LES YEUX BLEUS DE LA POUPÉE CASSÉE
(Los Ojos Azules de la Muneca Rota)
Réalisateur : Carlos Aured
Année : 1974
Scénariste : Paul Naschy, Carlos Aured
Pays : Espagne
Genre : Thriller, Giallo
Interdiction : -16 ans
Avec : Paul Naschy, Diana Lorys, Eva Leon, Maria Perschy, Eduardo Calvo...
L'HISTOIRE : Récemment sorti de prison, Gilles est engagé comme homme à tout faire dans un domaine français tenu par trois sœurs. Claude cache sa main atrophiée sous une prothèse, tandis que Nicole est nymphomane, et Yvette en fauteuil roulant. Alors que Gilles est en proie à d’horribles cauchemars dans lesquels il étrangle des femmes, un mystérieux assassin s’en prend aux femmes blondes du canton. Elles sont énucléées et leurs yeux déposés dans un bol...
MON AVIS : L'Italie n'a pas l'apanage du giallo même s'il en est l'inventeur. Rapidement, l'Espagne s'est également intéressé à ce genre très en vogue dans les années 70, en voici un exemple avec Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée. C'est un film réalisé par Carlos Aured, un nom bien connu chez les fans de cinéma fantastique espagnol. Il a été assistant réalisateur dès 1964 puis scénariste également et en tant que réalisateur, on lui doit en 1973 El Espanto surge de la Tumba et L'Empreinte de Dracula, en 1975 La Vengeance de la Momie, tous trois avec Paul Naschy, ainsi que quelques thrillers dont Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée; puis il bifurquera dans la comédie polissonne voir le film érotique et pornographique, dont certain avec Lina Romay, avant de terminer sa carrière en 1985 avec le film d'horreur Atrapos en el Miedo. Il est décédé en février 2008, avec 14 films en tant que metteur en scène. Alors Carlos Aured n'est pas un grand metteur en scène, c'est sûr, mais il n'a jamais eu de gros budget non plus pour montrer ses aptitudes derrière une caméra. Reste que dans le registre du thriller et du fantastique, ses œuvres, sans être transcendantes, restent appréciables et font preuve de qualité. Et c'est justement le cas avec Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée, dont Paul Naschy a participé au scénario. Un film qu'on pourrait qualifier d'hybride tant il joue sur deux ambiances, deux atmosphères assez distinctes. Durant les 42 premières minutes, on est clairement dans le thriller psychologique, avec le personnage de Gilles, joué par Naschy, qui se fait embaucher pour devenir l'homme à tout faire dans une maison où vivent trois sœurs. On a Claude, jouée par Diana Lorys, qui porte une prothèse à sa main suite à un accident et qui se rabaisse sans cesse, n'ayant plus confiance en elle et croyant ne provoquer que le dégoût chez les hommes. On a aussi Nicole, jouée par Eva Léon, rousse incendiaire totalement nymphomane, qui sait parfaitement utiliser et mettre en valeur son corps parfait. Et puis on a Ivette, jouée par Maria Perschy, qui est paralysé et qui se déplace en fauteuil roulant, et qui est devenue paranoïaque, croyant qu'on veut en attenter à sa vie. Elle suit le traitement du docteur Phillipe, le médecin de famille qui a fort affaire avec ses trois sœurs tellement différentes et souffrant toutes de névroses à un stade avancé. C'est donc avec ce trio que va devoir composer Paul Naschy, qui semble lui aussi avoir un petit problème psychologique, on le découvrira lors de séquences oniriques dans lesquelles il se voit en train d'étrangler une jolie blondinette. Bref, tous les personnages ont un truc qui cloche et l'ambiance devient un peu malaisante, Naschy étant attiré par Claude mais ne refusant pas les avances charnelles de Nicole, le tout sous le regard étrange d'Ivette, qui n'a pas confiance en sa nouvelle infirmière, la blonde Michelle jouée par Inès Morales, qui, elle aussi, semble cacher quelques secrets, passant son temps à recevoir des appels téléphoniques qui la rendent suspecte. Reste que le scénario se la joue un peu fainéant et qu'il ne se passe pas grand chose en réalité dans cette maison, dont seul l'aspect gentiment érotique prodigué par le charme d'Eva Léon nous permet de ne pas décrocher. Et puis, à 42 minutes, le film bifurque dans le giallo, avec l'apparition d'un tueur vêtu de noir, ganté et maniant le hachoir de boucher et autres armes blanches avec efficacité. Il s'en prend à de jeunes filles blondes aux yeux bleus, yeux qu'il énuclent pour les conserver dans un bocal. La police est sur les dents car le nombre de cadavres commencent à gonfler et l'inspecteur Pierre ne trouve pas de mobile ni de suspect, même si Paul Naschy est le premier sur sa liste, les meurtres ayant démarré peu de temps après son arrivée dans le village. Des meurtres qui font gicler le précieux liquide rouge sur notre écran, on a un hachoir qui s'enfonce dans une gorge, une gorge tranchée au couteau ou une victime frappée avec une griffe de jardinage entre autres. Comme dans tout bon giallo, on se demande qui est l'assassin, on essaye de deviner quelles sont les fausses pistes sur lesquelles on veut nous emmener et le film devient plus intéressant, plus dynamique, même s'il ne parvient pas vraiment à faire naître un quelconque suspense ou une quelconque tension. Carlos Aured n'est pas Dario Argento et ça se ressent même si le spectacle n'est pas déplaisant et que le réalisateur utilise à bon escient la mélodie de la chanson Frère Jacques en tant que comptine musicale modernisée lors des meurtres, un élément classique dans le giallo. Dommage que le reste de la partition musicale soit, pour ma part, hors contexte, puisque très guillerette, nous faisant penser qu'on est dans une comédie la plupart du temps. En tout cas, l'intrigue se suit avec intérêt et on aura droit à un double twist final qui plonge le film dans le macabre et relève son intérêt. A noter une scène de mise à mort d'un cochon, égorger à l'ancienne, qui rebutera à coup sûr les amis des animaux. A titre personnel, je n'ai pas trop compris l'intérêt d'avoir filmé cette séquence qui ne sert à rien dans le scénario. Bref. Avec une mise en scène un peu plate et un démarrage un peu longuet, Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée s'en tire avec les honneurs grâce à son intrigant casting féminin qui lui permet d'être un peu plus qu'un simple giallo anecdotique. Un film honnête à défaut d'être renversant et que j'ai pris plaisir à découvrir.
* Disponible en combo DVD + BR chez ARTUS FILMS
BONUS :
- Présentation de Carlos Aured et du film par Emmanuel le Gagne et Alain Petit
- Diaporama d’affiches et de photos
- Film-annonce original







