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AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.




ILSA LA LOUVE DES SS

 

ILSA LA LOUVE DES SS
(Ilsa : She Wolf of the SS)

Réalisateur : Don Edmonds
Année : 1974
Scénariste Jonah Royston, John C.W. Saxton
Pays : Canada
Genre : Drame, Guerre, Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Dyanne Thorne, Gregory Knop, Maria Marx, Tony Mumolo, Rodina Keeler...


L'HISTOIRE : Durant la guerre, le camp de prisonniers numéro 9 est dirigé d'une main de fer par Ilsa, officier SS qui profite de sa position pour mener des expériences scientifiques abominables pour la gloire du Reich, mais aussi pour sa propre satisfaction personnelle : elle entend démontrer en effet que les femmes sont plus résistantes à la douleur que les hommes...

MON AVISPeut-on tout se permettre, peut-on tout filmer au cinéma ? N'y a-t-il aucune limite à l'abjection sur pellicule ? Ces questions, ces notions de moralité, le cinéma d'exploitation n'en a que faire et les balayent d'un revers de main, allant toujours plus loin dans le sordide et l’innommable. Suite au succès de la littérature de guerre basée sur 39-45, comme la collection Guerre de chez Gerfaut ou celle de l'éditeur Les Soudards, l'imagerie nazie se voit utilisée à des fins purement mercantile, comme avec les bandes dessinées italiennes Hessa, parues au début des années 70. Le cinéma a livré quelques œuvres sur cette triste période, à l'image de Kapo de Gillo Pontecorvo, film controverse de 1959 qui raconte l'histoire d'une prisonnière devenue kapo dans un camp de prisonniers. La grande majorité des films mettant en scène des nazis sont avant tout des longs métrages de guerre se déroulant durant la période 39-45. Mais en 1969, un film va choquer la censure qui l'interdira durant plusieurs années. Réalisé par Lee Frost, Love Camp 7 peut être considéré comme le premier film d'un genre trash et scandaleux, baptisé la Nazisploitation.ou Eros-Svastika. Le concept est simple et efficace : transposer l'imagerie du film de femmes en prison dans le cadre d'un camp de prisonniers de guerre ou carrément d'un camp de concentration. Il suffisait d'y penser ! L'idée mettra du temps à se développer et il faudra attendre 1973 et surtout 1974 pour que débarque trois films de ce nouveau genre : l'anecdotique Gretchens sans uniforme en 73 puis en 74 le célèbre Portier de Nuit et le film qui nous intéresse ici, l'indécent Ilsa la Louve des SS, maître-étalon de la nazisploitation. Le succès des deux films de 1974 va être le déclencheur de la très courte vague de Nazisploitation, qui durera de 1976 à 1978, avec environ 17 œuvres tournées durant ces trois ans, principalement en Italie et... en France ! Des films de séries B qui ne font jamais l'apologie du nazisme, bien au contraire, dont le but principal, outre celui de choquer de par son décorum, est de dénuder son casting féminin, de proposer des scènes de tortures et de viles exactions, le tout avec des acteurs souvent médiocres, des dialogues outranciers et des situations rocambolesques, à même de satisfaire l'amateur d'excentricité qui ne verra en ces films que des œuvres inoffensives en fin de compte, sorte d'objets surréalistes sur pellicule qui ne cherchent jamais une quelconque exactitude historique, mais juste à proposer un spectacle rappelant les célèbres bandes-dessinées déviantes de chez Elvifrance par exemple. Bref, rien qui fera grossir les rangs de groupuscules néo-nazis, soyez-en certain ! Mais revenons à Ilsa la Louve des SS. Quand le réalisateur Don Edmonds, qui n'a que deux films érotiques à son actif, reçoit le scénario, il dira qu'il vient de lire le pire scénario de l'histoire, la pire merde qu'il ait jamais lue ! Il faut dire que le personnage principal d'Ilsa est inspiré par la tristement célèbre Ilse Koch, la femme du commandant de Buchenwald. Surnommée La Chienne de Buchenwald ou La sorcière de Buchenwald, elle était une sadique née, faisant exécuter les prisonniers qui croisaient son regard, se livrant à des actes de tortures innommables sur ces derniers ou, à confirmer, se servait de leur peau tatoué pour confectionner des objets de décoration pour sa maison. Sympathique n'est-ce pas ? Reste que Don Edmonds a besoin d'argent et il accepte donc de tourner le film, pour le compte du non moins célèbre producteur David F. Friedman. Un illustre personnage du cinéma bis, spécialisé dans les nudies durant les années 60 et qui a collaboré à maintes reprises avec Herschell Gordon Lewis, créant avec ce dernier le cinéma gore en 1963 avec Blood Feast entre autres. En habile négociateur, David Friedman a réussi à obtenir le droit de tourner les scènes extérieures dans les décors de la série Papa Schultz, qui s'est terminée en 1971. En échange, l'équipe d'Ilsa la Louve des SS s'engageait à détruire, à faire exploser lesdits décors à la fin du tournage, ce qui rendait service aux propriétaires de ces décors et leur faisaient économiser l'argent de la démolition. Malin tous ces gens. Pour interpréter Ilsa, Friedman souhaite collaborer avec Phyllis Davis, actrice de séries-télévisées qui s'est lancée dans le cinéma d'exploitation au début des années 70. Mais cette dernière refuse la proposition et c'est tout compte fait l'actrice Dyanne Thorne qui est engagée, après avoir passée une seule audition, vêtue d'un costume de chauffeur de voiture, un emploi qu'elle exerçait à l'époque, ne trouvant plus de rôles au théâtre, au cinéma ou à la télévision alors qu'elle avait la quarantaine. Après avoir lu le script, qu'elle trouva atroce, elle accepte le rôle, se disant que tout ceci ne serait pas bien sérieux et surtout, elle comprend qu'Ilsa va lui donner l'occasion de jouer un rôle de femme forte, qui domine les hommes et ne se laisse pas dicter sa conduite par ses derniers. Féministe avant l'heure Ilsa la Louve des SS ? Assurément ! Le tournage durera 9 jours seulement, avec un budget estimé à 200000 dollars canadien, avec des journées de travail interminables mais une envie de bien faire de la part du réalisateur, de l'équipe et du casting, envie qui se ressent quand on regarde le résultat final. Bien évidemment, la sortie du film en 1975, que ce soit aux USA ou au Canada, provoque un tollé général, les associations juives rejettent en bloc le film et l'accusent de banaliser et d'érotiser les horreurs des camps de concentration, la censure sévit notamment en Angleterre qui interdit purement et simplement sa diffusion en salle, il en sera de même en Allemagne. Pourtant, les salles spécialisées se l'arrachent, l'aura de film culte prend de l'ampleur, le jeu d'actrice de Dyanne Thorne fait d'Ilsa un personnage iconique de la pop-culture, vénéré par Tarantino ou Rob Zombie entre autres, et Ilsa la Louve des SS devient un objet d'études, une oeuvre-référence de ce que permettaient les années 70, connues pour la radicalité et le jusqu'au-boutisme des œuvres mises en scène durant cette décennie majeure du cinéma. Mais est-ce que sa réputation d'oeuvre sulfureuse, trash, de sommet du mauvais goût est-elle justifiée ? Difficile de répondre non à cette question, même si, encore une fois, on a affaire à un pur produit mercantile, utilisant la thématique des camps nazis pour remplir les poches du producteur, attirer le spectateur curieux dans les salles de cinéma ou vendre des k7 vidéos à foison. Reste que l'amateur de cinéma déviant, malpoli et irrévérencieux y trouvera assurément son compte. Comme déjà dit, la Nazisploitation est un mélange de film érotique, de film de guerre, de films de femmes en prison et de film d'horreur, le tout avec un habillage issu du nazisme. Vous l'aurez peut-être remarqué, Dyanne Thorne aurait pu jouer dans un film de Russ Meyer, entendez par là que la nature a bien fait les choses concernant sa poitrine. Après un carton nous avertissant que ce film se base sur des faits réels et qu'il a été conçu dans le but que l'histoire ne se répète pas, un procédé classique de dédouanement dans le cinéma d'exploitation, le tout sur un discours d'Hitler, voyez l'ironie, Il ne faudra pas attendre plus d'une minute et quelques secondes pour voir les gros seins de l'actrice totalement dénudée, puisqu'elle se livre à une scène de sexe avec un homme. S'ensuit une scène de douche, dans laquelle la caméra se focalise sur... les seins de l'actrice, bien joué, et enfin, apparaît tel un ange de la mort, notre Ilsa toute de noir vêtue, habillée en officier SS, brassard à croix gammée sur le bras et qui démontre déjà sa forte personnalité et son refus de la domination masculine. Les dialogues annoncent clairement la couleur, avec ce "tu as eu l'honneur de coucher avec une femme de la grande Allemagne, un officier des SS, toi, un vulgaire ouvrier, le produit d'une race inférieure, tu oses interroger ton commandant ?" et la suite sera à l'avenant. Véritable icone du Mal, Ilsa en impose et Dyanne Thorne livre une solide prestation, alternant entre sadisme exacerbé lors de ses expériences médicales sur de malheureuses victimes et une certaine fragilité quand elle recherche un homme qui la comblera de plaisir. On s'en doute, on ne regarde pas Ilsa la Louve des SS pour étudier sa mise en scène, ses cadrages, le jeu des acteurs. Non, si on plonge la tête la première dans la fange du cinéma d'exploitation, c'est pour en avoir pour notre argent niveau érotisme et saloperies visuelles. Et Don Edmonds a réussi haut la main cette mission, en faisant d'Ilsa le pendant féminin du célèbre docteur Mengele. Désirant prouver, en vraie féministe qu'elle est, que les femmes sont nettement plus résistantes que les hommes à la douleur, Ilsa se transforme en médecin dément, non pas de l'île de sang, mais du camp numéro 9 le temps de quelques expérimentations peu réglementaires, même si elle a le flegme de dire aux nouveaux arrivants et nouvelles arrivantes "vous n'avez aucune raison d'être effrayée ici, ce n'est pas Dachau, ni Ravensbruck". Au programme des réjouissances : sélection des prisonnières, dénudées pour l'occasion, mais on leur épargne la tonte des cheveux dans ce camp, faut quand même le noter, castration, inoculation de microbes tels la rage, tétanos, syphilis, ce qui laisse le loisir aux équipes de maquillages de nous proposer des visions peu ragoutantes du résultat, écrasement de doigts, coup de fouet jusqu'au sang, viol de prisonnières par les soldats du camp, électrocution à l'aide d'un godemichet électrique, caisson de basse pression, prisonnière immergée dans un eau à plus de 80° pour ce qui est peut être la scène le plus horrible du film et j'en passe. Mais Ilsa la Louve des SS n'est pas qu'un simple catalogue de tortures diverses. Le film propose une histoire d'amour entre un prisonnier et une prisonnière ainsi que la préparation d'un plan en vu d'une éventuelle évasion et rébellion. Le héros du film est un prisonnier américain prénommé Wolfe et interprété par Grégory Knop. Il va avoir la chance de devenir le chouchou d'Ilsa car il possède, tel Rocco Siffredi, un talent qui intéresse notre cruelle officier SS : il peut se retenir de jouir aussi longtemps qu'il le désire ! Une aubaine pour Ilsa qui va prendre son pied durant toute une nuit mais cette faculté à ne pas exploser met aussi à mal sa condition de femme. Elle va alors tout tenter pour faire craquer cet homme exceptionnel, comme laisser ses deux sous-officiers féminines mettre tout en oeuvre pour le faire exploser de plaisir, ce qui nous vaudra une nouvelle séquence érotique. Je vous disais que la nazisploitation, c'est fun et très festif en fait ! Bon, les nouvelles images des expériences sur une prisonnière résistante à la douleur vont amoindrir un peu ce côté festif et verser plus dans le malsain et le sordide, j'avoue. On va grimper encore d'un cran dans l'abjecte quand un général va venir visiter le fameux camp N°9, ce qui remplit de fierté Ilsa, qui va voir son travail en tant que médecin reconnu par une haute instance du Reich. C'est Richard Kennedy qui va interpréter notre général et l'acteur va nous régaler de ses mimiques outrancières lors d'un repas possédant une attraction un peu particulière et nous livrer une séquence what the fuck, que même Ilsa semble trouver dégueulasse, je vous laisse la surprise, les amateurs de douche dorée seront aux anges. Véritable mouton noir du cinéma d'exploitation, qui ne s'offusque de rien et hisse le niveau de mauvais goût à un stade quasi divin, Ilsa la Louve des SS mérite son statut de film culte et Dyanne Thorne son iconisation qui fait toujours fureur de nos jours... oups...       

THE STUFF

 

THE STUFF
(The Stuff)

Réalisateur : Larry Cohen
Année : 1985
Scénariste Larry Cohen
Pays : USA
Genre : Science-fiction
Interdiction : /
Avec : Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Scott Bloom, Paul Sorvino...


L'HISTOIRE : Tout le pays ne parle que de ça : une nouvelle substance au goût irrésistible, baptisée le Stuff, est devenu le dessert à la mode. Agacée, la concurrence charge David Rutherford, un ex-agent du FBI aux méthodes douteuses, de découvrir le secret de ce produit miracle. Au même moment, Jason, un jeune garçon, constate avec horreur que l'étrange substance est vivante. Chacun de leur côté, ils sont les seuls à comprendre que le Stuff s'empare des corps et des esprits de ceux qui y goûtent...

MON AVIS : Réalisateur exigeant, qui endosse de nombreuses casquettes, telles celles de producteur et scénariste la plupart du temps, Larry Cohen, malgré de faibles budgets, est souvent parvenu à transcender ses sujets et ses films, de par ses choix au niveau du casting, ses méthodes de tournage rigoureuses et sa vision très satirique du monde qui l'entoure. On lui doit quelques classiques de la séries B, à l'image de Black Caesar le parrain de Harlem en 1973, Le Monstre est vivant en 1974, L'excellent Meurtres sous Contrôle en 1976, Les Monstres sont toujours Vivants en 1978, Épouvante sur New York en 1982, La Vengeance des Monstres en 1987 ou L'Ambulance en 1990 entre autres. En 1985, il a l'idée de faire une satire sur le consumérisme et les entreprises qui vendent de la malbouffe sans s'inquiéter de leurs effets néfastes sur la population. L'addiction du public à ces produits nocifs est aussi l'un des thèmes du film. L'idée intéresse la firme de Roger Corman, la New World Pictures, qui décide de financer le projet. Niveau casting, Larry Cohen refait appel à Michael Moriarty, avec qui il a déjà travaillé. L'entente entre les deux hommes est très complice et Moriarty donne entière satisfaction au réalisateur, ayant le même état d'esprit que lui. On lui rajoute des dialogues improvisés au dernier moment, voire carrément durant une scène ? Pas de souci, le professionnalisme et la concentration de l'acteur font que tout passe comme une lettre à la poste. Dans The Stuff, il joue donc David Rutherford, surnommé Moe car, comme il aime à le rappeler, il adore l'argent (Mo-ney en anglais). C'est une sorte d'espion industriel, engagé par de grandes sociétés pour semer le chaos chez les concurrents ou dérober les secrets de fabrication des produits phares d'une marque. Un personnage excentrique, survolté, qui n'a pas la langue dans sa poche et apporte beaucoup d'humour au film. Pour le seconder, on lui adjoint l'actrice Andrea Marcovicci, qui joue Nicole, la directrice d'une agence publicitaire. C'est elle qui a trouvé le nom de Stuff et qui s'occupe des publicités télévisuelles qui ont amené ce curieux produit à devenir la star incontournable des desserts ! En découvrant que le Stuff n'est pas aussi inoffensif qu'il le paraît, elle est prise de remords et va donc aider Rutherford a mener son enquête. Ce dernier fera également connaissance avec Chocolate Charlie, un entrepreneur noir qui s'est vu déposséder de son entreprise par la firme commercialisant le Stuff et qui est interprété par Garrett Morris. Ce trio va occuper une partie de l'histoire de The Stuff. Mais le scénario va s'attarder également sur Jason, un jeune garçon qui a découvert le secret du Stuff et qui va tenter d'alerter sa famille, sans succès. La présence de ce personnage campé par Scott Bloom fait du film de Larry Cohen un spectacle quasi familial, une bonne porte d'entrée pour les enfants plus âgés souhaitant s'initier en douceur au charme du cinéma fantastique. Les connaisseurs du genre ne pourront s'empêcher de penser à deux films de science-fiction lors des séquences mettant en vedette Jason et sa famille : L'invasion vient de Mars et L'invasion des profanateurs de sépultures. En effet, le jeune garçon ne va provoquer qu'incompréhension chez les siens, se retrouvant seul à vouloir établir la vérité et à les mettre en garde. Des membres de famille qui développent un curieux comportement à force d'ingurgiter du Stuff et qui ne semblent plus maître d'eux-mêmes, comme contrôlés par quelque chose d'invisible. Qui plus est, un certain malaise gagne Jason puisque ses parents et son frère veulent absolument qu'il consomme du Stuff, comme pour le rallier à leur nouveau mode de consommation. Bien sûr, ces deux parties du scénario finiront par se télescoper et Jason rejoindra l'équipe de Rutherford pour tenter de faire la lumière sur le Stuff. Mais qu'en est-il de ce produit d'ailleurs ? C'est une sorte de yaourt / crème glacée dont la provenance "extraterrestre" n'est jamais explicitée dans le film. On le découvre lors de la scène introductive se déroulant sous la neige (des conditions météos non prévues par la production mais qui n'a pas empêché Larry Cohen de tourner cette séquence, qui s'en trouve magnifiée par la chute des flocons) et dans laquelle un ouvrier aperçoit cette substance clapoter dans un amas de neige. Il y goûte, trouve ça délicieux et on découvre que cette matière inconnue a inondé les marchés de grandes consommations, devenant le produit le plus acheté et consommé par la population. Comme chez Stephen King, Larry Cohen, qui est scénariste du film, introduit l'élément fantastique par petite touche : un chien, dont le propriétaire explique à Rutherford qu'il est nourri lui aussi avec du Stuff, se met à attaquer son maître sans raison et éjecte du stuff de sa gueule, comme s'il en était rempli de l'intérieur. Par la suite, Rutherford et Chocolate Charlie découvre le propriétaire d'un magasin mort la bouche ouverte de façon disproportionnée, cette dernière ayant laissé s'échapper une grande quantité de Stuff, qui a donc la faculté de se mouvoir, de se déplacer. Bien sûr, les connaisseurs, encore eux, auront une nouvelle référence qui viendra frapper à la porte de leur esprit : celle du fameux Blob, héros gélatineux de trois films de science-fiction. Le Stuff ne grossit pas par contre, il se contente de contaminer de l'intérieur les personnes qui le consomme et de pervertir leur faculté mentale, les rendant totalement dépendant à son ingestion quotidienne. Plus insidieux que le Blob, le Stuff est tout aussi dangereux puisqu'une fois extrait de son hôte, il ne reste qu'une carcasse vide de ce dernier, qui se brise sous les coups, comme en seront témoins Rutherford et ses compagnons. Niveau effets spéciaux, on retrouve le spécialiste de la stop-motion Dave Allen mais aussi Ed French, Jim Danforth ou Steve Neill qui viennent s'activer pour rendre le tout crédible. Et franchement, si on passe rapidement sur certaines têtes mécaniques assez visibles, l'effet fluide du Stuff est particulièrement réussi, notamment lors de l'excellente séquence de l'agresseur projeté sur un mur et au plafond par la substance blanchâtre, selon le même procédé que la mort de Tina ou celle de Glen dans Les Griffes de la Nuit, à savoir un décor de chambre monté sur un plateau pivotant. Concernant le Stuff lui-même, en fonction des scènes, on avait de la crème glacée Häagen-Dazs, de la crème fouettée, de la mousse à raser, de la neige carbonique provenant d'extincteur ou un mélange à base d'arêtes de poissons broyés à l'odeur pestilentielle. Reste que le film est très avare en violence et encore plus en effet gore, ce qui n'empêche pas certains effets spéciaux d'être très réussis. Comme dit plus haut, on est avant tout en présence d'une satire féroce, qui ne cherche pas à jouer dans la cour du cinéma d'horreur. Cet retenue et cet aspect grand public a certainement joué en défaveur de The Stuff lors de sa sortie, le film étant vendu par New World comme un film d'horreur, ce qu'il n'est donc absolument pas. D'une durée de  118 minutes au départ, la firme trouve The Stuff bien trop long et pas assez énergique et décide de tailler dans le gras pour le ramener à une durée de 86 minutes. Des coupes qui se ressentent parfois, avec une impression de montage exécuté à la hachette. Considéré comme perdu, le montage original a été retrouvé et se fait appelé The Stuff : pre-release cut. Il comprend donc 30 minutes supplémentaires, principalement des plans plus longs, des scènes retirées qui accroissent la relation entre Rutherford et Nicole entre autres, une scène où Jason est en centre de détention pour mineurs suite à ses actes dans un supermarché, un montage moins chaotique de la séquence d'attaque avec les militaires lors du final. Cette version dispose également d'une musique de Dwight Dixon, remplacée par Anthony Gueffen sur la version classique. Je n'ai pas vu ce pre-release cut, il n'est malheureusement pas inclut dans l'édition Rimini Editions, il faut se tourner vers l'édition Arrow pour le découvrir et ceux qui l'ont vu parlent d'un montage plus fluide, moins haché mais qui ne change en rien le film en lui-même. Alors oui, The Stuff, par son aspect familial et ses thématiques, pourra décontenancer le spectateur venu profiter d'un spectacle purement horrifique à base de yaourt tueur. Même si ce n'est pas mon Larry Cohen préféré, j'ai vraiment retrouvé l'ambiance 80's lors de cette nouvelle vision en Blu-ray, et le film, sans être transcendant, est tout de même fort sympathique même si un peu mou du genou dans l'ensemble. Les scènes finales avec Paul Sorvino en dirigeant d'une milice militaires d'extrême droite peuvent surprendre tant elles versent dans une ambiance débridée et totalement farfelue. A noter la présence de quelques stars lors des différentes publicités vantant le Stuff, à l'image de Brooke Adams, Laurene Landon, Tammy Grimes, Clara Peller,  ainsi que la présence de deux débutants devenus célèbres, Patrick Dempsey et Mira Sorvino, dans des rôles insignifiants et non crédités !  

* Disponible en combo DVD + BR chez RIMINI EDITIONS        
Une belle édition, avec boitier trois volets sous fourreau, image de grande qualité, VF et VOSTF.
Niveau bonus, on trouve un bonus canapé (présentation du film par Mylène Da Silva) mais surtout un bonus de 52 minutes qui est très intéressant, puisqu'il fait intervenir Larry Cohen, le producteur Paul Kurta, le critique Kim Newman, l'actrice Andrea Marcovicci et le responsable des effets spéciaux Steve Neill. Et bien sûr, on a le livret 24 pages de Marc Toullec.  


    

COLOSSAL

 

COLOSSAL
(Colossal)

Réalisateur Nacho Vigalondo
Année : 2016
Scénariste Nacho Vigalondo
Pays : Espagne, USA, Canada, Corée du Sud
Genre : Drame, Fantastique
Interdiction : /
Avec : Anne Hathaway, Jason Sudeikis, Austin Stowell, Tim Blake Nelson, Dan Stevens...


L'HISTOIRE : Sans emploi depuis un an et devenue accroc à l'alcool, Gloria, la trentaine, se fait virer par son petit ami et se rend dans sa ville natale, pour vivre dans la maison abandonnée de ses parents. Elle recroise la route d'Oscar, un ancien camarade de classe et tous deux sympathisent rapidement. Dans le même temps, la Corée du Sud subit l'attaque d'un monstre colossal, qui apparaît et disparaît sans raison apparente. En observant les images de la créature à la télé, Gloria découvre que le monstre reproduit exactement ses propres mouvements. Peu de temps après, un robot géant apparaît également en Corée. Gloria découvre qu'Oscar contrôle ce robot. La jeune femme va tenter de comprendre qu'est-ce qui les lient à ces deux créatures titanesques...

MON AVIS : Voici un film qui était totalement passé sous mes radars et pour cause, il n'a pas eu les honneurs d'une sortie en salle mais e-cinéma. Datant déjà de 2016, il vient juste de sortir en DVD et Blu-Ray chez l'éditeur Rimini Editions, que l'on remercie donc de nous permettre de découvrir ce film réalisé par Nacho Vigalondo. Ce réalisateur espagnol avait marqué les esprits en 2007 avec son premier long-métrage, à savoir l'excellent Timecrimes. Par la suite, il a mis en scène Extraterrestre en 2011 puis des segments dans les anthologies ABC'S of Death en 2012, The Profane Exhibit en 2013 ou V/H/S/ Viral en 2014. On lui doit également le film Open Windows avec Elijah Wood et Sasha Grey en 2014. Avec Colossal en 2016, il continue de faire ce qu'il sait faire le mieux : mélanger les genres. Un atout qui peut aussi être un frein, car les producteurs ne savent généralement pas comment vendre les films de ce réalisateur, ce qui explique d'ailleurs l'absence de Colossal dans les salles : comédie romantique ? Drame ? Fantastique ? Kaiju Eiga ? Tout ça à la fois mesdames messieurs ! Encore que, l'aspect comédie romantique est ultra léger, on peut y croire en début de film, et notamment parce que l'héroïne est interprétée par la charmante Anne Hathaway, élue par votre serviteur comme ayant le plus beau sourire d'Hollywood, avec Elizabeth Olsen bien sûr ! De l'humour, il y en a bien par contre, par petites touches, notamment quand Gloria découvre qu'elle peut contrôler le monstre qui provoque des ravages à Séoul. Elle s'amuse à le faire danser, à le faire se gratter la tête par exemple, pour un résultat assez marrant. Un monstre qui n'est clairement pas la vedette du film mais qui bénéficie de solides effets visuels et qui se montre crédible et réaliste, rappelant aux fans de monstres japonais les méfaits de Godzilla et consorts. Et quand c'est carrément un robot géant qui vient le rejoindre, on pense au plus récent Pacific Rim évidemment. Reste qu'on se doute que la présence de ces deux entités titanesques n'est pas gratuite et qu'elle cache quelque chose de plus métaphorique. Bingo. Le fantastique sert la plupart du temps à évoquer des sujets graves ou importants et c'est bel et bien le cas ici. J'avoue qu'au départ, j'étais parti sur une métaphore des dangers de l'alcoolisme, car autant Gloria qu'Oscar (brillamment joué par Jason Sudeikis) ont de sérieux problèmes avec la bouteille. Un alcoolisme qui ne se cache pas et qui perturbe la vie de ces deux personnages, les amenant à détruire petit à petit leur vie respective. Mais plus le film avançait, plus je me disais qu'il n'y avait pas que ça. Petit à petit, le personnage d'Oscar prenait une nouvelle tournure. D'abord gentil, il vient en aide à Gloria, l'aide à se meubler, lui offre un emploi à mi-temps. On se doute qu'il est attiré par la jeune femme, peut-être était-il amoureux d'elle quand ils étaient enfants ? D'ailleurs, la mise en scène nous propose de temps à autre un flashback en plusieurs étapes sur un événement qui s'est déroulé entre les deux enfants, événement dont on comprend l'importance vis à vis de la situation actuelle et qui a sûrement un rapport avec cette connexion entre les deux héros du film et les deux monstres à Séoul. D'ailleurs, pourquoi Séoul ? Pourquoi pas dans la ville où résident Gloria et Oscar ? Une question qui trouvera aussi sa réponse lors de la résolution de l'énigme et quand on aura la vision globale du fameux flashback explicatif. Plus le film avance, plus la relation d'amitié entre Gloria et Oscar se fragilise, perd de son apparente sympathie et le ton assez léger du début devient nettement plus tendue, nettement plus dramatique. Certaines séquences, certains dialogues provoquent des réactions, autant chez les personnages que chez le spectateur, qui réarrange sa pensée et commence à y voir plus clair sur les réelles intentions de Nacho Vigalondo et ce que les deux monstres représentent métaphoriquement. Des intentions qui auraient peut-être pu être plus limpides, amenées plus directement, car ce n'est vraiment que vers la fin du film que la thématique principale nous saute aux yeux. L'alcool - et les problèmes que sa consommation excessive et répétée engendre -  n'était en fait qu'une diversion à une problématique encore plus percutante, ou du moins n'était qu'un des éléments participant à cette problématique dont on ne se préoccupe que récemment mais qui existe depuis la nuit des temps. Avec Colossal, Nacho Vigalondo nous offre à la fois un joli film qui flirte dans diverses directions sans que le résultat soit indigeste, bien au contraire, le casting et les effets visuels permettant de maintenir l'ensemble de manière convaincante, et un film réflexif dans lequel l'élément fantastique sert de métaphore à une problématique forte et actuelle. Qui plus est, l'approche retenue se montre originale (l'utilisation de Kaiju, bien trouvée !) et le final se permet même un petit clin d'oeil à King Kong, mais de manière inversée, je vous laisse découvrir par vous-même ! Une bonne petite surprise que ce Colossal, qui devrait trouver son public chez les fans de cinéma insolite et chez les fans d'Anne Hathaway, l'actrice étant encore une fois excellente, surtout que son rôle n'est en fait pas si simple qu'il n'y paraît au départ. 

* Disponible chez RIMINI EDITIONS






EL CAMINANTE

 

EL CAMINANTE
(El Caminante / The Devil Incarnate)

Réalisateur Paul Naschy
Année : 1979
Scénariste Paul Naschy, Eduarda Targioni
Pays : Espagne
Genre : Drame
Interdiction : -16 ans
Avec : Paul Naschy, Sara Lezana, David Rocha, Ana Harpo, Blanca Estrada...


L'HISTOIRE : Un mystérieux voyageur se promène de contrées en contrées, observant l'humanité se complaire dans la fourberie et le péché. Lui-même n'hésite pas à mentir, tuer, voler pour s'élever dans la société. Il recueille sous son aile un jeune garçon, Tomás, et l'initie à sa curieuse philosophie, qui prône l'hédonisme et l'enrichissement, et ce, par tous les moyens possibles, même les plus répréhensibles... 

MON AVIS : "J'ai écrit El Caminante dans un état d'esprit très particulier. La vie m'avait infligé de nombreux coups durs et j'avais acquis une opinion assez négative des gens. Personnellement, mes amitiés avaient été une terrible déception. Je connaissais la trahison et le manque de loyauté et, mis à part ma famille – mes parents, ma femme et mes deux fils – je ne croyais pas qu'il y ait grand-chose de valable dans ce monde pourri. Plus tard, trois personnes sont apparues dans ma vie que je considère comme de véritables amis. Cependant, le cri d'angoisse venu du plus profond de mon âme et qui s'est exprimé à travers ce film résonne encore aujourd'hui." Ces propos sont ceux de Jacinto Molina lui-même, plus connu sous son pseudonyme de Paul Naschy. Un acteur légendaire du cinéma Bis espagnol, devenu célèbre son avoir interprété à de multiples reprises le personnage de Waldemar Daninsky, le plus célèbre loup-garou ibérique. Mais il porte aussi la casquette de scénariste et de réalisateur, avec une vingtaine de films à son actif derrière (et souvent devant) la caméra. El Caminante est son quatrième film en tant que metteur en scène. Je mets de suite en garde les fans de Paul Naschy, nous ne sommes pas du tout dans un film d'épouvante ici, mais plutôt dans une mise en image d'une réflexion philosophique sur le Bien et surtout le Mal. Même si ce n'est jamais dit spécifiquement, on comprends très rapidement que ce curieux voyageur interprété par Naschy est le Diable lui-même, venu sur Terre pour observer la condition humaine et comprendre pourquoi Jésus a donné sa vie pour les humains. Un questionnement philosophique qui ne trouvera pas ici grande interprétation ou réflexion, puisque El Caminante, qui se traduit donc par Le Voyageur, se vautre rapidement dans les turpitudes du cinéma Bis décomplexé et irrévérencieux. On note toutefois que, par rapport aux propos cités au début de cet avis, Paul Naschy considère que les Hommes sont le vrai problème à notre monde et que si l'Humanité est dans cet état de délabrement, c'est uniquement de la faute des humains et non du Diable. Difficile de lui donner tord, vu les exactions contemporaines commises par nos semblables. Nous sommes le virus le plus terrifiant de la planète à n'en point douter. Bref. Paul Naschy débute donc l'aventure sous l'apparence humaine d'un vagabond, qui va dépouiller un chevalier de ses maigres bien pour se donner une nouvelle stature. En chemin, il croisera la route d'un jeune adolescent prénommé Tomás, qui est le souffre-douleur de son maître aveugle. Le Diable va s'amuser un peu avec l'aveugle avant de rallier Tomás à sa cause. La suite du film se concentre donc sur les diverses rencontres que vont faire ce curieux duo, rencontres qui vont subir l'influence du Diable, qui va les pousser à commettre les principaux péchés terrestres, que ce soit l'avarice, l’orgueil, l'envie, la colère, la gourmandise, la paresse et bien sûr la luxure. Il semblerait que le Diable lui-même se laisse aller à ce dernier péché puisqu'il va se taper quasiment l'ensemble du casting féminin, souvent en échange de son aide. Enfin, son aide, il faut le dire vite, puisque le Diable est un malin qui n'agit que dans son propre intérêt, à l'image de la séquence avec une comtesse dont l'enfant se meure. Naschy lui promet de sauver l'enfant en échange d'une nuit d'amour. Après avoir obtenu satisfaction, il quitte la demeure et la pauvre mère découvre le lendemain que sa fille, après avoir été guéri le temps de la tromperie, est morte. Pas très sympa. Le film se pare donc de quelques séquences érotiques dans lesquelles la nudité intégrale des actrices irradie l'écran. Il est quand même malin Paul Naschy, il n'a pas choisit des actrices quelconques mais des jolies filles bien pourvues par Dame Nature. De là à y voir un comportement un peu misogyne, il n'y a qu'un pas que certains n'hésiteront pas à faire, accusant El Caminante de se montrer assez abject avec la gent féminine, qui subira viol et nuit d'amour basée sur le mensonge. Alors oui, on peut y voir du machisme et une certaine complaisance dans l'immoralité et la sexualisation de la femme, mais n'est-ce pas l'apanage même du cinéma Bis, de briser les tabous, d'être le vilain petit canard du 7ème Art ? Nul doute que les fragiles 2.0 qui vont découvrir ce film vont le prendre au premier degré et le lapider sur la place publique. Mais rassurons les haters, l'année 1979 va voir un personnage féminin devenir une icone féministe, je veux bien sûr parler de Rpley dans Alien le huitième passager. Et d'autres suivront. Avec ses situations un brin scabreuses, El Caminante pourra satisfaire les aficionados du cinéma Bis. Certes, le constat que dresse le réalisateur / scénariste / acteur sur la faiblesse humaine n'est pas bien glorieux : pour réussir dans la vie, il faut se laisser aller à ses plus bas instincts primaires, privilégier l'argent comme moyen d'accéder à un statut social supérieur, quitte à voler, exploiter ou tuer son prochain pour y parvenir. Quid de l'honneur, de l'amitié ? Des notions balayées d'un revers de main par le Diable, qui n'hésitera pas à offrir son jeune protégé à un seigneur homosexuel pour une poignée d'argent. Trash ! Maintenant, j'avoue bien volontiers que si j'ai été satisfait de pouvoir découvrir ce film que je n'avais jamais vu, il ne m'a pas emballé plus que ça. Même si son casting féminin est plutôt agréable à admirer dans son plus simple apparat, on citera Sara Lezana, Blanca Estrada ou Ana Harpo, si on s'amusera d'une séquence filmée en accélérée à l'image de celle présente dans Orange Mécanique, si les facéties de Paul Naschy pour parvenir à ses fins nous feront sourire, si la teinte rougeâtre qui vient s'apposer sur son visage pour nous faire comprendre sa nature diabolique est amusante, si certaines remarques concernant la religion ainsi que la séquence où Naschy est attaché en croix face à une statut de Jésus ne sont pas inintéressantes, si on appréciera la scène dans laquelle Naschy révèle le futur à son disciple (avec des images des Guerres mondiales et des camps nazis entre autres) pour lui montrer que le pire est à venir et si le final voyant le Diable subir lui aussi la méchanceté des Hommes vient remettre les pendules à l'heure, on trouvera El Caminante loin d'être au niveau des films d'épouvante espagnols. Je préfère Paul Naschy en loup-garou...   

GINGER SNAPS

 

GINGER SNAPS
(Ginger Snaps)

Réalisateur John Fawcett
Année : 2000
Scénariste Karen Walton, John Fawcett
Pays : Canada
Genre : Fantastique, Horreur, Loups-garous
Interdiction : -12 ans
Avec : Emily Perkins, Katharine Isabelle, Kris Lemche, Mimi Rogers, Jesse Moss...


L'HISTOIRE : Ginger et sa sœur Brigitte sont bien différentes des autres filles de leur ville, alors en proie à diverses attaques semblant provenir d'une bête sauvage. Elles vouent une passion pour le morbide et s'amusent à mettre en scène leur propre mort. Considérées comme des parias dans leur lycée, elles restent inséparables. Une nuit, Ginger se fait attaquer par la bête sous les yeux de Brigitte, qui peine à la secourir. Peu de temps après, Ginger sent des changements dans son corps, des poils commencent à pousser sur les cicatrices des griffures et elle prend de plus en plus d'assurance, commençant même à s'émanciper de la présence de sa sœur, qui ne sait plus quoi faire pour lui apporter son aide...

MON AVIS : Les films de loups-garous ont commencé à devenir populaire dès 1941, avec Le Loup-Garou produit par la Universal. Par la suite, les lycanthropes sont apparus dans diverses séries B au fil du temps, sans jamais parvenir à acquérir la notoriété des vampires, de la momie ou de la créature de Frankenstein entre autres. Il faudra attendre l'année 1981 pour que deux films les fassent monter sur le podium du bestiaire du cinéma fantastique : Le loup-Garou de Londres de John Landis et Hurlements de Joe Dante. Reste que cette notoriété va retomber très rapidement, notamment avec les suites assez calamiteuses du classique de Joe Dante. On citera tout de même La Compagnie des Loups de Neil Jordan en 1984, Peur Bleue de Daniel Attias en 1985 ou Wolf de Mike Nichols en 1994 parmi les réussites du genre. C'est quand même bien peu. C'est en 2000 que va alors débarquer ce Ginger Snaps, film canadien réalisé par John Fawcett. Ce dernier n'a alors réalisé qu'un seul film, Boys Club en 1996, mais aussi quelques épisodes de séries-télévisées, ce qu'il continuera de faire par la suite. Avec Ginger Snaps, il va moderniser le mythe du loup-garou et utiliser ce dernier pour traiter métaphoriquement des problèmes vécues par les adolescentes, à savoir le passage à l'âge adulte via la puberté, les règles, les sentiments amoureux, l'éveil sexuel, les conflits familiaux, le harcèlement scolaire, le suicide et j'en passe. Et pour ce faire, il va mettre en scène deux sœurs, Ginger et Brigitte, interprétées respectivement par Katharine Isabelle et Emily Perkins. Deux personnages auxquels les ados mal dans leur peau pourront s'identifier sans difficulté aucune. Mises de côté pour leur comportement rebelle et leur vision assez pessimiste de la vie, les frangines Fitzgerald partagent tout, vivent dans leur propre monde, monde dans lequel sont exclus tout autre personne, que ce soient les amis ou même les membres de leur famille. Elles se sont même jurés une fidélité unique, en faisant un pacte de sang qui ne prendra fin que dans la mort lorsqu'elles étaient enfants. Un pacte qui perdure durant leur adolescence et qui est très important à leurs yeux. Leur monde en vase clos va néanmoins être ébranlé quand Ginger, qui vient enfin d'avoir ses règles, va se faire attaquer par la bête qui terrorise la ville. Mordue, ensanglantée, elle est sauvée in-extremis par Brigitte, qui, témoin de l'agression, va rapidement faire le lien avec une attaque de... loup-garou ! Il faut dire que sa grande sœur commence à changer suite à l'attaque. Des poils commencent à pousser sur certaines parties de son corps, de même qu'une queue de chien au niveau de ses fesses. Son attitude elle-même évolue, devenant plus ouverte aux relations avec autrui, et notamment avec les garçons, ce qui frustre Brigitte, qui voit sa sœur chérie s'éloigner d'elle, alors qu'elles étaient inséparables. Il faut dire que la jeune femme devient de plus en plus sexy et désirable, mettant ses formes en avant, s'habillant dans des robes affriolantes, qui ne peuvent qu'attirer le regard de la gente masculine et ce, au grand désarroi de Brigitte. Cette dernière n'aura dès lors plus d'autre alternative que de se lier elle aussi à autrui, et notamment avec Sam, le dealer du coin, afin qu'il l'aide à trouver un moyen de guérir Ginger. A l'instar de La Mouche de David Cronenberg, Ginger subit une transformation physique lente, parfois peu esthétique (sa mâchoire et sa dentition évoluent et deviennent plus imposante, son visage devient plus bestiale...), le tout avec des maquillages à l'ancienne, John Fawcett ayant refusé d'utiliser le moindre CGI ici. Une noble intention, même si j'avoue que le look même du loup-garou ne m'a guère convaincu et que je l'ai trouvé vraiment faiblard et pas très réussi. Par contre, les maquillages gore sont très bien faits. En tout cas, le réalisateur a essayé de casser les codes du werewolf movie, de le moderniser avec des sujets actuels et cette tentative a connu un beau succès d'estime, Ginger Snaps étant régulièrement cité parmi les meilleurs films de loups-garous modernes. Deux autres films ont vu le jour, une suite et une préquelle, toutes deux en 2004 : Ginger Snaps Resurrection et Ginger Snaps : Aux Origines du Mal


976-EVIL : LA LIGNE DU DIABLE

 

LA LIGNE DU DIABLE
(976-EVIL)

Réalisateur Robert Englund
Année : 1988
Scénariste Rhet Topham, Brian Helgeland
Pays : USA
Genre : Fantastique, Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec Stephen Geoffreys, Patrick O'Bryan, Jim Metzler, Lezlie Deane, J.J. Cohen...


L'HISTOIRE : Hoax est un jeune garçon timide, souffre-douleur d'une bande de punks. Il est élevé par sa tante Lucy, une bigote fanatique, et voue une admiration sans borne à son cousin Spike. Ce dernier ne s'intéresse pas vraiment à Hoax, préférant roucouler avec sa petite amie Suzie ou jouer au poker et miser de l'argent. Quand Hoax découvre un curieux numéro de téléphone sur une carte, le 976-EVIL, il ne sait pas que sa vie va changer car cette ligne va le mettre en relation directe avec...le Diable !

MON AVIS : Robert Englund ! Monsieur Freddy Krueger lui-même est à la réalisation de ce 976-Evil ou La Ligne du Diable en français, petite série B de 1988 que je n'avais toujours pas vu ! C'est enfin chose faite en 2026 et... comment dire... bah ça pouvait encore attendre en fait. Ce n'est pas parce qu'on est un acteur culte du cinéma fantastique qu'on est forcément un bon réalisateur. Regardé Stephen King, auteur au succès planétaire qui joue avec l'effroi comme personne et qui nous livre un film pas déplaisant mais assez quelconque tout de même en 1986 avec Maximum Overdrive. Et bien là, c'est la même chose avec Robert Englund. Sa notoriété a mis la barre trop haute et notre attente s'en est trouvée décuplée, car on pensait tenir là une nouvelle référence en matière de film fantastique ou d'horreur. Raté sur toute la ligne. Pour le scénario, il engage Rhet Topham, qui a juste bossé sur Trick or Treat en 1986, ainsi que Brian Helgeland, qu'il connaît bien puisqu'il a été scénariste sur Le Cauchemar de Freddy, tourné la même année que 976-Evil. On lui devra aussi le scénario frappadingue du très fun Bienvenue en Enfer en 1991 puis de films célèbres tels L.A. Confidential, Complots, Postman, Mystic River, Man of Fire ou Green Zone entre autres. Il est également passé derrière la caméra et nous a offert Payback en 1999, Chevalier en 2001 ou Le Purificateur en 2003 par exemple. Bon, reste qu'en 1988, l'histoire concoctée par les deux scénaristes pour le film de Robert Englund n'est pas bien folichonne et ne risque pas de faire du film un classique du genre. On en est même très loin. Osons le dire, La Ligne du Diable est un navet à peine sauvé par son final et ses maquillages conçus par Kevin Yagher et son équipe. Niveau casting, notre héros est interprété par Stephen Geoffreys, un acteur qu'on reconnaîtra aisément puisqu'il était le fameux Evil Ed de Vampire, vous avez dit Vampire ? de Tom Holland. Il a enchaîné quelques séries B fantastiques par la suite avant de devenir acteur de porno gay dès l'année 1993 sous le pseudo de Sam Ritter. Son personnage est ici une sorte d'ado introverti, qui enchaîne les gaffes et n'a pas grand chose pour lui. Sans ami, encore moins de petite amie, il subit le harcèlement d'une bande d'ados au look punk dans son lycée, et cherche l'amitié de son cousin Spike, un dur à cuire joué par Patrick O'Bryan, un acteur de seconde zone qui n'a pas fait une grande carrière non plus. L'élément le plus intéressant de La Ligne du Diable est la présence de la ravissante Lezlie Deane, une ancienne pom-pom girl et chanteuse dans divers groupe de rock (Scary Cherry and the Bang Bangs ou Fem 2 Fem), qu'on reverra dans La Fin de Freddy en 1991. Elle joue la petite amie de Spike et nous offrira la seule petite touche d'érotisme du film en nous dévoilant sa poitrine dénudée. Dommage qu'elle fasse partie des premières victimes d'Hoax après que celui-ci ai composé le fameux numéro de téléphone diabolique. Un numéro qui sert simplement à la base d’horoscope horrifique, un simple gadget en fin de compte mais qui s'est vu investir par le Diable lui-même. Les prédictions ou conseils énoncés par la ligne téléphonique se réalisent peu après, octroyant à ceux qui composent le numéro des pouvoirs maléfiques. Un concept pas super bien exploité dans le film, puisque Spike par exemple y a recours et qu'il ne lui arrive rien de fâcheux, à contrario d'Hoax qui semble être possédé par une âme diabolique, se transformant petit à petit en affreux démon. Allez comprendre. Niveau scènes horrifiques, on n'en aura pas non plus pour notre argent, le film étant très avare également à ce niveau. Et dire qu'on s'ennuie ferme est un euphémisme. Le film est somniférique au possible, on comble avec un détective et une inspectrice qui mènent une enquête sur les meurtres mais on s'en fout royalement. On a aussi un peu d'humour potache, comme la scène de la petite culotte par exemple, qui ne fera guère sourire. Franchement, c'est très laborieux et même l'aspect 80's ne viendra pas sauver La Ligne du Diable du naufrage. Et pourtant, je suis très bon public, vous le savez. Mais là, c'est bel et bien une grosse déception. Le final nous présente donc Stephen Geoffreys affublé d'un maquillage de démon, avec doigts griffus et vannes à deux balles en prime. Vous l'avez compris, on a affaire à un Freddy-like au niveau du personnage, le charisme en moins. Il va se venger de ceux qui l'ont embêté bien sûr, prenant enfin le dessus via sa force diabolique. Dommage, la plupart des morts sont en hors champ ou sont très peu sanglantes. C'est légèrement plus dynamique que tout ce qui a précédé mais pas de quoi se relever la nuit non plus. 38 ans d'attente pour au final trouver ça désolant. Mince alors...  

REDUX REDUX

 

REDUX REDUX
(Redux Redux)

Réalisateur Kevin McManus, Matthew McManus
Année : 2025
Scénariste Kevin McManus, Matthew McManus
Pays : USA
Genre : Drame, Science-fiction
Interdiction : -16 ans
Avec Michaela McManus, Stella Marcus, Jeremy Holm, Jim Cummings...


L'HISTOIRE : Irene a perdu sa fille Anna, kidnappée et assassinée par Neville, un prédateur sexuel. Détentrice d'un caisson permettant de se déplacer dans le multivers, elle arpente inlassablement toutes les dimensions pour retrouver et tuer le bourreau de sa fille. Un jour, dans un des univers parallèle, elle croise la route de la jeune Mia, qu'elle sauve de Neville. Une relation se noue entre les deux femmes, qui poursuivent ensemble cette quête infinie de vengeance...

MON AVIS : Gagnant du Prix du Public lors du festival de Gerardmer 2026, Redux Redux est un film familial, dans le sens où les réalisateurs Kevin McManus et Matthew McManus sont frères et l'actrice principale, Michaela McManus, est leur sœur.L'aspect familial s'arrête ici puisque le film est un vigilante movie science-fictionnel qui verse dans la violence froide, sans atteindre des extrêmes toutefois. Le scénario est des plus intéressants, puisqu'il met en scène une femme qui possède une sorte de télé-porteur lui permettant d'aller dans des univers parallèles et ce, afin de tuer encore et encore le meurtrier de sa fille Anna. Une vengeance à répétition donc, qui fait perdre petit à petit à cette héroïne tragique son humanité. Elle le dit elle-même : "Je ne sais même plus qui je suis". Le drame vécu, la perte de son enfant, et cette capacité à se déplacer dans le multivers pour traquer le meurtrier et le mettre hors d'état de nuire a fait d'elle une sorte d'exécutrice sans émotion, qui met sa vie en danger puisque le prédateur sexuel a parfois le temps de se défendre, et qui n'a plus aucun but dans sa vie que celui de l'exterminer de la surface de la Terre, encore et encore. Enfin si, elle a un but en fait : trouver un multivers dans lequel le tueur ne s'en serait pas encore pris à sa fille. Une quête désespérée, touchante, émouvante, qui semble ne jamais pouvoir arriver. Sa rencontre inopinée avec Mia, lors d'une traque au domicile du pervers, va apporter un peu de lumière à cette vie de noirceur et de violence. On s'en doute, Irene va voir en Mia sa fille disparue et faire de cette dernière un nouvel objectif dans sa vie, à savoir la protéger. Mais Mia n'est pas une jeune fille facile : élevée de foyer en foyer depuis son plus jeune âge, c'est une ado rebelle, qui ne se laisse pas dicter facilement sa loi et qui va avoir, elle aussi, le désir de rendre les coups à l'assassin d'enfants. Une situation déjà vue dans d'autres films, on ne compte plus les œuvres dans lesquelles un adulte doit gérer un enfant sans repère dans un environnement hostile. A ce niveau, Redux Redux ne fait pas dans l'originalité mais ça passe assez bien, car les situations proposées restent tendues, notamment vers la fin. D'une durée assez longue d'1h48, Redux Redux aurait peut-être pu être un peu raccourci, mais dans l'ensemble, le rythme est au rendez-vous, il y a assez d'action pour nous maintenir éveillé, entre exécutions sommaires, courses-poursuites et voyages temporels. Bien sûr, dans ce type de films à boucle temporelle, même si c'est un peu différent ici, on revit souvent les mêmes séquences, mais avec quelques petits changements. C'est le cas ici, notamment avec le décor du dîner, et cette tasse de café qui change de couleur pour nous faire comprendre qu'on est dans un autre univers par exemple. Les deux réalisateurs, qui sont également scénaristes, ont réfléchi pour faire que cette impression de répétitivité ne joue pas en défaveur du film  et c'est plutôt réussi puisque je ne me suis jamais dis "oh encore, ça soûle" durant mon visionnage. Concernant la séquence dans le désert, clin d'oeil à Terminator 2 peut-être, l'héroïne pouvant être vue comme une sorte de Sarah Connor en effet, je ne la trouve pas essentielle au récit et elle m'a donné l'impression de débarquer comme ça, sans réelle utilité, si ce n'est d'allonger la durée du film et de rajouter une scène d'action. Tout l"inverse de la séquence dans un autre univers où il va se passer quelque chose de vraiment prenant et intense. Avec un budget réduit, les frères McManus ont fait de Redux Redux une bonne surprise et prouve que le cinéma indépendant a encore de quoi nous surprendre dans le bon sens. On félicitera leur sœur Michaela, vu dans Les Frères Scott ou plus récemment dans Memory of a Killer. Elle assure vraiment ici, avec ce personnage de femme forte et déterminée mais fragile à la fois. Il en va de même pour la jeune Stella Marcus, parfaite en ado rebelle, grain de sable dans le rouage parfaitement huilé d'Irene. Mais un grain de sable salvateur, libérateur, qui transforme cette quête vengeresse en une sorte de rédemption et de parcours initiatique, nous rappelant le duo du film Thelma et Louise entre autres. Le final verse plus dans la série B classique et attendue mais fait le job. Redux Redux est une proposition sincère, originale, qui aurait peut-être pu pousser le concept encore plus loin, mais qui, en l'état, s'avère divertissante, intéressante et rondement menée. A découvrir. Ah oui, la scène introductive est carrément excellente et donne clairement le ton de ce qui va suivre.