THE STUFF
(The Stuff)
Réalisateur : Larry Cohen
Année : 1985
Scénariste : Larry Cohen
Pays : USA
Genre : Science-fiction
Interdiction : /
Avec : Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Scott Bloom, Paul Sorvino...
L'HISTOIRE : Tout le pays ne parle que de ça : une nouvelle substance au goût irrésistible, baptisée le Stuff, est devenu le dessert à la mode. Agacée, la concurrence charge David Rutherford, un ex-agent du FBI aux méthodes douteuses, de découvrir le secret de ce produit miracle. Au même moment, Jason, un jeune garçon, constate avec horreur que l'étrange substance est vivante. Chacun de leur côté, ils sont les seuls à comprendre que le Stuff s'empare des corps et des esprits de ceux qui y goûtent...
MON AVIS : Réalisateur exigeant, qui endosse de nombreuses casquettes, telles celles de producteur et scénariste la plupart du temps, Larry Cohen, malgré de faibles budgets, est souvent parvenu à transcender ses sujets et ses films, de par ses choix au niveau du casting, ses méthodes de tournage rigoureuses et sa vision très satirique du monde qui l'entoure. On lui doit quelques classiques de la séries B, à l'image de Black Caesar le parrain de Harlem en 1973, Le Monstre est vivant en 1974, L'excellent Meurtres sous Contrôle en 1976, Les Monstres sont toujours Vivants en 1978, Épouvante sur New York en 1982, La Vengeance des Monstres en 1987 ou L'Ambulance en 1990 entre autres. En 1985, il a l'idée de faire une satire sur le consumérisme et les entreprises qui vendent de la malbouffe sans s'inquiéter de leurs effets néfastes sur la population. L'addiction du public à ces produits nocifs est aussi l'un des thèmes du film. L'idée intéresse la firme de Roger Corman, la New World Pictures, qui décide de financer le projet. Niveau casting, Larry Cohen refait appel à Michael Moriarty, avec qui il a déjà travaillé. L'entente entre les deux hommes est très complice et Moriarty donne entière satisfaction au réalisateur, ayant le même état d'esprit que lui. On lui rajoute des dialogues improvisés au dernier moment, voire carrément durant une scène ? Pas de souci, le professionnalisme et la concentration de l'acteur font que tout passe comme une lettre à la poste. Dans The Stuff, il joue donc David Rutherford, surnommé Moe car, comme il aime à le rappeler, il adore l'argent (Mo-ney en anglais). C'est une sorte d'espion industriel, engagé par de grandes sociétés pour semer le chaos chez les concurrents ou dérober les secrets de fabrication des produits phares d'une marque. Un personnage excentrique, survolté, qui n'a pas la langue dans sa poche et apporte beaucoup d'humour au film. Pour le seconder, on lui adjoint l'actrice Andrea Marcovicci, qui joue Nicole, la directrice d'une agence publicitaire. C'est elle qui a trouvé le nom de Stuff et qui s'occupe des publicités télévisuelles qui ont amené ce curieux produit à devenir la star incontournable des desserts ! En découvrant que le Stuff n'est pas aussi inoffensif qu'il le paraît, elle est prise de remords et va donc aider Rutherford a mener son enquête. Ce dernier fera également connaissance avec Chocolate Charlie, un entrepreneur noir qui s'est vu déposséder de son entreprise par la firme commercialisant le Stuff et qui est interprété par Garrett Morris. Ce trio va occuper une partie de l'histoire de The Stuff. Mais le scénario va s'attarder également sur Jason, un jeune garçon qui a découvert le secret du Stuff et qui va tenter d'alerter sa famille, sans succès. La présence de ce personnage campé par Scott Bloom fait du film de Larry Cohen un spectacle quasi familial, une bonne porte d'entrée pour les enfants plus âgés souhaitant s'initier en douceur au charme du cinéma fantastique. Les connaisseurs du genre ne pourront s'empêcher de penser à deux films de science-fiction lors des séquences mettant en vedette Jason et sa famille : L'invasion vient de Mars et L'invasion des profanateurs de sépultures. En effet, le jeune garçon ne va provoquer qu'incompréhension chez les siens, se retrouvant seul à vouloir établir la vérité et à les mettre en garde. Des membres de famille qui développent un curieux comportement à force d'ingurgiter du Stuff et qui ne semblent plus maître d'eux-mêmes, comme contrôlés par quelque chose d'invisible. Qui plus est, un certain malaise gagne Jason puisque ses parents et son frère veulent absolument qu'il consomme du Stuff, comme pour le rallier à leur nouveau mode de consommation. Bien sûr, ces deux parties du scénario finiront par se télescoper et Jason rejoindra l'équipe de Rutherford pour tenter de faire la lumière sur le Stuff. Mais qu'en est-il de ce produit d'ailleurs ? C'est une sorte de yaourt / crème glacée dont la provenance "extraterrestre" n'est jamais explicitée dans le film. On le découvre lors de la scène introductive se déroulant sous la neige (des conditions météos non prévues par la production mais qui n'a pas empêché Larry Cohen de tourner cette séquence, qui s'en trouve magnifiée par la chute des flocons) et dans laquelle un ouvrier aperçoit cette substance clapoter dans un amas de neige. Il y goûte, trouve ça délicieux et on découvre que cette matière inconnue a inondé les marchés de grandes consommations, devenant le produit le plus acheté et consommé par la population. Comme chez Stephen King, Larry Cohen, qui est scénariste du film, introduit l'élément fantastique par petite touche : un chien, dont le propriétaire explique à Rutherford qu'il est nourri lui aussi avec du Stuff, se met à attaquer son maître sans raison et éjecte du stuff de sa gueule, comme s'il en était rempli de l'intérieur. Par la suite, Rutherford et Chocolate Charlie découvre le propriétaire d'un magasin mort la bouche ouverte de façon disproportionnée, cette dernière ayant laissé s'échapper une grande quantité de Stuff, qui a donc la faculté de se mouvoir, de se déplacer. Bien sûr, les connaisseurs, encore eux, auront une nouvelle référence qui viendra frapper à la porte de leur esprit : celle du fameux Blob, héros gélatineux de trois films de science-fiction. Le Stuff ne grossit pas par contre, il se contente de contaminer de l'intérieur les personnes qui le consomme et de pervertir leur faculté mentale, les rendant totalement dépendant à son ingestion quotidienne. Plus insidieux que le Blob, le Stuff est tout aussi dangereux puisqu'une fois extrait de son hôte, il ne reste qu'une carcasse vide de ce dernier, qui se brise sous les coups, comme en seront témoins Rutherford et ses compagnons. Niveau effets spéciaux, on retrouve le spécialiste de la stop-motion Dave Allen mais aussi Ed French, Jim Danforth ou Steve Neill qui viennent s'activer pour rendre le tout crédible. Et franchement, si on passe rapidement sur certaines têtes mécaniques assez visibles, l'effet fluide du Stuff est particulièrement réussi, notamment lors de l'excellente séquence de l'agresseur projeté sur un mur et au plafond par la substance blanchâtre, selon le même procédé que la mort de Tina ou celle de Glen dans Les Griffes de la Nuit, à savoir un décor de chambre monté sur un plateau pivotant. Concernant le Stuff lui-même, en fonction des scènes, on avait de la crème glacée Häagen-Dazs, de la crème fouettée, de la mousse à raser, de la neige carbonique provenant d'extincteur ou un mélange à base d'arêtes de poissons broyés à l'odeur pestilentielle. Reste que le film est très avare en violence et encore plus en effet gore, ce qui n'empêche pas certains effets spéciaux d'être très réussis. Comme dit plus haut, on est avant tout en présence d'une satire féroce, qui ne cherche pas à jouer dans la cour du cinéma d'horreur. Cet retenue et cet aspect grand public a certainement joué en défaveur de The Stuff lors de sa sortie, le film étant vendu par New World comme un film d'horreur, ce qu'il n'est donc absolument pas. D'une durée de 118 minutes au départ, la firme trouve The Stuff bien trop long et pas assez énergique et décide de tailler dans le gras pour le ramener à une durée de 86 minutes. Des coupes qui se ressentent parfois, avec une impression de montage exécuté à la hachette. Considéré comme perdu, le montage original a été retrouvé et se fait appelé The Stuff : pre-release cut. Il comprend donc 30 minutes supplémentaires, principalement des plans plus longs, des scènes retirées qui accroissent la relation entre Rutherford et Nicole entre autres, une scène où Jason est en centre de détention pour mineurs suite à ses actes dans un supermarché, un montage moins chaotique de la séquence d'attaque avec les militaires lors du final. Cette version dispose également d'une musique de Dwight Dixon, remplacée par Anthony Gueffen sur la version classique. Je n'ai pas vu ce pre-release cut, il n'est malheureusement pas inclut dans l'édition Rimini Editions, il faut se tourner vers l'édition Arrow pour le découvrir et ceux qui l'ont vu parlent d'un montage plus fluide, moins haché mais qui ne change en rien le film en lui-même. Alors oui, The Stuff, par son aspect familial et ses thématiques, pourra décontenancer le spectateur venu profiter d'un spectacle purement horrifique à base de yaourt tueur. Même si ce n'est pas mon Larry Cohen préféré, j'ai vraiment retrouvé l'ambiance 80's lors de cette nouvelle vision en Blu-ray, et le film, sans être transcendant, est tout de même fort sympathique même si un peu mou du genou dans l'ensemble. Les scènes finales avec Paul Sorvino en dirigeant d'une milice militaires d'extrême droite peuvent surprendre tant elles versent dans une ambiance débridée et totalement farfelue. A noter la présence de quelques stars lors des différentes publicités vantant le Stuff, à l'image de Brooke Adams, Laurene Landon, Tammy Grimes, Clara Peller, ainsi que la présence de deux débutants devenus célèbres, Patrick Dempsey et Mira Sorvino, dans des rôles insignifiants et non crédités !
* Disponible en combo DVD + BR chez RIMINI EDITIONS
Une belle édition, avec boitier trois volets sous fourreau, image de grande qualité, VF et VOSTF.
Niveau bonus, on trouve un bonus canapé (présentation du film par Mylène Da Silva) mais surtout un bonus de 52 minutes qui est très intéressant, puisqu'il fait intervenir Larry Cohen, le producteur Paul Kurta, le critique Kim Newman, l'actrice Andrea Marcovicci et le responsable des effets spéciaux Steve Neill. Et bien sûr, on a le livret 24 pages de Marc Toullec.

