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Bienvenue dans mon univers filmique ! Ma mission ? (Re)voir tous mes films, séries Tv, documentaires et concert, tous genres confondus, sur tous supports, Vhs, Dvd, Dvd-r, Blu-ray (avec aussi les diffusions télévisées ou cinéma), et vous donner mon avis de façon simple et pas prise de tête sur chaque titre (re)vu ! C'est parti !



AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.




GINGER SNAPS

 

GINGER SNAPS
(Ginger Snaps)

Réalisateur John Fawcett
Année : 2000
Scénariste Karen Walton, John Fawcett
Pays : Canada
Genre : Fantastique, Horreur, Loups-garous
Interdiction : -12 ans
Avec : Emily Perkins, Katharine Isabelle, Kris Lemche, Mimi Rogers, Jesse Moss...


L'HISTOIRE : Ginger et sa sœur Brigitte sont bien différentes des autres filles de leur ville, alors en proie à diverses attaques semblant provenir d'une bête sauvage. Elles vouent une passion pour le morbide et s'amusent à mettre en scène leur propre mort. Considérées comme des parias dans leur lycée, elles restent inséparables. Une nuit, Ginger se fait attaquer par la bête sous les yeux de Brigitte, qui peine à la secourir. Peu de temps après, Ginger sent des changements dans son corps, des poils commencent à pousser sur les cicatrices des griffures et elle prend de plus en plus d'assurance, commençant même à s'émanciper de la présence de sa sœur, qui ne sait plus quoi faire pour lui apporter son aide...

MON AVIS : Les films de loups-garous ont commencé à devenir populaire dès 1941, avec Le Loup-Garou produit par la Universal. Par la suite, les lycanthropes sont apparus dans diverses séries B au fil du temps, sans jamais parvenir à acquérir la notoriété des vampires, de la momie ou de la créature de Frankenstein entre autres. Il faudra attendre l'année 1981 pour que deux films les fassent monter sur le podium du bestiaire du cinéma fantastique : Le loup-Garou de Londres de John Landis et Hurlements de Joe Dante. Reste que cette notoriété va retomber très rapidement, notamment avec les suites assez calamiteuses du classique de Joe Dante. On citera tout de même La Compagnie des Loups de Neil Jordan en 1984, Peur Bleue de Daniel Attias en 1985 ou Wolf de Mike Nichols en 1994 parmi les réussites du genre. C'est quand même bien peu. C'est en 2000 que va alors débarquer ce Ginger Snaps, film canadien réalisé par John Fawcett. Ce dernier n'a alors réalisé qu'un seul film, Boys Club en 1996, mais aussi quelques épisodes de séries-télévisées, ce qu'il continuera de faire par la suite. Avec Ginger Snaps, il va moderniser le mythe du loup-garou et utiliser ce dernier pour traiter métaphoriquement des problèmes vécues par les adolescentes, à savoir le passage à l'âge adulte via la puberté, les règles, les sentiments amoureux, l'éveil sexuel, les conflits familiaux, le harcèlement scolaire, le suicide et j'en passe. Et pour ce faire, il va mettre en scène deux sœurs, Ginger et Brigitte, interprétées respectivement par Katharine Isabelle et Emily Perkins. Deux personnages auxquels les ados mal dans leur peau pourront s'identifier sans difficulté aucune. Mises de côté pour leur comportement rebelle et leur vision assez pessimiste de la vie, les frangines Fitzgerald partagent tout, vivent dans leur propre monde, monde dans lequel sont exclus tout autre personne, que ce soient les amis ou même les membres de leur famille. Elles se sont même jurés une fidélité unique, en faisant un pacte de sang qui ne prendra fin que dans la mort lorsqu'elles étaient enfants. Un pacte qui perdure durant leur adolescence et qui est très important à leurs yeux. Leur monde en vase clos va néanmoins être ébranlé quand Ginger, qui vient enfin d'avoir ses règles, va se faire attaquer par la bête qui terrorise la ville. Mordue, ensanglantée, elle est sauvée in-extremis par Brigitte, qui, témoin de l'agression, va rapidement faire le lien avec une attaque de... loup-garou ! Il faut dire que sa grande sœur commence à changer suite à l'attaque. Des poils commencent à pousser sur certaines parties de son corps, de même qu'une queue de chien au niveau de ses fesses. Son attitude elle-même évolue, devenant plus ouverte aux relations avec autrui, et notamment avec les garçons, ce qui frustre Brigitte, qui voit sa sœur chérie s'éloigner d'elle, alors qu'elles étaient inséparables. Il faut dire que la jeune femme devient de plus en plus sexy et désirable, mettant ses formes en avant, s'habillant dans des robes affriolantes, qui ne peuvent qu'attirer le regard de la gente masculine et ce, au grand désarroi de Brigitte. Cette dernière n'aura dès lors plus d'autre alternative que de se lier elle aussi à autrui, et notamment avec Sam, le dealer du coin, afin qu'il l'aide à trouver un moyen de guérir Ginger. A l'instar de La Mouche de David Cronenberg, Ginger subit une transformation physique lente, parfois peu esthétique (sa mâchoire et sa dentition évoluent et deviennent plus imposante, son visage devient plus bestiale...), le tout avec des maquillages à l'ancienne, John Fawcett ayant refusé d'utiliser le moindre CGI ici. Une noble intention, même si j'avoue que le look même du loup-garou ne m'a guère convaincu et que je l'ai trouvé vraiment faiblard et pas très réussi. Par contre, les maquillages gore sont très bien faits. En tout cas, le réalisateur a essayé de casser les codes du werewolf movie, de le moderniser avec des sujets actuels et cette tentative a connu un beau succès d'estime, Ginger Snaps étant régulièrement cité parmi les meilleurs films de loups-garous modernes. Deux autres films ont vu le jour, une suite et une préquelle, toutes deux en 2004 : Ginger Snaps Resurrection et Ginger Snaps : Aux Origines du Mal


976-EVIL : LA LIGNE DU DIABLE

 

LA LIGNE DU DIABLE
(976-EVIL)

Réalisateur Robert Englund
Année : 1988
Scénariste Rhet Topham, Brian Helgeland
Pays : USA
Genre : Fantastique, Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec Stephen Geoffreys, Patrick O'Bryan, Jim Metzler, Lezlie Deane, J.J. Cohen...


L'HISTOIRE : Hoax est un jeune garçon timide, souffre-douleur d'une bande de punks. Il est élevé par sa tante Lucy, une bigote fanatique, et voue une admiration sans borne à son cousin Spike. Ce dernier ne s'intéresse pas vraiment à Hoax, préférant roucouler avec sa petite amie Suzie ou jouer au poker et miser de l'argent. Quand Hoax découvre un curieux numéro de téléphone sur une carte, le 976-EVIL, il ne sait pas que sa vie va changer car cette ligne va le mettre en relation directe avec...le Diable !

MON AVIS : Robert Englund ! Monsieur Freddy Krueger lui-même est à la réalisation de ce 976-Evil ou La Ligne du Diable en français, petite série B de 1988 que je n'avais toujours pas vu ! C'est enfin chose faite en 2026 et... comment dire... bah ça pouvait encore attendre en fait. Ce n'est pas parce qu'on est un acteur culte du cinéma fantastique qu'on est forcément un bon réalisateur. Regardé Stephen King, auteur au succès planétaire qui joue avec l'effroi comme personne et qui nous livre un film pas déplaisant mais assez quelconque tout de même en 1986 avec Maximum Overdrive. Et bien là, c'est la même chose avec Robert Englund. Sa notoriété a mis la barre trop haute et notre attente s'en est trouvée décuplée, car on pensait tenir là une nouvelle référence en matière de film fantastique ou d'horreur. Raté sur toute la ligne. Pour le scénario, il engage Rhet Topham, qui a juste bossé sur Trick or Treat en 1986, ainsi que Brian Helgeland, qu'il connaît bien puisqu'il a été scénariste sur Le Cauchemar de Freddy, tourné la même année que 976-Evil. On lui devra aussi le scénario frappadingue du très fun Bienvenue en Enfer en 1991 puis de films célèbres tels L.A. Confidential, Complots, Postman, Mystic River, Man of Fire ou Green Zone entre autres. Il est également passé derrière la caméra et nous a offert Payback en 1999, Chevalier en 2001 ou Le Purificateur en 2003 par exemple. Bon, reste qu'en 1988, l'histoire concoctée par les deux scénaristes pour le film de Robert Englund n'est pas bien folichonne et ne risque pas de faire du film un classique du genre. On en est même très loin. Osons le dire, La Ligne du Diable est un navet à peine sauvé par son final et ses maquillages conçus par Kevin Yagher et son équipe. Niveau casting, notre héros est interprété par Stephen Geoffreys, un acteur qu'on reconnaîtra aisément puisqu'il était le fameux Evil Ed de Vampire, vous avez dit Vampire ? de Tom Holland. Il a enchaîné quelques séries B fantastiques par la suite avant de devenir acteur de porno gay dès l'année 1993 sous le pseudo de Sam Ritter. Son personnage est ici une sorte d'ado introverti, qui enchaîne les gaffes et n'a pas grand chose pour lui. Sans ami, encore moins de petite amie, il subit le harcèlement d'une bande d'ados au look punk dans son lycée, et cherche l'amitié de son cousin Spike, un dur à cuire joué par Patrick O'Bryan, un acteur de seconde zone qui n'a pas fait une grande carrière non plus. L'élément le plus intéressant de La Ligne du Diable est la présence de la ravissante Lezlie Deane, une ancienne pom-pom girl et chanteuse dans divers groupe de rock (Scary Cherry and the Bang Bangs ou Fem 2 Fem), qu'on reverra dans La Fin de Freddy en 1991. Elle joue la petite amie de Spike et nous offrira la seule petite touche d'érotisme du film en nous dévoilant sa poitrine dénudée. Dommage qu'elle fasse partie des premières victimes d'Hoax après que celui-ci ai composé le fameux numéro de téléphone diabolique. Un numéro qui sert simplement à la base d’horoscope horrifique, un simple gadget en fin de compte mais qui s'est vu investir par le Diable lui-même. Les prédictions ou conseils énoncés par la ligne téléphonique se réalisent peu après, octroyant à ceux qui composent le numéro des pouvoirs maléfiques. Un concept pas super bien exploité dans le film, puisque Spike par exemple y a recours et qu'il ne lui arrive rien de fâcheux, à contrario d'Hoax qui semble être possédé par une âme diabolique, se transformant petit à petit en affreux démon. Allez comprendre. Niveau scènes horrifiques, on n'en aura pas non plus pour notre argent, le film étant très avare également à ce niveau. Et dire qu'on s'ennuie ferme est un euphémisme. Le film est somniférique au possible, on comble avec un détective et une inspectrice qui mènent une enquête sur les meurtres mais on s'en fout royalement. On a aussi un peu d'humour potache, comme la scène de la petite culotte par exemple, qui ne fera guère sourire. Franchement, c'est très laborieux et même l'aspect 80's ne viendra pas sauver La Ligne du Diable du naufrage. Et pourtant, je suis très bon public, vous le savez. Mais là, c'est bel et bien une grosse déception. Le final nous présente donc Stephen Geoffreys affublé d'un maquillage de démon, avec doigts griffus et vannes à deux balles en prime. Vous l'avez compris, on a affaire à un Freddy-like au niveau du personnage, le charisme en moins. Il va se venger de ceux qui l'ont embêté bien sûr, prenant enfin le dessus via sa force diabolique. Dommage, la plupart des morts sont en hors champ ou sont très peu sanglantes. C'est légèrement plus dynamique que tout ce qui a précédé mais pas de quoi se relever la nuit non plus. 38 ans d'attente pour au final trouver ça désolant. Mince alors...  

REDUX REDUX

 

REDUX REDUX
(Redux Redux)

Réalisateur Kevin McManus, Matthew McManus
Année : 2025
Scénariste Kevin McManus, Matthew McManus
Pays : USA
Genre : Drame, Science-fiction
Interdiction : -16 ans
Avec Michaela McManus, Stella Marcus, Jeremy Holm, Jim Cummings...


L'HISTOIRE : Irene a perdu sa fille Anna, kidnappée et assassinée par Neville, un prédateur sexuel. Détentrice d'un caisson permettant de se déplacer dans le multivers, elle arpente inlassablement toutes les dimensions pour retrouver et tuer le bourreau de sa fille. Un jour, dans un des univers parallèle, elle croise la route de la jeune Mia, qu'elle sauve de Neville. Une relation se noue entre les deux femmes, qui poursuivent ensemble cette quête infinie de vengeance...

MON AVIS : Gagnant du Prix du Public lors du festival de Gerardmer 2026, Redux Redux est un film familial, dans le sens où les réalisateurs Kevin McManus et Matthew McManus sont frères et l'actrice principale, Michaela McManus, est leur sœur.L'aspect familial s'arrête ici puisque le film est un vigilante movie science-fictionnel qui verse dans la violence froide, sans atteindre des extrêmes toutefois. Le scénario est des plus intéressants, puisqu'il met en scène une femme qui possède une sorte de télé-porteur lui permettant d'aller dans des univers parallèles et ce, afin de tuer encore et encore le meurtrier de sa fille Anna. Une vengeance à répétition donc, qui fait perdre petit à petit à cette héroïne tragique son humanité. Elle le dit elle-même : "Je ne sais même plus qui je suis". Le drame vécu, la perte de son enfant, et cette capacité à se déplacer dans le multivers pour traquer le meurtrier et le mettre hors d'état de nuire a fait d'elle une sorte d'exécutrice sans émotion, qui met sa vie en danger puisque le prédateur sexuel a parfois le temps de se défendre, et qui n'a plus aucun but dans sa vie que celui de l'exterminer de la surface de la Terre, encore et encore. Enfin si, elle a un but en fait : trouver un multivers dans lequel le tueur ne s'en serait pas encore pris à sa fille. Une quête désespérée, touchante, émouvante, qui semble ne jamais pouvoir arriver. Sa rencontre inopinée avec Mia, lors d'une traque au domicile du pervers, va apporter un peu de lumière à cette vie de noirceur et de violence. On s'en doute, Irene va voir en Mia sa fille disparue et faire de cette dernière un nouvel objectif dans sa vie, à savoir la protéger. Mais Mia n'est pas une jeune fille facile : élevée de foyer en foyer depuis son plus jeune âge, c'est une ado rebelle, qui ne se laisse pas dicter facilement sa loi et qui va avoir, elle aussi, le désir de rendre les coups à l'assassin d'enfants. Une situation déjà vue dans d'autres films, on ne compte plus les œuvres dans lesquelles un adulte doit gérer un enfant sans repère dans un environnement hostile. A ce niveau, Redux Redux ne fait pas dans l'originalité mais ça passe assez bien, car les situations proposées restent tendues, notamment vers la fin. D'une durée assez longue d'1h48, Redux Redux aurait peut-être pu être un peu raccourci, mais dans l'ensemble, le rythme est au rendez-vous, il y a assez d'action pour nous maintenir éveillé, entre exécutions sommaires, courses-poursuites et voyages temporels. Bien sûr, dans ce type de films à boucle temporelle, même si c'est un peu différent ici, on revit souvent les mêmes séquences, mais avec quelques petits changements. C'est le cas ici, notamment avec le décor du dîner, et cette tasse de café qui change de couleur pour nous faire comprendre qu'on est dans un autre univers par exemple. Les deux réalisateurs, qui sont également scénaristes, ont réfléchi pour faire que cette impression de répétitivité ne joue pas en défaveur du film  et c'est plutôt réussi puisque je ne me suis jamais dis "oh encore, ça soûle" durant mon visionnage. Concernant la séquence dans le désert, clin d'oeil à Terminator 2 peut-être, l'héroïne pouvant être vue comme une sorte de Sarah Connor en effet, je ne la trouve pas essentielle au récit et elle m'a donné l'impression de débarquer comme ça, sans réelle utilité, si ce n'est d'allonger la durée du film et de rajouter une scène d'action. Tout l"inverse de la séquence dans un autre univers où il va se passer quelque chose de vraiment prenant et intense. Avec un budget réduit, les frères McManus ont fait de Redux Redux une bonne surprise et prouve que le cinéma indépendant a encore de quoi nous surprendre dans le bon sens. On félicitera leur sœur Michaela, vu dans Les Frères Scott ou plus récemment dans Memory of a Killer. Elle assure vraiment ici, avec ce personnage de femme forte et déterminée mais fragile à la fois. Il en va de même pour la jeune Stella Marcus, parfaite en ado rebelle, grain de sable dans le rouage parfaitement huilé d'Irene. Mais un grain de sable salvateur, libérateur, qui transforme cette quête vengeresse en une sorte de rédemption et de parcours initiatique, nous rappelant le duo du film Thelma et Louise entre autres. Le final verse plus dans la série B classique et attendue mais fait le job. Redux Redux est une proposition sincère, originale, qui aurait peut-être pu pousser le concept encore plus loin, mais qui, en l'état, s'avère divertissante, intéressante et rondement menée. A découvrir. Ah oui, la scène introductive est carrément excellente et donne clairement le ton de ce qui va suivre.  

L'ENFANT DE LA NUIT

 

L'ENFANT DE LA NUIT
(La Tua presenza Nuda !)

Réalisateur Andrea Bianchi, James Kelley
Année : 1972
Scénariste Trevor Preston, Andrea Bianchi, Bautista Lacasa Nebot
Pays : Italie, Angleterre, Allemagne, Espagne, USA
Genre : Drame
Interdiction : -16 ans
Avec : Mark Lester, Britt Ekland, Hardu Krüger, Lilli Palmer, Harry Andrews...


L'HISTOIRE : Elise, nouvelle épouse de Paul, dont l'ancienne femme a été retrouvée électrocutée dans sa baignoire, éprouve des difficultés à nouer des relations amicales avec Marcus, le fils de Paul. Âgé de douze ans, ce dernier semble particulièrement mature et a un comportement bien différent des enfants de son âge, qui met mal à l'aise la jeune femme...

MON AVIS : Drame psychologique qui aurait bien du mal à être produit à notre époque, L'Enfant de la Nuit a été co-réalisé par Andrea Bianchi et James Kelley. Le premier, Italien, est bien connu des amateurs de cinéma Bis puisqu'on lui doit le giallo putassier avec Edwige Fenech Nue pour l'Assassin en 1975 et surtout l’inénarrable Le Manoir de la Terreur en 1981, entre autres. Le second est Anglais et n'a que deux films à son actif derrière la caméra, celui dont on parle ici et Le Monstre des Oubliettes réalisé l'année précédente. Au casting, on trouve la ravissante blondinette Britt Ekland, devenue célèbre en jouant dans The Wicker Man en 1973 ou le James Bond L'Homme au Pistolet d'Or en 1974 mais également pour avoir été l'épouse de Peter Sellers et de Rod Stewart. Elle interprète avec brio Elise, une jeune femme qui va avoir bien des difficultés à gérer sa relation avec Marcus, le fils de 12 ans de son nouveau mari. Ce dernier est joué avec tout autant de brio par le jeune acteur Mark Lester, qu'on avait pu voir l'année précédente dans Mais qui a tué Tante Roo ? de Curtis Harrington. Un duo impeccable, qui va faire basculer le film dans un climat malsain de grande qualité. Il faut dire que notre Marcus est particulièrement précoce par rapport à son âge, qu'il est très cultivé et n'a pas la langue dans sa poche quand il s'agit d'asséner des pics qui font mouche à chaque fois. Plus le film avance, plus la relation entre Marcus et Elise va devenir tendue, plus un réel malaise va grandir chez la jeune femme vis à vis du fils de son nouveau mari, qu'elle soupçonne de mentir et d'être un vrai manipulateur. En se renseignant plus avant sur lui, notamment en allant rencontrer le directeur de son école, Elise va découvrir des secrets particulièrement perturbants sur le jeune garçon, qui la mettront encore plus mal à l'aise et la feront devenir plus suspicieuse. Si je vous dis qu'un des autres titres français du film est Les émotions d'un jeune voyeur, vous comprendrez pourquoi le film devient vite malaisant. Menteur, voleur, voyeur, le jeune garçon multiplie les vices et ce n'est peut être que la face cachée de l'iceberg. Qui plus est, il a vite saisi que sa présence et son comportement incommodent Elise et il n'a de cesse de la pousser dans ses retranchements, la rendant même paranoïaque aux yeux de son père, qui commence à émettre des doutes sur sa nouvelle femme et sa santé mentale. Un père entièrement dévoué à son fils après le dramatique accident survenu à son ancienne femme. Le film monte encore d'un cran dans l'abjecte quand Elise se met à soupçonner Marcus d'avoir délibérément tué sa mère et que le jeune garçon l'oblige à se mettre nue devant lui pour lui avouer la vérité. Une séquence qui choqua la censure britannique de l'époque, qui se montra pourtant clémente, du moins jusqu'en 1978 où l'arrivée de la loi sur la protection des enfants fit subir au film des coupes importantes : principalement dans les scènes où Elise se déshabille devant Marcus, mais aussi le plan où Marcus caresse les seins d'Élise. La censure exigea également la suppression complète de la scène du lit entre Elise et Marcus vers la fin du film. L'aspect psychologique est très importante dans ce film, on a affaire à un véritable jeu du chat et de la souris entre Elise et Marcus, Paul se contentant de jouer les arbitres de ce duel autant verbal que physique. Le point fort de L'Enfant de la Nuit est qu'il tire sur la corde raide tout en jouant l'équilibriste sur cette relation insidieuse : on ne sait plus si Marcus est réellement un enfant manipulateur et diabolique ou si c'est la raison d'Elise qui flanche et qui lui fait prendre le garçon en grippe. Dénué d'action, L'Enfant de la Nuit prend son temps pour poser son atmosphère sourde et malicieuse, emprunte parfois au giallo ou au cinéma d'épouvante gothique lors de certaines séquences (les déambulations dans le grenier) et propose dans sa dernière demi-heure une ambiance de perversion déconcertante, à l'opposée de la morale, ainsi qu'une scène finale magistralement amenée et encore plus perverse que tout ce qui a précédé. J'ai vraiment apprécié l'atmosphère et le rythme assez contemplatif de ce film curieux et peu banal, tout comme l'interprétation du casting, le charme de Britt Ekland et le regard et sourire maléfiques de Mark Lester n'étant pas étrangers à ce fait. Un film surprenant, typique de ce que proposer le cinéma radical 70's ! .  

QUE MA VOLONTÉ SOIT FAITE

 

QUE MA VOLONTÉ SOIT FAITE
(Que ma Volonté soit faite)

Réalisateur Julia Kowalski
Année : 2025
Scénariste Julia Kowalski, Simon Beaufils
Pays : France, Pologne
Genre : Drame, folk horror, sorcellerie 
Interdiction : -12 ans
Avec Maria Wróbel, Roxane Mesquida, Wojciech Skibinski, Przemyslaw Przestrzelski...


L'HISTOIRE La jeune Nawojka, qui vit avec son père et ses deux frères dans la ferme familiale, cache un terrible secret : un pouvoir monstrueux, qu’elle pense hérité de sa défunte mère, s’éveille chaque fois qu’elle éprouve du désir. Lorsque Sandra, une femme libre et sulfureuse originaire du coin, revient au village, Nawojka est fascinée et ses pouvoirs se manifestent sans qu’elle ne puisse plus rien contrôler...

MON AVIS : En 2023, Julia Kowalski réalise le moyen-métrage J'ai vu le visage du Diable, qui mettait déjà en vedette l'actrice Maria Wróbel ainsi que Wojciech Skibinski. L'histoire était celle d'une jeune fille se croyant possédée et demandant l'aide d'un prêtre-exorciste. En 2025, la réalisatrice française, qui a été biberonné au cinéma polonais mais aussi au cinéma de genre, décide de faire un film ayant également la thématique de la possession, tout en y incluant des éléments de folk horror et de sorcellerie, prenant pour cadre de l'action un tout petit village rural où vit une famille d'immigrés polonais éleveur de bétails. Ces thématiques liées au cinéma de genre, la réalisatrice les dilue dans ce qui l'intéresse réellement ici, à savoir la condition féminine, le machisme, les violences sexistes et la place de la femme dans notre société. Dans Que ma Volonté soit faite, rien n'est expliqué, rien n'est certifié. Ce sera au spectateur de décider si le personnage de Nawojka est la descendante d'une sorcière, et si elle en est une elle-même, ou si elle n'est qu'une jeune fille perdue dans un monde essentiellement masculin, tiraillée par des désirs de plus en plus brûlants et par une soif d’émancipation qui la pousserait à ne plus différencier la frontière entre rêve et réalité. Le film est avant tout un drame rural, où le destin de la jeune fille semble tout tracé. Elle rêve de devenir vétérinaire mais qui s'occupera de la ferme, de faire à manger, de prendre soin de son père et de ses deux frères, pourtant pas très sympathiques à son égard, la prenant pour une véritable bonniche ? Un destin qui va se voir chamboulé par le retour au village de Sandra, une jeune femme libre, sans carcan, fière de son corps et qui ne laisse aucun mâle lui dicter ce qu'elle doit faire. La figure maternelle étant absente chez Nawojka, Sandra devient son nouveau repère, et la liberté que cette dernière affiche au grand jour, se baladant dans des tenues sexy, fait prendre conscience à la jeune fille qu'une autre vie est possible. Une prise de conscience qui va se traduire par des crises frénétiques, convulsives, proches de celle qu'avait Linda Blair dans L'Exorciste.Mais attention, point d'effets spéciaux ici, point de maquillage outrancier, tout passe par le jeu d'actrice, les grimaces, la crispation du corps. L'ambiance, le grain de la pellicule 16MM renvoie aux films des 70's que la réalisatrice adore. On trouve dans Que ma Volonté soit faite une longue scène de mariage héritée de Voyage au bout de l'Enfer, on trouve une partie de chasse nocturne qui renvoie à celle de Réveil dans la Terreur par exemple. Film féministe avant tout, la menace dans le film prend divers visages, mais surtout l'apparence des hommes du village, rednecks qui aiment la chasse, l'alcool et qui en oublient les bonnes manières envers la gente féminine. La superstition rurale est également mise en avant, le retour de Sandra (la toujours charmante Roxane Mesquida, vue dans Sheitan entre autres), considérée comme une femme de peu de vertu et qui semble avoir un lourd passif ici, devenant le symbole facile, la proie toute désignée des événements négatifs qui apparaissent au village : une étrange contamination du bétail provoque l'abattement des troupeaux et il n'en faut pas plus pour provoquer une chasse aux sorcières. Plus que du fantastique, c'est bien de l'insolite, de l'étrangeté, qui vient s'immiscer au sein de cette famille et des villageois, troublant autant leur perception cartésienne que celle du spectateur. Sans jamais expliquer ou définir les événements proposés, Que ma Volonté soit faite joue dans la cour du folk horror contemplatif, pour un résultat souvent déroutant, toujours intrigant, à l'image des premières paroles du film : "Ma mère s'agenouilla devant Satan. Elle avait le Mal en elle. Je l'ai en moi." Bien sûr, on est loin du cinéma Bis ici, le film a des allures bien plus auteurisantes évidemment, mais la proposition de Julia Kowalski est intéressante et s'éloigne des sentiers battus du cinéma français. La mise en scène est très bonne, la photographie superbe et certaines images sont très belles, notamment celles du final. Un film à découvrir, qui change des comédies françaises à la gomme.  

* Disponible en  DVD chez BLAQ OUT  



 


INTRUDER

 

INTRUDER
(Intruder)

Réalisateur Scott Spiegel
Année : 1989
Scénariste Scott Spiegel, Lawrence Bender
Pays : USA
Genre : Horreur, slasher
Interdiction : -16 ans
Avec : Sam Raimi, Elizabeth Cox, Renée Estevez, Dan Hicks, Ted Raimi...


L'HISTOIRE : Les employés d'un supermarché apprennent qu'ils vont bientôt perdre leur travail suite à la vente du magasin. A la nuit tombée, Jennifer, la caissière, se fait agresser par son ex-petit ami, Craig, qui vient de sortir de prison. Il parvient à se dissimuler dans le magasin et c'est avec peine que l'équipe réussie à le mettre dehors, provoquant sa colère. Plus tard dans la nuit, les employés se font assassiner un à un...

MON AVIS : En 1989, le slasher movie n'est plus qu'un genre balbutiant, en fin de vie, qui a épuisé tous les filons, toutes les histoires depuis 1980 et la succès de Vendredi 13. Certains réalisateurs continuent d'y croire mais le public s'est lassé et le genre ne fait plus recette et ne parvient plus à se renouveler. Parmi les derniers résistants, on trouve Intruder, réalisé par Scott Spiegel. Un nom qui ne devrait pas vous être inconnu si vous êtes fans de cinéma de genre, puisqu'il fait partie de la team Sam Raimi, étant l'ami de ce dernier depuis les années 70, où il faisait l'acteur dans tous ses courts-métrages. Il a même interprété Scott dans Within the Woods, court-métrage à la base d'Evil Dead. Scott Spiegel fut aussi scénariste, on lui doit dans ce domaine les histoires d'Evil Dead 2, du polar Hit List, de La Relève avec Clint Eastwood et Charlie Sheen, de The Nutt House, comédie avec Traci Lords ou de Une Nuit en Enfer 2 entre autres. Il a également réalisé lui-même des tas de courts-métrages et six longs-métrages, dont Une Nuit en Enfer 2 ou Hostel 3. Son premier long-métrage derrière la caméra est donc ce Intruder, dont il co-signe également le scénario avec Lawrence Bender. Il va bénéficier sur ce premier film de la présence de Sam Raimi, qui fera acteur et qui lui a certainement promulgué de bons conseils niveau mise en scène, mais aussi de Robert Kurtzman, de Greg Nicotero et de Howard Berger, un trio spécialisé dans les effets de maquillages plus connu sous le nom de KNB et qui avait déjà travaillé avec Spiegel sur Evil Dead 2 en 1987. Du beau monde donc, auquel on rajoutera l'actrice Elizabeth Cox, qui interprète la final girl Jennifer, Renée Estevez, sœur d'Emilio Estevez, Ramon Estevez et Charlie Sheen et qui joue l'autre caissière du magasin, le célèbre Ted Raimi, frère de qui vous savez, Dan Hicks, autre membre de la team Raimi, vu dans Evil Dead 2, Darkman ou Mon nom est Bruce entre autres et on aura évidemment un tout petit caméo de Bruce Campbell à la fin du film. Sur le papier, les conditions semblent donc être réunies pour obtenir un bon slasher. Qu'en est-il au final ? Niveau mise en scène, on ressent clairement l'influence de Sam Raimi, avec des plans travaillés qui nous rappellent ceux d'Evil Dead, à l'image de la caméra posée dans un caddie et qui filme l'avancée de ce dernier en vue subjective ou de ce plan où l'on voit un personnage utiliser un téléphone, filmé de l'intérieur dudit téléphone, l'actrice étant donc vue en contre-plongée via le cadran téléphonique. On citera également cette séquence ou un acteur surveille une poignée de porte et quand celle-ci se met à tourner, le plan de l'acteur tourne de la même manière que la poignée de porte ou cette vision du visage du tueur, déformé par un bocal en verre. Des influences visuelles qui procurent donc  une certaine originalité à Intruder, bien moins plan-plan que la majorité des slashers en termes de réalisation. Dommage que le film mette un peu de temps à réellement démarrer puisqu'il faut attendre plus de 30 minutes avant d'avoir un premier meurtre, et encore, il est juste suggéré à l'écran. Auparavant, on fera connaissance avec les divers employés du magasin, on comprendra rapidement que la caissière Jennifer, jouée par Elizabeth Cox donc, sera l'héroïne du film, et on passera pas mal de temps avec eux, devant régler un souci puisque l'ex-copain de Jennifer se cache dans le magasin suite à une altercation. Un semblant de suspense se met en place avec la recherche du méchant bad boy dans les rayonnages. On note quand même que Scott Spiegel, qui a travaillé dans un supermarché durant sa jeunesse, s'attarde sur l'aspect relationnel, sur la notion de camaraderie qui transpire entre les employés, qui tentent tous de s'encourager après avoir appris la vente de la boutique et sa fermeture dans un mois. Je n'irai pas jusqu'à dire que ça les rend plus intéressants, n'exagérons pas, ils restent dans la bonne moyenne des personnages d'un slasher et la plupart ne serviront qu'à devenir des victimes au tueur du film. Un tueur qui va commencer à s'activer un peu plus à partir de 40 minutes, dynamisant par la même occasion le rythme un peu mollasson du film. Notre maniaque va devenir le principal intérêt d'Intruder, car il va se servir de divers outils et instruments disponibles dans le magasin pour commettre ses meurtres. Et à ce niveau, on ne sera pas déçu car l'équipe de KNB et l'équipe des effets-spéciaux vont se faire plaisir, et nous faire plaisir, en concoctant des scènes brutales et surtout bien gore. C'est clairement là où Intruder marque des points : œil embroché sur une pointe, visage écrasé par une presse, Sam Raimi empalé par le visage sur un croc à viande (une idée de son frère Ted, on est imaginatif dans la famille), tête coupée portée par le maniaque, coups portés à l'aide d'un couteau ou d'un hachoir et surtout, la fameuse séquence du visage tranché en deux par un fil à ruban servant à découper les carcasses de viande seront de la fête. De la violence qui a posé problème au comité de censure, qui a taillé dans le vif à l'époque, et il a fallu attendre les années 2000 pour que le film soit enfin proposé en version intégrale. On a tout de même un petit souci, qui n'est pas du fait du réalisateur, c'est que l'identité du meurtrier a été éventé directement sur la jaquette VHS lors de sa sortie, le film étant inédit en salles, de même que dans la bande annonce. Même si cela ne gâche que moyennement le spectacle, on pourra trouver ce procédé un peu chelou tout de même mais bon. Si Intruder ne joue que rarement avec le suspense, se prive de toute nudité, on en retient tout de même ses qualités et son aspect radical au niveau de ses meurtres. On ne pourra s'empêcher de sourire lors de la scène de traque dans une chambre froide, l'héroïne se planquant derrière les carcasses de viande, scène qui nous rappellera la séquence fort ressemblante du remake de Massacre à la Tronçonneuse, ou celle où l'héroïne se cache dans une sorte de cagibi, qui m'a fait penser à la scène d'Halloween dans laquelle Jamie Lee Curtis se planque dans un placard. Deux scènes qui correspondent bien à ce qu'est Intruder en fait : un film charnière, qui recycle les films du passé et prépare le terrain aux futurs œuvres du genre, qui seront plus violentes, plus brutales. Intruder, un rétro-slasher ouvrant la voie au néo-slasher ?

* Dispo en combo DVD+BR chez ESC DISTRIBUTUON

       

LE TUEUR FRAPPE TROIS FOIS

LE TUEUR FRAPPE TROIS FOIS
(La morte non ha sesso)

Réalisateur Massimo Dallamano
Année : 1968
Scénariste Giuseppe Belli, Vittoriano Petrilli, Massimo Dallamano, Audrey Nohra
Pays : Italie, Allemagne, USA
Genre : Policier, proto-giallo
Interdiction : -12 ans
Avec : John Mills, Luciana Paluzzi, Robert Hoffman, Enzo Fiermonte, Renate Kasché...


L'HISTOIRE : L'inspecteur Franz Bulon s'occupe du trafic de stupéfiants. Son supérieur lui met la pression car l'enquête sur un vaste réseau de trafic de drogue piétine. Pire que tout, les principaux suspects qui auraient pu le rencarder et faire progresser l'enquête se font assassiner par un mystérieux tueur. Mais un autre facteur entre en jeu dans le fait que Bulon n'avance pas : son esprit est préoccupé par Lisa, sa femme qui bien plus jeune que lui, et qui déclenche en lui une jalousie maladive qui vient compromettre leur couple...

MON AVIS : Réalisateur n'ayant qu'une dizaine de films à son actif, ayant débuté en 1967 avec le western Bandidos puis ayant trouvé la mort dans un tragique accident en 1976 à l'âge de 59 ans, Massimo Dallamano a néanmoins marqué de son empreinte le cinéma de genre italien, notamment grâce à deux célèbres giallos, Mais qu'avez-vous fait à Solange ? en 1972 et La Lame Infernale en 1974. On lui doit également la très sympathique sexy comédie La Belle et le puceau avec Edwige Fenech en 1974 ou le film de possession Emilie l'enfant des ténèbres en 1975 entre autres. Avant de passer derrière la caméra, il a été un directeur de la photographie réputé, avec à son actif un travail sur Pour une poignée de dollars et Et pour Quelques Dollars de Plus de Sergio Leone, excusez du peu ! Le film qui nous intéresse ici, à savoir Le Tueur frappe trois fois, est sa seconde réalisation. Elle date de 1968 et est régulièrement catégorisée dans le genre du giallo, ce qu'elle n'est pas vraiment en réalité. Si on a bien un assassin ganté et vêtu de noir qui tue au couteau, point de violence graphique ou d'effets stylisés ici, ni même de suspense ou d'intrigue ayant pour but de nous faire découvrir son identité, qui sera révélée assez tôt dans le film. Le Tueur frappe trois fois est avant tout un film policier, nous présentant un vieux flic proche de la retraite, joué par John Mills, devant démanteler un réseau de trafiquants de drogue. L'originalité du film de Dallamano est d'avoir greffée à cette enquête policière une étude quasi comportementale sur la vie de couple, celui composé par notre vieil inspecteur et sa ravissante épouse dans le cas présent. Car oui, on sent bien que ce qui intéresse le réalisateur ici, ce n'est guère les rares meurtres au couteau, qui utilisent les codes des proto-giallo voire des Krimi allemand (l'action du film se déroule à Hamboug et le film est une co-production Italo-américano-allemande) ni même l'aspect policier de son film en fait. Non, ce qui retient son attention, c'est les rapports compliqués entre son héros et sa femme, superbement interprétée par Luciana Paluzzi, une rousse incendiaire au passé trouble et dont le comportement, qui ne nous semble pas, à nous spectateurs, particulièrement sujet à interrogation, déclenche des crises de jalousie maladive chez son époux, crises qui viennent continuellement perturber son travail et son mental. Il ne se passe pas une minute où notre inspecteur ne pense pas à sa femme, s'imaginant des liaisons adultères à tire-larigot, stressant quand elle ne répond pas au téléphone, abandonnant ses recherches dans le cadre de son enquête pour aller voir si sa femme est bel et bien à la maison. Une relation un brin toxique, qu'on imagine difficile à vivre pour Lisa, qui fait chambre à part et se sent comme retenue prisonnière dans sa maison, devant toujours justifier ses moindres mouvements, ses moindres sorties. A bien y regarder, on a là les codes du film noir américain, Lisa étant la femme fatale à la poitrine généreuse, et qui n'est peut être pas aussi blanche colombe qu'on le pense. A ce duo complexe viendra s'ajouter la présence de notre tueur, joué par le séduisant Robert Hoffman. Un tueur à gages, retenu malgré lui par un caïd de la mafia et obligé de remplir ses contrats d'assassinat. Particulièrement superstitieux, il ne cesse de jouer avec une petite pièce en forme de toupie, son porte-bonheur. Quand il va perdre son fétiche lors d'un crime, sa vie bascule, il se sent désemparé, en perte de chance, lui qui n'a toujours pas été appréhendé par la police après avoir pourtant frappé trois fois. Bien sûr, les trois personnages vont finir par se rencontrer, et Dallamano va s'en servir pour attiser encore plus son drame conjugal, avec une idée qu'on devine sans trop de difficulté mais dont on se demande comment elle va se réaliser. Un triangle amoureux semble se profiler, dont les ramifications maintiennent notre intérêt. On retiendra la mise en scène et surtout la photographie du film, Dallamano connaissant son affaire à ce sujet et offrant au public de belles images. Reste que si vous vous attendiez à un pur giallo, vous risquez fort d'être désarçonnés. La psychologie des personnages est au centre du film, bien plus que les images scabreuses ou violentes, quasiment absentes ici, si ce n'est quelques visions fugaces d'une poitrine dénudée. On se demandera, comme l'inspecteur d'ailleurs, quelle est la signification des tulipes, dont un indic lui a parlé. On n'aura malheureusement aucune réponse dans le film, mais une petite recherche sur le net nous fera comprendre l'allusion à ces fleurs, dont la signification est en effet propice à ce qu'on vient de voir. Le Tueur frappe trois fois est un film atypique, contemplatif la plupart du temps, différent de ce qu'on en attendait au départ, qui nous montre un réalisateur se cherchant encore mais dont on ressent clairement le potentiel.

*Disponible en combo DVD-+BR chez RIMINI EDITIONS    
BONUS
- Présentation du film par Stéphane Lacombe (36,30 min)
- Livret Massimo Dallamano, passage éclair par Marc Toullec (24 pages)