EL CAMINANTE
(El Caminante / The Devil Incarnate)
Réalisateur : Paul Naschy
Année : 1979
Scénariste : Paul Naschy, Eduarda Targioni
Pays : Espagne
Genre : Drame
Interdiction : -16 ans
Avec : Paul Naschy, Sara Lezana, David Rocha, Ana Harpo, Blanca Estrada...
L'HISTOIRE : Un mystérieux voyageur se promène de contrées en contrées, observant l'humanité se complaire dans la fourberie et le péché. Lui-même n'hésite pas à mentir, tuer, voler pour s'élever dans la société. Il recueille sous son aile un jeune garçon, Tomás, et l'initie à sa curieuse philosophie, qui prône l'hédonisme et l'enrichissement, et ce, par tous les moyens possibles, même les plus répréhensibles...
MON AVIS : "J'ai écrit El Caminante dans un état d'esprit très particulier. La vie m'avait infligé de nombreux coups durs et j'avais acquis une opinion assez négative des gens. Personnellement, mes amitiés avaient été une terrible déception. Je connaissais la trahison et le manque de loyauté et, mis à part ma famille – mes parents, ma femme et mes deux fils – je ne croyais pas qu'il y ait grand-chose de valable dans ce monde pourri. Plus tard, trois personnes sont apparues dans ma vie que je considère comme de véritables amis. Cependant, le cri d'angoisse venu du plus profond de mon âme et qui s'est exprimé à travers ce film résonne encore aujourd'hui." Ces propos sont ceux de Jacinto Molina lui-même, plus connu sous son pseudonyme de Paul Naschy. Un acteur légendaire du cinéma Bis espagnol, devenu célèbre son avoir interprété à de multiples reprises le personnage de Waldemar Daninsky, le plus célèbre loup-garou ibérique. Mais il porte aussi la casquette de scénariste et de réalisateur, avec une vingtaine de films à son actif derrière (et souvent devant) la caméra. El Caminante est son quatrième film en tant que metteur en scène. Je mets de suite en garde les fans de Paul Naschy, nous ne sommes pas du tout dans un film d'épouvante ici, mais plutôt dans une mise en image d'une réflexion philosophique sur le Bien et surtout le Mal. Même si ce n'est jamais dit spécifiquement, on comprends très rapidement que ce curieux voyageur interprété par Naschy est le Diable lui-même, venu sur Terre pour observer la condition humaine et comprendre pourquoi Jésus a donné sa vie pour les humains. Un questionnement philosophique qui ne trouvera pas ici grande interprétation ou réflexion, puisque El Caminante, qui se traduit donc par Le Voyageur, se vautre rapidement dans les turpitudes du cinéma Bis décomplexé et irrévérencieux. On note toutefois que, par rapport aux propos cités au début de cet avis, Paul Naschy considère que les Hommes sont le vrai problème à notre monde et que si l'Humanité est dans cet état de délabrement, c'est uniquement de la faute des humains et non du Diable. Difficile de lui donner tord, vu les exactions contemporaines commises par nos semblables. Nous sommes le virus le plus terrifiant de la planète à n'en point douter. Bref. Paul Naschy débute donc l'aventure sous l'apparence humaine d'un vagabond, qui va dépouiller un chevalier de ses maigres bien pour se donner une nouvelle stature. En chemin, il croisera la route d'un jeune adolescent prénommé Tomás, qui est le souffre-douleur de son maître aveugle. Le Diable va s'amuser un peu avec l'aveugle avant de rallier Tomás à sa cause. La suite du film se concentre donc sur les diverses rencontres que vont faire ce curieux duo, rencontres qui vont subir l'influence du Diable, qui va les pousser à commettre les principaux péchés terrestres, que ce soit l'avarice, l’orgueil, l'envie, la colère, la gourmandise, la paresse et bien sûr la luxure. Il semblerait que le Diable lui-même se laisse aller à ce dernier péché puisqu'il va se taper quasiment l'ensemble du casting féminin, souvent en échange de son aide. Enfin, son aide, il faut le dire vite, puisque le Diable est un malin qui n'agit que dans son propre intérêt, à l'image de la séquence avec une comtesse dont l'enfant se meure. Naschy lui promet de sauver l'enfant en échange d'une nuit d'amour. Après avoir obtenu satisfaction, il quitte la demeure et la pauvre mère découvre le lendemain que sa fille, après avoir été guéri le temps de la tromperie, est morte. Pas très sympa. Le film se pare donc de quelques séquences érotiques dans lesquelles la nudité intégrale des actrices irradie l'écran. Il est quand même malin Paul Naschy, il n'a pas choisit des actrices quelconques mais des jolies filles bien pourvues par Dame Nature. De là à y voir un comportement un peu misogyne, il n'y a qu'un pas que certains n'hésiteront pas à faire, accusant El Caminante de se montrer assez abject avec la gent féminine, qui subira viol et nuit d'amour basée sur le mensonge. Alors oui, on peut y voir du machisme et une certaine complaisance dans l'immoralité et la sexualisation de la femme, mais n'est-ce pas l'apanage même du cinéma Bis, de briser les tabous, d'être le vilain petit canard du 7ème Art ? Nul doute que les fragiles 2.0 qui vont découvrir ce film vont le prendre au premier degré et le lapider sur la place publique. Mais rassurons les haters, l'année 1979 va voir un personnage féminin devenir une icone féministe, je veux bien sûr parler de Rpley dans Alien le huitième passager. Et d'autres suivront. Avec ses situations un brin scabreuses, El Caminante pourra satisfaire les aficionados du cinéma Bis. Certes, le constat que dresse le réalisateur / scénariste / acteur sur la faiblesse humaine n'est pas bien glorieux : pour réussir dans la vie, il faut se laisser aller à ses plus bas instincts primaires, privilégier l'argent comme moyen d'accéder à un statut social supérieur, quitte à voler, exploiter ou tuer son prochain pour y parvenir. Quid de l'honneur, de l'amitié ? Des notions balayées d'un revers de main par le Diable, qui n'hésitera pas à offrir son jeune protégé à un seigneur homosexuel pour une poignée d'argent. Trash ! Maintenant, j'avoue bien volontiers que si j'ai été satisfait de pouvoir découvrir ce film que je n'avais jamais vu, il ne m'a pas emballé plus que ça. Même si son casting féminin est plutôt agréable à admirer dans son plus simple apparat, on citera Sara Lezana, Blanca Estrada ou Ana Harpo, si on s'amusera d'une séquence filmée en accélérée à l'image de celle présente dans Orange Mécanique, si les facéties de Paul Naschy pour parvenir à ses fins nous feront sourire, si la teinte rougeâtre qui vient s'apposer sur son visage pour nous faire comprendre sa nature diabolique est amusante, si certaines remarques concernant la religion ainsi que la séquence où Naschy est attaché en croix face à une statut de Jésus ne sont pas inintéressantes, si on appréciera la scène dans laquelle Naschy révèle le futur à son disciple (avec des images des Guerres mondiales et des camps nazis entre autres) pour lui montrer que le pire est à venir et si le final voyant le Diable subir lui aussi la méchanceté des Hommes vient remettre les pendules à l'heure, on trouvera El Caminante loin d'être au niveau des films d'épouvante espagnols. Je préfère Paul Naschy en loup-garou...


