : 1971
Scénariste : Dalton Trumbo, Luis Bunuel
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, Guerre
Interdiction : -12 ans
Avec : Timothy Bottoms, Kathy Fields, Jason Robards, Donald Sutherland...

L'HISTOIRE : Joe Bonham s'engage pour aller faire la guerre, lors de la Première Guerre mondiale. La chute d'un obus à côté de lui l'envoie à l'hôpital militaire. Terriblement mutilé, il est privé de bras, de jambes, de la vue, de l'audition et de la parole. Les médecins pensent qu'il est décérébré et décide de le maintenir en vie. Seulement, Joe est encore doté d'une conscience. Il revoit des épisodes de sa vie en rêve et va tenter d'établir une communication avec le personnel soignant...

MON AVIS : Ma première rencontre avec Johnny s'en va-t-en guerre date de mon adolescence. Fan de musique métal, et de Metallica en particulier à cette époque, je tombe en 1989 sur le clip du titre-phare de ce groupe, One. Un clip qui mêle des images du groupe jouant la chanson mais aussi des images d'un film montrant le calvaire d'un homme-tronc, blessé de guerre et que l'armée garde en vie. Les paroles même de la chanson correspondent exactement aux images du film, comme si le chanteur James Hetflield était le soldat mutilé. Un clip choc qui m'a donné envie d'en savoir plus sur ce film qui m'était inconnu. Bien plus tard, j'ai pu voir ce fameux Johnny s'en va-t-en guerre. C'est l'unique réalisation de Dalton Trumbo, un écrivain qui a d'ailleurs signé le roman éponyme publié en 1939. Un roman perpétuellement cité lors de manifestations pacifistes, puisqu'il est un véritable pamphlet anti-guerre. En 1971, l'auteur décide d'adapter lui-même son oeuvre littéraire au cinéma, avec l'aide de Luis Buñuel au scénario. Le film sera présenté à Cannes la même année, où il recevra le Prix Spécial du Jury. Encore aujourd'hui, Johnny s'en va-t-en guerre conserve toute sa force, toute sa puissance évocatrice et reste, avec Les Sentiers de la Gloire, l'un des plus brillants films antimilitaristes jamais mis en scène. Outre le terrible clavaire vécu par le soldat mutilé, interprété par Timothy Bottoms, l'originalité du film de Dalton Trumbo vient aussi de sa réalisation. L'utilisation du noir et blanc pour nous présenter la vie de Joe Bonham après l'explosion de l'obus et l’utilisation de la couleur pour nous faire pénétrer dans son esprit et nous faire revivre son passé, ses cauchemars, ses peurs, ses joies, sa relation avec son père (formidable Jason Robards) ou sa fiancée (la charmante Kathy Fields) sont particulièrement efficaces ici et les scènes en couleur permettent d'apporter un peu de luminosité à ce terrible cauchemar éveillé. Clairement, les scènes en noir et blanc provoquent un sentiment d'étouffement et de malaise constant, qui sont amplifiées par la voix-off omniprésente du malheureux soldat, unique moyen donné au spectateur pour savoir ce qu'il pense, ce qu'il ressent. Les scènes du passé, en couleur donc, viennent apporter à ce même spectateur un peu d'oxygène et de repos mental, afin de pouvoir supporter le sort tragique du pauvre Joe. La bêtise de la guerre, tous ces jeunes soldats qu'on envoient au front pour se faire massacrer, la douleur et la peine des familles endeuillées sont l'une des thématiques traitées par Dalton Trumbo bien sûr. Mais ce n'est pas la seule. L'acharnement thérapeutique fait aussi partie des thèmes traités ici et, à bien y regarder, il surpasse peut être même celui des horreurs de la guerre. Pourquoi garder en vie cet homme-tronc, qu'on ne veut même pas exposer au regard, qu'on garde enfermé dans un simple débarras tout en lui octroyant néanmoins des soins de qualité ? Le thème de la fin de vie, de la dignité à laisser partir un cas désespéré, est toujours d'actualité en 2024 et n'a toujours pas été réglé. La vision de Johnny s'en va-t-en guerre vu par ce prisme, est, à ce titre, d'une grande nécessité également. Antonyme total du mot action, le film de Trumbo n'ennuie pourtant jamais. Les scènes de la vie de Joe Bonham avant son accident peuvent apparaître comme un peu kitsch parfois, mais elles ont une réelle utilité : celle de montrer que Joe n'est qu'un jeune homme comme tous les autres, une victime de la guerre comme il en existe et en existera malheureusement des millions. La présence de Donald Sutherland en Jesus lors de certaines séquences fantasmagoriques met aussi en lumière la notion de Foi tout en montrant les limites de cette dernière. En effet, Jesus ne trouve pas de solution pour Joe, allant même jusqu'à lui dire que tu sois en vie est le pire cauchemar qui soit imaginable. Il semblerait que ces scènes avec Jesus soit l'idée de Luis Buñuel, un ami de Dalton Trumbo. Elles versent tellement dans le surréalisme que ça ne m'étonnerait pas. La notion religieuse est aussi fortement éraillée à la fin du film, quand un haut gradé demande à un prêtre militaire s'il n'a rien à dire ou à offrir à Joe Bonham. Le prêtre répond alors à l'officier une sentence terrible et effroyable : il est le produit de votre profession, pas de la mienne. Si on se trouve terriblement impuissant face au sort de Joe tout au long du film, on se surprend à ressentir une vive émotion d'espoir quand, après avoir discuté avec son père décédé en rêve, il trouve enfin un moyen de communiquer avec le monde extérieur grâce au code Morse. Une scène très intense, qui marque les esprits de façon concrète. Et qui se solde malheureusement par un nouvel échec, qui clôturera le film de la plus effroyable des manières. Déprimant au plus haut point, Johnny s'en va-t-en guerre est un authentique chef-d'oeuvre du cinéma, un choc cinématographique qui nous laisse les mains moites devant notre écran. Une oeuvre essentielle, qui s'est vu remasterisé en 4K d'une éblouissante façon, ce qui permettra à tous de la redécouvrir avec une qualité optimum. Merci Malavida pour ce travail ! 

* Ressortie cinéma en 4K dès le 11 septembre et on espère sur support physique ensuite




Et pour les fans, le clip de Metallica sous titré en français :