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mercredi 27 janvier 2021

LA CITÉ DE L'INDICIBLE PEUR

 

LA CITÉ DE L'INDICIBLE PEUR
(La Cité de l'Indicible Peur / La Grande Frousse)

Réalisateur : Jean-Pierre Mocky
Année : 1964
Scénario Jean-Pierre Mocky, Gérard Klein
Pays : France
Genre : Comédie, Fantastique
Interdiction : /
Avec Bourvil, Jean-Louis Barrault, Francis Blanche, Jean Poiret, Véronique Nordey...

L'HISTOIRE : Le gentil inspecteur Triquet arrête sans le vouloir le faux-monnayeur baptisé Michel le Bénédictin. Condamné à la guillotine, ce dernier parvient à s'évader suite à un dysfonctionnement de la terrible machine coupeuse de tête. Sur ordre de son supérieur, l'inspecteur Virgus, Triquet doit se rendre dans la petite ville de Barges afin de retrouver le Bénédictin, Virgus se rendant quant à lui dans une autre ville où le suspect pourrait également se cacher. A son arrivée, Triquet découvre un petit village dont la population est terrorisée par ce qu'ils appellent "la Bête", un monstre légendaire qui aurait fait son retour alentour. Les investigations de l'inspecteur Triquet ne vont pas être de tout repos, les habitants de Barges ayant l'air d'avoir tous quelques secrets dissimulés...

MON AVIS : Suite au succès de son film Un Drôle de Paroissien en 1963, on propose à Jean-Pierre Mocky de se tourner vers le cinéma fantastique, genre ultra-minoritaire en France. L'idée serait qu'il adapte une histoire du romancier belge Jean Ray. Le réalisateur s'en va donc rencontrer l'écrivain et le courant passe entre les deux hommes. Jean Ray propose les droits de son livre La Cité de l'Indicible Peur à Mocky, qui doit également mélanger, sur demande des producteurs, des acteurs d'anciennes générations appréciés du public français avec la relève. Disposant d'un casting de très grande qualité, dont BourvilJean-Louis Barrault, Francis Blanche, Jean Poiret, Véronique NordeyVictor FrancenRaymond RouleauRoger Legris ou bien encore Marcel Pérès entre autres, Mocky déplace l'action du roman dans un petit village d'Auvergne et va réaliser un comédie policière teintée de fantastique qui s'avère on ne peut plus plaisante. Lors de la sortie du film, les producteurs décident de renommer le film en La Grande Frousse et ce n'est que lors d'une ressortie qu'il retrouvera son titre original de La Cité de l'Indicible Peur. Après une séquence introductive assez amusante dans laquelle on fait connaissance avec le fameux inspecteur Triquet, policier un peu benêt et inoffensif, véritable gentil qui coince les voyous sans vraiment le vouloir ("hélas" répète-t-il...) et qui est magistralement interprété par un Bourvil parfait pour ce rôle, l'action se déplace donc dans le petit village de Barges, qui, on va vite s'en apercevoir, porte bien son nom ! La majorité des habitants ont l'air louche, ont des trognes pas possibles, des tics et des tocs à n'en plus finir (le brigadier de la gendarmerie locale, joué par Jean Poiret, et son "tss, tss" qu'il lance avant chaque phrase) et on sera bien en peine de dire à qui il faut faire confiance. Le pauvre Triquet n'est pas au bout de ses peines et aura bien du mal à faire la part de la vérité lors de ses curieux interrogatoires. Sa couverture d'inspecteur de police parisien ne va, en outre, pas tenir plus de un ou deux jours et tout le village sera au courant qu'ils ont un "vrai" inspecteur sous la main. L'aspect comédie policière prédomine durant tout le film, aidé par de savoureux dialogues, finement ciselés, dus à Raymond Queneau, qui, à l'époque, avait demandé à ce que son nom soit retiré du générique tant que le film s'appellerait La Grande Frousse, titre qu'il détestait. L'humour, la cocasserie des situations et des multiples rencontres que va faire Triquet donnent tout son charme et sa personnalité au film de Mocky, qui bénéficie en plus d'une mise en scène adéquate et d'un superbe noir et blanc, qui confère souvent aux images un aspect un peu surréaliste. L'élément fantastique sera lui aussi présent puisque le village est apparemment sous l'emprise d'une "Bête" qui donne des cuachemars à l'ensemble de la population, qui reste calfeutrée la nuit, n'osant sortir de peur de se retrouver nez à nez avec le monstre. Pour Triquet, tout n'est que légende urbaine et anciennes superstitions mais est-ce bel et bien le cas ? Le mystère demeure jusqu'au dénouement de l'affaire, mais en spectateur malin, on avait deviné que tout ça n'était pas très catholique, vu tout ce qu'il se passe dans le village et les indices mis à disposition par le scénario et les images. Ce qui ne gâche rien car La Cité de l'Indicible Peur est tellement loufoque, déconcertant, ironique voir même absurde par moment que le plaisir de suivre les aventures comico-policières de l'inspecteur Triquet demeure intact. On pourra peut-être trouvé que le film a pris un petit coup de vieux aujourd'hui mais toute la ribambelle d'acteurs et d'actrices, qui ne se prennent pas au sérieux et s'amusent à nous amuser, font que le charme et la nostalgie l'emportent. On ne peut nier en tout cas que La Cité de l'Indicible Peur est un film assez peu commun dans le paysage du cinéma français et qu'il tire sa force de sa réelle originalité. Un divertissement vraiment agréable et au charme un peu désuet, que la superbe copie éditée par ESC permet de (re)découvrir dans des conditions optimales.

* Disponible en DVD et BR chez -> ESC DISTRIBUTION <-



mardi 26 janvier 2021

UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL

 

UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL
(Il Rosso Segno della Follia)

Réalisateur : Mario Bava
Année : 1970
Scénario : Santiago Moncada
Pays : Italie, Espagne, France
Genre : Thriller, Épouvante
Interdiction : -12 ans
Avec : Stephen Forsyth, Dagmar Lassander, Laura Betti, Femi Benussi, Jesús Puente...

L'HISTOIRE : Propriétaire d'une maison de couture renommée, John Harrington, 30 ans, est un tueur paranoïaque ayant des pulsions meurtrières incontrôlables, qui le poussent à tuer des futures mariées et notamment les mannequins qui travaillent pour lui, ce qui amène l'inspecteur Russell à s'intéresser à son cas. Vivant une relation de couple très tenue avec sa femme Mildred, John tombe sous le charme d'une nouvelle recrue, Helen. Cette dernière va-t-elle réussir à refréner la folie meurtrière de John ?

MON AVIS : Après avoir bénéficié de son plus gros budget financier sur Danger Diabolik en 1968, Mario Bava revient aux petites séries B à faible budget dès 1970 et à ses premiers amours, à savoir le film d'épouvante, avec L'île de l’Épouvante et Une Hache pour la Lune de Miel, deux titres qui ne sont généralement pas ou peu cités par les fans du cinéaste italien, qui préfèrent mettre en avant Six Femmes pour l'Assassin, Le Masque du Démon, Les Trois Visages de la Peur ou La Baie Sanglante. Pourtant, le film qui nous intéresse ici, Il Rosso Segno della Follia pour son titre original, s'avère des plus intéressants même s'il est en deçà des titres précités. Son originalité vient du fait que dès le début, nous savons que le personnage principal, John Harrington, interprété par le peu expressif Stephen Forsyte, est un dangereux psychopathe, puisqu'il se décrit lui-même au public comme tel ! Une entrée en matière surprenante et qui ne manque pas d'intriguer et d'aiguiser notre intérêt. Puisqu'on connaît déjà l'identité de l'assassin, nous ne sommes donc pas dans un giallo. Bon. Les choses sont claires sur ce point. Reste que ce film est bel et bien un thriller mâtiné d'une belle ambiance de film d'épouvante, et qui joue avec les codes et clichés du giallo tout de même, puisqu'on y trouve des décors baroques, des jeux de lumière et de couleur comme sait si bien les utiliser et les mettre en valeur Mario Bava, des meurtres très soft niveau violence mais dont l'utilisation d'un hachoir de boucher scintillant leur donne une patine particulière, des visions fantomatiques d'une femme assassinée qui vient poursuivre son tueur, des demoiselles en détresse absolument charmantes dont Femi Benussi et la ravissante Dagmar Lassander, et surtout, un trauma d'enfance responsable des pulsions meurtrières de notre héros/tueur, qui a un gros souci avec les mariées. Là où le film pourrait se contenter de s'inspirer de Psychose, Bava et le scénariste Santiago Moncada innovent, dans le sens où c'est l'assassin qui mène l'enquête ici et qui va tenter de comprendre les raisons de sa folie, chaque meurtre lui permettant d'obtenir une nouvelle pièce du puzzle que son esprit tente de recomposer et d'assembler. Ce voyage au sein du subconscient d'un tueur en série préfigure des œuvres futures, comme Henry Portrait of a Serial Killer ou Schizophrénia par exemple. Le spectateur adepte de cinéma de genre aura sûrement assembler les rouages de l'histoire avant le personnage principal mais ce n'est pas bien grave car les événements présentés et la mise en scène maintiennent un intérêt constant, et les images souvent sublimes de Bava émerveillent la rétine et font de Une Hache pour la Lune de Miel un film qui mériterait d'être mieux mis en avant dans la filmographie du maestro italien. On trouve même quelques similitudes avec le futur Maniac de William Lustig, pas au niveau du gore ni de la violence bien sûr mais avec l'utilisation des mannequins statiques que le tueur habille en mariée. L'acteur Stephen Forsyth a dit que Bava ne lui avait quasiment donné aucune indication sur comment jouer son personnage mais il n'en avait pas besoin puisque le réalisateur s'est justement servi du flagrant manque d'expression de l'acteur pour composer un tueur inexpressif, neutre, qui marche ou qui bouge presque comme s'il était lui-même un mannequin justement. Réservant quelques beaux moments visuels, dont l'attaque de la femme de John entre autres, filmant avec brio son casting féminin et ayant retravaillé le scénario pour mieux mettre en valeur l'actrice Laura Betti qui voulait tourner un film avec lui car elle le considérait comme un très grand metteur en scène, Mario Bava a réalisé un film loin d'être anecdotique et qui possède de solides qualités.

* Disponible en DVD et BR chez ESC DISTRIBUTION
 

SONGBIRD

 

SONGBIRD
(Songbird)

Réalisateur Adam Mason
Année : 2020
Scénario Adam Mason, Simon Boyes
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, Science-fiction
Interdiction : /
Avec K.J. Apa, Sofia Carson, Craig Robinson, Alexandra Daddario, Peter Stormare...

L'HISTOIRE : 2024. Cela fait maintenant quatre ans que le monde vit en confinement. Désormais, les personnes infectées du Covid-23 sont envoyées de force en quarantaine dans des camps devenus peu à peu d’inquiétants ghettos. A Los Angeles, Nico est un coursier immunisé au virus qui arpente la ville lors de ses livraisons. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Sara, une jeune femme confinée chez elle. Malgré les impératifs sanitaires qui les empêchent de s’approcher, Sara et Nico tombent amoureux. Mais lorsque Sara est suspectée d’être contaminée, elle est contrainte de rejoindre les camps de quarantaine. Nico tente alors l’impossible pour la sauver…

MON AVIS : On s'attendait forcément à ce que le cinéma surfe sur l'épidémie de Covid-19 qui touche le monde entier. Michael Bay, en tant que producteur, donne donc le feu vert et les billets verts par la même occasion à Adam Mason, réalisateur d'une poignée de films d'horreur pas trop mal foutu (Broken, The Devil's Chair, Hangman), pour mettre en scène un thriller-dramatico-science-fictionnel basé sur ce virus diabolique et surtout sur le confinement des populations qui en découle. Avec Songbird, nous voici donc en présence du Covid-23, bien plus redoutable que le virus originel, qui a décimé une bonne partie de la population mondiale et oblige le reste de l'humanité à rester terrer chez soi, fenêtres hermétiquement closes. Les personnes contaminées sont systématiquement emmenées de force dans des camps d'isolements et de quarantaine dont on ne ressort jamais. L'état d'urgence et la loi martiale est de rigueur, avec obligation de prendre sa température via une application mobile chaque jour, la moindre fièvre déclenchant le processus de mise en quarantaine. Inutile de dire que la privation de liberté atteint son maximum, bien plus qu'un petit couvre-feu à partir de 18h. L'action de Songbird nous amène à Los Angeles, complètement désertée et laissée à l'abandon. On y fait la connaissance des protagonistes de l'histoire, avec Nico (K.J. Apa), un livreur immunisé, qui peut circuler librement et qui dépose toute la journée des colis aux survivants calfeutrés, via une sorte de boite aux lettres nouvelle génération, possédant un système de décontamination aux UV disposée dans chaque logement, appartement, maison individuelle ; Sara (Sofia Carson), jeune fille amoureuse du beau livreur et réciproquement, mais qui ne se sont jamais vu qu'à travers leur écran de téléphone portable ; Lester (Craig Robinson), le patron de la boite de livraison où travaille Nico ; William (Bradley Whitford) et Piper Griffin (Demi Moore), qui vivent dans une belle maison avec leur fille Emma (Lia McHugh), et qui se livrent à un trafic de bracelet d'immunisé, permettant aux personnes qui en portent de pouvoir se déplacer hors de chez eux sans craindre les forces de sécurité qui quadrillent les villes ; Dozer (Paul Walter Hauser), un ex-soldat paraplégique, qui aide Lester a repérer ses livreurs grâce à des drones ultra-modernes et qui est amoureux de la streameuse May (Alexandra Daddario), qui, elle, fait des vidéos dans lesquelles elle chante d'anciennes chansons et apporte un peu de réconfort aux isolés ; Emmett Harland (Peter Stormare, vu dans Prison Break), patron des forces d'intervention, qui prend un malin plaisir à faire évacuer les malades, affichant clairement son sadisme. La trame principale du film reste bien sûr la relation virtuelle entre Nico et Sara, qui s'avère assez touchante et crédible et qui va atteindre une certaine intensité quand Lita, la grand-mère de Sara qui vit avec elle, tombe malade. Le temps se met alors à s’accélérer pour Nico qui sait bien que les forces d'intervention vont venir chercher Sara et Lita pour les emmener en camp d'isolement. Le charmant livreur va devoir rapidement trouver un bracelet d'immunisé pour tenter d'extraire Sara de chez elle, quitte à lui faire prendre des risques en la mettant au contact du virus. Mouais. Ce qui est dommage avec Songbird, c'est qu'il pèche sur bien des plans, et notamment au niveau de ses personnages justement qui ne sont clairement pas très intéressants et ne servent qu'à meubler l'intrigue et augmenter la durée du film. Le film démarrait plutôt bien, avec des visions de Los Angeles désertique efficaces et un postulat intéressant. La vie cloîtrée des survivants ne donne pas vraiment envie et on espère que l'aspect prophétique du film ne se concrétise pas dans le futur et qu'on va trouver une solution face au Covid-19 et ses mutants. Il y a un aspect anxiogène qui fonctionne au début du film mais on aurait aimé que le réalisateur s'attarde plus sur les camps d'isolements, sur les conditions de vie dans ses camps, sur les ravages du virus. En lieu et place de cela, on suit sans grand intérêt les quelques personnages principaux dans des arcs narratifs secondaires, arcs qui interfèrent certes avec la trame principale mais qui ne passionnent pas vraiment. Le trafic de bracelets ne crée pas vraiment de suspense, les scènes tirent un peu en longueur, le rythme n'est pas des plus dynamiques et on finit par s'ennuyer au final. Bien sûr, les beaux yeux bleus d'Alexandra Daddario viennent nous tirer un peu de notre torpeur mais avouons que son personnage est franchement anecdotique avec pourtant une scène assez glauque entre elle et William Griffin, qui nous rappelle le Blue Velvet de David Lynch. En fait, Songbird n'a pas grand chose à raconter et si la vision fataliste du monde qu'il nous propose est à mettre dans les bons points, tout comme la prestation des acteurs, plutôt bonne malgré les faibles enjeux du scénario, et cette jolie romance, l'ensemble sonne creux et reste superficiel. Dommage.



dimanche 24 janvier 2021

WEEK-END

 

WEEK-END
(Week-end)

Réalisateur : Jean-Luc Godard
Année : 1967
Scénario : Jean-Luc Godard
Pays : France, Italie
Genre : Drame
Interdiction : -16 ans
Avec : Mireille Darc, Jean Yanne, Jean-Pierre Kalfon, Valérie Lagrange, Michèle Breton...

L'HISTOIRE : Roland et Corinne, un couple de petits bourgeois, partent en week-end afin d'aller chez la mère de Corinne pour la tuer, histoire de récupérer l'héritage. Pris dans d'interminables bouchons de la route, qui créent de multiples accidents, le couple va rencontrer une foule de personnages insolites et déconcertants et va se diriger droit vers une sorte de fin du monde apocalyptique, sans vraiment le réaliser...

MON AVIS : Dégoûté d'être devenu une sorte de star populaire à travers son mariage avec Anne Wiazemsky, Jean-Luc Godard va réaliser un de ses films les plus féroces avec Week-end, qui marque également la fin d'une époque pour le cinéaste. Le film est une virulente critique de ce que Godard appelle la civilisation des loisirs, et il prend en exemple les fameux départs en week-end qui créent tant d'incivilité et de tensions sur les routes de France. Il place ses deux personnages principaux, Roland et sa femme Corinne, interprétés respectivement par Jean Yanne et Mireille Darc, au milieu d'interminables bouchons, notamment lors d'un gigantesque travelling de plus de 300 mètres, filmé admirablement et qui est bardé d'humour noir, finissant sur un dramatique accident routier dont nos deux protagonistes n'ont que faire. La structure même de Week-end est assez étrange et on a souvent l'impression de ne pas comprendre où veut en venir le réalisateur de Pierrot le Fou. L'univers qu'il nous propose se veut surréaliste, détonnant et déconcertant, proposant toute une panoplie de personnages secondaires totalement atypiques qui vont croiser la route des deux personnages principaux. On a parfois l'impression de se retrouver dans une pièce de théâtre filmée, avec des personnages qui récitent des textes de divers auteurs ou d'autres qui se lancent dans des pamphlets politiques sur la condition des noirs ou des Algériens. La scène se déroulant à la ferme, avec un nouveau travelling d'une longueur surprenante, circulaire cette fois-ci, étonne autant quelle déstabilise. Plus le film avance, plus on perd le fil conducteur, tant est qu'il y en ait eu réellement un. Quand il demande des aides au CNC, Godard présente Week-end ainsi : "En suivant un couple de jeunes cadres modernes sur la route, je voudrais montrer toutes les perversions, tous les dérèglements qui résultent de la forme d’hystérie collective qui s’empare des Parisiens munis d’automobiles dès le vendredi soir. Tout humanisme est tout à coup sacrifié à la tyrannie du “Dieu loisir”. Le voyage, commencé en apothéose, finira en tragi-comédie". C'est effectivement bien le cas dans le film, où les automobilistes se comportent comme des brutes sans cervelle, et leur comportement n'est pas épargné par Godard qui filme avec voyeurisme les bagarres ou les nombreuses épaves d'automobiles qui parsèment le trajet du duo Yanne / Darc. Des épaves dans lesquelles de nombreux corps et cadavres s'entassent, sans que cela ne choque personne alentour. Le cinéaste pousse même l'ironie à son maximum quand Mireille Darc s'écrit avec véhémence "mon sac Hermès !!", sa seule préoccupation après l'accident qui met le feu à leur voiture. Satire féroce, le film s'enfonce dans un aspect plus politique vers la fin, avec le kidnapping des personnages principaux par les membres du Front de libération de Seine-et-Oise ! Le décor se veut aussi plus apocalyptique et on comprend que le monde est en train de courir à sa perte, que le comportement des gens les font régresser et retourner à un état de barbares. La fin de la civilisation est proche, en témoigne cette ultime séquence dans laquelle Mireille Darc dévore une côte de bœuf dans laquelle "il y a sûrement un peu de votre mari dedans" lui dit le cuisinier. Le retour à une société primitive et cannibale termine donc ce film très curieux, original et maîtrisé certes, mais qui est assez difficile à appréhender et dont on ne saisit pas tous les tenants et aboutissants. Avec sa structure déstructurée, ses nombreuses scènes non-sensiques, son approche résolument anarchiste, Week-end risque d'en laisser une paire sur le bas côté de la route. Un ovni dans le paysage du cinéma français assurément. Personnellement, je ne sais pas trop quoi en penser, j'ai ressenti un certain ennui dans l'ensemble, l'absence d'une vraie histoire n'aidant pas à entrer dans le récit. Des longueurs et des scènes étranges et réussies. Déconcertant est le terme qui lui convient le mieux je pense.


DES FLEURS POUR UN ESPION

 

DES FLEURS POUR UN ESPION
(Le spie amano i fiori)

Réalisateur : Umberto Lenzi
Année : 1966
Scénario : Umberto Lenzi
Pays : Italie, Espagne
Genre : Policier, Action
Interdiction : /
Avec Roger Browne, Emma Danieli, Daniele Vargas, Marino Masé...

L'HISTOIRE : Une arme secrète, l'Electroscomètre,  pouvant neutraliser tout courant électrique dans un rayon de 50 km a été dérobé. L'agent secret Martin Stevens parvient à la récupérer et la rapporte à son supérieur des services spéciaux britanniques. Ce dernier lui confie une nouvelle mission, toujours en rapport avec l'Electroscomètre : trois hommes ayant participé au vol connaissent des données scientifiques sur cette arme et doivent donc être éliminés. Martin s'envole alors pour Paris et Genève  afin d'éliminer les deux premières cibles. En cours de route, il va faire connaissance avec Geneviève, une jolie journaliste de Paris Match, qui va se retrouver mêler à la mission de Martin Stevens bien malgré elle. Tous deux vont ensuite partir pour Athènes pour localiser le troisième homme à abattre, suite à un message codé disant "les roses bleus sont arrivés ce matin"...

MON AVIS : Alors que le péplum est sur le déclin et que le western italien et le film d'épouvante cartonnent, le succès de James Bond contre Dr. No en 1963 va créer un nouveau courant en Europe : l'Euro Spy. Des films d'espionnage donc, avec des personnages d'agents secrets qui copient allègrement le style Sean Connery, et qui intègrent tous les éléments nécessaires à enthousiasmer le public : créatures féminines attrayantes et sexy, bagarres, fusillades, méchant machiavélique, armes secrètes ou données scientifiques en péril pouvant menacer la sécurité mondiale et surtout dépaysement total, les missions de ces divers héros les emmenant en vadrouille à travers le monde entier. Même si l'Euro Spy a ses admirateurs et ses fans, ce sous-genre policier n'a pas connu un succès très important, la faute principalement à des scénarios trop terre-à-terre, qui se contentaient de recycler des histoires de vol d'armes secrètes ou de données gouvernementales justement. C'est d'ailleurs le cas avec Des Fleurs pour un Espion, réalisé par Umberto Lenzi en 1966. Ce célèbre réalisateur italien est principalement connu pour ses polars ultra-violent, ses gialli ou ses films d'horreur dont Cannibalis: Au pays de l'exorcisme (1972), un des tout premier film de cannibales. Il débarque dans l'Euro Spy dès 1965 avec deux films : Suspense au Caire pour A008 et Super 7 appelle le sphinx, ce dernier mettant en vedette l'agent Martin Stevens, interprété par Roger Browne. Le film qui nous intéresse ici, Des Fleurs pour un Espion, est donc la seconde et dernière aventure de Martin Stevens. Le vol d'une arme secrète n'est ici qu'anecdotique puisque notre héros à la mâchoire carré la récupère dès le début du film. Il va devoir par contre aller tuer trois hommes qui ont eu accès à cette arme et en connaissent trop sur ses spécificités. Trois cibles et donc trois terrains de jeu pour notre agent secret. L'aspect carte postale est ici respecté puisque le public va se retrouver à Paris, à Genève et à Athènes. La mission parisienne est vite expédiée et on n'aura guère le temps d'admirer la capitale française. Genève aura plus de chance et on fera de plus connaissance avec la charmante héroïne du film, la blonde Emma Danieli, qui va se retrouver embarquer à la suite de notre héros sans vraiment le vouloir. Mais elle va prendre du plaisir à cette vie plus mouvementée et se mettra en danger malgré elle. La partie la plus longue du film va se dérouler à Athènes et c'est plutôt bien vu puisque les paysages de Grèce et les divers monuments présentés sont magnifiques. On fera également connaissance avec l'actrice japonaise Yôko Tani, qui interprète une chinoise plutôt louche, qui tient un commerce de fleurs. S'il y a une chose qui interpelle dans Des Fleurs pour un Espion, c'est la totale retenue dont fait preuve Umberto Lenzi. Si le film est divertissant, si la mise en scène est carré, il lui manque ce qui est souvent reproché aux films du courant de l'Euro Spy : de l'exubérance, un petit grain de folie. Lenzi ne se démarque jamais de sa ligne directrice et affiche un sérieux à toute épreuve mais sans jamais proposer un petit quelque chose qui le différencierai des autres films du genre. La trame reste très classique, les scènes de bagarres fort peu nombreuses. Et niveau violence, c'est plus que tout public, il n'y a même pas une goutte de sang lors des impacts de balles. On a connu Lenzi plus enragé et plus porté sur le précieux liquide rouge. Reste que Des Fleurs pour un Espion fait tranquillement le job, n'ennuie pas et sait divertir le temps du visionnage. Le scénario propose un petit twist aux trois-quart temps et le film se fait plus nerveux à partir de là. Les amateurs s'en satisferont assurément.

* Disponible en DVD chez -> ARTUS FILMS <-