COLOSSAL
(Colossal)
Réalisateur : Nacho Vigalondo
Année : 2016
Scénariste : Nacho Vigalondo
Pays : Espagne, USA, Canada, Corée du Sud
Genre : Drame, Fantastique
Interdiction : /
Avec : Anne Hathaway, Jason Sudeikis, Austin Stowell, Tim Blake Nelson, Dan Stevens...
L'HISTOIRE : Sans emploi depuis un an et devenue accroc à l'alcool, Gloria, la trentaine, se fait virer par son petit ami et se rend dans sa ville natale, pour vivre dans la maison abandonnée de ses parents. Elle recroise la route d'Oscar, un ancien camarade de classe et tous deux sympathisent rapidement. Dans le même temps, la Corée du Sud subit l'attaque d'un monstre colossal, qui apparaît et disparaît sans raison apparente. En observant les images de la créature à la télé, Gloria découvre que le monstre reproduit exactement ses propres mouvements. Peu de temps après, un robot géant apparaît également en Corée. Gloria découvre qu'Oscar contrôle ce robot. La jeune femme va tenter de comprendre qu'est-ce qui les lient à ces deux créatures titanesques...
MON AVIS : Voici un film qui était totalement passé sous mes radars et pour cause, il n'a pas eu les honneurs d'une sortie en salle mais e-cinéma. Datant déjà de 2016, il vient juste de sortir en DVD et Blu-Ray chez l'éditeur Rimini Editions, que l'on remercie donc de nous permettre de découvrir ce film réalisé par Nacho Vigalondo. Ce réalisateur espagnol avait marqué les esprits en 2007 avec son premier long-métrage, à savoir l'excellent Timecrimes. Par la suite, il a mis en scène Extraterrestre en 2011 puis des segments dans les anthologies ABC'S of Death en 2012, The Profane Exhibit en 2013 ou V/H/S/ Viral en 2014. On lui doit également le film Open Windows avec Elijah Wood et Sasha Grey en 2014. Avec Colossal en 2016, il continue de faire ce qu'il sait faire le mieux : mélanger les genres. Un atout qui peut aussi être un frein, car les producteurs ne savent généralement pas comment vendre les films de ce réalisateur, ce qui explique d'ailleurs l'absence de Colossal dans les salles : comédie romantique ? Drame ? Fantastique ? Kaiju Eiga ? Tout ça à la fois mesdames messieurs ! Encore que, l'aspect comédie romantique est ultra léger, on peut y croire en début de film, et notamment parce que l'héroïne est interprétée par la charmante Anne Hathaway, élue par votre serviteur comme ayant le plus beau sourire d'Hollywood, avec Elizabeth Olsen bien sûr ! De l'humour, il y en a bien par contre, par petites touches, notamment quand Gloria découvre qu'elle peut contrôler le monstre qui provoque des ravages à Séoul. Elle s'amuse à le faire danser, à le faire se gratter la tête par exemple, pour un résultat assez marrant. Un monstre qui n'est clairement pas la vedette du film mais qui bénéficie de solides effets visuels et qui se montre crédible et réaliste, rappelant aux fans de monstres japonais les méfaits de Godzilla et consorts. Et quand c'est carrément un robot géant qui vient le rejoindre, on pense au plus récent Pacific Rim évidemment. Reste qu'on se doute que la présence de ces deux entités titanesques n'est pas gratuite et qu'elle cache quelque chose de plus métaphorique. Bingo. Le fantastique sert la plupart du temps à évoquer des sujets graves ou importants et c'est bel et bien le cas ici. J'avoue qu'au départ, j'étais parti sur une métaphore des dangers de l'alcoolisme, car autant Gloria qu'Oscar (brillamment joué par Jason Sudeikis) ont de sérieux problèmes avec la bouteille. Un alcoolisme qui ne se cache pas et qui perturbe la vie de ces deux personnages, les amenant à détruire petit à petit leur vie respective. Mais plus le film avançait, plus je me disais qu'il n'y avait pas que ça. Petit à petit, le personnage d'Oscar prenait une nouvelle tournure. D'abord gentil, il vient en aide à Gloria, l'aide à se meubler, lui offre un emploi à mi-temps. On se doute qu'il est attiré par la jeune femme, peut-être était-il amoureux d'elle quand ils étaient enfants ? D'ailleurs, la mise en scène nous propose de temps à autre un flashback en plusieurs étapes sur un événement qui s'est déroulé entre les deux enfants, événement dont on comprend l'importance vis à vis de la situation actuelle et qui a sûrement un rapport avec cette connexion entre les deux héros du film et les deux monstres à Séoul. D'ailleurs, pourquoi Séoul ? Pourquoi pas dans la ville où résident Gloria et Oscar ? Une question qui trouvera aussi sa réponse lors de la résolution de l'énigme et quand on aura la vision globale du fameux flashback explicatif. Plus le film avance, plus la relation d'amitié entre Gloria et Oscar se fragilise, perd de son apparente sympathie et le ton assez léger du début devient nettement plus tendue, nettement plus dramatique. Certaines séquences, certains dialogues provoquent des réactions, autant chez les personnages que chez le spectateur, qui réarrange sa pensée et commence à y voir plus clair sur les réelles intentions de Nacho Vigalondo et ce que les deux monstres représentent métaphoriquement. Des intentions qui auraient peut-être pu être plus limpides, amenées plus directement, car ce n'est vraiment que vers la fin du film que la thématique principale nous saute aux yeux. L'alcool - et les problèmes que sa consommation excessive et répétée engendre - n'était en fait qu'une diversion à une problématique encore plus percutante, ou du moins n'était qu'un des éléments participant à cette problématique dont on ne se préoccupe que récemment mais qui existe depuis la nuit des temps. Avec Colossal, Nacho Vigalondo nous offre à la fois un joli film qui flirte dans diverses directions sans que le résultat soit indigeste, bien au contraire, le casting et les effets visuels permettant de maintenir l'ensemble de manière convaincante, et un film réflexif dans lequel l'élément fantastique sert de métaphore à une problématique forte et actuelle. Qui plus est, l'approche retenue se montre originale (l'utilisation de Kaiju, bien trouvée !) et le final se permet même un petit clin d'oeil à King Kong, mais de manière inversée, je vous laisse découvrir par vous-même ! Une bonne petite surprise que ce Colossal, qui devrait trouver son public chez les fans de cinéma insolite et chez les fans d'Anne Hathaway, l'actrice étant encore une fois excellente, surtout que son rôle n'est en fait pas si simple qu'il n'y paraît au départ.
* Disponible chez RIMINI EDITIONS
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