Légende pour la notation des films

Bienvenue dans mon univers filmique ! Ma mission ? (Re)voir tous mes films, séries Tv, documentaires et concert, tous genres confondus, sur tous supports, Vhs, Dvd, Dvd-r, Blu-ray (avec aussi les diffusions télévisées ou cinéma), et vous donner mon avis de façon simple et pas prise de tête sur chaque titre (re)vu ! C'est parti !

Légende pour la notation des films / 6

* * * * * * Nul / * * * * * * Mauvais / * * * * * * Passable / * * * * * * Moyen / * * * * * * Bien / * * * * * * Excellent / * * * * * * Chef-d'oeuvre
* * * * * * : The Only One. Le Seul, l'Unique, le film fétiche de l'auteur de ce blog...

AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.


samedi 20 janvier 2018

MORTELLES CONFESSIONS

MORTELLES CONFESSIONS
(House of Mortal Sin / The Confessional)

Réalisateur : Pete Walker
Année : 1976
Scénariste : David McGillivray
Pays : Angleterre
Genre : Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Anthony Sharp, Susan Penhaligon, Stephanie Beacham, Norman Eshley, Sheila Keith...


L'HISTOIRE : Jenny Welch vit avec sa sœur Vanessa et mène une vie amoureuse instable après avoir été plaquée par son amant. Elle retrouve un vieil ami d’enfance, Bernard, qui est devenu prêtre. Un peu désemparée dans sa vie quotidienne, Jenny décide d'aller parler à Bernard dans l'Eglise où il officie. Ce dernier étant absent, elle se retrouve en confession avec le père Meldrum, un prêtre acariâtre et frustré, qui use et abuse de sa position d'homme de Foi pour mener un grand combat contre les péchés de ses ouailles. Jenny va découvrir qu'elle est devenue le centre d'intérêt du père Meldrum et qu'elle n'est plus en sécurité...

MON AVIS : Pete Walker est un réalisateur, scénariste et producteur anglais totalement indépendant, qui n'a jamais cédé à l'appel des grands studios. Né en 1939, il a débuté sa carrière dès 1959 en mettant en scène une vingtaine de courts-métrages sexy nous présentant de jolies demoiselles fort peu vêtues. Conscient de l'attrait du public pour le genre érotique bon enfant, il décide de passer au format long métrage dès 1969 en persévérant dans ce genre avec School for Sex ou The Dirtiest Girl I Ever Met entre autres. En 1972, il réalisera le premier film britannique en 3D avec Four Dimensions of Greta. Réalisateur peu connu du public, avec une courte filmographie de 15 films à son service, Pete Walker n'en est pas moins un personnage intéressant et la plupart des ses œuvres valent le coup d'oeil et mérite d'être découverte, à l'image de ce Mortelles Confessions, qu'il met en scène en 1976. Véritable brûlot anti-religion, Mortelles Confessions s'en prend en effet avec forte virulence aux hommes de Foi en mettant en scène un prêtre psychopathe qui utilise son confessionnal pour mener une guerre contre ceux qui s'écartent du droit chemin divin. Notre Saint-homme,  le père Meldrum donc, se sert de sa position au sein de l'Eglise pour soutirer des aveux à ses paroissiens, et plus particulièrement à ses jeunes paroissiennes lors de leurs confessions. Pire que tout, il se permet d'enregistrer les conversations pour faire du chantage, ce qui pousse certaines victimes au suicide, quand ce n'est pas lui-même qui se charge de les remettre dans le droit chemin de manière plutôt agressive, voire fatale. L'habit ne fait pas le moine dit-on et ce n'est pas Pete Walker qui dira le contraire. On imagine que l'Eglise catholique n'a pas dû apprécier ce film à l'époque, ni la façon qu'a le père Meldrum de se prendre pour Charles Bronson et de faire justice lui-même. Ce drôle de personnage est interprété avec brio par l'acteur Anthony Sharp, qui parvient très bien à retranscrire la folie extrémiste qui l'anime. Même s'il n'y a aucun suspense quand à l'identité du meurtrier du film, Pete Walker va s'amuser tout de même à essayer de brouiller les pistes durant la première demi-heure, en utilisant les codes du giallo italien, auquel Mortelles Confessions emprunte souvent : visage dissimulé, assassin vêtu de noir et ganté, meurtres graphiques sont en effet au programme, le tout dans une ambiance qui sent bon le gothique anglais. Si la violence est présente, elle est utilisée avec parcimonie et sans grande effusion de sang. L'amateur aura tout de même droit à un meurtre à l'eau bouillante ou à l'encensoir brûlant pour un résultat final assez efficace ! Mais au final, ce ne sont pas ces quelques meurtres qui viennent créer le malaise dans le film de Pete Walker. C'est bien la nature même du meurtrier qui rend le film malaisant, et qui vient expliciter la séquence d'introduction qui nous plonge rapidement dans l'ambiance. Outre l'aspect religieux mis en exergue dans Mortelles Confessions, Pete Walker rajoute des éléments bien connus des amateurs du genre : un psychopathe sous l'emprise de sa mère, une gouvernante sadique et blonde comme une aryenne, une héroïne en détresse qui a tout compris mais que personne ne croit. Autant d'éléments qui viennent pimenter l'intrigue et lui donner de la consistance. Film d'atmosphère avant tout, pourvu d'un rythme assez contemplatif, Mortelles Confessions se suit sans ennui et distille son angoisse en faisant vivre un calvaire à sa belle héroïne, la charmante actrice Susan Penhaligon, qui sera la vedette du film Patrick de Richard Franklin en 1978. Tout en étant un pur film d'exploitation, Mortelles Confessions traite de sujets sérieux en son sein, comme la modernisation de l'Eglise ou le droit  pour les prêtres d'avoir une relation amoureuse autre qu'avec Dieu. Des sujets tabous mais qui ont toutes leurs importances, encore de nos jours d'ailleurs. La tentation est présente partout sur Terre et même le père Meldrum en sera victime. On appréciera l'ultime séquence, qui ne vient pas clore le film sur un happy-end et augmente encore son caractère malsain. Bénéficiant d'une mise en scène classique mais qui fait le job, avec un soin apporté à la direction d'acteurs, Mortelles Confessions est un film à découvrir car il possède de nombreuses qualités qui en font un spectacle fort appréciable. La copie proposée par Artus Films est de plus impeccable, ce qui ne gâche rien ! 

* Dispo en combo DVD / BR chez ARTUS FILMS

NOTE : 4/6


lundi 15 janvier 2018

36-15 CODE PÈRE NOËL

36-15 CODE PÈRE NOËL
(36-15 Code Père-Noël)

Réalisateur : René Manzor
Année : 1989
Scénariste : René Manzor
Pays : France
Genre : Thriller
Interdiction : -12 ans
Avec : Brigitte Fossey, Louis Ducreux, Patrick Floersheim, Alain Lalanne, Stéphane Legros...


L'HISTOIRE : Il a 9 ans. Il s’appelle Thomas. Il croit au Père Noël. Il a 2 passions : l’informatique et les super-héros. Le 24 décembre, caché sous la table de la salle à manger, Thomas attend l’arrivée du Père Noël, bien décidé à le capturer. Mais, ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il est sur le point de vivre la nuit la plus terrifiante de toute sa vie. Un duel sans merci va l’opposer à un psychopathe...

MON AVIS : Le cinéma de genre "fantastique" en France existe depuis l'invention du cinéma lui-même, puisque George Méliès n'est rien d'autre que l'inventeur de la science-fiction et des effets-spéciaux. Même si on pense souvent que le fantastique n'est pas un genre apprécié des réalisateurs de notre beau pays, nombre films de ce genre ont été réalisé pourtant. Le plus souvent, c'est bien de fantastique qu'il s'agit, voire même de poésie, avec des œuvres telles Les Visiteurs du Soir, La Belle et la Bête, Marguerite de la Nuit entre autres. Il faudra attendre 1959 et Les Yeux sans Visage de George Franju pour que le cinéma d'horreur fasse sont apparition en France. Par la suite, des metteurs en scène comme Jean Rollin (Les Raisons de la Mort) ou Raphael Delpard (La Nuit de la Mort) se sont essayé au genre horrifique dans les 80's. Mais il faut bien avouer que le public français a bien du mal à évaluer positivement les films de genre made in France, même les plus récents. Suite au succès de son premier film Le Passage, succès qui s'est d'ailleurs retourné contre lui, René Manzor a du attendre trois ans avant de pouvoir réaliser un second long métrage. Ce sera également un film de genre, intitulé 36-15 Code Père Noël. René Manzor, qui n'est autre que le frère de Francis Lalanne, décide d'employer à nouveau son propre fils pour en faire le héros de son film. Alain Lalanne avait fait ses débuts à l'écran dans Le Passage, au côté d'Alain Delon, excusez du peu ! Avec quelques années de plus, il interprète le jeune Thomas, un enfant surdoué qui veut absolument avoir une preuve de l'existence du Père Noël. Grâce à ses talents en informatique, Thomas a placé des caméras dans toute sa gigantesque maison, qui est également bardé de passages secrets. Un peu à la manière de Maman, j'ai raté l'avion, l'ingéniosité de Thomas va grandement lui servir lorsqu'il va se trouver confronter à un Père Noël psychotique. Assez mal accueilli lors de sa sortie en 1990, il est grand temps de réhabiliter 36-15 Code Père Noël, qui s'avère être un thriller nerveux, possédant une mise en scène de haut vol et faisant preuve de beaucoup d'imagination, tout en nous présentant un Père Noël tueur des plus perturbants. Avec une rare maîtrise de l'espace (tous les couloirs et pièces de la maison ont une utilité et permettent de maintenir un suspense constant), René Manzor s'amuse à flanquer la frousse à son fils-acteur et ne le ménage jamais à l'écran. Rôle très physique pour un enfant, le personnage de Thomas ne cesse jamais de courir, de lutter pour sa survie une fois la menace entrée par la cheminée. Une scène magnifique d'ailleurs, très poétique, et qui se clôturera sur le meurtre du chien de Thomas sous ses propres yeux, cette mort dramatique faisant définitivement basculer le conte de Noël en film de terreur et d'angoisse. Il faut dire que le Père Noël psychopathe est interprété par un Patrick Floersheim dont le regard halluciné font vraiment flipper et provoque un certain malaise. La séquence dans laquelle il se teint les cheveux et la barbe en blanc, pour "devenir" le Père Noël, est sans équivoque concernant la folie qui l'anime. Sans effet sanglant, 36-15 Code Père Noël se montre relativement violent et joue admirablement bien avec les codes du survival. On appréciera les références à Rambo, héros guerrier qui dans les années 80 a remplacé Mickey dans l'imaginaire des enfants. Thomas se maquille et s'habille comme Stallone, muni du célèbre couteau de survie, en plastique bien sûr ! D'une réelle modernité pour l'époque, le film de René Manzor se révèle à maint reprises très virtuose dans ses mouvements de caméra, dans le choix de ses angles de prise de vue, la plupart se faisant au raz du sol, comme pour mieux suivre le point de vue de son jeune héros qui n'est pas bien grand. On a vraiment bien du mal à comprendre comment ce film n'a pas eu les honneurs d'une édition DVD / BR avant, tant il recèle de qualités. On remerciera donc LE CHAT QUI FUME pour nous avoir offert une édition de qualité, que ce soit au niveau du master, parfait, ou des bonus. L'entretien de 88 minutes avec René Manzor est des plus intéressantes, et nous fait découvrir un réalisateur passionné, bourré d'idées et très talentueux. 36-15 Code Père Noël mérite vraiment d'avoir une seconde chance auprès du public qui l'a boudé en 1990. C'est désormais chose possible ! N'hésitez pas à vous plonger dans ce lugubre passage du monde de l'enfance à celui d'adulte en compagnie de Thomas et de son grand-père ! 

* Disponible en combo DVD / BR chez LE CHAT QUI FUME

NOTE : 5/6



dimanche 14 janvier 2018

HANGOVER SQUARE

HANGOVER SQUARE
(Hangover Square)

Réalisateur : John Brahm
Année : 1945
Scénariste : Barré Lyndon
Pays : Etats-Unis
Genre : Policier
Interdiction : /
Avec : Laird Cregar, Linda Darnell, George Sanders, Glenn Langan, Faye Marlowe...


L'HISTOIRE : George Harvey Bone est un compositeur de musique classique qui a tout pour réussir. Il doit d'ailleurs finaliser un concerto qui devrait être un triomphe. Tout irait pour le mieux dans sa vie s'il n'était victime de troubles de la mémoire qui le perturbe, surtout quand il retrouve une dague ensanglantée dans la poche de son manteau et qu'un meurtre fait la une des journaux. Il se rend chez un médecin spécialisé dans l'esprit humain, le Dr. Middleton. Ce dernier lui conseille de prendre du repos, de mettre un peu de côté sa passion pour la musique et d'aller se divertir. Dans un bar, il rencontre la chanteuse de cabaret Netta Longdon et tombe sous son charme. Il lui compose une chanson qui devient un succès. Netta va alors se servir de Bone pour devenir célèbre, tout en jouant avec ses sentiments. Quand il découvre le pot-aux-roses, la folie insidieuse de Bone reprend le dessus...

MON AVIS : Un an après son Jack l'Eventreur (1944), le réalisateur John Brahm poursuit son parcours avec Hangover Square et monte la barre encore plus haut. D'une beauté plastique fulgurante, interprété avec passion par un magnifique trio d'acteurs (Laird Cregar, George Sanders et la divine Linda Darnell), Hangover Square est une perle vénéneuse et ténébreuse, doté d'une histoire captivante et intéressante, dans laquelle la psychanalyse et la psychiatrie jouent un rôle non négligeable. Les crises de folie du personnage principal, superbement interprété par Laird Cregar dont ce sera le dernier rôle (l'acteur de 31 ans est décédé peu de temps après le tournage, n'ayant même pas vu voir son dernier film), sont provoquées par des sonorités dissonantes qui le place dans un étant de transe meurtrière dont il n'a plus aucun souvenir une fois la crise passée. Victime d'une maladie mentale donc, le compositeur George Harvey Bone n'a rien d'un serial-killer froid et méthodique. Il n'a aucun contrôle sur ses actes, ce qu'expliquera le médecin à la police. Visuellement, le passage de la raison à la folie s'effectue à l'écran grâce à des gros plans sur le visage désincarné et en sueur de Laird Cregar mais aussi grâce à des plans floutés qui nous font comprendre que le personnage a vacillé dans la folie. Un procédé efficace et très stylisé, et qui, au fur et à mesure des crises au sein du déroulement de l'histoire, a tendance a s'estomper un peu et à nous laisser dans le doute : le personnage a-t-il retrouver la raison ou est-il encore perdu dans son esprit malade ? La mise en scène de John Brahm fait des merveilles à tous les niveaux, jouant avec les effets de lumière, les angles de caméra, ce qui confère au film une allure gothique-expressionniste du plus bel effet. Outre la prestation parfaite de Laird Cregar, qui jongle avec les émotions avec une maîtrise absolue, on appréciera fortement de voir la magnifique Linda Darnell qui compose ici un personnage de "vamp" parfaitement détestable, typique des films noirs dont Hangover Square se réclame également. Aguicheuse en diable, vêtue de tenues très sexy, elle incarne à merveille la séductrice égocentrique et prétentieuse qui va pousser le pauvre compositeur amoureux transit dans ses derniers retranchements et lui faire commettre l'irréparable. George Sanders est quant à lui toujours aussi classe et même s'il a un rôle plus anecdotique ici, sa prestance et son charisme fonctionnent toujours à plein régime. Certaines scènes de Hangover Square sont vraiment admirables, je pense notamment au bûcher géant organisé au beau milieu des rues ou au final, également très marqué par les flammes, et qui va faire vivre la passion de George Harvey Bone jusqu'au bout. Le tout sur une partition hallucinante de Bernard Herrmann, véritable personnage à part entière dans ce film. Hangover Square est véritablement un film à (re)découvrir, surtout que la copie présentée par Rimini Editions est de toute beauté ! 

* Disponible en DVD et BR chez RIMINI EDITIONS

NOTE : 5/6



vendredi 12 janvier 2018

LES CINQ SURVIVANTS

LES CINQ SURVIVANTS
(Five)

Réalisateur : Arch Oboler
Année : 1951
Scénariste : Arch Oboler
Pays : Etats-Unis
Genre : Science-Fiction
Interdiction : /
Avec : William Phipps, Susan Douglas Rubes, James Anderson, Charles Lampkin, Earl Lee...


L'HISTOIRE : Dépeuplée par un holocauste nucléaire, la Terre n’est plus qu’un vaste cimetière. Seules cinq personnes semblent avoir miraculeusement survécu. Ils se retrouvent dans un site épargné par les retombées radioactives : une femme enceinte, un homme de couleur, un employé de banque, un philosophe et un alpiniste raciste. Vont–ils, malgré leurs différences, parvenir à coexister face au tragique de la situation ?

MON AVIS : Produit, scénarisé et réalisé en 1951 par Arch Oboler, qui réalisera l'année suivante Bwana Devil en 3D, Les Cinq Survivants est un film inédit en France qui met en scène cinq personnes se retrouvant seules sur Terre après une explosion nucléaire. Ce film peut être considéré comme l'un des premiers, si ce n'est le premier, à traiter de cette thématique, à savoir la vie après une apocalypse nucléaire. La décennie 50's a été des plus prolifiques pour la science-fiction au cinéma, nous présentant tout un tas d'invasion extra-terrestres ou de voyages spatiaux sur des planètes mystérieuses. Arch Oboler, avec un budget des plus minimes, ne peut se permettre de nous faire parcourir des planètes hostiles ou de faire débarquer des aliens agressifs. Avec Les Cinq Survivants, il va donc filmer à l'économie, avec, en tout et pour tout, cinq acteurs qu'il promène dans des paysages inhabités. Malgré le faible budget, Arch Oboler nous propose des visions de rues bardées de véhicules à l'arrêt, de maisons abandonnées de toute trace de vie, si ce n'est quelques squelettes éparpillés ci et là. Le rendu est plutôt efficace et l'impression de désolation totale est bien ressentie par le spectateur même si on aurait aimé voir des bâtiments détruits ou rasés pour plus de crédibilité. L'action du film a lieu principalement dans une petite maison côtière dans laquelle vit Michael. Se croyant seul au monde, sa rencontre avec Roseanne va changer sa vie. A nos deux héros viendra se joindre Charles et monsieur Barnstaple puis Eric, ancien alpiniste ayant gravit l'Everest. D'abord amicales, les relations entre les protagonistes vont vite devenir plus tendues, surtout à cause d'Eric, un macho raciste qui n'a que faire des autres. Se mettant clairement à l'écart du groupe, Eric va focaliser toutes les attentions et devenir petit à petit le grain de sable dans le rouage. De plus, la présence d'une femme parmi des hommes va vite attiser les jalousies, notamment entre Michael et Eric. Très contemplatif, très posé, Les Cinq Survivants distille son rythme lancinant entre deux réflexions philosophiques et se montre très nihiliste. Car ce film traite son sujet avec un sérieux indéfectible et nous montre que l'être humain, même dans une situation des plus alarmantes, ne cessera jamais de se comporter comme un monstre. Eric en est l'exemple le plus probant, affichant clairement son racisme anti-noir, ne se souciant que de sa petite personne, ne proposant jamais son aide aux autres survivants, détruisant même les quelques épis de maïs qu'ils ont réussi à faire pousser. Un constat bien pessimiste pour cette fable humaine en huis clos dont on retrouvera des idées dans La Nuit des Morts Vivants de George Romero. Peu d'action, beaucoup de dialogues au programme donc pour ce film intéressant et qui préfigure tout ce courant des films "après la bombe", tels Le Dernier Rivage, Le Monde la Chair et le Diable, La Jetée, Panique Année Zéro ou Je suis une légende entre autres.

* Disponible en DVD chez ARTUS FILMS

NOTE : 4/6


mercredi 3 janvier 2018

LE CARNAVAL DES ÂMES

LE CARNAVAL DES ÂMES
(Carnival of Souls)

Réalisateur : Herk Harvey
Année : 1962
Scénariste : John Clifford 
Pays : Etats-Unis
Genre : Fantastique
Interdiction : /
Avec : Candace Hilligoss, Frances Feist, Sidney Berger, Stan Levitt, Herk Harvey...


L'HISTOIRE : Une course de voitures improvisée se solde par un tragique accident au cours duquel un véhicule occupée par trois jeunes femmes chute dans un fleuve. Seule Mary échappe miraculeusement à la noyade. Traumatisée, la jeune femme emménage dans une autre ville et trouve un emploi d’organiste dans une église. Très vite des événements insolites surviennent, des personnages fantomatiques lui apparaissent et l’attirent irrésistiblement vers un gigantesque parc de jeu abandonné…

MON AVIS : Alors que Carnival of Souls était tombé dans un relatif oubli durant des décennies, alors que son influence sur divers réalisateurs ne peut être contestée (George Romero, David Lynch, M. Night Shyamalan entre autres...), sa mise en avant depuis quelques années a permis à de nombreux spectateurs de le découvrir. Etant libre de droits, plusieurs éditeurs américains l'ont sorti en DVD, dont Criterion qui le propose en double DVD avec un Director's Cut, un commentaire audio, un documentaire et un interview en bonus.  En France, trois éditeurs l'ont aussi proposé en DVD : Wild Side, Le Chat qui Fume (avec une présentation du film par Romain Le Vern et la BO en bonus) et Artus Films. C'est l'édition d'Artus qui a servi de support pour cette chronique, le film venant de s'ajouter à leur catalogue en fin d'années 2017. Il a bénéficié d'une nouvelle restauration et ça se voit à l'écran, le master étant très propre. De quoi profiter pleinement de ce curieux film fantastique, qui aurait très bien pu être une sorte de version longue d'un épisode de La Quatrième DimensionLe Carnaval des Âmes est donc l'unique long métrage de Herk Harvey, qu'il réalise en 1962 avec le budget riquiqui de 30 000$ environ. A l'arrivée, il nous livre une oeuvre atypique, dans laquelle le fantastique et l'épouvante viennent s'immiscer dans le quotidien d'une jeune femme, unique rescapée d'un terrible accident de voitures. Organiste de métier, Mary Henry décide de changer de ville après le drame qui a coûté la vie de ses deux amies. Elle est engagé par le prêtre d'une petite église qui est séduit par son talent, même s'il trouve qu'il manque un petit supplément d'âme aux interprétations de Mary. Cette dernière va alors avoir des visions d'êtres fantomatiques qui semblent la pousser à se rendre dans un ancien parc d'attraction abandonné. Qui sont ces fantômes à l'apparence inquiétantes et que veulent-ils ? Le mystère demeure entier et l'ambiance bon enfant devient de plus en plus lourde et angoissante. Mary serait-elle en train de devenir folle ? Pourquoi d'un coup son entourage semble ne plus la voir ? Pourquoi n'entend t-elle plus de son alors qu'elle est dans un grand magasin ou dans la rue ? Herk Harvey puise dans sa mise en scène pour nous plonger dans un cauchemar qui semble sans fin pour l'héroïne du film, superbement interprétée par Candace Hilligoss. Vous l'aurez compris, Le Carnaval des Âmes n'est en rien un film misant sur une action débridée. Le film de Herk Harvey est avant tout contemplatif et joue sur l'atmosphère insidieuse pour nous bercer de ses images poético-fantastiques, à l'image de ses fantômes sortant de la mer ou poursuivant hystériquement l'héroïne dans le parc d'attraction. Des images et des séquences saisissantes, qui marquent les esprits. Si on pourra trouver un peu longuette les scènes de dialogues entre Mary et son voisin de chambre qui veut la draguer sans grande finesse, le reste vaut assurément le visionnage pour ceux qui ne connaîtraient pas cette oeuvre devenue culte au fil des ans. L'environnement du parc d'attraction est quasiment un personnage à part entière, tout comme la musique, principalement jouée à l'orgue, et qui participe pleinement au rendu lugubre et étrange qu'on ressent tout au long du film. Bien sûr, l'étonnante (quoique prévisible pour le spectateur d'aujourd'hui) séquence finale fait aussi partie des points positifs à mettre en avant. Une scène finale qui en aura inspiré plus d'un, c'est certain ! Le Carnaval des Âmes est vraiment un film fascinant, un objet filmique non identifié qui mérite la plus grande attention de tous fantasticophiles qui se respectent. 

* Disponible en DVD chez ARTUS FILMS

NOTE : 5/6


mardi 2 janvier 2018

AMERICAN WARRIOR 2

AMERICAN WARRIOR 2 - LE CHASSEUR
(Avenging Force)

Réalisateur : Sam Firstenberg
Année : 1986
Scénariste : James Booth
Pays : Etats-Unis
Genre : Action
Interdiction : -12 ans
Avec : Michael Dudikoff, Steve James, James Booth, John P. Ryan...


L'HISTOIRE : Matt Hunter, ex-agent de la CIA, se rend à La Nouvelle Orléans afin de soutenir son ami, Larry Richards, premier candidat-sénateur noir de l’état. Mais celui-ci est menacé de mort par une puissante organisation terroriste d’extrême droite, le Pentangle, dont le sport favori consiste à organiser d’impitoyables chasses à l’homme dans les bayous. Pour venir en aide à son ami, Matt Hunter n’hésite pas à se lancer la poursuite des tueurs dans l’enfer des marais…

MON AVIS : Bon, avant de commencer à vous donner mon avis sur ce film, il sera bon de rétablir un peu d'ordre dans la pagaille des titres VO / VF. En 1985, Sam Firstenberg réalise American Ninja, qui deviendra en France American Warrior. En 1986, il met en scène Avenging Force, film d'action qui n'a rien à voir avec son prédécesseur, si ce n'est ses deux stars principales, mais que la France rebaptisera American Warrior 2. Par contre, en 1987, il réalise American Ninja 2 : The Confrontation, qui deviendra en France Le Ninja Blanc et qui, lui, est donc la vraie suite d'American Warrior. C'est bon, vous avez tout suivi, tout compris ? En clair, American Warrior 2 n'est pas American Warrior 2 ! C'est tout simple quand même ! Maintenant que tout est clair, parlons donc d'American Warrior 2 ou d'Avenging Force si vous préférez. Comme dit au début de ce texte, il est réalisé par Sam Firstenberg, un polonais plutôt sympa qui a tâté du film de ninjas dès 1983 avec l'excellent Revenge of the Ninja puis avec le nanaresque mais ô combien sympathique Ninja 3 en 1984, tous deux avec l'ultra charismatique Sho Kosugi. Les Américains aimant les films de ninjas mais ne se retrouvant pas dans les acteurs asiatiques, Firstenberg a la bonne idée d'en réaliser un avec un acteur américain justement, Michael Dudikoff, qui deviendra rapidement un "action héro" des 80's, aux côté de Stallone, Schwarzenegger, Norris et autre Van Damme. Le duo Michael Dudikoff / Steve James de American Warrior ayant été particulièrement apprécié, les producteurs de la Cannon veulent les faire rapidement retournés ensemble. Sur la table traîne le scénario d'une séquelle à Invasion USA et comme Chuck Norris refuse d'y participer car il est déjà pris sur le tournage de Delta Force, Firstenberg, Dudikoff et James le récupère. Rédigé par le scénariste James Booth, l'histoire est immédiatement approuvée par Sam Firstenberg qui ne changera quasiment rien du tout tout au long du tournage, hormis la relation entre le personnage joué par Dudikoff et la jeune actrice Allison Gereighty : de père / fille dans le scénario, la relation deviendra frère / sœur du fait du jeune âge de Dudikoff dans le film. Point de ninja donc dans American Warrior 2. Ce qui ne l'empêche pas d'être un bon film d'action 80's, avec tout ce qu'il faut de castagnes et de courses poursuite. Les coups pleuvent et j'ai été surpris de la violence du film, je ne m'en souvenais plus. Impacts de balles qui provoquent de belles gerbes de sang et mise à mort d'enfants sont monnaie courante dans le film. Il sera même évoqué la prostitution enfantine. Il faut dire que les méchants dans American Warrior 2 font partie d'une organisation d'extrême droite dont le leader vénère Hitler ! Sympa ! Cerise sur le gâteau, les membres fondateurs font partie d'une association de chasseurs qui pourrait très bien rendre hommage au Comte Zaroff puisque la chasse à l'homme est le sport favori de cette dernière ! Le début et la fin du film se déroule dans les marécages d'un bayou et nous offre une partie de chasse à l'homme des plus sympathiques, chaque "chasseur" étant masqué et porte des armes différentes, ce qui vient pimenter le tout. Michael Dudikoff et Steve James promènent le stature musclée dans ce climat de violence exacerbée et s'en sortent vraiment bien. Le film est bien rythmé et ne possède guère de temps morts. Sam Firstenberg se montre très à l'aise dans ce type d'actionner 80's, sa mise en scène est soignée, tout comme les décors et les séquences d'action. La copie du Blu-Ray édité par The Ecstasy of Films permet en plus de revoir American Warrior 2 dans les meilleures conditions possibles, on est loin de l'image VHS d'époque. N'hésitez donc pas à plonger dans la boue avec Michael Dudikoff, plaisir garanti.

* Disponible en DVD et BR chez THE ECSTASY OF FILMS

NOTE : 4/6






vendredi 29 décembre 2017

AU-DELÀ DE DEMAIN

AU-DELÀ DE DEMAIN
(Beyond Tomorrow / Beyond Christmas)

Réalisateur : A. Edward Sutherland
Année : 1940
Scénariste : Adele Comandini
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, Romance, Fantastique, Conte de Noël
Interdiction : /
Avec : Harry Carey, C. Aubrey Smith, Charles Winninger, Jean Parker, Richard Carlson...


L'HISTOIRE : Un soir de réveillon, trois hommes d’affaires fortunés mais sans famille décident d’inviter trois étrangers à leur table. Seuls James et Jean, jeunes gens dans la précarité, acceptent. Cette soirée va changer le cours de leur vie. Ils tombent amoureux l’un de l’autre et James devient crooner à succès. Les trois protecteurs disparaissent dans un accident d’avion et leurs fantômes vont bientôt mettre tout en œuvre pour reformer le couple qui s’est séparé...

MON AVIS : Le film de Noël est un genre très prisé aux Etats-Unis. On se souvient de Scrooge (1935), A Christmas Carol (1938), Miracle sur la 34ème Rue (1947), A Christmas Carol (1951), Noël Blanc (1954) ou bien encore La Vie est Belle (1946) de Frank Capra, l'exemple le plus célèbre. Des films se déroulant peu de temps avant la venue du Père-Noël et qui sont pétris de bons sentiments afin de redonner goût à la vie et au bonheur aux spectateurs déprimés. D'autres films ont suivis cette tradition par la suite mais certain ont pris le pied inverse en faisant de Noël une période cauchemardesque, n'hésitant pas à transformer le gros monsieur aux habits rouges et à la barbe blanche en un tueur psychotique, ce qui a fait hurler de rage les ligues de vertus ! En 1940, le réalisateur A. Edward Sutherland apporte sa pierre à l'édifice avec un pur film de Noël, tombé dans l'oubli mais que l'éditeur ARTUS FILMS a fait sortir de son anonymat, du moins en France : Au-delà de Demain. On connait un peu ce réalisateur grâce à des films tels Murders in the Zoo (1933), Laurel et Hardy conscrits (1939) ou La Femme Invisible (1940). Film de Noël oblige, Au-delà de Demain est lui aussi pétri de bons sentiments. Trop irais-je même à dire car dans le cas présent ici, on frôle (on plonge dans ?) l'indigestion. Je sais bien, c'est avant tout un conte féerique, une belle histoire qui n'a que faire des aléas de la réalité. On a tout de même un peu de mal à s'y laisser prendre en 2017. Comment trouver crédible que trois hommes d'affaires plus que fortunés proposent hospitalité à des étrangers démunis afin de passer Noël en bonne compagnie ? Après tout, pourquoi pas, il existe peut-être encore des philanthropes dans notre monde actuel, qui sait ? Admettons que le postulat de départ est tout de même assez extravagant mais nous sommes en 1940, rappelons-le. La suite sera du même accabit et l'ambiance fleur bleue attendra son paroxysme quand les deux invités, James Houston (Richard Carlson) un Texan rêvant d'un carrière de chanteur et Jean Lawrence (Jean Parker) une infirmière dévouée, tombent comme par miracle amoureux l'un de l'autre. Bienvenu au pays des Bisounours. On nage vraiment en pleine guimauve et même si j'aime bien les jolies histoires, j'ai eu du mal à accrocher parce qu'en plus, il ne se passe pas grand chose à l'écran et que l'ennui a vite pris le dessus. Dans son milieu, le film bifurque vers le fantastique puisque nos trois hommes riches périssent dans un accident d'avion mais leurs âmes restent pour un temps sur Terre afin, tel Michael London dans Les Routes du Paradis, de venir en aide aux personnes dans le besoin. La tâche principale de l'un des fantôme sera de faire se rabibocher James et Jean, séparés depuis que James est devenu un crooner réputé et qu'une chanteuse avide et manipulatrice a jeté son dévolu sur lui. Les scènes avec les fantômes sont plutôt bien réalisées, l'aspect translucide fonctionne correctement. Mais la guimauve reprend malheureusement ses droits avec une approche biblique qui nous achève. Car Dieu, représenté par des éclats de lumière divine, rappelle à lui les âmes des fantômes errants. Leur mission n'étant pas terminé, ils demandent un peu de temps pour la parachever. Ce que Dieu autorise, on est la veille de Noël tout de même ! Il faut être dans de bonnes dispositions pour apprécier pleinement Au-delà de Demain. Le Bien, la gentillesse, la bonté sont les maîtres-mots du film qui assume à 100% son aspect conte de Noël. Pour ma part, j'ai trouvé ça trop mou, pas assez dynamique, trop mièvre et cette belle histoire n'a pas réussi à m'emballer plus que ça, malgré un casting bien en place. A découvrir tout de même car c'est un film assez rare.

* Disponible en DVD chez ARTUS FILMS 

NOTE : 2/6 


jeudi 28 décembre 2017

LE FILS DU PENDU

LE FILS DU PENDU
(Moonrise)

Réalisateur : Frank Borzage
Année : 1948
Scénariste : Charles F. Haas
Pays : Etats-Unis
Genre : Policier, Drame
Interdiction : /
Avec : Dane Clark, Gail Russell, Ethel Barrymore, Allyn Joslyn, Rex Ingram...


L'HISTOIRE : En butte dès l’enfance aux sarcasmes de ses camarades parce que son père a jadis été condamné à la pendaison, Danny Hawkins cause la mort de son rival amoureux au cours d’une rixe. Redoutant de finir comme son père s’il se dénonce, Danny  cache le corps et tente de passer à travers les mailles du filet de l’enquête qui se resserre autour de lui...

MON AVIS : Acteur puis réalisateur dès 1912, Frank Borzage est un metteur en scène talentueux, respecté et réputé, à qui l'on doit des œuvres majeures telles L'Adieu aux Armes en 1932, Désir en 1936, le virulent plaidoyer anti-fasciste La Tempête qui tue ou Le Cargo Maudit en 1940 par exemple. Avec Le Fils du Pendu, il réalise un film profondément pessimiste, dans lequel il n'y a que très peu de lueur d'espoir. Rien que la scène d'introduction plante le décor : un homme est pendu et on entend les cris d'un bébé dans un berceau au dessus duquel se balance une peluche qui semble elle aussi pendue. Le bébé est évidemment le fils du pendu et on félicitera celui a trouvé le titre français qui colle, pour une rare fois, parfaitement au sujet, voire même plus que le titre original de Moonrise. La vie débutait donc mal pour le chérubin privé de son père et la suite allait aller de mal en pis pour lui : les brimades quotidiennes de ses camarades de classe lui répétant inlassablement qu'il est le fils du pendu vont lui plomber le moral et laisser des empreintes indélébiles en lui, provoquant une montée de colère et de haine, en particulier envers Jerry Sykes, le plus violent de ses tortionnaires. Noir c'est noir comme chantait Johnny Hallyday, et ça colle parfaitement avec le film de Frank Borzage. Délaissé par les filles, chahuté sans cesse, le pauvre Danny Hawkins, interprété par Dane Clark, n'a jamais connu le bonheur, une notion qui lui est totalement étrangère. Comme si tout ça ne suffisait pas, le réalisateur et son scénariste vont encore plus lui pourrir la vie en le faisant se battre avec Jerry Sykes, une bagarre qui finira malheureusement par la mort de ce dernier. Une mort qui fait resurgir l'ombre de la pendaison de son père. Ne voulant pas finir lui aussi au bout d'une corde, Danny Hawkins cache le corps inanimé de Jerry dans les marécages et va tenter de passer au travers des mailles du filet de l'enquête menée par le shérif local. Frank Borzage ne nous épargne rien des tourments dans lequel il plonge son héros désespéré, qui tente de vivre une relation amoureuse avec Gilly Johnson, une charmante jeune fille qui avait jeté son dévolu sur Jerry Sykes. Interprétée par la charmante Gail Russell, ce personnage féminin va être une sorte de roue de secours pour Danny, qui voit en elle la bonne direction à prendre malgré toutes les difficultés rencontrées. Il pourra également compter sur sa vieille tante (Ethel Barrymore) et sur un vieil ermite noir (excellent Rex Ingram), son seul ami. Plus le temps passe et plus l'étau se resserre autour de Danny, qui sombre peu à peu dans une sorte de folie légère mais durable et voit son côté impulsif être décuplé. La superbe séquence de la grande roue à la fête foraine représente bien cet aspect perturbant : monté dans une nacelle avec Gilly, Danny voit également le shérif et son épouse monter dans l'attraction. La paranoïa l'emporte et Danny est certain que le shérif le traque. Le montage de cette séquence est particulièrement réussi, alternant le visage du shérif semblant fixer Danny avec celui de ce dernier qui perd de plus en plus le contrôle de lui-même, allant jusqu'à se jeter hors de la nacelle pour échapper à son pseudo-poursuivant. Nihiliste en diable, Le Fils du Pendu propose tout de même à son héros d'échapper au noir absolu en travaillant sur sa possible rédemption : pour l'obtenir, il lui suffit d'aller se livrer au shérif compatissant et qui sait quelles épreuves il a du enduré depuis sa naissance. Danny se livrera-t-il ? Vous le saurez en visionnant ce drame au accent de film noir qui ne prête guère à sourire. A éviter les soirs de déprime. En tout cas, Frank Borzage maîtrise son sujet et nous livre de belles séquences, notamment celles se déroulant dans le marais, donnant au film une petite touche gothique bienvenue. Le Fils du Pendu est un bien beau film, sombre et défaitiste mais emprunt de moralité, et qui mérite mieux que l'oubli dans lequel il était tombé.

* Disponible en DVD chez ARTUS FILMS 

NOTE : 4/6



mercredi 27 décembre 2017

L’ÉTRANGE MR. SLADE

L’ÉTRANGE MR. SLADE
(Man in the Attic)

Réalisateur : Hugo Fregonese
Année : 1953
Scénariste : Barré Lyndon, Robert Presnell Jr.
Pays : Etats-Unis
Genre : Policier
Interdiction : /
Avec : Jack Palance, Constance Smith, Byron Palmer, Frances Bavier...


L'HISTOIRE : 1888. Dans la soirée précédant le troisième meurtre de Jack l'éventreur, un pathologiste nommé Slade prend pension dans le grenier aménagé de la famille Harley. Très vite, la maîtresse de maison soupçonne ce nouveau locataire d’être le tueur au scalpel qui sème la terreur dans les rues de Londres. Lily, nièce de cette dernière, se sent irrésistiblement attirée par le nouveau venu. Ses jours sont-ils en danger ?

MON AVIS : Si vous êtes fervents lecteurs de ce blog, le scénario ci-dessus doit vous être familier et vous rappelez une précédente chronique, celle du film réalisé par John Brahm en 1944, Jack l'éventreur, édité par Rimini Editions. Une histoire absolument identique (en apparence) puisque L'étrange Mr. Slade en est un remake et a également pour base le roman "The Lodger" de Marie Belloc Lowndes. C'est le réalisateur argentin Hugo Fregonese qui se voit chargé d'adapter pour la quatrième fois le roman de Lowndes, après Alfred Hitchcock, Maurice Elvey et John Brahm. Et L'étrange Mr. Slade ne démérite pas face à ses prédécesseurs. L'ambiance mystérieuse des rues de Whitechapel est parfaitement restituée, la peur que ressentent les femmes seules la nuit ou les prostituées est bien retranscrite, les rues sont baignées par le brouillard et même si la police est présente dans la ville, on sait que le tueur peut frapper n'importe où, n'importe quand et n'importe qui. La mise en scène reste classique mais fait le job, jouant sur les codes du film noir, sans jamais s'aventurer vers l'épouvante Les meurtres ne sont en effet jamais montrés, il en va de même pour les victimes, seulement décrites par les policiers. S'il est impossible de ne pas penser au film de John Brahm en visionnant L'étrange Mr. Slade, tant les décors et certaines scènes semblent provenir directement de son Jack l'éventreur, on apprécie qu'Hugo Fregonese ait apporté quelques modifications tout de même à l'histoire. Et le principal changement n'est pas des moindres puisqu'il s'agit de la cause amenant monsieur Slade a commettre ses meurtres. Dans L'étrange Mr. Slade, le tueur a une raison encore plus personnelle que celui du film de John Brahm d'en vouloir aux chanteuses de cabaret et aux filles de petites vertus. Une modification qui apporte encore plus de profondeur à ce curieux personnage, interprété chez Hugo Fragonese par l'excellent Jack Palance. L'acteur n'est pas encore la star qu'il deviendra dans quelques temps mais il en impose déjà ici, mettant bien en exergue la dualité qui l'anime. On lui préférera tout de même la composition halluciné de Laird Cregar dans le film de John Brahm mais sa prestation reste digne d'intérêt. La ravissante brunette Constance Smith, qui interprète la chanteuse Lily, retrouve le tueur de Whitechapel pour la seconde fois puisqu'elle faisait partie du casting d'un film de 1950, Room to Let, qui relatait également ses méfaits. Dans le film de Fragonese, elle donne de la voix et nous propose de jolis numéros dansants façon French Cancan, nous laissant admirer ses belles et longues jambes. Tout comme dans le film de John Brahm, cette jolie artiste de cabaret va trouver du charme à ce drôle de locataire qui vit dans le grenier sans se douter le moins du monde de qui il est réellement. Au final, L'étrange Mr. Slade est un film d'ambiance plutôt bien troussé et qui n'a pour seul défaut de succéder au film de John Brahm et de s'en rapprocher un peu trop. Hormis cela, on passe un bon moment avec Jack Palance et Constance Smith, le film restant divertissant et plaisant à regarder.

* Disponible en DVD chez ARTUS FILMS

NOTE : 4/6


LE RETOUR DES MORTS VIVANTS

LE RETOUR DES MORTS VIVANTS
(The Return of the Living Dead)

Réalisateur : Dan O'Bannon
Année : 1985
Scénariste : Dan O'Bannon
Pays : Etats-Unis
Genre : Horreur, comédie
Interdiction : -12 ans
Avec : Clu Gulager, James Karen, Don Calfa, Linnea Quigley, Thom Mathews, Beverly Randolph...


L'HISTOIRE : Franck et Freddy, deux employés d'UNEEDA, société de fournitures médicales, libèrent accidentellement un gaz toxique d’un conteneur militaire stocké dans la cave de l’entreprise depuis la fin des années soixante. Pendant ce temps, Tina, la petite amie de Freddy, décide de l’attendre dans un cimetière voisin avec ses amis punks. Malheureusement pour eux, la maladresse de Franck et Freddy va déclencher une invasion de morts vivants et transformer cette nuit en cauchemar...

MON AVIS : Quel film ! Fleuron de la comédie horrifique 80's, avec Vampire, vous avez dit Vampire et Ré-Animator, Le Retour des Morts Vivants de Dan O'Bannon est toujours aussi efficace revu en 2017 ! Il faut dire que les conditions de visionnage sont à leur niveau maximum grâce à l'éditeur Le Chat qui Fume, qui nous offre un Blu-Ray de toute beauté et qui propose aux fans du film une copie impeccable qui sublime le travail du réalisateur et de son équipe. C'est bien simple, je n'avais jamais vu ce film comme ça ! Le master proposé est vraiment incroyable de netteté. J'ai donc pris encore plus de plaisir à revoir les mésaventures de Franck, Freddy et de la bande de punks déjantés qui vont devoir survivre face à une invasion de morts vivants d'un nouveau genre. Car oui, les zombies du film sont bien éloignés des premiers morts vivants du cinéma (White Zombie, Vaudou, Revolt of the Zombie...) et se rapprochent plus de ceux créés par George Romero (La Nuit des Morts Vivants, Zombie...) qui en a fait des mangeurs de chair humaine dès 1968. Mais dans Le Retour des Morts Vivants, nos échappés du cimetière ont la particularité de préférer dévorer le cerveau humain, ce qui leur donne une touche encore plus horrible. Cerise sur le gâteau, ils parlent et sont pourvus d'un semblant d'intelligence !!! Et peuvent donc en profiter pour demander à la radio "d'envoyer des renforts" ! Impayable ! L'humour noir est omniprésent dans le film et cette direction comico-macabre, on la doit à Dan O'Bannon lui-même. Scénariste réputé (Dark Star, Alien, Total Recall, Réincarnations, Lifeforce...), les producteurs lui proposent de réécrire le scénario de John Russo afin de s'écarter de toute parenté avec les films de George Romero, dont Le Jour des Morts Vivants allait sortir en cette même année 1985. Satisfait du travail de réécriture, Dan O'Bannon se voit alors confié la réalisation suite au désistement de Tobe Hooper, trop occupé sur le tournage de Lifeforce. Un pari risqué puisque O'Bannon n'avait jamais réalisé de film mais un pari gagnant puisque Le Retour des Morts Vivants a rapporté plus d'argent que Le Jour des Morts Vivants et qu'il est considéré comme un film culte. Il faut dire que l'association des trois éléments humour / horreur / rock est particulièrement bien dosée, que le film regorge de scènes culte et que le casting, mélange entre acteurs connus et illustres inconnus, est des plus savoureux ! Les célèbres Clu Gulager, Don Calfa et James Karen composent des personnages truculents et donnent la réplique à d'excellents débutants, à l'image de Thom Matthews (Freddy), Beverly Randolph (Tina), Mark Venturini (Suicide) et surtout Linnea Quigley (Trash). Cette dernière n'est pas une débutante à proprement parlé puisqu'elle a débuté sa carrière en 1978. Elle n'avait que des rôles anecdotiques jusque là, avec deux prestations plus mémorables en 1984 dans Les Rues de l'Enfer et Douce Nuit, Sanglante Nuit. Mais c'est bien avec Le Retour des Morts Vivants que sa carrière va décoller dans le monde de la série B horrifique principalement, allant jusqu'à devenir l'une des plus célèbres Scream Queens de la planète. Il faut dire que son personnage dans le film de Dan O'Bannon ne peut laisser personne insensible et la gent masculine ne me contredira pas ! Impossible de ne pas garder en mémoire des images du strip-tease culte qu'elle effectue de nuit sur une tombe au beau milieu d'un cimetière. On comprend aisément que les morts se soient réveillés peu de temps après ! Bénéficiant d'effets spéciaux parfois rudimentaires mais d'une efficacité quasi parfaite, Le Retour des Morts Vivants en donne pour son argent aux spectateurs en mal d'émotions fortes : outre la plastique parfaite de Linnea Quigley, on assiste à des festins anthropophages bien gourmands, à des coups de pioche qui transperce une tête, à des démembrements et autres joyeusetés, le tout dans la bonne humour et sur une musique rock / punk / électro qui dynamise les images et le rythme. On ne s'ennuie jamais dans Le Retour des Morts Vivants, il se passe toujours quelque chose à l'écran. Le film mérite son statut d'oeuvre culte et il est certain que je reverrai ce film encore de nombreuses fois dans le futur. Mention spéciale au "Tarman", le zombie-goudron, au design hallucinant !

* Disponible en combo DVD / BR chez LE CHAT QUI FUME. Fidèle à sa politique de livrer de superbes éditions, l'éditeur ne déroge pas à la règle ici et ce, dès la photo illustrant le recto du fourreau cartonné puisqu'on a droit à la version non-censurée de superbe affiche dessinée par Landi. Un excellent choix et qui se poursuit à travers les nombreux bonus présents, dont l'excellent documentaire "More Brains", bourré d'anecdotes de tournages et d'interviews des acteurs et de l'équipe technique. Scènes inédites, module sur les effets spéciaux, sur la musique et film en Open Matte viennent compléter cette édition immanquable pour les fans de ce long métrage comico-gore de haute qualité. Un travail éditorial de haute voltige.

NOTE : 5/6