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LES LINCEULS

 

LES LINCEULS
(The Shrouds)

Réalisateur : David Cronenberg
Année : 2024
Scénariste : David Cronenberg
Pays : Canada, France
Genre : Science-fiction, Drame
Interdiction : -12 ans
Avec : Vincent Cassel, Diane Kruger, Guy Pearce, Sandrine Holt...


L'HISTOIRE Karsh, 50 ans, est un homme d’affaires renommé. Inconsolable depuis le décès de son épouse, il invente un système révolutionnaire et controversé, GraveTech, qui permet aux vivants de se connecter à leurs chers disparus dans leurs linceuls. Une nuit, plusieurs tombes, dont celle de sa femme, sont vandalisées. Karsh se met en quête des coupables...

MON AVIS : Regarder un film de David Cronenberg, c'est être sûr d'assister à une oeuvre atypique, dans laquelle le corps sera mis à l'honneur la plupart du temps. Une thématique qui tient à coeur l'auteur canadien depuis Frissons en 1975 et qui n'aura eu de cesse de se renouveler, à travers des films tels Rage (1977), Scanners (1981), Videodrome (1983), La Mouche (1986), Faux Semblants (1988) ou bien encore Crash (1996) entre autres. Et puis, à partir de 2005, David Cronenberg s'est mis à délaisser les univers fantastiques pour bifurquer vers les thrillers sombre et brutaux ou des films plus abordables, à l'image de A History of Violence (2005), Les Promesses de l'Ombre (2007), A Dangerous Method (2011), Cosmopolis (2012) ou Maps of the Stars par exemple. Il faudra attendre 2022 et Les Crimes du Futur pour retrouver le Cronenberg des débuts. J'avoue que j'ai un peu délaissé ce réalisateur à partir des années 2000, quand il a mis de côté le fantastique et le body horror. Les avis sur Les Linceuls, son dernier film en date, qu'il réalise à l'âge de 81 ans en 2024, n'étaient pas très enthousiastes pour la plupart. Bien m'en a pris d'avoir tenté l'expérience car j'ai beaucoup apprécié cette proposition. Il faut savoir que ce film est important pour le réalisateur car il l'a écrit après le décès de sa femme Carolyn Cronenberg en 2017, une mort qui l'a bouleversé et dont il ne s'est jamais véritablement remis. Conçu au départ comme une oeuvre de science-fiction mettant en avant le rapport entre les morts et les vivants, Les Linceuls est devenu un travail sur le deuil et la mémoire, et par la-même un exutoire à la tristesse infinie de David Cronenberg. Dire que le réalisateur parle de lui dans ce film est un euphémisme. Il suffit de voir le look de Vincent Cassel, qui devient ici un sosie de Cronenberg ! La ressemblance est frappante et ne laisse guère indifférente. Qui plus est, le corps redevient une thématique majeure du film, et notamment à travers cette invention qui permet aux vivants de voir, à travers un écran placé sur les pierres tombales des défunts, ces derniers à travers un linceul bardé d'éléctroniques. Les familles peuvent à loisir observer le cadavre de leur défunt, et ce, a tous les stades de décompositions, et en haute définition ! Ce qui pourrait paraître abject et ecoeurant devient ici poétique, et la preuve d'un amour sincère pour les disparus, qu'on peut donc accompagner encore plus loin dans le processus mortuaire. Le personnage de Karsh voue un amour sans faille à sa défunte épouse, Becca, et il en reste inconsolable. D'où cette invention technologique, lui permettant de rester en contact avec elle. Mais lorsque plusieurs tombes de son cimetière high-tech sont profanés, et que son logiciel est hacké, Karsh se lance dans une course contre le temps pour comprendre et démêler les tenants et aboutissants qui ont conduit à ces actions. Le film devient alors un thriller science-fictionnel moderne, où le deuil tient une place prépondérante. Le rythme du film reste assez contemplatif, il y a beaucoup de dialogues entre les personnages mais personnellement, je n'ai jamais trouvé ça ennuyeux. J'ai été happé par ce récit somme toute complexe, aux ramifications diverses, porté par un très bon Vincent Cassel mais aussi une Diane Kruger qui joue un triple-rôles et se donne à 100% dans ses différents personnage, dont celui d'une IA ! Comme déjà dit, le récit est parfois compliqué à suivre, notamment avec des séquences de souvenirs qui, pour le coup, portent assurément la marque Cronenbergienne, les transformations du corps de Diane Kruger suite aux affres du cancer et des diverses opérations qu'il subit, mettant assez mal à l'aise le spectateur. On essaye, comme Cassel, de démêler les rouages ayant entraîné ce sabotage du cimetière et le piratage de la technologie GraveTech et de comprendre à qui pourrait profiter ces actions néfastes : Russes ? Chinois ? On nous parle de réseaux mondiaux qui seraient connectés via les tombes et les linceuls technologiques inventés par le héros, avec des disgressions complotistes intéressantes. Et ce beau-frère expert en informatique qui semble avoir un peu de rancoeur envers Karsh, a-t-il quelque chose à voir avec tout ça ? Ou bien la soeur de la défunte, qui est son portrait craché ? Ou bien encore cette entrepreneuse asiatique, dont le mari est en train de mourir et qui souhaite parrainé un nouveau cimetière high-tech ? Autant de possibilités qui tiennent en haleine et maintiennent, pour ma part en tout cas, un intérêt constant. Et si la solution tenait en une phrase, celle prononcée par Karsh lui-même et que je ne dévoilerai pas ici ? A vous de voir ! En tout cas, la scène finale nous convainc d'un fait. Quand l'amour est éternel, la personne qui reste ne cherche qu'une chose : retrouver l'être perdue chez les autres car personne ne pourra jamais la remplacer. Les Linceuls, un film loin d'être mineur dans la filmographie de David Cronenberg

* Disponible en DVD, BR et 4K chez PYRAMIDE VIDEO



RAGE

 

RAGE
(Rabid)

Réalisateur : David Cronenberg
Année : 1977
Scénariste : David Cronenberg
Pays : Canada
Genre : Horreur, Science-fiction
Interdiction : -16 ans
Avec : Marilyn Chambers, Frank Moore, Joe Silver, Howard Ryshpan, Susan Roman...

L'HISTOIRE : Alors qu'ils font une ballade à moto, Hart et sa fiancée Rose ont un grave accident de la route. Conduite d'urgence à la clinique du docteur Keloid, Rose va être opérée par ce dernier, qui va l'utiliser comme cobaye pour tester sa nouvelle technique de greffe. Un mois plus tard, Rose sort du coma et se retrouve dotée d'un curieux appendice située sous son aisselle. La jeune femme a de fréquents accès de violence et découvre que l'appendice a besoin de se nourrir de sang, transmettant aux victimes une maladie proche de la rage. Bientôt, la contamination se propage à vitesse grand V et chaque infecté permet au virus de circuler...

MON AVIS : Deux ans après Frissons (1975), le Canadien David Cronenberg poursuit son parcours dans le cinéma de genre avec Rage, réalisé en 1977. Malgré les bénéfices engrangés par Frissons, la société Cinepix ainsi que le producteur Ivan Reitman ont besoin de plus d'argent pour ce nouveau film et ils font appel au gouvernement canadien. Le Quebec répond présent et le tournage va donc se dérouler à Montréal principalement. Même si le budget est nettement plus conséquent pour Cronenberg, Rage n'a rien d'une super-production et il devra à nouveau faire preuve d'ingéniosité pour pouvoir transformer en images son scénario, qui contient toujours ses thématiques fétiches, à savoir le corps et ses mutations. Un scénario qui n'est toutefois pas exempt de quelques maladresses et qui contient un peu trop de zones d'ombre je trouve, ce qui est un peu préjudiciable au film. On a par exemple beaucoup de mal à comprendre le rapport entre les greffes de peau pratiquées par le chirurgien sur l'héroïne et l'apparition de cette ouverture contenant un dard vampire située sous son aisselle. Idem, en quoi la piqûre de ce dard pompeur de sang humain permet la propagation d'un virus rabique aux victimes ? Mystère et boule de gomme ! On aurait bien aimé avoir des explications plus détaillées concernant ces deux sujets mais on n'en saura malheureusement pas plus. Dommage. Ce manque d'information permettant la compréhension totale du récit, bien qu'un peu gênante, ne fait pas pour autant de Rage un mauvais film, loin de là. La prestation de l'actrice Marilyn Chambers dans le rôle de Rose est un atout majeur et permet au film de maintenir un intérêt constant. Si Marilyn Chambers est plus connue pour ses prestations dans les grands classiques du cinéma X comme Derrière la Porte Verte ou Insatiable, elle livre ici une très bonne interprétation et donne une vraie épaisseur à son personnage, montrant ses faiblesses, sa fragilité face à une situation qui la dépasse et qu'elle ne comprend pas, fragilité qui est contrecarrée lors de sa soif de sang, qui la transforme en vraie veuve noire sans pitié. L'actrice délivre de nombreuses émotions à l'écran et Cronenberg, qui voulait au départ que Rose soit interprétée par Sissy Spacek, n'a jamais regretté son choix par la suite, entièrement satisfait du jeu d'actrice de Marilyn, qui porte littéralement Rage sur ses épaules. Comme dans la grande majorité de ses films, le réalisateur offre un public des séquences malaisantes et perturbantes, et Rage ne fait pas exception à la règle : la présence du dard sous l'aisselle de Marilyn Chambers, à la connotation sexuelle évidente, est quelque peu dérangeante ; les infectés, avec bave verdâtre aux lèvres et comportement agressif, se montre particulièrement répugnants ; la mise en place par la gouvernement de la loi martiale nous rappelle des séquences de La Nuit des Fous Vivants (1973) de George A. Romero et fait plonger l'ambiance du film vers un profond nihilisme, qui prendra sa forme définitive avec la glaçante scène finale ; le comportement de Rose quand elle devient prédatrice crée un climat oppressant, notamment dans la séquence de la piscine ou lors de ses déambulations nocturnes ; la propagation du virus à travers toute la ville, transmit par la salive ou par morsures, place Rage comme étant l'un des grands précurseur des films d'infectés à venir, comme [Rec] ou 28 jours plus tard entre autres. Je serais un peu plus mitigé par contre en ce qui concerne les personnages secondaires, comme le petit ami de Rose (Frank Moore) et même le docteur Keloid (Howard Ryshpan), qui ne sont clairement pas très développés et qui, au final, ne servent pas à grand chose dans l'histoire. On sent vraiment que Cronenberg a mis tout le paquet dans le personnage de Rose, oubliant au passage de donner de la consistance aux autres protagonistes. Reste que Rage, au même titre que Frissons, contient les bases du cinéma de Cronenberg et qu'il reste une oeuvre importante dans la filmographie du réalisateur. Pas parfait, mais avec un réel potentiel, que viendra confirmer le fabuleux Chromosome 3 en 1979. 



CHROMOSOME 3

 

CHROMOSOME 3
(The Brood)

Réalisateur : David Cronenberg
Année : 1979
Scénariste : David Cronenberg
Pays : Canada
Genre : Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Oliver Reed, Samantha Eggar, Art Hindle, Cindy Hinds, Susan Hogan...


L'HISTOIRE : Frank Carveth éduque seul sa fille Candice depuis que sa femme Nola, psychologiquement instable, a été placée dans l'institut du docteur Raglan. Ce dernier a mis au point une nouvelle forme de thérapie qu'il utilise sur ses patients. Quand Frank découvre des marques de violence sur le dos de sa fille, qui a droit de voir Nola le week-end, il se rue chez Raglan pour demander des explications. Ce dernier n'étant pas très causant, Frank le menace de ne plus amener Candice voir sa femme, qu'il tient pour responsable des coups. Le temps de gérer la situation, Frank emmène Candice vivre chez sa grand-mère. Peu de temps après, celle-ci est assassinée par un curieux intrus de petite taille...

MON AVIS : Après Frissons (1975) et Rage (1977), David Cronenberg poursuit son travail sur la thématique du corps et de ses mutations avec l'impressionnant Chromosome 3, titre français un peu ridicule il faut bien le reconnaître. Le réalisateur canadien livre ici une oeuvre majeure de sa filmographie, véritablement malaisante, et à l'aspect horrifique on ne peut plus efficace. Réalisé en 1979, Chromosome 3 est un must de ce qu'on a appelé le Body Horror, et les images chocs du film hanteront longtemps votre mémoire, que ce soit les espèces de gnomes monstrueux dont l'origine vous fera froid dans le dos, les scènes de meurtres dont celle, très perturbante, d'une enseignante en pleine classe et qui est entourée de jeunes enfants, la séquence dans le grenier avec la présence de toute cette "couvée" (le titre original The Brood) et bien sûr la scène avec l'effrayante Samantha Eggar qui fait une révélation on ne peut plus tétanisante et écœurante à son mari, je laisse la surprise à ceux qui n'ont pas vu le film. Inventif et perturbant, le scénario écrit par Cronenberg lui-même nous dépeint la nouvelle thérapie mis en place par le docteur Raglan, très bien interprété par un Olivier Reed assez froid et méthodique mais qui réveillera les faiblesses et les peurs de son personnage lors du final. Une thérapie d'un nouveau genre et qui permet au réalisateur de jouer sur son thème de prédilection, à savoir la chair, le corps et ses mutations comme déjà dit. Cette thérapie, unique en son genre, permet au docteur Raglan de matérialiser les troubles mentaux de ses patients. Le milieu médical a toujours intéressé Cronenberg et il en fait à nouveau une brillante démonstration ici. Le film débute comme un drame familial, avec le héros, Frank Carveth, joué par Art Hindle, qui est en instance de divorce à cause des troubles mentaux de sa femme Nola. Mari aimant, il a placé cette dernière dans l'institut du docteur Raglan pour tenter de la guérir. Il élève sa petite fille Candice, interprétée par une excellente Cindy Hinds, dont elle seule à le droit de rendre visite à sa mère durant le traitement. Une mère qui s'est montrée violente envers sa fille et qui est soignée pour comprendre d'où vient cette violence. La découverte de nombreux bleus et griffures sur le dos de Candice alerte Frank, qui comprend que sa femme s'en est encore prise à elle au sein même de la clinique de Raglan. Débute alors une spirale infernale pour le père et sa fille, qui ne cessera de tendre vers la monstruosité et le sordide. La mise en scène de Cronenberg est parfaitement maîtrisée, jouant admirablement bien avec la tension, se montrant nerveuse quand il le faut. Le casting s'en sort admirablement bien et la musique d'Howard Shore accompagne parfaitement les images, créant ce malaise insidieux qui ne cesse d'augmenter chez le spectateur. Difficile de parler de Chromosome 3 sans en dévoiler les mécaniques et les troublantes révélations. Le film a, en tout cas, conservé sa puissance évocatrice et il demeure toujours aussi efficace revu de nos jours, contrairement à l'oeuvre suivante de Cronenberg, Scanners, qui, pour ma part, supporte beaucoup plus mal le poids des années. Grand film d'horreur corporel, Chromosome 3 reste à redécouvrir et s'avère un fleuron 70's du genre !


SCANNERS

 

SCANNERS
(Scanners)

Réalisateur : David Cronenberg
Année : 1981
Scénariste : Davis Cronenberg
Pays : Canada
Genre : Thriller, Fantastique
Interdiction : -12 ans
Avec : Jennifer O'Neill, Stephen Lack, Patrick McGoohan, Michael Ironside, Lawrence Dane...


L'HISTOIRE : Cameron Vale est un télépathe qui vit en marge de la société. Repéré par la ConSec, société secrète qui mène des recherches sur ce type d’individus nommés “scanners”, il apprend auprès du Docteur Ruth à domestiquer son pouvoir. Cameron est alors chargé de localiser Daryl Revok, un scanner qui organise à échelle industrielle un trafic d’Ephémérol : une substance chimique dangereuse destiné aux femmes enceintes…

MON AVIS : Après le dérangeant Chromosome 3 réalisé en 1979, le Canadien David Cronenberg fait son retour sur les écrans deux ans plus tard avec Scanners. Un film qui a marqué les esprits notamment pour sa fabuleuse séquence dans laquelle Michael Ironside fait littéralement exploser la tête d'un autre "scanner", avec un effet gore ahurissant. Il y a bien longtemps que je n'avais pas revu Scanners, ayant juste en mémoire cette scène. Cette nouvelle vision m'a un peu décontenancé car j'ai trouvé que le film, qui date de 1981, avait pris un petit coup de vieux qui n'est pas à son avantage. Déjà, je trouve que l'acteur principal, Stephen Lack, est d'une platitude désarmante et n'a guère de charisme, ce qui plombe une bonne partie du film, à l'inverse de Michael Ironside, qui, dans un rôle plus secondaire (malgré son importance) exalte l'écran et chaque scènes dans lesquelles il apparaît. Il incarne vraiment le bad guy dans toute sa splendeur, de par ses expressions de visage, son regard, son sourire. Le film se veut être un thriller technologique avant tout et la recherche du méchant Daryl Revok par Cameron Vale phagocyte l'intrigue, ponctuée par quelques séquences un peu plus dynamiques certes, mais dans l'ensemble, Scanners possède un rythme assez mollasson et les quelques péripéties présentées ne permettent pas de maintenir notre intérêt en alerte. L'implication des acteurs et leur façon de déclamer leur texte laissent parfois un peu à désirer également, notamment en ce qui concerne le célèbre Patrick McGoohan, dont les soucis d'alcool ont grandement compliqué la tâche au réalisateur, qui s'est tout de même dit satisfait de sa prestation. A savoir que l'entente entre McGoohan et Jennifer O'Neill a été cataclysmique, l'acteur se montrant particulièrement désagréable avec elle, ce qui a encore rajouté des difficultés pour le tournage. Pour ma part, je la trouve assez mitigée cette prestation, sans éclat de génie aucun. D'ailleurs, Cronenberg le dit lui-même, le tournage de Scanners a été une expérience très frustrante, car la production a été précipitée, le scénario n'étant même pas terminé, Cronenberg devant écrire son histoire au fur et à mesure et filmer en même temps, dans un délai de deux mois, tout ça pour que le studio puisse obtenir une déduction fiscale. C'est sûrement ce qui explique les défauts de l'histoire justement : avouons que la personnalité même des scanners n'est pas foncièrement bien écrite et qu'on aurait aimé en savoir plus sur eux, même si des éléments de réponse nous sont présentés par la suite, avec ce fameux Ephémerol aux effets secondaires terribles, miroir du scandale qui eut lieu à la fin des années 50, avec un médicament donné aux femmes enceintes qui a eu de terribles répercussions sur les nouveaux-nés, avec malformation physiques à la clé. La retranscription à l'écran du pouvoir télépathique des scanners fait, pour ma part, aussi partie des points faibles du film, avec ses acteurs qui grossissent leur yeux, gonflent les joues, se mettent dans une sorte de transe qui a un peu de mal à se montrer crédible au final, sauf quand c'est Michael Ironside, encore lui, qui l'interprète. Le film est bien sûr ancré dans son époque, comment pourrait-il en être autrement, mais d'autres films de cette période passent mieux le poids des années que Scanners. Il n'empêche que malgré des longueurs, des creux et des défauts, Cronenberg n'a pas foncièrement raté son film. Il y a de bonnes choses dans Scanners évidemment, comme cette mise en avant de la technologie à travers de nombreuses séquences, cette déclaration choc qui fait froid dans le dos prononcée par Jennifer O'Neill ("j'ai été scanné par son bébé à naître") mais aussi ce terrible combat final entre les deux scanners, doublé d'une autre révélation choc, qui permet à l'équipe des effets-spéciaux de s'en donner à cœur joie, pour notre plus grand plaisir. Oeuvre hybride, mêlant technologie et mutation physique et psychique, Scanners alterne entre le chaud et le froid et peine à convaincre totalement. 

  

VIDEODROME

 

VIDEODROME
(Videodrome)

Réalisateur : David Cronenberg
Année : 1983
Scénariste : David Cronenberg
Pays : Canada
Genre : Thriller, S-F, Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : James Wood, Deborah Harry, Sonja Smits, Peter Dvorsky, Leslie Carlson...


L'HISTOIRE : Max Renn, le patron d'une petite chaîne câblée indépendante, cherche des programmes alliant sexe et violence afin de se démarquer de la concurrence. Un jour, son ami Harlan, pirate informatique, lui dégote un programme nommé Videodrome, dans lequel il n'y a pas de scénario, uniquement de la torture et des meurtres. Intrigué par ces vidéos, Max Renn, qui vit une liaison sado-maso avec la journaliste Nicki Brand, va faire des recherches approfondies sur Videodrome et découvrir qu'il se cache quelque chose de bien plus complexe derrière ce programme pour adultes...

MON AVIS : Poursuivant ses travaux sur la chair, ses mutations et ses transformations, débutés en 1975 avec Frissons et poursuivis avec Rage (1977), Chromosome 3 (1979) et Scanners (1981), le Canadien David Cronenberg hisse encore le niveau en 1983 lorsqu'il présente au public l'excellent Videodrome ! Quasiment une sorte d'oeuvre-somme pour le réalisateur qui atteint ici l'apogée de ce qu'il appelle la nouvelle chair. A travers la phagocytage de son personnage principal (le génial James Woods) par une nouvelle technologie, un signal caché dans un programme vidéo pour adultes qui prend totalement possession de celui qui le visionne, faisant naître dans son cerveau une nouvelle excroissance provoquant des hallucinations qui le détournent de la réalité et transforment son corps en un réceptacle vivant, Cronenberg va encore plus loin que dans ses films précédents en terme de mutation corporelle, aidé par les extraordinaires effets-spéciaux dus à Rick Baker. On n'est pas prêt d'oublier les scènes chocs du film, comme celle dans laquelle James Woods s'introduit une cassette Betamax ou un pistolet dans le ventre, celui-ci possédant une ouverture quasi vaginale permettant l'introduction de ces objets ou bien encore ce poste de télévision qui devient vivant, qui respire et qui voit son écran sortir littéralement de son habitacle entre autres, comme pour mieux pervertir le spectateur et étendre son emprise sur lui. Sur fond de thriller ténébreux, à base de snuff movies, annonçant avec des années d'avance des films tels 8MM, Hostel ou toute la vague des Torture Porn, David Cronenberg livre une oeuvre puissante sur le pouvoir des images, des médias, sur l’avilissement de la pensée via le tube cathodique, et annonce les futures dérives créées par les réseaux sociaux, les chaînes de désinformation, l'attrait du public pour le voyeurisme et la violence, les fakes news et j'en passe. Un propos terriblement visionnaire en 1983 mais qui trouve un écho bien tristement réaliste en 2022 ! Visionnaire, Videodrome l'est à l'époque de sa sortie, assurément. Mais pas seulement pour son aspect de brûlot contestataire sur l'abrutissement des masses via la télévision. Non, il l'est aussi par les technologies qu'il propose, comme ce casque de réalité virtuelle que place sur sa tête James Woods ! Certes, les travaux sur la réalité virtuelle ont débuté dans les années 70 mais Videodrome est certainement l'un des premiers films à le faire découvrir au public. Mis en scène de manière efficace, Videodrome permet à la chanteuse de Blondie, Deborah Harris, de livrer une saisissante composition, interprétant une journaliste attirée par le masochisme et la violence physique. Avec un réel sens du propos et une intelligence raffinée, Videodrome s'impose comme l'un des tours de force majeur de David Cronenberg et le miroir qu'il nous renvoie de notre société actuelle prouve bien qu'il était prophétique et en avance sur son temps.

* Disponible en DVD et BR chez -> ELEPHANT FILMS <-
Outre le film en version intégrale, on trouve niveau bonus sur cette superbe édition : 
- Scènes inédites - version TV (25 min. env.)
- La bouche, le film par Serge Grunberg et Stephane du Mesnildot
- Making-of promotionnel
- Bande-annonce d'époque
- 2 teasers d'époque
- Les 4 premiers films de David Cronenberg, restaurés en haute-définition :
* Transfer (7 min. - 1966)
* From The Drain (14 min. - 1967)
* Stéréo (65 min. - 1969)
* Crimes Of The Future (63 min. - 1970)
- Inclus : 1 livret de 24 pages par Stephane du Mesnildot



LA MOUCHE

 

LA MOUCHE
(The Fly)

Réalisateur : David Cronenberg
Année : 1986
Scénariste : Charles Edward Pogue, David Cronenberg
Pays : Etats-Unis, Canada, Angleterre
Genre : Science-fiction, Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Jeff Goldblum, Geena Davis, John Getz, Joy Boushel, David Cronenberg...

L'HISTOIRE : La journaliste Veronica Qaife accepte l'invitation du scientifique Seth Brundle à aller visiter son laboratoire. Ce dernier lui a vanté ses recherches et son invention, "qui va changer le monde" selon ses propres mots. Une fois dans le repaire de Brundle, Veronica découvre deux étranges modules, que Brundle a baptisé "Télépods". Pour faire sa démonstration, Brundle demande à Veronica un objet intime : celle-ci lui donne un bas, qu'il place dans le premier télépod. S'ensuit une vive lumière et la disparition du bas. Incrédule, Veronica découvre que son bas a réapparu dans le second télépod. Brundle a réussi à créer le processus de la téléportation. Mais il ne veut pas que Veronica en fasse un article car pour lui, son invention ne sera prête que lorsqu'il aura réussi à téléporter de la matière vivante. Une relation amoureuse se noue entre la journaliste et le scientifique, provoquant la jalousie de l'ex de Veronica. Brundle réussi enfin à téléporter un babouin. Lors d'une crise de jalousie, croyant que Veronica a été revoir son ex-compagnon, il décide de tenter l'expérience sur lui-même, sans s'apercevoir qu'une mouche a pénétré dans le télépod. L'expérience réussie. Peu de temps après, Brundle sent une nouvelle énergie en lui, obtenant une condition physique incroyable. Mais l'euphorie est de courte durée car progressivement, son corps se met à se dégrader...

MON AVIS : Fidèle à son obsession du corps et de la chair et à la modification, la transformation ou la mutation de ces derniers, David Cronenberg va poursuivre l'étude de ces thématiques, débutée dès ses premières œuvres (Rage, Frissons, Scanners, Chromosome 3, Vidéodrome), en réalisant en 1986 un remake moderne d'un petit classique de la science-fiction 50's, La Mouche Noire de Kurt Neumann, sorti en 1958 et dans lequel jouait l'acteur Vincent Price. Avec La Mouche, Cronenberg réussi ce que tout remake devrait être : une réinterprétation nouvelle de l'histoire originale, modernisée, ré-imaginée, qio a sa propre personnalité et qui ne se contente pas de simplement refaire le film d'origine avec les moyens de l'époque. On pense à The Thing de Carpenter, à La Féline de Paul Schrader ou à La Colline a des Yeux d'Aja entre autres, qui, eux aussi, réussissaient ce tour de force. La grande force de La Mouche provient de la maturité du sujet traité et de comment Cronenberg le traite. De par une mise en scène sans esbroufe, presque classique, sans d'effet de style grandiloquent, le réalisateur canadien met toute son talent à nous raconter une histoire qui va nous toucher, nous marquer, nous emporter. Le destin tragique de ce généticien de génie, qui a réussi à créer une machine de téléportation afin de révolutionner le monde du transport, étant lui-même sujet au mal des transports justement d'où ses recherches sur le sujet, se montre réaliste et passionnant. Seth Brundle, magistralement interprété par un Jeff Goldblum transcendé, n'a rien d'un savant fou. Quoique. Ils sont tous un peu fous, les savants du cinéma fantastique. Néanmoins, celui de ce film semble raisonné et raisonnable. Il ne veut pas exposer sa invention avant qu'elle soit parfaitement au point et cherche sans cesse à l'améliorer, afin de réussir l'incroyable : la téléportation de matière vivante. Car si tout fonctionne très bien avec de la matière inanimée, il n'en va pas de même avec la matière vivante, un pauvre babouin va d'ailleurs en faire les frais lors d'une première séquence bénéficiant d'effet gore assez repoussant. La présence de Geena Davis va également apporter une touche émotionnelle au film, la relation entre cette journaliste et le généticien prenant de plus en plus d'importance. Une relation qui va voir un déluge de nuage l'assombrir une fois notre scientifique, jaloux pour rien, tentant l'expérience sur lui-même. Le petit grain de sable qui va venir tout enrayer est donc une simple mouche, qui va malencontreusement pénétrer dans le télépod lors du test humain. Le résultat à l'arrivée dans le second télépod sera la fusion de l'ADN de Seth Brundle et de la mouche, sans que le généticien ne le sache. A partir de là, Cronenberg va pouvoir exprimer tout son amour pour le corps et la chair comme dis plus haut. On a du positif au début, avec des capacités physiques accrues pour Seth Brundle, qui se met à consommer de plus en plus de sucre par contre et qui voit pousser quelques poils qui n'ont rien de vraiment humain dans son dos. Par petite touche, par petit détail minutieux, Cronenberg lance la machine, nous fait comprendre que quelque chose ne va pas et que la situation va dégénérer. Le comportement de Seth Brundle évolue, sa gentillesse, sa timidité disparaissent pour laisser place à de la colère, à de l'impulsivité. Et puis démarre l'horrible processus de dégénération du corps. On a souvent dit que La Mouche pouvait être vu comme une allégorie du Sida. Effectivement, la dégradation du corps de Seth peut évoquer cette maladie. Le maquilleur Chris Walas va rivaliser d'ingéniosité pour rendre crédible les différentes phases de dégradation corporelle de Seth Brundle et on ne peut pas dire qu'il a fait les choses à moitie. Jeff Goldblum a toujours dit que les séances de maquillages de La Mouche sont ce qu'il a vécu de pire dans sa carrière. On comprend aisément pourquoi. Ongles qui tombent, dents qui se déchaussent, vomissement de suc gastrique et transformation physique intégrale sont le prix à payer pour que Seth Brundle devienne Brundle-Fly ! Et on comprend aussi pourquoi Chris Walas a remporté l'Oscar des meilleurs maquillage pour ce film en 1987. Mais derrière toute l'horreur de la situation, Cronenberg n'en oublie pas l'amour et clôt son film avec une scène bouleversante et d'une rare puissance émotionnelle. Dire que La Mouche fait partie des sommets du cinéma fantastique n'est pas exagéré. Réalisation exemplaire, effets spéciaux incroyables, interprétation sans faille et histoire mature et maîtrisée en sont les principaux ingrédients. Le film a reçu le Prix Spécial du Jury au Festival d'Avoriaz 1987.

 

FRISSONS

FRISSONS
(Shivers / Parasite Murders / They came from within)

Réalisateur : David Cronenberg
Année : 1975
Scénariste : David Cronenberg
Pays : Canada
Genre : Horreur / Savants fous / Infection
Interdiction : -16 ans
Avec : Paul Hampton, Joe Silver, Lynn Lowry, Barbara Steele...


L'HISTOIRE : Dans un important complexe immobilier, un savant effectue des recherches sur une nouvelle forme de parasites qui pourrait être bénéfique à l’homme. Malheureusement, ses expériences ne donnent pas le résultat escompté et les parasites provoquent une frénésie sexuelle suivie d’une forte propension à la violence chez les personnes les ayant contractées. Le médecin du complexe se retrouve rapidement démuni face à l’épidémie d’agressivité sexuelle qui se propage chez les habitants, les parasites contaminants de plus en plus de personnes…

MON AVIS : Après deux moyens-métrages et quelques réalisations pour la télévision, le canadien David Cronenberg signe avec Frissons son premier long métrage en 1975. Une première œuvre qui contient déjà les bases et les éléments que le réalisateur aura loisir de peaufiner et de traiter dans sa future filmographie, à savoir le sexe, l’altération et la dégénérescence du corps humain, l’horreur viscérale et réaliste. Avec Frissons, David Cronenberg rejoint en effet la liste des auteurs 70’s (Wes Craven, Tobe Hooper, George Romero…) qui incorporent les éléments fantastiques ou horrifiques dans un cadre réaliste, quotidien ; pas de vampires dans un lugubre manoir ou de loups-garous dans une brumeuse forêt. Non, ici, le décor est un immense complexe immobilier regroupant des centaines d’appartements, une superette ou bien encore un cabinet médical. Pas de fantômes en ces lieux mais juste un savant qui perd le contrôle sur ses recherches et ne parvient pas à enrayer la prolifération des parasites qu’il a conçu. On se retrouve donc avec des espèces de limaces de taille moyenne qui agressent toutes personnes rencontrées, provoquant de graves brûlures et pire encore quand elles parviennent à pénétrer dans le corps des victimes. Ces dernières sont prises d’une irrésistible envie de sexe associée à des accès de violence. Comme le Sida, la contamination se fait principalement par rapport sexuel. Si le film parle plus de frénésie sexuelle qu’il ne le montre à l’écran, la violence et l’horreur sont par contre bien présentes avec quelques séquences gores  assez répulsives. Voir les parasites bouger sous la peau ou sortir de la bouche des victimes est assez répugnant et l’effet choc escompté par le réalisateur fonctionne plutôt bien. Les acteurs sont bons malgré le manque de charisme du médecin, héros du film. On aura plaisir à revoir Barbara Steele toujours aussi séduisante même avec quelques années en plus au compteur. La réalisation est quant à elle solide, maîtrisée. Si Frissons à un peu vieilli, il reste néanmoins relativement efficace, intelligent et a conservé son potentiel malsain. Une réussite certaine pour un premier film.

NOTE : 4/6