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LA SORCIERE SANGLANTE

 

LA SORCIERE SANGLANTE
(I lunghi capelli della morte)

Réalisateur : Antonio Margheriti
Année : 1964
Scénariste Tonino Valerii, Antonio Margheriti
Pays : Italie
Genre : Epouvante
Interdiction : /
Avec : Barbara Steele, George Ardisson, Halina Zalewska, Umberto Raho... 


L'HISTOIRE Au XVIe siècle, Adèle Karnstein est condamnée au bûcher, accusée d’avoir tué le comte Franz. Sa fille aînée, Helen, tente de la sauver en accordant ses faveurs au comte Humboldt, en vain. Avant de mourir, devant les yeux de sa plus jeune fille, Elizabeth, Adèle lance une terrible malédiction...

MON AVIS : Si on cite généralement Mario Bava en tête de liste de l'épouvante à l'italienne, il ne faudrait pas sous-estimé son compatriote Antonio Margheriti, qui nous a offert lui aussi des pièces majeures dans ce genre, de véritables classiques à la beauté esthétique hallucinante. Ayant débuté par la science-fiction au début des années 60 avec Le Vainqueur de l'espace et La Planète des Hommes Perdus, c'est véritablement avec l'épouvante gothique que Margheriti se fait une place au sein des meilleurs réalisateurs du genre. En 1963, c'est La Vierge de Nuremberg. En 1964, il réalise son chef-d'oeuvre, Danse Macabre, avec Barbara Steele, qu'il retrouve la même année avec La Sorcière Sanglante, autre film à mettre sur un podium et dont on va parler aujourd'hui. Il reviencra à l'épouvante en 1971 avec Les Fantômes de Hurlevent, avec Klaus Kinski et Michelle Mercier. Avec La Sorcière Sanglante, Antonio Margheriti offre au spectateur une sorte de best-of de tout ce qui donne son attrait au genre : femme accusé de sorcellerie condamnée au bûcher qui lancera une malédiction sur ses bourreaux ; morts brutales qui entraîneront une vengeance ; Immense château aux nombreux dédales de couloirs, escaliers en colimaçon et passage secret ; scène dans une crypte ; torture psychologique ; adultère ; présence de la religion ; spectre vengeur ; machination et complot pour se débarrasser de protagonistes génants ; personnages dont l'âme est torturée ; scènes éclairées à la bougie ; ambiance macabre ; Barbara Steele à la beauté ténébreuse et j'en passe. Tout, asbolument tout est réuni pour faire de La Sorcière Sanglante un pur classique, ce qu'il est, définitivement. La mise en scène, le placement de la caméra, la musique, l'atmosphère dramatique qui bifurque dans la folie, le casting impeccable, le scénario et la progession des événements, tout est au diapason pour hisser ce film à un très haut niveau d'exigence. Barbara Steele est incroyable dans ce film, comme souvent me direz-vous, mais ce qui est intéressant, c'est qu'on en arrive à oublier que son motif est la vengeance, on finit par la considérer comme un personnage à part entière, qui se fourvoie elle aussi dans la trahison au contact du vil baron Kurt, superbement interprété lui aussi par un George Ardisson impérial. On a aussi le plaisir d'avoir au générique deux beautés brunes, Barbara bien sûr mais aussi Halina Zalewska, qui joue Elizabeth, fille de la prétendue sorcière brûlée vive au début du film. La vie d'Elizabeth n'a rien d'enviable : elle a vu sa mère mourir sous ses yeux quand elle était enfant, et le cruel baron Kurt en a fait son épouse malgré elle. L'arrivée de Barabara Steele au château va encore plus plonger la jeune femme dans le tourment, puisque son mari imposé va tomber sous le charme de Barbara et donc vouloir l'éliminer pour avoir le champ libre. Cette notion de fatalité, on la ressent tout au long du déroulement de La Sorcière Sanglante, film éminemment pessimiste qui ne reflète guère la joie de vivre. Outre les violences conjugales, tout le film est placé sous le signe de la désolation, aussi bien physique que mentale, de la cruauté et de la mort. On a souvent dit que Lucio Fulci était le poète du macabre. Il est temps de réhabiliter Antonio Margheriti à ce sujet car La Sorcière Sanglante est un authentique poème mortuaire. Il serait assez hallucinant de dénombrer les images ayant trait à la mort dans ce film où tout n'est que noirceur et ôde à la Grande Faucheuse, l'imagerie macabre étant élevée ici au rang d'art pictural, associé à une magnifique photographie due à Riccardo Pallotini. Je ne vais pas m'étendre davantage sur La Sorcière Sanglante. Nous sommes ici en présence d'un film majeur et incontournable du cinéma d'épouvante gothique à l'italienne, rien que ça. Vision obligatoire et hautement recommandée ! 

* Disponible en combo DVD + BR chez Artus Films  
Bonus : 
- Présentation du film par Nicolas Stanzick
- Entretien avec Ernesto Gastaldi
- Générique anglais
- Diaporama d’affiches et photos
- Films-annonces originaux
* Exclusivité BluRay : reprise des bonus 2006
Entretien avec Edoardo Margheriti
- Mon ami Nini, par Luigi Cozzi
- Antonio Margheriti, par Alain Petit
- La sorcellerie, culte des ancêtres et des forces de la nature, par Anne Ferlat


THE BUTTERFLY ROOM


THE BUTTERFLY ROOM
(The Butterfly Room)

Réalisateur : Jonathan Zarantonello
Année : 2012
Scénario : Jonathan Zarantonello, Paolo Guerrieri, Luigi Sardiello
Pays : Italie, Etats-Unis
Genre : Thriller
Interdiction : /
Avec : Barbara Steele, Erica Leerhsen, Ellery Sprayberry, Julia Putnam, Ray Wise...


L'HISTOIRE : Ann, une vieille dame acariâtre et passionnée par les papillons, va développer une relation malsaine avec Julie, sa petite voisine quelque peu délaissée par sa mère. La jeune fille va découvrir quel terrible secret se cache dans la pièce aux papillons et qu'elle n'est pas la première à avoir été pris en affection par Ann...

MON AVIS : Des passionnés de papillons au cinéma, on en connaît déjà, les plus célèbres étant le Freddie Clegg du film L'Obsédé de William Wyler (1965) et le Buffalo Bill du film Le Silence des Agneaux de Jonathan Demme (1991). En 2012, l'Italien Jonathan Zarantonello décide d'adapter son propre roman Alice dalle 4 alle 5 sous forme de long métrage et l'intitule The Butterfly Room. Tourné à Los Angeles, ce thriller possède un casting des plus sympathiques, constatez par vous-même : dans le rôle de Ann, la collectionneuse de papillon mentalement dérangée, on trouve ni plus ni moins que Barbara Steele, la célèbre actrice italienne star du cinéma d'épouvante gothique ; dans le rôle du responsable de l'entretien, il y a Ray Wise, le papa de Laura Palmer dans la série Twin Peaks ; la fille de Ann n'es autre que Heather Langenkamp, la Némésis de Freddy Krueger ; dans des rôles secondaires apparaissent aussi Camille Keaton (vedette du I Spit on your Grave de 1978), Adrienne King (Alice dans les deux premiers Vendredi 13) et même le réalisateur Joe Dante qu'on ne présente plus ! Tout ce beau monde est accompagné par deux jeunes actrices qui s'avèrent vraiment douées : Ellery Sprayberry joue la jeune Julie, voisine de Ann, quand Julia Putnam interprète Alice, la fille qui va vraiment faire sombrer dans la folie Barbara Steele. Bon, il ne fallait pas grand chose vous me direz pour que cette dernière plonge dans les affres du délire mental, comme on le découvrira via quelques flashback révélateurs. Le film propose d'ailleurs pas mal de flashback, sa construction les imposant à la structure du récit. Un récit qui va donc suivre les agissements peu recommandables d'une vieille dame vivant seule, bourrée de principes moraux et donc grande collectionneuse de papillons, ayant une pièce entière de son appartement dédiée à cette passion. Une dame à l'esprit dérangé, méchante de surcroît, raciste sur les bords et qui n'hésite pas à recourir au meurtre pour se débarrasser des indésirables. Certes, Barbara Steele n'est plus toute jeune ici, a du mal à avoir plus de deux expressions de visage mais elle parvient à délivrer une certaine émotion, à se montrer touchante quand elle est au contact de jeunes filles, dont Julie et Alice avant elle, tout en pouvant se montrer inquiétante et même flippante lors de certaines séquences à sensation. Sa relation avec Julie semble au départ être issue d'un manque, d'un besoin de nouer une relation amicale avec quelqu'un et il semblerait que le monde des adultes ne l'attire pas vraiment. Rapidement, et grâce aux multiples flashback nous contant sa précédente relation avec Alice, on sent que quelque chose cloche tout de même et qu'il y a anguille sous roche. Il faut dire que la jeune Alice n'est pas aussi angélique qu'on le pense, la scène de l'achat de la poupée venant confirmer cette impression. Reste que pour la vieille dame, elle était la fille qui passait du temps avec elle et dont elle ne pouvait plus se passer. Julie vient-elle remplacer Alice ? Il le semblerait et plus le film avance, plus on se dit que cette fameuse pièce aux papillons renferme d'inavouables secrets qu'il vaut mieux garder cachés. Le film possède un certain humour noir, une certaine ironie qui nourrit le personnage de Ann et fait que malgré ses actions répréhensibles, on la prend néanmoins en empathie. Si les mécanismes et révélations de l'histoire se devinent aisément, on prend un certain plaisir à les voir arriver, la tension montant crescendo tout comme le malaise lié aux situations proposées et au personnage de Ann bien entendu. Sans être le film du siècle, loin s'en faut, The Butterfly Room se laisse tranquillement regarder et possède un petit charme certain, du principalement à cette réunion de personnalités bien connues des fans du genre.


LA MAISON ENSORCELÉE

LA MAISON ENSORCELÉE
(Curse of the Crimson Altar)


Réalisateur Vernon Sewell
Année : 1968
Scénario Mervyn Haisman, Henry Lincoln
Pays : Angleterre
Genre : Epouvante
Interdiction : -12 ans
Avec :  Christopher Lee, Boris Karloff, Barbara Steele, Mark Eden, Michael Gough...


L'HISTOIRE : Robert Manning, antiquaire, part à la recherche de son frère Peter, qui ne donne plus de nouvelles depuis qu'il s'est rendu au manoir des Morley pour affaire. Sur place, il fait connaissance avec la jolie Eve Morley ainsi qu'avec le propriétaire du manoir, qui lui certifie ne pas connaître de Peter Manning. Morley propose à Robert de rester quelques jours au manoir le temps de ses recherches, ce qui donne satisfaction à Eve. Il lui présente également le professeur John Marsh, un expert en sciences occultes, qui s'intéresse à cette famille. Il faut dire que parmi les ascendants des Morley se trouve une certaine Lavinia, qui a été accusé de sorcellerie en 1650 et brûlée sur le bûcher. Durant la nuit, Robert est en proie à de violents cauchemars, qui le plonge au sein d'une messe noire que préside Lavinia...

MON AVIS : Whouah, quel casting à l'affiche de cette adaptation libre et non officieuse de la nouvelle La Maison de la Sorcière de H.P. Lovecraft, réalisé en 1968 par Vernon Sewell. On a quand même Christopher Lee, Boris Karloff, Barbara Steele et Michael Gough, rien que ça, qui sont accompagnés par Mark Eden et Virginia Wetherell. Alors calmons un peu les ardeurs en spécifiant que Barbara Steele ne croisera ni Lee, ni Karloff dans le film, contrairement à ces deux acteurs prestigieux qui, eux, vont avoir plusieurs scènes ensemble. Pas très grave en fait, car les séquences dans lesquelles est présente Barbara sont réellement hallucinantes et assurent le spectacle, avec des couleurs flashy à la Mario Bava, une ambiance onirico-érotico-fantasmagorique de premier ordre, avec messe noire, pacte avec le Mal, bourreau fringué façon S-M, un peu d'érotisme et un maquillage et un costume proprement incroyable pour notre Barbara, qui brille de mille feux ! On connait tous le look qu'elle arbore dans ce film, toute peinturlurée en bleu,look qui pourrait prêter à rire mais en fait, ça passe carrément bien et ça donne un aspect assez incroyable au film. On se demande d'ailleurs si les scènes avec Barbara, qui interprète donc la sorcière Lavinia Morley, sont réelles ou si elles se déroulent dans un autre monde, une autre dimension, cette dernière étant censée avoir été brûlée en 1650. De plus, le héros, Robert Manning, interprété par Mark Eden, se retrouve en présence de la sorcière lorsqu'il est endormi, ce qui nous laisse à penser que tout se passe dans ses cauchemars. Des cauchemars liés au passif de ce grand manoir et à la famille Morley elle-même. Dans la nouvelle de Lovecraft, c'est un étudiant en mathématique qui va être la proie de cauchemars récurrents le mettant en présence d'une sorcière. Dans La Maison Ensorcelée, c'est un antiquaire, fraîchement débarqué dans le manoir des Morley à la recherche de son frère, qui serait lui aussi venu dans cette immense demeure. La majeure partie de l'histoire se focalise sur cette enquête menée par le héros, enquête qui va s'avérer étrange et curieuse, tant il comprend que des choses bizarres se déroulent ici. La présence et surtout l'attitude du propriétaire du manoir, joué par Christopher Lee, nous questionne, nous intrigue. Cet homme dit-il la vérité ou cache-t-il quelques secrets inavouables ? Il en va de même pour les autres protagonistes du récit : le professeur Marsh (Boris Karloff, très malade et fatigué, qui ne se déplace qu'en fauteuil roulant mais qui en impose tout de même niveau charisme), de par ses connaissances en occultisme, a-t-il quelque chose à voir dans la disparition du frère du héros ou dans les cauchemars de ce dernier ? Le curieux majordome, joué par Michael Gough, est-il de mèche avec ses maîtres ou essaye-t-il vraiment d'alerter le héros sur les dangers qui pèsent sur lui ? La jolie Eve (Virginia Wetherell) n'en fait-elle pas un peu trop pour s'attirer les faveurs du héros alors qu'elle ne le connaît que depuis peu ? Autant de questions qui viennent happer le spectateur, curieux de comprendre ce qui se trame ici. Certes, l'enquête elle-même peut paraître très classique, un brin répétitive, sans réelle surprise ni gros rebondissements, si ce n'est la découverte de passages secrets dans le manoir ou la révélation finale. Pour autant, je ne me suis pas ennuyé et même si je reconnais que La Maison Ensorcelée ne peut être considéré comme une référence du genre, le film contient suffisamment d'atouts pour maintenir notre intérêt et faire qu'on se prend au jeu si on met son exigence de côté. Produit par la Tigon, firme anglaise concurrente de la Hammer, La Maison Ensorcelée fait preuve d'une certaine modernité vis à vis d'autres films de cette époque en ce qui concerne l'épouvante gothique : on a un peu d'érotisme, on a une fête très 60's, avec fumette et alcool au menu, et les séquences de sabbats avec Barbara Steele prennent une forme visuelle digne d'un trip au LSD. On note aussi un humour assez présent, le summum étant un dialogue entre Eve et Robert, cette dernière déclamant que le manoir ressemble aux vieux châteaux des films d'épouvante quand Robert lui répond "oui, on s'attend à voir surgir Boris Karloff !" Amusant non ? 

* Disponible en combo DVD + BR chez -> ESC EDITIONS <- 
- Film en VF et VOSTF (très belle copie HD)
- Présentation du film par Nicolas Stanzick
- Livret 20 pages


  
 

CIMETIÈRE POUR MORTS VIVANTS

CIMETIÈRE POUR MORTS VIVANTS
(5 Tombe per un Medium / Terror Creatures from the Grave)

Réalisateur : Massimo Pupillo
Année : 1965
Scénariste : Romano Migliorini, Roberto Natale
Pays : Italie, Etats-Unis
Genre : Spectres
Interdiction : -12 ans
Avec : Barbara Steele, Walter Bradt, Marilyn Mitchell, Alfred Rice...


L'HISTOIRE : Devant régler une affaire de succession, le clerc de notaire Albert Kovac se rend dans un petit village d’Europe de l’Est. Sur place, il apprend que son client, Jeronimus Hauff, est décédé depuis un an. Sa veuve, Cléo Hauff, accompagnée de sa belle-fille Corinne, lui propose l’hospitalité. Albert va découvrir que Jeronimus était un savant passionné par les sciences occultes et par la grande épidémie de Peste Noire. Peu de temps après, Albert apprend que 3 témoins sur cinq du décès de Jeronimus ont trouvé la mort. Lorsque le quatrième témoin décède également, Albert décide de mener l’enquête…

MON AVIS : Si le principal attrait de ce film reste évidemment la présence de la diva Barbara Steele, on ne peut pas dire que Cimetière pour morts vivants lui offre son meilleur rôle. Il faut dire que Barbara était de plus en plus horripilée par le cinéma fantastique et son statut de star de l’épouvante et qu’elle ne fera aucun effort durant les quatre premiers jours de tournage. Il faudra une petite mise au point de Massimo Pupillo pour faire entendre raison à l’actrice ; néanmoins, il n’est pas difficile de constater qu’elle ne s’implique que très peu dans son personnage, qui est, de plus, assez souvent absent de l’écran. Heureusement, la scène du bain et la scène d’amour viendront compenser pour l’amateur le peu d’enthousiasme de Barbara et donnera au film une petite touche sensuelle et érotique bienvenue. Reste que Cimetière pour morts vivants se montre bien filmé, possède une histoire assez classique mais efficace et se révèle divertissant. Jouant avec tous les codes du cinéma gothique (musique lugubre, bruits étranges, passage secret, morts suspectes, possibilité de présence d’un spectre vengeur, trahison et décors d’époque…), il parvient petit à petit à en imposer, trouvant son apogée lors d’un final très réussi que n’aurait pas renié Jacques Tourneur, les éléments d’épouvante étant tous suggérés, le réalisateur misant sur le jeu des acteurs et les jeux d’ombres pour donner l’impression qu’une menace est présente. La vision plus graphique de personnages frappés par la peste noire, avec boutons purulents, se montrera tout aussi intéressante. Si le film ne réserve pas de grande surprise, le scénario parvient tout de même à attiser notre curiosité et nous laisse sur une bonne impression finale, même si une légère déception viendra pointer le bout de son nez, la faute à un titre français racoleur et peu respectueux du contenu. Un film d'épouvante gothique correct mais qui n'atteint pas l'excellence de titres tels Le masque du démon, Un ange pour Satan ou Danse Macabre par exemple...

Disponible en Dvd ICI

NOTE : 4/6


LA SOEUR DE SATAN

LA SOEUR DE SATAN
(La Sorella di Satana / The She Beast / Revenge of the Blood Beast)

Réalisateur : Michael Reeves
Année : 1966
Scénariste : Michael Reeves, F. Amos Powell
Pays : Angleterre, Italie
Genre : Epouvante
Interdiction : /
Avec : Barbara Steele, John Karlsen, Ian Ogilvy, Mel Welles, Joe "Flash" Riley...

L'HISTOIRE : Un jeune couple de mariés se rend dans un petit village des Carpathes pour y passer la nuit. Le comportement du gardien de l'auberge pousse le couple à s'en aller mais ce dernier a trafiqué la voiture des malheureux qui ont un accident et tombent dans le lac dans lequel une sorcière a péri au 18ème siècle, maudissant les villageois et jurant de revenir se venger. Seul le mari réchappe de l'accident. Quand il va voir le corps de son épouse, il ne reconnaît pas le visage de sa femme qui ressemble à celui d'une vieille sorcière. Un aristocrate excentrique de la région, expert en exorcisme, vient à sa rencontre et essaye de lui faire comprendre que le corps de sa femme est possédé par l'esprit de la sorcière et que seul un exorcisme peut la libérer et lui rendre la vie...

MON AVIS : Voici le premier film de Michael Reeves, jeune réalisateur à qui l'ont doit le célèbre Le grand inquisiteur avec Vincent Price et La créature invisible avec Boris Karloff. Il trouva la mort à l'âge de 25 ans seulement. La soeur de Satan est un bien curieux long métrage qui ne sait pas trop sur quel pied danser. Alors qu'on s'attend à un pur film d'épouvante à base de sorcellerie et de méchante sorcière revenue d'entre les morts,  on se retrouve avec une sorte de mélange hybride entre épouvante et comédie. C'est bien simple, le film m'a fait penser au Bal des Vampires de Roman Polanski certaines fois, et principalement à cause du Comte Von Helsing (vous voyez, ça commence déjà...), personnage haut en couleurs qui nous rappelle irrémédiablement le professeur Abronsius du film précité. S'ajoute à cela des répliques digne d'une parodie (Barbara Steele demandant au Comte s'il connaît les "Draculas" !!) et des séquences qui ne font aucun doute quand à l'aspect "pochade" du film : pour exemple, la faucille tenue par la sorcière qui tombe sur un marteau (hallucinant !) ou le final avec des gendarmes plus nuls que ceux de St-Tropez (!) et la course-poursuite qui m'a fait penser à ce film avec Louis de Funès ! Et puis, noyé dans ce délire parodique, on a des scènes bien plus sérieuses mettant en vedette la sorcière diabolique, comme l'introduction fort réussie se déroulant au 18ème siècle et qui ne laissait guère penser que la suite dévirait vers le comique de situation. Barbara Steele nous honore de sa présence durant vingt bonnes minutes puis disparaît pour tout le reste du temps, réapparaissant uniquement à la toute fin du métrage pour nous gratifier d'une dernière réplique fort judicieuse amenant le doute sur les spectateurs mais aussi sur les héros du film. Le maquillage de la sorcière risque fort de vous faire sourire tellement il est grossier mais je me demande si ce n'est pas volontaire de la part de Michael Reeves. Je reste donc sur un avis mitigé au final car je ne m'attendais pas vraiment à ça. Un bien étrange film...

NOTE : 3/6


FRISSONS

FRISSONS
(Shivers / Parasite Murders / They came from within)

Réalisateur : David Cronenberg
Année : 1975
Scénariste : David Cronenberg
Pays : Canada
Genre : Horreur / Savants fous / Infection
Interdiction : -16 ans
Avec : Paul Hampton, Joe Silver, Lynn Lowry, Barbara Steele...


L'HISTOIRE : Dans un important complexe immobilier, un savant effectue des recherches sur une nouvelle forme de parasites qui pourrait être bénéfique à l’homme. Malheureusement, ses expériences ne donnent pas le résultat escompté et les parasites provoquent une frénésie sexuelle suivie d’une forte propension à la violence chez les personnes les ayant contractées. Le médecin du complexe se retrouve rapidement démuni face à l’épidémie d’agressivité sexuelle qui se propage chez les habitants, les parasites contaminants de plus en plus de personnes…

MON AVIS : Après deux moyens-métrages et quelques réalisations pour la télévision, le canadien David Cronenberg signe avec Frissons son premier long métrage en 1975. Une première œuvre qui contient déjà les bases et les éléments que le réalisateur aura loisir de peaufiner et de traiter dans sa future filmographie, à savoir le sexe, l’altération et la dégénérescence du corps humain, l’horreur viscérale et réaliste. Avec Frissons, David Cronenberg rejoint en effet la liste des auteurs 70’s (Wes Craven, Tobe Hooper, George Romero…) qui incorporent les éléments fantastiques ou horrifiques dans un cadre réaliste, quotidien ; pas de vampires dans un lugubre manoir ou de loups-garous dans une brumeuse forêt. Non, ici, le décor est un immense complexe immobilier regroupant des centaines d’appartements, une superette ou bien encore un cabinet médical. Pas de fantômes en ces lieux mais juste un savant qui perd le contrôle sur ses recherches et ne parvient pas à enrayer la prolifération des parasites qu’il a conçu. On se retrouve donc avec des espèces de limaces de taille moyenne qui agressent toutes personnes rencontrées, provoquant de graves brûlures et pire encore quand elles parviennent à pénétrer dans le corps des victimes. Ces dernières sont prises d’une irrésistible envie de sexe associée à des accès de violence. Comme le Sida, la contamination se fait principalement par rapport sexuel. Si le film parle plus de frénésie sexuelle qu’il ne le montre à l’écran, la violence et l’horreur sont par contre bien présentes avec quelques séquences gores  assez répulsives. Voir les parasites bouger sous la peau ou sortir de la bouche des victimes est assez répugnant et l’effet choc escompté par le réalisateur fonctionne plutôt bien. Les acteurs sont bons malgré le manque de charisme du médecin, héros du film. On aura plaisir à revoir Barbara Steele toujours aussi séduisante même avec quelques années en plus au compteur. La réalisation est quant à elle solide, maîtrisée. Si Frissons à un peu vieilli, il reste néanmoins relativement efficace, intelligent et a conservé son potentiel malsain. Une réussite certaine pour un premier film.

NOTE : 4/6



L'EFFROYABLE SECRET DU DOCTEUR HICHCOCK

L'EFFROYABLE SECRET DU DOCTEUR HICHCOCK
(L'orribile segreto del dr. Hichcock)

Réalisateur : Riccardo Freda
Année : 1962
Scénariste : Ernesto Gastaldi
Pays : Italie
Interdiction : -12 ans
Avec : Barbara Steele, Robert Flemyng, Silvano Tranquilli, Maria Teresa Vianello, Harriet Medin…


L'HISTOIRE : Le docteur Bernard Hichcock a mis au point un anesthésique ralentissant fortement les battements du cœur de ses patients, ce qui lui permet d’opérer dans de très bonnes conditions. Il se sert également de sa trouvaille pour assouvir ses fantasmes et sa déviance : faire l’amour aux morts. Sa femme Marghareta se prête volontiers au jeu et elle se laisse anesthésier dans une chambre funéraire pour laisser libre cours aux envies morbides de son mari. Mais une nuit, ce dernier force trop sur la dose et provoque la mort de sa bien-aimée. Il décide de quitter sa demeure et son travail. Douze ans plus tard, le docteur Hichcock revient dans sa maison, accompagné de Cynthia, sa nouvelle femme. Il retrouve Martha, sa domestique. Lors de sa première nuit dans sa nouvelle demeure, Cynthia aperçoit par la fenêtre une étrange silhouette féminine vêtue d’un suaire et entend des pas près de sa chambre. La nuit suivante, alors qu’elle rentre tard, elle entend des voix lui proférer des menaces de mort…

MON AVIS : Gloire à Riccardo Freda ! Ce réalisateur italien, grand amateur de films d’aventure et de cape et d’épée, ainsi que de péplums, dont il nous livra de bien belles œuvres dans ces domaines (Le Château des Amants Maudits, Spartacus, Théodora, impératrice de Byzance, Le Géant de Thésalie par exemple…) se lança dans le film d’épouvante en 1956, assisté de Mario Bava, avec Les Vampires. Tous deux réalisèrent également un film de science-fiction, Caltiki le monstre immortel en 1959. Après avoir filmé quelques aventures de Maciste, Riccardo Freda retourne dans l’univers du film d’épouvante en 1962, avec L’effroyable secret du Dr Hichcock, œuvre somptueuse et inaltérable, qui met en scène la sublime Barbara Steele, révélation du chef-d’œuvre de son confrère Mario Bava, avec Le Masque du Démon, réalisé en 1960. L’effroyable secret du Dr Hichcock est, disons-le de suite, une pure merveille et un joyau du cinéma d’épouvante gothique à l’italienne. Ni plus, ni moins. Côté casting, hormis Barbara Steele, qui incarne un personnage positif tout au long du film et à qui il arrivera bien des malheurs, on trouve dans le rôle de son mari l’acteur Robert Flemyng qu’on reverra dans le domaine de l’épouvante en 68 avec Le Vampire a soif de Vernon Sewell et en 69 avec l’inédit The Body Stealers de Gerry Levy. Robert Flemyng joue donc le docteur Hichcock (à ne pas confondre avec le célèbre réalisateur Alfred Hitchcock, même si cette nouvelle orthographe doit sûrement être en rapport avec le Maître du suspense, à qui on a voulu rendre hommage ou utiliser son aura suite au succès de Psychose en 1960…), chirurgien de génie mais dont le côté sombre nous le fait voir comme un personnage inquiétant, ce qu’il est assurément. Robert Flemyng est très bon dans ce rôle, notamment pour exprimer sa perversion et son attirance pour les corps inanimés. Personnage secondaire et peut-être pas assez développé, celui de Martha, la domestique, interprétée par Harriet Medin. Peu causante, très froide avec la nouvelle épouse de son maître, dont elle connaît l’inavouable secret, Martha ne sert en fait à pas grand-chose, si ce n’est à ajouter un personnage également inquiétant dont on se méfiera et qu’on sait être un danger potentiel pour notre belle Barbara Steele. Heureusement pour elle, elle trouvera un allié de charme en la personne du docteur Kurt Lowe, ancien assistant du docteur Hichcock, joué par Silvano Tranquilli, et qui ne restera pas de glace face à la beauté de Barbara, ce qui peut se comprendre. Notre brave docteur commencera à avoir quelques doutes sur la personnalité du docteur Hichcock quand il le surprendra dans la morgue en train d’admirer la jeune patiente morte. En plus du jeu admirable des différents acteurs, ce qui frappe avant tout dans le film, c’est réellement le côté "épouvante". Tout a été mis en œuvre pour faire frissonner le spectateur et les acteurs, Barbara Steele en tête. Bruit de pas dans le couloir, orage violent, éclairs zébrant le ciel, voix lugubre proférant des menaces de mort, comportement étrange des personnages l’entourant, changement d’attitude de son mari qui devient froid et distant, rien n’est fait pour rassurer le personnage joué par Barbara, qui se retrouve désemparée dans sa nouvelle maison, étrangère même, face à tous ces portraits de Marghareta qui se trouvent encore sur les murs de la demeure, et qui font qu’elle continue à vivre et à "hanter" de sa présence les lieux. Riccardo Freda a vraiment peaufiné son ambiance, lugubre et macabre à souhait, et la superbe photographie du film ajoute à l’atmosphère de cauchemar et à la tension qui ne cesse de monter. Les amateurs de films gothiques seront réellement aux anges devant la beauté des décors, des éclairages et la réalisation de Riccardo Freda. A cela s’ajoute bien sûr le thème même du film, qui est une ode à la nécrophilie, et ce, bien des années avant le choc Nekromantik ! Sujet tabou par excellence, l’attirance physique pour des corps morts est, comme je l’ai déjà dit, très bien rendue par l’acteur Robert Flemyng, qui, par des jeux de regards, des tressaillements, notamment lors de la séquence où il est dans la morgue devant le corps inanimé d’une jeune patiente qu’il n’a pu sauver, parvient à exprimer tout son désir morbide et contre nature. C’est d’ailleurs cette scène qui se retrouve sur l’affiche du film, et qui résume à elle seule ce mystérieux "secret" qui éveille notre intérêt. Pour la petite histoire, c’est le scénariste Ernesto Gastaldi qui eut l’idée d’explorer le thème de la nécrophilie afin, dira-t-il : "J'en avais un peu marre d'écrire des films fantastiques gothiques et je voulais en finir avec le genre. J'ai donc écrit un film répugnant prenant pour sujet la nécrophilie, dans l'espoir d'enterrer le genre". C’est plutôt raté vu les nombreux autres films d’épouvante gothiques italiens qui sortiront sur les écrans par la suite, et pas des moindres, avec Danse Macabre, Les Amants d’Outre-tombe, Le Moulin des Supplices, Les Trois Visages de la Peur ou Le Spectre du Professeur Hichcock par exemple, ce dernier, réalisé par Riccardo Freda avec Barbara Steele à nouveau, étant une fausse suite à L’effroyable secret du Dr Hichcock. Bien sûr, ne vous attendez pas à des scènes réalistes comme dans le film de Jorg Buttgereit. Nous sommes en 1962, ne l’oublions pas ! La nécrophilie du personnage principal est plus suggérée que vraiment montrée mais elle ne fait en tout cas aucun doute. Œuvre vénéneuse de ce début des années 60, le film de Riccardo Freda est un authentique film d’epouvante, touché par la grâce de ses interprètes et magnifié par l’équipe technique et son réalisateur. Sont forts ces italiens ! 

NOTE : 5/6