Légende pour la notation des films

Bienvenue dans mon univers filmique ! Ma mission ? (Re)voir tous mes films, séries Tv, documentaires et concert, tous genres confondus, sur tous supports, Vhs, Dvd, Dvd-r, Blu-ray (avec aussi les diffusions télévisées ou cinéma), et vous donner mon avis de façon simple et pas prise de tête sur chaque titre (re)vu ! C'est parti !



AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.




mercredi 15 août 2018

ASSASSIN'S CREED

ASSASSIN'S CREED
(Assassin's Creed)

Réalisateur : Justin Kurzel
Année : 2016
Scénariste : Michael Lesslie, Adam Cooper, Bill Collage
Pays : Etats-Unis, France, Angleterre, Hong Kong, Taiwan, Malte
Genre : Aventure, Action, Science-Fiction
Interdiction :-12 ans
Avec : Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons, Brendan Gleeson...


L'HISTOIRE : Grâce à une technologie révolutionnaire qui libère la mémoire génétique, Callum Lynch revit les aventures de son ancêtre Aguilar, dans l’Espagne du XVe siècle. Alors que Callum découvre qu’il est issu d’une mystérieuse société secrète, les Assassins, il va assimiler les compétences dont il aura besoin pour affronter, dans le temps présent, une autre redoutable organisation : l’Ordre des Templiers. Cette dernière veut que Callum récupère, via les souvenirs de son ancêtre, la pomme d'Eden...

MON AVIS : Tiens, encore une adaptation d'un jeu vidéo à succès. Ce qui, vous en conviendrez, ne veut pas forcément dire qu'à l'arrivée, on aura un bon film. Peu nombreuses sont les adaptations réussies d'un univers vidéo ludique. Assassin's Creed, je connais, j'ai les jeux chez moi. L'annonce de voir débarquer cette licence culte au cinéma m'a intrigué et c'est plutôt confiant que j'attendais les premières réactions du public, surtout que l'acteur principal, Michael Fassbender, s'est investi avec pas mal de passion sur le projet et que le réalisateur choisi, Justin Kurzel, m'avait surpris avec son premier film réalisé en 2011, Les Crimes de Snowtown. Je n'ai pas vu sa version de Macbeth avec justement Michael Fassbender et Marion Cotillard, qu'il dirige à nouveau dans Assassin's Creed. Les premiers échos étaient plutôt mitigés mais comme ma devise est de laisser sa chance à tout film sans me préoccuper de l'avis des autres, j'ai donc emprunter le film à mon neveu et j'ai pu le visionner, avec certes un an et demi environ de retard mais l'important, c'est de voir les films, qu'importe le moment. Bref, voilà, c'est fait, j'ai vu Assassin's Creed. Vous le savez si vous me suivez, je suis très bon public, ce qui, pour moi, est une grande qualité car je prend du plaisir à de nombreux film qui sont boudés par un public qui ne sait plus se laisser aller, être diverti simplement et analyse la moindre parcelle d'image pour y trouver des défauts servant leur critique acide et souvent infondée, si ce n'est par la mauvaise foi. Chacun son ressenti après tout. Si ce n'est pas le film de l'année, si je ne crierai pas à la réussite totale, loin de là, j'ai été agréablement surpris par cette adaptation, qui ne lésine pas à mettre en avant la mythologie de la série, surtout le premier jeu, et devrait satisfaire les fans du jeu vidéo justement, au risque de désorienter un peu les néophytes sur le sujet. Le film alterne en effet des séquences se déroulant à notre époque avec d'autres se déroulant en Andalousie, en 1492. Si vous avez déjà joué au jeu vidéo, vous connaissez le principe : un homme, dont un ancêtre faisait partie de la Confrérie des Assassins, est placé, à notre époque, dans un machine révolutionnaire, l'Animus, qui va lui permettre de revivre les souvenirs de cet ancêtre, à l'époque où il a vécu. D'une fidélité assez remarquable à l’univers vidéo ludique de la saga, le réalisateur nous offre donc tout ce qu'on attend d'un film qui s'appelle Assassin's Creed : l'entreprise Abstergo, dirigée par les templiers ; la machine Animus permettant de revivre le passé, au look plus cinématique par contre qu'un simple caisson ; des allers-retours entre présent et passé ; des assassins en costumes à capuche ; l'aigle qui suit les assassins et nous propose de jolis plans aériens ; la lame rétractable, arme préférée des assassins ; des sauts dans le vide à des hauteurs vertigineuses ; une reconstitution d'époque dans des paysages magnifiques, avec des tas de bâtiments à escalader pour les assassins ; des combats musclés où les capacités physiques des assassins sont bien mises à contribution ; un contraste total entre les scènes du présent (dans un laboratoire, avec des tonalité bleu, froide) et celles du passé (inquisition espagnole, désert, minarets et tonalité jaune, chaleureuse) et j'en passe. Difficile de faire la fine bouche et la réalisation de Justin Kurzel, pas vraiment spécialisé dans ce type de film d'action à gros budget, convient parfaitement à l'aventure. Les scènes d'action, parfois un peu "à la Matrix", avec quelques ralentis et chorégraphies bien senties, remplissent le cahier des charges et s'avèrent efficaces, sans en faire trop non plus et tout miser sur le spectaculaire. J'ai vraiment apprécié toutes les séquences se déroulant dans le passé et qui donnent tout son intérêt au film. Michael Fassbender dans le rôle du double-héros (passé et présent) s'en sort haut la main et accompli quelques prouesses physiques lors des combats, ce qui leur donne une bonne dynamique. Marion Cotillard, ravissante, interprète une scientifique à la solde de son père, ce dernier étant joué par un Jeremy Irons, assez transparent ici. Divertissant dans son ensemble, le film aurait pu durer plus longtemps, pour prendre le temps d'expliquer plus en détail les relations entre templiers et assassins. En 116 minutes, le scénario n'a pas pu être développé à ce niveau et c'est ce qui laissera sûrement sur le carreau le spectateur qui ne connaît pas l'univers des jeux vidéos. Le final laisse évidemment présager d'une suite et honnêtement, ça ne me dérangerait pas qu'elle voit le jour car je retournerai bien à la suite de Michael Fassbender et Marion Cotillard, pour explorer plus avant le mystère de la confrérie des assassins et leur Credo...


dimanche 12 août 2018

HOT THRILLS AND WARM CHILLS

HOT THRILLS AND WARM CHILLS
(Hot Thrills and Warm Chills)

Réalisateur : Dale Berry
Année : 1967
Scénariste : Herman Eldeweis 
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, érotique
Interdiction :-16 ans
Avec : Rita Alexander, Bubbles Cash, Lorna Maitland, Susan Branson, Jeane Manson...


L'HISTOIRE : Toni invite chez elle Dody et Kitten, deux de ses amies qu'elle n'a pas vu depuis des années. Après les avoir questionné sur leur mari respectif et leur vie conjugale, Toni leur expose le pourquoi de leur retrouvaille. Elle veut reformer le gang de braqueuses qu'elle avait créé avec ses deux amies pour monter un dernier coup : dérober la couronne d'une grande valeur qui va être remise au gagnant du carnaval de Rio...

MON AVIS : Réalisateur totalement inconnu du grand public et même des cinéphiles les plus pointus, Dale Berry est un texan, guitariste et chanteur dans un groupe de country. Dans les années 60, il découvre l'univers des clubs de strip-tease et des films de sexploitation. Il décidera alors d'en réaliser, avec pour actrices des strip-teaseuses rencontrées dans les clubs, comme Bubbles Cash ou Rita Alexander. Une carrière derrière la caméra de courte durée puisqu'il n'aura que quatre films à son actif : Passion in the Sun (1964), Hot Blooded Woman (1965), Hip Hot and 21 et ce fameux Hot Thrills and Warm Chills, tous deux réalisés en 1967. Des micros-budgets, tournés uniquement pour amasser un maximum d'argent, filmés en noir et blanc et qui ont la particularité de ne pas prêter grande attention au scénario ou à la linéarité de l'histoire. C'est effectivement le cas dans le film qui nous intéresse ici, à savoir Hot Thrills and Warm Chills. Vous allez avoir l'impression, à plusieurs reprises, qu'il manque des scènes ou que l’enchaînement n'a parfois ni queue ni tête. Rassurez-vous, vous ne vous êtes pas endormis et le film n'est pas cut. C'est juste que Dale Berry a une manière bien à lui de structurer ses films, aux antipodes de la normalité. Incompétence, méconnaissance des techniques de cinéma, je m'en foutisme total ou vision d'auteur, je ne sais pas. Toujours est-il qu'on a l'impression de regarder un film "autre", non-sensique, arthaudien comme dirait Lucio Fulci. Un des personnages (Kitten) nous racontent sa vie sentimentale ratée avec son mari et on a un flashback qui suit cette discussion. On s'attend évidemment à voir Kitten et ce dernier mais pas du tout. On aura droit au mari mais avec une autre actrice. Curieux. Il en sera de même dans la scène suivante, où c'est au tour de Dody de nous parler de sa vie qui ne lui convient pas avec son mari. On se dit qu'on va voir Dody et son mari dans un flashback mais encore une fois, on a tout faux, le réalisateur préférant filmer le trio d'amies se mettre à danser et zapper la discussion qui vient d'avoir lieu, le tout avec une caméra parfaitement statique, qui ne bouge même pas quand l'une des actrices vient se mettre pile devant l'objectif, nous masquant le reste de la séquence. On a un sentiment d'incompréhension et d'incrédulité qui germe en nous et on se demande si on va réussir à tenir comme ça durant les 68 minutes que dure le film. Heureusement, la star du film, Toni, est interprétée par la sculpturale Rita Alexander, star de l'effeuillage burlesque, surnommée "The Champagne Girl" pour son numéro dans lequel elle pose une coupe de champagne sur un de ses seins et la boit sans les mains. Généreusement pourvue au niveau du buste comme vous l'avez compris, elle aurait tout à fait eu sa place dans un film de Russ Meyer. Le film de Dale Berry est quasiment sa seule apparition au cinéma. On la reverra dans un épisode de la série Switch (1976), Charlie et ses drôles de dames (1978) et dans le film Fake-Out en 1982. Pourtant, son look et sa poitrine aurait pu intéresser Russ Meyer comme déjà dit mais aussi Doris Wishman ou Herschell Gordon Lewis par exemple. Elle est en tout cas une bonne raison de visionner Hot Thrills and Warm Chills, surtout qu'elle nous dévoile ses attributs mammaires durant une scène du film et nous propose son numéro de la coupe de champagne en cadeau ! Un érotisme gentillet pointe donc le bout de son nez pour nous tenir éveillé devant un tel "ofni" déstructuré. La suite de l'histoire (?) se focalise sur notre trio de demoiselles qui, comme George Clooney et ses potes, décident de réaliser un ultime braquage qui leur permettra d'aller se reposer dans les îles des Caraïbes. Evidemment, par manque de moyen ou inattention, Dale Berry oublie de nous montrer le braquage et envoie aux trousses des filles quelques policiers qui n'hésitent pas à tirer au beau milieu de la foule du carnaval de Rio (enfin je crois que c'est Rio, parce que c'est pas prouvé non plus au vu de certains dialogues contradictoires !). Arrive alors les dix dernières minutes qui sont franchement assez intéressantes et méritent notre attention. Le style du film se rapproche lors de ce final des roughies de Russ Meyer (Mudhoney, Lorna, Faster Pussycat...), avec un peu de violence et des femmes qui ne se laissent pas faire et qui frappent les policiers de manière virulente. Toni se retrouvera enfermée dans un caveau par inadvertance après une course poursuite dans un cimetière (on se croirait presque dans un film de Jean Rollin) et n'aura plus qu'une solution pour s'en sortir. Un final assez nihiliste et qui redonne un semblant d'intérêt à l'ensemble du film. Hot Thrills et Warm Chills est uniquement à réserver aux spectateurs curieux de découvrir un cinéma différent des standards imposés. Outre son manque de cohésion entre les séquences, il nous propose des scènes de danses, de la musique afro-cubaine bien rythmée, des filles à la poitrine généreuse, un faux viol, un peu d'érotisme, une scène assez drôle dans laquelle on croit que l'une des héroïnes se fait faire un cunnilingus, avec moult gémissements mais en fait, pas du tout, et surtout Rita Alexander. Pas un bon film, c'est clair, un casting amateur, une mise en scène quelconque mais c'est tellement intrigant qu'au final, je ne regrette pas ma vision de ce film, même si je ne pense pas le revoir une seconde fois.

* Disponible sur le site de Nicolas Winding Refn avec STF     

Extrait :

samedi 11 août 2018

L'AU-DELÀ

L'AU-DELÀ
(...E tu vivrai nel terrore! L'aldilà / The Beyond

Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1981
Scénariste : Dardano Sacchetti, Giorgio Mariuzzo, Lucio Fulci
Pays : Italie
Genre : Horreur, Fantastique, Gore
Interdiction :-16 ans
Avec : Catriona MacColl, David Warbeck, Cinzia Monreale, Antoine Saint-John...


L'HISTOIRE : Liza Merril hérite d'un vieil hôtel abandonné à la Nouvelle-Orléans. Elle décide de le faire rénover mais très vite, d'étranges incidents et accidents se produisent. Elle fait la rencontre d'Emily, une jeune fille aveugle qui la met en garde contre les dangers inhérents au passé de l'hôtel, et du docteur John McCabe, qui va tenter de l'aider à résoudre le mystère entourant cette vieille bâtisse et la chambre 36. Liza et John vont découvrir l'existence du livre d'Eibon, un ouvrage de sorcellerie qui prétend que sept portes menant aux Enfers seraient disséminées sur Terre. L'hôtel dont a hérité Liza serait l'une d'entre-elles...

MON AVIS : Après une carrière prolifique dans la comédie, le western, le film d'aventure ou le giallo, Lucio Fulci accède au stade supérieur de la popularité en 1979 avec L'Enfer des Zombies. Face au succès mondial de cet excellent film d'horreur, le réalisateur transalpin poursuit dans ce registre dès l'année suivante avec Frayeurs, puis en 1981 avec Le Chat Noir, L'Au-Delà et La Maison près du Cimetière. Pour beaucoup de fans du maestro italien, L'Au-Delà est son chef-d'oeuvre absolu. Un avis que je ne partage pas, lui préférant largement Frayeurs (qui est à mes yeux SON chef-d'oeuvre) et peut-être même La Maison près du Cimetière. Toutefois, impossible de nier pour votre serviteur les qualités évidentes de L'Au-Delà, qui n'en reste pas moins un pur classique du genre. Dès la scène d'introduction, Fulci frappe fort. Il surprend d'entrée de jeu le spectateur en réalisant cette séquence introductive dans un très beau noir et blanc / sépia, où un jeune peintre va subir les foudres des villageois qui l'accusent d'être un sorcier au vu des peintures qu'il réalise. D'abord fouetté par des chaînes qui lacèrent ses chairs, le peintre sera ensuite crucifié sur un mur avant d'avoir le visage recouvert de chaux brûlante. Une mise à mort éprouvante pour une première séquence, qui nous fait penser qu'on va avoir droit à un vrai film d'horreur sans concession par la suite. Ce qui sera effectivement le cas, les scènes gores de L'Au-Delà étant certainement ce qui se faisaient de plus horribles à l'époque de sa sortie. La suite du récit se situe au même endroit où le peintre a été lynché (un hôtel en Louisiane) mais des années plus tard. L'immeuble abandonné a une nouvelle propriétaire, Liza (ravissante Catriona MacColl), qui veut le rénover. Une équipe se charge des travaux. Des événements étranges vont alors se produire. Un des ouvriers découvre une entrée dans un mur et se fait tuer par une main aux doigts griffus. C'est le début d'une série de morts horribles et surnaturelles. Ayant été marqué par le Inferno de Dario Argento sorti l'année précédente et par la structure non-sensique de ce dernier, Fulci va faire de même dans L'Au-Delà : le film enchaîne en effet les séquences abominables sans véritable lien entre-elles. Les effets spéciaux et les maquillages sont dus aux talentueux Gianetto de Rossi et Maurizio Trani, qui se sont surpassés dans le domaine de l'horrible. Laissant libre court à leur imagination, les deux artistes nous révulsent avec deux énucléations, un visage totalement liquéfié par de l'acide liquide, une boîte crânienne qui explose, une gorge déchiquetée par un chien, une impressionnante attaque d'araignées dont les mandibules iront jusqu'à dévorer une langue (et ce, malgré le fait qu'on devine sans peine les deux araignées mécaniques dissimulées parmi quelques vraies tarentules) et un final cauchemardesque avec des zombies (figures imposées par le producteur), avec moult explosions de têtes et impacts de balles. Le rouge est donc à l'honneur dans L'au-Delà et les amateurs de gore seront aux anges. Comme dit précédemment, la structure narrative du film de Fulci est assez confuse et ne respecte pas un schéma classique. L'histoire est elle-même n'a pas de réelle logique et pourra apparaître comme fouillis ou décousue par les spectateurs n'ayant jamais vu le film. Une histoire qui emprunte de nombreuses références à une multitude de films (Shining, InfernoSuspiria, La sentinelle des Maudits, les Diaboliques et surtout Carnival of Souls, comme le dit très justement Lionel Grenier dans les bonus de la superbe édition d'Artus Films) ainsi qu'au célèbre écrivain Lovecraft avec le livre d'Eibon qui apparaît dans quatre nouvelles du maître de Providence. Quelques défauts sont à signaler, comme le héros qui a compris qu'il fallait tirer dans la tête des zombies pour les tuer mais qui continue néanmoins à mettre quelques balles dans leur ventre. Un détail qui peut même faire sourire lors de la sublime séquence finale. Mais qu'importe, le spectacle horrifique est bien là et on assiste à une œuvre baroque, où tout respire la pourriture et la mort. La mise en scène est classieuse, la photographie somptueuse. Certaines scènes sont surprenantes, comme l'apparition brutale de la jeune aveugle Emily au milieu d'un pont qui surplombe l'océan, le cadavre du peintre qui remonte à la surface de l'eau dans une baignoire et bien sûr la représentation "live" de "la mer des ténèbres", d'une beauté picturale indécente. Le tout magnifié une nouvelle fois par la musique de Fabio Frizzi. Reste que, en ce qui me concerne, l'absence de linéarité dans le scénario, ce côté décousu dans l'enchaînement des séquences, des transitions, le fait qu'on ne comprenne pas toujours pourquoi tel ou tel acte a lieu et pourquoi il a lieu, m'empêche de d'apprécier L'Au-Delà à 100%. Certes, ce manque de repère permet au film d'affirmer pleinement un côté onirique et fantastique dans lequel la rationalité n'a pas lieu d'être. Mais j'ai parfois l'impression de regarder un catalogue de séquences gores sans qu'une vraie ambiance palpable s'en dégage. L'Au-Delà ne fait jamais peur, à contrario de Frayeurs qui dégage une puissance morbide à nul autre pareil, que la partition tétanisante de Frizzi vient augmenter. Allez, je suis un peu tatillon car j'aime évidemment beaucoup L'Au-Delà, que je revois régulièrement. Mais ce n'est pas le chef-d'oeuvre de Fulci.

* Disponible en combo DVD + BR + LIVRE chez ARTUS FILMS

L'EDITION ARTUS FILMS :

Présenté en format Mediabook, L'Au-Delà sort donc chez Artus Films qui nous a offert L'Enfer des Zombies dans le même format. La polémique qui avait suivi cette sortie, concernant la méthode de rangement des disques dans ce médiabook, va peut-être resurgir car tout est à l'identique, on doit toujours faire glisser le DVD ou le BR de sa pochette cartonné pour l'extraire. MAIS l'éditeur a tout de même ajouté un petit film plastique de protection pour prévenir toute éventuelle rayure. Personnellement, je n'ai rien à redire sur cette méthode qui ne cause aucune rayure sur mes disques. Il y aura toujours des mécontents de toute façon. Toujours est-il que je n'avais jamais vu L'Au-Delà avec une telle qualité d'image. La copie est magnifique, les détails sont précis et le gore encore plus gore ! Au niveau des bonus vidéos, on trouve une interview de la belle Catriona MacColl qui nous parle avec une grande tendresse de Fulci, une interview de Cinzia Monreale (Emily), une interview de Michele Mirabella (l'homme qui se fait dévorer par les tarentules) et un module analytique très intéressant de Lionel Grenier sur L'Au-Delà. Le livre de 80 pages possède les mêmes qualités et le même "défaut" que le précédent. Sur les 80 pages proposées, seulement 23 sont consacrées au film de Fulci. Le reste est composé d'un excellent dossier sur l'utilisation du cadre de la Louisiane dans le cinéma fantastique par Gilles Vannier et d'une analyse sur le dernier film de Fulci (Le Porte del Silenzio). Le tout avec moult images et affiches de films. Ce n'est pas que ces deux sujets ne sont pas intéressants, bien au contraire, mais j'aurai préféré un ouvrage entièrement dédié à L'Au-Delà, avec jeux de photos de différents pays, affiches de diverses nationalités ou textes de divers auteurs sur le film, les effets spéciaux, etc. Mais en l'état, c'est un superbe objet que tout collectionneur se doit de posséder de toute façon.



jeudi 9 août 2018

REVENGE

REVENGE
(Revenge)

Réalisateur : Coralie Fargeat
Année : 2017
Scénariste : Coralie Fargeat
Pays : France
Genre : Horreur, Survival, Rape & Revenge
Interdiction :-12 ans
Avec : Matilda Anna Ingrid Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe, Guillaume Bouchède...


L'HISTOIRE : Trois riches chefs d’entreprise quarantenaires, mariés et bons pères de famille se retrouvent pour leur partie de chasse annuelle dans une zone désertique de canyons. Un moyen pour eux d’évacuer leur stress et d’affirmer leur virilité armes à la main. Mais cette fois, l’un d’eux est venu avec sa jeune maîtresse, une lolita ultra sexy qui attise rapidement la convoitise des deux autres... Les choses dérapent... Dans l'enfer du désert, la jeune femme laissée pour morte reprend vie... Et la partie de chasse se transforme en une impitoyable chasse à l'homme...

MON AVIS : Dieu que ça fait du bien. Après la méga-déception Grave de Julia Ducornau et son cinéma pseudo-intello auteurisant gore pour faire le buzz en festival, Coralie Fargeat nous offre une bouffée d'air frais avec son premier film, Revenge. OK, bouffée d'air frais, il faut le dire vite puisque le film joue dans la cour du film de Rape & Revenge et n'offre pas grand chose d'original dans ce genre ultra balisé et popularisé avec des titres phares comme La Dernière Maison sur la Gauche, I Spit on your Grave (1978 et 2010) ou L'Ange de la Vengeance par exemple. Mais ce que j'entends par là, c'est que Revenge et l'antithèse totale de Grave et c'est en ça qu'il m'a oxygéné durant ses 108 minutes. Le film de Julia Ducournau possède ses fans et c'est tant mieux. Toute tentative de faire du cinéma "de genre" en France est à saluer, voir à soutenir. Mais en ce qui me concerne, il représente tout ce que je déteste dans le cinéma que j'aime. Tout y est préfabriqué pour moi, il n'y a aucune sincérité dans Grave, qui, et ce n'est que mon avis, n'a été conçu que pour faire défaillir le public lambda des festivals "génériques" et non spécialisés. Tout l'inverse de Revenge. Coralie Fargeat n'a pas cherché à faire un film intello pour bobo parisien ou festivalier en manque de sensations fortes sur la Croisette. Elle nous offre un film brut de décoffrage , d'une simplicité confondante mais qui se révèle d'une réelle efficacité tant il n'y a pas d'artifices pré-réfléchis. L'histoire est certes classique, traditionnelle même pourrait-on dire : un homme riche, beau gosse, trompe sa femme avec une superbe poupée à l'anatomie parfaite dans une luxueuse villa perdue en plein désert. Il est rejoint par deux amis dont l'un n'a pas la notion du "consentement" en tête et va violer la jolie poupée. Pour ne pas créer de remous, l'homme riche et ses potes tentent de se débarrasser de la jolie poupée. Meurtrie et laissée pour morte, cette dernière n'entend pas se laisser malmener par ces trois machos et va leur faire payer cher leurs actes. Voilà, rien de neuf au pays du Rape & Revenge. Seulement, Coralie Fargeat connaît assurément ses classiques et va régurgiter ses influences dans ce brûlot féministe qui fait de la femme, éternelle victime des films d'horreurs, le prédateur à éviter. Magnifiquement filmé dans le superbe désert marocain, Revenge utilise au mieux ce paysage aride pour nous décrire cette traque à deux sens qui va s'avérer assez brutale pour les quatre protagonistes principaux. Sans prise de tête, sans chercher une réelle crédibilité dans ce qu'il nous propose (pas sûr qu'on tienne le choc aussi bien que l'héroïne si on subissait le même sort, à moins de s'appeler John Rambo) mais avec un esprit totalement Bis, Revenge s'autorise tous les excès, n'hésite pas à mettre ses acteurs à nu, au propre comme au figuré. Les spectateurs apprécieront la plastique de la bimbo Matilda Anna Ingrid Lutz (véritable révélation du film !) quand les spectatrices en auront pour leur argent avec le corps dénudé (et pas que de dos) de l'acteur Kevin Janssens. Les amateurs de violence apprécieront les effets gore à l'ancienne, une explosion de tête efficace, un retrait de bout de verre qui fait grincer les dents et un final grand-guignolesque, avec une héroïne au pose iconique, armée de son fusil de chasse à lunette. Revenge est une belle carte postale que vient repeindre en rouge le sang des acteurs. Simple, efficace. Et pas préformaté. Du cinéma français enragé comme je l'aime quoi...


dimanche 5 août 2018

WONDER

WONDER
(Wonder)

Réalisateur : Stephen Chbosky
Année : 2017
Scénariste : Stephen Chbosky, Steve Conrad
Pays : Etats-Unis, Hong Kong
Genre : Comédie, Drame
Interdiction :/
Avec : Jacob Tremblay, Owen Wilson, Izabela Vidovic, Julia Roberts...


L'HISTOIRE : August Pullman est un petit garçon né avec une malformation du visage qui l’a empêché jusqu’à présent d’aller normalement à l’école. Aujourd’hui, il rentre en CM2 à l’école de son quartier. C’est le début d’une aventure humaine hors du commun. Chacun, dans sa famille, parmi ses nouveaux camarades de classe, et dans la ville tout entière, va être confronté à ses propres limites, à sa générosité de cœur ou à son étroitesse d’esprit. L’aventure extraordinaire d’Auggie finira par unir les gens autour de lui...

MON AVIS : Vous vous souvenez du très beau film Mask de Peter Bogdanovich réalisé en 1985 ? Si vous l'avez apprécié, alors nul doute que vous adorerez Wonder et son petit garçon au visage disgracieux. Attention par contre, l'ensemble est assez "guimauve", très fleur bleue et blindé ad nauseam de bons sentiments. Ce n'est pas le pays des Bisounours mais on n'en est pas loin. Même les enfants, dont on sait très bien quel degré de cruauté ils peuvent s'infliger entre-eux à l'école, n'arrivent pas à se montrer vraiment méchants dans le film. Certes, le pauvre Auggie subit quelques moqueries pas franchement sympas de certains élèves mais comme tout se finira par un joyeux happy-end attendu, on ne s'en fait pas trop pour lui. Film sur la tolérance et l'impact du regard des autres, qu'il va falloir changer, Wonder séduit malgré tout grâce à sa jolie histoire et l'interprétation solide de son jeune acteur prodige. L'excellent Jacob Tremblay donne corps et âme à son personnage et il est bien difficile de ne pas se sentir touché ou ému par les mésaventures de ce petit héros à qui il faut faire comprendre que la vraie beauté se situe au fond de nous. Plus facile à dire qu'à faire quand on a une malformation au visage qui nous éloigne du stéréotype du beau petit garçon. Sensible derrière sa propension à tout faire pour nous arracher des larmes, le réalisateur Stephen Chbosky a la bonne idée de nous dresser le portrait de plusieurs personnages et de nous montrer l'impact qu'à Auggie dans leur vie. Les parents sont en première ligne évidemment (avec une larmoyante Julia Roberts et un transparent Owen Wilson), tout comme sa grande sœur, superbement interprétée par la lumineuse Izabela Vidovic. Cette dernière, malgré un visage particulièrement jolie, à elle aussi de nombreux souci à gérer et c'est ce qu'elle va tenter de faire comprendre à son petit frère, qu'elle surnomme "le soleil", car c'est évidemment lui qui accapare toute l'attention de ses parents qui finissent parfois par en oublier qu'ils ont aussi une fille à s'occuper. Drame de l'adolescence, amitié difficile, sentiment d'impuissance, don de soi, les personnages vont et viennent, évoluent, s'adaptent, changent de comportement au grès du temps passé au côté d'Auggie. Un bien joli film en tout cas, qui mélange rire et larme mais qui procure beaucoup de plaisir. A voir en famille.


samedi 4 août 2018

LA FORME DE L'EAU

LA FORME DE L'EAU
(The Shape of Water)

Réalisateur : Guillermo del Toro
Année : 2018
Scénariste : Guillermo del Toro, Vanessa Taylor
Pays : Etats-Unis
Genre : Fantastique, Romance
Interdiction :/
Avec : Sally Hawkins, Octavia Spencer, Michael Shannon, Richard Jenkins, Doug Jones...


L'HISTOIRE : Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultra-secret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres : un être amphibien, trouvé en Amazonie, se voit devenir la source d'intérêt numéro 1 des USA et de la Russie, alors en pleine guerre froide. Elisa va prendre la créature en compassion...

MON AVIS : Avec ses quatre Oscars, dont celui du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur, le dernier film en date de Guillermo del Toro a su toucher autant les fans du réalisateur mexicain qu'un public plus lambda, plus "généraliste". La Forme de l'Eau, puisque c'est de lui qu'il s'agit, est le dixième long métrage de Del Toro. Fidèle à ses aspirations, il nous propose un film fantastique d'une beauté picturale exemplaire, dans lequel le "héros" est un "monstre", une créature comme il les affectionne et qui se révélera bien plus humaine que les humains. Cette créature, croisement entre le Gill-Man de La Créature est parmi nous et le Abe Sapiens des deux Hellboy, est fort réussie et saura toucher le cœur des amateurs de romance inattendue et originale. Seulement voilà. Encore faut-il y croire à cette histoire d'amour entre une muette et un être amphibien. En ce qui me concerne, je suis mi-figue, mi-raisin. Bien sûr, je reconnais que cette fable, ce conte qui mêle féerie, fantastique, guerre froide et ode à la tolérance face à la différence est bien filmé, bien mis en scène. Le casting s'avère convaincant, notamment Michael Shannon, parfait dans le rôle du pourri de service dont on ne souhaite qu'une seule chose : qu'il crève dans d'atroces souffrances ! La reconstitution de l'époque est elle aussi assez remarquable dans le fourmillement de détails proposé par Del Toro et son équipe de décorateurs. Seulement, la beauté picturale de l'ensemble ne peut faire oublier les maigres enjeux du scénario, son manque de rebondissement, ses nombreuses scènes s'intéressants à des personnages secondaires faisant passer la romance hors-norme au second plan et son manque de réelle originalité. Cette version aquatique de La Belle et la Bête est un joli film, on est d'accord, mais qui se révèle assez niais la plupart du temps et surtout peu crédible. Sous prétexte que l'héroïne est muette et qu'elle se sent différente des gens depuis son enfance, Del Toro la fait tomber raide dingue d'une créature bizarroïde juste parce que cette dernière accepte de manger des œufs et qu'elle est sensible à la musique ? Je grossis un peu le trait mais j'ai trouvé ce coup de foudre un peu rapide, même pour Cupidon. La scène d'amour dans une salle de bain transformée en piscine est très fleur bleue, très  poétique un peu culotté même il est vrai mais ce sera bien la seule prise de risque du film. Il reste que La Forme de l'Eau est agréable à regarder mais je ne lui ai rien trouvé de transcendant non plus, à contrario d'un Labyrinthe de Pan autrement plus excitant et enivrant et qui, lui, pour le coup, aurait mérité les Oscars décerné à La Forme de l'Eau. Un joli conte, que j'ai pris plaisir à voir mais je ne pense pas y  revenir une seconde fois pour ma part.


dimanche 22 juillet 2018

LES GUERRIERS DE LA NUIT

LES GUERRIERS DE LA NUIT
(The Warriors)

Réalisateur : Walter Hill
Année : 1979
Scénariste : Walter Hill, David Shaber
Pays : Etats-Unis
Genre : Action
Interdiction : -12 ans
Avec : Michael Beck, James Remar, Dorsey Wright, Brian Tyler, Terry Michos...


L'HISTOIRE : Chef des Gramercy Riffs, le plus grand gang de New York, Cyrus a convié à une réunion neuf membres de chaque gang de la ville. Il a pour but de pérenniser une trêve générale et d'associer tous les membres de gangs en un seul groupe afin de devenir les maîtres de la ville. Un discours rassembleur qui semble être fortement apprécié par tous les voyous présents à la réunion. Le chef d'un petit gang rival ne l'entend pas ainsi et abat froidement Cyrus. Il proclame à la foule que les membres des Warriors sont responsables de cet assassinat. Ces derniers vont vivre une nuit très agité pour rentrer à leur fief situé à Coney Island, traqués par tous les gangs de New York...

MON AVIS : Film culte à l'aura légendaire, Les Guerriers de la Nuit n'en finit pas de déchaîner les passions quelques 40 ans après sa sortie, en 1979. A l'époque, le film subit les foudres de la censure, se voit interdit de diffusion dans de nombreux pays. Pourtant, à bien y regarder, on ne peut pas dire que la violence soit très frontale dans le film. Certes, il y a quelques scènes de bagarres, dont une très réussie dans les W.C du métro, mais rien de bien choquant comparé aux classiques des 70's tel Delivrance, Massacre à la Tronçonneuse, La Colline a des Yeux, Orange Mécanique, Rollerball ou Taxi Driver entre autres. Il faut plutôt aller chercher dans l'aspect idéologique du film pour comprendre le scandale et le tollé qu'il a provoqué dans les institutions. Pensez donc ! On a quand même, en scène d'introduction, une sorte de gourou (Cyrus), qui explique à des milliers de voyous bagarreurs que s'ils unissent leurs forces au lieu de se battre entre eux, ils constitueraient une véritable armée dont le nombre serait supérieur à celui des représentants de l'ordre ! De quoi donner à réfléchir aux véritables bandes existantes dans les rues des divers villes du globe ! Et c'est bien cet aspect que la commission de classification des films aux USA a retenu pour l'interdire : "La commission de contrôle juge en effet le film doté d'une portée incitative, dans la mesure où il donne une vision très réaliste de la guérilla urbaine que des gangs peuvent développer pour conquérir une ville." Adapté d'un roman de Sol Yurick, Les Guerriers de la Nuit bénéficie de la compétence de son réalisateur, Walter Hill, qui livre un survival filmé quasiment un temps réel. Le scénario tient en une ligne : un gang, les Warriors, accusé à tort d'un assassinat, est pourchassé durant une nuit entière par tous les gangs de New York. Point. On peut même dire qu'il ne se passe pas grand chose durant ces 92 minutes, si ce n'est cette traque, cette chasse à l'homme urbaine. Et pourtant, ça fonctionne ! La musique composée par Barry De Vorzon et les chansons funky participent à créer une ambiance unique, associées à une galerie de personnages marquants. Les membres des Warriors sont évidemment en haut de la pyramide. Comment oublier Swan (Michael Beck), Ajax (James Remar), Snow (Brian Tyler), Cochise (David Harris), Cowboy (Tom McKitterick), Vermin (Terry Michos), Rembrandt (Marcelino Sánchez) et Cleon (Dorsey Wright), devant lutter pour leur survie, aidé par l'élément féminin principal du film, Mercy, interprétée par Deborah Van Valkenburgh ? Les autres gangs ne sont pas en reste, chacun arborant fièrement leur "couleur" : les Gramercy Riffs, les Rogues, les Boppers, les Electric Eliminators, les Lizzies (gang féminin), les High Hats, les Moon Runners, les Turnbull ACs, les Orphans ou les célèbres Baseball Furies entre autres. Chaque rencontre entre les Warriors et un autre gang donnent lieu à un affrontement ou une course poursuite. Chaque rue, chaque parc peut devenir un piège pour les Warriors, qui doivent en plus échapper à la police. Avec une mise en scène maîtrisée et des chorégraphies parfaitement exécutées (la bagarre dans les toilettes pour hommes a été répété durant cinq jours et filmée en une seule prise), avec des vues iconiques de New York (Coney Island et sa grande roue, la 72ème rue, Riverside Park), avec des séquences se déroulant dans le métro aérien et souterrain, Les Guerriers de la Nuit est un film totalement ancré dans son époque. L'ambiance poisseuse est typique de la fin des 70's et du début des 80's. Nul doute que la nouvelle génération découvrant ce film dans la décennie 2010's sera peut-être un poil déçu par rapport à tout l'aspect subversif mis en avant à l'époque. L'aspect brut de décoffrage du scénario, le peu de rebondissements et des bagarres qui vont dix fois moins vite que celles de Jet Lee ou Jason Statham pourra aussi jouer en sa défaveur. Mais les fans du film continueront à le défendre bec et ongles, car il reste une oeuvre phare du genre, à replacer évidemment dans son contexte d'époque pour l'apprécier à sa juste valeur.

* Pour tout savoir sur le film : THE WARRIORS.FR


samedi 21 juillet 2018

ORGIE SATANIQUE

ORGIE SATANIQUE
(Devils of Darkness)

Réalisateur : Lance Comfort
Année : 1965
Scénariste : Lyn Fairhurst
Pays : Angleterre
Genre : Epouvante
Interdiction : /
Avec : William Sylvester, Hubert Noël, Carole Gray, Tracy Reed, Diana Decker...


L'HISTOIRE : En vacances dans la campagne anglaise, Paul, Karen, et leurs amis, font la connaissance d’Armand du Molière, un aristocrate français. Après la mort d’un des amis et la disparition de Anne, Paul va mener son enquête. Il va découvrir qu’Armand est très proche d’une secte satanique vivant dans un cimetière, et dont le chef pourrait être le comte Sinistre, un vampire assassiné au XVIème siècle...

MON AVIS : L'épouvante gothique à l'anglaise est principalement célébrée par la Hammer Films dans les années 60. Depuis le succès de Frankenstein s'est échappé et surtout du fabuleux Le Cauchemar de Dracula, cette firme britannique est devenue la référence du genre. D'autres petites sociétés de productions anglaises se sont engagées elles aussi dans cette voie, telles la Amicus, la Tyburn ou la Tigon par exemple, afin de surfer sur le succès de la Hammer, avec plus ou moins de réussite. En 1965, la société Planet Film Production s'y colle à son tour et permet au metteur en scène Lance Comfort de réaliser Devils of Darkness, que les distributeurs français ont préféré rebaptiser Orgie Satanique, histoire d'attirer les foules en jouant sur un possible aspect érotique, pourtant totalement absent du film, si ce n'est la beauté de ses deux actrices principales, Carole Gray et la sublime Tracy Reed. J'adore les films d'épouvante gothique, avec leurs ambiances, leurs décors, leurs couleurs et leurs thématiques qui me procurent quasiment à chaque fois un plaisir non dissimulé. Orgie Satanique m'a offert tout cela malgré la faiblesse de ses moyens. Rien que la scène d'introduction est un pur régal visuel, avec cet homme drapé d'une toge d'un rouge flamboyant venant placer une bougie sur la tombe du comte Sinistre, personnage maléfique qu'on accusait être un vampire au XVIème siècle. La suite nous montre une fête de mariage tzigane, avec une ambiance folklorique parfaitement restituée à l'écran. L'apparition de Tania (Carole Gray) enflamme nos rétines jusqu'à ce que la pauvre femme soit victime du mauvais œil et tombe raide morte. Le mariage devient funérailles et on assiste, impuissant, à la résurrection de Tania par le comte Sinistre, un aristocrate français joué par Hubert Noël. Ce dernier possède un médaillon aux pouvoirs occultes qui va devenir le centre d'intérêt de l'histoire. Une très belle séquence introductive donc, qui laisse augurer du meilleur pour la suite. L'histoire se déplace alors dans un environnement bien plus contemporain et nous présente Paul Baxter (l'acteur William Sylvester), le héros du film. Suite à la mort et à la disparition de ses amis, Paul va se retrouver en possession du médaillon du comte Sinistre, ce dernier étant présent avec sa femme Tania. La perte de cet objet placera le comte Sinistre en position de faiblesse et il fera tout pour le récupérer. Le spectateur, contrairement au héros, comprend rapidement que le vampire a de nombreux alliés dans ce petit village breton, lieu de réunion d'une secte satanique qui lui est entièrement dévoué. Orgie Satanique se perd un peu en son milieu dans des scènes qui ralentissent le rythme et dans des séquences de dialogues un peu laborieuse. L'enquête de police de l'inspecteur Malin nous apparaît assez déconcertante, ce dernier semblant préférer manger des croissants que de mener ses investigations. Le fameux médaillon devient donc le centre d'intérêt du film, Paul menant des recherches chez un ami scientifique ou à la bibliothèque, consultant de nombreux ouvrages qui pourraient éclairer sa lanterne. La situation se complexifie pour lui car tous ceux qui veulent l'aider trouvent la mort dans de mystérieuses circonstances. Rien de bien rassurant. Ce qui est intéressant dans cette partie du film, c'est le fait que Lance Comfort, dès 1965 donc, insère des scènes de fêtes londoniennes se déroulant dans un appartement, et ce, bien avant que la Hammer ne fasse de même pour dynamiser ses productions, avec Dracula 73 par exemple, qui date de 1972. Sept ans d'avance donc pour Orgie Satanique avant que les autres studios n'exploitent cet effet d'interconnexion entre épouvante à l'ancienne et décors et costumes totalement contemporains. En tout cas, ces soirées festives à Londres, bien éloignées des cimetières et autres châteaux gothiques, nous permettent de découvrir l'actrice Tracy Reed, pure beauté à la plastique généreuse qui va raviver les désirs du comte Sinistre, décidément sensible à la grâce féminine. Mais ce dernier a oublié qu'il a déjà une femme et la jalousie de Tania va se retourner contre lui. Ah les femmes. La dernière demi-heure retourne aux racines du film d'épouvante et vaut le coup d'oeil, avec membres de la secte encapuchonnés, sacrifice, croix qui repousse le vampire, éboulement, et j'en passe. Le tout joliment filmé par Lance Comfort, dont la mise en scène et le soin apporté aux décors et aux costumes  n'ont pas à rougir face à ses concurrents. Orgie Satanique est une petite série B plaisante  et ce mélange entre vampirisme et magie noire se regarde sans déplaisir aucun. Encore une bien bonne idée de part d'Artus Films que de nous l'avoir fait découvrir dans une copie impeccable ! 

* Disponible en DVD chez ARTUS FILMS



vendredi 20 juillet 2018

LE SECRET DES MARROWBONE

LE SECRET DES MARROWBONE
(Marrowbone)

Réalisateur : Sergio G. Sánchez
Année : 2017
Scénariste : Sergio G. Sánchez
Pays : Espagne
Genre : Thriller, Drame
Interdiction : -12 ans
Avec : George MacKay, Anya Taylor-Joy, Charlie Heaton, Mia Goth, Matthew Stagg...


L'HISTOIRE : Pour ne pas être séparés, Jack, 20 ans, et ses frères et sœurs plus jeunes, décident de cacher à tout le monde le décès de leur mère qui les élevait seule. Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans la ferme familiale isolée. Bientôt, d’étranges phénomènes indiqueraient qu’une présence malveillante hante leur unique refuge…

MON AVIS : Scénariste en 2007 de l'excellent film de J.A. Bayona, L'Orphelinat, Sergio G. Sánchez décide de passer derrière la caméra en 2017 avec Le Secret des Marrowbone, parrainé par Bayona justement. On le sait, le cinéma fantastique espagnol contemporain est assez remarquable dans son refus de jouer uniquement sur la violence visuelle, préférant privilégier l'ambiance, l'atmosphère et surtout l'histoire à proprement parler. C'est tout à fait ce que nous propose Le Secret des Marrowbone. Dès sa superbe séquence d'introduction, le réalisateur nous plonge dans un univers énigmatique, fait de la demeure ancienne un décor de choix pour faire naître le suspense et nous dépeint avec justesse sa galerie de personnages. Les quatre acteurs qui composent la famille Marrowbone, à savoir George MacKay (Frank), Charlie Heaton (Billy), Mia Goth (Jane) et Matthew Stagg (Sam) sont épatants de justesse et livrent une composition saisissante qui tire le film vers le haut. On sent une réelle cohésion entre les acteurs, ce qui permet d'apporter une vraie crédibilité à leur rôle respectif et, surtout, de nous faire ressentir l'amour profond qui unit ces trois frères et leur sœur. Le réalisateur ménage les révélations sur cette famille unifiée, qui semble cacher un lourd et terrible secret. Durant une bonne heure, il joue avec les non-dits, les faux-semblants, instaure le doute dans notre esprit (le fameux "secret" du titre serait-il que les enfants cachent au monde environnant que leur mère est décédée, événement que le spectateur apprend assez tôt dans le film...) et parsème son histoire d'éléments troublants, qui flirtent avec le fantastique. Pourquoi les miroirs sont-ils systématiquement retirés ou recouvert d'un drap ? D'où viennent ces sons étranges qui semblent émaner des murs même de la demeure ? Quel est l'origine de cette tâche au plafond ? De qui les quatre protagonistes principaux ont-ils peur ? La maison serait-elle hantée par un esprit revanchard et que s'est-il passé dans cette dernière ? Autant d'interrogations qui nous titillent l'esprit et dont les réponses ne nous serons données que lors du final. On sent que Sergio G. Sánchez connaît bien les classiques du film de trouille et de fantômes (Les Innocents, La Maison du Diable, Les Autres, L'Orphelinat...) et il réinjecte ces influences dans Le Secret des Marrowbone avec un certain talent, transformant une simple partie de dès en scène à suspense assez flippante par exemple, tout comme le sera la stressante séquence du petit Sam caché sous un drap et se regardant dans un miroir. Simple mais efficace. La mise en scène est maîtrisée et pour un premier film en tant que réalisateur, c'est plus que prometteur. Les personnages secondaires ne sont pas oubliés et viennent même donner de l'épaisseur à l'intrigue. La mignonne  Anya Taylor-Joy (The VVitch, Split) va devenir le témoin de ce "secret" qu'on aimerait bien connaître, nouant une relation avec l’aîné des Marrowbone, tandis que Kyle Soller joue un notaire amoureux éconduit qui va, lui aussi, tenter de découvrir ce qui se trame autour de cette famille. Sans jamais recourir à la démonstration de force, Le Secret des Marrowbone est au final un joli film mettant en avant des problèmes familiaux qui viennent phagocyter la vie et le bien-être des protagonistes, le tout dans une atmosphère gothico-fantastique à l'ancienne qui fonctionne bien la plupart du temps. Le twist reste intéressant même si on sent encore une fois l'influence d'autres films, ce qui peut en atténuer l'impact. Présenté en ouverture du Festival du film fantastique de Gerardmer 2018, Le Secret des Marrowbone est souvent émouvant, parfois flippant; Il est superbement interprété en tout cas et saura satisfaire les amateurs d'angoisse feutrée.

* Disponible en DVD et BR chez Metropolitan Filmexport



dimanche 15 juillet 2018

SANCTUAIRE

SANCTUAIRE
(La Chiesa / The Church)

Réalisateur : Michele Soavi
Année : 1989
Scénariste : Dario Argento, Franco Ferrini, Michele Soavi
Pays : Italie
Genre : Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Hugh Quarshie, Tomas Arana, Feodor Chaliapin Jr., Barbara Cupisti, Asia Argento...


L'HISTOIRE : Moyen Âge. Accusés de servir le Diable, les habitants d’un village sont massacrés par des chevaliers teutoniques. Afin d’enrayer la propagation du mal, une église est érigée sur le charnier. De nos jours, lors des travaux de restauration qu’elle dirige, Lisa découvre un parchemin dissimulé dans la paroi des sous-sols de l’église. Elle s’empresse d’en faire part à Ewald, le nouveau bibliothécaire. Imprégné des théories de l’alchimiste Fulcanelli, Ewald, bien résolu à percer le secret du parchemin, va, bien malgré lui, réveiller des forces obscures et malveillantes qui vont se déchaîner en se propageant à tous ceux présents dans l’édifice...

MON AVIS : En 1985 et 1986 sortent sur les écrans Démons et Démons 2, tous deux réalisés par Lamberto Bava et produits par Dario Argento. Des films Bis très fun et très gores, qui remportent un bon succès d'estime chez les fans. Un troisième volet est alors mis en chantier, Dario Argento et Franco Ferrini en rédigent l'histoire. Mais Démons 3 ne se fera pas car Lamberto Bava est occupé sur un autre projet et ne peut le réaliser. Argento fait alors appel à Michele Soavi pour réaliser le film basé sur l'histoire qu'il a écrite. Ce dernier accepte et apporte quelques idées nouvelles. Le scénario est remanié à trois mains et le titre devient Sanctuaire. En 1991, Umberto Lenzi réalisera Black Démons, qui est le vrai Démons 3. Avec Sanctuaire, Michele Soavi s'éloigne totalement de l'ambiance jouissive et grand-guignolesque instaurée par Lamberto Bava. Il livre un film assez sérieux, au rythme contemplatif, qui prend le temps d'installer une ambiance fantastico-ésotérique plutôt réussie. La scène d'introduction, censée se dérouler à l'époque du Moyen-Âge, avec le massacre d'un village par des chevaliers teutoniques, laisse entrevoir son manque de budget mais parvient tout de même à remplir le cahier des charges et se montre assez cruelle, Soavi plaçant ici et là quelques effets gores bien sentis, comme ce cheval frappant à plusieurs reprises une tête fraîchement décapitée. Cette séquence introductive nous permet également de découvrir une toute jeune Asia Argento  alors âgée de quatorze ans. Une fois passé cette première partie, on se retrouve à l'époque contemporaine et on va faire connaissance avec les deux personnages principaux mais aussi avec la majestueuse cathédrale qui va servir de décor principal et dont on sait qu'elle a été construite sur le charnier des supposés suppôts de Satan massacrés par les chevaliers et ce, afin de protéger notre monde des puissances démoniaques. Bibliothécaire chargé de classer de nombreux livres, Ewald (joué par Tomas Arana) va rencontrer la belle Lisa (sublime Barbara Cupisti, vue dans L'éventreur de New York, Bloody Bird ou Opéra), en charge de la restauration du bâtiment. La découverte d'un mystérieux parchemin antique va les entraîner dans une quête dont ils auraient mieux fait de se tenir à l'écart. Cette seconde partie, qui dure une bonne heure, pourra déstabiliser le spectateur s'attendant à voir une horde de créatures infernales s'abattre sur les occupants de la cathédrale. Car Michele Soavi à d'autres ambitions que celle de se plonger à corps et à cris dans le gore décomplexé. Il va au contraire prendre tout son temps, misant plus sur le mystère et l'ambiance, faisant avancer l'enquête des deux héros à pas d'escargot tout en nous offrant des scènes visuellement superbes. C'est redondant dans le cinéma de Soavi d'ailleurs, ce soin apporté à l'imagerie, aux détails, aux couleurs et Sanctuaire a de la splendeur picturale à revendre. Ce qui ne nous empêche pas de trouver que ce manque de péripéties porte un léger préjudice au film malgré de belles idées de mise en scène. Et puis arrive la dernière demi-heure qui s'emporte et bénéficie d'un rythme nettement plus alerte. Une fois un mécanisme antique déniché, la cathédrale devient un lieu totalement hermétique (sauf pour Asia Argento qui connaît un passage secret pour fuguer et aller s'amuser) et les forces du Mal vont pouvoir se déchaîner sur les occupants. Barbara Cupisti va avoir l'honneur de se retrouver nue (chouette) et de se faire chevaucher par un superbe démon, une créature absolument magnifique qui mérite à elle seule de voir le film. Soavi va même jusqu'à reproduire "en vrai" une peinture de 1979 conçu par Boris Vallejo, avec une femme nue enlacée par un démon ailé. Sublime. Le gore est aussi de la partie, avec un suicide au marteau-piqueur (!), une gorge transpercée par la pointe d'une grille de fer, un prêtre empalé sous la pluie, un visage déchiré avec les ongles façon Poltergeist et j'en passe, le tout sous une musique composée par Philip Glass ou Keith Emerson. Si on aura du mal à comprendre pourquoi les occupants de la cathédrale n'ont quasiment aucune réaction face à la violence qui se déchaîne autour d'eux dans cette dernière partie (les puissances infernales ont déjà contaminés leurs âmes ?), il n'en reste que ce final majestueux bonifie le film de Soavi, qui, malgré ses faiblesses au niveau du rythme, ne démérite pas en tant qu'oeuvre du cinéma fantastique respectueuse des codes du genre. Surtout qu'en cette fin de décennie 80, le cinéma d'horreur italien avait diablement perdu de sa superbe. Michele Soavi a repris le flambeau avec un talent certain et ce n'est pas Bloody Bird, Sanctuaire, La Secte ou Dellamorte Dellamore qui viendront me contredire. Hormis cela, et  ça devient répétitif de le dire à chaque fois, Le Chat qui Fume a encore fait un travail remarquable avec ce magnifique combo DVD / BR. Rien que le fourreau et le digipack trois volets est de toute beauté. Au niveau des bonus, c'est à nouveau la panacée puisqu'on trouve de nombreux modules présentés par les stars du film : l'actrice Asia Argento, le maquilleur Franco Casagni, l'acteur Giovanni Lombardo Radice (excellent, avec des répliques à se pisser dessus!), le responsable du design Massimo Antonello Geleng ou bien encore le scénariste Franco Ferrini viennent nous livrer moults informations et souvenirs sur le tournage du film et sa création. Cerise sur le gâteau, même Michele Soavi est présent pour nous en dire plus sur son film. Si Sanctuaire, en tant que film, ne ralliera pas tous les fans de cinéma de genre à sa cause, nul doute que son édition DVD-BR le fera au vu de la qualité du travail fourni ! 

* Dispo en combo DVD + BR chez LE CHAT QUI FUME



samedi 14 juillet 2018

LA SECTE

LA SECTE
(La Setta)

Réalisateur : Michele Soavi
Année : 1991
Scénariste : Dario Argento, Gianni Romoli, Michele Soavi
Pays : Italie
Genre : Thriller, Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Kelly Curtis, Herbert Lom, Mariangela Giordano, Michel Adatte, Tomas Arana...


L'HISTOIRE : 1970, Californie. Une communauté hippie est massacrée par Damon et les membres de sa secte. Vingt-et-un ans plus tard, Francfort. Tandis que des crimes rituels attribués à la secte des Sans-Visage ponctuent l’actualité, Miriam Kreisl, jeune institutrice, manque de renverser Moebius, un vieillard au comportement étrange. S’il refuse de se faire soigner, il accepte en revanche de se reposer quelques heures chez elle. Curieusement, Moebius semble connaître la maison et fait part à Miriam d'une mystérieuse destinée. Bientôt, des faits étranges et sanglants se produisent dans l'entourage de la jeune femme...

MON AVIS : assistant-réalisateur de Dario Argento, Lamberto Bava ou Joe d'Amato entre autres, Michele Soavi décide de passer derrière la caméra en 1987 et réalise Bloody Bird, un giallo horrifique fort bien accueilli par le public. Il récidive deux ans plus tard avec Sanctuaire puis en 1991 avec La Secte. Sur une thématique semblable à celle du Rosemary's Baby de Roman Polanski, à savoir un destin imposé par une secte à une jeune femme, celui de mettre au monde l'Antéchrist, Michele Soavi nous offre un film hermétique, ésotérique, qui semble parfois ne pas savoir dans quelle direction aller mais qui, au final, se montre très intéressant et visuellement superbe. Avec un rythme relativement posé, peu énergique, Soavi focalise son attention sur les deux personnages qui donnent corps au récit : Miriam et Moebius. Comme le dit très justement un historien du cinéma dans les bonus de l'édition du Chat qui Fume, notre jeune institutrice interprétée par Kelly Curtis (soeur de Jamie Lee Curtis) n'agit jamais dans le film et subit tout ce qu'il lui arrive. Logique puisque toute la vie de cette jeune femme a été "prévu", réglé dans ses moindres détails par Moebius et sa secte et ce, depuis sa naissance même ! Sa petite vie monotone, que seul un lapin et un poisson rouge partagent avec elle, va donc être chamboulée par sa rencontre avec Moebius, curieux personnage joué par le célèbre acteur Herbert Lom. A partir de cette rencontre, Michele Soavi va instaurer une ambiance feutrée, mystérieuse et envoûtante. Par petite touche, il parvient à créer un certain suspens et le spectateur se questionne sur ce qu'il voit car le réalisateur refuse de lui fournir des explications, ce qui participe à élever l'intérêt du film. Pourquoi Moebius semble connaître l'appartement de Miriam, allant même jusqu'à trouver, sans chercher, le passage menant à la cave, lieu phare du film qui mène à la découverte d'un puits vertigineux qu'on comprend être une porte vers l'Enfer ? Comment ce dernier, trouvant apparemment la mort, peut-il être encore vivant, tout comme une amie de Miriam, déclarée morte et reprenant soudain goût à la vie à la morgue ? Quel pouvoir possède ce suaire sur lequel les traces du visage de Moebius se sont imprimés ? Pourquoi les membres de la secte, emmenée par Damon (un sosie de Charles Manson dans la séquence d'introduction), pratiquent-ils un rituel dans lequel le visage des victimes est littéralement arraché tel un masque ? Beaucoup de questions restent sans réelle réponse durant une bonne partie du film, aux spectateurs de se faire leurs propres opinions. L'ambiance fantastique et horrifique se fait de plus en plus présente, oppressante, emmenée par la caméra virtuose de Soavi qui s'amuse à nous offrir des plans très ingénieux, comme ceux où cette dernière suit un réseau de tuyauterie de l'intérieur par exemple. L'élément de l'eau est d'ailleurs un élément capital dans le film et nous ramène à certaines histoires de Lovecraft lui-même, dont on retrouve un peu l'esprit dans La Secte. Les scènes de cauchemars de Miriam sont excellentes et bourrées d'idées originales, ça fait plaisir de ne pas voir un simple copié-collé d'influences existantes. Eau bleutée au fond du puits, parasites étranges qui prennent possession d'un aquarium, oiseau marabout qui semble forniquer avec l'héroïne, chêne antique parsemé de bijoux celtes, prélèvements de visage, résurrections inexpliquées, suaire qui semble posséder ceux qui le portent sur le visage, personnages inquiétants, meurtres rituels, symbolisme et satanisme sont donc au programme de La Secte, une oeuvre pas si facile d'accès que ça au final mais qui mérite clairement d'être redécouverte, pour mesurer l'étendue du talent de Michele Soavi. L'édition combo DVD + BR du Chat qui Fume est comme à l'accoutumée de haute qualité, avec une image précise et bien définie. Les nombreux bonus donnent de précieuses informations sur le film, laissant la parole au réalisateur, chef décorateur, cameraman ou scénariste. On retrouve pour notre plus grand plaisir l'acteur Giovanni Lombardo Radice, toujours aussi passionnant et direct dans ses propos. Le tout dans un superbe digipack trois volets. Du tout bon.

* Dispo en combo DVD + BR chez LE CHAT QUI FUME



  

ELVIRA MAÎTRESSE DES TÉNÈBRES

ELVIRA MAÎTRESSE DES TÉNÈBRES
(Elvira Mistress of the Dark)

Réalisateur : James Signorelli
Année : 1988
Scénariste : Sam Egan, Cassandra Peterson, John Paragon
Pays : Etats-Unis
Genre : Comédie, Fantastique
Interdiction : /
Avec : Cassandra Peterson, William Morgan Sheppard, Larry Flash Jenkins, Edie McClurg...


L'HISTOIRE : Présentatrice télé de seconde zone, Elvira désire monter un show à Las Vegas mais il lui faut trouver 50000$. Elle apprend alors le décès de sa grand-tante Morgana et doit se rendre dans la petite ville de Fallwell pour la lecture du testament. Elvira hérite de la très vieille demeure de sa tante, d'un petit chien qu'elle s'empresse de relooker et d'un curieux livre de cuisine. Elle décide de restaurer la bâtisse pour la revendre. Mais les habitants de Fallwell n'apprécient pas sa présence qui détone avec leurs valeurs et principes moraux et puritains. Seul son oncle Vincent semble lui porter de l'attention. Il désire en fait récupérer le livre de cuisine, qui serait un livre de magie...

MON AVIS : Inconnue en France mais célèbre aux USA, Cassandra Peterson a acquis sa notoriété dès 1981 quant elle devient la présentatrice du show télévisée Movie Macabre. Elle s'inspire du personnage de Vampira, s'habille toute en noir, porte une perruque, du maquillage gothique, met en valeur ses arguments mammaires dans des tenues sexy aux décolletés plongeant, un humour noir à toute épreuve et se fait appeler Elvira. Le succès est quasi immédiat et Elvira se construit un véritable empire, avec sa société de production Queen B Productions et un merchandising à rendre fou ses admirateurs. C'est un véritable phénomène, une véritable institution aux Etats-Unis. La France reste totalement hermétique aux charmes de cette truculente jeune femme jusqu'au 24 janvier 1990, date à laquelle sort sur les écrans de cinéma le premier long métrage dont elle est la vedette : Elvira Maîtresse des Ténèbres. Le film a été diffusé en avant-première à Cannes lors du festival, avec la présence de Cassandra Peterson grimée en Elvira. Le film est rapidement devenu culte et nombreux sont les fans à s'être arraché la VHS lors de sa sortie. C'est l'un des films que les fans français préfèrent voir en VF car un très bon travail de doublage a été effectué, grâce notamment à la comédienne Evelyne Grandjean qui double la voix d'Elvira. Elvira Maîtresse des Ténèbres est avant tout une comédie, l'aspect "fantastique" n'apparaissant que tardivement. Une comédie entièrement dévouée à sa vedette-phare, qui va devoir lutter contre les préjugés des habitants de Fallwell, composés d'adultes bigots et puritains qui la considèrent comme une sorcière et n'acceptent pas l'emprise qu'elle exerce sur leurs enfants. C'est clair qu'avec sa tenue noire diablement sexy et sa poitrine atomique, elle fait tâche au milieu de cette population bien habillée et vieux jeu. Qui plus est, elle n'a pas sa langue dans la poche et sort des punchlines que Les Nuls auraient pu écrire en leur temps. Irrévérencieuse, trash, drôle, Elvira est une forte femme qui ne se laisse intimider par personne, même pas par son oncle Vincent qui est en fait un sorcier démoniaque. Si durant une bonne partie du film on assiste aux frasques d'Elvira, avec des gags se focalisant principalement sur sa poitrine. L'actrice n'hésite pas à en faire des tonnes, se lance dans une parodie de Flashdance qui se termine façon Carrie au bal du Diable, le goudron et les plumes ayant toutefois remplacé le sang. L'humour est omniprésent et la personnalité extravagante de cette héroïne hors du commun emporte l'adhésion du public malgré des péripéties assez quelconques en fait. Certaines séquences valent le détour, à commencer par cette curieuse préparation culinaire qui nous permet de voir une créature assez réussie et d'assister aux premiers effets spéciaux du film. La scène dans laquelle Elvira fait manger aux habitants de Fallwell une mixture contenant une filtre magique est impayable car nos tristes-lurons sont alors pris d'une irrésistible frénésie sexuelle et le simple pique-nique se transforme en une curieuse orgie (rassurez fort soft, le film est absolument tout public). La dernière demi-heure est ouvertement fantastique, avec l'affrontement entre Elvira et son oncle. Notre égérie gothique découvre qu'elle aussi possède des pouvoirs magiques et elle ne manquera pas de s'en servir dans une débauche d'effets visuels sympathiques. Les fans de Craignos Monsters tiqueront peut-être quand Elvira ne se montre pas très tendre avec le It Conquered the World de Roger Corman ou L'Attaque des Tomates Tueuses de John De Bello. Mais en interview, Cassandra Peterson a toujours affirmé adoré ce type de série B fauchée. L'honneur est sauf. La scène finale nous permet d'assister à un show d'Elvira façon music-hall et ça en jette pas mal, avec danseurs et costumes farfelus. Elvira Maîtresse des Ténèbres est-il vraiment un film culte comme le proclame les fans ? On pourra trouver que le film est relativement sage et, bien que l'ensemble soit généreux et drôle, on aurait aimé plus d'éléments fantastiques, plus de délires avec des effets spéciaux. Certes, la poitrine d'Elvira est un effet spécial naturel à lui tout seul me répondrez-vous. Ok. Hormis cela, ce premier film mettant en vedette Elvira (on la retrouvera dans le tardif Elvira et le Château Hanté en 2001) est assurément bien sympathique et saura convaincre de nouveaux fans grâce à la superbe édition de Bach Films, qui nous propose une copie magnifique en VF et VOSTF, ainsi que de nombreux bonus intéressants, le tout dans divers packaging, tous d'une grande beauté. De quoi se replonger avec délice dans l'univers kitsch et déjanté d'Elvira !  

* Disponible en combo DVD + BR chez BACH FILMS