Légende pour la notation des films

Bienvenue dans mon univers filmique ! Ma mission ? (Re)voir tous mes films, séries Tv, documentaires et concert, tous genres confondus, sur tous supports, Vhs, Dvd, Dvd-r, Blu-ray (avec aussi les diffusions télévisées ou cinéma), et vous donner mon avis de façon simple et pas prise de tête sur chaque titre (re)vu ! C'est parti !



AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.




mardi 17 septembre 2019

JALOUSE

JALOUSE
(Jalouse)

Réalisateur : David Foenkinos, Stéphane Foenkinos
Année : 2017
Scénariste : David Foenkinos, Stéphane Foenkinos
Pays : France
Genre : Comédie, Drame
Interdiction : /
Avec : Karin Viard, Dara Tombroff, Anne Dorval, Bruno Todeschini...


L'HISTOIRE : Nathalie Pêcheux, professeur de lettres divorcée, passe quasiment du jour au lendemain de mère attentionnée à jalouse maladive. Si sa première cible est sa ravissante fille de 18 ans, Mathilde, danseuse classique, son champ d’action s’étend bientôt à ses amis, ses collègues, voire son voisinage...

MON AVIS : Les frères Foenkinos, réalisateurs de La Délicatesse en 2011, font leur retour derrière la caméra en 2017 avec Jalouse, excellente comédie dramatique qui vous fera très souvent sourire et rire, pour mieux vous émouvoir ensuite. Honnêtement, c'est typiquement le film que je n'aurai jamais regardé si on ne me l'avait pas prêté. Et ça aurait été bien dommage car j'ai pris grand plaisir à le visionner. Comme quoi, il est parfois bon de mettre ses préjugés de côté et d'oser tenter des expériences hors de sa zone de confort, car on n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise. Et Jalouse en est une, assurément. Ce très beau portrait de femme est un petit bijou d'écriture et Karin Viard en est l'interprète idéale. L'actrice est absolument fabuleuse à l'écran et elle se donne à 100% pour nous faire prendre en empathie son personnage qui n'est pourtant pas très sympa ! Si Jalouse traite évidemment de la jalousie maladive, de celle qui détruit, ronge et mène à la dépression, le film nous parle aussi de la crise de la cinquantaine, de la difficulté pour les femmes célibataires de cette tranche d'âge à mener une existence heureuse, étant constamment exposées au bonheur des autres ou à la jeunesse de leur enfant. Le rapport mère/fille est également mis en avant dans Jalouse et le duo Karin Viard / Dara Tombroff (la ravissante Mathilde) est parfait, touchant. Le film débute comme une véritable comédie, avec des dialogues ciselés qui font mouches à tous les coups, des répliques cruelles qui nous font bien rire, des situations inventives dans lesquelles Karin Viard est en pleine possession de son talent et s'en sert à merveille pour jouer cette mère qui, petit à petit, va sombrer dans un déséquilibre mental total, devenant acariâtre, irritable, et ce, avec sa fille, ses meilleurs amis ou ses collègues de travail. Une véritable peste en somme, qui ne supporte plus rien, et dont le comportement toxique va finir par l'isoler totalement des autres. Plus le film progresse, plus la méchanceté dont l'héroïne fait preuve devient de moins en moins drôle. Avec une précision d'horloger suisse, les frères Foenkinos assènent les coups bas pour notre plus grand plaisir (la confrontation entre Karin Viard et la nouvelle professeur de 28 ans, à mourir de rire par exemple) jusqu'au moment fatidique où tout dérape. La jalousie destructrice devient plus forte que la raison et le mal-être dont souffre l'héroïne finit par prendre le dessus et lui fait commettre l'inacceptable. A partir de ce terrible moment que je ne vous dévoilerais pas, on ne rit plus vraiment devant les exactions, les règlements de compte et les fourberies de Karin Viard et on en vient réellement à la plaindre, à se mettre à sa place, à essayer de comprendre sa souffrance psychologique. De mère jalouse, elle devient une femme au bord de la crise de nerf, qui va devoir prendre sur elle-même et trouver un moyen de s'en sortir. Ce moyen, elle le trouvera de fort belle manière. Si Karin Viard brille de mille feux dans Jalouse, le reste du casting n'est pas en reste et tous les acteurs de ce film sont au diapason. Je ne m'attendais pas du tout à être pris par la main par ce film et à ressentir autant d'émotion. Vraiment un film intelligent, amusant, divertissant, grinçant et touchant, qui mêle humour et drame avec maestria. Une bien belle surprise.


lundi 16 septembre 2019

PLUS JAMAIS

PLUS JAMAIS
(Enough)

Réalisateur : Michael Apted
Année : 2002
Scénariste : Nicholas Kazan
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, Thriller
Interdiction : -12 ans
Avec : Jennifer Lopez, Billy Campbell, Tessa Allen, Juliette Lewis, Noah Wyle...


L'HISTOIRE : Slim, une jeune serveuse, a toujours eu du mal à joindre les deux bouts, jusqu'à ce qu'elle épouse Mitch, un riche entrepreneur. Celle-ci vit dorénavant un véritable conte de fées, elle a tout ce dont elle peut rêver : un mari attentionné, une magnifique résidence dans une banlieue huppée, et Gracie, son adorable petite fille de cinq ans. Ce paradis s'effondre lorsque Slim découvre la véritable nature de Mitch. Elle finit par fuir ses mauvais traitements, son comportement obsessionnel et ses dangereux hommes de main. Mais malgré ses efforts pour se refaire une nouvelle vie, Mitch la retrouve et la menace à nouveau. Après avoir mis Gracie en sûreté, Slim va se consacrer corps et âme à un combat qu'elle n'a pas voulu mais qu'elle est décidée à gagner. Elle ne sera plus la victime mais l'adversaire...

MON AVIS : Curieux film que ce Plus Jamais, réalisé en 2002 par Michael Apted, à qui l'on doit Gorilles dans la Brume, Coeur de Tonnerre, Blink, Nell ou Le Monde ne Suffit Pas entre autres. Curieux car il emprunte à plusieurs genres et passe abruptement de l'un à l'autre, prenant même une direction inattendue et, avouons-le, assez ridicule, dans son final surréaliste. Le film démarre plutôt bien pourtant, avec son ambiance comédie romantique servie par une Jennifer Lopez attachante et une Juliette Lewis plutôt drôle. La rencontre entre Slim (Lopez) et Mitch (Billy Campbell) a tout du conte de fée : une jeune serveuse et un homme beau et riche, qui vient de lui éviter un rencart bidon avec un inconnu qui avait fait un pari avec ses amis, c'est la rencontre entre la princesse et son prince. Les premières années suivant le mariage sont également idylliques, avec une petite fille, Gracie, à la clé. Dans ce monde de Bisounours, un grain de sable va pourtant intervenir et faire basculer le film de la romance fleur-bleue au drame conjugal. Car Mitch n'est pas la personne qu'il semble être. Et quand Slim le découvre, il est trop tard. Le prince charmant redevient un horrible crapaud, qui trompe sa femme, veut avoir un contrôle absolu sur sa vie et va même jusqu'à la battre pour qu'elle comprenne bien ses règles à lui. Billy Campbell se montre absolument détestable dans ce rôle de mari psychotique et machiste, et on se dit que la suite de cette tragédie naissante va nous amener dans un drame intense qui va traiter du thème de la violence conjugale, avec dépôt de plainte, procès et parcours du combattant pour la victime. Raté. Si ces quelques points sont abordés, c'est de manière très superficielle et on comprend rapidement que Michael Apted  ne cherche pas du tout à faire un film réaliste sur ce sujet mais juste à mettre en scène un thriller qui utilise la violence conjugale comme base à l'histoire. La suite n'évite pas les poncifs et on se retrouve à suivre la traque entre Mitch et Slim, cette dernière s'étant enfui avec sa petite fille et essayant tant bien que mal de passer inaperçu, changeant d'apparence ou d'identité pour que son mari violent ne la retrouve pas. Quelques énormités nous sont présentées et c'est là qu'on se dit qu'on est bien dans un film américain, qui nous la joue comme un éléphant dans un magasin de porcelaine. Où qu'elle aille, Mitch parvient à retrouver sa femme en fuite, grâce à des hommes de mains peu respectables ou à l'aide d'une personne dont je ne vous dévoile pas l'identité car c'était une des bonnes surprises du film, je ne l'avais pas venu venir celle-là. Un peu d'action, un peu de suspense, la recette est éculée mais ça se regarde, la prestation de Jennifer Lopez étant plutôt bonne. Dommage que le final vienne plomber tout ce qui a précédé parce que là, on verse en plein délire. De la comédie romantique au drame conjugal, du thriller psychologique au film d'action, on bifurque carrément dans le film de vengeance surréaliste ! Car notre femme battue et en fuite va avoir une idée de génie : puisque tout semble perdu si elle va voir un avocat ou la police et que son mari risque d'avoir gain de cause vu ses connaissances et le fait qu'elle a "kidnappé" sa fille, autant prendre le taureau par les cornes ! La légitime défense n'est pas un meurtre clame la jaquette du DVD ! C'est dit ! Slim va alors s'octroyer les conseils d'un prof de self-defense et devenir une véritable guerrière, qui va appliquer la citation : la meilleure défense reste l'attaque ! Et d'aller chez son mari pour lui foutre la rouste de sa vie, voir à tenter de le tuer en faisant passer ça pour de la légitime défense, ayant bien compris que jamais il ne la laissera tranquille. Oui, oui, oui... mais bien sûr. Là, on sait qu'on a perdu toute crédibilité et qu'on va toucher le fond. Plus Jamais possède quelques légers atouts mais on a connu Michael Apted nettement plus inspiré quand même. Sa réalisation est terne, sans saveur, comme le scénario du film en fin de compte. Reste le casting, qui s'en sort assez bien et qui permet au film d'être visionné sans qu'on ait envie d'appuyer sur la touche accélérée de la télécommande. Un petit film qui finira par sombrer dans l'oubli, si ce n'est déjà fait.


      

dimanche 15 septembre 2019

MARIANNE SAISON 1

MARIANNE
(Marianne)

Réalisateur : Samuel Bodin
Année : 2019
Scénariste : Samuel Bodin, Quoc Dang Tran
Pays : France
Genre : Fantastique, épouvante
Interdiction : -16 ans
Avec : Victoire Du Bois, Lucie Boujenah, Tiphaine Daviot, Alban Lenoir, Ralph Amoussou...


L'HISTOIRE : Emma Larsimon est une auteure à succès, qui connaît la gloire grâce à sa série de romans d'horreur mettant en vedette Marianne, une terrible sorcière. Lors d'une séance de dédicace, elle reçoit la visite d'une ancienne camarade de son village natal, qui l'accuse d'avoir rendu folle sa mère, qui se prendrait pour Marianne après avoir dévoré plusieurs fois les romans. Suite à un terrible drame, Emma n'a d'autre choix que de se rendre à Elden, sa ville natal, accompagnée par Camille, son assistante. La jeune romancière va découvrir avec effroi que la terrible sorcière qu'elle a inventé dans ses livres semble avoir pris vie dans la réalité et provoque malheur et désolation parmi les personnes de son entourage, comme ses parents ou ses amis d'enfance...

MON AVIS : Une série horrifique française ! C'est assez rare pour le signaler et si intéresser ! Même si ce n'est pas une première dans le genre, puisqu'on a eu par exemple des séries comme Sable Noir en 2006 ou Dead Crossroads en 2012, on ne peut pas dire que l'horreur soit un genre très en vogue chez nous, que ce soit au cinéma ou dans les séries télévisées d'ailleurs. Le réalisateur Samuel Bodin (qui a mis en image le clip de la chanson Vacuity de Gojira en 2008) a décidé de tenter l'expérience et a puisé dans ses cauchemars d'enfant pour écrire le scénario de Marianne, série en huit épisodes qui a bénéficié de la coopération de Netflix à la production, ce qui lui permet d'être diffusée à grande échelle de par le monde. Alors, allons-nous en avoir pour notre argent niveau frisson, telle est la question qui nous vient tous à l'esprit, alléchés par l'affiche de la série et son slogan publicitaire, qui nous indique que Marianne est la série qu'on ne voudra pas regarder seul, rien que ça ! Et bien figurez-vous que cette publicité n'est pas mensongère et que les petites natures risquent effectivement d'aller appeler leur maman à la rescousse afin qu'elle rallume les lumières de la chambre ou du salon ! Samuel Bodin connaît assurément bien ses classiques, qu'ils soient anciens ou contemporains, et nous assènent des dizaines et des dizaines de jump-scares franchement réussis, qui risquent de vous faire bondir de votre fauteuil ou de vous procurer quelques nuits blanches, puissant aussi bien dans les clichés des films de maisons hantés, de fantômes que dans les films de possessions ou d'exorcismes. Samuel Bodin distille son ambiance avec efficacité, joue savamment sur la notion de peur à l'écran. Monstre caché dans les placards, derrière les portes ou sous les lits, tous les artifices mis à sa disposition sont utilisés dans l'unique but de vous flanquer une trouille d'enfer. Le personnage principal de Marianne n'est autre qu'une terrible entité, ancienne sorcière ayant été jadis enterrée mais dont le rituel de bannissement n'a pas été mené jusqu'à sa fin. Les rêves et les cauchemars de la jeune Emma, autre personnage principal de la série, ont toujours eu un lien avec cette sorcière, qui deviendra d'ailleurs le personnage récurrent de sa saga littéraire lue par des millions de lecteurs. La sorcière Marianne continue donc d'exister à travers les siècles de par les écrits d'Emma et cette entité va revenir parmi les vivants, prenant possession de différents personnages au cours des huit épisodes de cette première saison. Emma est interprétée par Victoire Du Bois. Avec son look de garçon manqué et son franc-parler, ce personnage ne nous apparaît pas franchement empathique de prime abord et on a même envie de la remettre à sa place plusieurs fois. C'est peut-être l'un des points faibles de Marianne, le fait d'avoir du mal à s'identifier ou apprécier l'héroïne, du moins en ce qui me concerne. Nul doute que la jeune actrice trouvera des fans au sein du public, tout autant que de haters. Il est vrai qu'elle a un comportement assez immature, un peu trop rebelle et exubérant, ce qui contraste avec les scènes dans lesquelles elle doit se montrer fragile ou triste. J'ai préféré le jeu d'actrice de Lucie Boujenah, qui joue Camille, l'assistante littéraire d'Emma. Plus en retenue, plus sobre, ce personnage est celui que j'ai préféré dans cette série. Le reste du casting s'en tire assez bien, notamment Tiphaine Daviot ou Ralph Amoussou entre autres. Certes, on sait qu'on regarde une série française mais ça joue toujours mieux que dans Plus Belle la vie ou Joséphine Ange Gardien ! Celle qui tire véritablement son épingle du jeu dans Marianne, c'est bien sûr Mireille Herbstmeyer, une actrice qui n'a besoin d'aucun effet de maquillage pour vous flanquer la pétoche et dieu sait qu'elle va vous la flanquer au cours des trois ou quatre premiers épisodes ! Terrifiante, c'est bel et bien le mot qui la désigne le mieux ! Les divers événements horrifiques qui auront lieu tout au long de la série ne font pas dans la dentelle et la vision des parents d'Emma, entièrement nus et couverts de scarification et d'insignes cabalistiques, marquent durablement l'esprit, tout comme la scène où cinq enfants se pendent au portique d'une balançoire. La série est interdite aux moins de 16 ans et elle l'assume totalement, ne faisant jamais de hors champ quand il s'agit de montrer de la nudité ou de la violence graphique. Autre point positif, les superbes décors naturels dans lesquels ont été filmé la série. La petite ville côtière, son port, son église, son phare, sa plage, sa mer et ses marées, ses habitations confèrent à donner un vrai cachet à la série et la photographie est de plus très soignée, nous proposant de superbes images, bien travaillées. Si le suspense et la tension sont palpables tout au long des huit épisodes, j'ai trouvé dommage qu'ils soient parfois désamorcés par des touches d'humour que je trouve inutiles et malvenues. J'aurai vraiment préféré que le réalisateur reste dans le sérieux et ne versent pas dans l'humour. A ce niveau, certaines répliques ou attitudes de l'inspecteur de police ne font vraiment pas crédibles, tout comme certaines réactions des personnages principaux. Des bémols, il y en a dans Marianne, c'est sûr, mais si cette première saison est loin d'être parfaite, si son scénario est parfois un brin décousu, on ne peut que la saluer pour ce qu'elle nous propose en visions horrifiques et c'est vraiment encourageant pour le futur. Si vous êtes fan de La Maison du Diable, de L'Exorciste, de Stephen King, d'Hérédité, de Insidious et j'en passe, n'hésitez pas à laisser sa chance à Marianne ! Une série française, oui, mais qui fait honneur au genre à laquelle elle appartient !

LES ÉPISODES :
1.1 - Tu les rêves
1.2 - C'est coutume !
1.3 - Je ne suis pas un cadeau
1.4 - C'est un beau moment
1.5 - Tu l'as laissée...
1.6 - Pour les souvenirs ?
1.7 - On était trop petit
1.8 - On est mardi

      

vendredi 13 septembre 2019

HURLER DE PEUR

HURLER DE PEUR
(Taste of Fear / Scream of Fear)

Réalisateur : Seth Holt
Année : 1961
Scénariste : Jimmy Sangster
Pays : Angleterre
Genre : Thriller
Interdiction : -12 ans
Avec : Susan Strasberg, Ann Todd, Ronald Lewis, Christopher Lee, Fred Johnson...


L'HISTOIRE : Penny Appleby, jeune femme paralysée et condamnée au fauteuil roulant, revient dans sa demeure familiale située sur la Côte d'Azur après la disparition de son père. Accueillie par Jane, sa belle-mère, et épaulée à chaque instant par Bob, le chauffeur de la famille, voici qu'elle commence à avoir d'épouvantables visions : elle se met à voir le cadavre de son père dans différents endroits de la demeure, lequel disparaît aussitôt…

MON AVIS : Il n'y a pas que de l'horreur à la Hammer, cette célèbre firme britannique qui a redoré le blason du cinéma d'épouvante en réactualisant les grands mythes (Dracula, Frankenstein, la Momie...) avec de superbes films en technicolor. Même si c'est évidemment dans ce registre que la Hammer a connu ses heures de gloire, la firme a aussi produit des films de guerre, des films d'aventure, des films policiers, des comédies, des films de science-fiction et aussi des thrillers, dont certains sont franchement très bons, à l'image de ce Hurler de Peur qui mérite toute notre attention ! Le film a été réalisé en 1961 par Seth Holt, réalisateur peu prolifique car décédé à l'âge de 48 ans. Pour la Hammer, il mettra également en scène Confession à un cadavre en 1965 et Blood from the Mummy's Tomb en 1971, année de sa mort. Si Seth Holt est bien le metteur en scène de Hurler de Peur, on peut tout de même dire que l'investigateur principal de ce projet est Jimmy Sangster, scénariste renommé qui eut un rôle à jouer capital à la Hammer à ce niveau, puisqu'il est responsable des histoires des meilleures productions de la firme. Il passera également derrière la caméra dès 1970 pour Les Horreurs de Frankenstein, Lust for a Vampire et Fear in the Night. C'est donc en 1961 qu'il rédige l'histoire machiavélique de Hurler de Peur. Une histoire qui lui tient vraiment à cœur et qu'il ne compte pas abandonner ou voir modifier lors de la phase de réalisation. Il va donc carrément demander à Michael Carreras, patron de la Hammer, d'être producteur du film, afin de garder un contrôle total sur ce dernier. Carreras accepte et le tournage débute sous la supervision de Sangster. Filmé principalement en décor naturel, en France (Villefranche, Antibes, Nice) mais également en studio pour quelques rares scènes en intérieur, Hurler de Peur a tout du suspense hitchcockien et il tire son épingle du jeu grâce au scénario riche en rebondissement de Jimmy Sangster, mais aussi de par son casting et sa superbe photographie en noir et blanc, due à Douglas Slocombe. L'héroïne du film, Penny Appleby, est interprétée par la ravissante Susan Strasberg, sorte de sosie de Natalie Wood, et qui livre ici une composition de très grande qualité, interprétant toutes sortes d'émotions, passant de la joie à la tristesse, du doute à la terreur de manière toute à fait crédible. Ses cris d'effroi justifie à eux seuls le titre du film ! La pauvre jeune femme, paraplégique suite à une chute de cheval, passe sa vie dans un fauteuil roulant et a souffert dans sa jeunesse de trouble psychologique, trouble qui pourrait expliquer les visions d'épouvante dont elle est témoin. C'est d'ailleurs ce que lui expliquera un curieux médecin, le docteur Pierre Gerrard, qui est joué par l'énigmatique Christopher Lee. Un petit rôle secondaire pour l'acteur vedette de la Hammer mais qui profite pleinement à l'intrigue du film. Car Penny se voit entouré de plusieurs personnes qui doute de ses propos et même de sa santé mentale, qu'ils jugent fragile. Sa belle-mère (Ann Todd) semble particulièrement apprécier le docteur Gerrard et on se demande si elle est aussi gentille et attentionnée qu'elle le paraît ou si ce n'est qu'un jeu d’apparence. Bob, le chauffeur de la famille (Ronald Lewis), sera le seul qui tentera d'aider Penny, succombant aux charmes de la jeune femme, et on le comprend. Tout l'intérêt du film est alors de savoir si la jeune handicapée est réellement folle, si elle est en passe de le devenir ou si on essaye de lui faire croire qu'elle est folle ! Dans la même catégorie, on pense au sublime Hantise de George Cukor avec Ingrid Bergman et Charles Boyer. Les films ont en effet des points communs et si vous avez apprécié le film de 1944, vous apprécierez tout autant Hurler de Peur. La mise en scène de Seth Holt est raffinée, le noir et blanc sublime et le jeu sur les contrastes nous rappelle les plus belles œuvres de Val Lewton ! Esthétiquement et visuellement très réussi, Hurler de Peur développe son machiavélisme par petites touches, nous met sur de fausses pistes, nous mène en bateau avec brio, et parvient à maintenir la tension sur la durée, avec des tas de retournements de situation lors des vingt-dernières minutes qui nous donnent bien du plaisir. Vraiment un thriller exemplaire, efficace, qu'on rangera aisément à côté des Diaboliques de Clouzot ou de Rebecca d'Hitchcock, tant il n'a pas à rougir face à ces deux concurrents.

* Disponible en Médiabook DVD + BR + LIVRET chez ESC EDITIONS
Bonus :
- Présentation de la Hammer
- Analyse du film par Laurent Aknin




jeudi 12 septembre 2019

LES RÉVOLTÉS DE L'AN 2000

LES RÉVOLTÉS DE L'AN 2000
(¿ Quién puede matar a un niño ?)

Réalisateur : Narciso Ibáñez Serrador
Année : 1976
Scénariste : Narciso Ibáñez Serrador
Pays : Espagne, Angleterre, Allemagne
Genre : Drame, Thriller
Interdiction : -16 ans
Avec : Lewis Fiander, Prunella Ransome, Antonio Iranzo, Luis Ciges...


L'HISTOIRE : Tom et Evelyn, un couple de touristes anglais, visitent le sud de l'Espagne. Arrivés un matin sur la petite île tranquille d'Almanzora, ils découvrent le village déserté et s'étonnent de ne croiser que des enfants. Cherchant les habitants, ils découvrent bientôt l'effroyable vérité : les enfants éliminent tous les adultes de l'île. Traqué par ces meurtriers au visage d'ange, le couple va désespérément tenter de leur échapper...

MON AVIS : Passons rapidement sur la débilité du titre français, certainement trouvé par un esprit dérangé qui n'a pas du voir le film, pour nous intéresser à cette oeuvre de Narciso Ibáñez Serrador, réalisateur ibérique qui a principalement œuvré pour la télévision (épisodes de séries ou téléfilms) mais qui s'est également confronté au domaine du cinéma à deux reprises. Seulement à deux reprises pourrions-nous dire d'une voix emprunte de déception car les deux films qu'il a réalisé sont des petits bijoux comme on aimerait en voir plus souvent ! En 1969, Serrador nous offre La Résidence et en 1976, l'excellent Les Révoltés de l'An 2000, un film choc qui s'est vu censuré dans son pays d'origine à sa sortie puis qui a écopé d'une interdiction aux moins de 18 ans dans d'autres pays du monde, avant d'être acclamé par la critique et le public lors de ses diffusions dans des festivals de cinéma, dont le Festival International du Film Fantastique d'Avoriaz, où il reçu le prix de la Critique en 1977. Film choc car, vous l'aurez compris à la lecture du scénario, Les Révoltés de l'An 2000 traite d'un sujet tabou, à savoir les enfants et leurs comportements meurtriers. Le film s'ouvre sur des images d'archives perturbantes des guerres connues de tous : Seconde Guerre mondiale (Auschwitz), guerre de Corée, guerre d'Indochine, guerre du Vietnam entre autres et nous indique le nombre de morts approximatifs ainsi que le nombre d'enfants morts durant ces conflits. Le discours de Serrador est très clair : l'enfance est la première victime des conflits orchestrés par les adultes. Il en va de même pour les épidémies, les famines : ce sont les enfants qui trinquent en premier. L'idée du film est alors d'inverser les rôles : et si les enfants prenaient le pouvoir et se mettaient à tuer les adultes, à les exclure du monde ? Une idée horrible car qui y-a-t'il de plus terrifiant que de voir sa progéniture se retourner contre nous ? Dans pareil cas, sérions-nous capable, comme le demande le titre original du film, de tuer un enfant ? C'est donc sur cette base que Narciso Ibáñez Serrador va ciseler son film et peaufiner une ambiance délétère et anxiogène qui ne manquera pas de faire réfléchir et provoquer quelques remous dans le ventre du public. Bien sûr, des enfants meurtriers, on en a déjà vu : ceux du Village des Damnés en 1960 et sa suite Les Enfants des Damnés en 1963, ceux de Demain les Mômes en 1975, ceux de Sa Majesté des Mouches en 1963, la petite fille de La Mauvaise Graine en 1956 ou le frère jumeau de L'Autre en 1972 par exemple. Mais avec Les Révoltés de l'An 2000, Serrador va plus loin dans le concept et sa mise en scène augmente le malaise et la cruauté qui nous sont présentés ici. Si le film met un peu de temps à réellement démarrer, avec cette longue exposition nous présentant Tom (Lewis Fiander) et Evelyn (Prunella Ransome) se baladant  parmi la foule dans une ville d'Espagne, ce qui, il est vrai, n'a rien de bien excitant, une fois le couple débarqué sur l'île d'Almanzora, l'atmosphère devient angoissante et pesante et la violence insidieuse se met petit à petit en place, pour exploser lors de la séquence finale. La mise en scène de Serrador est vraiment maîtrisée et le réalisateur sait utiliser son cadre, son décor, toujours baigné par un soleil resplendissant, pour un faire une sorte de labyrinthe dans lequel vont se perdre ses deux personnages principaux. La menace n'étant pas le Minotaure ici mais bel et bien ces enfants au comportement curieux, au regard troublant. Habilement, Serrador les inclut par petite touche au récit, d'abord une petite fille qui vient toucher le ventre enceinte de l'héroïne, puis un jeune garçon qui revient de la pêche et s'enfuit quand le héros veut lui parler. L'absence totale d'adultes sur l'île participe à créer cette sensation de mal-être qui nous fait comprendre que quelque chose cloche dans ce lieu pourtant paradisiaque. Il suffit que la caméra filme un corps entendu et couvert de sang derrière un comptoir, corps que ne voit pas le héros qui se trouve dans une autre allée de la boutique, pour que nos sens se mettent en éveil et notre pensée à cogiter. La terrible séquence, pourtant filmée en hors-champ, dans laquelle une fillette s'empare de la canne d'un supposé vieillard et lui assène une horde de coups d'une violence rare, provoque aussitôt une accélération de nos battements cardiaques. On comprend l'inacceptable, l'inavouable. Et le titre original du film de se rappeler à nouveau à notre mémoire. Les charmantes petites têtes blondes, comme on aiment à les appeler, sont les monstres du film et ça, ça change tout. Voir de jeunes garçons tenter de déshabiller une femme qu'ils viennent de tuer, voir des gosses tenir bâton, serpe, couteau, faucille et autres armes dans leurs petites mains et, pire que tout, le voir s'en servir contre des adultes, c'est bien plus traumatisant et malaisant que de voir des zombies ou des loups-garous massacrer des gens. Serrador ne donne d'ailleurs jamais d'explication quant au comportement des enfants. Pourquoi agissent-ils ainsi ? Quel a été le déclencheur de leur folie meurtrière ? Aucune réponse n'est donné aux spectateurs. Une scène en particulier laisserait penser que certains enfants ont un "don", un "pouvoir" de contrôle mental qu'ils exercent sur les autres. Le roman qui a servi de base au scénario, écrit par Juan José Plans, possède cette explication (une poudre tombée du ciel aurait contaminé les enfants, idée qui sera reprise plus ou moins dans De Si Gentils Petits Monstres et son nuage radioactif en 1980) mais elle est totalement zappé dans le film de Serrador, ce qui augmente le potentiel inquiétant de l'oeuvre. Avec ses plans incongrus (le réalisateur place souvent sa caméra au niveau des pieds des protagonistes), son cadre idyllique et lumineux qui se veut une antithèse total au décor traditionnellement baigné dans la pénombre des films de terreur, son rythme posé, la cruauté de son propos et de ses images, ses jeunes acteurs totalement investit, ses séquences marquantes qui évitent toute surenchère et restent dans le domaine du réalisme, Les Révoltés de l'An 2000 est une oeuvre puissante, majeure, dont on retrouve les influences dans bien des films contemporains, à commencer par ceux de Guillermo del Toro par exemple...

* Disponible en DVD chez WILD SIDE VIDEO