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AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.




dimanche 14 octobre 2018

6 FEMMES POUR L'ASSASSIN

6 FEMMES POUR L'ASSASSIN
(Sei Donne per l'Assassino / Blood and Black Lace)

Réalisateur : Mario Bava
Année : 1964
Scénariste : Giuseppe Barilla, Mario Bava, Marcello Fondato
Pays : Italie
Genre : Giallo
Interdiction : -12 ans
Avec : Cameron Mitchell, Eva Bartok, Tomas Reiner, Arianna Gorini, Mary Arden...


L'HISTOIRE : Un mystérieux assassin commet des meurtres sauvages sur les mannequins d’une célèbre agence de haute couture. La police mène l’enquête...

MON AVIS : 1963. Mario Bava réalise La fille qui en savait trop, un thriller italien qui commence à poser les fondements de ce qu’on appellera par la suite le giallo. La même année, outre Le Corps et le Fouet, il tourne Les trois visages de la peur, dont le premier sketch intitulé Le Téléphone joue également avec ce qui deviendra les codes du genre du giallo. En 1964, il reprend les recettes de ses deux films de 1963, les actualise, les modernise, se lâche dans des décors baroques, joue avec les couleurs et pose véritablement les bases du giallo, mettant en scène dans une banale enquête policière un assassin entièrement vêtu de noir, ganté, portant un masque et commettant ses crimes de différentes manières. Violence, sadisme, jolies filles, meurtres et whodunit se combinent avec une alchimie parfaite dans son 6 femmes pour l’assassin, œuvre phare, référence absolue pour qui aime le giallo. Pourtant, le film, coproduction Italo-franco-allemande dont le tournage dura six semaines, ne connut guère un grand succès à l’époque de sa sortie et le genre qu’il fit naître ne décolla vraiment qu’avec la sortie de L’oiseau au plumage de cristal de Dario Argento en 1970. Six femmes pour l’assassin est pourtant une pièce maîtresse du genre, nouvelle preuve du génie de Mario Bava dont la filmographie ne cessera d’influencer les futures générations de réalisateurs. Dès le générique, Bava surprend son monde par son inventivité. Le nom des acteurs et des actrices vient se superposer sur une image les présentant immobiles, tels des statues, comme autant de photographies avec mise en scène. Le début de l’œuvre ne sera pas non plus sans nous rappeler un certain Suspiria, qui ne débarquera qu’en 1977 et qui, pourtant, entretient un étroit rapport pictural avec le film de Bava, tant au niveau des décors que du jeu de lumière fortement coloré, qui plongent chaque séquence de ces deux films dans une ambiance fantasmagorique. Par une nuit orageuse, un jeune mannequin regagne l’immense demeure de la Comtesse Christina Como, devenue une luxueuse maison de haute couture. Alors que la jeune femme tente de gagner rapidement la porte malgré un vent assez violent, la voilà qui se fait agresser par un mystérieux personnage, vêtu d’un imperméable noir, ganté, portant un chapeau et une sorte de masque sur le visage, le rendant méconnaissable. La figure récurrente du giallo dans toute sa splendeur vient d’apparaître pour la première fois sur un écran de cinéma. Un look qui fera date et qui se fera même parodier dans le moindre détail dans la série de films érotico-gore des Fantom killer. Mario Bava laisse libre court à son imagination, ne se refuse rien, ne se censure pas, et fait baigner son film dans une atmosphère assez érotique, puisque chaque meurtre nous détaillera les soutiens-gorge ou bas de jarretelles que portent ces demoiselles. Des meurtres au nombre de six bien sûr, qui se révéleront tous originaux, la mise à mort étant à chaque fois différente. Un procédé que nous retrouverons également dans les futurs slashers movies, dont Mario Bava sera encore une fois l’un des précurseurs avec son fameux La Baie Sanglante en 71. Le second meurtre, toujours baigné dans une atmosphère morbide et fantasmatique, avec des lumières rouges, vertes, violettes, nous dévoilera un curieux instrument, une sorte de gant d’acier pourvu de trois crochets, et qui restera la marque de fabrique du film, l’arme dont tous les spectateurs se rappellent malgré le fait qu’elle n’apparaisse qu’une seule fois dans le film. Notre tueur, froid et déterminé, nous gratifiera par la suite d’autres joyeusetés, comme un visage brûlé, une noyade dans une baignoire ou un étouffement à l’aide d’un coussin par exemple. Des meurtres savamment orchestrés, presque artistiques parfois, et on ne cherchera plus la source d’inspiration de Dario Argento, qui a magnifié ce que Bava avait instauré avec ses films. Notons que 6 femmes pour l’assassin a connu deux montages. Une version censurée et une version intégrale donc. La violence montrée dans le film fera bien sûr sourire à notre époque et on se demandera quel était l’intérêt de "couper" certaines images tant elles apparaissent soft pour le spectateur d’aujourd’hui. Car en plus de priver le spectateur des images les plus sanglantes (toute proportion gardée bien sûr), certaines coupures se révéleront carrément handicapantes car privant le spectateur de la logique suivie par le tueur. Le meurtre de la cinquième victime se verra, par exemple, privé d’une scène capitale, celle où le tueur sectionne les veines de sa victime au rasoir, afin de faire croire que cette dernière s’est suicidée. Sans cette séquence, l’histoire perd de sa logique. La coupe la plus marquante restant, quant à elle, la disparition pure et simple de la scène où le tueur sort de sa poche son gant d’acier griffu. Hop, aux oubliettes l’arme culte. Inutile de dire que ce montage cut est totalement à oublier et que seul le montage intégral rend justice au travail de Bava et de son équipe. Outre ses meurtres diaboliquement stylisés, l’autre force du film est bien sûr la réalisation même de Bava. Mélangeant gothique et modernisme, jouant avec habileté sur le suspense, la terreur, la peur, chaque décor, chaque pièce devient ici un potentiel lieu de mort, d’où le tueur peut surgir à chaque instant. Escaliers, corridors, espaces labyrinthiques, miroirs, Bava joue avec l’espace, avec les perspectives, avec les objets présents dans les différents lieux pour faire naître une angoisse palpable qui terrorisera les futures victimes. Sa caméra se place toujours là ou il faut, faisant se hisser à un très haut niveau un film dont le scénario n’a rien d’extraordinaire. En effet, d’un point de vue scénaristique, 6 femmes pour l’assassin reste d’une facture assez classique. L’enquête policière est sobre, conventionnelle mais grâce au talent de Bava, elle prend une tournure bien plus intéressante qu’elle ne l’est et permet aux spectateurs de ne jamais décrocher et de rester attentif à tous les détails qui pourraient permettre d’en savoir plus sur le tueur et ses motivations. Habile, Bava s’amuse également à brouiller les pistes et fait de tous les hommes présents dans la maison de haute couture des tueurs potentiels. Chacun d’entre eux semble en effet avoir quelque chose en commun avec Isabella, la première fille assassinée et la découverte surprise de son journal intime semble bien les inquiéter. Tous comme certaines demoiselles également, qui semblent bien décidées à découvrir ce qui peut bien être écrit sur les pages de ce recueil. Ce journal intime, mis dans un sac à main, nous donnera l’une des meilleures séquences du film, séquence où ce sac devient l’objet de toutes les attentions et où la caméra de Bava devient presque le sac à main lui-même. Et donc, les yeux des spectateurs. C’est techniquement et artistiquement admirable. Niveau casting, les personnages principaux sont campés avec prestance par un excellent trio, Cameron Mitchell, Eva Bartok, Thomas Reiner, trio auquel vient s’ajouter les nombreuses actrices et acteurs interprétant les mannequins et les hommes travaillant dans la maison de haute couture, qui livrent tous une prestation de bonne qualité, parachevant de faire de 6 femmes pour l’assassin une œuvre formelle et importante, qu’il faut redécouvrir toute affaire cessante. Véritable tour de force stylistique juxtaposant chorégraphie meurtrière, jeu de lumière vertigineux et sadisme prononcé, 6 femmes pour l’assassin, malgré le poids des années, reste une œuvre phare et magistrale de son réalisateur. Mario Bava prouve une fois de plus qu’il était en avance sur son temps et son talent et son énergie à tenter des choses nouvelles, à expérimenter, donne une fois de plus une œuvre intense, raffinée, qu’on ne se lasse pas de voir et de revoir. Un film phare du cinéma italien.

LE DVD/BR :
Troisième titre de la collection Make my Day de Jean-Baptiste Thoret. Un excellent choix évidemment, une édition sur support numérique rendant justice au travail artistique cinq étoiles de Mario Bava et de son équipe technique. Attention, le film est uniquement présenté en version italienne sous-titrée français et ne dispose pas de la piste audio française. Concernant les bonus, outre la traditionnelle préface de Jean-Baptiste Thoret, un module de 45 minutes environ laisse la parole à Christophe Gans qui ne peut que vanter les louanges de ce film culte.

* Disponible en combo DVD / BR chez STUDIOCANAL


samedi 13 octobre 2018

NEAR DARK - AUX FRONTIÈRES DE L'AUBE

NEAR DARK - AUX FRONTIÈRES DE L'AUBE
(Near Dark)

Réalisateur : Kathryn Bigelow
Année : 1987
Scénariste : Kathryn Bigelow, Eric Red
Pays : Etats-Unis
Genre : Fantastique, Vampires
Interdiction : -12 ans
Avec : Lance Henriksen, Bill Paxton, Jenny Wright, Adrian Pasdar...


L'HISTOIRE : Habitant dans un petit patelin paumé, le jeune Caleb tombe sous le charme de Mae, une charmante blondinette qui vit avec un groupe de marginaux. Il ne sait pas que celle-ci est un vampire. Après avoir été contaminé par un baiser de Mae, Caleb  va découvrir le monde de la nuit et faire connaissance avec les membres de la "famille" de Mae. Comprenant petit à petit ce qu'il est en train de devenir, Caleb se refuse à ôter la vie pour se nourrir, ce qui va entraîner des tensions entre lui et les amis vampires de Mae...

MON AVIS : Après avoir pris des cours de peinture dans une école d'art, Kathryn Bigelow décide de devenir réalisatrice. En 1981, elle met en scène son premier film, Loveless. Six ans plus tard, elle co-rédige une histoire avec Eric Red. Les deux scénaristes ont dans l'idée de moderniser le mythe du vampire, d'éviter tous les clichés inhérents au genre (crucifix, gousses d'ail, dents pointues, château lugubre, chauve-souris...), de jouer avec les codes et les décors du western et de mettre en avant une romance entre les deux personnages principaux, un humain et une vampire. Elle parvient à trouver un producteur et à faire accepter le fait qu'elle sera la réalisatrice du film. Une initiative qui va s'avérer payante puisque Near Dark, rebaptisé Aux Frontières de l'Aube en France, ne sera ni plus ni moins que l'une des meilleures tentatives d'apporter de la modernité et de l'originalité au thème du vampire. Certes, Les Prédateurs (1983), Vampire, vous avez dit Vampire ? (1985), Vamp (1986) et Génération Perdue (1987) ont eux aussi participer à cette modernisation et cette remise en avant des créatures de la nuit, immortalisées par Bela Lugosi et Christopher Lee, mais le film de Kathryn Bigelow va bien plus loin dans le concept même de la restructuration du mythe puisque, comme déjà dit, elle a exclu tout ce qui peut faire penser à un film de vampires, tous les codes traditionnels, hormis le besoin de sang pour se nourrir, l'immortalité et les ravages du soleil. Même le mot "vampire" n'est jamais prononcé et l'idée de la transfusion sanguine peut faire penser à une simple maladie, ce qui rend le film encore plus intéressant. Exit aussi l'aspect aristocratique des buveurs de sang et place aux desperados de l'Ouest façon La Horde Sauvage de Sam Peckinpah ! Une prise de risque aussi inattendue que motivée de la part de Kathryn Bigelow qui remporta l'adhésion quasi unanime du public et des critiques, qui tombèrent tous sous le charme de Near Dark. On les comprend aisément puisque ce film est un petit bijou d'ambiance, de mise en scène, d'idées neuves qui s'imbriquent parfaitement avec ce qu'il reste des codes classiques du film de vampire. Les crocs acérés sont remplacés par les couteaux ou les pistolets, les cercueils protecteurs par des véhicules volés dont on aura recouvert les fenêtres avec des matières pare-soleil. Le tout dans un paysage de western, ce qui sied parfaitement au rendu du film et au look des vampires présentés ici. Outre la ravissante Mae (sublime Jenny Wright dont il est impossible de ne pas tomber amoureux dans ce film), les autres vampires sont joués par Lance Henriksen (Jesse, clin d'oeil à Jesse James sûrement), Bill Paxton (Severen), Jenette Goldstein (Diamondback) et le jeune Joshua John Miller (Homer). Éperons aux chaussures, ceinturons, colts et habits poussiéreux font partie de leur tenue vestimentaire et on est bien loin de la chemise blanche et de la grande cape noir et rouge souvent porté par le comte Dracula. Ces anti-héros nous apparaissent de plus en plus charismatiques au fil de la progression, même le cruel Severen (génial Bill Paxton qui se donne à 100% dans l'interprétation de ce vampire déjanté, le seul qui semble prendre un réel plaisir à massacrer des humains). L'amateur éclairé aura repéré que Henriksen, Paxton et Goldstein ont déjà joué ensemble l'année précédente, dans Aliens le Retour. C'est d'ailleurs pour cette raison que Kathryn Bigelow les a voulu pour Near Dark, car elle voulait bien assister sur l'aspect "famille" de ce groupe de vampires. Encore un choix payant car leur relation fonctionne très bien à l'écran.  Si Near Dark réserve son lot de scènes de violence, typique des westerns, avec gunfights dans un motel contre les forces de l'ordre dirigées par le shérif local (scène spectaculaire et d'une précision chirurgicale, les balles provenant des deux camps qui s'affrontent provoquant des trous laissant passer le soleil, ce qui incommodera bien nos vampires...), massacre dans un bar (le saloon bien sûr) et un affrontement entre Caleb et Severen vers la fin du film qui a toutes les caractéristiques d'un duel, le film de Kathryn Bigelow n'en oublie pas l'émotion et la poésie et ce, à travers la romance de Caleb et Mae. Une histoire d'amour qui semble impossible et qui fait bifurquer le film vers le récit initiatique (éveil à l'amour, à la nuit, à la vie vampirique...). Romeo & Juliette n'est pas loin puisque la relation hors norme entre Caleb et Mae va compliquer la vie de leur famille respective. Bercé par la musique de Tangerine Dream, le spectateur ne peut que se laisser prendre par la main et savourer les sublimes images qu'a composé Kathryn Bigelow. Les effets visuels des brûlures sont particulièrement réalistes, la photographie est très belle et cette relecture moderne du film de vampire s'avère une excellente surprise pour qui veut sortir des sentiers balisés. Décidément, les réalisatrices ne font clairement pas pâle figure face à leurs comparses masculins quand il s'agit de dynamiter les règles. Outre Near Dark, on pense aussi à Antonia Bird qui avait modernisé le film de cannibale avec Vorace par exemple, film qui, lui aussi, utilisait les paysages du western ! Le Festival international de Paris du film fantastique et de science-fiction ne s'y est en tout cas pas trompé puisque Near Dark y a reçu la Licorne d'Or en 1988.

LE DVD/BR
Je n'avais pas revu Near Dark depuis l'époque VHS, c'est donc avec grand plaisir que j'ai visionné le Blu-Ray du film qui vient de sortir dans la collection Make my Day de Jean-Baptiste Thoret. Le film se déroulant quasiment de nuit durant toute sa durée, la copie présentée ici remplit sa fonction et nous permet d'admirer le travail artistique dans de très bonnes conditions. Les scènes nocturnes sont lisibles et ce Blu-Ray enterre les copies VHS. Parmi les bonus, outre la préface toujours instructive de JB Thoret, on trouve une interview assez hallucinante de Kathryn Bigelow qui date de 1988 et réalisé pour l'émission française Rapido (avec la caméra qui bouge, des bruits de fonds qui viennent perturber l'enregistrement et j'en passe !) ainsi que le documentaire de 46 minutes intitulé Living in Darkness et dans lequel on trouve de nombreux interviews de la réalisatrice, du casting et de l'équipe technique. Un très bon supplément ! La bande-annonce originale est également présente, le tout étant servi dans un joli digipack. 

* Disponible en combo DVD / BR chez STUDIOCANAL


mercredi 10 octobre 2018

MAX MON AMOUR

MAX MON AMOUR
(Max mon Amour)

Réalisateur : Nagisa Ôshima
Année : 1986
Scénariste : Nagisa Ôshima, Jean-Claude Carrière
Pays : France, Etats-Unis
Genre : Comédie, Drame, Insolite
Interdiction : /
Avec : Charlotte Rampling, Anthony Higgins, Victoria Abril, Diana Quick...


L'HISTOIRE : Diplomate anglais vivant à Paris, Peter Jones découvre par l'intermédiaire d'un détective privé que sa femme Margaret loue en secret un petit appartement. Certain qu'elle voit un amant, il s'y rend avec la ferme intention de la prendre sur le fait avec ce rival. Qu'elle n'est pas sa surprise en découvrant un chimpanzé prénommé Max au côté de son épouse... 

MON AVIS : Le cinéaste japonais Nagisa Ôshima a déjà fait forte sensation en 1976 avec son film le plus emblématique, le célèbre L'Empire des Sens, oeuvre vénéneuse sur la passion intense et sans limite unissant une ancienne prostituée devenue domestique et son patron. Réalisateur atypique, controversé et scandaleux, surtout dans son pays le Japon, Nagisa Ôshima est également l'auteur de films forts comme Contes cruels de la jeunesse, Nuit et Brouillard au JaponLe Petit Garçon ou Furyo par exemple. En 1986, on lui propose de venir en France pour réaliser un film. Ne connaissant rien aux mœurs et coutumes françaises, Ôshima a la bonne idée de ne pas mettre en scène un film qui parlerait de notre beau pays mais préfère s'attarder sur un scénario des plus insolites rédigé par Jean-Claude Carrière, qui a travaillé avec Jess Franco, Milos Forman ou Luis Buñuel entre autres. Ce scénario, c'est bien sûr celui du film qui nous intéresse ici, à savoir Max mon Amour. Comme vous avez pu le lire dans le résumé ci-dessus, Max mon Amour aborde un sujet choc, à savoir la relation amoureuse entre une femme et un chimpanzé. Si le thème de la zoophilie est effectivement présent, Ôshima va surprendre ses admirateurs en livrant un film uniquement immoral dans son idée principale mais en aucun cas dans ses images. Si on pouvait en effet s'attendre à des excès lubriques de la part du réalisateur, ce dernier fait montre ici d'une retenue totale, son film misant avant tout sur l’ambiguïté de cette relation contre-nature et laisse planer le doute sur ce qui se passe réellement derrière la porte close de la chambre de Charlotte Rampling, qui trouve encore ici un rôle à sa mesure. Le fait qu'Ôshima, avec l'accord du scénariste, a décidé de ne rien montré concernant une éventuelle relation sexuelle entre la femme et le chimpanzé (ce qui aurait sûrement fait basculer le film dans un ridicule inachevé) lui permet au contraire de décupler la notion de fantasme et de voyeurisme. Que ce soit Peter Jones, le mari de Charlotte Rampling interprété par Anthony Higgins, ou nous, simples spectateurs, l'envie bien réelle d'assister ou de voir des images de l'accouplement femme/singe ne cesse de venir perturber notre esprit, preuve que, malgré le côté scabreux et dépravé de cette situation relationnelle quasi irrationnelle, l'attraction du sensationnalisme est plus forte que la raison. Quasiment tourné en huis clos dans un luxueux appartement de style Louis XVI, la réalisation de Max mon Amour se veut proche du théâtre, voire du vaudeville, l'humour, noir bien sûr, étant assez percutant la plupart du temps. Les personnages vont et viennent, ouvrent des portes et en referment pour en laisser entrer ou sortir d'autres (telle Maria la servante par exemple, jouée par Victoria Abril) et même la direction d'acteurs se veut assez théâtrale. Le film adopte dans sa grande majorité le point de vue du mari cocu, qui essaye de comprendre pourquoi sa femme a besoin de cette relation hors-norme. Il est d'ailleurs assez amusant, au début du film, de voir la mine renfrognée qu'il fait quand le détective privé lui confirme que sa femme peut avoir un amant, alors que lui-même vit une relation extra-conjugale ! Ah les hommes ! Plus le film avance, plus il devient une sorte de comédie de mœurs, jouant avec la notion du couple brisé, de la famille en danger, via l'apparition d'un intrus imprévu. Sentant que sa femme s'éloigne de plus en plus de lui, pour se rapprocher de plus en plus de Max, le pauvre mari va alors se remettre en question et, sous couvert de son voyeurisme pervers, va tenter, inconsciemment, de la reconquérir, lui proposant même de ramener Max dans leur propre appartement. Les sentiments d'incompréhension, puis de jalousie, puis d'attraction envers le chimpanzé de la part du mari sont parfaitement retranscris par Anthony Higgins qui livre une composition vraiment bonne et donne une vraie épaisseur à son personnage. La meilleure scène du film, en ce qui me concerne, aurait fait plaisir à Tobe Hooper puisqu'elle se déroule lors d'un dîner au domicile de Margaret et Peter. Le réalisateur de Massacre à la Tronçonneuse a dit lors d'un interview que "les dysfonctionnements les plus graves dans les familles ont souvent lieu au cours d’un repas". Ici, les invités du couple en difficulté se demandent d'où proviennent les cris étranges qu'ils entendent, jusqu'à ce que Peter propose a Margaret de leur présenter Max. La situation se complique rapidement et devient même carrément malsaine et embarrassante, le chimpanzé se mettant à promulguer à Margaret une démonstration de sentiments qui ne laissera pas l'assistance indifférente. Il faut voir le visage ahuri de Fabrice Luchini ou de Anne-Marie Besse, ça vaut le coup d'oeil ! Bien malin, Ôshima fait de son héros velu un élément perturbateur au départ mais plus le temps passe, plus Max devient en fait le ciment qui va reconsolider la relation entre Peter et Margaret. On le voit, à partir d'un scénario somme toute assez simple et d'une idée qu'on pourrait presque qualifier de saugrenue, Max mon Amour joue sur divers niveaux d'interprétation et a plus de choses à dire qu'on ne le pense. Fable sur le cadre familial qui se décompose, sur la notion de virilité chez l'homme, film qui nous interroge sur le sentiment amoureux et nous questionne sur l'acceptation de l'idée qu'on puisse vraiment tomber amoureux fou d'une personne "non humaine" et j'en passe, Max mon Amour réussit son pari assez osé de rendre crédible cette histoire originale et se montre souvent touchant, ne sombrant jamais dans une obscénité qui serait malvenue en fait. Une belle découverte en tout cas. Pour l'anecdote, Max n'est pas un vrai chimpanzé (on le devine assez rapidement) mais il est interprété par Ailsa Berk, danseuse et actrice britannique qui bénéficie ici des talents du maquilleur Rick Baker, oscarisé 7 fois et célèbre pour ses effets de maquillages sur des films comme Hurlements, Le Loup-Garou de Londres ou Videodrome entre autres. Il est spécialisé dans le maquillage ou les animations simiesques puisqu'il a participé à des films comme King Kong (1976), Greystoke, Gorilles dans la Brume ou Mon ami Joe.

LE BR/DVD :
Premier titre de la collection initiée par Jean-Baptiste Thoret et intitulée Make my Day. Une collection plus que prometteuse puisqu'elle fait preuve d'un bel éclectisme dans sa première salve de quatre titres (comédie dramatique insolite, giallo, fantastique et polar) et que l'intention de son créateur est de ne pas se cantonner à un genre précis mais de nous faire (re)découvrir des films rares, inédits et d'horizons divers. Présenté sous la forme d'un digipack avec fourreau contenant le DVD et le Blu-Ray du film, Max mon Amour bénéficie d'une image claire et précise, sans défaut apparent. Niveau bonus, JB Thoret nous présente le film lors d'une préface (7 minutes env.), puis nous livre des clés de lecture dans un module de 10 minutes (Par le petit trou de la serrure). Le bonus le plus conséquent dure environ 52 minutes et donne la parole à Jean-Claude Carrière, Charles Tesson et Michel Portal (Max mon Amour revu par...). La bande annonce originale vient compléter cette belle édition.

* Disponible en DVD et BR chez -> STUDIOCANAL <-


  

samedi 29 septembre 2018

FRAYEURS

FRAYEURS
(La Paura, Paura nella Citta dei Morti Viventi, The Gates of Hell, City of the Living Dead)


Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1980
Scénariste : Lucio Fulci, Dardano Sacchetti
Pays : Italie
Genre : Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Catriona MacColl, Christopher George, Carlo de Mejo, Fabrizio Jovine, Giovanni Lombardo Radice, Antonella Interlenghi, Daniela Doria


L'HISTOIRE : Lors d'une séance de spiritisme, la jeune Mary Woodhouse voit durant sa transe le père Thomas se pendre dans le cimetière de la ville de Dunwich, ouvrant par son geste les portes de l'Enfer. La séance se termine tragiquement par la mort de Mary. Un journaliste, Peter Bell, découvre que la jeune femme n'était en fait que dans un profond coma et la sauve d'une mort effroyable, allant être enterrée vivante. Mary et son sauveur décident de trouver la ville de Dunwich pour aller refermer la porte de l'Enfer. Dans la ville maudite, des événements horribles sont déjà en train de se produire et le spectre du père Thomas n'en finit pas de provoquer des morts violentes. Le temps est compté car la Toussaint approche et si la porte n'est pas refermée, les morts ne trouveront pas le repos éternel et reviendront hanter le monde des vivants à jamais...

MON AVIS : Après le succès phénoménal de L'Enfer des Zombies en 1979, Lucio Fulci se tourne ensuite vers le polar bien violent avec La Guerre des Gangs. Durant le tournage de ce dernier, son désir de réaliser un nouveau film d'horreur le titille tellement qu'il enchaîne directement après cet excellent poliziottescho avec Fabio Testi le film que je considère comme son chef-d'oeuvre horrifique, le bien nommé Frayeurs. Avec une histoire et un scénario écrits par Dardano Sacchetti et Lucio Fulci lui-même, preuve de son implication dans ce projet, Frayeurs comblera d'aise tous les fans de films d'horreur qui ne versent pas dans l'humour et veulent avant tout créer une ambiance macabre propre à terrifier le public. Le film démarre très fort, avec ce cri strident sur lequel vient se greffer la musique de Fabio Frizzi qui est d'une puissance horrifique totale. La scène qu'elle illustre, à savoir la pendaison du père Thomas, ne laisse planer aucun doute sur ce qui va suivre : le film va envoyer du lourd, du très lourd même ! Cette séquence introductive dans un cimetière plonge instantanément le spectateur dans une atmosphère délétère qui ne le quittera plus jamais durant les 93 minutes que dure le film. Par un habile montage, la pendaison du père Thomas dans la ville de Dunwich, point de départ de tous les malheurs qui vont s'abattre sur les personnages principaux, est entremêlée avec une séance de spiritisme se déroulant à New York et dans laquelle l'héroïne de Frayeurs, la sublime Catriona MacColl (dont c'est la première participation à un film de Fulci), va être témoin de ce drame et de l'ouverture d'une porte de l'Enfer qui libérera les morts vivants. Un choc assez rude que cette vision puisque la pauvre jeune femme va tomber dans un état de mort apparente après avoir fait une crise d'hystérie assez perturbante. A partir de ces deux événements morbides, Frayeurs va enchaîner sans temps mort les scènes chocs et déployer la puissance de ses images, telles les ténèbres envahissant petit à petit la ville de Dunwich. Evidemment, ce nom n'est pas inconnu des fans de littérature d'épouvante puisqu'on le doit au célèbre H.P. Lovecraft, auquel Frayeurs rend donc hommage ici. Pour donner l'impression d'être dans une veille en proie aux forces du mal, Fulci peaufine les détails et joue avec le vent et le brouillard, qui seront présents dans toutes les séquences à venir. On a réellement l'impression que Dunwich est une sorte de ville-fantôme et rien ne respire la joie de vivre dans sa représentation à l'écran. Les protagonistes principaux de l'histoire sont : Mary la jeune médium (Catriona MacColl), le journaliste Peter Bell (Christopher George), le psychologue Gerry (Carlo de Mejo), l'artiste-peintre Sandra (Janet Agren), Bob le paumé (Giovanni Lombardo Radice) et la ravissante Emily (Antonella Interlenghi). Tout ce petit monde va vivre des journées éprouvantes, en particulier Emily, qui va devenir l'une des proies du père Thomas, et Mary, enterrée vivante avant d'être sauvée in extremis par Peter Bell lors d'une séquence à suspense assez prodigieuse. Par la suite, Mary, Peter, Gerry et Sandra vont faire route commune après leur rencontre à Dunwich pour tenter de stopper la puissance infernale qui s'abat sur cette ville. Le père Thomas (Fabrizio Jovine) devient donc le symbole du Mal à l'état pur, une sorte de spectre vengeur se manifestant dans la ville pour mener à bien sa mission et apporter l'apocalypse sur le monde. L'une de ses apparitions restera dans la mémoire de tous ceux qui ont vu le film, je parle bien sûr de la fabuleuse et écœurante séquence dans laquelle l'actrice Daniela Doria vomit littéralement ses entrailles devant le pauvre Michele Soavi, futur réalisateur de Bloody Bird, Sanctuaire, La Secte ou Dellamorte Dellamore. Autre célèbre scène gore, aussi culte que celle que je viens de vous décrire, la mort du pauvre Bob, dont le crane sera transpercé par une perceuse d'établi. Une pluie d'asticots, des crânes broyés à pleine main par les morts vivants et autres joyeusetés vous attendent également. On le voit, Lucio Fulci ne lésine pas sur les artifices pour en donner pour son argent aux spectateurs avides d'émotions fortes. Mais il n'en oublie pas la poésie pour autant, une poésie macabre et lugubre certes mais néanmoins bien présente, à l'image de la sublime descente des héros dans l'antre du Mal à la fin du film, le tout bénéficiant, comme déjà évoqué, de la superbe partition musicale de Fabio Frizzi, qui s'est ici surpassé. Les détracteurs de Frayeurs ont souvent dit que ce film n'avait pas de scénario et se contentait d'enchaîner les séquences gores. C'est tout à fait inexact, même s'il est souvent surréaliste. En tout cas, c'est à une réelle symphonie de l'horreur que nous convie Lucio Fulci avec Frayeurs, film d'une beauté picturale certaine. Si beaucoup plébiscitent L'Au-Delà comme oeuvre maîtresse de son réalisateur, je lui préfère réellement Frayeurs, qui fera toujours partie de mon Top 5 horrifique.

LE MEDIABOOK D'ARTUS FILMS
Comme pour L'Enfer des Zombies et L'Au-Delà, l'éditeur Artus Films nous offre un sublime mediabook contenant le Blu-Ray, le Dvd et un livre de 80 pages mettant en exergue le film de Fulci et l'influence de Lovecraft dans le cinéma fantastique. L'image du film est parfaite, aucun défaut à signaler. Parmi les bonus, Lionel Grenier du site luciofulci.fr nous livre son interprétation personnelle de FrayeursCatriona MacColl revient sur le tournage du film et sa relation avec Fulci. Encore plus à l'aise, Giovanni Lombardo Radice se fend lui aussi d'un long entretien avec moult anecdotes qu'on prend un réel plaisir à découvrir. Le chef décorateur Massimo Antonello Geleng nous parle de son travail sur le film. Enfin, une galerie d'affiches et de photos vient compéter le tout. Du bel ouvrage, comme d'habitude !

* Disponible en combo mediabook BR /DVD chez ARTUS FILMS




mercredi 26 septembre 2018

AMERICAN GUINEA PIG 2 : BLOODSHOCK

AMERICAN GUINEA PIG 2 : BLOODSHOCK
(American Guinea Pig 2 : Bloodshock)

Réalisateur : Marcus Koch
Année : 2015
Scénario : Stephen Biro
Pays : Etats-Unis
Genre : Gore, Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Lillian McKinney, Dan Ellis, Andy Winton, Maureen Allisse, Norm J. Castellano...


L'HISTOIRE : Un homme se retrouve dans une cellule capitonnée de ce qui ressemble à un hôpital psychiatrique. Pour une raison qui lui est inconnue, il va subir de nombreux sévices corporels de la part du médecin. L'homme découvre que dans une cellule voisine se trouve une femme qui subit le même sort que lui...

MON AVIS : Après un premier chapitre ultra gore et qui a retourné pas mal d'estomac, Stephen Biro, initiateur du projet American Guinea Pig (nouvelle saga US rendant hommage à la série japonaise culte des années 80), décide d'offrir au talentueux spécialiste en effets spéciaux Marcus Koch, dont on a pu admirer le travail dans Bouquet of Guts & Gore justement, la possibilité de réaliser le chapitre suivant, baptisé Bloodshock. Si les spectateurs s'attendaient à une nouvelle variation du premier chapitre et à retrouver une ambiance de type snuff movie, Marcus Koch a surpris tout son monde en proposant quelque chose de totalement différent, voir même d'innovant et quelque peu déstabilisant. Pourquoi ça me demanderez-vous ? Tout simplement parce que le film est en quasi majorité en... noir et blanc ! Quelle idée saugrenue hurleront les fans de tripailles, habitués à voir la couleur rouge se répandre allègrement sur leur écran, aspergeant tout le casting et repeignant les décors jusqu'à ce qu'ils en deviennent écarlates. Marcus Koch a peut-être été séduit par ce choix similaire qu'avait fait Tom Six pour son Human Centipède 2 en 2011. Personnellement, j'ai plutôt apprécié cette prise de risque car je trouve qu'elle correspond bien à l'ambiance nihiliste qui se dégage de Bloodshock et surtout, l'option de convertir le film en noir et blanc (car il a été réalisé en couleur au départ) fait vraiment bien ressortir l'aspect malsain de ce décor d'hôpital psychiatrique, le rendant encore plus sombre, plus obscur, plus torturé. Autre volonté du réalisateur, ne pas refaire ce qui a été fait précédemment, ne pas faire de la surenchère. Il aurait été en effet très facile de doubler, tripler le nombres de victimes et de s'amuser à les mutiler à nouveau à grands renforts d'instruments divers et variés. Que nenni. Marcus Koch, conscient du niveau d'atrocité atteint avec Bouquet of Guts & Gore, décide de faire les choses différemment et de proposer des sévices plus minutieux, plus organiques, de ceux qui relèvent de nos peurs les plus profondes en matière de souffrance. Des jambes ou des têtes coupées à la scie, on a déjà vu ça. Mais le spectateur n'éprouvera-t-il pas une répulsion encore plus forte si on s'attaque aux dents, aux os et ce, d'une manière qui relève plus de la chirurgie que de la boucherie pure et simple ? Les scènes gores de Bloodshock sont donc nettement moins grand-guignolesques que celles de  Bouquet of Guts & Gore mais elles n'en restent pas moins choquantes car elles nous font ressentir une douleur intérieure qui nous met mal à l'aise : langue coupée, dents arrachées, incision au scalpel, broyage des os du genou à coup de marteau, écarteur chirurgical utilisé pour atteindre les os à divers endroits du corps, découpe des os au fil coupant et j'en passe, le tout exécuté par un médecin froid et méthodique, qui n'a aucun remords à pratiquer ces tortures sur ses deux cobayes. Un peu à la manière de Martyrs de Pascal Laugier, les séquences de sévices sur cet homme et sur cette femme se répètent, se ressemblent parfois, comme pour mieux briser leur esprit, leur force de résistance. Et l'absence de couleur rend ces tortures encore plus glauques. Une autre force du film est de ne jamais expliquer le pourquoi du comment. Des personnages, on ne saura (quasiment) rien. Des deux héros (L'homme et la femme) , on ignorera tout d'eux, ni pourquoi ils sont là, ni s'ils se connaissent, ni pourquoi on leur fait subir ce traitement inhumain. Seul l'ultime séquence nous en apprendra plus sur eux. Mais du début du film jusqu'à cette fin, le mystère demeure entier. Il en va de même pour le médecin et ses deux infirmiers : qui sont-ils, quel sont leur but, où travaillent-ils, pour qui travaillent-ils ? C'est au spectateur de se forger sa propre idée, de donner une direction, une intention au film. Il semblerait que le médecin cherche à amener ses "patients" dans un certain état mental grâce aux tortures et aux opérations de chirurgie auxquelles il les soumets. Mais ce ne sera jamais clairement défini dans le film, le scénario laissant libre cours à l'imagination et à la réflexion de celui qui le regarde. Bref, il y a autant d'interprétation possible que de spectateur. S'il est moins gerbatif que Bouquet of Guts & Gore, Bloodshock se réserve tout de même un morceau de choix vers la fin du film, et ce morceau est... en couleur ! Il est malin Marcus Koch quand même ! Cette séquence hallucinante, qui débute en noir et blanc, va en effet devenir de plus en plus coloré au fur et à mesure de la progression du rapport charnel entre l'homme et la femme qui sont parvenus à se rencontrer. S'ensuit alors un acte d'amour fou qui va jouer sur la notion d'attraction / répulsion, le spectateur étant confronté à l'exploration réciproque des blessures par les deux personnages. Les doigts s'insèrent dans les plaies, les mains fouillent les entrailles, les langues coupées tentent de se nouer, et le sang, bien rouge cette fois à l'écran, se répand et colore les deux corps qui s'imbriquent dans des mouvements passionnés mais aussi nauséeux pour le public / voyeur non averti. Cette séquence fulgurante, qui représente peut être l'aboutissement de ce que recherchait le médecin, à savoir un abandon total de ses patients, aussi bien physiquement que mentalement, est assez gratinée et contraste bien avec l'aspect quasi documentaire du reste du film. Avec très peu de dialogue, avec son ambiance mortifère et son cadre psychiatrique, American Guinea Pig 2 : Bloodshock se montre au final original dans son approche, efficace dans ses scènes gores et expérimental dans nombre de ses choix. Une bonne surprise en ce qui me concerne, l'équipe derrière cette saga n'ayant en aucun cas cédé sur l'autel de la facilité, quitte à surprendre, positivement ou négativement, les fans auquel ce film s'adresse  principalement.

* Disponible en DVD médiabook chez UNCUT MOVIES


lundi 24 septembre 2018

FORNACIS

FORNACIS
(Fornacis)

Réalisateur : Aurélia Mengin
Année : 2018
Scénario : Aurélia Mengin
Pays : France
Genre : Drame, Fantastique
Interdiction : -12 ans
Avec : Aurélia Mengin, Philippe Nahon, Emmanuel Bonami, Anna D'Annunzio...


L'HISTOIRE : Anya roule seule sur les routes, à bord de sa voiture rétro, une 1961 Facel Vega. Sur le siège passager, une urne, contenant les cendres de Frida, son amour partit trop tôt. Inconsolable, Anya ressent physiquement et psychologiquement la présence de Frida, ce qui la plonge dans un univers trouble, dans lequel se télescope souvenirs, rêves et fantasmes. Lors d'un arrêt dans un bar perdu, le Fornacis, elle croise Wolf, un jeune homme qui semble aussi perdu qu'elle. Cette rencontre parviendra-t-elle à lui faire oublier Frida ?

MON AVIS : Après avoir fait des études de mathématiques à la Sorbone, Aurélia Mengin, originaire de l'île de la Réunion, décide d'abandonner ce domaine de compétences pour se lancer dans le cinéma. Dès 2011, elle met en scène des courts-métrages, tels Macadam Transferts, Karma Koma, Autopsy des Délices ou bien encore Adam moins Eve. Suite au succès de Adam moins Eve en festival, Aurélia décide en 2018 de tenter l'expérience du long-métrage avec Fornacis, une oeuvre déstabilisante, expérimentale, parfois hermétique mais qui saura emmener dans un road-trip sensoriel et visuel le spectateur qui se laissera happer par son ambiance, ses images et son atmosphère sonore. Film sur l'amour absolu et la difficulté de faire le deuil d'un être cher, Fornacis étonne et surprend par ses choix radicaux, comme cette totale absence de dialogues entre les personnages par exemple. Seule une voix-off se fera entendre à intervalle régulier, correspondante aux pensées d'Anya, à son ressenti face à la perte de Frida. Un choix courageux pour un premier film, preuve que cette nouvelle génération de réalisatrices ose et tente des choses, gardant à l'esprit leur univers sans se soumettre aux codes de la rentabilité, quitte à provoquer le rejet ou un manque d'adhésion auprès du public. Car Fornacis est très loin des standards du genre et Aurélia Mengin n'a pas eu peur de déconcerter son audience pour mener à bien ce projet. Réalisatrice, scénariste et actrice de Fornacis, Aurélia Mengin (qui est aussi la créatrice du festival Même pas Peur qui se déroule à la Réunion) endosse plusieurs casquettes et la plupart lui vont plutôt bien. Comme réalisatrice, elle fait preuve d'une belle créativité et j'ai franchement été surpris par la beauté visuelle du film, avec un travail sur la lumière et les jeux de couleur absolument admirable, on pense souvent à Mario Bava (oui je sais, dès qu'il y a un travail sur les couleurs, on cite ce réalisateur mais franchement, c'est bien à lui et à Dario Argento que j'ai pensé lors de certaines scènes) et la composition des plans est assurément très travaillée. En tant qu'actrice, Aurélia s'en sort également fort bien et possède un réel charisme qui fait qu'on est comme hypnotisé par son jeu, son élégance, sa présence. Elle donne une réelle épaisseur au personnage d'Anya, lui offre sa fragilité mais aussi sa force. Hypnotique, le film l'est tout autant dans son ensemble d'ailleurs. Comme déjà évoqué, c'est un sorte de trip visuel et surtout sensoriel, le travail sur l'ambiance sonore étant d'une minutie assez incroyable : chuchotements, battements de cœur, respiration, cris stridents, silence total, autant d'éléments qui viennent nous plonger, comme le personnage principal, dans un entre-deux mondes envoûtant, dont on ne maîtrise pas toujours l'espace-temps. Le film débute comme une sorte de road movie pour bifurquer vers un univers étrange, croisement de ceux de David Lynch, d'Alejandro Jodorowski ou même de Gaspar Noé. Outre les éléments sonores déjà cités plus haut, la musique qui compose Fornacis amplifie également cette sensation d'étrangeté qu'on ressent tout au long du film. Le morceau joué à environ dix minutes du film, quand Anya roule au volant de sa voiture m'a même fait penser à du John Carpenter. Par petite touche, Fornacis déploie son élément fantastique en la présence du fantôme de Frida, interprétée par Anna D'Annunzio, actrice qu'on a pu voir dans L'étrange Couleur des Larmes de ton Corps. Ce spectre, cette présence qui refuse de quitter Anya, à moins que ce ne soit l'inverse, donne lieu à des scènes ensorcelantes, comme lors de la scène d'amour entre Aurélia Mengin et Emmanuel Bonami par exemple et dans laquelle vient s'inviter Frida. Autre idée puissante et assez fascinante à l'écran, le fait que ce refus de faire le deuil de Frida va littéralement contaminer Anya dans son esprit mais aussi dans sa propre chair. Le corps de la jeune femme est en effet marqué par des marques grisâtres, des sortes de blessures dans lesquelles se seraient incrustées les cendres du corps de Frida. Et ça ira crescendo, un peu à la manière du pourrisement du corps de l'héroïne du film d'Eric Falardeau Thanatomorphose. On le voit, Fornacis est un film tout en symbole et métaphore et c'est en ça qu'il malmène le spectateur, qu'il le sort de sa zone de confort. Poétique, onirique, Fornacis est un ovni dans le paysage français. Dommage qu'aucun distributeur ne prend le temps de s'y intéresser. Heureusement, le film est programmé dans quelques festivals mais on espère qu'il va connaître une meilleure mise en avant tant il possède des qualités indéniables qui en font une vraie expérience à part, qualités qui éclipsent quelques petits défauts de rythme (la scène dans le bar avec Philippe Nahon, un peu longue pour ma part). En tout cas, Aurélia Mengin peut être fier de son film et prouve avec Fornacis que les femmes ont désormais leur mot à dire dans le cinéma de genre. Elle rejoint Julia Ducorneau et Coralie Fargeat dans le cercle restreint des réalisatrices sur qui il faudra désormais compter. Trois styles totalement différents pour Grave, Revenge et Fornacis et c'est justement ça qui fait tout l'intérêt de la chose. Girl power !

dimanche 23 septembre 2018

AMERICAN GUINEA PIG : BOUQUET OF GUTS & GORE

AMERICAN GUINEA PIG : BOUQUET OF GUTS & GORE
(American Guinea Pig : Bouquet of Guts & Gore)

Réalisateur : Stephen Biro
Année : 2014
Scénario : Stephen Biro
Pays : Etats-Unis
Genre : Gore
Interdiction : -16 ans
Avec : Ashley Lynn Caputo, Cayt Feinics, Scott Gabbey, Eight The Chosen One...


L'HISTOIRE : Deux jeunes filles sont kidnappées par un gang spécialisé dans la réalisation de snuff movie. Elles sont musculairement anesthésiées et droguées, afin d'être toujours conscientes pendant le tournage cauchemardesque qui les attends. Le metteur en scène, assisté d'un cameraman, va filmer un acteur portant un masque de Baphomet, ce dernier ayant pour mission de torturer et démembrer les deux malheureuses victimes et ce, avec divers instruments...

MON AVIS : Attention aux âmes sensibles, voici l'infâme hommage du réalisateur américain Stephen Biro à la saga japonaise des Guinea Pig. Débutée en 1985, cette saga se compose de six moyens-métrages qui versent dans le gore outrancier et parfois délirant, surtout à partir de l'épisode 3. Seuls les deux premiers, Devil's Experiment et surtout Flowers and Flesh of Blood se raccrochent au courant du snuff movie, ces films qui mettent en scène des morts réelles et dont l'existence n'a jamais été prouvée mais vu ce que l'âme humaine est capable de faire, gratuitement ou moyennant finance, ça ne m'étonnerait pas que cette légende n'en soit pas vraiment une. Bref, c'est un autre sujet. Ces deux premiers moyens-métrages mettent juste en scène des bourreaux qui massacrent des victimes féminines. Le second possède des effets spéciaux tellement réalistes que l'acteur Charlie Sheen, après l'avoir visionné, a vraiment cru qu'il s'agissait d'un snuff movie et a été porté plainte auprès du F.B.I. ! Une anecdote célèbre, qui est d'ailleurs souligné dans le film qui nous intéresse ici, et qui montre bien à quel point Flowers and Flesh of Blood est un choc visuel à ne pas mettre entre toutes les mains. Vingt-neuf ans plus tard, Stephen Biro, le créateur du label Unearthed Films, éditeur spécialisé, entre autres, dans la sortie DVD / BR de films extrêmes, décide de rendre hommage à la saga japonaise en produisant une nouvelle série de films chocs, non plus au Japon mais bel et bien aux Etats-Unis, d'où le nom générique de American Guinea Pig. Pour mettre en scène le premier chapitre, intitulé Bouquet of Guts and Gore, et comme cette idée vient de lui, il se charge du scénario et décide de le réaliser lui-même. L'histoire est des plus simplistes : deux filles vont être torturées et massacrées par une équipe filmant un snuff movie. Point. Evidemment, le spectateur lambda se demandera quel est l'intérêt d'un tel film, qui repousse assez loin les limites de la barbarie à l'écran. Honnêtement, il n'y en a pas vraiment, si ce n'est d'assister à un spectacle répulsif, choquant, de voir jusqu'où notre sensibilité de spectateur peut supporter des scènes de démembrements totalement gratuites et surtout, d'être pantois devant le réalisme des effets spéciaux et de saluer les équipes artistiques qui ont rendu possible un tel étalage de barbaque et de tripailles et faire qu'on y croit dur comme fer. Des nausées, vous risquez fort d'en avoir dans Bouquet of Guts and Gore puisque rien ne vous sera épargnez : poignet, pied, jambes et mâchoire sciés, œil lacéré, cage thoracique broyé à la pince coupante, viscères extraits à la main d'une entaille au bas ventre et j'en passe, le tout en gros plan et avec un maximum d'hémoglobine déversé. Les effets sonores des os qui se brisent fond froid dans le dos et feront grincer les dents des spectateurs les plus endurcis. L'effet malsain, écœurant, du spectacle proposé est renforcé par le fait que Stephen Biro a placé deux caméras de résolution différente dans les mains de ses bourreaux, ce qui fait que les qualités d'image s'alternent à l'écran et donnent vraiment l'impression d'assister à un vrai snuff. On est loin du rendu 4k et le résultat s'avère plus que payant en tout cas. On notera que le directeur de la photographie du film n'est autre que Jim Van Bebber, réalisateur underground à qui l'on doit des titres phares comme Deadbeat at Dawn , My Sweet Satan ou The Manson Family. Le "star" du film, outre les effets gores, c'est bien sûr le "boucher", un homme à la corpulence imposante, portant un masque satanique du plus bel effet et qui prend un réel plaisir à réduire en bouillie les deux pauvres victimes, sous les ordres du réalisateur qui sait exactement ce qu'il veut. Glauque. L'ultime séquence, avant que le générique de fin ne vienne stopper ces débordements d'atrocités, est absolument géniale car cette fois, sans aucune violence, rien que par le pouvoir suggestif de l'image, Stephen Biro nous laisse bouche bée devant l'écran, les mains moites, la gorge sèche. Je laisse la surprise à ceux qui oseront se repaître de ce monument gore, à ne pas mettre devant tous les yeux. En 73 minutes, Bouquet of Guts and Gore remplit parfaitement le défi que s'était lancé son réalisateur, à savoir faire le film le plus scandaleux et dégueulasse de tous les temps ! Les estomacs fragiles passeront fortement leur chemin...

* Disponible en DVD médiabook chez UNCUT MOVIES


samedi 22 septembre 2018

LE FANTÔME DE L’OPÉRA (1989)

LE FANTÔME DE L’OPÉRA
(The Phantom of the Opera)

Réalisateur : Dwight H. Little
Année : 1989
Scénario : Gerry O'Hara, Duke Sandefur
Pays : Etats-Unis, Angleterre, Hongrie
Genre : Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Robert Englund, Jill Schoelen, Alex Hyde-White, Stephanie Lawrence...


L'HISTOIRE : Jeune soprano voulant être reconnue pour ses talents vocaux, Christine Day trouve la partition d'un opéra inachevé dû au compositeur Erik Destler. Elle décide de chanter une chanson de cet opéra lors d'une audition. Lors de celle-ci, un machiniste provoque un accident par inattention et Christine, sous le choc, s'évanouit. Elle se retrouve alors à Londres, au 19ème siècle, en tant que chanteuse d'opéra secondaire. Rapidement, elle devient la protégée d'une homme mystérieux qui désire en faire la vedette de l'opéra. Ce dernier n'hésitera pas à provoquer des incidents et à tuer tous ceux qui se mettront en travers de son chemin et de celui de Christine...

MON AVIS : Roman légendaire de Gaston Leroux paru en 1910, Le Fantôme de l'Opéra n'a jamais cessé de déverser son aura à travers les décennies, que ce soit au théâtre, au cinéma (on compte au moins sept adaptations depuis le film de 1925 avec Lon Chaney dans le rôle du fantôme plus des variations non officielles...), à la télévision, en comédie musicale (dont le spectacle conçu par Andrew Lloyd Webber joué depuis 30 ans à Broadway...), en chanson (Iron Maiden, Lacrimosa, Nighwish et j'en passe) et même e,n bandes-dessinées. En 1989, le réalisateur Dwight H. Little, qui a mis en scène Halloween 4 - Le Retour de Michael Myers l'année précédente, décide de s'atteler à une nouvelle version de l'histoire, détournant le matériau d'origine (il délaisse Paris pour Londres par exemple) avec pour but d'accentuer le côté horrifique du récit. Pour ce faire, il emploie un acteur devenu célèbre dans la communauté des fans de cinéma fantastique du monde entier depuis qu'il a joué un certain Freddy Krueger en 1984. Robert Englund, puisque c'est bien de lui qu'il s'agit, est donc le nouveau interprète d'Erik, le fantôme bien tangible qui terrorise les membres de l'opéra afin de protéger et promouvoir sa muse Christine. Si on retrouve quelques passages obligés (la pièce de théâtre dans laquelle doit chanter Christine est bien le Faust de Gounod, le remplacement de la "Carlotta" par Christine, la loge N°5 réservé au fantôme, le bal avec le fantôme costumé en "mort rouge", le refuge de ce dernier se trouve dans les catacombes de l'opéra...), cette version 1989 prend également ses aises en faisant du personnage principal une sorte de psycho-killer qui n'hésite pas à écorcher ses victimes ou à les éventrer dans les ruelles sombres de Londres façon Jack l'éventreur. Le look même d'Erik quand il se promène dans les rues ou les bars de la ville rappelle le célèbre serial killer de Whitechapel. Les meurtres sont assez violents et les effets gores bien mis en avant, avec des cadavres écorchés de la tête au pied, des têtes coupées, des égorgements, des éventrations au scalpel ou couteau. L'aspect horrifique du film de Dwight H. Little devrait satisfaire les amateurs qui trouvaient les précédentes adaptations trop poétiques ou romantiques. Le mythe de Faust est également mis en avant de façon ingénieuse et vient se télescoper avec le récit classique du Fantôme de l'Opéra puisque Erik fait un pacte avec le Diable pour assurer sa notoriété. Mais en échange du succès, le Diable exige une contrepartie : la beauté du visage du compositeur ! Défiguré et brûlé sur une partie du visage, Erik n'a d'autre choix que de se coudre des morceaux de peau et d'appliquer du fond de teint pour masquer sa laideur. La séquence de reconstitution de son visage est assez horrible, avec Robert Englund cousant des bouts de chair sur ses cicatrices, le tout avec un certain réalisme. Exit donc le masque porté sur une moitié du visage, cette version 1989 se montre originale à ce niveau même si on comprend bien que ce visage recomposé qu'on peut arracher pour provoquer l'effroi et le dégoût a pour but de surfer sur le visage de Freddy Krueger bien sûr. Assez à l'aise dans le rôle d'Erik, Englund semble s'amuser à débiter des phrases sentencieuses et à se mouvoir telle une ombre dans les coulisses de l'opéra, façon tueur de slasher movie auquel le film emprunte d'ailleurs certains codes. Une bonne prestation de cet acteur charismatique, tout comme celle de Jill Schoelen qui interprète la pauvre Christine, devenue bien malgré elle le centre d'intérêt d'Erik. Elle apporte sa jeunesse et sa fragilité au personnage et contraste avec le côté rugueux et cruel de son mentor. Les morceaux chantés d'opéra, le décor du superbe théâtre, les catacombes, le cimetière participent pleinement à l'aspect gothique de ce Fantôme de l'Opéra 1989. Couplé à son ambiance horrifique, le résultat est pourtant en demi-teinte même s'il n'y a rien de déshonorant ou de foncièrement raté. En fait, le film brasse large dans ses intentions de séduire un public diversifié et, tout en faisant preuve d'originalité sur un terrain balisé, il manque parfois le coche. Mais rien de bien grave au final et on saluera la tentative de dynamiser le thème et le récit, de lui apporter une direction différente, quitte à s'attirer les foudres des fans du récit de Gaston Leroux. La dernière séquence, un peu surjoué et théâtral, nous ramène à nouveau au mythe de Faust et à la damnation éternelle. Bref, Le Fantôme de l'Opéra 1989 est une tentative de modernisation pas inintéressante, plus sombre, plus gore, bien mise en scène et bénéficiant de jolis décors et costumes. A redécouvrir car on a tendance à l'oublier dans la cohorte des adaptations des aventures d'Erik le fantôme. 


jeudi 20 septembre 2018

HUMONGOUS - LA MALÉDICTION DE L'ÎLE AUX CHIENS

HUMONGOUS - LA MALÉDICTION DE L'ÎLE AUX CHIENS
(Humongous)

Réalisateur : Paul Lynch
Année : 1982
Scénario : William Gray
Pays : Canada
Genre : Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Janet Julian, David Wysocki, John Wildman, Joy Boushel, Garry Robbins...


L'HISTOIRE : Lors d'une soirée festive, Ida Parsons est violée. Elle se réfugie sur une île abandonnée, avec pour seule compagnie ses chiens dont l'un a déchiqueté son violeur. Trente ans plus tard, un groupe d'amis s'offre une balade à bord d'un bateau. Après avoir recueilli un naufragé qui leur somme d'éviter l'île que les habitants du coin surnomment "l'île aux chiens", Eric et son frère Nick ont une altercation qui provoque l'explosion de leur embarcation. Le petit groupe n'a d'autre choix que de rallier l'île à la nage. Pour se faire pardonner, Nick part seul pour tenter de trouver "la vieille femme et ses chiens" afin de lui demander de l'aide. Ne voyant pas son frère revenir et n'ayant pas retrouvé sa sœur Carla suite au naufrage, Eric décide d'explorer l'île avec sa petite amie Sandy. Le naufragé, ayant la jambe brisée, reste sur la plage avec Donna. Eric et Sandy découvrent de nombreuses carcasses de chiens morts sur le trajet. La tension augmente quand ils sentent une présence qui les observe...

MON AVIS : En 1980, le réalisateur Paul Lynch met en scène Le Bal de l'Horreur, slasher réputé qui utilisait les talents de Jamie Lee Curtis après que celle-ci se soit confrontée au redoutable Michael Myers dans Halloween La Nuit des Masques en 1978. Fort de ce succès, Paul Lynch poursuit dans la voie du film d'horreur en 1982 avec Humongous, mélange de slasher et de survival dont la jaquette VHS française, avec son slogan "ca rampe, ça hurle et ça a faim" avait suscité l'intérêt de nombreux vidéophiles des 80's / 90's. Le souci avec Humongous version VHS, c'est que le film est très sombre, la majorité de l'action se déroulant de nuit ou dans des endroits peu éclairés. C'est donc avec un vif intérêt que j'ai revu ce film via le DVD édité par Uncut Movies, grand dénicheur de films gores mais aussi de raretés 80's. Même si les scènes sombres sont toujours sombres (haha), la qualité d'image est largement supérieure à ma vieille VHS Embassy et l'expérience est donc nettement plus appréciable car ce DVD permet de discerner ce qui se passe à l'écran, ce qui est quand même la moindre des choses non ? Revu dans des conditions plus que correctes, Humongous m'a beaucoup plus séduit que par le passé. J'avertis de suite les férus de carnage et de meurtres violents, le film de Paul Lynch ne joue clairement pas dans cette catégorie, ne vous attendez donc pas à voir gicler du beau sang rouge partout sur l'écran, vous risqueriez d'être fortement déçus. Car hormis la scène de viol assez malsaine au début du film et qui se clôture sur le massacre du violeur par un chien, nous montrant sa gorge bien déchiquetée et ensanglantée, les quelques meurtres qui auront lieu par la suite seront plus que soft et ne risquent même pas de faire tourner de l’œil vos chérubins s'ils regardent ce film avec vous. A ce manque de violence frontale, Humongous répond par une ambiance macabre qui n'est pas sans nous rappeler celle du film Anthropophagous, oeuvre culte de Joe d'Amato réalisée en 1980, et avec qui le film de Paul Lynch entretient pas mal de similitudes, le gore en moins. On retrouve en effet le cadre de l'île abandonnée, un groupe de touristes et un "être" à la force impressionnante qui va décimer petit à petit ce groupe, le tout dans une atmosphère étouffante et un brin stressante. La nature même du "monstre" et le pourquoi de sa violence sont également traités de façon dramatique et triste, comme dans Anthropophagous encore, où l'explication du cannibalisme du meurtrier donnait lieu à une séquence mélancolique et touchante. Comment blâmer le meurtrier d'Humongous quand on a son bagage ? Né d'un viol, il est comme la créature de Frankenstein, vierge de toute notion du bien et du mal, ne connaissant rien du monde qui l'entoure à part sa mère, ses chiens et son île. Un parcours déjà pas bien gai auquel le scénariste a ajouté une maladie, l'acromégalie, qui le rend difforme physiquement, et, cerise sur le gâteau, une grosse déficience mentale pour couronner le tout ! Pas étonnant qu'il soit totalement déboussolé quand sa gentille maman qui s'est exilée pour le protéger décède, le laissant seul avec des chiens dont il ne sait même pas s'occuper et qui mourront de faim. Ce qui ne sera pas le cas de notre "monstre" qui devra bien se repaître avec ce qu'il a sous la main si vous voyez ce que je veux dire. La faim justifiant les moyens, tout visiteur débarquant sur l'île devient donc un repas potentiel, tout comme dans Anthropophagous encore une fois. Le réalisateur joue donc avec son "monstre" et le décor de l'île afin de faire frissonner ses personnages et le public en sus. Caméra subjective dans les bois nous faisant comprendre que quelqu'un rôde dans les parages, carcasses d'animaux et de chiens augmentant l'impression de malaise, visite de la maison d'Ida Parsons avec découverte de son cadavre décomposé depuis belle lurette, trouvaille d'une pièce servant de chambre froide au monstre et dans laquelle il pend ses victimes en vu d'un futur festin et j'en passe, tout est fait pour effrayer avec les moyens du bord et mettre protagonistes et spectateurs dans un état de stress permanent. Quelques petites touches d'érotisme gentillet sont également proposées, avec le personnage de Donna (Joy Boushel) qui nous fera profiter de son buste dénudé. Les fans de Vendredi 13 chapitre 2 hurleront peut-être au plagiat avec l'une des scènes finales, dans laquelle la survivante va s’habiller comme la mère du monstre et tenter de lui faire croire que cette dernière est donc toujours vivante pour s'en sortir. Pas de quoi crier au scandale pour ma part, le recyclage des idées des autres étant monnaie courante dans le genre. Conscient de son faible budget, Paul Lynch va également retarder au maximum la vision de l'apparence du tueur, qu'on n'apercevra que de manière très rapide en plus au bout de 80 minutes environ. Même s'il a quelque peu vieilli, Humongous est un fier représentant du cinéma d'exploitation horrifique 80's et parlera certainement aux nostalgiques de cette décennie qui lui trouveront assurément un certain charme et seront sensibles au travail sur l'ambiance déployé par Paul Lynch.

* Disponible en DVD chez UNCUT MOVIES


mardi 18 septembre 2018

MADHOUSE (1981)

MADHOUSE
(There was a Little Girl)

Réalisateur : Ovidio G. Assonitis 
Année : 1981
Scénario : Ovidio G. Assonitis, Stephen Blakely, Roberto Gandus, Peter Shepherd
Pays : Italie, Etats-Unis
Genre : Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Patricia Mickey, Michael MacRae, Dennis Robertson, Morgan Most, Allison Biggers...


L'HISTOIRE : Julie est éducatrice dans un institut spécialisé pour jeunes enfants sourds. Son oncle James, prêtre de profession, vient la trouver pour lui annoncer que Mary, sa sœur jumelle, est gravement malade et que ses jours sont comptés. Julie supporte mal le fait de devoir aller voir Mary car les relations entre les deux sœurs ont toujours été complexes, Julie déclarant depuis son enfance avoir été la souffre-douleur de Mary, notamment le jour de leur anniversaire. Effectivement, quand Julie va voir sa sœur à l'hôpital, cette dernière la menace et lui promet d'autres souffrances à venir. Peu de temps après, l'oncle James apprend à Julie que Mary s'est échappée de l'hôpital. La peur s'empare de Julie, surtout que son anniversaire est dans cinq jours...

MON AVIS : Étonnante petite série B horrifique que ce Madhouse, titre vidéo de There was a Little Girl, réalisé en 1981 par Ovidio G. Assonitis. Ce producteur d'origine égyptienne est principalement connu pour avoir été le metteur en scène de deux films surfant sur des succès américains, avec Le Démon aux Tripes (1974) qui s'inspire de L'Exorciste et Tentacules (1977) qui profite du succès des Dents de la Mer. Il aurait également participé au Piranha 2 de James Cameron en tant que réalisateur non crédité au générique. En 1981, il veut profiter du succès du Halloween de John Carpenter et du Vendredi 13 de Sean S Cunningham avec ce Madhouse qu'il ne faut pas confondre avec les films au titre homonyme de Jim Clark (1974), de Tom Ropelewski (1990), de Todd Sheets (1991), de William Butler (2004) ou de Brandon Tobatto (2018). Cette précision étant faite, passons donc au film de Assonitis que j'ai pris beaucoup de plaisir à visionner. Mettant en vedette une relation compliquée entre deux sœurs jumelles, Julie et Mary, Madhouse se concentre dans sa première partie sur l'ambiance, sur le suspense et il y réussi assez bien. Déjà, la scène d'introduction, avec ces deux petites filles, l'une debout, l'autre se balançant dans un fauteuil à bascule, parvient à créer un climat oppressant : la ressemblance entre les fillettes est frappante, on comprend qu'on a affaire à des jumelles. Celle qui est debout se met alors à fracasser le visage de sa sœur à coup de pierre. Ok. Ça commence fort. On apprend par la suite que l'une des deux sœurs, Julie (interprétée par Patricia Mickey), était sous l'emprise de la cruelle Mary (Allison Biggers), cette dernière prenant un malin plaisir à la torturer et à lui faire subir nombre de brimades, principalement le jour de leur anniversaire, Mary ne supportant pas de devoir tout partager en deux. Julie vit désormais une vie paisible, amoureuse du docteur Sam Edwards (Michael MacRae) et ayant totalement coupé les ponts avec sa sœur. Voulant tellement oublié son enfance difficile avec Mary, elle n'a d"ailleurs jamais évoqué l'existence de cette dernière à son fiancé. Malheureusement, le passé trouble de Julie va refaire surface quand son oncle lui apprend que Mary est à l'hôpital des suites d'une grave maladie. Les retrouvailles entre les deux frangines ne se passent pas vraiment bien et l'évasion de Mary démarre un compte à rebours meurtrier de cinq jours, aboutissement étant cet ultime et dernier jour, symbolisant l'anniversaire de julie et de Mary. Jouant habilement avec les codes du slasher et du film de psychokiller, Ovidio G. Assonitis nous pond une première partie efficace, avec caméra en vue subjective, bruits inquiétants dans l'immeuble où vit Julie, présence fantomatique qui peut frapper n'importe où, n'importe quand. On pense souvent à Halloween - La Nuit des Masques, même si Madhouse n'en a pas l'excellence et surfe plus volontiers dans le cinéma bis. Quelques meurtres viennent émailler les cinq jours qui sont décomptés à l'écran, dont un à l'arme blanche, avec une Mary défigurée et hystérique, et deux avec l'aide du chien de cette dernière, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à celui de La Malédiction. Si on voit assez bien le passage du vrai chien à sa tête en animatronique quand il dévore le cou de ses victimes, ces deux scènes sont assez graphiques et ne lésinent pas sur l'hémoglobine. Notre brave toutou connaîtra par contre un sort peu enviable, se voyant forer le crâne à l'aide d'une perceuse ! Brigitte Bardot a du en avoir les yeux révulsés d'horreur et je ne parle même pas de la scène dans lequel un pauvre petit chat est pendu (mais ce n'est pas certain qu'elle a vu ce film). Si certains acteurs versent dans la théâtralité, notamment Edith Ivey qui joue la propriétaire excentrique de Julie, on note tout de même le soin apporté par le réalisateur a jouer avec la tension et le stress. La course-poursuite (interminable !) dans l'immeuble entre la propriétaire et l'assassin est bien mise en scène, même si assez surjouée, et rappelle certains gialli italiens. S'il y en a une qui s'en sort vraiment bien, c'est Patricia Mickey, qui joue donc Julie si vous avez suivi. Elle se montre touchante (dans sa relation avec les enfants sourds, dont Sacha, son petit protégé) et parvient à nous faire ressentir tout son désarroi et sa peur quand on évoque sa sœur Mary. Elle tient vraiment Madhouse sur ses épaules et le film doit beaucoup à sa prestation. Autre atout de poids en faveur du film d'Assonitis, outre son aspect malsain, c'est son final, ce fameux cinquième jour tant attendu et qui va s'avérer être totalement surréaliste et halluciné. Sans vous le dévoiler, on passe du thriller / giallo / slasher psychologique à un condensé de folie totale, avec un personnage de cinglé de la plus belle espèce, qui cabotine à n'en plus finir mais qui, compte tenu de cette non-retenue grand-guignolesque, parvient à emporter notre adhésion. Ce changement brutal d'ambiance dans cette dernière bobine surprend et étonne, certes, mais franchement, c'est assez jubilatoire et ça explique parfaitement le titre Madhouse en tout cas ! Bien sûr, vu en 2018, le film d'Ovidio G. Assonitis peine parfois à convaincre sur certains plans et sa violence, qui l'a fait mettre sur la fameuse liste des Videos Nasties en Angleterre, paraîtra un peu désuète pour l'amateur ayant vu moult films bien plus gores que lui. On apprécie pourtant son manque de complaisance vis à vis de cette violence, puisque enfant et animaux y passent, et avec cruauté et sadisme en plus ! Si les influences d'Halloween, de Vendredi 13, d'Alice Sweet Alice, de Sœurs de Sang, de Massacre à la tronçonneuse ou même de Happy birthday, souhaitez ne jamais être invité vous sauteront aux yeux si vous n'êtes pas des néophytes en la matière, cela ne vous empêchera pas d'apprécier Madhouse, son climat angoissant, son ambiance parfois poisseuse et surtout son final théâtral et déjanté qui mérite à lui seul le coup d'oeil ! En tout cas, c'est très largement supérieur à Tentacules

* Disponible en DVD chez UNCUT MOVIES