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DANGER DIABOLIK

 

DANGER DIABOLIK
(Diabolik)

Réalisateur : Mario Bava
Année : 1968
Scénariste Dino Maiuri, Brian Degas, Tudor Gates, Mario Bava
Pays : France, Italie
Genre : Espionnage, action
Interdiction : /
Avec : John Phillip Law, Marisa Mell, Michel Piccoli, Adolfo Celi, Claudio Gora...


L'HISTOIRE Le super bandit Diabolik, assisté de sa fiancée Eva Kant, nargue la police et le syndicat du crime. L'inspecteur Ginko veut l'arrêter à tout prix. Il procède à un grand coup de filet au sein de la mafia et contraint le parrain Ralph Valmont à passer un accord avec lui afin de monter un plan contre Diabolik...

MON AVIS : On connaît principalement Mario Bava pour ses films d'épouvante gothique mais il a, comme ses compatriotes, oeuvré dans divers genres du cinéma Bis. En 1968, le producteur Dino de Laurentiis l'engage pour mettre en scène le personnage iconique de Diabolik, star des fumetti, ces bandes-dessinées italiennes en petit format. Diabolik a été créé en 1962 par les soeurs Angela et Luciana Giussani. C'est un terroriste sans foi ni loi, qui ne recule devant aucune exactions pour parvenir à ses fins et qui peut compter sur l'aide de sa partenaire et amante Eva Kant. Un concept qui n'emballe pas plus que ça De Laurentiis, qui veut édulcorer l'aspect violent des BD pour proposer un spectacle plus grand public. Bava n'approuve pas trop la direction choisie par le producteur mais n'a guère le choix que de s'y contraindre et va tout faire pour que cette absence de violence ne joue pas en défaveur du film. Nanti du plus gros budget de sa carrière, qu'il n'utilisera d'ailleurs pas à 100%, il va rivaliser d'ingéniosité pour faire de Danger Diabolik la meilleure adaptation d'une bande-dessinée au cinéma ! Il faut néanmoins mentionné qu'un premier projet a vu le jour en 1965, sous la direction du britannique Seth Holt, avec Jean Sorel en Diabolik et Elsa Martinelli dans celui d'Eva Kant. Mais à la vision des premières images tournées, De Laurentiis arrête le tournage, trouvant ces dernières trop mauvaises. Il décide donc de remonter le projet, avec un nouveau scénario et un nouveau réalisateur, qui sera donc Mario Bava. Il signe un accord de co-production avec la France, pays avec lequel il travaille sur une autre adaptation de BD pour le cinéma qui sortira en cette même année 1968 : Barbarella de Roger Vadimqui utilisera quelques décors de Danger Diabolik, dont la discothèque par exemple, et dans lequel jouera John Phillip Law. Ce dernier est retenu pour jouer le personnage de Diabolik. Il se plonge dans les fumetti et travaille son regard, et notamment son jeu sur les sourcils, puisque son visage masqué ne laisse entrevoir que ses yeux. Pour interpréter Eva Kant, De Laurentiis choisit Catherine Deneuve mais le manque d'alchimie entre l'actrice de John Phillip Law fait qu'elle sera remerciée et remplacée par Marisa Mell, choix de Mario Bava. Banco ! Le courant passe totalement entre les deux acteurs, qui deviennent amants durant tout le tournage et même après. Une hausse de budget permet au réalisateur d'engager d'autres acteurs plus célèbres, dont le Français Michel Piccoli pour jouer l'inspecteur Ginko et qui est excellent ici, l'Italien Adolfo Celi pour jouer le mafieux Ralph Valmont ou l'Anglais Terry-Thomas pour jouer le ministre de l'intérieur. La production se pare également du compositeur Ennio Morricone pour la bande-son. Et c'est parti pour un tournage qui débute le 11 avril 1967 et se termine le 18 juin 1967. A l'arrivée, on obtient un monument de la pop-culture, avec un mélange de film d'espionnage, d'humour et d'action, qui deviendra la référence cinématographique des films adaptés de fumetti. Car si Danger Diabolik n'est pas le premier du genre, on a eu auparavant Superargo contre Diabolikus et Kriminal qui datent de 1966, Flashman contre les hommes invisibles et Mister X qui date de 1967 par exemple, il reste l'oeuvre emblématique qui a marqué de son empreinte indélébile le monde de la pop-culture, puisque le fameux visage masqué de Diabolik a orné des tas d'affiches déco, a été vu et parodié dans le clip "Body Movin" de Beastie Boys, est le héros d'un jeu vidéo, d'une série-télévisée et j'en passe. Si l'influence du personnage provient notamment des héros de romans policiers Arsène Lupin mais surtout de Fantômas bien sûr, Mario Bava le propulse dans un univers art déco de haute volée, comblant la relative faiblesse du scénario, qui fait le taf sans être exceptionnel, par le choix d'un décorum quasi futuriste et ultra stylisé, baigné dans des couleurs tape-à-l'oeil qui ne pourront que ravir un public venu assister à du vrai cinéma populaire de divertissement. L'antre de Diabolik évoque clairement la Batcave de Batman, mais en version pop-art nettement plus fun ! Les péripéties conduisent Diabolik a volé tout ce qui appartient aux plus riches, tel un Robin des Bois, à la seule différence qu'il ne redistribue rien aux pauvres mais garde tout pour lui ou, plus exactement, pour la belle Eva Kant, dont il est éperdument amoureux. Un peu à la manière d'un James Bond passé du côté obscur, il utilise pour commettre ses méfaits des tas de gadgets lui permettant d'échapper aux policiers de l'inspecteur Ginko. Bien sûr, nous sommes en 1968, il ne faut pas s'attendre à une action frénétique mais on a de quoi s'amuser et se divertir avec des courses-poursuites en voitures, l'escalade d'une haute tour à l'aide de poignées-ventouses ou le vol d'un énorme lingot d'or enfermé dans un sarcophage inviolable par exemple. Le succès de la série des Fantômas d'André Hunebelle les années précédentes ont incité les scénaristes à apporter quelques touches d'humour au film et on sourira devant notre pauvre ministre de l'intérieur venu faire une déclaration à la presse diffusée à la télévision, et qui sera victime, ainsi que toutes les personnes présentes, d'un gaz hilarant déclenché par Diabolik bien sûr ! Notre anti-héros s'en donne à coeur joie pour ridiculiser la police et les institutions gouvernementales et financières mais quand sa belle Eva Kant sera kidnappée par un parrain de la mafia, il redeviendra intraitable et sans pitié. Eva Kant, parlons-en, puisque c'est l'héroïne du film. Interprétée par Marisa Mell, actrice autrichienne qu'on a vu dans Perversion Story de Lucio Fulci, dans Le Tueur à l'orchidée et La Guerre des Gangs d'Umberto Lenzi ou dans Ultime Violence de Sergio Grieco entre autres, elle est l'atout charme du film et chacune de ses apparitions délivre une sensualité torride au film, et ce, sans aucune nudité montrée. La scène ou les deux amants font l'amour dans un lit tournant recouvert de dix millions de dollars en billets est d'une cinégénie incroyable. Marisa Mell porte diverses tenues tout au long du film qui font d'elle un mannequin au pouvoir de séduction irrésistible, et qui participe totalement à l'ambiance kitsch et pop-art des images, bercées par la musique d'Ennio Morriconne. Si Danger Diabolik est devenu culte au fil du temps, c'est vraiment grâce au travail impressionnant de Mario Bava, qui a mis tout son talent d'illusionniste pour créer des décors incroyables, le plus souvent grâce à des matte painting de grande qualité, des peintures sur verre donc, qui donnent vraiment l'impression que le film a bénéficié d'un budget très conséquent ! Il réussit également l'exploit de façonner des plans qu'on croiraient issus d'une planche de BD, filmant par exemple à travers une bibliothèque sans livres, le rayonnage découpant les personnages présents à l'écran dans des cases d'une page de BD ! Danger Diabolik est le film pop-art par excellence, un régal visuel de tous les instants, au charme légèrement suranné bien sûr, mais qui remplit parfaitement sa fonction : divertir. La fin laisse clairement deviner une suite mais Bava s'y refusa et elle n'a jamais été tourné.

* Disponible en COMBO br + 4k + livre chez SIDONIS CALYSTA    

LES DEMONS DE LA NUIT

 

LES DEMONS DE LA NUIT
(Shock)

Réalisateur : Mario Bava
Année : 1977
Scénariste Lamberto Bava, Gianfranco Barberi, Alessandro Parenzo, Dardano Sacchetti
Pays : Italie
Genre : Thriller, Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec Daria Nicolodi, John Steiner, David Colin Jr., Ivan Rassimov, Nicola Salerno...


L'HISTOIRE À la suite du suicide de son mari, un héroïnomane brutal, Dora Baldini subit un traitement adapté à son cas en hôpital psychiatrique. À sa sortie, sept ans plus tard, elle revient s’installer dans son ancien domicile avec Bruno, son nouveau compagnon, et son fils Marco, issu de son premier mariage. Bruno étant stewart dans une compagnie aérienne et souvent absent, Dora s’occupe seule de l’éducation de Marco qui agit de manière de plus en plus étrange, son comportement devenant franchement inquiétant et hostile. Dora commence à le soupçonner d’être pourvu de pouvoirs paranormaux, en même temps que sa maison semble hantée par d’horribles souvenirs refoulés...

MON AVIS : Mario Bava est l'un des plus brillants réalisateurs du cinéma italien et du cinéma fantastique et d'épouvante ! On lui doit bon nombre de purs classiques du genre, à l'image de films tels Le Masque du Démon (1960), Les 3 Visages de la peur (1963), Le Corps et le Fouet (1963) ou Opération Peur (1966) entre autres. On lui doit aussi quelques perles de la science-fiction ou de solides westerns, ainsi qu'une excellente adaptation de fumetti avec Danger: Diabolik!  C'est également lui qui initia les codes du giallo italien avec La Fille qui en savait trop (1963) et surtout 6 Femmes pour l'Assassin (1964). Et tant qu'à faire, on peut lui attribuer également d'être à l'origine du slasher movie avec La Baie Sanglante (1971). Principalement reconnu pour son sens inné de l'esthétisme et son incroyable travail sur les couleurs au sein de ses films, l'aura de Mario Bava brille de mille feux chez les fans de cinéma de genre et c'est amplement mérité. Reste que au début des années 70, l'épouvante gothique commence à lasser et ne trouve plus son public, surtout qu'un nouveau réalisateur italien du nom de Dario Argento vient de dynamiter le cinéma de genre avec un giallo innovant, L'oiseau au plumage de Cristal (1970) et qu'il va continuer sur sa lancée, enchaînant les succès commerciaux en Italie et de par le monde, avec Le Chat à Neuf Queues (1971), 4 Mouches de Velours Gris (1971) et Les Frissons de l'Angoisse (1975) qui redéfinisse le genre et l'emmène dans un univers réaliste qui plait aux spectateurs. Si Mario Bava a tâté cette approche réaliste avec La Baie Sanglante, il replonge dans l'épouvante à l'ancienne ensuite et en recontre plus le même succès. Il n'a donc pas le choix, il doit changer sa façon d'appréhender le cinéma de genre et entrer lui aussi dans une certaine modernité. En 1974, il s'y essaye avec Les Chiens Enragés mais suite à de gros souci financier de la part des producteurs, ce film ne sortira qu'en 1997 ! Néanmoins, il retente l'expérience en 1977, avec le dernier film de sa brillante filmographie : Les Démons de la Nuit. Clairement, on peut dire qu'il a réussi son pari tant ce film diffère de tout ce qui a précédé, et notamment dans sa façon de filmer. Exit les ambiances quasi surréalistes, exit le travail sur le jeu de couleur, exit l'épouvante gothique à l'ancienne et place à la modernité avec ce thriller giallesque fantastique que n'aurait pas renié Dario Argento ! Détail amusant, Bava choisit pour interpréter l'héroïne de son film la femme de ce dernier, à savoir Daria Nicolodi. L'actrice est ici époustouflante et tient le film sur ses épaules, donnant une réelle épaisseur à son personnage, emmenant le spectateur dans un double-univers, un double-questionnement qui perdurera durant les 90 minutes : Est-ce réellement le spectre de son défunt ex-mari qui la tourmente et semble posséder l'esprit de son jeune fils ou est-ce elle qui sombre dans une psychose maladive due à de sombres secrets, qu'on devine au fil de l'avancée de l'intrigue et des indices liés à certains événements vus à l'écran ? Toute l'ambiguité du film de Bava est capitalisée sur cet aspect, au spectateur de démêler le vrai du faux ! Un contexte purement giallesque donc, avec de petites touches de fantastique - ou pas -  disséminées deci delà, et servi par une mise en scène efficiente qui fait mouche et, surtout, qui fait preuve d'une vraie modernité 70's. Toutes les séquences qu'on peut classer dans le fantastique, telles la balançoire qui bouge toute seule par exempe, peuvent provenir de l'esprit de l'héroïne, qui semble obséder par quelque chose dans cette maison dans laquelle elle a habité auparavant avec son premier mari, un toxicomane qui s'est suicidé, la laissant seule avec son fils. On peut se questionner sur la raison qui pousse son nouveau compagnon, joué par John Steiner, à vouloir venir vivre dans cette maison au lourd passé pour sa femme, passé qui ne fait que la fragiliser émotionnellement. Le film de Bava joue également avec les codes du film de maisons hantées ainsi qu'avec ceux du film de possession. Le comportement du petit garçon, interprété par le tout jeune David Colin Jr., semble lui aussi évoluer au contact de l'ambiance sourde qui règne dans la demeure. Pourquoi est-il attiré par la cave ? Pourquoi vole-t-il une culotte à sa mère ou l'épie-t-il sous la douche ? Un comportement troublant, voire malsain, qui ne cesse d'évoluer dans la mauvaise direction et nous fait penser qu'il est possédé par l'esprit du défunt mari, qui peut évoluer à travers le corps de son fils. Le mystère reste entier et l'atmosphère mise en place par Bava se montre de plus en plus anxiogène pour l'héroïne, qui voit sa raison vaciller de plus en plus, et les nombreuses visions, rêves et cauchemars qu'elle fait durant tout le film n'y sont pas anodins. Bien sûr, l'amateur du genre aura tôt fait de comprendre les rouages de cette histoire rédigée à quatre mains par Lamberto Bava, Gianfranco Barberi, Alessandro Parenzo et Dardano Sacchetti. L'ombre d'Edgar Allan Poe plane sur le film, vous comprendrez pourquoi après l'avoir visionné. Le final verse dans l'horreur graphique, et Mario Bava fait preuve de sa maestria visuelle dans cette dernière demi-heure qui verse dans la folie à l'image de sa protagoniste principale. Mission réussie pour Mario Bava donc, qui, avec Les Démons de la Nuit, semble vouloir proclamer à son public qu'il est toujours dans la course malgré l'émergence de nouveaux talents en Italie. Un dernier film qui est tout sauf mineur au sein de sa filmographie et dont il n'a pas à rougir, bien au contraire. Il vient clore de belle manière une carrière réellement exemplaire. A noter que Lucio Fulci a réalisé en cette même année 1977 L'Emmurée Vivante, pas si éloigné que ça du film de Bava...

* Disponible en combo DVD et BR chez Sidonis Calista




CALTIKI LE MONSTRE IMMORTEL

 

CALTIKI LE MONSTRE IMMORTEL
(Caltiki il mostro immortale)

Réalisateur : Riccardo Freda, Mario Bava
Année : 1959
Scénariste : Filippo Sanjust, Riccardo Freda
Pays : Italie, Etats-Unis
Genre : Science-fiction, épouvante
Interdiction : -12 ans
Avec : John Merivale, Didi Sullivan, Gérard Herter, Daniela Rocca, Daniele Vargas...


L'HISTOIRE : Une expédition archéologique fait des recherches dans un ancien temple maya au Mexique. Les chercheurs découvrent au fond du temple un grand lac et une statue de la déesse Caltiki, surnommée "l'immortelle". Quand un des explorateurs décide d'aller fouiller le fond du lac, lequel produit une forte radioactivité, il trouve de nombreux squelettes et trésors. Tout aurait pu bien se passer s'il n'avait réveillé un monstre gélatineux qui s'attaque à lui et le tue. Le reste du groupe parvient à s'enfuir mais le monstre a laissé un bout de son enveloppe spongieuse sur le bras de Max, un autre archéologue. Le morceau du monstre parvient à être enlevé du bras et va être examiné par des scientifiques...

MON AVIS : La science-fiction n'existe quasiment pas en Italie, alors que c'est un genre ultra-populaire aux USA et ce, depuis le début des années 50. Il faudra attendre 1958 pour que les Italiens propose un film de S-F avec Le Danger vient de l'Espace, réalisé par Paolo Heusch, qui aurait également bénéficié de l'aide d'un certain Mario Bava, non crédité au générique à ce poste. Bava a par contre assuré la photographie et les effets-spéciaux. Cette première tentative sera le point de départ d'autres productions de science-fiction et ce, dès l'année suivante, puisqu'en 1959 verra débarquer sur les écrans italiens Caltiki, le Monstre Immortel ! Cette fois, le film est attribué à Riccardo Freda, crédité au générique sous son pseudo américain de Robert Hampton. Mario Bava fait aussi partie du projet, toujours au poste de la photographie et des effets-spéciaux. Dans certain interview, Freda dit que Bava l'a également aidé à la mise en scène et dans d'autres, il dit qu'il a réalisé le film seul. Bref, un imbroglio pas vraiment important en fait, attardons-nous plutôt sur le film lui-même. La lecture du scénario mais surtout la vision du film vous a certainement fait penser à un petit classique US de la science-fiction, du moins en ce qui concerne le monstre : le Blob, Danger Planétaire de Irvin S. Yeaworth Jr. avec Steve McQueen et qui date de 1958. En effet, on a une quasi réplique de ce monstre gélatineux et grossissant dans Caltiki le Monstre Immortel. Une forme spongieuse, rampante, qui, ici, grossit et prend vie en fonction du taux de radioactivité présent autour d'elle et qui absorbe la vitalité des proies qu'elle rencontre, le corps des victimes étant identiques à ceux d'une vieille momie. Le début du film joue dans le registre du récit d'aventure, avec ces archéologues explorant un ancien temple maya. Les décors et les matte-paintings conçus par Bava s'avèrent la plupart du temps très réussis, notamment l'intérieur du temple, avec cet escalier de pierre menant à un lac et à la statue de la déesse Caltiki. La séquence sous-marine dans le lac, avec ses fonds jonchés de squelettes et de trésors mayas, est convaincante et assure le spectacle. La première victime du monstre puis l'apparition de ce dernier permet à Mario Bava de créer des maquillages horrifiques vraiment sympas, avec comme ce visage qui n'est plus qu'un crâne sans peau, comme s'il avait été rongé par la masse spongieuse. On assistera également à la vision d'un bras rongé lors du retrait d'un morceau de monstre qui était resté collé à cette partie du corps. A bien y regarder, Caltiki le Monstre Immortel joue en fait sur trois tableaux : aventure, science-fiction et épouvante et nous rappelle également un autre film, anglais celui-ci, à savoir Le Monstre de Val Guest, une production Hammer Films réalisé en 1955. C'est d'autant plus flagrant avec le personnage de Max, le chercheur qui a vu son bras être rongé par le morceau de monstre. Cette lésion va l'entraîner dans une certaine folie et s'il ne va pas muter comme dans le film de Val Guest, on ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre ces deux œuvres. On note d'ailleurs que c'est ce personnage qui est mis en avant sur l'affiche ci-dessus. Tout ça pour dire que Le Monstre + Le Blob = Caltiki ? Une opération primaire qui tient la route ! Malgré un budget pas très conséquent, Freda et Bava parviennent à nous offrir un film bien sympathique, pas exempt de petits défauts bien sûr mais qui se montre efficace dans son genre, surtout qu'il ne dure que 76 minutes. Le casting ne possède pas de stars en son sein mais ce n'est guère gênant. Le final se montre assez riche en péripéties, avec notre monstre qui ne cesse de grossir, qui s'insinue dans une maison pour tout détruire (avec de très jolies maquettes), qui se multiplie même et dont la dangerosité va nécessiter le renfort de l'armée ! Certains verront même une influence de Lovecraft dans ce film, notre monstre pouvant en effet être comparé à une sorte de Grand Ancien et Bava étant un grand fan de l'écrivain. Sans être un film de référence, Caltiki le Monstre Immortel ravira les amateurs de ces petites bandes de science-fiction 50's qui inondaient les écrans à cette époque.

* Disponible en combo DVD + BR chez -> ARTUS FILMS <-
Superbe copie qui magnifie le noir et blanc. Film en VF et VOSTF
Bonus :
- Bava et Freda par Christian Lucas
- Présentation du film par Stéphane Derderian
- Générique français
- Diaporama d'affiches et de photos
- Film annonce original
- Livre de 60 pages par Christian Lucas

 


LES TROIS VISAGES DE LA PEUR

 

LES TROIS VISAGES DE LA PEUR
(I tre volti della paura / Black Sabbath)

Réalisateur : Mario Bava
Année : 1963
Scénariste Marcello Fondato, Alberto Bevilacqua, Mario Bava
Pays : Italie, France, Etats-Unis
Genre : Epouvante, Film à sketch
Interdiction : -12 ans
Avec : Michèle Mercier, Lidia Alfonsi, Boris Karloff, Mark Damon, Susy Andersen...

L'HISTOIRE Boris Karloff en personne vient jouer le maître de cérémonie afin de nous présenter les trois histoires qui vont suivre. Tout d'abord, "Le Téléphone", huis-clos oppressant dans lequel une jeune femme est harcelée au téléphone par un inconnu qui la menace de la tuer. Ensuite, "Les Wurdalaks", une sombre histoire de vampires errant dans la lande où vit recluse une famille de paysans, dans la Russie du XIXème siècle. Enfin, "La Goutte d'eau", où une infirmière venue au chevet d'une vieille femme mourante va regretter de lui avoir dérobé sa bague...

MON AVIS : Mario Bava a réalisé dès 1960 un véritable chef-d'oeuvre du cinéma d'épouvante avec Le Masque du Démon. Il délaisse pourtant ce genre pour ses films suivants, se consacrant au drame historique (Esther et le Roi - 1960), au film féerique (Les mille et une nuits - 1961), au péplum fantastique (Hercule contre les Vampires - 1961), au film d'aventure épique (La ruée des Vikings - 1961) et au thriller (La Fille qui en Savait trop - 1963). C'est en 1963 qu'il revient au cinéma d'épouvante et de quelle manière mes aïeux ! Avec Les Trois Visages de la Peur et surtout Le Corps et le Fouet, Mario Bava livre deux œuvres qui feront date dans le cœur des cinéphiles amateurs de frissons gothiques. Ces deux films sont des commandes de producteurs italiens qui veulent surfer sur le succès des films américains de Roger Corman. Ce dernier a réalisé L'Empire de la Terreur en 1962, un film à sketchs inspiré de trois récits d'Edgar Poe. On propose donc à Mario Bava de faire de même et de proposer un film à sketchs dont les histoires proviendraient d’œuvres littéraires. Si Les Wurdalaks proviennent bien du romancier Tolstoï, Le Téléphone et La Goutte d'Eau sont attribués à Guy de Maupassant et Anton Chekhov au générique, ce qui s'est avéré totalement faux après que des spécialistes se soient penchés sur le film. Peut-être les histoire se sont-elles inspirées de ces auteurs ? Pas bien grave de toute façon, l'intérêt du film n'étant pas de savoir si le matériau d'origine a bien été respecté au niveau de l'adaptation. Qui dit film à sketchs dit généralement un fil conducteur entre les récits proposés. Ce fil conducteur apparaît ici en la personne de Boris Karloff lui-même, le film de Bava étant un coproduction Italo-américano-française. Le célèbre acteur apparaît dès le début comme étant le présentateur des futurs cauchemars qu'on va découvrir et, ce serait le seul point négatif du film, il est dommage que Bava ne l'ait pas fait réapparaître entre chaque récit. Car une fois lancée, les trois sketchs s'enchaînent sans interruption aucune et ça aurait été plutôt sympa de revoir Karloff nous faire une petite présentation de chaque histoire. Il faut savoir que l'ordre des sketchs des Trois Visages de la Peur a été modifié en fonction du pays où le film a été projeté. L'ordre retenu ici est celui voulu par Bava, et qui apparaît comme étant logique puisqu'il propose une montée croissante de la peur, qui reste le thème principal du film et des histoires. On commence donc avec Le Téléphone, qui est plus dans un registre policier / suspense, avec une magnifique Michelle Mercier en femme apeurée. Seule dans son appartement, la célèbre actrice de la saga Angélique se voit continuellement harcelée au téléphone par une voix inquiétante et surtout menaçante, qui lui prédit une mort certaine et ce, des années avant Terreur sur la ligne ou Scream ! Le téléphone rouge, inerte, devient ici un objet focalisant la peur de son héroïne et Bava se régale de son huis-clos où chaque nouvelle sonnerie fait monter la tension. L'arrivée d'une amie de l'héroïne, dont on suppose qu'elles ont entretenues une relation lesbienne, fait progresser encore plus le suspense, surtout que le spectateur possède une indication que Michelle Mercier n'a pas et ça, c'est très malin de la part de Bava. La mise en scène est bonne, le jeu sur les lumières et les couleurs également. L'histoire en elle-même n'est pas extraordinaire, de même que le twist, un peu léger mais pour débuter le film, ça fait le job. Un récit qui aurait pu provenir des BD EC Comics du style Crime SuspenStories ou Shock SuspenStories par exemple. La seconde histoire délaisse l'aspect policier pour se plonger pleinement dans le gothique et l'épouvante. Adaptation très fidèle au récit de Tolstoï, Les Wurdalaks bénéficie en plus de la présence de Boris Karloff en tant qu'acteur. L'histoire nous met face à de vieilles légendes paysannes concernant des vampires, surnommés les Wurdalaks, et qui ont la particularité de sucer les sang des personnes qu'ils aiment profondément. La petite famille du récit attend le retour du patriarche, joué par Karloff, qui est parti depuis cinq jours. On sent une réelle tension au sein de la famille, ayant peur que leur père ne soit devenu un Wurdalak. Un touriste de passage s'invite dans l'humble demeure et tombe sous le charme d'une des filles présentes, Sdenka, interprétée par la charmante Susy Andersen. Le retour du père laisse planer le doute quand à sa véritable nature et Bava fait progresser son récit et l'épouvante qui en découle par petites touches, soignant les décors et son jeu de couleurs comme un artiste peintre virtuose. Dire qu'esthétiquement et visuellement cette histoire est d'une beauté picturale à damner un saint n'est pas exagéré. Ce récit, qui a la durée la plus longue des trois histoires, se suit sans ennui aucun et peut aisément se ranger au côté des plus belles œuvres de la firme anglaise Hammer Films. Le troisième sketch, La Goutte d'Eau, verse lui aussi dans l'épouvante mais de manière plus réaliste, enfin, façon de parler. Plus réaliste de par les lieux de l'action en fait. Ici, point de village abandonné dans les landes brumeuses ou de vieux châteaux inquiétants. Nous sommes juste dans l'appartement d'une dame âgée qui vient de décéder et dont son infirmière va devoir s'occuper. Admettons que le visage de la morte est absolument terrifiant, croisement entre une momie et donc une dame âgée au sourire carnassier et aux yeux troubles. On apprendra de sa domestique qu'elle faisait souvent des séances de spiritisme. Est-elle morte suite à une de ses séances ou a-t-elle eu simplement une crise cardiaque comme l'a suggéré son médecin ? Mystère. Après avoir habillée la défunte, l'héroïne de l'histoire, jouée par Jacqueline Pierreux, ne peut s'empêcher de dérober la bague de valeur que portait la morte au doigt. Un acte blasphématoire, qui va avoir de solides et angoissantes répercussions sur elle. Le vol de la bague s'accompagne de suite par un bruit de goutte d'eau provenant de diverses sources d'approvisionnement en eau : robinet de lavabo, robinet de douche, verre qui goutte et j'en passe. Une fois de retour chez elle, l'infirmière s'aperçoit que le bruit de ces gouttes d'eau est présent également dans son appartement. S'ensuit des apparitions spectrales de la défunte qui font monter le potentiomètre de la peur à un bon niveau de stress chez le public et surtout chez l'héroïne. Ces bruits, ses apparitions sont-elles réelles ou bien est-ce la culpabilité du vol de la bague qui la travaille ? A vous de le découvrir ! La Goutte d'Eau est lui aussi une pure merveille visuelle qui ravit nos yeux comme jamais. Boris Karloff fait son retour pour clôturer le film, avec une touche d'humour bienvenu ! Si les trois récits n'ont pas la même qualité, chose récurrente dans les films à sketchs, ils remplissent néanmoins le contrat et aucun n'est raté ou vraiment en deçà des autres, ce qui est aussi une réussite du film. Les Trois Visages de la Peur (qui aurait pu être quatre apparemment, un sketch, tourné mais jamais monté, ayant été écarté par la production et définitivement perdu malheureusement) est un film important pour Bava, qui prouve ici son incroyable talent visuel mais aussi de conteur, qu'il mettra encore plus à profit dans ses œuvres suivantes. Un film à savourer et à déguster !

* Disponible en BR UHD ET BR chez -> LE CHAT QUI FUME <-   
Encore une fois, un excellent travail de la part de l'éditeur, qui propose une copie absolument splendide en BR et qui permet de voir le film avec son générique et titre français (choix de la VF) ou avec son générique et titre italien (choix de la VO). La séquence finale avec Karloff, souvent zappée, est bien présente. Niveau bonus, on  trouve :
- LE VISAGE DE MON PÈRE avec Lamberto Bava (16 min)
- LES 3 VISAGES DE MARIO BAVA avec Gérald Duchaussoy et Romain Vandestichele ( 49 min)
- L’HISTOIRE DES 3 VISAGES DE LA PEUR avec Edgard Baltzer (34 min)
- Films annonces




LE CORPS ET LE FOUET

 

LE CORPS ET LE FOUET
(La frusta e il corpo)

Réalisateur : Mario Bava
Année : 1963
Scénariste : Ernesto Gastaldi, Ugo Guerra, Luciano Martino
Pays : Italie
Genre : Epouvante
Interdiction : -16 ans
Avec : Daliah Lavi, Christopher Lee, Tony Kendall, Evelyn Stewart, Harriet Medin... 

L'HISTOIRE : Après un exil forcé, le baron Kurt Menliff revient au château familial des Baltiques. Il y retrouve son père et son frère Cristiano, qui abhorrent tous deux sa barbarie et son esprit sadique. Kurt découvre que la nouvelle fiancée de son frère n’est autre que Nevenka, avec qui il a jadis entretenu une liaison passionnelle. La belle ne parvient pas à le repousser et tous deux retombent dans la relation sadomasochiste qu’ils entretenaient auparavant. Un jour, le baron est retrouvé mystérieusement assassiné. Au lieu de retrouver la paix, Nevenka est alors persécutée par son fantôme…

MON AVIS : Le producteur italien Luciano Martino aimerait bien égaler le succès du film américain La Chambre des Tortures de Roger Corman. Il demande donc au scénariste Ernesto Gastaldi d'écrire une histoire dans le même genre. Aidé par Ugo Guerra et Luciano Martino lui-même, Ernesto Gastaldi tire de sa plume et de son imagination le scénario du film présenté ici, à savoir Le Corps et le Fouet. Réalisé en 1963 par Mario Bava, qui a déjà tâté du cinéma d'épouvante gothique avec Le Masque du Démon en 1960, Hercule contre les Vampires en 1961 et Les Trois Visages de la Peur également en 1963, Le Corps et le Fouet s'avère un authentique chef-d'oeuvre du genre, d'une puissance picturale rare, un de ces films qui vous obsède après l'avoir visionné et qui marque durablement les esprits. Comme je viens de le dire, visuellement, c'est d'une beauté absolue, avec des contrastes et un travail sur la lumière et les couleurs absolument renversant. Bien sûr, dire ça d'un film de Mario Bava apparaît très cliché évidemment, cet ancien chef opérateur de génie étant connu pour cette facette de son talent, qu'il a sublimé dans nombre de ses films, à l'image de 6 Femmes pour l'Assassin qu'il tournera en 1964 entre autres. Mais dans Le Corps et le Fouet, c'est d'autant plus frappant, et sa recherche sur le contraste lumière/obscurité est assez hallucinante ici. Le film est dans la pure tradition de l'épouvante gothique, avec château lugubre, passage secret, déambulation dans de longs corridors éclairés à la bougie, semblant de machination, protagonistes inquiétants ou qui semblent cacher de lourds secrets, apparition spectrale, crypte, jeune femme en proie à la peur et j'en passe. Un véritable catalogue du genre, magnifié par un scénario habile et profondément pervers, faisant de Christopher Lee un maître en sadomasochisme ayant une emprise totale sur la belle Daliah Lavi, soumise à ce ténébreux personnage adepte des coups de fouet sanglant, qui leur font atteindre un quasi orgasme. Jamais Christopher Lee n'a paru aussi cruel et diabolique, sa coupe de cheveux et son regard, froid, glacial, sans une once d'humanité en lui, parachevant de faire de Kurt Menliff l'un des plus odieux personnages qu'il a joué au cours de sa carrière. Un être tellement abject que personne ne l'aime au château, que ce soit les membres de sa famille ou les serviteurs, et tous voudraient qu'il soit mort, même Nevenka (Daliah Lavi), l'ancienne compagne de ses jeux sadiques, promise désormais à son frère Cristiano (Tony Kendall). Comble de chance pour tous les résidents, Kurt Menliff se fait mortellement égorger lors d'une nuit noire et profonde. Une tragédie qui semble réjouir la majorité des personnes présentes. Reste à savoir qui a pu pu commettre ce crime et pour quelle raison ? Des mobiles, chaque personnage en a au moins un à faire valoir, en plus de la haine qu'ils ressentaient tous à son égard. En fan habitué du cinéma gothique, je tentais de faire la lumière sur cet événement, de chercher qui avait une vraie raison de le voir mourir, quelle machination se tramait derrière cette mort. D'ailleurs, est-il bien mort ? Car son spectre revient hanter la pauvre Nevenka, qui se croit victime d'hallucinations et sombre dans une peur effroyable, entendant le claquement du fouet résonner dans les couloirs vides du château. La mise en scène est alerte, maîtrisée, les mouvements de caméras, les travelling, les zooms, tout est millimétré pour créer une ambiance, une atmosphère macabre et poétique qui transcende l'histoire et ses péripéties. On a beau chercher, enquêter, on ne trouve pas la solution; On se laisse alors bercer par les images, on assiste, impuissant, à l’impressionnante scène de flagellation que le spectre (?) fait subir à Neveka dans son lit, scène qui valut au film l'ire de la censure de l'époque d'ailleurs ! La poésie macabre envahit tout le film, la passion, la jalousie, la haine, la cupidité, le désir de vengeance et la cruauté, autant de sentiments dont font preuve les divers personnages du film, s'imbriquent magnifiquement, et la partition musicale de Carlo Rustichelli vient sublimer le tout, élevant Le Corps et le Fouet à un niveau quasi divin. Les acteurs sont tous parfaits et la progression de la dramaturgie savamment gérée par Mario Bava et ses scénaristes. Très honnêtement, ce film peut s'apparenter à une oeuvre d'art tant sa réussite majeure est indéniable et ce, sur tous les domaines, de la mise en scène à la photographie, de l'éclairage au choix du casting, de la musique aux émotions proposées. Pour faire simple, Le Corps et le Fouet est un chef-d'oeuvre du cinéma gothique, une perle venimeuse qui surprend, subjugue, et nous réserve un final enflammé digne d'une tragédie grecque. Une merveille en somme.

* Disponible en DVD ET BR chez -> ESC DISTRIBUTION <-


UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL

 

UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL
(Il Rosso Segno della Follia)

Réalisateur : Mario Bava
Année : 1970
Scénario : Santiago Moncada
Pays : Italie, Espagne, France
Genre : Thriller, Épouvante
Interdiction : -12 ans
Avec : Stephen Forsyth, Dagmar Lassander, Laura Betti, Femi Benussi, Jesús Puente...

L'HISTOIRE : Propriétaire d'une maison de couture renommée, John Harrington, 30 ans, est un tueur paranoïaque ayant des pulsions meurtrières incontrôlables, qui le poussent à tuer des futures mariées et notamment les mannequins qui travaillent pour lui, ce qui amène l'inspecteur Russell à s'intéresser à son cas. Vivant une relation de couple très tenue avec sa femme Mildred, John tombe sous le charme d'une nouvelle recrue, Helen. Cette dernière va-t-elle réussir à refréner la folie meurtrière de John ?

MON AVIS : Après avoir bénéficié de son plus gros budget financier sur Danger Diabolik en 1968, Mario Bava revient aux petites séries B à faible budget dès 1970 et à ses premiers amours, à savoir le film d'épouvante, avec L'île de l’Épouvante et Une Hache pour la Lune de Miel, deux titres qui ne sont généralement pas ou peu cités par les fans du cinéaste italien, qui préfèrent mettre en avant Six Femmes pour l'Assassin, Le Masque du Démon, Les Trois Visages de la Peur ou La Baie Sanglante. Pourtant, le film qui nous intéresse ici, Il Rosso Segno della Follia pour son titre original, s'avère des plus intéressants même s'il est en deçà des titres précités. Son originalité vient du fait que dès le début, nous savons que le personnage principal, John Harrington, interprété par le peu expressif Stephen Forsyte, est un dangereux psychopathe, puisqu'il se décrit lui-même au public comme tel ! Une entrée en matière surprenante et qui ne manque pas d'intriguer et d'aiguiser notre intérêt. Puisqu'on connaît déjà l'identité de l'assassin, nous ne sommes donc pas dans un giallo. Bon. Les choses sont claires sur ce point. Reste que ce film est bel et bien un thriller mâtiné d'une belle ambiance de film d'épouvante, et qui joue avec les codes et clichés du giallo tout de même, puisqu'on y trouve des décors baroques, des jeux de lumière et de couleur comme sait si bien les utiliser et les mettre en valeur Mario Bava, des meurtres très soft niveau violence mais dont l'utilisation d'un hachoir de boucher scintillant leur donne une patine particulière, des visions fantomatiques d'une femme assassinée qui vient poursuivre son tueur, des demoiselles en détresse absolument charmantes dont Femi Benussi et la ravissante Dagmar Lassander, et surtout, un trauma d'enfance responsable des pulsions meurtrières de notre héros/tueur, qui a un gros souci avec les mariées. Là où le film pourrait se contenter de s'inspirer de Psychose, Bava et le scénariste Santiago Moncada innovent, dans le sens où c'est l'assassin qui mène l'enquête ici et qui va tenter de comprendre les raisons de sa folie, chaque meurtre lui permettant d'obtenir une nouvelle pièce du puzzle que son esprit tente de recomposer et d'assembler. Ce voyage au sein du subconscient d'un tueur en série préfigure des œuvres futures, comme Henry Portrait of a Serial Killer ou Schizophrénia par exemple. Le spectateur adepte de cinéma de genre aura sûrement assembler les rouages de l'histoire avant le personnage principal mais ce n'est pas bien grave car les événements présentés et la mise en scène maintiennent un intérêt constant, et les images souvent sublimes de Bava émerveillent la rétine et font de Une Hache pour la Lune de Miel un film qui mériterait d'être mieux mis en avant dans la filmographie du maestro italien. On trouve même quelques similitudes avec le futur Maniac de William Lustig, pas au niveau du gore ni de la violence bien sûr mais avec l'utilisation des mannequins statiques que le tueur habille en mariée. L'acteur Stephen Forsyth a dit que Bava ne lui avait quasiment donné aucune indication sur comment jouer son personnage mais il n'en avait pas besoin puisque le réalisateur s'est justement servi du flagrant manque d'expression de l'acteur pour composer un tueur inexpressif, neutre, qui marche ou qui bouge presque comme s'il était lui-même un mannequin justement. Réservant quelques beaux moments visuels, dont l'attaque de la femme de John entre autres, filmant avec brio son casting féminin et ayant retravaillé le scénario pour mieux mettre en valeur l'actrice Laura Betti qui voulait tourner un film avec lui car elle le considérait comme un très grand metteur en scène, Mario Bava a réalisé un film loin d'être anecdotique et qui possède de solides qualités.

* Disponible en DVD et BR chez ESC DISTRIBUTION
 

HERCULE CONTRE LES VAMPIRES

HERCULE CONTRE LES VAMPIRES
(Ercole al centro della Terra)

Réalisateur : Mario Bava 
Année : 1961
Scénariste : Sandro Continenza, Mario Bava, Francesco Prosperi, Duccio Tessari
Pays : Italie, Allemagne
Genre : Peplum, Fantastique, Epouvante
Interdiction : /
Avec : Reg Park, Christopher Lee, Leonora Ruffo, George Ardisson, Franco Giacobini...


L'HISTOIRE : Afin de s'emparer du trône d'Oechalie, Lycos envoûte la belle Déjanire pour ensuite la sacrifier aux forces des ténèbres. Voulant sauver sa fiancée, Hercule consulte l'oracle qui l'invite à aller chercher une pierre magique au royaume de Pluton. Mais pour s'y rendre, il devra d'abord ramener une pomme du jardin des Hespérides. Avec l'aide de Thésée et de Télémaque, le héros part à l aventure afin de se rendre aux Enfers...

MON AVIS : Après Le Masque du Démon, chef-d'oeuvre du cinéma gothique italien, Mario Bava ne change pas radicalement de genre avec son film suivant : Hercule contre les Vampires. Comme son titre l'indique, on va être en présence d'un péplum, genre phare à l'époque du muet puis revenu en grâce en Italie suite au succès des films Les Travaux d'Hercule, réalisé en 1958, et Hercule et la Reine de Lydie, qui date de 1959, tous deux réalisés par Pietro Francisci. Comme son titre l'indique encore, le film de Bava versera également dans le genre fantastique et épouvante, puisque le héros, Hercule, va donc affronter des vampires. Du moins, c'est ce que le titre français laisse suggérer, le titre original préférant nous indiquer qu'Hercule va se retrouver au centre de la Terre, comprendre ici aux Enfers ! De nombreux péplums des 60's vont s'amuser à mixer ces deux genres, on peut citer à titre d'exemple Le géant de MetropolisMaciste contre le cyclopeMaciste contre le FantômeHercule à la conquête de l'Atlantide, Maciste en EnferMaciste contre les monstresHercule contre MolochMaciste contre les Hommes de Pierre ou bien encore Ursus la terreur des Kirghiz. L'introduction de Hercule contre les Vampires place d'emblée le spectateur en territoire fantastique : Une sorte de prêtre, interprété par Christopher Lee en personne, se trouve dans un décor macabre, avec moult créatures d'épouvante qui vont aller s'enfermer dans leur tombe de pierre. Le discours de ce curieux personnage est sans ambiguïté : il est au service des ténèbres et du Mal. On voit également le corps d'une jolie femme blonde, inanimée, avec des traces de sang au cou. Si on est attentif, on remarque qu'on est plus en présence de griffures que des deux traditionnels trous provoqués par une morsure vampirique. Qu'importe, le décor est planté, et d'entrée de jeu, on est subjugué par le travail sur la photographie et les jeux de couleurs et autres filtres présents dans cette séquence introductive, qui a souvent disparu des copies mais qui est donc belle et bien présente dans l'édition d'Artus Films. La suite délaisse quelque peu le fantastique et l'épouvante et nous plonge dans un pur péplum, avec aventure, combats et prouesse physique de l'athlète Reg Park, qui joue Hercule bien sûr, aidé dans sa tâche par George Ardisson, qui interprète Thésée. Les deux compagnons de route vont devoir sauver leur peau d'un guet-apens dont on découvrira qu'il est du fait du personnage joué par Christopher Lee. Quelques dialogues plus tard, Hercule va devoir remplir une sacré mission s'il veut se marier avec Déjanire, ravissante jeune femme qui semble sous le coup d'une terrible malédiction. Et quelle mission ! Pour conjurer le sort qui frappe Déjanire, Hercule et Thésée vont devoir récupérer la pomme qui ouvre le passage des Enfers dans le jardin des Hespérides puis se rendre dans le territoire du Dieu des Enfers pour récupérer une pierre de vie, seul objet pouvant briser la malédiction et rendre sa liberté à Déjanire. Et c'est parti pour un voyage haut en couleur, qui mêle aventure, action, fantastique et même comédie, le personnage de Télémaque (Franco Giacobini) étant l'élément parodique du film. De décors naturels, on passe à de splendides décors de studios, mis au point avec une élégance et un raffinement visuel certain par Mario Bava, qui nous ravit les yeux avec ses éclairages travaillés et ses filtres de couleur bleu, rouge et vert, qui confèrent au film une dimension quasi onirique. Malgré un côté assez kitsch (quel péplum ne l'est pas et n'est-ce pas justement ce qui fait le charme de ce genre très apprécié des amateurs ?), les mésaventures d'Hercule et de Thésée aux Enfers s'avèrent hautement dépaysantes, avec la rencontre des Hespérides, le combat contre un monstre de pierre, la traversée du Styx via une corde tendue entre deux rochers, le plongeon de Thésée dans une eau bouillonnante, le voyage en bateau en pleine tempête provoquée par Pluton et j'en passe, le tout avec un peu de romance et la présence de jolies demoiselles à l'écran. La dernière partie du film fera la part belle à Christopher Lee et à ses hideuses créatures, qui ressemblent plus à des goules qu'à des vampires il faut bien le reconnaître. La nature même du personnage interprété par Christopher Lee n'est pas très clair, même si ce dernier dira à un moment que "même Hercule ne peut tuer celui qui est déjà mort" ou qu'il finira consumé par le soleil, après avoir reçu en pleine poire un rocher lancé par Hercule, qui en lancera beaucoup, de rochers, dans le film, allant même jusqu'à dire à son compagnon de voyage qu'il espère bien que ce sera le dernier qu'il lance ! Humour toujours ! Même s'il peut paraître comme un peu anecdotique dans la filmographie de Mario Bava, cet Hercule contre les Vampires est en tout cas un divertissement hautement sympathique, joliment filmé, remarquable visuellement parlant et qui nous fait passer un bon moment devant notre écran. Les amateurs de mec baraqué et de mythologie décalée apprécieront à n'en point douter !

* Disponible en Mediabook DVD + BR chez ARTUS FILMS

LE MEDIABOOK :
Inutile de dire qu'Artus Films nous offre une édition solide, c'est devenu monnaie courante. La copie du film est très bonne et rend justice au travail sur la photographie et les couleurs. La scène d'introduction avec Christopher Lee est présente. Le livret de 80 pages rédigé par Michel Eloy est on ne peut plus informatif et joliment illustré. Niveau bonus, on trouve un entretien avec George Ardisson et Fabio Melleli, une bande-annonce ainsi qu'un diaporama de photos. 



6 FEMMES POUR L'ASSASSIN

6 FEMMES POUR L'ASSASSIN
(Sei Donne per l'Assassino / Blood and Black Lace)

Réalisateur : Mario Bava
Année : 1964
Scénariste : Giuseppe Barilla, Mario Bava, Marcello Fondato
Pays : Italie
Genre : Giallo
Interdiction : -12 ans
Avec : Cameron Mitchell, Eva Bartok, Tomas Reiner, Arianna Gorini, Mary Arden...


L'HISTOIRE : Un mystérieux assassin commet des meurtres sauvages sur les mannequins d’une célèbre agence de haute couture. La police mène l’enquête...

MON AVIS : 1963. Mario Bava réalise La fille qui en savait trop, un thriller italien qui commence à poser les fondements de ce qu’on appellera par la suite le giallo. La même année, outre Le Corps et le Fouet, il tourne Les trois visages de la peur, dont le premier sketch intitulé Le Téléphone joue également avec ce qui deviendra les codes du genre du giallo. En 1964, il reprend les recettes de ses deux films de 1963, les actualise, les modernise, se lâche dans des décors baroques, joue avec les couleurs et pose véritablement les bases du giallo, mettant en scène dans une banale enquête policière un assassin entièrement vêtu de noir, ganté, portant un masque et commettant ses crimes de différentes manières. Violence, sadisme, jolies filles, meurtres et whodunit se combinent avec une alchimie parfaite dans son 6 femmes pour l’assassin, œuvre phare, référence absolue pour qui aime le giallo. Pourtant, le film, coproduction Italo-franco-allemande dont le tournage dura six semaines, ne connut guère un grand succès à l’époque de sa sortie et le genre qu’il fit naître ne décolla vraiment qu’avec la sortie de L’oiseau au plumage de cristal de Dario Argento en 1970. Six femmes pour l’assassin est pourtant une pièce maîtresse du genre, nouvelle preuve du génie de Mario Bava dont la filmographie ne cessera d’influencer les futures générations de réalisateurs. Dès le générique, Bava surprend son monde par son inventivité. Le nom des acteurs et des actrices vient se superposer sur une image les présentant immobiles, tels des statues, comme autant de photographies avec mise en scène. Le début de l’œuvre ne sera pas non plus sans nous rappeler un certain Suspiria, qui ne débarquera qu’en 1977 et qui, pourtant, entretient un étroit rapport pictural avec le film de Bava, tant au niveau des décors que du jeu de lumière fortement coloré, qui plongent chaque séquence de ces deux films dans une ambiance fantasmagorique. Par une nuit orageuse, un jeune mannequin regagne l’immense demeure de la Comtesse Christina Como, devenue une luxueuse maison de haute couture. Alors que la jeune femme tente de gagner rapidement la porte malgré un vent assez violent, la voilà qui se fait agresser par un mystérieux personnage, vêtu d’un imperméable noir, ganté, portant un chapeau et une sorte de masque sur le visage, le rendant méconnaissable. La figure récurrente du giallo dans toute sa splendeur vient d’apparaître pour la première fois sur un écran de cinéma. Un look qui fera date et qui se fera même parodier dans le moindre détail dans la série de films érotico-gore des Fantom killer. Mario Bava laisse libre court à son imagination, ne se refuse rien, ne se censure pas, et fait baigner son film dans une atmosphère assez érotique, puisque chaque meurtre nous détaillera les soutiens-gorge ou bas de jarretelles que portent ces demoiselles. Des meurtres au nombre de six bien sûr, qui se révéleront tous originaux, la mise à mort étant à chaque fois différente. Un procédé que nous retrouverons également dans les futurs slashers movies, dont Mario Bava sera encore une fois l’un des précurseurs avec son fameux La Baie Sanglante en 71. Le second meurtre, toujours baigné dans une atmosphère morbide et fantasmatique, avec des lumières rouges, vertes, violettes, nous dévoilera un curieux instrument, une sorte de gant d’acier pourvu de trois crochets, et qui restera la marque de fabrique du film, l’arme dont tous les spectateurs se rappellent malgré le fait qu’elle n’apparaisse qu’une seule fois dans le film. Notre tueur, froid et déterminé, nous gratifiera par la suite d’autres joyeusetés, comme un visage brûlé, une noyade dans une baignoire ou un étouffement à l’aide d’un coussin par exemple. Des meurtres savamment orchestrés, presque artistiques parfois, et on ne cherchera plus la source d’inspiration de Dario Argento, qui a magnifié ce que Bava avait instauré avec ses films. Notons que 6 femmes pour l’assassin a connu deux montages. Une version censurée et une version intégrale donc. La violence montrée dans le film fera bien sûr sourire à notre époque et on se demandera quel était l’intérêt de "couper" certaines images tant elles apparaissent soft pour le spectateur d’aujourd’hui. Car en plus de priver le spectateur des images les plus sanglantes (toute proportion gardée bien sûr), certaines coupures se révéleront carrément handicapantes car privant le spectateur de la logique suivie par le tueur. Le meurtre de la cinquième victime se verra, par exemple, privé d’une scène capitale, celle où le tueur sectionne les veines de sa victime au rasoir, afin de faire croire que cette dernière s’est suicidée. Sans cette séquence, l’histoire perd de sa logique. La coupe la plus marquante restant, quant à elle, la disparition pure et simple de la scène où le tueur sort de sa poche son gant d’acier griffu. Hop, aux oubliettes l’arme culte. Inutile de dire que ce montage cut est totalement à oublier et que seul le montage intégral rend justice au travail de Bava et de son équipe. Outre ses meurtres diaboliquement stylisés, l’autre force du film est bien sûr la réalisation même de Bava. Mélangeant gothique et modernisme, jouant avec habileté sur le suspense, la terreur, la peur, chaque décor, chaque pièce devient ici un potentiel lieu de mort, d’où le tueur peut surgir à chaque instant. Escaliers, corridors, espaces labyrinthiques, miroirs, Bava joue avec l’espace, avec les perspectives, avec les objets présents dans les différents lieux pour faire naître une angoisse palpable qui terrorisera les futures victimes. Sa caméra se place toujours là ou il faut, faisant se hisser à un très haut niveau un film dont le scénario n’a rien d’extraordinaire. En effet, d’un point de vue scénaristique, 6 femmes pour l’assassin reste d’une facture assez classique. L’enquête policière est sobre, conventionnelle mais grâce au talent de Bava, elle prend une tournure bien plus intéressante qu’elle ne l’est et permet aux spectateurs de ne jamais décrocher et de rester attentif à tous les détails qui pourraient permettre d’en savoir plus sur le tueur et ses motivations. Habile, Bava s’amuse également à brouiller les pistes et fait de tous les hommes présents dans la maison de haute couture des tueurs potentiels. Chacun d’entre eux semble en effet avoir quelque chose en commun avec Isabella, la première fille assassinée et la découverte surprise de son journal intime semble bien les inquiéter. Tous comme certaines demoiselles également, qui semblent bien décidées à découvrir ce qui peut bien être écrit sur les pages de ce recueil. Ce journal intime, mis dans un sac à main, nous donnera l’une des meilleures séquences du film, séquence où ce sac devient l’objet de toutes les attentions et où la caméra de Bava devient presque le sac à main lui-même. Et donc, les yeux des spectateurs. C’est techniquement et artistiquement admirable. Niveau casting, les personnages principaux sont campés avec prestance par un excellent trio, Cameron Mitchell, Eva Bartok, Thomas Reiner, trio auquel vient s’ajouter les nombreuses actrices et acteurs interprétant les mannequins et les hommes travaillant dans la maison de haute couture, qui livrent tous une prestation de bonne qualité, parachevant de faire de 6 femmes pour l’assassin une œuvre formelle et importante, qu’il faut redécouvrir toute affaire cessante. Véritable tour de force stylistique juxtaposant chorégraphie meurtrière, jeu de lumière vertigineux et sadisme prononcé, 6 femmes pour l’assassin, malgré le poids des années, reste une œuvre phare et magistrale de son réalisateur. Mario Bava prouve une fois de plus qu’il était en avance sur son temps et son talent et son énergie à tenter des choses nouvelles, à expérimenter, donne une fois de plus une œuvre intense, raffinée, qu’on ne se lasse pas de voir et de revoir. Un film phare du cinéma italien.

LE DVD/BR :
Troisième titre de la collection Make my Day de Jean-Baptiste Thoret. Un excellent choix évidemment, une édition sur support numérique rendant justice au travail artistique cinq étoiles de Mario Bava et de son équipe technique. Attention, le film est uniquement présenté en version italienne sous-titrée français et ne dispose pas de la piste audio française. Concernant les bonus, outre la traditionnelle préface de Jean-Baptiste Thoret, un module de 45 minutes environ laisse la parole à Christophe Gans qui ne peut que vanter les louanges de ce film culte.

* Disponible en combo DVD / BR chez STUDIOCANAL


LA PLANÈTE DES VAMPIRES

LA PLANÈTE DES VAMPIRES
(Terrore nello spazio)

Réalisateur : Mario Bava
Année : 1965
Scénariste : Mario Bava, Alberto Bevilacqua, Callisto Cosulich, Louis M. Heyward, Ib Melchior, Antonio Román, Rafael J. Salvia 
Pays : Italie, Espagne, Etats-Unis
Genre : Science-Fiction
Interdiction : /
Avec : Barry Sullivan, Norma Bengell, Ángel Aranda, Ivan Rassimov, Evi Marandi...


L'HISTOIRE : En mission dans l’espace, les vaisseaux Argos et Galliot reçoivent des signaux de la planète Aura. Une force mystérieuse les oblige alors à y atterrir. Alors que certains membres de l’équipage sombrent dans la folie, d’autres sont retrouvés massacrés. Le capitaine Mark Markary découvre qu’Aura est habitée par d’étranges entités extra-terrestres, prêts à tout pour fuir leur planète maudite…

MON AVIS : Lorsqu’il découvre la nouvelle « Une nuit de 21h » de l’auteur Renato Pestriniero, Mario Bava est enjoué et veut faire son adaptation pour le cinéma. Une co-production Italo-espagnole se met en place, rejointe par la célèbre firme américaine A.I.P. qui remanie le scénario.Nanti d’un budget passablement ridicule, Mario Bava va devoir utiliser ses talents dans de nombreux domaines pour contrer ce manque flagrant de budget et réussir à faire de La planète des Vampires une petite réussite. Pas d’argent, pas de décor à la hauteur du projet, bref, le film part sur de mauvaises bases. Mais Mario Bava a plus d’un tour dans son sac et c’est avec brio qu’il franchit les obstacles imposés. Son sens de la mise en scène lui permet de contourner les difficultés : il n’a que deux rochers sous la main pour représenter le sol rugueux de la planète Aura ? Pas grave, il suffit de les filmer sous divers angles, en changeant les couleurs et en rajoutant de la fumée et hop, le tour est joué et le spectateur n’y voit que du feu. Visuellement, La planète des Vampires est d’une beauté picturale digne d’un tableau de maître. C’est à un maelström de couleurs et de fumigènes auquel nous convie le réalisateur et c’est un vrai plaisir pour les yeux, le tout bénéficiant d’une photographie qui met réellement en avant le travail accompli. Idem pour les effets-spéciaux : avec l’aide de son père, Mario Bava utilise toutes les techniques qu’il connaît (maquettes, peintures sur verre, jeu de miroir…) et innove bien des fois en parvenant à rendre crédible des astuces dignes d’un magicien. Le résultat à l’écran fonctionne parfaitement et le spectacle comblera d’aise les amateurs de science-fiction rétro, la touche « vintage » conférant une aura positive supplémentaire à l’œuvre. Autre technique pour masquer le manque d’argent, focaliser l’action sur les personnages. La planète des Vampires fait la part belle aux relations entre les différents protagonistes de l’histoire et plus que les effets-spéciaux, ce sont bien les acteurs qui occupent la majeure partie de l’écran. Les membres de l’équipage vont devoir lutter contre des entités extra-terrestres belliqueuses, qui possèdent le pouvoir d’investir l’esprit et le corps de leurs victimes, même si ces dernières sont mortes ! Le film de Mario Bava bifurque de temps en temps vers l’épouvante et nous propose un huis-clos dans l’espace qui n’est pas sans nous rappeler La nuit des morts-vivants, qui ne sera réalisé que trois ans plus tard. Le vaisseau spatial joue ici le rôle de la maison abandonnée du futur chef-d’œuvre de George Romero et les personnages vont devoir lutter contre une horde de morts-vivants agressifs et aux faciès sanguinolents. Le titre original du film lui sied alors bien mieux que son titre français puisqu’il est bien plus question ici de « terreur dans l’espace » que de vampires à proprement parlé. La séquence de résurrection des morts est encore une fois magnifiquement mise en scène et photographiée. Impossible non plus de ne pas penser à Alien, le huitième passager de Ridley Scott quand on regarde La planète des Vampires, tant les similitudes, les analogies sont nombreuses. Le film de Bava est d’ailleurs principalement connu pour ses ressemblances scénaristiques, voire visuelles, avec le film de 1979. Hormis cela, que manque-t-il donc à ce petit classique de la S-F italienne pour être réellement un film phare ? Je dirais que si le faible budget a permit à Bava de donner le meilleur de lui-même en terme visuel, cela ne suffit pas à masquer des défauts de rythme et un scénario qui ne propose au final que peu de séquences dynamiques. Les héros parlent, vont, viennent, se promènent dans les décors, se chamaillent, se battent, reviennent, se chamaillent à nouveau, se promènent encore dans les décors et ainsi de suite. On a parfois un peu l’impression que tout ça tourne en rond sans vraiment avancer. Quelques défauts donc mais qui n’empêchent pas La planète des Vampires d’être un très agréable spectacle, divertissant juste ce qu’il faut et proposant de bien belles trouvailles visuelles.

* Disponible en DVD chez ARTUS FILMS

NOTE : 4/6