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AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.




mercredi 5 décembre 2018

DARK TIDE

DARK TIDE
(Dark Tide)

- Visionné en version longue -

Réalisateur : John Stockwell
Année : 2012
Scénariste : Ronnie Christensen, Amy Sorlie 
Pays : Etats-Unis, Angleterre, France, Afrique du Sud, Allemagne
Genre : Aventure, Thriller
Interdiction : /
Avec : Halle Berry, Olivier Martinez, Ralph Brown, Mark Elderkin, Luke Tyler...


L'HISTOIRE : Kate est monitrice de plongée et l’une des plus grandes spécialistes des requins d’Afrique du Sud. Depuis la mort de son équipier dans une attaque de squale, elle est paniquée à l’idée de retourner dans l’eau. Mais lorsque la banque menace de saisir son bateau, elle est contrainte d’accepter la lucrative proposition d’un milliardaire à la recherche d’un défi à sa mesure : plonger avec un Grand Blanc, hors de la cage de protection...

MON AVIS : Après une carrière d'acteur dans les années 80 et 90, John Stockwell fait une tentative en tant que réalisateur en 1987, avec Under Cover. Il attendra ensuite le début des années 2000 pour retenter l'expérience et offre au public quelques films plutôt sympathiques dans lesquels il fait preuve d'une belle maîtrise dans l'art de filmer des paysages paradisiaques et aquatiques, comme dans Blue Crush en 2003, Into the Blue en 2005 (avec Paul Walker et la sexy Jessica Alba) ou Paradise Lost en 2006 par exemple. En 2012, il propose à Halle Berry (ex-James Bond girl également célèbre pour être l’interprète de Tornade dans la saga X-Men) d'aller nager en compagnie de véritables requins blancs dans Dark Tide. La séduisante actrice a bien fait d'accepter cette proposition puisque le tournage du film lui a permis de rencontrer l'acteur Olivier Martinez, dont elle tombera amoureuse et réciproquement. Un buzz qui a profité au film à l'époque, mais un buzz insuffisant toutefois pour lui offrir une sortie cinéma en France et il aura donc fallu attendre 2018 pour pouvoir le découvrir sur support numérique dans notre pays, via l'éditeur Metropolitan qui nous propose la version cinéma (88 minutes - VF et VOSTF) et la version longue en bonus (113 minutes - VOSTF). C'est cette dernière que j'ai visionné pour pouvoir vous donner mon avis sur ce shark movie qui peut-être vu comme un croisement entre Le Grand Bleu et Open Water. En effet, il ne faut pas vous attendre à regarder un film de requin géant, ni de requin génétiquement modifié, tout comme il ne faut pas vous attendre à un ersatz des Dents de la Mer qui mise tout sur le suspense et la tension ou à un film déjanté à la Sharknado. Non, Dark Tide joue dans la cour du film de requin réaliste, avec de véritables squales certifiés sans images de synthèse. Toutefois, même si on à droit à de nombreuses scènes mettant en vedette les grands requins blancs, ce prédateur parfait et ultime, John Stockwell a également voulu mettre en avant ses acteurs et leur laisser du temps à l'écran afin de servir l'histoire imaginée par les scénaristes Ronnie Christensen et Amy Sorlie. On a donc un film qui mise avant tout sur une histoire assez classique de couple déchiré par un drame (Halle Berry / Olivier Martinez) et qui va devoir se reconstruire, réapprendre à cohabiter et faire fi des événements douloureux du passé. Cet aspect dramatique est omniprésent durant le film et les requins vont servir de catalyseur, d'élément permettant ces retrouvailles, ce nouveau départ. Le spectateur venu assister à des attaques incessantes de requins va donc en être pour ses frais et trouvera que la mise en scène s'attarde trop sur cette vie de couple compliquée. Pour ma part, ça ne m'a pas dérangé plus que ça, ayant compris assez rapidement qu'en effet, les requins n'allaient pas être l'élément primordial du film mais qu'ils allaient servir l'histoire et sa progression. Les ronchons se focaliseront peut être sur la plastique parfaite d'Halle Berry, bien mise en avant par des maillots de bain sexy ou une combinaison de plongée qui moule superbement ses formes avantageuses. Ils apprécieront également la beauté des paysages et toutes les séquences sous-marines, parfaitement filmées par un John Stockwell tout à fait à l'aise quand il s'agit de filmer sous l'eau. Dark Tide est dépaysant et offre de magnifiques plans aquatiques qui ravissent les pupilles. On se croirait parfois dans un documentaire animalier puisque les requins blancs ne sont pas factices et on saluera le courage des plongeurs qui osent nager avec ces squales hors de la cage de protection. Bien sûr, on se doute que lorsqu'il s'agit des acteurs du film, un habile montage ou un système de protection invisible à l'écran nous fait croire que ce sont bien eux qui sont parmi les requins. Même si on est loin du stress provoqué par le classique de Steven Spielberg ou plus récemment par The Reef, Instinct de survie ou  47 Meters Down, les quelques attaques de Dark Tide se révèlent assez efficaces. En fait, le film marque des points en ne faisant pas des requins blancs de vulgaires machines à tuer. C'est même tout le contraire puisque durant la première heure du film, on nous présente les requins comme étant certes, une espèce dangereuse, mais uniquement si on vient les titiller ou les approcher sans mesure de sécurité. La connaissance de ces prédateurs est essentielle et c'est justement ce qui fait tout l'intérêt du personnage joué par Halle Berry. La seconde partie du film se veut plus spectaculaire, délaisse l'aspect romance dramatique et multiplie les situations anxiogènes, avec bateau qui chavire suite à un violent orage, cage à requin qui perd son point de fixation et personnages se retrouvant en pleine mer, avec, évidemment, des requins blancs dans les parages. Mais toujours sans se montrer spectaculaire ou en rajouter dans le côté démonstratif. On reste dans le domaine du réalisme et tout ce qu'on voit à l'écran pourrait tout à fait arriver pour de vrai. Au final, Dark Tide risque de surprendre le public, en bien ou en mal en fonction de ce qu'il en attend. Le partie-pris choisi par le réalisateur est risqué mais pas inintéressant en tout cas. Personnellement, j'ai plutôt apprécié ce côté réaliste qui évite le tape-à-l’œil. Bien sûr, je mentirai si je disais que j'ai plus pris mon pied avec le film de John Stoxkwell qu'avec La Mort au Large ou Peur Bleue, qui sont plus fun et plus agressifs niveau attaque de squales. Mais ça change un peu de voir des films de requins comme Dark Tide, qui évite à 95% les CGI et se veut au final nettement plus respectueux de ces prédateurs majestueux. Si vous avez aimé le premier Open Water, très réaliste et très sobre dans son approche du shark movie, alors n'hésitez pas à regarder Dark Tide, vous y trouverez sûrement de quoi vous faire plaisir.

* Disponible le 15/12/2018 en DVD et Blu-Ray chez METROPOLITAN VIDEO 



dimanche 25 novembre 2018

GUNGALA LA PANTHÈRE NUE

GUNGALA LA PANTHÈRE NUE
(Gungala la pantera nuda)

Réalisateur : Ruggero Deodato
Année : 1967
Scénariste : Romano Ferrara
Pays : Italie
Genre : Aventure
Interdiction : /
Avec : Kitty Swan, Micaela Pignatelli, Angelo Infanti, Jeff Tangen, Alberto Terrani...


L'HISTOIRE : Une compagnie d’assurance charge un groupe d’aventuriers de retrouver une jeune héritière, dont l’avion s’est écrasé dans la jungle quelques années auparavant. Ayant grandi au milieu de la nature, l’enfant est devenue Gungala, la déesse blanche, évoluant aux côtés de sa fidèle panthère. Avant d’approcher la sauvageonne, les aventuriers vont devoir la défendre contre une tribu d’indigènes voulant dérober son diamant...

MON AVIS : Suite au succès de Gungala la Vierge de la Jungle en 1967, les producteurs décident de mettre en chantier une suite dès l'année suivante. Ils refont appel à Romano Ferrara pour s'occuper du scénario et de la réalisation ainsi qu'à Kitty Swan pour reprendre son rôle de Gungala. Mais cette fois, les producteurs ne sont pas du tout content des scènes tournées par Ferrara et de la tournure que prend le film. Par deux fois, ils font appel à un certain Ruggero Deodato (faut-il encore présenter le réalisateur de Cannibal Holocaust ?) pour tourner des scènes du film, dont celle des sables mouvants. Très satisfait du résultat, les producteurs décident de virer Romano Ferrara et de confier le film à Deodato, qui n'a été pour le moment qu'assistant-réalisateur. Heureux qu'on lui fasse confaicne et qu'on lui confie les rênes d'un film, il accepte le défi et visionne les rushs filmées par Ferrara en salle de montage. N'appréciant pas ce qu'il voit, il décide de quasiment tout reprendre à zéro. Outre un tournage dans une jungle recréée en studio, il demande aux producteurs d'aller dix jours au Kenya pour filmer en décor naturel et avoir accès à des éléphants et autres animaux pour rendre crédible l'histoire. Ruggero Deodato devient donc le vrai réalisateur de Gungala la Panthère Nue et décide d'utiliser le pseudonyme de Roger Rockfeller pour sa première réalisation à part entière. Etant donné qu'on a apprit à la toute fin de Gungala la Vierge de la Jungle que cette dernière, alors enfant, a survécu à un crash d'avion dans la jungle et a grandit au milieu des indigènes pour devenir leur déesse, portant autours du cou un diamant appartenant à son père, cette séquelle reprend ce postulat et l'intègre à l'histoire de façon astucieuse, puisque les membres de la famille de Gungala doivent s'assurer qu'elle est bien la petite fille du crash aérien, et ce, afin de faire d'elle une héritière ou non. Les clauses du testament n'enchantent guère Julie, jeune femme avide d'argent qui se verrait priver d'une petite fortune si cette Gungala s'avérait être en effet sa sœur disparue. On le voit, l'histoire se tient tout à fait par rapport au film précédent, normal puisque c'est Romano Ferrara qui est l'auteur du scénario. On retrouve même le personnage de Thao, le guide qui passe tout son temps à boire du whisky. La recette qui avait fait le succès du premier volet est reprise dans cette suite et Deodato s'en tire plutôt bien, apportant aux spectateurs du dépaysement et donnant à son film un petit côté "pub Tahiti douche" lors de certaines séquences nous montrant la belle Kitty Swan, moins dénudée que dans La Vierge de la Jungle, courir ou plonger dans les vagues  au ralenti. On a même droit à une scène dans laquelle Morton, le héros du film (interprété par Angelo Infanti, qui devait au départ jouer le rôle du méchant dans la version Ferrara mais qui est devenu le gentil dans la version Deodato) se met à prendre une multitude de photos de Gungala pour prouver à ses commanditaires qu'elle est bien la petite fille disparue, et offre donc à cette dernière un vrai shooting-photo de professionnel qui renforce l'aspect "pub exotique pour carte postale" du film. Niveau péripéties, rien de bien neuf à se mettre sous la dent par rapport au film précédent : on a toujours quelques bagarres, un rituel des natifs en costumes traditionnels, Gungala qui commande à des animaux, des trahisons et des complots visant à récupérer le fameux diamant que porte Gungala autour du cou et j'en passe. Par contre, Deodato décide de miser sur une romance entre Morton et Gungala et ajoute donc à l'histoire une petite love-story naïve et pleine de charme qui séduira à coup sûr les spectateur fleur-bleue. Il va même aller sur le terrain de la jalousie de façon assez drôle puisque Julie va tenter de se faire passer pour Gungala en revêtant les mêmes habits très vaporeux de cette dernière. Il est amusant également de voir que Deodato nous la joue Tarzan mais à l'envers. Cette fois, c'est la belle sauvageonne qui courtise le héros, lui montre son habitat, lui fait découvrir ses animaux et va même le sauver de la méchante tribu de la jungle. La revanche de Jane sur Tarzan est là ! Et pour sauver son amoureux, elle n'y va pas par quatre chemin notre Gungala : elle attaque la tribu à dos d'éléphant, carrément ! C'est beau l'amour ! Bref, si vous avez apprécié Gungala la Vierge de la Jungle, alors n'hésitez pas à retrouver Kitty Swan dans Gungala la Panthère Nue. Pour son premier film, Ruggero Deodato nous offre une petite série B exotique très sage, très familiale, tout à fait dans la lignée des films de "filles de la jungle". Le rythme est peut-être un peu plus dynamique que dans le film précédent et Gungala est mieux mise en avant même si elle ne prononce toujours aucun mot. On est vraiment dans le pur film de divertissement qui relève certes de l'anecdotique mais qui fait passer un bon moment de détente devant son écran. Pour information, Kitty Swan a tourné par la suite dans deux aventures de Tarzan. Dans Tarzan and the Brown Prince (1972), elle devait jouer une scène dans laquelle elle était attachée à un poteau. Un feu se déclara accidentellement et la pauvre actrice a été brûlé à de multiples endroits du corps. Un drame qui mit malheureusement fin à sa carrière. Dommage car on l'aurait bien revu dans d'autre films de Jungle Girl. De quoi donner encore plus envie de découvrir ses deux Gungala, dont on remerciera Artus Films de les avoir édité en DVD !

* Disponible en DVD chez ARTUS FILMS. Niveau bonus, on trouve un interview de Ruggero Deodato qui nous parle de Gungala avec beaucoup d'affection et ça se ressent à l'image. Un vrai plaisir que ce bonus.


vendredi 23 novembre 2018

COLD SKIN

COLD SKIN
(Cold Skin)

Réalisateur : Xavier Gens
Année : 2017
Scénariste : Jesús Olmo, Eron Sheean
Pays : France, Espagne
Genre : Fantastique
Interdiction : -12 ans
Avec : Ray Stevenson, David Oakes, Aura Garrido, John Benfield...


L'HISTOIRE : En 1914, Friend, un officier météorologique de l'armée, est envoyé sur une île en Antarctique pour étudier les climats. Celui-ci y fait la rencontre d'un vieux gardien de phare russe, Gruner. Lors de sa première nuit sur l'île, Friend se fait attaquer par d'étranges créatures...

MON AVIS : J'aime énormément Xavier Gens, qui est actuellement, à mes yeux du moins, le meilleur réalisateur de film de genre français, au côté de Pascal Laugier. Après un sympathique Hitman et la bombe Frontière(s) en 2007, après l’anxiogène The Divide et le segment "X is for XXL" du film à sketchs ABC's of Death, réalisé respectivement en 2011 et 2012, on n'avait plus de nouvelle de Xavier Gens, du moins au cinéma puisqu'il a réalisé en 2014 trois épisodes de la série télévisée Crossing Lines. Il faudra attendre 2017 pour qu'il refasse surface, enchaînant carrément trois films à la suite, avec The Crucifixion et Cold Skin en 2017 puis Budapest en 2018. Malheureusement, seul ce dernier a eu droit à une sortie en salle chez nous, les deux films de 2017 n'ayant toujours pas droit à une édition DVD ou Blu-ray en France ! Incroyable mais c'est comme ça ! Cold Skin est un peu mieux loti puisque les spectateurs chanceux ont pu le voir dans quelques festivals comme L'Etrange Festival, Gerardmer ou le BIFFF. Il est enfin annoncé sur support numérique en France pour le mois de janvier. Bénéficiant grâce à ma femme d'un abonnement gratuit à Canal + d'un mois, j'ai pu enfin le visionner en replay hier soir. Mon attente fût entièrement comblée et j'ai hâte d'être au mois de janvier pour me procurer le DVD ou le Blu-Ray du film afin de le revoir. Car Cold Skin est un excellent film fantastique, très peu horrifique en fait, qui préfère miser sur une ambiance et une atmosphère très lovecraftienne et un rythme lent, posé, certes contrasté par les attaques nocturnes de sublimes créatures marines qui viennent dynamiser l'action. Si cette petite île perdue abritant une simple maison de bois et un phare s’appelait Innsmouth, ça ne surprendrait personne, tant les influences du maître de Providence sautent aux yeux. Pourtant, Cold Skin n'est pas l'adaptation au cinéma d'une histoire de Lovecraft mais du roman éponyme d'Albert Sanchez Pinol, anthropologue espagnol qui connût un grand succès avec La Peau Froide, qui a donc servi de base à Cold Skin. Superbement mis en scène, baigné par une luminosité froide, profitant du sublime paysage naturel de Lanzarote et servi par deux acteurs qui remplissent parfaitement leur rôle, Cold Skin est une sorte de huis clos qui mêle survival, fantastique et drame humain. Le thème de la survie, de l'isolement et de la folie naissante suite à cet isolement était déjà présent dans l'excellent The Divide. Xavier Gens poursuit donc cette thématique dans Cold Skin en isolant ses deux personnages principaux sur un bout de terre totalement abandonné et dont même les passages de bateaux à proximité se font rares. La relation entre Friend et le curieux gardien du phare, Gruner, va être la base de l'histoire, parasitée par l'introduction d'Aneris, une créature aquatique féminine, compagne-esclave de Gruner. Anagramme de "Sirena", Aneris est donc une sirène, déesse de ce peuple vivant dans les eaux froides de l'Antarctique et qui ne sort que la nuit pour venir attaquer le phare et ses deux habitants. De duo, on passe donc à une relation triangulaire plus complexe, qui va donner au film une étrangeté bienvenue et assez hypnotique, même si on aurait aimé avoir plus de détail sur la nature même de ces créatures. Plus le film avance et plus on lui découvre un aspect poétique, romantique. Avec une grande sensibilité, Xavier Gens nous entraîne à sa suite dans ce qui peut aussi être vu comme une métaphore de la Grande guerre mais également comme étant un exemple de la problématique de "la peur de l'autre". Les créatures imaginées par Lovecraft sont des métaphores des "étrangers" qui le terrorisait. C'est la même chose avec les deux personnages de Cold Skin, qui ont peur de l'inconnu et ne cherchent pas à en savoir plus ou à comprendre le peuple étrange qui vit ici depuis sûrement bien plus longtemps qu'eux. Du moins au début, car Friend va faire cet effort et finira par comprendre qu'il a fait fausse route depuis le début quand un semblant de communication semble possible. Ce qui nous vaudra d'ailleurs de très belles séquences qui ne peuvent qu'emporter l'adhésion du public. Si les attaques de nuit peuvent donner une petite impression de redondance, on saluera l'effort de Xavier Gens de ne pas céder à l'action débridée tout au long de son film et d'avoir préféré prendre son temps pour mieux jouer avec son trio de personnages charismatiques et son superbe décor. Si certaines questions restent en suspend lorsque démarre le générique de fin, on ressent en tout cas une vraie empathie pour Cold Skin et son imagerie de conte pour adultes qui reste gravée en mémoire. Un très beau film fantastique, intrigant et envoûtant.


jeudi 22 novembre 2018

GUNGALA LA VIERGE DE LA JUNGLE

GUNGALA LA VIERGE DE LA JUNGLE
(Gungala la vergine della giungla)

Réalisateur : Romano Ferrara
Année : 1967
Scénariste : Romano Ferrara, L.A. Rotherman
Pays : Italie
Genre : Aventure
Interdiction : /
Avec : Kitty Swan, Linda Veras, Poldo Bendandi, Conrad Loth, Archie Savage...


L'HISTOIRE : Deux aventuriers sans scrupules dérobent un précieux diamant sur une idole appartenant à une tribu africaine. L'un des aventuriers, Wolf, se fait doubler par son ami qui le blesse avant de s'enfuir avec le diamant. Douze ans plus tard, Wolf apprend de Thao, un sorcier, que le diamant a fait sa réapparition au cou d'une jeune femme qui vit dans la jungle avec les natifs et les animaux. Wolf profite d'une expédition en terre inconnue pour se rendre sur le territoire de celle qui se fait appeler Gungala afin de lui reprendre le diamant...

MON AVIS : Après le succès planétaire des Tarzan avec Johnny Weissmuller, les films de jungle vont avoir le vent en poupe. Il en va d'ailleurs de même pour les histoires se déroulant dans la jungle, que ce soit dans des récits d'aventures ou des bandes-dessinées. Mettant d'abord des héros masculins en vedette, les histoires de jungle vont peu à peu les délaisser au profit de personnages féminins (souvent des jeunes filles blanches, perdues ou abandonnées dès leur plus jeune âge en milieu hostile et élevées par les autochtones, et qui vont devenir de véritable déesse pour ces derniers...), ce qui permettra de donner un côté sexy, érotique même, à ces aventures. Dès les années 30, on trouve donc des Savage Girl (1932), Toura Déesse de la Jungle (1938) ou autres Jungle Siren (1942) par exemple. Dans les années 60 et 70, les bandes-dessinées italiennes vont particulièrement miser sur cet aspect (comme la série Jungla) et vont se heurter à la censure et à la colère des puritains qui n'ont pas apprécié de voir ces jeunes femmes dans des tenues plus que légères. Ce qui n'empêchera pas ces "fumetti" d'obtenir un très large succès auprès des lecteurs masculins. En 1957, Liane la Sauvageonne reprend au cinéma la recette du succès de ces bandes-dessinées, avec ce côté sexy prononcé. D'autres films suivront ce courant, comme Samoa Fille Sauvage (1968), Luana Fille de la Jungle (1968) ou Tarzana Sexe Sauvage (1969) par exemple. En 1984, le film Sheena Reine de la Jungle vient clôturer ce sous-genre du cinéma d'aventure. Le film qui nous intéresse ici, Gungala la Vierge de la Jungle date quant à lui de 1967. Il est réalisé par Romano Ferrara, à qui on doit Le Monstre aux Yeux Verts (1962). Gungala la Vierge de la Jungle est un parfait exemple du film de jungle mettant en avant une jeune fille aux charmes non négligeables. Cette dernière est interprétée par la Danoise Kitty Swan, choisie car, contrairement aux actrices italiennes, elle ne refuse pas de montrer sa poitrine dénudée. Le film de Romano Ferrara nous la montre effectivement à plusieurs reprises en tenue d’Ève, courant à travers brousse ou se retrouvant perchée en haut d'un arbre, avant qu'elle ne se décide à revêtir une tenue exotique dissimulant ses jolies courbes et sa charmante poitrine. Oui, c'est fort dommage messieurs mais c'est comme ça ! En tout cas, Gungala, c'est un personnage de sauvageonne typique, qui n'a aucun dialogue à prononcer et se contente de pousser quelques cris pour commander à ses animaux sauvages, dont une panthère et un petit singe qui lui obéissent aux doigts et à l’œil. Elle se balade donc une bonne partie du film à poil dans la jungle, espionne les membres d'une expédition qui vient de débarquer sur son territoire, évite que sa panthère ne dévore l'un d'entre eux et va devoir lutter pour sa survie car elle a le malheur de porter entre ses deux seins le fameux diamant qui a été volé en début de film, lors d'une scène se déroulant douze ans avant notre aventure. Soyons honnêtes : les aventures de Gungala n'atteignent pas le niveau de celles de son confrère Tarzan. Les péripéties manquent de punch, le rythme n'est pas très énergique, l'histoire est des plus classiques et ne réserve pas vraiment de surprises ni de séquences marquantes. Le final nous en apprendra tout de même plus sur Gungala, qui est-elle et comment s'est-elle retrouvée là. Reste que pour un film de "filles de la jungle", Gungala la Vierge de la Jungle ne lésine pas sur les clichés et nous offre tout ce qu'on peut s'attendre à trouver dans une production de ce type : décor exotique (souvent filmé en Italie, avec des inserts de paysages africains), ribambelle d'animaux sauvages, méchant aventurier en quête d'un trésor disparu, danses et rituels chez les natifs aux costumes colorés, tout y passe, le tout dans une bonne humeur communicative et une naïveté touchante. On prend un certain plaisir à visionner cette petite série B d'aventure exotique qui n'a d'autre but que de divertir avec les moyens du bord et qui y réussie la plupart du temps. Jamais Romano Ferrara ne cherche à réaliser le plus grand film d'aventure de tous les temps, il cherche juste à offrir au public un film de jungle sexy et divertissant et c'est dans cet état d'esprit qu'il faudra s'aventurer en compagnie de Gungala pour y prendre du plaisir. Le film connut un réel succès et une suite vit le jour l'année suivante, avec Gungala la Panthère Nue, réalisé par un certain Ruggero Deodato... 

* Disponible en DVD chez ARTUS FILMS, avec un excellent entretien de Julien Sévéon, qui nous raconte avec moult détail la genèse des films de "filles de la jungle".

   

   

mardi 20 novembre 2018

MARY SHELLEY

MARY SHELLEY
(Mary Shelley)

Réalisateur : Haifaa Al-Mansour
Année : 2017
Scénariste : Emma Jensen, Haifaa Al-Mansour
Pays : Etats-Unis, Angleterre, Luxembourg
Genre : Drame, Romance, Biographie
Interdiction : /
Avec : Elle Fanning, Douglas Booth, Ben Hardy, Bel Powley, Tom Sturridge ...


L'HISTOIRE : En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation passionnée et scandaleuse avec le poète Percy Shelley et s’enfuit avec lui. Elle a 16 ans. Condamné par les bienpensants, leur amour tumultueux se nourrit de leurs idées progressistes. En 1816, le couple est invité à passer l’été à Genève, au bord du lac Léman, dans la demeure de Lord Byron. Lors d’une nuit d’orage, à la faveur d’un pari, Mary a l’idée du personnage de Frankenstein. Dans une société qui ne laissait aucune place aux femmes de lettres, Mary Shelley, 18 ans à peine, allait révolutionner la littérature et marquer la culture populaire à tout jamais...

MON AVIS : Tout amateur de cinéma fantastique connaît le nom de Mary Shelley. Tout amateur de littérature également. Car cette romancière, dramaturge, essayiste et biographe est la maman d'un des plus grands romans du XXème siècle : Frankenstein ou le Prométhée Moderne. Un roman paru en 1818, d'abord anonymement, et qui se verra adapté sous des formes diverses et variées (théâtre, music-hall, films, chansons, bandes-dessinées, jeux vidéos...) à travers les décennies. A l'instar du Dracula de Bram Stoker, le roman de Mary Shelley est un pur classique de la littérature gothique, qui continue encore et encore à envoûter lecteurs et cinéphiles. La genèse de ce chef-d'oeuvre littéraire est connu des amateurs éclairés : un soir d'orage sur le lac Léman, alors que Mary Shelley (âgée de 19 ans), son futur mari le poète Percy Shelley et d'autres invités font un séjour dans la demeure de Lord Byron, ce dernier leur propose d'écrire chacun une histoire d'épouvante. Mary Shelley rédige donc Frankenstein ou le Prométhée Moderne, l'histoire la plus aboutie du concours organisé par Lord Byron. Deux films ont retracé cette genèse : le Gothic de Ken Russell et Un été en Enfer d'Ivan Passer. En 2017, la réalisatrice saoudienne Haifaa Al-Mansour, première femme à avoir réalisé un film dans son pays (Wadjda en 2012) décide elle aussi de mettre en lumière la vie tumultueuse de Mary Shelley à travers un film biographique intitulé tout simplement : Mary Shelley. Pour interpréter la jeune femme, c'est l'actrice Elle Fanning qui est choisie. Vue dans Super 8, Twixt, Maléfique ou Neon Demon entre autres, elle apporte toute sa candeur, sa sensibilité mais aussi sa détermination à ce personnage de femme forte, véritable féministe avant l'heure qui s'est battue pour imposer les idées politiques de son père et faire que les romancières et les femme de lettres ne restent pas dans l'ombre ou dans les carcans de la société, dominée par les hommes. Outre l'aspect biographique du film, Haifaa Al-Mansour fait de son film un drame humain dans lequel l'aspect romance joue également un rôle important. La liaison qui se noue entre Mary et Percy Shelley donne lieu à de belles séquences romantiques et poétiques, avec déclamation de vers par exemple, ce qui me conduit à vous donner pour précieux conseil de visionner le film en version originale sous-titrée. Les décors et les costumes sont sublimes, la reconstitution d'époque est finement ciselée, la mise en scène peut apparaître comme classique, sans exubérance, voire même trop académique mais pour ma part, elle correspond tout à fait à l'ambiance et à l'effet recherché. Ce qui ressemble au départ à une belle histoire d'amour, à une sorte de conte de fée va progressivement virer vers le drame, avec une Mary Shelley qui va aller de désillusion en désillusion, de tragédie en tragédie. La jeune femme voit petit à petit ses rêves s'envoler et les difficultés, aussi bien financières que relationnelles, s'accumuler. Le personnage de Percy Shelley, superbement interprété par Douglas Booth, va nous surprendre au fur et à mesure de son évolution et de sa relation avec Mary, pas toujours dans le bon sens d'ailleurs, bien au contraire. Plusieurs événements tragiques vont, sans qu'on s'en rendent vraiment compte sur l'instant, façonner la personnalité de la jeune Mary et c'est lorsqu'elle va rédiger son roman fondateur que ces événements tragiques vont venir imprégner son oeuvre, influencer son histoire, ses mots. Il est presque dommage que la réalisatrice n'ait pas encore plus développée cet aspect de la création du roman et se soit d'avantage consacrée à sa vie avant la rédaction de Frankenstein. Quoiqu'il en soit, Mary Shelley est un film à l'esthétisme raffiné, qui joue admirablement bien avec les émotions et dépeint avec brio la vie de cette romancière d'exception. Le casting est franchement bon, les images sublimes, la difficulté d'être une femme à cette époque bien mis en avant. Un vrai "beau film", touchant et intéressant, et qui nous donne irrésistiblement envie de relire Frankenstein ou le Prométhée Moderne, avec ce nouvel éclairage sur sa genèse. Un portrait de femme très réussi, tout aussi passionnant qu'elle était passionnée.

* Dispo en DVD chez Pyramide Vidéo



dimanche 18 novembre 2018

L'AUTRE

L'AUTRE
(The Other)

Réalisateur : Robert Mulligan
Année : 1972
Scénariste : Tom Tryon
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, Fantastique
Interdiction : /
Avec : Uta Hagen, Diana Muldaur, Chris Udvarnoky, Martin Udvarnoky, Norma Connolly...


L'HISTOIRE : Élevés par leur grand-mère Ada, les jumeaux Niles and Holland Perry vivent paisiblement dans une ferme du Connecticut. Mais, un beau jour, des événements étranges et tragiques commencent à se produire. Tout laisse à penser que l'un des deux frères a quelque chose de diabolique en lui...

MON AVIS

[SPOILERS PRÉSENTS, A NE LIRE QU'APRES AVOIR VU LE FILM]

Adaptation du roman "Le Visage de l'Autre" de Tom Tryon, qui rédigea également le scénario du film, L'Autre du réalisateur Robert Mulligan (Du Silence et des Ombres, Daisy CloverUn été 42...) est un film magnifique et mélancolique, qui mérite d'être découvert par le plus grand nombre tant ses qualités sont nombreuses. Film sur l'enfance et la difficulté de faire face au deuil avant tout, L'Autre est souvent classé dans la catégorie "fantastique" alors qu'en réalité, on est bien plus dans un drame réaliste, avec un enfant totalement schizophrénique et névrotique, qui ne réussit pas à admettre la mort de son frère jumeau et qui va continuer à le faire vivre dans un monde fantasmé, ou du moins, dans SON monde fantasmé. L'aspect "fantastique" est néanmoins présent à travers le "jeu" que Ada, la grand-mère, a apprit à Niles : particulièrement sensible, le petit garçon parvient à "pénétrer" l'esprit d'un animal ou d'un être humain et à ressentir la vie de ce dernier, comme lors de la séquence dans laquelle Niles voit à travers les yeux d'une corneille dont il a investit l'esprit. Un "jeu" apparemment sans danger, imaginé par Ada pour permettre justement à Niles de faire plus facilement son deuil mais qui, pour le garçon, va avoir des conséquences catastrophiques sur son propre esprit, ne différenciant plus la réalité de son monde imaginaire. La grande force du film est d'ailleurs d'adopter durant 100 minutes le point de vu de Niles Perry, superbement interprété par Chris Udvarnoky, qui donne la réplique à son propre frère jumeau, Martin Udvarnoky, qui, lui, interprète Holland Perry. Le montage et la mise en scène sont également des points forts de L'Autre puisque Robert Mulligan a choisi de ne jamais montrer les deux jumeaux ensemble dans un même plan. Cet effet de style apporte une touche insolite à cette oeuvre singulière et place le spectateur dans un questionnement incessant sur la nature même de la relation entre les deux frères. Si on comprend rapidement que la personnalité la plus forte est celle d'Holland Perry, si on comprend que ce dernier semble être "mauvais" puisque c'est lui qui commet les actions qui vont se révéler dramatiques pour les autres personnages du film, on ne peut qu'éprouver de l'empathie pour Niles Perry, qui semble désemparé face aux agissements de son frère. Plus le film avance, plus on sent que quelque chose cloche dans tout ça ; bien sûr, si vous êtes fans de cinéma de genre, vous ne mettrez pas longtemps avant de deviner l'une des pirouettes scénaristiques de l'histoire, pirouette qui relevait du jamais vu à l'époque et qui a influencé bon nombre de films par la suite, comme, et ce n'est sûrement pas un hasard, Les Autres d'Alejandro Amenábar. Un procédé qui n'a d'ailleurs pas convaincu les critiques de l'époque, qui ont reproché à Mulligan de les avoir manipulé. C'est pourtant bien ce procédé qui fait de L'Autre un pur chef-d'oeuvre d'ambiance et d'atmosphère, qui emprunte parfois au cinéma d'épouvante gothique (la mère qui reste cloîtrée dans sa chambre, la grange qui semble renfermer des secrets inavouables...). Pourtant, on sent que le propos de Mulligan n'est pas de mettre en avant ce "twist", qui intervient d'ailleurs à mi-parcours et non à la fin du film.Ce qui l'intéresse avant tout, c'est de faire de L'Autre un film totalement subjectif, avec une caméra qui suit continuellement, et au plus près, Niles Perry, de montrer la dualité qui réside dans ce personnage ambiguë. Les drames qui vont avoir lieu successivement vont faire naître une vraie tension morbide à l'écran, plongeant le film dans une horreur rurale qui met de plus en plus mal à l'aise, atteignant son paroxysme lors d'un final réellement dramatique et dont l'ultime image fait froid dans le dos. Sans jamais cherché à faire du sensationnalisme, avec un rythme languissant, très peu énergique, L'Autre vous embarque dans ce drame sensible et finement ciselé avec ses arguments imparables, subtils et son ambiance fataliste. Une pure réussite.

* Disponible en combo DVD / BR chez WILD SIDE VIDEO




samedi 17 novembre 2018

LES TUEUSES EN COLLANTS NOIRS

LES TUEUSES EN COLLANTS NOIRS
(Ore ni Sawaru to Abunaize / Black Tight Killers)

Réalisateur : Yasuharu Hasebe
Année : 1966
Scénariste : Ryûzô Nakanishi
Pays : Japon
Genre : Comédie, Policier, Espionnage
Interdiction : /
Avec : Akira Kobayashi, Chieko Matsubara, Akemi Kita, Mieko Nishio...


L'HISTOIRE : Photographe de guerre de retour au pays, Daisuke Hondo tombe sous le charme de Yoriko, la charmante hôtesse de l'air. Après une soirée romantique, le couple de tourtereaux se voit séparé car Yoriko est victime d'une tentative d'enlèvement, qui se solde par un échec après l'intervention d'un groupe de tueuses en collants noirs, expertes dans l'art du ninjitsu. Hondo se retrouve malgré lui embarqué dans une affaire compliquée qui oppose plusieurs gangs de malfrats et les tueuses en collants noirs. Il comprend néanmoins que Yuriko est la cible de tous ces voyous. Bien décidé à sauver sa fiancée et à comprendre le pourquoi du comment, il se lance à corps perdu dans cette mystérieuse affaire...

MON AVIS : Premier film de Yasuharu Hasebe, qui a eu pour mentor Seijun Suzuki, excusez du peu, Les Tueuses en Collants Noirs est une production Nikkatsu, célèbre firme japonaise qui a connu plusieurs heures de gloire dans les années 60 et 70 et ce,  dans des genres divers, allant du film d'action pop au roman porno. Le film qui nous intéresse ici est une pure fantaisie pop acidulée, qui mélange allègrement, et avec une naïveté qui fait plaisir à voir, film d'espionnage, film noir, comédie, film musical et film d'action. Un savoureux cocktail qui fonctionne à plein régime et qui se pare d'un travail sur les couleurs franchement top, qui élève le côté kitsch de cette production japonaise à un niveau assez détonnant. C'est un peu comme si on avait mixé les aventures de OSS 117 à celle de James Bond, en y ajoutant le travail sur les couleurs de Mario Bava, une bonne dose d'humour, de ravissantes mais dangereuses tueuses, un petit (très petit) zest d'érotisme, tout en misant sur une ambiance bon enfant, fun et délirante. D'ailleurs, la meilleure comparaison qu'on puisse faire avec un autre film reste le Danger Diabolik de Bava qu'il réalisera en 1968. Le héros des Tueuses en Collants Noirs est le charismatique et sympathique Akira Kobayashi, acteur-chanteur qui interprète d'ailleurs la chanson du générique. Il interprète ici un photographe de guerre insouciant, charmeur, qui se va retrouver embringué dans une curieuse affaire de lingots d'or disparus et dont sa nouvelle fiancée, la charmante Yuriko (Chieko Matsubara), semble être le rouage principal puisque tout le monde veut la kidnapper ! Les situations cocasses s'enchaînent sans temps morts, l'humour est omniprésent et le film procure une bonne humeur communicative. La violence est totalement inoffensive ici, les nombreuses bagarres étant chorégraphiées à l'extrême pour rendre le tout divertissant et amusant. Coups de poings et explosions rythment l'intrigue qui emprunte à divers genres cinématographiques et l'apparition du gang des tueuses en collants noirs est la cerise sur le gâteau. Sexy et dangereuses, ce gang entièrement féminin nous fera également bien sourire, notamment quand elles utiliseront des chewing-gums pour coller les yeux des ennemis, des disques vinyles en guise de shuriken ou des mètres dépliables affûtés comme des rasoirs ! Quand je vous disais que ce film ne se prend pas au sérieux ! J'ai passé un vrai bon moment avec Les Tueuses en Collants Noirs, oeuvre atypique, pittoresque, bariolée, qui nous laisse avec un grand sourire sur le visage. Je vous le recommande vivement en cas de déprime, effet garanti ! 

* Disponible en combo DVD / BR chez BACH FILMS


mardi 13 novembre 2018

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES
(Laissez bronzer les cadavres)

Réalisateur : Hélène Cattet, Bruno Forzani
Année : 2017
Scénariste : Hélène Cattet, Bruno Forzani
Pays : France, Belgique
Genre : Western, Policier
Interdiction : - 12 ans
Avec : Elina Löwensohn, Stéphane Ferrara, Bernie Bonvoisin, Hervé Sogne, Pierre Nisse...


L'HISTOIRE : La Méditerranée, l’été : une mer d’azur, un soleil de plomb… et 250 kilos d’or volés par Rhino et sa bande! Ils ont trouvé la planque idéale : un village abandonné, coupé de tout, investi par Luce, une artiste en manque d’inspiration. Hélas, quelques invités surprises et deux flics vont contrecarrer leur plan : ce lieu paradisiaque, autrefois théâtre d’orgies et de happenings sauvages, va se transformer en un véritable champ de bataille… impitoyable et hallucinatoire !

MON AVIS : On le sait depuis Amer (2009) et L'étrange Couleur des Larmes de ton Corps (2013), le cinéma référentiel du duo Hélène Cattet et Bruno Forzani est un cinéma avant tout sensoriel et visuel, à la beauté picturale certaine et à la mise en scène innovante, mais qui peut laisser une large majorité de spectateur sur le carreau tant il peut apparaître comme étant hermétique et loin des standards "normaux". Ces deux talentueux réalisateurs ont un univers bien à eux, une façon de concevoir le cinéma qui ne peut que déboussoler le public qui n'aura que deux choix possibles : soit se laisser embarquer dans ce déluge avant-gardiste d'images et de sonorités et y trouver tout ce que le cinéma actuel ne propose pas ou à peur de proposer par souci de rentabilité ; soit rester en dehors de cet univers hors norme et trouver que tout cela est vain et inutile. Choisi ton camp camarade cinéphile ! Avec leur troisième film, Laissez bronzer les cadavres, Cattet et Forzani offrent au public un film plus accessible, moins hermétique que leurs deux œuvres précédentes. Mais sans renier leur vision du cinéma, bien au contraire. Tout leur univers est bien présent dans cette adaptation d'un roman de série noire écrit par Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid en 1971, au titre éponyme. Western policier totalement déjanté, composé de plan hyper court qui donne le vertige, Laissez Bronzer les Cadavres pourrait apparaître comme un pur exercice de style, vibrant hommage au cinéma de Sergio Leone, Sergio Corbucci et aux polars italiens entre autre, avec moult gros plan sur les yeux des acteurs et une utilisation du superbe décor corse qui permet à la caméra des mouvements virtuoses. Il y a des clins d'oeil à tout un pan du cinéma bis, on note par exemple un petit hommage à Ténèbres de Dario Argento et à la séquence du talon-aiguille par exemple. Si l'histoire, pourtant simple et classique, paraît un peu alambiquée parfois, si on ne sait pas trop où veulent nous emmener les réalisateurs avec certaines scènes iconiques dont on cherche la signification, l'ensemble du film est pourtant un pur plaisir pour amateur d'insolite et d'O.FN.I. cinématographique. Le casting, aux petits oignons, nous fait le plaisir d'admirer Stéphane Ferrara (Rhino), Bernie Bonvoisin (la brute, qui passe le plus clair du film... à poil !), Elina Löwensohn (Luce l'artiste déjantée), Hervé Sogne (le policier aux yeux bleus façon Henry Fonda) ou bien encore la radieuse Dominique Troyes, plus connue des cinéphiles en herbe sous son nom de Marilyn Jess, qui n'est pour votre serviteur que la plus belle actrice X française, voir mondiale (juste derrière Traci Lords bien sûr) et qui joue ici le rôle d'une policière. D'autres "gueules" s'invitent à la fête et toutes et tous servent admirablement le récit, qui bénéficie d'un rythme alerte qui ne donne jamais l'occasion de s'ennuyer. Le tout avec la "Cattet / Forzani's touch", à savoir une composition des plans et une utilisation de la couleur et de la lumière qui font que chaque plan, chaque séquence ressemble à un tableau de maître. Cette histoire de braqueurs en plein paysage westernien est picturalement sublime et diablement jubilatoire dans ce qu'elle nous offre en terme d'innovation et d'originalité. On a vraiment l'impression d'assister à un film à part, une sorte de trip hallucinatoire, totalement hypnotique, dans lequel la notion de temps et d'espace n'a pas vraiment lieu d'être. Peut-être conscient de la modernité de leur vision du cinéma mais aussi du fait qu'elle peut perdre le spectateur, le duo semble prendre plus son temps au fur et à mesure que le film avance, s'amuse même à se la jouer "Rashomon" en nous présentant la même scène mais vue par des personnes différentes, ce qui est diablement réussi. Proposition vraiment attachante et jusque-boutiste dans sa radicalité, Laissez Bronzer les Cadavres est une vraie expérience de cinéma qui ne laissera personne indifférent. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas, impossible de ne pas saluer cette tentative de proposer un film aux antipodes des codes et des clichés du cinéma français classique. Chapeau bas pour ça !  

* Disponible en combo BR / DVD chez LE CHAT QUI FUME


vendredi 2 novembre 2018

HALLOWEEN - LA NUIT DES MASQUES

HALLOWEEN - LA NUIT DES MASQUES
(Halloween)

Réalisateur : John Carpenter
Année : 1978
Scénariste : John Carpenter, Debra Hill
Pays : Etats-Unis
Genre : Thriller, Horreur, Slasher
Interdiction : - 12 ans
Avec : Donald Pleasence, Jamie Lee Curtis, Tony Moran, Nancy Kyes, Nick Castle...


L'HISTOIRE : A six ans, Michael Myers a tué sa sœur durant la nuit d'Halloween. Interné dans un hôpital psychiatrique sous la surveillance du docteur Loomis, il parvient à s'en échapper dix-sept ans plus tard, le jour d'Halloween, et retourne à Haddonfield, sa ville natale. Laurie Strode doit faire du baby-sitting cette nuit là. Durant la journée, elle a l'impression que quelqu'un la suit constamment. Dans le même temps, le docteur Loomis arrive à Haddonfield et prévient le shérif que Michael Myers est de retour. La nuit na va pas être de tout repos...

MON AVIS : Même s'il a été précédé par La Baie Sanglante de Mario Bava (1971), Torso de Sergio Martino (1973) et le Black Christmas de Bob Clark (1974), il est impossible de nier l'impact majeur que le film de John Carpenter a eu sur le slasher movie, précédant de deux ans un autre film qui fit date dans le genre : le Vendredi 13 de Sean S. Cunningham bien sûr. Si les trois films précités au début de cette chronique ont posé l'armature et quelques codes de ce genre hautement apprécié par les fans de cinéma d'horreur, Halloween - La Nuit des Masques a cimenté le tout et a en plus apporté sa touche personnelle en imposant la figure du boogeyman, ce tueur immédiatement reconnaissable de par son attirail vestimentaire ou son apparence visuelle. Ici, un simple masque d'Halloween, blanc comme la neige, va devenir un signe distinctif culte dont la simple vision est associée au film de Carpenter et au nom de Michael Myers dans l'inconscient collectif, même des néophytes en la matière. Tobe Hooper avait déjà créé un célèbre boogeyman en 1974, Leatherface et ses masques de peau humaine (Massacre à la Tronçonneuse), la saga Vendredi 13 fera de même avec Jason Voorhees et son masque de hockey puis Wes Craven écrasera la concurrence avec la création de Freddy Krueger en 1984, peut-être le boogeyman le plus célèbre du cinéma d'horreur. Il récidivera en 1996 avec le Ghostface de la saga Scream. Mais là où John Carpenter fait fort, c'est qu'en plus du personnage iconique de Michael Myers, il a composé un thème musical qui sera indissociable de l'univers qu'il met en scène et que tout le monde connaît, parfois même sans n'avoir jamais vu un seul film de la saga Halloween. Un thème qui reste dans la mémoire donc et que Carpenter utilise comme un personnage à part entière dans son film, l’utilisant pour illustrer chacune des apparitions de Michael Myers, aussi insignifiante soit-elle et qui permet de créer un suspense, une tension qui ira crescendo, aussi bien pour les personnages que pour les spectateurs. Telle une ombre, Michael Myers est partout et nulle part, apparaissant ou disparaissant à volonté, à l'image d'un fantôme, tant est si bien qu'on en arrive à se demander si la pauvre Laurie (excellente Jamie Lee Curtis) n'est pas victime d'hallucinations. Bien sûr, on sait que non mais la réalisation impeccable de Carpenter joue avec cette impression avec une réelle maestria. Le rythme de Halloween - La Nuit des Masques est résolument posé et risque de décontenancer la jeune génération qui voudrait découvrir le film après avoir vu celui de 2018. A moins que ce rythme assez contemplatif ne réussisse à produire son petit effet, comme il l'a fait en 1978. Oui, Carpenter prend son temps, ne bouscule jamais l'emploi du temps de ses personnages. Il se feront trucider quand il le faudra par son boogeyman emblématique, qui va éliminer les ami(e)s de Laurie Strode afin que cette dernière devienne la "final girl", l'ultime survivante qui va devoir affronter le Mal absolu, comme le dira le fameux docteur Loomis, interprété avec brio par le regretté Donald Pleasence. Le dernier quart-d'heure est à ce titre une magistrale leçon de cinéma (tout le film ne l'est-il pas ?), la caméra étant toujours placée là où il faut pour nous faire frissonner et ressentir toute l'angoisse de la situation vécue par Laurie. Chaque pièce de la maison devient un lieu où la mort peut frapper et nul endroit ne peut servir de cachette. Pire, rien ne semble pouvoir arrêter Michael Myers ! Le docteur Loomis nous avait prévenu mais force est de constater qu'il avait raison. Son patient résiste à tout et l'ultime plan du film ne laisse guère de place à l’ambiguïté. Si on ne sait pas vraiment pourquoi Michael Myers a décidé de s'en prendre à Laurie Strode et ses amis, le film affiche néanmoins une belle efficacité grâce à sa simplicité apparente. Le fait que la seule survivante du film soit une petite fille sage sous tout rapport, vierge de surcroît, alors que ses amies s'adonnent aux joies du sexe, a posé la question de savoir si John Carpenter l'avait fait exprès, au nom de d'un quelconque ordre moral ou religieux. Le réalisateur a toujours trouvé ce questionnement très drôle, qui n'a pas lieu d'exister pour lui. Quoiqu'il en soit, on a avec Halloween - La Nuit des Masques un véritable classique du genre, qui impressionne toujours autant, tant l'ensemble des ingrédients mixés par Carpenter fonctionnent à plein régime. Considéré comme le slasher fondateur, c'est effectivement une oeuvre séminale qui possède un pouvoir attractif qui perdure à travers le temps. Une référence incontournable.

PS : La VF du film nous présente non pas Michael Myers mais "Michel Myers"... à mourir de rire...


mardi 30 octobre 2018

SELLE D'ARGENT

SELLE D'ARGENT
(Sella d'Argento)

Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1978
Scénariste : Adriano Bolzoni
Pays : Italie
Genre : Western
Interdiction : / 
Avec : Giuliano Gemma, Sven Valsecchi, Ettore Manni, Cinzia Monreale, Licinia Lentini...


L'HISTOIRE : Depuis qu'il a vu son père être abattu par l'homme de main du clan Barrett alors qu'il n'était qu'un enfant, Roy Blood voue une haine sans pareille à cette famille. Devenu adulte, il est un chasseur de prime réputé, parcourant les régions sur sa selle d'argent, prise à l'assassin de son père. Lorsqu'on lui propose un contrat pour abattre Thomas Barrett, il n'hésite pas à une seconde à accepter. Qu'elle n'est pas sa surprise en découvrant que sa cible n'est qu'un enfant d'une dizaine d'années ! Refusant de tuer l'enfant, Roy Blood va comprendre que le petit garçon est la cible d'une machination visant à extorquer de l'argent à sa famille...

MON AVIS : Principalement connu pour ses films d'horreur, Lucio Fulci a aussi réalisé des westerns. Trois, pour être précis : Le Temps du Massacre en 1966, Quatre de l'Apocalypse en 1975 et ce Selle d'Argent en 1978. Le western spaghetti a connu ses heures de gloire et il n'en reste quasiment plus rien lorsque Fulci accepte de mettre en scène Giuliano Gemma dans Selle d'Argent à la fin des années 70. Un western quasi anachronique donc, simple produit de commande pour le réalisateur transalpin qui peine à voir sa carrière décoller et qui se dit que la présence de Gemma en vedette ne peut qu'être bénéfique pour s'attirer les faveurs du public. Pas de bol, le film sera un flop absolu. Rien de très grave pour Fulci puisqu'il connaîtra enfin la gloire dès l'année suivante avec L'Enfer des Zombies. Totalement inédit en France, Selle d'Argent, malgré son insuccès, mérite vraiment d'être découvert car c'est un film très plaisant à regarder et qui est de plus réalisé de manière très convaincante par Fulci. Les fans purs et durs de ce dernier risquent d'être surpris en visionnant Selle d'Argent car, contrairement à ses deux autres westerns, la violence est ici fortement édulcorée, voire quasi inexistante. On peut même dire que Selle d'Argent est un western familial car hormis quelques impacts de balles sanguinolentes lors des gunfights, il n'y a pas de sadisme ou d'imagerie gore à l'écran. On fera une petite exception pour le sadisme car lors d'une séquence vers la fin du film, le petit garçon se fera kidnappé par une bande de brigands et le chef de ces derniers n’hésitera pas à le fouetter pour le punir d'une tentative d'évasion. Une scène de fouet qui est peut-être un clin d’œil à celle, autrement plus violente, de l'excellent Le Temps du Massacre. Il semblerait que la parti-pris de faire un western grand public soit la volonté de Giuliano Gemma lui-même. Personnellement, cette absence de violence et de cruauté ne m'a pas du tout dérangé car Selle d'Argent à bien d'autres arguments à faire valoir. Le décor naturel du désert de Tabernas est toujours aussi photogénique ; certains personnages sont tout à fait dans l'esprit "western spaghetti", comme "le Serpent", interprété par un succulent Geoffrey Lewis qui passe le clair de son temps à détrousser les cadavres ou ce prêtre qui n'en oublie pas de porter un pistolet en plus de son crucifix ; les femmes sont belles et désirables, notamment Cinzia Monreale (qu'on reverra dans le Blue Holocaust de Joe d'Amato mais aussi dans L'Au-Delà de Fulci entre autres), qui joue la grande sœur du petit garçon, et Licinia Lentini, sculpturale patronne des filles du saloon ; les gunfights sont nombreux et se montrent plutôt efficaces ; la thématique du film (la vengeance) prend une direction inattendue avec la révélation de qui est le Thomas Barrett que Roy Blood doit abattre et la relation qui va s'ensuivre entre ces deux personnages va faire de Selle d'Argent un film assez touchant, assez attendrissant même, et c'est ce qui en fait son originalité dans la filmographie de son réalisateur ; enfin, les fans de Giuliano Gemma seront aux anges puisque, très clairement, ce troisième western de Lucio Fulci est entièrement dédié à la gloire et à l'aura de son acteur vedette. Bien rythmé tout en se montrant parfois mélancolique, Selle d'Argent est un western que j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir et qui prouve encore une fois que Lucio Fulci est un réalisateur talentueux et ce, dans les nombreux genres qu'il a illustré au cours de sa carrière.

LE DVD / BR :
L'éditeur Artus Films nous fait la joie d'avoir édité Selle d'Argent en combo DVD / BR, permettant au plus grand nombre de pouvoir découvrir dans d'excellentes conditions ce film méconnu de Fulci de par sa rareté. Le film est présenté uniquement en VOSTF puisqu'aucun doublage français n'existe. Parmi les bonus, Lionel Grenier du site www.luciofulci.fr nous livre son analyse du film dans Selle d’argent : le western familial de Lucio Fulci. Alain Petit, fidèle des éditions d'Artus Films, y va aussi de son analyse, s'étend sur Giuliano Gemma et autres membres du casting dans le module intitulé L’homme à la selle d’argent. On y apprend que Fulci était apparemment grand fan de Jess Franco et que Le Venin de la Peur serait un pseudo remake de Les Yeux Verts du Diable, oeuvre du réalisateur ibérique datant de 1968 ! Autre bonus intéressant, l'interview du très sympathique compositeur Fabio Frizzi qui revient sur sa collaboration avec Fulci dans A toute bride (avec intervention de Gemma en cerise sur le gâteau). Bruno Micheli revient quant à lui sur le montage du film dans Dans la salle de montage. Pas content de voir que l'acteur censé interpréter son personnage jeune n'a pas le teint légèrement bronzé, Giuliano Gemma a demandé à ce que la scène d'introduction soit teintée ! Elle nous est présentée dans les bonus, ainsi qu'une galerie de photos et la bande annonce originale. Encore une bien belle édition ! 

* Disponible en DVD / BR chez ARTUS FILMS


dimanche 28 octobre 2018

PREDATEUR

PREDATEUR
(Prooi / Prey)

Réalisateur : Dick Maas
Année : 2016
Scénariste : Dick Maas
Pays : Pays-Bas
Genre : Horreur, Thriller, Comédie
Interdiction : -12 ans
Avec : Sophie van Winden, Abbey Hoes, Mark Frost, Julian Looman...


L'HISTOIRE : Vétérinaire au zoo d'Amsterdam, Lizzy est appelée par la police : on vient de découvrir les cadavres atrocement mutilés d'une famille. Le jeune femme comprend rapidement que ces morts ont été causées par un fauve d'une taille et d'une férocité exceptionnelles. Alors que d'autres victimes sont découvertes, Lizzie fait appel à son ex-compagnon, Jack, un ancien chasseur de lions. Mais le prédateur reste insaisissable et continue de semer la terreur...

MON AVIS : Le Hollandais Dick Maas est principalement connu pour deux films très réussis qu'il a réalisés dans les années 80 : L'Ascenseur (1983) et Amsterdamned (1988). En 1999, il a mis en scène Issue de secours, puis L'Ascenseur niveau 2 en 2001 et Saint en 2010 entre autres. Amoureux fou de sa capitale, Amsterdam, dans laquelle il place la majorité des histoires de ses films, il récidive en 2016 avec Prédateur et envoie carrément un lion affamé dans les rues et les parcs de la ville. Film a classer dans la catégorie "agressions animales", sous-genre particulièrement apprécié des amateurs, Prédateur est une pure série B qui ne se prend pas la tête et joue sur plusieurs registres, ce qui pourra d'ailleurs surprendre les spectateurs. Car la direction que prend Dick Maas avec ce film peut se montrer un brin déstabilisante : alors qu'on s'attend à un thriller animalier sérieux et jouant sur le suspense et l'angoisse, Maas prend le parti-pris d'inclure énormément d'humour dans son film. Que ce soit par les dialogues ou certaines situations, parfois fort amusantes reconnaissons-le (le tueur de lion qui demande au chef de la police de récupérer le cadavre déchiqueté du frère de ce dernier pour s'en servir comme appât...), le réalisateur accentue cet aspect comédie jusqu'à la quasi parodie, comme lorsque débarque le sauveur de la situation, un expert en safari, ex-compagnon de notre jolie vétérinaire (la charmante  Sophie van Winden) et qui se déplace en... fauteuil roulant ! Bah oui, c'est qu'il s'est fait dévorer une jambe par un lion lors d'un safari qui a mal tourné le monsieur ! Comme vous le voyez, Dick Maas ne fait pas dans la demi-mesure quand il s'agit de jouer avec la dérision. Je ne suis pas certain que tous les spectateurs apprécient cette mise en avant du comique de situation dans un film qui, au départ, était censé faire frissonner. Mais rassurez-vous, il n'y a pas que de l'humour dans Prédateur ! On y trouve aussi une relation de couple compliquée entre la belle héroïne et son nouvel petit ami (un coureur de jupon invétéré et cameraman pour une émission de télévision), des policiers un tantinet crétin, une bande de chasseurs amateurs qui vont contrecarrer une mission de police, le frère du chef de la police qui va lui aussi se prendre pour un expert de la chasse aux lions et finir mal en point et surtout, quelques séquences de massacres bien gratinées de la part du roi des animaux, qui ne lésine pas à sortir ses griffes et ses crocs pour lacérer et déchiqueter toute personne passant à proximité. On peut même dire que Prédateur se montre assez gore au niveau des carnages orchestrés par son puissant félin, avec membres arrachés, tête décapitée, lacérations sanglantes et autres joyeusetés. Un lion qui n'épargne personne, que ce soit homme, femme et même enfant ! Les séquences dans le tramway ou dans le parc d'enfants sont à ce titre assez jubilatoires par exemple. Pourvu d'un rythme assez soutenu, notamment dans sa dernière partie, Prédateur ennuie rarement et remplit un cahier des charges assez original dans son mélange des genres. Le quota de morts est assez élevé, et, malgré des situations quand même improbables, on prend plaisir à suivre les personnages tenter de débusquer le fauve et à voir ce dernier éliminer le casting. Bien sûr, ce n'est pas le film du siècle mais on s'en doutait déjà. Il est juste dommage que Dick Maas n'ait pas pu utiliser un vrai lion dans son film, à l'instar de Roar ou Terreur dans la savane par exemple. Les images de synthèses font souvent illusion dans Predateur mais parfois, elles se voient clairement et ça pique un peu les yeux. Rien de bien méchant au final, si on est assez bon public, ce qui est mon cas, Prédateur remplira son contrat, celui de nous avoir fait passer un moment sympa et bien gore devant notre écran. 

* Disponible en DVD et BR chez RIMINI EDITIONS

  

lundi 22 octobre 2018

SANS MOBILE APPARENT

SANS MOBILE APPARENT
(Sans Mobile Apparent)

Réalisateur : Philippe Labro
Année : 1971
Scénariste : Vincenzo Labella, Philippe Labro, Jacques Lanzmann
Pays : France, Italie
Genre : Policier
Interdiction : /
Avec : Jean-Louis Trintignant, Dominique Sanda, Jean-Pierre Marielle, Laura Antonelli, Stéphane Audran...


L'HISTOIRE : A Nice, trois crimes sont commis par un mystérieux assassin, à l'aide d'un fusil à lunettes 22 long rifle. L'inspecteur Carella est chargé de l'enquête. Ses premières investigations ne lui procurent aucune piste tangible et il semble que ces trois meurtres soient sans mobile apparent...

MON AVIS : Journaliste, reporter, écrivain, parolier, homme de radio, Philippe Labro rajoute une corde à son arc en 1969, celle de réalisateur. Il tourne donc Tout peut arriver cette année là puis enchaîne en 1971 avec Sans Mobile Apparent. Passionné par les films policiers français des années 40 (en particulier le Quai des Orfèvres de Clouzot) mais surtout par la grande époque du film noir américain et ses acteurs de légendes (Humphrey Bogart, Richard Widmark, Robert Mitchum...), Phillipe Labro, sous l'impulsion du producteur Jacques-Éric Strauss, se met à lire des tonnes de polars afin d'en trouver un qui serait adaptable au cinéma. Il tombe sous le charme de Dix plus Un d'Ed McBain, dont l'action se situe en Californie. Ce roman est le dix-septième titre d'une longue saga initiée par cet auteur et qui met en vedette des policiers du 87ème District, dont l'inspecteur Steve Carella. Le cadre ensoleillé du roman, ainsi que sa trame, séduisent Labro qui va alors l'adapter au paysage français avec les scénaristes Vincenzo Labella et Jacques Lanzmann. La Californie cède sa place à Nice, le casting est international, avec notamment les Français Jean-Louis Trintignant, Dominique Sanda, Jean-Pierre Marielle, Stéphane Audran, Sacha Distel mais aussi les Italiennes Carla Gravina et Laura Antonelli, le Roumain Gilles Ségal ou l'Américain Erich Segal par exemple. La musique est composée par Ennio Morricone. Durant le tournage, comme ce n'était que son second film, Labro a reçu l'aide et les conseils de son ami Jean-Pierre Melville lui-même, excusez du peu. A l'arrivée, Sans Mobile Apparent est un excellent polar français, que je n'avais jamais vu et que j'ai pris grand plaisir à découvrir. Jean-Louis Trintignant interprète l'inspecteur Carella avec un talent fou. Égocentrique, bourré de toc (dont celui de se laver régulièrement les mains), doté d'un cynisme à tout épreuve et tireur hors pair, Trintignant donne de l'épaisseur à ce personnage tantôt antipathique, tantôt attachant mais en tout cas déterminé à comprendre quel lien unit les victimes d'un tueur en série adepte de la 22 long rifle. L'histoire est vraiment prenante, et le fait qu'elle se déroule dans le milieu de la bourgeoisie niçoise apporte son lot de questionnement. L'enquête nous laisse à penser que le trafic d'argent est peut-être à l'origine de ses meurtres qui ne semblent pas avoir de réels mobiles. Plus le film avance, plus Carella cherche à dénouer le mystère, plus on en apprend sur les divers personnages qui gravitent autour de cette sombre histoire et plus notre intérêt grandit. Réalisé au début des années 70, Sans Mobile Apparent respire cette époque par tous les pores de sa pellicule et le cadre niçois sied parfaitement à l'ambiance recherchée. Sans être très énergique, le rythme du film est relativement soutenu et n'ennuie jamais, aidé par le casting, idéalement choisi. La mise en scène de Labro fonctionne à plein régime, tantôt sobre et classique, tantôt originale et percutante. Si l'inspecteur Carella domine d'une tête les personnages présentés, les rôles féminins ne sont pas en reste et offrent au film un aspect sensuel bienvenu, qui contraste avec l'ambiance générale assez suffocante et pessimiste. La mignonne Dominique Sanda (qui semble parfois réciter son texte), les sexy Carla Gravina ou Stephane Audran (et son décolleté vertigineux) ou bien la sage Laura Antonelli (du moins dans ce film-ci !) jouent avec les codes de la femme fatale typique des films noirs américains, dont se réclame le film de Labro. Sans vous dévoiler les rouages de cette sombre histoire qui se dévoileront petit à petit, sachez que Sans Mobile Apparent mérite franchement le détour pour qui apprécie les films policiers de qualité. Et avec ce second film de Philippe Labro, on en a effectivement un entre les mains.

LE DVD/BR :
Quatrième titre de la collection Make my Day de Jean-Baptiste Thoret. Encore un excellent choix pour ce film qui méritait effectivement une édition de qualité, tant ce film en possède, des qualités. Une image claquante, nette et sans bavure permet de se plonger dans le Nice des 70's au côté de Jean-Louis Trintignant. Niveau bonus, une préface de JB Thoret puis une interview de 45 minutes du réalisateur Philippe Labro, qui revient sur  sa passion du polar, la création du film, son tournage ou sa relation avec Melville. Très intéressant. 

* Disponible en combo DVD / BR chez STUDIOCANAL