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AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.




L'ENFANT DE LA NUIT

 

L'ENFANT DE LA NUIT
(La Tua presenza Nuda !)

Réalisateur Andrea Bianchi, James Kelley
Année : 1972
Scénariste Trevor Preston, Andrea Bianchi, Bautista Lacasa Nebot
Pays : Italie, Angleterre, Allemagne, Espagne, USA
Genre : Drame
Interdiction : -16 ans
Avec : Mark Lester, Britt Ekland, Hardu Krüger, Lilli Palmer, Harry Andrews...


L'HISTOIRE : Elise, nouvelle épouse de Paul, dont l'ancienne femme a été retrouvée électrocutée dans sa baignoire, éprouve des difficultés à nouer des relations amicales avec Marcus, le fils de Paul. Âgé de douze ans, ce dernier semble particulièrement mature et a un comportement bien différent des enfants de son âge, qui met mal à l'aise la jeune femme...

MON AVIS : Drame psychologique qui aurait bien du mal à être produit à notre époque, L'Enfant de la Nuit a été co-réalisé par Andrea Bianchi et James Kelley. Le premier, Italien, est bien connu des amateurs de cinéma Bis puisqu'on lui doit le giallo putassier avec Edwige Fenech Nue pour l'Assassin en 1975 et surtout l’inénarrable Le Manoir de la Terreur en 1981, entre autres. Le second est Anglais et n'a que deux films à son actif derrière la caméra, celui dont on parle ici et Le Monstre des Oubliettes réalisé l'année précédente. Au casting, on trouve la ravissante blondinette Britt Ekland, devenue célèbre en jouant dans The Wicker Man en 1973 ou le James Bond L'Homme au Pistolet d'Or en 1974 mais également pour avoir été l'épouse de Peter Sellers et de Rod Stewart. Elle interprète avec brio Elise, une jeune femme qui va avoir bien des difficultés à gérer sa relation avec Marcus, le fils de 12 ans de son nouveau mari. Ce dernier est joué avec tout autant de brio par le jeune acteur Mark Lester, qu'on avait pu voir l'année précédente dans Mais qui a tué Tante Roo ? de Curtis Harrington. Un duo impeccable, qui va faire basculer le film dans un climat malsain de grande qualité. Il faut dire que notre Marcus est particulièrement précoce par rapport à son âge, qu'il est très cultivé et n'a pas la langue dans sa poche quand il s'agit d'asséner des pics qui font mouche à chaque fois. Plus le film avance, plus la relation entre Marcus et Elise va devenir tendue, plus un réel malaise va grandir chez la jeune femme vis à vis du fils de son nouveau mari, qu'elle soupçonne de mentir et d'être un vrai manipulateur. En se renseignant plus avant sur lui, notamment en allant rencontrer le directeur de son école, Elise va découvrir des secrets particulièrement perturbants sur le jeune garçon, qui la mettront encore plus mal à l'aise et la feront devenir plus suspicieuse. Si je vous dis qu'un des autres titres français du film est Les émotions d'un jeune voyeur, vous comprendrez pourquoi le film devient vite malaisant. Menteur, voleur, voyeur, le jeune garçon multiplie les vices et ce n'est peut être que la face cachée de l'iceberg. Qui plus est, il a vite saisi que sa présence et son comportement incommodent Elise et il n'a de cesse de la pousser dans ses retranchements, la rendant même paranoïaque aux yeux de son père, qui commence à émettre des doutes sur sa nouvelle femme et sa santé mentale. Un père entièrement dévoué à son fils après le dramatique accident survenu à son ancienne femme. Le film monte encore d'un cran dans l'abjecte quand Elise se met à soupçonner Marcus d'avoir délibérément tué sa mère et que le jeune garçon l'oblige à se mettre nue devant lui pour lui avouer la vérité. Une séquence qui choqua la censure britannique de l'époque, qui se montra pourtant clémente, du moins jusqu'en 1978 où l'arrivée de la loi sur la protection des enfants fit subir au film des coupes importantes : principalement dans les scènes où Elise se déshabille devant Marcus, mais aussi le plan où Marcus caresse les seins d'Élise. La censure exigea également la suppression complète de la scène du lit entre Elise et Marcus vers la fin du film. L'aspect psychologique est très importante dans ce film, on a affaire à un véritable jeu du chat et de la souris entre Elise et Marcus, Paul se contentant de jouer les arbitres de ce duel autant verbal que physique. Le point fort de L'Enfant de la Nuit est qu'il tire sur la corde raide tout en jouant l'équilibriste sur cette relation insidieuse : on ne sait plus si Marcus est réellement un enfant manipulateur et diabolique ou si c'est la raison d'Elise qui flanche et qui lui fait prendre le garçon en grippe. Dénué d'action, L'Enfant de la Nuit prend son temps pour poser son atmosphère sourde et malicieuse, emprunte parfois au giallo ou au cinéma d'épouvante gothique lors de certaines séquences (les déambulations dans le grenier) et propose dans sa dernière demi-heure une ambiance de perversion déconcertante, à l'opposée de la morale, ainsi qu'une scène finale magistralement amenée et encore plus perverse que tout ce qui a précédé. J'ai vraiment apprécié l'atmosphère et le rythme assez contemplatif de ce film curieux et peu banal, tout comme l'interprétation du casting, le charme de Britt Ekland et le regard et sourire maléfiques de Mark Lester n'étant pas étrangers à ce fait. Un film surprenant, typique de ce que proposer le cinéma radical 70's ! .  

QUE MA VOLONTÉ SOIT FAITE

 

QUE MA VOLONTÉ SOIT FAITE
(Que ma Volonté soit faite)

Réalisateur Julia Kowalski
Année : 2025
Scénariste Julia Kowalski, Simon Beaufils
Pays : France, Pologne
Genre : Drame, folk horror, sorcellerie 
Interdiction : -12 ans
Avec Maria Wróbel, Roxane Mesquida, Wojciech Skibinski, Przemyslaw Przestrzelski...


L'HISTOIRE La jeune Nawojka, qui vit avec son père et ses deux frères dans la ferme familiale, cache un terrible secret : un pouvoir monstrueux, qu’elle pense hérité de sa défunte mère, s’éveille chaque fois qu’elle éprouve du désir. Lorsque Sandra, une femme libre et sulfureuse originaire du coin, revient au village, Nawojka est fascinée et ses pouvoirs se manifestent sans qu’elle ne puisse plus rien contrôler...

MON AVIS : En 2023, Julia Kowalski réalise le moyen-métrage J'ai vu le visage du Diable, qui mettait déjà en vedette l'actrice Maria Wróbel ainsi que Wojciech Skibinski. L'histoire était celle d'une jeune fille se croyant possédée et demandant l'aide d'un prêtre-exorciste. En 2025, la réalisatrice française, qui a été biberonné au cinéma polonais mais aussi au cinéma de genre, décide de faire un film ayant également la thématique de la possession, tout en y incluant des éléments de folk horror et de sorcellerie, prenant pour cadre de l'action un tout petit village rural où vit une famille d'immigrés polonais éleveur de bétails. Ces thématiques liées au cinéma de genre, la réalisatrice les dilue dans ce qui l'intéresse réellement ici, à savoir la condition féminine, le machisme, les violences sexistes et la place de la femme dans notre société. Dans Que ma Volonté soit faite, rien n'est expliqué, rien n'est certifié. Ce sera au spectateur de décider si le personnage de Nawojka est la descendante d'une sorcière, et si elle en est une elle-même, ou si elle n'est qu'une jeune fille perdue dans un monde essentiellement masculin, tiraillée par des désirs de plus en plus brûlants et par une soif d’émancipation qui la pousserait à ne plus différencier la frontière entre rêve et réalité. Le film est avant tout un drame rural, où le destin de la jeune fille semble tout tracé. Elle rêve de devenir vétérinaire mais qui s'occupera de la ferme, de faire à manger, de prendre soin de son père et de ses deux frères, pourtant pas très sympathiques à son égard, la prenant pour une véritable bonniche ? Un destin qui va se voir chamboulé par le retour au village de Sandra, une jeune femme libre, sans carcan, fière de son corps et qui ne laisse aucun mâle lui dicter ce qu'elle doit faire. La figure maternelle étant absente chez Nawojka, Sandra devient son nouveau repère, et la liberté que cette dernière affiche au grand jour, se baladant dans des tenues sexy, fait prendre conscience à la jeune fille qu'une autre vie est possible. Une prise de conscience qui va se traduire par des crises frénétiques, convulsives, proches de celle qu'avait Linda Blair dans L'Exorciste.Mais attention, point d'effets spéciaux ici, point de maquillage outrancier, tout passe par le jeu d'actrice, les grimaces, la crispation du corps. L'ambiance, le grain de la pellicule 16MM renvoie aux films des 70's que la réalisatrice adore. On trouve dans Que ma Volonté soit faite une longue scène de mariage héritée de Voyage au bout de l'Enfer, on trouve une partie de chasse nocturne qui renvoie à celle de Réveil dans la Terreur par exemple. Film féministe avant tout, la menace dans le film prend divers visages, mais surtout l'apparence des hommes du village, rednecks qui aiment la chasse, l'alcool et qui en oublient les bonnes manières envers la gente féminine. La superstition rurale est également mise en avant, le retour de Sandra (la toujours charmante Roxane Mesquida, vue dans Sheitan entre autres), considérée comme une femme de peu de vertu et qui semble avoir un lourd passif ici, devenant le symbole facile, la proie toute désignée des événements négatifs qui apparaissent au village : une étrange contamination du bétail provoque l'abattement des troupeaux et il n'en faut pas plus pour provoquer une chasse aux sorcières. Plus que du fantastique, c'est bien de l'insolite, de l'étrangeté, qui vient s'immiscer au sein de cette famille et des villageois, troublant autant leur perception cartésienne que celle du spectateur. Sans jamais expliquer ou définir les événements proposés, Que ma Volonté soit faite joue dans la cour du folk horror contemplatif, pour un résultat souvent déroutant, toujours intrigant, à l'image des premières paroles du film : "Ma mère s'agenouilla devant Satan. Elle avait le Mal en elle. Je l'ai en moi." Bien sûr, on est loin du cinéma Bis ici, le film a des allures bien plus auteurisantes évidemment, mais la proposition de Julia Kowalski est intéressante et s'éloigne des sentiers battus du cinéma français. La mise en scène est très bonne, la photographie superbe et certaines images sont très belles, notamment celles du final. Un film à découvrir, qui change des comédies françaises à la gomme.  

* Disponible en  DVD chez BLAQ OUT  



 


INTRUDER

 

INTRUDER
(Intruder)

Réalisateur Scott Spiegel
Année : 1989
Scénariste Scott Spiegel, Lawrence Bender
Pays : USA
Genre : Horreur, slasher
Interdiction : -16 ans
Avec : Sam Raimi, Elizabeth Cox, Renée Estevez, Dan Hicks, Ted Raimi...


L'HISTOIRE : Les employés d'un supermarché apprennent qu'ils vont bientôt perdre leur travail suite à la vente du magasin. A la nuit tombée, Jennifer, la caissière, se fait agresser par son ex-petit ami, Craig, qui vient de sortir de prison. Il parvient à se dissimuler dans le magasin et c'est avec peine que l'équipe réussie à le mettre dehors, provoquant sa colère. Plus tard dans la nuit, les employés se font assassiner un à un...

MON AVIS : En 1989, le slasher movie n'est plus qu'un genre balbutiant, en fin de vie, qui a épuisé tous les filons, toutes les histoires depuis 1980 et la succès de Vendredi 13. Certains réalisateurs continuent d'y croire mais le public s'est lassé et le genre ne fait plus recette et ne parvient plus à se renouveler. Parmi les derniers résistants, on trouve Intruder, réalisé par Scott Spiegel. Un nom qui ne devrait pas vous être inconnu si vous êtes fans de cinéma de genre, puisqu'il fait partie de la team Sam Raimi, étant l'ami de ce dernier depuis les années 70, où il faisait l'acteur dans tous ses courts-métrages. Il a même interprété Scott dans Within the Woods, court-métrage à la base d'Evil Dead. Scott Spiegel fut aussi scénariste, on lui doit dans ce domaine les histoires d'Evil Dead 2, du polar Hit List, de La Relève avec Clint Eastwood et Charlie Sheen, de The Nutt House, comédie avec Traci Lords ou de Une Nuit en Enfer 2 entre autres. Il a également réalisé lui-même des tas de courts-métrages et six longs-métrages, dont Une Nuit en Enfer 2 ou Hostel 3. Son premier long-métrage derrière la caméra est donc ce Intruder, dont il co-signe également le scénario avec Lawrence Bender. Il va bénéficier sur ce premier film de la présence de Sam Raimi, qui fera acteur et qui lui a certainement promulgué de bons conseils niveau mise en scène, mais aussi de Robert Kurtzman, de Greg Nicotero et de Howard Berger, un trio spécialisé dans les effets de maquillages plus connu sous le nom de KNB et qui avait déjà travaillé avec Spiegel sur Evil Dead 2 en 1987. Du beau monde donc, auquel on rajoutera l'actrice Elizabeth Cox, qui interprète la final girl Jennifer, Renée Estevez, sœur d'Emilio Estevez, Ramon Estevez et Charlie Sheen et qui joue l'autre caissière du magasin, le célèbre Ted Raimi, frère de qui vous savez, Dan Hicks, autre membre de la team Raimi, vu dans Evil Dead 2, Darkman ou Mon nom est Bruce entre autres et on aura évidemment un tout petit caméo de Bruce Campbell à la fin du film. Sur le papier, les conditions semblent donc être réunies pour obtenir un bon slasher. Qu'en est-il au final ? Niveau mise en scène, on ressent clairement l'influence de Sam Raimi, avec des plans travaillés qui nous rappellent ceux d'Evil Dead, à l'image de la caméra posée dans un caddie et qui filme l'avancée de ce dernier en vue subjective ou de ce plan où l'on voit un personnage utiliser un téléphone, filmé de l'intérieur dudit téléphone, l'actrice étant donc vue en contre-plongée via le cadran téléphonique. On citera également cette séquence ou un acteur surveille une poignée de porte et quand celle-ci se met à tourner, le plan de l'acteur tourne de la même manière que la poignée de porte ou cette vision du visage du tueur, déformé par un bocal en verre. Des influences visuelles qui procurent donc  une certaine originalité à Intruder, bien moins plan-plan que la majorité des slashers en termes de réalisation. Dommage que le film mette un peu de temps à réellement démarrer puisqu'il faut attendre plus de 30 minutes avant d'avoir un premier meurtre, et encore, il est juste suggéré à l'écran. Auparavant, on fera connaissance avec les divers employés du magasin, on comprendra rapidement que la caissière Jennifer, jouée par Elizabeth Cox donc, sera l'héroïne du film, et on passera pas mal de temps avec eux, devant régler un souci puisque l'ex-copain de Jennifer se cache dans le magasin suite à une altercation. Un semblant de suspense se met en place avec la recherche du méchant bad boy dans les rayonnages. On note quand même que Scott Spiegel, qui a travaillé dans un supermarché durant sa jeunesse, s'attarde sur l'aspect relationnel, sur la notion de camaraderie qui transpire entre les employés, qui tentent tous de s'encourager après avoir appris la vente de la boutique et sa fermeture dans un mois. Je n'irai pas jusqu'à dire que ça les rend plus intéressants, n'exagérons pas, ils restent dans la bonne moyenne des personnages d'un slasher et la plupart ne serviront qu'à devenir des victimes au tueur du film. Un tueur qui va commencer à s'activer un peu plus à partir de 40 minutes, dynamisant par la même occasion le rythme un peu mollasson du film. Notre maniaque va devenir le principal intérêt d'Intruder, car il va se servir de divers outils et instruments disponibles dans le magasin pour commettre ses meurtres. Et à ce niveau, on ne sera pas déçu car l'équipe de KNB et l'équipe des effets-spéciaux vont se faire plaisir, et nous faire plaisir, en concoctant des scènes brutales et surtout bien gore. C'est clairement là où Intruder marque des points : œil embroché sur une pointe, visage écrasé par une presse, Sam Raimi empalé par le visage sur un croc à viande (une idée de son frère Ted, on est imaginatif dans la famille), tête coupée portée par le maniaque, coups portés à l'aide d'un couteau ou d'un hachoir et surtout, la fameuse séquence du visage tranché en deux par un fil à ruban servant à découper les carcasses de viande seront de la fête. De la violence qui a posé problème au comité de censure, qui a taillé dans le vif à l'époque, et il a fallu attendre les années 2000 pour que le film soit enfin proposé en version intégrale. On a tout de même un petit souci, qui n'est pas du fait du réalisateur, c'est que l'identité du meurtrier a été éventé directement sur la jaquette VHS lors de sa sortie, le film étant inédit en salles, de même que dans la bande annonce. Même si cela ne gâche que moyennement le spectacle, on pourra trouver ce procédé un peu chelou tout de même mais bon. Si Intruder ne joue que rarement avec le suspense, se prive de toute nudité, on en retient tout de même ses qualités et son aspect radical au niveau de ses meurtres. On ne pourra s'empêcher de sourire lors de la scène de traque dans une chambre froide, l'héroïne se planquant derrière les carcasses de viande, scène qui nous rappellera la séquence fort ressemblante du remake de Massacre à la Tronçonneuse, ou celle où l'héroïne se cache dans une sorte de cagibi, qui m'a fait penser à la scène d'Halloween dans laquelle Jamie Lee Curtis se planque dans un placard. Deux scènes qui correspondent bien à ce qu'est Intruder en fait : un film charnière, qui recycle les films du passé et prépare le terrain aux futurs œuvres du genre, qui seront plus violentes, plus brutales. Intruder, un rétro-slasher ouvrant la voie au néo-slasher ?

* Dispo en combo DVD+BR chez ESC DISTRIBUTUON

       

LE TUEUR FRAPPE TROIS FOIS

LE TUEUR FRAPPE TROIS FOIS
(La morte non ha sesso)

Réalisateur Massimo Dallamano
Année : 1968
Scénariste Giuseppe Belli, Vittoriano Petrilli, Massimo Dallamano, Audrey Nohra
Pays : Italie, Allemagne, USA
Genre : Policier, proto-giallo
Interdiction : -12 ans
Avec : John Mills, Luciana Paluzzi, Robert Hoffman, Enzo Fiermonte, Renate Kasché...


L'HISTOIRE : L'inspecteur Franz Bulon s'occupe du trafic de stupéfiants. Son supérieur lui met la pression car l'enquête sur un vaste réseau de trafic de drogue piétine. Pire que tout, les principaux suspects qui auraient pu le rencarder et faire progresser l'enquête se font assassiner par un mystérieux tueur. Mais un autre facteur entre en jeu dans le fait que Bulon n'avance pas : son esprit est préoccupé par Lisa, sa femme qui bien plus jeune que lui, et qui déclenche en lui une jalousie maladive qui vient compromettre leur couple...

MON AVIS : Réalisateur n'ayant qu'une dizaine de films à son actif, ayant débuté en 1967 avec le western Bandidos puis ayant trouvé la mort dans un tragique accident en 1976 à l'âge de 59 ans, Massimo Dallamano a néanmoins marqué de son empreinte le cinéma de genre italien, notamment grâce à deux célèbres giallos, Mais qu'avez-vous fait à Solange ? en 1972 et La Lame Infernale en 1974. On lui doit également la très sympathique sexy comédie La Belle et le puceau avec Edwige Fenech en 1974 ou le film de possession Emilie l'enfant des ténèbres en 1975 entre autres. Avant de passer derrière la caméra, il a été un directeur de la photographie réputé, avec à son actif un travail sur Pour une poignée de dollars et Et pour Quelques Dollars de Plus de Sergio Leone, excusez du peu ! Le film qui nous intéresse ici, à savoir Le Tueur frappe trois fois, est sa seconde réalisation. Elle date de 1968 et est régulièrement catégorisée dans le genre du giallo, ce qu'elle n'est pas vraiment en réalité. Si on a bien un assassin ganté et vêtu de noir qui tue au couteau, point de violence graphique ou d'effets stylisés ici, ni même de suspense ou d'intrigue ayant pour but de nous faire découvrir son identité, qui sera révélée assez tôt dans le film. Le Tueur frappe trois fois est avant tout un film policier, nous présentant un vieux flic proche de la retraite, joué par John Mills, devant démanteler un réseau de trafiquants de drogue. L'originalité du film de Dallamano est d'avoir greffée à cette enquête policière une étude quasi comportementale sur la vie de couple, celui composé par notre vieil inspecteur et sa ravissante épouse dans le cas présent. Car oui, on sent bien que ce qui intéresse le réalisateur ici, ce n'est guère les rares meurtres au couteau, qui utilisent les codes des proto-giallo voire des Krimi allemand (l'action du film se déroule à Hamboug et le film est une co-production Italo-américano-allemande) ni même l'aspect policier de son film en fait. Non, ce qui retient son attention, c'est les rapports compliqués entre son héros et sa femme, superbement interprétée par Luciana Paluzzi, une rousse incendiaire au passé trouble et dont le comportement, qui ne nous semble pas, à nous spectateurs, particulièrement sujet à interrogation, déclenche des crises de jalousie maladive chez son époux, crises qui viennent continuellement perturber son travail et son mental. Il ne se passe pas une minute où notre inspecteur ne pense pas à sa femme, s'imaginant des liaisons adultères à tire-larigot, stressant quand elle ne répond pas au téléphone, abandonnant ses recherches dans le cadre de son enquête pour aller voir si sa femme est bel et bien à la maison. Une relation un brin toxique, qu'on imagine difficile à vivre pour Lisa, qui fait chambre à part et se sent comme retenue prisonnière dans sa maison, devant toujours justifier ses moindres mouvements, ses moindres sorties. A bien y regarder, on a là les codes du film noir américain, Lisa étant la femme fatale à la poitrine généreuse, et qui n'est peut être pas aussi blanche colombe qu'on le pense. A ce duo complexe viendra s'ajouter la présence de notre tueur, joué par le séduisant Robert Hoffman. Un tueur à gages, retenu malgré lui par un caïd de la mafia et obligé de remplir ses contrats d'assassinat. Particulièrement superstitieux, il ne cesse de jouer avec une petite pièce en forme de toupie, son porte-bonheur. Quand il va perdre son fétiche lors d'un crime, sa vie bascule, il se sent désemparé, en perte de chance, lui qui n'a toujours pas été appréhendé par la police après avoir pourtant frappé trois fois. Bien sûr, les trois personnages vont finir par se rencontrer, et Dallamano va s'en servir pour attiser encore plus son drame conjugal, avec une idée qu'on devine sans trop de difficulté mais dont on se demande comment elle va se réaliser. Un triangle amoureux semble se profiler, dont les ramifications maintiennent notre intérêt. On retiendra la mise en scène et surtout la photographie du film, Dallamano connaissant son affaire à ce sujet et offrant au public de belles images. Reste que si vous vous attendiez à un pur giallo, vous risquez fort d'être désarçonnés. La psychologie des personnages est au centre du film, bien plus que les images scabreuses ou violentes, quasiment absentes ici, si ce n'est quelques visions fugaces d'une poitrine dénudée. On se demandera, comme l'inspecteur d'ailleurs, quelle est la signification des tulipes, dont un indic lui a parlé. On n'aura malheureusement aucune réponse dans le film, mais une petite recherche sur le net nous fera comprendre l'allusion à ces fleurs, dont la signification est en effet propice à ce qu'on vient de voir. Le Tueur frappe trois fois est un film atypique, contemplatif la plupart du temps, différent de ce qu'on en attendait au départ, qui nous montre un réalisateur se cherchant encore mais dont on ressent clairement le potentiel.

*Disponible en combo DVD-+BR chez RIMINI EDITIONS    
BONUS
- Présentation du film par Stéphane Lacombe (36,30 min)
- Livret Massimo Dallamano, passage éclair par Marc Toullec (24 pages)

SOUPÇONS DE MORT

 

SOUPÇONS DE MORT
(Quando Alice ruppe lo specchio)

Réalisateur Lucio Fulci
Année : 1988
Scénariste Lucio Fulci
Pays : Italie
Genre : Horreur, gore, thriller
Interdiction : -16 ans
Avec : Brett Halsey, Al Cliver, Zora Kerova, Ria de Simone, Sacha Darwin...


L'HISTOIRE : D'apparence tranquille, Lester Parson est en réalité un tueur en série sans remord, qui gagne la confiance de riches veuves pour mieux les prendre dans ses filets et les faire disparaître. Parieur invétéré, sa soif d'argent le mène à commettre des erreurs sur les lieux des meurtres et la police fait tout pour mettre fin à son règne de terreur...

MON AVIS : Fin des années 80, Lucio Fulci, malade, n'est plus à l'apogée de son talent et il enchaîne des petites séries B pas très glorieuses, à l'image de l'insipide Les Fantômes de Sodome ou des moyens Nightmare concert ou Demonia entre autres. En 1988, il dirige Brett Halsey, acteur qu'on a déjà vu dans Le Miel du Diable, dans ce curieux Soupçons de Mort, dont il signe également le scénario. Curieux car le film, qui joue dans le rayon des films de tueurs en série, se dote d'une approche assez surprenante et déstabilisante de prime abord. Car à bien y regarder, Soupçons de Mort est avant toute chose une sorte de comédie très noire, à l'humour décalé, qui fait de son anti-héros une sorte de dérivé de Barbe Bleue ou de Ted Bundy, qui n'en finit plus de sombrer dans la folie, allant jusqu'à s'imaginer que quelqu'un le poursuit et s'amuse à disséminer des indices sur les lieux des meurtres pour qu'il se fasse attraper par la police. Une schizophrénie qui prend de l'ampleur, notre tueur parlant à une cassette audio qui lui répond comme si elle était son double, ou qui pense même à un moment donné que c'est sa propre ombre, qui a disparu, qui lui joue des tours. Dommage que cette idée de l'ombre perdue ne soit pas plus développée et n'intervienne qu'en fin de métrage. Car elle sous-entend que notre tueur souffre également du syndrome d'Alice au pays des Merveilles, syndrome qui affecte l'irrigation du cerveau et qui se traduit chez ceux qui en souffrent par des hallucinations, une impression de déformation de la représentation des corps dans l'espace voire même la disparitions de certaines parties de leur corps. Et ce n'est pas le titre original du film qui va venir me contredire puisqu'on peut le traduire par Quand Alice a brisé le miroir. Avouez que ce n'est pas anodin. Véritablement dérangé du ciboulot, le personnage de Lester Parson est haut en couleur, mis en valeur par la prestation elle aussi décalée de Brett Halsey, qui semble prendre un réel plaisir à surjouer et à grossir les traits de son personnage. Bon, et sinon, ça vaut quoi Soupçons de Mort ? Le film commence plutôt bien, même si la photographie est d'une platitude téléfilmesque pas très réjouissante. On a Brett Halsey qui se fait cuire un beau morceau de steak et qui le savoure avec appétit, puis la caméra fait un travelling jusque dans la cave où on découvre une femme nue allongée sur une table, qui semble morte. La caméra fait un gros plan sur un morceau de chair manquante près de son ventre et on comprend d'où vient le fameux steak précité ! Notre homme est donc cannibale. Ça démarre fort. Et ça enchaîne encore plus fort puisque le voici face à cette femme inanimée, prenant une tronçonneuse pour la démembrer, le tout en gros plan et avec moult giclées de sang : les deux bras, les deux jambes, la tête et le tronc y passe, le tout sur une petite musique issue du répertoire classique qui contraste avec les horribles images proposées, même si on est loin du réalisme d'American Guinea Pig en terme d'effets spéciaux mais passons. Une entrée en matière qui fait plaisir à voir en tout cas, les amateurs de gore craspec apprécieront. L'humour noir est déjà présent, avec ces intestins passés au mixeur et offerts à des cochons qui vont s'en régaler. La suite nous fait découvrir que Lester est un joueur compulsif, qui adore parier sur les courses de chevaux et qui se met dans des situations financières compliquées. D'où son parcours de tueur en série, devant trouver des femmes riches pour leur soutirer de l'argent avant de les tuer. Lors de son nouveau rencard, l'humour noir va encore augmenter puisque la soit-disant belle femme qu'il doit séduire possède une pilosité assez envahissante, porte des verrues sur le corps et surtout refuse de boire sa coupe de champagne empoisonnée, ce qui provoquera quelques sourires chez le spectateur. Il est à noter que toutes les femmes de ce film ont une difformité physique ou un détail qui ne les embellit pas, ce qui n'aidera pas Fulci à se débarrasser de sa réputation misogyne. Je me suis demandé si en fait, ce n'était pas fait exprès pour nous faire comprendre que, encore une fois, c'est une vision déformée des femmes que voit notre tueur, vision issue de son cerveau malade. C'est possible. Le gore fera son retour quand il décidera de passer à la vitesse supérieure avec cette dulcinée poilue, échangeant la coupe de champagne avec un nerf de bœuf qui fracassera de manière brutale le crâne de notre malheureuse victime, qui finira la tête enfoncée dans un four, la caméra filmant la cuisson du visage de l'intérieur du four. Comme vous voyez, ça ne lésine pas sur la violence graphique même si, encore une fois, ce n'est pas super réaliste et ça fait plus bricolage qu'autre chose. Le film poursuit sur sa lancée, sans grand génie, avec d'autres victimes féminines qui se font tuer, on note un amoindrissement de l'aspect gore, y'avait p'tet plus de budget pour le faux sang, et des touches d'humour toujours présentes, comme ce pied récalcitrant qui ne veut pas rentrer dans le coffre ou cette femme strangulée qui ne tient pas en place sur le siège passager alors que notre tueur subit un contrôle de police. On note également une évolution à partir des trois quart de Soupçons de Mort, le film devient nettement moins graphique, moins violent et s'attarde plus sur la folie de son personnage principal, la musique devient plus angoissante aussi. On a un dernier rendez-vous galant à se mettre sous la dent, en la personne de l'actrice Zora Kerova, celle-là même qui se faisait pendre par les seins dans le festif Cannibal Ferox ! Affublée d'un bec de lièvre, elle va néanmoins tenter de faire succomber notre Lester qui voit un nouveau moyen s'enrichir. Tout va-t'il se passer comme prévu ? Je vous laisse le surprise. Au final, Soupçons de Mort, si on accepte son côté humour noir, ne se montre pas inintéressant, est assez généreux niveau gore, mais on est quand même très loin de la qualité des films de Lucio Fulci de la grande époque. Vraiment très loin. 

SATAN WANTS YOU

 

SATAN WANTS YOU
(Satan wants you)

Réalisateur Steve J. Adams, Sean Horlor
Année : 2023
Scénariste Steve J. Adams, Sean Horlor
Pays : Canada
Genre : Documentaire
Interdiction : /
Avec : Michelle Smith, Lawrence Pazder, Sarah Marshall, Marilyn...


L'HISTOIRE : En 1980 sort le livre Michelle Remembers, qui présente l'histoire de Michelle Smith, qui aurait été victime d'une secte sataniste lors de son enfance, et dont les souvenirs de cette période ont refait surface grâce à la thérapie du docteur Lawrence Pazder. Devenu Best-seller, le livre a provoqué un véritable vent de panique sur les USA et le Canada, déclenchant une "panique satanique" sans précédent. Mais l'histoire de Michelle Smith est-elle bien réelle  ? 

MON AVIS : Un documentaire édifiant sur la manipulation des foules ou comment un mensonge peut être pris pour une vérité vraie par des millions de personnes. En 1980, lorsque sort le livre co-écrit par le docteur Lawrence Pazder et sa patiente Michelle Smith, Michelle Remembers, l'effet est immédiat. Invités sur tous les plateaux télévisées pour raconter cette fascinante histoire d'abus sur une enfant jetée en pâture à une secte sataniste, les deux auteurs provoquent ce qu'on a appelé par la suite une véritable panique satanique à travers le pays, une véritable hystérie collective dans laquelle des millions d'Américains et de Canadiens ont pris peur pour leurs enfants, susceptibles d'être à leur tour kidnappés pour servir de proies à des rituels à la gloire de Satan. Satan wants You revient sur la base de ce récit, nous présente la rencontre entre Michelle et son psychanalyste, donne la parole aux sœurs de Michelle, à l'ex-femme du docteur Pazder, à des agents du FBI, à des journalistes et décortique l'effet du livre sur la population, l'effet sur les médias, et met en exergue la relation ambiguë entre Lawrence Pazder, psychanalyste qui a toujours voulu devenir célèbre, et Michelle Smith, qui finiront par se marier ensemble. Images d'archives, reconstitution, extrait audio des séances de psychanalyse, interviews se succèdent pour mettre à jour l'un des plus gros mensonges inventés, mensonge qui a tout de même été pris au sérieux par des millions de personnes, prouvant la puissance de la manipulation de foules quand tout est méticuleusement organisé. Un mensonge qui a ensuite été repris par d'autres personnes, qui auraient été elles aussi victimes de sectes satanistes durant leur enfance, obligées de sacrifier des bébés, de les manger et j'en passe. Seul souci, ce mensonge devenu viral a provoqué des arrestations intempestives, a envoyé en prison des innocents, accusés à tort d'être des satanistes. Anton Lavey, créateur de l'Eglise de Satan, présent en image d'archives, a même intenté un procès contre Michelle et Lawrence, pour diffamations et allégations mensongères. Le documentaire fait la part belle a la relation qui s'est initiée entre le médecin et sa patiente, cette dernière étant tombé amoureuse de son psychanalyste et ce dernier ayant vu en sa patiente un moyen d'accéder à la notoriété. Bref, un véritable phénomène publique, encore plus gros que l'affaire Amityville, et qui a pourtant fonctionné, recevant même l'aval de certains prêtres, qui, selon le documentaire, y ont vu un excellent moyen pour attirer de nouvelles ouailles vers l'Eglise, dernier rempart contre Satan ! Un lavage de cerveau à grande échelle, précurseur des fake news qui pullulent à notre époque.  

UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT

 

UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT
(Una libélula para cada muerto)

Réalisateur León Klimovsky
Année : 1975
Scénariste Ricardo Muñoz Suay, Paul Naschy
Pays : Espagne
Genre : Policier, Giallo
Interdiction : -16 ans
Avec : Paul Naschy, Erika Blanc, Eduardo Calvo, Maria Kosty, Angel Aranda...


L'HISTOIRE Dans les bas-fonds de Milan, une série de meurtres est perpétrée au sein des prostituées, dealers, et homosexuels. Le tueur, qui semble investi d’une mission purificatrice, laisse, en signature, une libellule sur chacune de ses victimes. L’inspecteur Scaporella est diligenté pour mener l’enquête, aidé par sa fiancée Silvana...

MON AVIS : Principalement connu pour son rôle de Waldemar Daninsky, le plus célèbre loup-garou espagnol, Paul Naschy a également joué d'autres rôles tout aussi intéressants et celui de l'inspecteur Scaporella dans le film qui nous intéresse ici, en est un exemple flagrant. Dario Argento ayant popularisé les titres de giallo à base d'animaux, il n'est pas étonnant qu'on en retrouve un ici, à savoir la libellule, dans cette réalisation de León Klimovsky baptisée Une Libellule pour chaque mort, et qui a été re-titré en Red Killer en France et en Europe, allusion à la tenue que porte l'assassin, ce qui est tout de suite moins poétique. Le metteur en scène argentin León Klimovsky connait bien Paul Naschy, puisqu'il l'a dirigé à maintes reprises, notamment dans La Furie des Vampires en 1971, dans Dr. Jekyll y el Hombre Lobo en 1972, dans La Rebelion de las Muertas en 1973, dans Le Maréchal de l'Enfer en 1974 ou dans Muerte de un quinqui en 1975 entre autres. En cette même année 1975, il lui fait donc endosser le rôle de l'inspecteur Scaporella, un flic assez bourru, aux méthodes plutôt directes quand il s'agit d'interroger des voyous, ce qui ne lui vaut pas une très bonne réputation. Il va néanmoins être affecté par son supérieur sur une enquête portant sur une série de meurtres violents perpétrés sur des prostituées, des homosexuels, des vendeurs de drogue et autres marginaux aux comportements pervers. Le maniaque voudrait-il débarrasser Milan de ses vices et faire le travail de la police ? C'est ce que Scaporella va devoir découvrir et rapidement, car les victimes du tueur en série ne cessent d'augmenter. Seul indice, une libellule fabriquée à la main déposée sur chaque victime et une paire de boutons de manteau de luxe.  Avec Une Libellule pour chaque mortLeón Klimovsky nous offre un giallo assez atypique puisqu'on pourrait carrément se croire en plein Poliziottesco, ces films policiers italiens assez brutaux qui ont fait de Maurizio Merli, Franco Nero ou Tomas Milian des stars incontournables. Alors non, Paul Naschy n'atteint pas l'intensité du jeu des acteurs précités mais j'ai trouvé qu'il s'en sortait particulièrement bien ici, qu'il assurait ce qu'il fallait et qu'il livrait une prestation solide. Même si l'enquête piétine passablement, le film maintient notre intérêt avec des meurtres assez nombreux, souvent filmés en hors champ mais on voit tout de même l'horrible résultat. Il faut savoir que ce film a été tourné en deux versions, une version "habillée" pour sa diffusion en Espagne et une version "déshabillée" pour d'autres pays. On ne parle pas ici de version "cut" ou "uncut", les deux versions faisant la même durée, mais bien de scènes tournés deux fois, avec les actrices habillées ou déshabillées, une pratique assez courante pour éviter des ennuis avec le pays d'origine et on se doute que dans l'Espagne de Franco, mieux valait agir ainsi plutôt que de s'attirer les foudres du régime. C'est d'ailleurs pour cette même raison que l'action est située à Milan et non dans une ville espagnole. En tout cas, Artus Films nous propose la version "déshabillée" et la nudité est bien présente, souvent de manière gratuite et frontale, avec même du nu intégral, dans un pur esprit Bis et décomplexé, vous verrez. Le film reste toutefois assez sérieux, même si on y trouve quelques touches d'humour, comme cette séquence dans laquelle Naschy, affublé d'un tablier, prépare des spaghetti à sa femme qui rentre du travail ou celle au début, qui voit notre inspecteur s'énerver face à un vieillard exhibitionniste. On n'oubliera pas de citer également la séquence de l'anniversaire de l'inspecteur, avec un cadeau assez surprenant à l'intérieur de la boite en carton. La surprise est éventée puisque le fameux cadeau illustre la jaquette de l'édition d'Artus Films mais ça réussit tout de même ànous faire sourire devant notre écran ! Il est aussi amusant de voir comment le réalisateur fait d'Erika Blanc, l'épouse de notre inspecteur, une femme forte et débrouillarde, qui trouvera l'identité du meurtrier avant son mari, grâce à son intuition féminine. Une autre touche d'originalité dans ce giallo policier, un genre généralement bien masculin. Malgré son assassin voulant éradiquer le vice dans la ville, le film ne se veut aucunement moralisateur, rappelons que León Klimovsky est un homme politiquement de gauche,  et il ne fait jamais porter de jugement négatif à ses personnages vis à vis des victimes, qui sont toutes des personnes de petites vertus aux yeux du meurtrier. Ou de la meurtrière, comme le pense notre inspecteur de choc, qui ne rejette aucune possibilité concernant l'identité de notre tueur en série. On a bien sûr plusieurs coupables potentiels qui s'offrent à nous, des fausses pistes et une révélation finale qui devrait vous donner du fil à retordre. Concernant ces fameuses libellules placées sur les cadavres, il n'y a pas réellement d'explications, si ce n'est le discours d'un professeur nous rappelant que le peuple antique Chaldéen obligeait les homosexuels et les prostituées à coudre sur leurs vêtements une libellule, ce qui signifierait que le tueur est assez cultivé pour connaître cette anecdote. Bon, pourquoi pas mais on a déjà connu mieux comme explication à l'utilisation par les maniaques de certains symboles dans d'autres films. Rien de grave en tout cas. Notons que les musiques entendues ne sont pas des créations originales puisqu'ici, on se contente de réutiliser, entre autres, des morceaux provenant des films 6 femmes pour l'assassin et La Baie Sanglante, tous deux de Mario Bava. N'y avait-il pas de budget pour embaucher un compositeur ? Mystère. Au final, ce mélange entre polar et giallo fait le taf, nous montre une facette moins poilue de Paul Naschy et devrait satisfaire les amateurs de cinéma bis espagnol...   

* Disponible en combo DVD + BR chez ARTUS FILMS