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Bienvenue dans mon univers filmique ! Ma mission ? (Re)voir tous mes films, séries Tv, documentaires et concert, tous genres confondus, sur tous supports, Vhs, Dvd, Dvd-r, Blu-ray (avec aussi les diffusions télévisées ou cinéma), et vous donner mon avis de façon simple et pas prise de tête sur chaque titre (re)vu ! C'est parti !



AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.




dimanche 22 mai 2022

ALERTE LA NUIT

 

ALERTE LA NUIT
(Night Key)

Réalisateur : Lloyd Corrigan
Année : 1937
Scénariste : Tristram Tupper, Jack Moffitt
Pays : Etats-Unis
Genre : Policier
Interdiction : /
Avec : Boris Karloff, Warren Hull, Jean Rogers, Alan Baxter, Hobart Cavanaugh...


L'HISTOIRE : David Mallory est un vieil inventeur qui a créé un ingénieux système d'alarme en vu de lutter contre les cambriolages. Son invention est présente dans toutes les boutiques de la ville mais il n'en retire aucun bénéfice car il s'est fait voler son brevet par Stephen Ranger, qui a donné son nom à ce système d'alarme. Durant les quinze dernières années, Mallory a conçu un nouveau système rendant obsolète sa première création. Il décide, non sans appréhension, de la proposer à Ranger. Ce dernier lui fait à nouveau une entourloupe afin d'acquérir le nouveau brevet car changer tous les systèmes d'alarme déjà installés lui reviendrait trop cher. Dépité, victime d'une perte de la vision qui ne cesse de s'accentuer, et voulant assurer une vie meilleure à sa fille Joan, David Mallory va utiliser un instrument de son invention pour mettre à mal son propre système d'alarme afin d'affaiblir Ranger. Se faisant appeler "Night Key", il ridiculise Ranger auprès de la population, avec l'aide d'un petit voyou local. Mais son invention intéresse le Kid, grand patron de la pègre...

MON AVIS : Voulant se diversifier un peu après toute une période consacrée en grande partie au cinéma fantastique et d'épouvante, avec la réussite que l'on sait, la Universal dérive vers le film policier et prouve qu'elle est toute aussi à l'aise dans ce genre. Car oui, Alerte la Nuit est un film policier et d'un très bon cru qui plus est. Il a été réalisé par Lloyd Corrigan, un acteur disposant de 174 entrées dans cette catégorie, qui est aussi scénariste (28 entrées) et donc réalisateur, avec 13 films à son actif entre 1930 et 1937. Alerte la Nuit est son avant-dernier film. Au casting, on trouve notre bon vieux Boris Karloff, qui interprète ici un très beau rôle, celui d'un savant en passe de devenir aveugle et qui a inventé un astucieux système d'alarme de protection dont il s'est fait déposséder du brevet par Stephen Ranger, un riche entrepreneur. Voulant mettre sa fille Joan (la charmante Jean Rogers, vue en tant qu'héroïne dans le sérial Flash Gordon entre autres) à l'abri de la pauvreté, il a passé quinze ans à concevoir un nouveau système encore plus performant et désire le proposer à nouveau à Ranger, mettant de côté sa rancune envers celui qui s'est enrichi sur son dos. La relation avec sa fille est filmée de manière très touchante et l'interprétation de Karloff, toute en émotion et en fragilité, participe grandement au plaisir ressenti durant la vision du film. Le savant sera accompagné dans son périple par un petit escroc de bas étage, Louis, interprété par Hobart Cavanaugh. Un personnage qui apporte une petite touche d'humour au récit. Le voleur de brevet est joué par Samuel S. Hinds dont le visage ne nous est pas inconnu. Plus charismatique encore sera "le Kid", chef du gang de la ville qui se montrera on ne peut plus intéressé par la boite désactivant les alarmes conçue par Karloff. C'est l'acteur Alan Baxter qui lui prête ses traits et il est vraiment parfois dans ce rôle, alliant charme et détermination. Parmi les autres protagonistes principaux, on trouve également Warren Hull, qui joue le chef du service sécurité de Ranger et  qui va tomber sous le charme de Joan - on le comprend aisément tant cette jolie blondinette est ravissante - créant ainsi une jolie romance qui prend forme sous nos yeux durant toute la durée du film, avec 67 minutes seulement au compteur. Reste que malgré cette durée plutôt courte - et très classique dans les 30's - Lloyd Corrigan déploie toute ses aptitudes de metteur en scène pour mettre en image une histoire créée par William A. Pierce et scénarisée par Tristram Tupper et Jack Moffitt, et ce, de manière efficace. On ne s'ennuie jamais, le rythme est assez alerte et l'intrigue rondement menée. L'invention du savant, et surtout ce fameux boitier permettant d'annihiler le fonctionnement des alarmes, donnent un petit côté science-fictionnel à l'ensemble, même si, encore une fois, on est dans une ambiance typiquement policière ou lorgnant vers le film noir. Avec son casting attachant, avec ce savant empathique qui agit toujours sans aucune intention de faire le mal, avec cette invention ingénieuse et avec ses gangsters bien décidés à se l'approprier, Alerte la Nuit est une petite série B classieuse qui se savoure avec un réel plaisir, ne serait-ce que pour voir Karloff dans un rôle attendrissant, mais ce n'est pas son seul atout. Vraiment sympa...

* Disponible en DVD et Combo DVD + BR chez -> ELEPHANT FILMS <- 
- Film en VOSTF
- Présentation du film par Jean-Pierre Dionnet
- Bande annonce



vendredi 13 mai 2022

LE RAYON INVISIBLE

 

LE RAYON INVISIBLE
(The Invisible Ray)

Réalisateur Lambert Hillyer
Année : 1936
Scénariste John Colton
Pays : Etats-Unis
Genre : Science-fiction, aventure
Interdiction : /
Avec Boris Karloff, Bela Lugosi, Frances Drake, Frank Lawton, Violet Kemble Cooper...


L'HISTOIRE : Le docteur Janos Rukh tient enfin sa revanche sur le corps scientifique : il a découvert comment exploiter un rayon invisible en provenance de la galaxie d'Andromède et ce, afin de prouver qu'une météorite a touché le continent africain il y a des milliers d'années. Il convie Sir Francis Stevens ainsi que le docteur Benet a venir constater son incroyable découverte. Fort de son succès, Janos Rukh accepte de participer à une expédition en Afrique mise en chantier par Stevens et Benet mais très vite, il décide de faire cavalier seul afin de trouver des fragments du météorite. Il réussit cette mission mais se retrouve contaminer par les émanations du météorite, composé de Radium X. Il demande l'aide du docteur Benet, qui parvient à lui administrer un antidote qu'il devra prendre à vie. Mais le Radium X perturbe la santé mentale du scientifique...

MON AVIS : Pour rester en tête de liste des studios mettant en avant le cinéma fantastique et d'épouvante dans les années 30, la Universal produit de nombreux films qui sont d'un niveau inférieur à ses prestigieux classiques mais qui demeurent néanmoins des films de qualité fort appréciables. En 1936, les producteurs décident de réunir à nouveaux les deux stars de l'époque, à savoir Boris Karloff et Bela Lugosi. Les deux acteurs ont déjà joué ensemble dans Le Chat Noir en 1934 et dans Le Corbeau en 1935. En 1936, ils se retrouvent donc au casting de The Invisible Ray, baptisé logiquement Le Rayon Invisible pour sa sortie française au mois de mai de cette même année. C'est Lambert Hillyer qui est chargé de mettre en image le scénario de John Colton. Le réalisateur n'est pas un novice, il a débuté sa carrière en 1917 et a même dirigé le grand Lon Chaney lui-même. Il n'a par contre pas d'expérience dans le cinéma fantastique ou d'épouvante et Le Rayon Invisible sera son premier film dans ce genre. Le film mélange d'ailleurs plusieurs influences et plusieurs ambiances très différentes, ce qui lui donne un cachet assez original. En effet, on débute dans une atmosphère qui fait très film d'épouvante, avec cette grande maison et cet orage qui fait rage, ainsi qu'avec le personnage de la mère du docteur Janos Rukh, une vieille dame aveugle un peu inquiétante jouée par Violet Kemble Cooper. La femme du docteur Rukh est quant à elle interprétée par la brune Frances Drake (vu dans Mad Love l'année précédente) et elle a tout de l'héroïne qui deviendra potentiellement une femme apeurée dans ce style de film. Le savant est joué par Boris Karloff et sa passion pour sa découverte, son implication, nous fait penser un peu au baron Frankenstein. Une fois les deux invités du savant réunis dans son laboratoire afin d'assister à sa démonstration, le film bifurque dans la science-fiction, avec des images de lointaines galaxies ainsi que de la Terre frappée par un météore il y a de ça plusieurs millions d'années. Des visions rendues possibles grâce à la découverte du rayon invisible qui donne son titre à l'oeuvre de Lambert Hillyer. Une découvert majeure dans le domaine de la science, que le docteur Benet (interprété par un Bela Lugosi très posé, très sérieux et bien loin de son jeu théâtral d'antan) ne manquera pas de saluer, ce qui provoque une réelle satisfaction de l'ego du docteur Rukh, lui qui se plaint d'être mis à l'écart par la communauté scientifique. Une donnée qui aura son importance dans les tragiques événements qui viendront ponctuer le film. Le Rayon Invisible prend ensuite une toute autre tournure puisqu'il s'oriente carrément dans le film d'aventure, avec expédition en terre africaine, aventuriers, boys africains, recherche en zone hostile et même une romance qui prend forme entre la femme délaissée du docteur Rukh et Ronald Drake, un jeune aventurier joué par Frank Lawton. On se croirait presque dans une bande-dessinée ou un serial, avec cette quête du météore par un Boris Karloff avide de gloire et de reconnaissance, et qui va malheureusement être irradié par ce dernier et notamment par le Radium X, ce qui lui donne une phosphorescence de la peau en pleine nuit, reproduite à l'écran par un halo de lumière entourant son visage et ses mains. Plus dramatique, cette irradiation provoque la mort de ceux qu'il touche. On pourra trouver peu crédible le fait que les personnes se trouvant juste à ses côtés ne soient pas elles-mêmes irradiées, ce qui aurait pu être le cas de Bela Lugosi venant lui apporter son aide par exemple. Passons sur ce détail pour mettre en avant ce que je viens d'écrire ! Oui, vous avez bien lu, Bela Lugosi interprète ici un personnage positif, voulant aider les autres, agissant par compassion, ce qui est assez rare pour être souligné. Il va donc trouver un moyen de guérir The Luminous Man comme le clame le slogan de l'affiche originale, avec un remède à vie devant être pris chaque jour pour contrer les effets dévastateurs du Radium X. Pas de bol pour Karloff, l'égo de son personnage va prendre le dessus et s’imaginer que le docteur Benet et les membres de l'expédition, qui utilisent sa découverte pour guérir des malades, lui ont purement et simplement volé ce qui lui appartenait et donc ne lui offrent pas la reconnaissance qui lui est dû. Une mauvaise interprétation des faits et des paroles, qui vont suffirent à le transformer en assassin lors de la dernière partie du film et ce, jusqu'au tragique dénouement final. Sans être un film majeur de la Universal, Le Rayon Invisible permet de voir côte à côte Karloff et Lugosi, ce qui est toujours très agréable et intéressant pour tout amateur de cinéma fantastique qui se respecte. L'histoire est plutôt bien troussée et la mise en scène efficiente. Le rythme est bon, jamais ennuyeux malgré une durée un peu plus longue que d'habitude, avec 79 minutes au compteur. 

* Disponible en combo DVD + BR ou DVD simple chez -> ELEPHANT FILMS <- 
- Un livret collector de photos du film par Alain Petit (16 pages)
- Le film par Eddy Moine
- Bande-annonce d’époque




lundi 9 mai 2022

L’ÉCHAPPÉ DE LA CHAISE ÉLECTRIQUE

 

L’ÉCHAPPÉ DE LA CHAISE ÉLECTRIQUE 
(Man Made Monster / The Atomic Man)

Réalisateur : George Waggner
Année : 1941
Scénariste : Harry Essex, Sid Schwartz, Len Golos 
Pays : Etats-Unis
Genre : Science-fiction
Interdiction :/
Avec : Lionel Atwill, Lon Chaney Jr., Anne Nagel, Frank Albertson, Samuel S. Hinds...

L'HISTOIRE : Dan McCormick est l'unique survivant d'un accident dans lequel cinq personnes ont péri par électrocution. Il semblerait qu'il soit immunisé contre les effets de l'électricité, ce qui intéresse grandement le scientifique John Lawrence qui travaille sur ce domaine. Il invite McCormick a venir s'installer dans sa maison et à participer à des expériences de laboratoire. Mais l'immunité de McCormick intéresse également le confrère de Lawrence, le docteur Rigas, qui a pour projet de créer une race d'individus dépendants de l'électricité et totalement contrôlables. Passant outre les recommandations du docteur Lawrence, Rigas intensifie les expériences sur McCormick, qui devient de plus en plus dépendant de ces séances...

MON AVIS : Ah ! Un film de la Universal, firme mythique qui a grandement participé à l'âge d'or du cinéma fantastique et d'épouvante dans les années 30, avec des films tels Dracula, Frankenstein, La Fiancée de Frankenstein ou L'Homme Invisible entre autres. Les années 40 ont été un peu moins fastes en terme de qualité formelle (si on excepte Le Loup-Garou en 1941) mais la Universal nous a néanmoins offert une pléthore de films hautement divertissants durant cette décennie, des séries B qui ont fait le régal des amateurs en mettant en vedette le bestiaire phare du cinéma fantastique, à savoir la Momie, la créature de Frankenstein, Dracula et j'en passe. Au début de l'année 1941, le réalisateur George Waggner, celui-là même qui signera Le Loup-Garou quelques mois plus tard, se voit chargé de mettre en scène une histoire de savant fou, un autre thème de prédilection du cinéma fantastique. Au départ, le film devait réunir les deux stars de l'époque, à savoir Boris Karloff et Bela Lugosi mais au final, le choix s'est arrêté sur deux autres acteurs : Lionel Atwill pour interpréter le docteur Rigas et un certain Lon Chaney Jr. pour jouer Dan McCormick. Si le premier est déjà bien connu des amateurs, ayant œuvré dans le genre dès 1932 dans le Doctor X de Michael Curtiz, le second est surtout connu à l'époque pour être le fils de la légende du cinéma muet, le grand Lon Chaney bien sûr. Grâce à sa prestation dans le film de Waggner, il deviendra lui aussi une star du cinéma d'épouvante. L'échappé de la Chaise électrique va donc profiter du charisme de ces deux acteurs et nous offrir une petite heure de science-fiction, avec ce héros ayant une sorte d'immunité face au courant électrique et qui va se voir abuser par un scientifique mégalo et totalement fou, désirant créer une race d'esclaves dont l'électricité serait la force vitale. Lionel Atwill est absolument parfait dans ce rôle de savant fou, son regard en disant long sur sa santé mentale. Totalement convaincu par son projet, qui va à l'encontre de toute morale éthique, n'ayant cure des recommandations de son confrère le docteur Lawrence (Samuel S. Hinds), il va user de ses dons de persuasion auprès du pauvre Dan McCormick, qui va devenir, bien malgré, lui le fruit d'expérimentations douteuses qui vont le transformer en monstre électrique ! A l'instar de la créature de Frankenstein, Dan McCormick peut se voir comme étant une victime, manipulée par la folie d'un homme qui ne recule devant rien pour accomplir sa tâche. Totalement sous l'emprise du savant fou, il va tuer le docteur Lawrence, ne faisant qu'exécuter les ordres de Rigas, qui accablera encore plus sa création face à la justice. Condamné à la chaise électrique, d'où le titre du film, McCormick n'aura que faire de cette sentence puisque son corps peut emmagasiner les décharges électriques et il s'enfuira avec pour unique but : se venger de Rigas ! Pour montrer au public Lon Chaney Jr. en tant que monstre électrique, ce dernier voit ses mains et son visage être entourés d'un halo lumineux, censé représenter la puissance électrique. On voit également quelques arcs électriques sortir de ses mains à un moment. Des effets-spéciaux un peu minimalistes mais pour l'époque, ce n'était pas mal du tout et ça fait le job, conférant au film un petit côté primitif qui joue en sa faveur. Lon Chaney Jr. pourra compter sur le soutien de la fille du docteur Lawrence, interprétée par Anne Nagel, ainsi que sur le fiancé de cette dernière, le journaliste Mark Adams (Frank Albertson). Tous deux ne croient pas un seul instant à la culpabilité de McCormick et ils vont tout faire pour trouver des preuves incriminant le docteur Rigas. Comme dans tout bon film de monstre, on aura la traditionnelle séquence dans laquelle la créature porte dans ses bras l'héroïne, un cliché immuable du genre. Sans être l'un des meilleurs films de la Universal, loin s'en faut, L'échappé de la Chaise électrique se savoure tranquillement et se regarde sans déplaisir aucun, le côté nostalgie fonctionnant à plein régime. 

* Disponible en combo DVD + BR ou DVD simple chez -> ELEPHANT FILMS <-    
Bonus : 
- Un livret collector de photos du film par Alain Petit (16 pages)
- Le film par Gilles Gressard
- Bande-annonce d’époque




dimanche 8 mai 2022

UN PAPILLON AUX AILES ENSANGLANTÉES


UN PAPILLON AUX AILES ENSANGLANTÉES
(Una Farfalla con le Ali Insanguinate)

Réalisateur : Duccio Tessari
Année : 1971
Scénariste : Duccio Tessari
Pays : Italie
Genre : Giallo
Interdiction : -12 ans
Avec Helmut Berger, Giancarlo Sbragia, Evelyn Stewart, Günther Stoll, Wendy D'Olive...

L'HISTOIRE Un journaliste et animateur de télévision renommé de Bergame, Alessandro Marchi, est accusé du meurtre d’une étudiante française, Françoise Pigault, retrouvée dans un parc, lardée de cinq coups de couteau. Bientôt, des preuves accablantes conduisent à son arrestation. À la suite d’un procès fertile en rebondissements, Alessandro est reconnu coupable, puis incarcéré. Mais l’enquête est relancée lorsqu'une prostituée est assassinée. Une exécution identique à celle de l’étudiante... 

MON AVIS : Ce qui est bien avec le giallo, c'est qu'on ne sait jamais à quoi s'attendre ! Va-t-on avoir droit à un film qui respecte les standards du genre, avec assassin ganté et meurtres ultra-graphiques à se mettre sous la dent ? Va-t-on plutôt avoir droit à une enquête policière qui joue avec les codes du genre sans pour autant s'en servir pleinement ? Va-t-on être en présence d'un film de machination au final ? Le giallo, c'est comme un Kinder Surprise, on ne sait jamais ce qu'il y a à l'intérieur avant de l'avoir vu. Avec Un Papillon aux Ailes Ensanglantées, superbe titre au demeurant, on se retrouve justement dans ce cas de figure. La présence d'un animal dans le titre nous fait évidemment penser à la trilogie animale de Dario Argento, dont je ne vous ferais pas l'affront de citer les trois films. On se dit donc qu'on va être en présence d'un giallo dans la mouvance de ces films. Raté sur toute la ligne. Duccio Tessari nous la joue original et prend tout le monde à contre-pied puisque son film ne rentre dans aucune des cases ou sous-catégories du giallo évoquées un peu plus haut. On a pourtant bien un meurtre qui ouvre le récit, mais on ne nous montre que le corps poignardé dévalant un talus et un individu prenant la fuite. Le tout en plein jour, l'action se situant dans un parc. Qui plus est, ce meurtre et la fuite du tueur ne sont pas vus des yeux de l'assassin mais de ceux des nombreux témoins présents sur place : deux jeunes enfants jouant dans le parc, une femme et son amant dans une voiture, un homme refermant la fenêtre de son appartement. La suite prend également une tournure assez inattendue puisqu'on va assister à l'enquête concernant la mort de cette jolie fille, une française du nom de Françoise Pigaut (Carole André), et ce, de manière très scientifique puisqu'on plonge dans les entrailles de la police scientifique justement, avec un aperçu de toutes les méthodes utilisées pour découvrir des indices : prises d'empreintes de la semelle de la chaussure du tueur dans la boue, analyse spectrographique, détermination du groupe sanguin du sang retrouvé sur l'arme, prélèvement de bout de tissus des vêtements de la victime et j'en passe ! On se croirait carrément dans un épisode de N.C.I.S. ou autres séries du même genre. Durant ces analyses, on revoit en flashback la journée de la jeune victime, et la mise en scène répond en miroir aux trouvailles de la police scientifique et c'est franchement bien foutu. Plus surprenant encore, la suite de l'histoire, qui, durant quasi trois bons quart-d'heure, prend la forme d'un film... de procès ! Séance dans un tribunal, interrogatoire des témoins, parole à l'accusation puis à la défense qui est un bon ami d'Alessandro Marchi (Giancarlo Sbragia), le principal suspect. Mais malgré ses talents d'avocat, cet ami ne peut rien faire face à la montagne de preuves qui s'abattent sur son client et qui ne lui laissent aucune chance. Bien sûr, nous, spectateurs, on se dit qu'on nous mènent en bateau et que le tueur est forcément quelqu'un d'autre. Pourquoi pas ce blond ténébreux joué par Helmut Berger en personne et qui sort avec la fille du suspect (la charmante Wendy d'Olive) ? Pourquoi pas cette dernière d'ailleurs, dont la jeune française était sa meilleure amie, pour une histoire de cœur ? Et si c'était carrément l'avocat lui-même (Günther Stoll), surtout qu'on découvre peu de temps après le jugement qu'il se tape la femme de l'accusé et que ce jugement défavorable arrange bien leurs affaires ? Le film prenant place dans le milieu de la bourgeoisie, tous les protagonistes ont une face cachée et le pouvoir de l'argent est bien égratigné, comme c'est souvent le cas dans le cinéma italien. Passé la cinquantaine de minutes de film, Un Papillon aux Ailes Ensanglantées change encore une fois de tonalité, avec de nouveaux meurtres qui ont lieu dans le parc, et sur le même mode opératoire, ce qui amène la police et le tribunal à reconsidérer le jugement et la réelle culpabilité d'Alessandro Marchi. Le personnage joué par Helmut Berger prend alors une certaine épaisseur et le réalisateur s'amuse à nous faire tourner en bourrique, on ne sait plus quoi penser, surtout que certains des autres personnages se voit effectuer des actions répréhensibles (on a même de la pédophilie et tentative d'abus sexuel) qui ne les placent pas en odeur de sainteté. Alors oui, ce giallo n’utilise quasiment aucun code du genre, il n'y a pas de meurtres filmés de manière frontale ou stylisé, il y a un petit soupçon d'érotisme et il se révèle quand même assez atypique dans son traitement. Pourtant, la sauce prend plutôt bien et la révélation finale déjoue nos pronostics, amenant même la thématique de l'homosexualité sur le devant de la scène, sans jamais le dire ouvertement d'ailleurs mais il y a une scène vue auparavant (dans la cellule de la prison) qui m'incite fortement à penser que toute cette histoire tragique à un fond homosexuel. Un Papillon aux Ailes Ensanglantées est donc assez déconcertant tout comme il est assez passionnant et nous offre une facette assez rare et inédite du giallo, ce qui fait tout son intérêt !

* Disponible en Blu-Ray chez -> LE CHAT QUI FUME <-  
Comme d'habitude, rien à redire sur cette édition, qui propose le film en VF et VOSTF
BONUS:
• Le Papillon par Jean-François Rauger (29 min)
• Duccio et moi avec Lorella de Luca (8 min)
• Œillet rouge avec Fabio Melelli (21 min 35)
• Film annonce


13 NOTES EN ROUGE


13 NOTES EN ROUGE
(13 Notes en Rouge)

Réalisateur : François Gaillard
Année : 2022
Scénariste : Guilhem Sendras, François Gaillard
Pays : France
Genre : Giallo, Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Jeanne Dessart, Marine Bohin, Stanyslawa Ciesielska, Julien Quaglierini...

L'HISTOIRE : Charlotte se réveille dans une chambre remplie de poupées en porcelaine. Fatiguée, elle se prélasse dans son lit tout en écoutant sa colocataire Chloé avoir un ébat sexuel. Jusqu'au moment où les gémissements de plaisir deviennent de cris de peur et de douleur. Impuissante, Charlotte ne peut rien faire pour sauver son amie qui est massacrée dans la pièce avoisinante par un homme au corps musclé et habillé en tenue SM. Une fois son oeuvre accomplie, ce dernier demande à Charlotte de lui rendre ce qu'elle lui a pris. Ne comprenant rien à ce qui est en train de se passer, la jeune fille tente de se remémorer sa journée en compagnie de Chloé, quand elles se sont rendues à une soirée de luxe... 

MON AVIS : C'est toujours un réel plaisir que de découvrir un nouveau film indépendant mis en scène par un réalisateur passionné. Le Montpelliérain François Gaillard fait donc son retour après nous avoir régalé avec Blackaria, Last Caress ou le court-métrage Die, Die my Darling, trois gialli dont les titres ont été pioché dans la discographie de Glenn Danzig. Le giallo est le genre de prédilection de François Gaillard, et il en connaît les différents codes sur le bout des doigts. Ses connaissances de ce genre très prisé des amateurs de cinéma de genre, ils s'en sert à merveille dans les films qu'il réalise, faisant preuve d'un sens de l'esthétisme assez hallucinant pour ce type de production à faible budget. L'annonce du tournage de 13 Notes en Rouge avait donc de quoi attirer l'attention, surtout que, pour une fois, le titre choisi ne fait pas référence à une chanson de Danzig ! Sacrilège !? Le réalisateur aurait-il vendu son âme au Diable ? On lui pardonnera rapidement cette petite infidélité puisque, cette fois, c'est à Lucio Fulci qu'il rend hommage, le titre faisant référence au Sette Notte in Nero, soit L'Emmurée Vivante, que réalisa le maestro italien en 1977. Sur un scénario assez tarabiscoté, dû à Guilhem Sendras et François Gaillard, 13 Notes en Rouge démontre à nouveau tout le talent de son réalisateur, son efficacité dans la mise en scène de séquences fantasmagoriques et sa virtuosité à composer des plans d'une réelle beauté picturale. On ressent tout l'amour du cinéma de Dario Argento et consorts ici, avec des plans stylisés à l'extrême (la lame qui surgit du trou de la serrure, à deux doigt de pénétrer dans l’œil de l'héroïne, incroyable !) dans lesquels le soin apporté à l'éclairage et aux couleurs n'a pas été fait à l'aveuglette et fait preuve d'une minutie de tous les instants. 13 Notes en Rouge est visuellement sublime, même un aveugle s'en rendrait compte. Rien n'a été laissé au hasard dans le choix des costumes, dans la disposition des divers éléments de décors et on reste vraiment frappé par l'esthétisme magnifique qui se dégage des images proposées. Pour ceux qui ont vu les précédents films de François, on sait tous que les dialogues ne sont pas ce qui l'intéresse le plus et c'est également valable pour ce nouveau film, un point qu'on mettra dans les petites faiblesses de 13 Notes en Rouge mais le reste rattrape largement ce petit malus. L'histoire, comme déjà dit plus haut, est assez labyrinthique et nous perd souvent dans ses dédales, on ne sait pas si l'héroïne vit vraiment ce qu'elle subit, si elle est plongée dans un rêve érotico-gore ou même si, à l'image du Haute Tension d'Alexandre Aja, elle ne serait pas en réalité le tueur sadique du film, perdu dans les délires de sa psyché. Un mystère typiquement giallesque, que je ne vous dévoilerai évidemment pas ici. Charlotte, l"héroïne du film donc, est interprétée par la charmante Jeanne Dessart et ses magnifiques cheveux rouges quand son amie Chloé est jouée par la non moins charmante Marine Bohin. Les deux actrices assurent le job et on imagine bien que le tournage n'a pas du être de tout repos pour elles, vu ce que leur fait subir ce sadique de réalisateur ! Le récit intègre des flashback nous révélant leur journée et quel est donc l'élément que veut absolument récupérer le tueur, que les filles ont apparemment volé lors d'une soirée festive dans un appartement luxueux. Un vol qui entraîne un déferlement de violence parfaitement orchestré par l'un des virtuoses français des effets-spéciaux et de maquillage, le sympathique David Scherer bien sûr. Amateurs de tripailles et de geyser de sang frais, 13 Notes en Rouge devrait largement vous satisfaire, le film étant des plus généreux à ce niveau, avec par exemple une scène horrible avec un chalumeau cramant le visage d'une pauvre fille, le tout exposé en plein écran, avec la peau qui rougit, qui se met à fondre et j'en passe et des meilleurs ! On comprend aisément la présence du terme rouge dans le titre et on est pas volé sur la marchandise, c'est le moins que l'on puisse dire ! On a même un peu d'érotisme, avec quelques seins dévoilés et même un nu intégral, autant féminin que masculin, pas de jaloux comme ça ! La présence d'animaux peu sympathiques (araignées, scorpions, python) parcourant des corps féminins m'a bien fait grincer des dents, bravo aux actrices qui ont enduré cette torture de tous les instants ! Avec des tas de clins d'oeil à ses films préférés, 13 Notes en Rouge tire son épingle du jeu et prouve qu'avec de la passion, une réelle technique derrière la caméra, du système-D et une vraie vision du genre, la France peut faire de bons films de genre, même dans le domaine du cinéma indépendant et sans gros moyens financiers. On aimerait que des producteurs soutiennent ce type de réalisateurs et leur offrent un vrai budget pour concrétiser encore plus leurs délires et leurs idées folles. Quoiqu'il en soit, sans être un film parfait (j'ai moins accroché à la scène de l'agression avec les filles en roller par exemple), 13 Notes en Rouge s'avère très réussi, bénéficie d'une bande sonore de grande qualité qui colle parfaitement aux images et à l'ambiance et j'espère qu'il pourra bénéficier d'une sortie sur support physique pour être découvert par le plus grand nombre. Bravo m'sieur Gaillard !