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Bienvenue dans mon univers filmique ! Ma mission ? (Re)voir tous mes films, séries Tv, documentaires et concert, tous genres confondus, sur tous supports, Vhs, Dvd, Dvd-r, Blu-ray (avec aussi les diffusions télévisées ou cinéma), et vous donner mon avis de façon simple et pas prise de tête sur chaque titre (re)vu ! C'est parti !



AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.




MESSE NOIRE

 

MESSE NOIRE
(Evilspeak)

Réalisateur : Eric Weston
Année : 1981
Scénariste : Joseph Garofalo, Eric Weston
Pays : Etats-Unis
Genre : Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Clint Howard, R.G.Armstrong, Claude Earl Jones, Don Stark, Joseph Cortese...


L'HISTOIRE : Stanley Coopersmith est le souffre-douleur de tous les membres d'une académie militaire, des professeurs aux élèves. Alors qu'il doit nettoyer la cave de la chapelle, il découvre une pièce secrète dans laquelle se trouve un vieux grimoire qui a appartenu à Esteban, un adorateur de Satan ayant vécu à l'époque de l'Inquisition. Avec l'aide de son ordinateur, Stanley traduit le manuscrit qui contient un rituel pour exécuter une messe noire, ce qui provoquera le retour d'Esteban parmi les vivants. Le jeune garçon, désireux de se venger de toutes les personnes qui l'ont fait souffrir, va rassembler le matériel nécessaire pour mener à bien la messe noire, afin d'acquérir le pouvoir des forces du mal...

MON AVIS : Un élève souffre-douleur qui veut se venger de ses tortionnaires ? Ça ne vous rappelle rien ? La jeune Carrie White bien sûr, héroïne de Stephen King immortalisée à l'écran par l'actrice Sissy Spacek dans le classique de Brian de Palma, Carrie au bal du Diable en 1976. Une influence certaine pour le film Evilspeak d'Eric Weston, réalisé en 1981 et intitulé Messe Noire en France. Eric Weston est né au Pérou. En 1977, il devient producteur associé sur trois longs-métrages avant de décider de se lancer lui-même en tant que réalisateur et ce, dès 1981 avec notre fameux Messe Noire, dont il co-signe le scénario avec Joseph Garonfalo. Il continuera de porter ces trois casquettes durant sa carrière. En tant que metteur en scène, il n'a que 9 films à son actif, dont le film de guerre Le Triangle de Fer en 1989, le thriller Ambition Fatale en 2002 ou le film d'horreur Hyenas en 2011 entre autres. Vous aurez compris que Messe Noire est son film le plus célèbre. C'est un petit budget, qui a pourtant rapporté pas mal d'argent , on parle de 400000$ la première semaine de sa sortie américaine, alors qu'il n'a été diffusé qu"à Los Angeles et New York. En France, il est sorti en salles le 2 septembre 1981 mais c'est véritablement grâce à son exploitation en VHS dans les vidéos-clubs qu'il s'est taillé une solide réputation et qu'il reste un des films d'horreur 80's souvent cités par les fans. Sa grande originalité, pour l'époque, est d'avoir exploité le phénomène de l'apparition des micro-ordinateurs dans les foyers. Ce formidable outil informatique s'est popularisé auprès du public dans les années 80, notamment avec le Commodore 64 lancé en 1982. Le cinéma n'a pas tardé à s'intéresser à cette démocratisation du micro-ordinateur et de l'intérêt pour l'informatique avec des films tels Tron (1982), Wargames (1983), Electric Dreams (1984), Une créature de rêve (1985), Starfighter (1985), Explorers (1985) ou bien encore D.A.R.Y.L. (1985) par exemple. Mais reconnaissons à Messe Noire d'avoir été un précurseur dans ce domaine. L'ordinateur utilisé dans le film est un Apple II, sorti en 1977. Et il va servir à quelque chose d'assez original ici, à savoir traduire un ancien livre de magie noire ! A quelle fin me direz-vous ? Simple. Le héros du film, Stanley Coopersmith, interprété par Clint Howard, le frère de Ron Howard, vit donc dans une académie militaire après la mort de ses parents. Un peu empoté, pas spécialement sportif, il est victime de brimades de la part des autres élèves qui le tiennent pour responsable des défaites de l'équipe de football de l'académie. Comme si le foot n'était pas un sport collectif. Mais dans cet univers ultra macho, où la masculinité est sans cesse mise en avant, il faut rentrer dans le rang sous peine d'être rapidement mis à l'écart. Stanley ne trouve aucune aide, aucun réconfort puisque même son coach sportif et ses professeurs sont contre lui, passant leur temps à le rabaisser et à lui rappeler ses faiblesses. Pire que tout, le révérend de l'académie n'est pas tendre non plus avec lui, alors qu'il me semble que Dieu doit protéger toutes ses ouailles. Seul le cuisinier de l'académie ainsi qu'un élève noir lui apportent un peu de soutien. Recevant l'ordre de nettoyer entièrement les sous-sols de la chapelle, il découvre un vieux grimoire dissimulé derrière un mur, grimoire ayant appartenu à Esteban, maître sataniste ayant vécu à la période de l'Inquisition, personnage qu'on nous a rapidement présenté lors de la séquence introductive. Seul souci, le grimoire est écrit en latin et donc indéchiffrable pour Stanley. Et c'est là qu'intervient donc notre micro-ordinateur. Passionné d'informatique, Stanley va tenter de déchiffrer et de traduire le grimoire à l'aide de son seul compagnon : le micro-ordinateur précité ! Geek avant l'heure, Stanley découvre que le grimoire contient une procédure de messe noire permettant à Esteban de revenir d'entre-les-morts. Petit à petit, Stanley traduit les incantations et tente de réunir les divers ingrédients et objets nécessaires à l'accomplissement du rituel satanique. Où quand la technologie devient serviteur de Satan ! Le contraste entre mal antique et science moderne fait mouche et donne son intérêt à Messe Noire. Certains trouveront forcément qu'il en a fallu du temps pour accomplir le rituel puisque Stanley y passe facilement plus d'une heure quinze environ, ce qui ne laisse que peu de temps au déploiement des forces du Mal, le film durant 1h32 dans sa version la plus connue. Mais rassurez-vous, si ces première 75 minutes sont donc principalement composées de scènes de harcèlement sur le pauvre Stanley, de la découverte du grimoire, de son travail de traduction via l'ordinateur de l'académie, de ses déboires avec les professeurs, de l'élection de "Miss artillerie lourde" et j'en passe, on a tout de même quelques petits trucs sympa à se mettre sous la dent. Déjà, le look des divers affichages sur l'ordinateur, ultra kitsch évidemment à notre époque, replongeront les plus vieux d'entre-nous dans une nostalgie bien sentie. La scène d'intro en costume d'époque nous dévoile une poitrine dénudée et une jolie décapitation, avec un effet plutôt cool puisque la tête volante devient ballon de football à l'époque où se déroule l'intrigue avec Stanley. Bien foutu. Même si le budget était des plus riquiqui, les décors font clairement le job et les sous-sols de la chapelle, remplis d'objets et de toiles d'araignées, participent à créer une petite ambiance d'épouvante pas désagréable. Au bout de 60 minutes, on a une première démonstration du pouvoir diabolique issu de l'ordinateur avec cette tête faisant un 180 degrés non consentie. Ca enchaîne quelques minutes plus tard avec la séquence dont tout le monde se souvient, à savoir la scène du meurtre un peu gore d'une secrétaire par des porcs affamés dans la salle de bain de cette dernière. Bien fun ! Pour qu'ion ressente encore plus d'empathie envers le malheureux Stanley, on lui offre un petit chiot qui périra sous les coups des tortionnaires de l'académie, ce qui déclenchera la colère totale de notre héros, bien décidé à venger son petit compagnon poilu grâce au Diable ! Il réussit donc à accomplir l’entièreté du rituel en une bonne heure et demi, se retrouvant possédé par l'esprit d'Esteban! A partir de là, c'est un final grand-guignolesque qui vous attend, avec lévitation, décapitations à l'épée antique à gogo, nouvelles attaques des porcs et même un arrachage de cœur à main nue ! Un dernier quart d'heure bien festif et jubilatoire, qui n'a pas trop plu à la censure britannique, qui a classé directement Messe Noire sur sa liste de Video Nasties ! Il s'effarouche pour un rien ces anglais ! Un final qui a fait la réputation du film en tout cas et lui permet de conserver un certain aura auprès des aficionados férus de cinéma horrifique. Un final qui semble en avance sur son temps si on y regarde bien, puisque l'informatique est la cause de ce déferlement de violence, ne pouvant être contrôlé. Imaginons ce que ferait une IA maléfique avec une traduction d'un grimoire antique à notre époque  ? Messe Noire est donc une petite série B typique 80's, qui parvient à divertir malgré ses faibles moyens et son rythme pas foufou mais qui n'ennuie jamais. Un petit film de genre qu'on prend plaisir à revoir, assurément.

* Disponible en steelcase DVD+BR chez ELEPHANT FILMS

SANGLANTE PARANOÏA

 

SANGLANTE PARANOÏA
(Brain Dead)

Réalisateur : Adam Simon
Année : 1990
Scénariste : Charles Beaumont, Adam Simon
Pays : Etats-Unis
Genre : Thriller, Fantastique
Interdiction : -12 ans
Avec : Bill Pullman, Bill Paxton, Bud Cort, Nicholas Pryor, George Kennedy...


L'HISTOIRE : Pour faire avancer ses recherches et sa carrière, le Dr. Rex Martin, brillant neurologue, accepte une opération dangereuse organisée par la mystérieuse entreprise Eunice. Il doit opérer le cerveau d'un mathématicien soufrant de paranoïa aiguë ayant massacré sa famille. L'opération semble bien se passer, mais rapidement, Rex se rend compte que les visions qui ont conduit Hasley à la folie sont maintenant les siennes...

MON AVIS : Avec ce visuel particulièrement efficace et intrigant, Sanglante Paranoïa a tout pour attirer le fan de cinéma fantastique et horrifique. Son titre original peut par contre prêter à une légère confusion puisqu'il se titre Brain Dead, avec un espace, ce qui le différencie en fait du culte Braindead de Peter Jackson. Réalisé en 1990 par Adam Simon, il est intéressant de revenir à la genèse du film. Vers la fin des années 80, Julie Corman, femme du célèbre Roger Corman, demande à des stagiaires de lire des centaines de vieux scénarios entassés ici et là. Ils remontent à la surface une histoire rédigée dans les années 60 par Charles Beaumont, personnalité qui a écrit les histoires de 22 épisodes de la série La Quatrième Dimension entre 1959 et 1964 mais aussi les scénarios de films tels The Intruder, L'enterré vivant, Brûle sorcière brûle, la Malédiction d'Arkham, Le cirque du docteur Lao ou bien encore Le Masque de la Mort rouge entre autres. Séduite par le récit trouvé par les stagiaires, Julie Corman propose donc son adaptation cinématographique à  Adam Simon, jeune recrue de l'écurie Corman, qui trouve l'histoire excellente mais désire la moderniser, pour ce qui deviendra donc Sanglante Paranoïa, son premier film en tant que metteur en scène. C'est également lui qui réalisera Carnosaur en 1993. Tourné en vingt jours seulement, Sanglante Paranoïa nous évoque dès son générique le fameux Ré-Animator de Stuart Gordon, tout comme ses premières images d'ailleurs : on y voit Bill Pullman débarquer dans une salle contenant des dizaines et des dizaines de cerveaux enfermés dans des bocaux, ainsi qu'un assistant jouer à un cerveau qui contrôle donc ce fameux "masque humain" vivant présent sur le visuel de l'affiche. Ça démarre fort ! Sauf que la suite va rapidement prendre à contre-pied notre première impression. Alors qu'on pouvait s'attendre à un délire comico-gore qui aurait fait honneur aux expériences du dr. Herbert West, Sanglante ParanoÏa s'en éloigne totalement pour plonger dans un délire certes, mais de double personnalité qui réussira certainement à perdre le spectateur dans ses tortueuses méandres. Le docteur Rex Martin est interprété par Bill Pullman, qui s'en sort ici avec les honneurs. Il est secondé par un autre Bill, à savoir Bill Paxton, plutôt sous-employé ici. Cheveux gominé à fond la caisse, ce dernier vient trouver Bill Pullman pour lui confier une mission : allez rendre visite à un certain docteur Hasley, qui réside dans un hôpital psychiatrique car souffrant de délire paranoïaque aiguë. Ancien scientifique travaillant dans le firme ou bosse également Bill Paxton, il semblerait que ce docteur Halsey détienne dans sa mémoire des chiffres ou une équation qui intéresse le big boss de ladite firme, d'où la requête auprès du docteur Martin pour que ce dernier, de par ses travaux sur le cerveau, parvienne à approcher Halsey pour lui soutirer cette formule mathématique ou... faire en sorte qu'il ne s'en souvienne plus jamais, via une opération du cerveau à double tranchant. Bon, jusque là, ça va, l'histoire se suit et se tient. Les plus perspicaces auront noté que le nom même d'Halsey et l'allusion à l'institut Miskatonic mentionné par le personnage de Bill Pullman sont des références directes à Lovecraft ainsi qu'au film Ré-animator ! Comme quoi, notre première pensée survenue au début du film n'était pas si farfelue que ça. Par contre, c'est maintenant que ça va se corser. Suite à une altercation avec un SDF, le docteur Martin se fait renverser par une voiture. Un accident sans grande conséquence, il se contente de se tenir un peu la tête et de frotter l'endroit de l'impact de son crâne sur le pare-brise. Sauf qu'en réalité, cet accident, ainsi que celui survenu dans le laboratoire, avec un bocal contenant un cerveau qui tombe au sol, est le début de visions qui semblent directement provenir de l'esprit du docteur Halsey. Bill Pullman fait des cauchemars, il développe lui aussi un sentiment de paranoïa, pensant que sa femme le trompe avec Bill Paxton par exemple. Petit à petit, un engrenage se met en marche et la frontière entre réel et irréel se floute et déconcerte totalement le spectateur, qui ne sait plus ce qu'il regarde. Des tas de questions viennent alors nous assaillir l'esprit : le docteur Halsey existe-t-il réellement ? Le docteur Rex Martin est-il victime d'un dédoublement de personnalité  ? Est-ce, comme dans Shutter Island, un jeu de rôle dans lequel on fait croire au docteur Martin qu'il est spécialiste du cerveau afin d'obtenir des informations ? Ou bien, comme dans Le Cabinet du docteur Caligari, est-ce que le docteur Martin ne serait pas en réalité le patient et Halsey le vrai docteur ? Autant de question qui transforme Sanglante Paranoïa en un film parfois délirant et scénaristiquement souvent complexe, baigné par des images assez hallucinantes, comme de voir Halsey au bord de mer, la calotte crânienne exposée au grand jour ou Bill Pullman ouvrir une porte et se retrouver confronter au néant par exemple. Il est intéressant de voir comment Rex Martin semble perdre la raison, ne sachant plus faire la différence entre la réalité et des rêves et cauchemars, qui, peut être, ne lui appartiennent pas. Véritable thriller psychologique labyrinthique au allure de cauchemar éveillé, le film d'Adam Simon joue avec intelligence avec ses décors, avec la temporalité, qu'il n'hésite pas à distordre pour mieux malmener la perception du public sur ce qui est réel ou ne l'est pas. Pour la petite histoire, il paraît que c'est en découvrant la prestation de Bill Pullman dans ce film que le réalisateur culte David Lynch a décidé de l'engager pour le rôle principal de Lost Highway en 1997. Et quand on connaît les similitudes thématiques entre les deux films – la perte d'identité, les boucles mentales, la folie – cette connexion prend tout son sens. Alors oui, il faut souvent s'accrocher pour ne pas décrocher, ici il n'est pas question d'aiguiller ou d'aider le spectateur à comprendre l'intrigue, qui fait effectivement très Quatrième Dimension ! Amateur de film kafkaïen, insolite, autre, Sanglante Paranoïa pourra vous satisfaire si vous appréciez qu'on joue avec vous alors que la réponse a tout ce bazar est potentiellement dans le titre même du film : Brain Dead. Réfléchissez-y ! 

* Disponible en combo DVD+BR et steelcase chez ELEPHANT FILMS



FONDU AU NOIR

 

FONDU AU NOIR
(Fade to Black)

Réalisateur : Vernon Zimmerman
Année : 1980
Scénariste : Vernon Zimmerman
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Dennis Christopher, Linda Kerridge, Eve Brent, Tim Thomerson, Gwynne Gilford...


L'HISTOIRE : Eric Binford est passionné de cinéma. Il travaille dans un entrepôt de stockage de bandes cinématographiques et vit seul chez sa tante Stella. Cette dernière se montre assez tyrannique envers son neveu, qui passe ses journées à mater de vieux films. Dans un bar, il croise Marilyn O'Connor, sosie de Marilyn Monroe dont Eric est fou amoureux. Parvenant à surmonter sa timidité, Eric invite la jeune femme au cinéma mais cette dernière rate le rendez-vous, ce qui le plonge dans une profonde déception. Harcelé le soir même par sa tante paralytique, Eric la pousse dans les escaliers, comme Richard Widmark dans le film Le Carrefour de la Mort qu'il était en train de visionner. Commence alors pour Eric une spirale infernale, dans laquelle la frontière entre réalité et fantasmes cinématographiques disparaît peu à peu...

MON AVIS : Une vraie petite curiosité que ce Fondu au Noir, réalisé en 1980 par Vernon Zimmerman, et qui remporta le Prix de la Critique au festival d'Avoriaz en janvier 1981. Ce réalisateur n'est pas très connu, il a débuté sa carrière en 1962 avec 3 courts-métrages puis un documentaire en 1964 sur la vie à l'université de Chicago intitulé The College. Il ne réalisera son premier film qu'en 1972 avec le road movie Deadhead Miles sur lequel il co-signe le scénario avec un certain Terrence Malick. La même année, il intègre la firme de Roger Corman, l'A.I.P. et réalise The Unholy Rollers, film inspiré de Kansas City Bomber avec Raquel Welch et dont Corman voulait surfer sur le succès. A noter que ce film est le premier travail d'un tout jeune Martin Scorsese, engagé en tant que monteur. Vernon Zimmerman va ensuite travailler en tant que scénariste avant de livrer un nouveau film en 1980, Fondu au Noir, dont il signe également le scénario. Le succès n'étant pas au rendez-vous, il quitte le monde du cinéma et devient enseignant dans le domaine de l'écriture scénaristique. Il est décédé le 18 octobre 2023 à l'âge de 87 ans. Fondu au Noir est donc le film pour lequel on se souvient de son nom, même s'il fait partie de ces œuvres dont personne ne parle jamais à notre époque. Remercions donc l'éditeur Elephant Films de l'avoir remis sur le devant de la scène avec sa sortie en combo DVD+BR. Souvent catégorisé comme étant un slasher, Fondu au Noir n'entretient qu'un rapport éloigné avec ce genre. A bien y regarder, c'est avant tout un film de psycho-killer, un thriller, une comédie noire et surtout, c'est une étude sociologique comportementale qui se focalise sur les notions de solitude, de rejet, d'obsession, notions qui entraînent, dans le cas présent, la disparition de la frontière entre réalité et fiction. Ceux qui s'attendent à voir un tueur fou trucider des victimes à la pelle, passez donc votre chemin, Fondu au Noir ne joue clairement pas dans cette catégorie. L'histoire se déroule à Los Angeles, une évidence pour un film traitant de la passion du cinéma. Niveau casting, on trouve Dennis Christopher qui interprète donc le fameux Eric Binford. Un acteur repéré grâce au film La Bande des Quatre en 1979 et qui est devenu une célèbre vedette de téléfilms et séries-télévisées par la suite. Pour jouer la tante Stella qui héberge notre héros, c'est l'actrice Eve Brent qui a été choisie, actrice qui a également fait les délices de nombreuses séries TV. Marilyn O'Connor, sosie de la fameuse actrice blonde Marilyn Monroe, est quant à elle interprétée par Linda Kerridge, qui n'a pas fait une grande carrière puisqu'elle n'a que 8 films à son actif, dont Surf 2 en 1983, Cocaïne de Paul Morrissey en 1984, Pleasure Planet en 1986, Le trésor de San Lucas en 1987 ou L'aventure Fantastique en 1988, ces trois derniers réalisés sous la houlette d'Albert Pyun. Ce trio de personnages principaux est complété par Tim Thomerson et Gwynne Gilford qui jouent respectivement le docteur Moriarty et l'agent de police Anne Oshenbull, deux personnages secondaires qui viennent principalement allonger la durée du film sans réellement y apporter grand chose, on a juste Moriarty qui travaille sur l'étude comportementale des délinquants violents et tente de leur venir en aide, trouvant une alliée et une amante chez la policière et un opposant en la personne du capitaine de police. Ca fait clairement remplissage, vous verrez, mais on peut aussi voir en Moriarty le point d'ancrage du monde réel alors qu'Eric représente la fuite dans un monde imaginaire. A noter pour finir la présence d'un certain Mickey Rourke, alors au début de sa carrière et qui joue un collègue de travail d'Eric Binford. Tout ce petit monde va donc graviter autour de notre cinéphile en herbe. Evidemment, on se prend d'affection pour Eric puisque le cinéma est sa passion, impossible de ne pas se reconnaître en lui. Sa chambre est bardée d'affiches de films, de photos d'actrices et d'acteurs et de matériels liés au cinéma. Il voue un culte au cinéma d'antan, celui des années 30 et 40, principalement en noir et blanc, et connaît les répliques par cœur de ses films préférés, qu'il voit plusieurs fois comme il le dira souvent. Il s'intéresse particulièrement aux anti-héros, aux méchants du cinéma, son acteur culte étant James Cagney, iconique pour ses rôles de gangster impitoyable dans L'ennemi Public, Les Anges aux figures sales ou l'emblématique L'Enfer est à lui. Quant à son actrice vedette, c'est donc Marilyn Monroe qui recueille tous ses suffrages, on le verra clairement dans la séquence légèrement trash de la masturbation, séquence qui vient conforter le fait que sa vie est totalement focalisée sur le cinéma et non la réalité. Superbement interprété par Dennis Christopher, qui avait pourtant refusé le rôle au départ, n'étant pas satisfait du scénario mais qui trouvait le personnage formidable, Eric et son évolution dramatique font tout l'intérêt de Fondu au Noir. C'est vraiment un cas intrigant, qui met en avant le fait que la solitude, le manque de reconnaissance, l'absence d'amis et de relation amoureuse peut profondément briser une personnalité fragile et le faire bifurquer dans une folie l'amenant à ne plus différencier réalité et imaginaire. Constamment harcelé par sa tante, perpétuellement moqué par ses collègues de travail, réprimander par son patron, fuit par les femmes, Eric ne trouve un échappatoire que dans le cinéma et notamment dans les personnages forts, insoumis, qui ne se laissent pas faire et contrôle la situation. Des personnages qui sont son opposé. A travers eux, il se rêve d'une autre vie, qui lui procure de vraies émotions. A la manière du plus récent Le Labyrinthe de Pan, Eric, comme la petite Ofelia du film de Del Toro, se réfugie et se construit un monde imaginaire, perdant peu à peu contact avec la réalité. Le souci avec Eric, c'est que son monde imaginaire est peuplé de personnages violents : gangsters, cowboys vengeurs, vampires, son obsession pour ce type d'anti-héros va l'amener à franchir la ligne rouge et à briser le peu d'humanité qu'il lui restait. A chaque problème sa solution et celle que trouve Eric est issue des films qu'il vénèrent. Au fur et à mesure que sa santé mentale s'effondre, Eric ne se contente plus de citer des dialogues ou de rejouer des scènes. Il veut devenir les personnages qu'ils aiment. Sa psychose est matérialisée dès la scène où il se grime en Dracula, après avoir poussé sa tante dans les escaliers. Sa dualité est parfaitement représentée à l'écran grâce au maquillage qu'il est en train d'apposer à son visage. Et de par ses déguisements, il en devient encore plus inquiétant car il commence à mettre en scène ses crimes. Le pouvoir des images est total sur Eric, et elles lui permettent de devenir quelqu'un d'autre, ce qui le dédouane quasiment des actions néfastes qu'il commet. Reste que changer de vie à travers de nouvelles identités ne lui apporte pas le bonheur recherché. Même sa relation désirée avec Marilyn O'Connor ne se soldera pas sur quelque chose de positif. Car il s'imagine une histoire d'amour idéalisée avec Marilyn Monroe et non pas avec Marilyn O'Connor. Sa vision est encore une fois déformée par le prisme du cinéma et par son obsession, bien plus perturbante ici que dans le film récent du même nom, comme los de la séquence hommage à la scène de la douche de Psychose. La vengeance et les meurtres dont il va se rendre coupable sont également commis via ce prisme cinématographique, ce qui nous donne des séquences savoureuses dans lesquelles Eric, grimé en cowboy, en Bela Lugosi (avec néanmoins des extraits du Cauchemar de Dracula avec Christopher Lee, ceci étant du à un refus de la Universal d'utiliser des images du Dracula de 1931) ou comme la momie des films des années 40 va tuer ceux qui se moquent de lui. Eric Binford est donc vraiment un cas à part, qu'on n'oubliera pas de sitôt, qui fait de Fondu au Noir un film intrigant et intéressant. Reste qu'il aura sûrement du mal à trouver son public au sein de la nouvelle génération. Le rythme du film est assez lent, il y a très peu d'action, la violence des situations n'est jamais impactée par des débordements sanguinolents et les séquences avec Moriarty et l'agent de police viennent alourdir le rythme inutilement. La mise en abîme du personnage à travers des extraits de films disséminés ci et là est plutôt bien amenée par contre et sert clairement l'histoire de ce être méprisé qui voit sa propre vie lui échapper au profit de protagonistes fictifs. Le final, au sommet du Chinese Theatre situé sur Hollywood Boulevard est ingénieux, nous renvoyant autant à L'enfer est à lui qu'à King Kong je trouve, et confirme par l'image que la vie propre d'Eric a cessé d'exister pour n'être que celle d'un simple scénario de film. Vernon Zimmerman, aidé par son casting, a donc réalisé un film réellement insolite, à part, dont rien ne justifie l'interdiction aux moins de 18 ans dont il écopa pour sa sortie française en mai 1981. Si vous voulez voir jusqu'où la passion peut mener, comment elle peut littéralement briser la raison et perturber un être fragile, n'hésitez pas à vous plonger dans la vision de Fondu au Noir.

* Disponible en Steelbook DVD+BR chez ELEPHANT FILMS (VF+VOSTF)
- Analyse du film par Julien Comelli
- Interview de Dennis Christopher
- Bande annonce



HEATHERS (FATAL GAMES)

FATAL GAMES
(Heathers)

Réalisateur : Michael Lehmann
Année : 1989
Scénariste : Daniel Waters
Pays : Etats-Unis
Genre : Comédie, Drame
Interdiction : -16 ans
Avec : Winona Ryder, Christian Slater, Shannen Doherty, Lisanne Falk, Kim Walker...


L'HISTOIRE : Veronica a voulu faire partie de la bande des "Heathers", à savoir trois pestes du lycée se prénommant Heather et qui, grâce à leur énorme popularité, font régner la loi dans l'établissement, n'ayant aucune considération pour les élèves qui ne rentrent pas dans leur univers codifié. Mais Veronica n'apprécie pas vraiment le comportement de ses nouvelles amies. Elle se lie alors avec J.D., un jeune rebelle qui lui propose de se débarrasser des "Heathers". Ce qui au départ ne ressemblait qu'à une mauvaise farce se transforme rapidement en un petit jeu de massacre, dans lequel Veronica et J.D. vont maquiller la mort des trois Heather en suicide...

MON AVIS : La genèse de Heathers est assez amusante : le scénariste Daniel Waters aime beaucoup les films sur l'adolescence des années 80 réalisés par John Hughes, à l'image de Six bougies pour Sam, Breakfast Club, Une créature de rêve ou La Folle journée de Ferris Bueller par exemple. Sauf que la vision assez angélique de la vie adolescente présentée par Hughes, dans laquelle les ados sont des héros, ne correspond pas à la vision du scénariste. Il décide alors de rédiger un scénario plus noir, plus sombre, plus satirique, qui représente mieux la difficulté des fameuses "années lycée". A l'arrivée, il pond un script de 250 pages et décide que le seul qui puisse le mettre en image sera... Stanley Kubrick ! Sûr de lui, alors qu'il s'agit de son premier scénario, Daniel Waters attend patiemment que Kubrick le contact, tout en envoyant son scénario à différents studios, qui trouvent tous son histoire géniale mais qui refusent tous de le produire vu le sujet ! La firme New World Pictures se montre intéressée mais demande à ce que le final, trop nihiliste, qui voyait Veronica se suicider en faisant exploser son lycée et tous les étudiants à l'intérieur soit modifié. Le scénario se retrouve dans les mains d'un jeune étudiant en cinéma, Michael Lehmann, qui vient de terminer un premier court-métrage. Il adore l'histoire et contact Waters pour lui dire qu'il est partant pour le réaliser. Mais ce dernier lui dit qu'il attend un appel de Kubrick, appel qui ne viendra évidemment jamais. Le scénariste débutant accepte donc la proposition de Michael Lehmann et la productrice Denise di Novi se charge de monter le film pour la New World Pictures, avec les modifications demandées. Le réalisateur raccourci également le script, sans quoi le film aurait duré 3H. Le casting se montre également très compliqué puisque les agents de divers acteurs, dont Heather Graham et Jennifer Connelly refuse que leur protégée ne participe à un film traitant du suicide adolescent. Au final, c'est Winona Ryder, qui vient de connaître le succès avec Beetlejuice, qui est retenue pour interpréter Veronica et ce, malgré les fortes réticences de son agent qui pense que l'actrice va dynamiter sa carrière avec ce film. Et c'est Christian Slater, repéré grâce à son rôle dans Le Nom de la Rose, qui est choisit pour jouer Jason "J.D." Dean. A noter que Brad Pitt a tenté d'avoir le rôle. Pour les personnages des trois Heathers, on trouve Kim Walker qui joue Heather Chandler, la chef de la bande, Shannen Doherty qui joue Heather Duke et Lisanne Falk qui joue Heather McNamara. Voulant prendre le contre-pied des teen movies de John Hughes, Heathers, rebaptisé en Fatal Games pour sa sortie française le 31 juillet 1991, va donc nous présenter la face sombre des adolescents, à travers les 3 Heathers tout d'abord. Trois grandes pestes donc, qui tyrannisent tous les lycéens qu'elles trouvent hors normes, comme les geeks, les intellos, les branleurs ou qui ne répondent pas à leur critères esthétiques, comme Martha qui a un problème de surpoids. Brimades, moqueries ou ignorance pure et dure, les Heathers ne supportent personne et se sentent intouchables, étant très populaires auprès des garçons, notamment les sportifs, qui abusent d'elles sans qu'elles y trouvent vraiment à redire. Un constat peu glorieux en réalité fait par le scénario de Daniel Waters et qui met bien en avant les problématiques de harcèlement scolaire, de dérives sexuelles, transformant donc les gentils ados de John Hughes en personnages antipathiques, sûrement plus proches de la réalité en effet, les "années lycée" étant parfois durement vécues par certains élèves subissant ce type de traitements irrespectueux. On se demande pourquoi une gentille fille comme Veronica a voulu rejoindre ce trio diabolique, puisqu'elle ne semble pas du tout adhérer à leur attitude toxique envers les autres. Superbement joué par une Winona Ryder totalement craquante, Veronica va devenir le personnage principal de l'histoire. Mais un personnage qui possède aussi une dualité, qui n'est pas blanc ou noir mais gris. Dépassée par les actions de ses trois fausses amies, Veronica va succomber au charme de J.D., le rebelle du lycée. Un jeune homme qui prône le chaos, l'anarchie et veut mettre fin à la domination des Heathers. Et c'est là que l'aspect satirique du film prend son envol. Sur un sujet grave, à savoir le suicide des adolescents, Heathers bifurque lentement sur la vraie thématique du film, à savoir le comportement des gens, des médias vis à vis du phénomène du suicide adolescent. L'humour, forcément très noir, va contaminer les deux personnages principaux, sorte de futur Bonnie & Clyde en devenir, du moins dans un premier temps. L'imagination de J.D. pour se débarrasser des pestes semblent au départ assez bon enfant, à base de blague de mauvais garnement, comme vouloir faire ingurgiter à la chef du trio infernal un liquide pour déboucher les canalisations. Bon, dis comme ça, ce n'est évidemment pas très drôle, Winona préférant lui servir un mélange de jus d'orange et de lait pour la faire vomir. Mais une erreur de tasse fait que la malheureuse victime ingurgite bel et bien le liquide agressif et tombe sur une table basse en verre, raide morte. Commence alors un jeu dangereux pour les deux protagonistes, qui, sur l'idée de J.D., vont transformer cette mort accidentelle en suicide réfléchi, histoire d'échapper à la prison. Un suicide qui sera sur toutes les lèvres, comme dans cette réunion entre proviseur et professeurs, le proviseur étant alarmé que ce soit la fille la plus populaire qui se soit suicidée, puisqu'il va devoir accordé une journée de deuil au lieu de quelques heures si ça avait été un élève lambda. Le propos et les dialogues sont assez acides et provoquent souvent des sourires jaunes chez le spectateur, tout au long du film, car il faut reconnaître que la plupart des répliques font mouches. Des dialogues qui se juxtaposent à des situations souvent cyniques et cruelles, ce qui fait tout le sel du film de Michael Lehmann, qui va donc à l'encontre total du facteur empathie disséminé dans les films de John Hughes. Là où le scénario de Daniel Waters frappe juste, c'est justement en structurant le lycée comme une entité non protectrice de ses élèves : c'est un lieu totalitaire, dirigé par des chefs qui écrasent les castes inférieurs et où la popularité est une question de vie ou de mort sociale, ce qu'a tout à fait compris Veronica en se rapprochant des Heathers. La critique est d'autant plus explosive que le meurtre déguisé d'Heather Chandler provoque chez les lycéens une empathie envers celle qui les terrorisait jusque là. Une professeure de lettres, Miss Fleming, va organiser des séances de thérapie de groupe pathétiques à la télévision locale, poussant les élèves à exprimer leur douleur face caméra. Le suicide est traité comme l'accessoire social ultime. Une réplique culte d'une élève résume parfaitement cela : Heather Chandler n'est morte que depuis une semaine et déjà, tout le monde prétend qu'elle était sa meilleure amie. Si j'avais su que le suicide rendait si populaire, je l'aurais fait depuis longtemps. Et par la même occasion, le film met le doigt sur le fait que lorsqu'un trôné se libère, un autre dictateur ne tarde pas à prendre la relève. Ici, c'est une seconde Heather qui va venir s'attribuer le nouveau pouvoir. Le Mal a de nombreux visages, on le sait depuis longtemps. L'humour noir étant la force du film, il va continuer à se développer de manière exponentielle, enchaînant avec la mort de deux joueurs de foot ultra-macho, qui vont devenir la cible de Veronica et J.D. qui, pour se dédouaner, vont faire passer ce nouveau meurtre en suicide de la part de deux homosexuels ne pouvant révéler la vérité. La scène des funérailles est d'une méchanceté assez intense, notamment avec le père d'une victime qui proclame : "Mon fils était un homosexuel ! Je n'aimais pas ce qu'il était, mais je l'aimais, lui ! » alors que tout le monde comprend bien que si son fils était encore vivant, il n'accepterait pas cette fausse homosexualité. C'est une scène d'une ironie féroce car le père devient tolérant uniquement parce qu'il croit que son fils s'est suicidé par amour, alors qu'en réalité, son fils était un harceleur violent et profondément intolérant de son vivant. La trajectoire de Veronica est très intéressante car elle comprend assez rapidement que derrière son sourire enjôleur, son petit ami J.D. est en fait un véritable sociopathe. Si Veronica est au départ coupable de complicité par pur opportunisme, choisissant  le camp des bourreaux car il offre une protection, elle effectue une vraie prise de conscience morale, rejetant le comportement inquiétant de J.D., tout comme elle a réussi à s'extraire du groupe des Heathers, quitte à devenir elle-même la cible du trio. Mais le cas le plus intrigant du film reste celui de J.D. Un personnage qui, en 1989, est un véritable précurseur des futures tueries de masse en établissement scolaire. J.D. représente le nihilisme absolu, le chaos total. Il justifie sa violence par une posture philosophique : la société est corrompue, le lycée est le reflet de cette corruption, donc détruire le lycée, c'est purifier le monde. Son plan ultime fait froid dans le dos et renvoie à des tragédies comme Columbine en 1999. Au final, Heathers est une satire féroce et réussie sur le milieu lycéen, bien moins rose que dans les films de John Hughes. Le film réussit à nous faire sourire face à des situations qui ne devraient pas porter à rire. Il ne se moque jamais du suicide mais pointe le doigt sur la récupération médiatique qui en découle. La séquence finale entre Veronica et JD est particulièrement réussie car elle est le miroir d'une séquence vue auparavant, quand Veronica, comme pour se réveiller d'un cauchemar, se brûle la main avec l'allume-cigare de sa voiture. Plutôt que de la secourir, J.D. lui prend la main et allume sa cigarette via sa brûlure. Son côté pervers narcissique qui jouit de la douleur des autres et de sa propre petite amie était déjà là sous nos yeux. Et la scène finale inverse les rôles avec une réelle jubilation. Force est de constater qu'Heathers était en avance sur son temps en 1989 et que le statut de film culte qu'il a acquis au fil des années est justifié. Le film a marqué ceux qui l'ont vu et il est même devenu une comédie musicale toute aussi sombre et nihiliste en 2014, un énorme succès à Londres, porté par une bande son qui décoiffe. Si vous appréciez les miroirs déformant de la société, les films subversifs et les satires grinçantes, Heathers est pour vous ! Voulu par la production, le final laisse tout de même la lumière envahir ce monde ténébreux, à travers l'empathie de Veronica. Je n'avais jamais eu l'occasion de voir Heathers malgré que j'étais très fan de Winona Ryder à cette époque. C'est enfin chose faite et j'ai vraiment beaucoup aimé ! 

* Disponible en Mediabook chez CAMEFLEX

Superbe édition avec un 4K et le BR du film, mais aussi un BR de la comédie musicale et un superbe livret contenant photos et interviews du réalisateur.
L'édition fourmille de bonus de qualité, avec des tas d'interviews du réalisateur, du scénaristes, de quelques acteurs et j'en passe. Typiquement le genre de bonus qu'on veut trouver sur une édition de qualité !     



PINOCCHIO DÉCHAÎNÉ

PICHOCCHIO DÉCHAÎNÉ
(Pinocchio: Unstrung)

Réalisateur : Rhys Frake-Waterfield
Année : 2026
Scénariste : Rhys Frake-Waterfield
Pays : Angleterre, Etats-Unis
Genre : Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Richard Brake, Cameron Bell, Jessica Balmer, Jack Art Grey, Karolina Knight...


L'HISTOIRE : James, un adolescent orphelin, vient de perdre son meilleur ami, emporté par un cancer. Pour l’aider à faire son deuil, son grand-père, Geppetto lui offre une poupée de bois dotée d’une âme, baptisée Pinocchio. Comme tout garçon de son âge, James ignore les mises en garde de son grand-père et présente Pinocchio au monde extérieur. Mais très vite, Pinocchio aspire à devenir humain et à prouver qu’il mérite l’amitié de James en le protégeant. Il va alors se lancer dans une croisade sanglante pour éliminer quiconque pourrait nuire à James, et se procurer les parties du corps dont il a besoin pour devenir humain. Pinocchio, encouragé à poursuivre sa quête par le diabolique Cricket, une autre des créations de bois de Geppetto, se retrouve entraîné dans une véritable frénésie meurtrière !

MON AVIS : Nouvelle entrée dans le Twisted Childhood Universe ou L'univers de l'enfance pervertie en français, débuté en 2023 avec Winnie l'Ourson : du sang et du miel et poursuivi en 2024 avec Winnie l'Ourson : du sang et du miel 2, en 2025 avec Le Cauchemar de Peter Pan et l'excellent Bambi la vengeance. Les figures phares de notre enfance revues et corrigées à la sauce horrifique, voilà ce que nous propose le T.U.C. et c'est donc le gentil Pinocchio qui vient rejoindre cet univers déjanté et gore avec Pinocchio déchainé, réalisé par Rhys Frake-Waterfield. Si l'histoire reste bien éloignée du roman de Carlo Collodi écrit en 1881 ou du dessin-animé de Walt Disney réalisé en 1940, les personnages principaux sont par contre bien présents : on retrouve Geppetto en inventeur de marionnettes en bois et créateur de Pinocchio, Jiminy Cricket en (mauvais) conseiller de Pinocchio et qui aborde ici la voix de Robert Englund en version originale, et bien sûr Pinocchio, marionnette au look très réussi et qui, soulignons-le, n'a pas été crée en images de synthèses mais bien à l'ancienne, en animatronique, sous la direction de Todd Masters. Même les mouvements de yeux, les expressions de visage et la bouche sont animés en direct et sans recours aux CGI. Par contre, Jiminy Criquet a été conçu en CGI. Mais Pinocchio déchaîné marque des points car, dans la très grande majorité, le réalisateur a voulu éviter le plus possible les CGI et avoir recours aux effets pratiques. Et franchement, ça bonifie vraiment le film. Notamment au niveau des séquences bien gore qui parsèment l'oeuvre de Rhys Frake-Waterfield. Le réalisateur et son équipe d'effets spéciaux et de maquillages s'en sont donnés à cœur joie dans la violence visuelle et graphique, ne lésinant jamais sur les débordements gore que n'aurait pas renié un chapitre de Terrifier. Peau du visage arraché par les doigts de bois de Pinocchio, femme dentiste qui se fait casser les dents à coup de maillet, seringue introduite dans l’œil, poids d'haltère fracassant un visage, dos rompu en deux, nez de Pinocchio qui 'introduit dans le nez d'une victime et qui grandit, grandit et grandit encore à l'intérieur de cette dernière, étant donné que le pantin ne cesse de mentir exprès (et oui, les codes sont respectés au niveau de notre anti-héros de bois), explosion de tête d'un enfant à la carabine, scalp intégral et autres joyeusetés sont de la partie et franchement, ça dépote sévère, planquez les enfants de devant l'écran !! Niveau érotisme, ça reste très sage par contre même si on aperçoit un sein de la plantureuse blondinette Karolina Knight. Pinoçcchio déchainé emprunte clairement au film de monstre mais aussi au slasher movie, puisque notre pantin va poursuivre et décimer les gens qui ne se sont pas montrés très gentils avec son nouvel ami humain. En effet, Geppetto a créé Pinochhio pour qu'il devienne le nouvel ami de James, un jeune garçon très attristé par la mort de son meilleur ami. Et James est régulièrement embêté par une bande de crétins au collège. La nature même de Pinocchio n'est pas malfaisante au départ. Le pantin se forge une âme de meurtrier dans le seul but de protéger son nouveau compagnon mais aussi par envie car il désire devenir de chair et de sang lui aussi ! Un postulat intéressant, qui joue aussi avec la thématique de l'être différent et incompris, rejeté par les autres et qui veut tout faire pour s'adapter et s'intégrer au monde dans lequel il vit. Ses deux missions, Pinocchio va donc les accomplir avec un certain brio, traquant inlassablement les enquiquineurs et, sur les conseils de Jiminy Criquet, leur prélevant par la même occasion divers organes afin de devenir plus humain. Le final, dans lequel on va en apprendre plus sur Geppetto lui-même, nous propose des décors assez réussis, qui auraient pu servir à un épisode de la saga Hellraiser je trouve. L'antre de Geppetto, peu rassurant ou cette curieuse Mère des Bois plonge le film dans le lugubre et s'avère efficace. L'acteur Richard Brake, qui prête ses traits au marionnettiste, se révèle assez inquiétant et donne de l'épaisseur à son personnage. Quant à la star du film, Pinocchio, comme déjà dit, c'est clairement une réussite au niveau du look et de sa conception, de son animation également et on prend un réel plaisir à le voir massacrer le casting avec une vraie ferveur sanguinaire. Un petit budget qui procure pas mal de plaisir, une petite série B qui ne se prend jamais au sérieux mais qui assume son côté tordu et n'hésites pas à envoyer du lourd dans les effets gore, un scénario assez simpliste mais néanmoins travaillé, une ambiance inquiétante parfois, des acteurs plutôt corrects et une réelle volonté de bien faire font de ce Pinocchio déchainé le meilleur film de la franchise T.U.C. avec Bambi la Vengeance. Ceux qui s'attendaient à une adaptation horrifique bas de gamme en seront pour leur frais parce que le film de Rhys Frake-Waterfield en a clairement sous le pied pour satisfaire le plus grand nombre. 

* Disponible en DVD et combo BR+4K chez ARCADES



   
 

SLUGS - MUTATIONS

 

MUTATIONS
(Slugs)

Réalisateur : Juan Piquer Simon
Année : 1988
Scénariste : Ron Gantman, Juan Piquer Simon, José Antonio Escrivá
Pays : Espagne
Genre : Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Michael Garfield Levine, Kim Terry, Philip Machale, Alicia Moro, John Battaglia...


L'HISTOIRE : La petite ville américaine d'Ashton est le théâtre de décès étranges. Mike Brady, agent des services sanitaires, essaye d'épauler le shérif local à trouver la cause de ces morts particulièrement répugnantes, avec des victimes partiellement dévorées. Les analyses conduisent Brady à émettre l'hypothèse que les responsables seraient peut être des limaces contaminées qui seraient devenues cannibales...

MON AVIS : Dans le sous-genre prolifique du film d'attaques animales, il est difficile de ne pas trouver un animal qui n'a pas eu droit à son film le mettant en vedette. Un sous-genre très apprécié des amateurs généralement et qui se distingue par deux approches : une première approche issue du cinéma de science-fiction des années 50 et qui faisait prendre à divers animaux des proportions gigantesques et une seconde approche qui préfère leur faire garder leur taille réelle (à quelques cm près), ce qui est assurément encore plus terrifiant et stressant puisque les animaux du quotidien deviennent nos ennemis. C'est bien sûr le génial Alfred Hitchcock qui est le fer de lance de cette seconde approche avec Les Oiseaux réalisé en 1963. Les films mettant en avant Mère Nature se rebeller contre l'Humanité connaîtront ensuite une longue déclinaison, avec des des chiens, des chats, des araignées, des serpents, des requins, des pieuvres, des crocodiles, des alligators, des loups, des lions, des ours, des singes en guise de vedettes mais aussi des animaux plus atypiques tels les rats, les fourmis, les vers de terre, les grenouilles, les cafards, les abeilles, les piranhas, les barracudas, les chauves-souris, les lapins, les kangourous,  les castors, les moutons et j'en passe. En 1982, l'auteur britannique Shaun Huston publie un roman bien gore, intitulé Slugs et qui met en avant des... limaces tueuses ! Un roman édité en France dans la défunte collection Gore, dans une version amputée puisque dans cette collection, les romans ne devaient pas dépasser les 150 pages environ, et qui a depuis été réédité en version intégrale chez l'éditeur Faute de Frappe. Le livre de Shaun Huston se montre assez dégueulasse et enchaîne les scènes de morts bien gore. Il n'en fallait pas plus pour qu'il intéresse une certaine Francesca de Laurentiis, fille du célèbre Dino de Laurentiis ! Mariée à un espagnol, elle veut que l'adaptation soit tournée dans ce pays et elle porte son choix sur Juan Piquer Simon, réalisateur connu pour sa débrouillardise et auréolé d'un certain succès avec Le Sadique à la Tronçonneuse. Mais le sujet même du film, à savoir des attaques de limaces tueuses, n'emporte pas l'adhésion et le film a du mal à être monté. Heureusement, au marché du film à Cannes, en 1987, la firme New World Pictures apprécie la projection d'une bobine du film et signe un accord de distribution mondiale. Reste que les scénaristes du film ont un peu modifié le roman et pris des libertés quand ils ont écrit le scénario, ce qui a un peu déçu l'auteur à l'époque. Les limaces de Shaun Huston tuent les gens simplement parce qu'elles ont pris goût à la chair humaine et l"histoire se déroule en Angleterre. Celles de Juan Piquer Simon ont été contaminées par des produits radioactifs stockés sans grande surveillance, dans une petite ville américaine. Un aspect écolo apparaît donc pour le film mais le réalisateur ne veut pas que ce thème prenne le pas sur ce qui l'intéresse vraiment, à savoir les effets spéciaux, même s'il doit pas mal édulcorer le roman qui comporte des scènes de sexe et de morts impossibles à montrer à l'écran, comme celle d'une fillette de deux ans et demi contaminée par le mucus d'une limace ou celle, bien trash, d'une limace s'introduisant dans le vagin d'une adolescente pour le dévorer ! Les scénaristes décident de développer l'intrigue, de donner un peu plus de consistance aux personnages également. Le casting est composé soit d'inconnus, soit d'acteurs et d'actrices à faible potentiel, l'absence totale de stars étant certainement imposée par le faible budget accordé au film. Coup de bol, le tournage se déroule à Lyons, petite ville de l'état de New York et la municipalité ainsi que les habitants sont tellement enthousiastes vis à vis du tournage que tout le monde souhaite y participer, sans que le production aligne des billets verts. Juan Piquer Simon se retrouve donc avec des pompiers et leur camion, des ambulances, des voitures de police, la possibilité de tourner dans le lycée de la ville ou dans les égouts. Des conditions inespérées pour le réalisateur, qui voit son film se bonifier comme par magie. Et ça se ressent à l'écran. Concernant les limaces, ce sont des limaces noires qui sont choisies pour leur taille et le réalisateur en fait importer des centaines, tout en demandant à ce qu'il y en est des milliers de fausses pour y mêler les vraies et donner de l'ampleur à cette mort rampante et visqueuse. Mais tourner avec des limaces n'est pas chose aisée. Elles avancent lentement, dorment la plupart du temps et elles n’obéissent à aucun ordre. D'où l'idée d’accélérer un peu le défilement de l'image pour dynamiser leur avancée. En l'état, Slugs s'avère une chouette petite série B, qui aurait pu être réalisée par Larry Cohen, tant on retrouve, du moins je trouve, le style des films de ce réalisateur américain dans cette oeuvre de Piquer Simon, qui livre ici un travail assez qualitatif et justement, très américain. La scène introductive est plutôt amusante, nous renvoyant à des films comme le Piranhas de Joe Dante, avec ce jeune homme qui se fait attirer dans l'eau par quelque chose qu'on ne verra pas et qui viendra rougir cette dernière, sous les yeux d'une jolie blonde en maillot de bain. Je ne savais pas que les limaces pouvaient vivre sous l'eau mais passons. La suite sera plus académique, avec cette histoire d'agent des services sanitaires qui va tenter de trouver les responsables de nombreuses morts violentes qui s'abattent sur la petite ville d'Ashton. C'est Michael Garfield Levine qui l'interprète, un acteur très peu prolifique mais dont le fait d'arme est d'avoir joué Rogue dans le culte Les Guerriers de la Nuit en 1979. A ses côtés, on trouve sa femme Kim Brady, jouée par l'actrice Kim Terry, un employé des services sanitaires qui a la tâche ingrate d'aller dans les égouts et qui est interprété par Philip Machale ainsi qu'un scientifique qui va les aider à identifier le problème, joué quant à lui par Santiago Álvarez. Tout ce petit monde va, comme dans bon nombre de films d'attaques animales, se voir rembarré par le maire de la ville, qui ne croit pas à ces histoires ubuesques de limaces radioactives tueuses, un classique ! Pourtant, nous spectateurs, on est bien obligé d'y croire à cette histoire farfelue puisqu'on les voit en action nos gastéropodes sans coquille. Et c'est là ou Slugs marque pas mal de point ! Les équipes de maquillages et d'effets spéciaux s'en sont données à cœur joie dans la représentation bien gorasse des morts violentes : visage rongé, hamster attaqué par une limace, fille qui tombe sur un amas de limaces et se fait dévorer, oeil qui sort de l'orbite, saignement de nez puis visage qui se fend en deux avec des tas de vers grouillants, vision d'un cadavre, vision de limaces grouillantes sur un ventre explosé et j'en passe, c'est ultra généreux et même si le sang ressemble à de la peinture rouge, ça fait clairement le job ! On aura même une limace en animatronique pourvue de petites dents qui s'attaque à un doigt, trop drôle ! Généreux, avec un rythme plutôt dynamique, et assez bien emballé, Slugs est  typiquement le genre de films qu'on louait dans un vidéoclub le samedi soir pour passer une soirée sympa et festive. Malheureusement, à l'époque, sa sortie en salle aux Etats-Unis fut extrêmement réduite, avec sept salles seulement au lieu des 150 prévues. Il disparaîtra rapidement des écrans, dès le premier week-end mais trouvera son public dans les vidéoclubs justement. Un échec qui a entériné la mise en chantier de Slugs 2. Dommage ?

* Disponible en combo DVD+BR chez RIMINI EDITIONS
VF + VOSTF
Bonus :
- L'attaque des limaces tueuses (16'41)
- J.P. Simon, orfèvre du bis ibérique (26'20)
- Interview audio de Shaun Huston (8'40)
- Livret 24 pages de Marc Toullec