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LA GORGONE

LA GORGONE
(The Gorgon)

Réalisateur : Terence Fisher
Année : 1964
Scénariste : John Gilling 
Pays : Angleterre
Genre : Epouvante
Interdiction : -12 ans
Avec : Christopher Lee, Peter Cushing, Richard Pasco, Barbara Shelley, Michael Goodliffe...


L'HISTOIRE : Depuis cinq ans, la mort frappe les habitants d'une petite région d'Europe centrale. Les meurtres, inexpliqués et non résolus par la police locale, présentent tous le même schéma : certains soirs de pleine lune, on retrouve une victime changée en pierre ! Le docteur du village falsifie le compte-rendu de ses autopsies afin de ne pas alerter la population. Le dernier meurtre en date voit un jeune homme accusé à tort. La police retrouve ce dernier pendu à un arbre. Le père du pendu débarque au village pour mener son enquête et rendre justice à la mémoire de son fils. Peu de temps après, il est retrouvé transformé en statue de pierre. Son second fils décide de démêler ce curieux mystère. Pour les villageois, ces morts seraient attribués à une créature mythologique, la Gorgone, qui vivrait dans le château abandonné des Borski...

MON AVIS : Le célèbre réalisateur Terence Fisher ne souhaite plus mettre en scène de films avec Dracula ou des vampires, malgré l'immense succès de ses deux films : Le Cauchemar de Dracula et Les Maîtresses de Dracula. Après avoir mis en vedette la momie (La Malédiction des Pharaons), le loup-garou (La Nuit du Loup-Garou), Jekyll et Hyde (Les Deux Visages du Dr. Jekyll), le fantôme de l'Opéra (Le Fantôme de l'Opéra) et bien sûr le baron Frankenstein (Frankenstein s'est échappé et La Revanche de Frankenstein), il va s'attaquer à une autre créature mythique, à savoir la terrible Gorgone, sur la base d'une idée du canadien John Llewellyn Devine, qui a carrément été sonné à la porte du créateur de la Hammer Films, James Carreras. Ce dernier est enthousiasmé par cette idée et demande à John Gilling de réécrire et d'adapter le simili-scénario de John Llewellyn Devine. Gilling est envisagé pour le mettre en image mais c'est donc Terence Fisher qui remporte la mise. Les spécialistes en mythologie grecque, dont Christopher Lee, qui fera partie du casting du film, auront remarqué une erreur au niveau du nom du monstre lui-même. En effet, Mégère est le nom d'une des Furies et n'est donc pas une Gorgone, ces dernières étant composées de Méduse bien sûr et de Euryale et Sthéno. Une erreur qui passe à la trappe malgré le signalement de Lee, ce qui ne manquera pas de hérisser le poil des connaisseurs. Une seule personne en tient compte, le traducteur responsable de la version française, qui rebaptise donc Mégère en Méduse. Toujours est-il que le film se tourne, et que Fisher rencontre des difficultés au niveau des effets-spéciaux censés donner vie à la Gorgone. Avec des moyens financiers trop faibles, la chevelure contenant de nombreux serpents a du mal à se montrer réaliste et les reptiles en plastique doivent être animés indépendamment les uns des autres, pour un résultat assez cheap au final. Le mystère entourant l'identité de la Gorgone quand elle revêt une forme humaine n'est pas non plus ce qui semble intéresser Fisher, et il faut vraiment être aveugle pour ne pas comprendre assez rapidement que la charmante Barbara Shelley, qui interprète une infirmière au service de Peter Cushing, représente cette menace capable de changer ceux qui croisent son regard en pierre. Mais si le pot-aux-roses est aussi visible qu'un nez au milieu d'un visage, si les effets mécaniques des serpents ne sont pas très bons, si cette erreur de nom dans la version originale peut faire sourire sur le manque de rigueur du scénariste qui n'a pas vérifié ou écouté l'information donné par Christopher Lee et si la pauvre Barbara Shelley n'a pas eu l'autorisation d'incarner la Gorgone sous son aspect monstrueux, étant remplacée par l'actrice Prudence Hyman qui ne lui ressemble pas vraiment, tous ces petits défauts ne font pas de La Gorgone un mauvais film pour autant. Bien au contraire même. Souvent considéré comme une oeuvre mineure dans la filmographie de Terence Fisher, La Gorgone ne mérite pas ce manque relatif d'intérêt du public, qui n'a pas non plus apprécié de voir Peter Cushing jouer un personnage assez antipathique (pour la bonne cause pourtant), tout comme il n'a pas apprécié de voir Christopher Lee affublé d'une moustache et d'une coupe de cheveux hirsutes qui lui font perdre un peu de sa superbe. Si l'aspect film d'épouvante est bien présent, notamment lors des deux premières apparitions de la Gorgone qui ne se dévoile pas trop, le film se veut avant tout une histoire d'amour impossible entre cette créature mythologique possédant une apparence humaine et les deux protagonistes principaux, ce qui n'est pas habituel dans les films de la Hammer de l'époque. Si le rôle tenu par Peter Cushing se montre antipathique comme déjà dit, c'est uniquement par amour, car il connaît la vérité et fait tout pour conserver le terrible secret, quitte à mentir sur les rapports médicaux des autopsies afin de ne pas mettre en danger sa dulcinée. Quant à Paul Heitz, joué par Richard Pasco, il tombera amoureux de la forme humaine de la Gorgone et, ne connaissant pas son secret, fera tout pour la protéger, sans se douter du grave danger qu'il court. La mise en scène de Terence Fisher fait encore des merveilles et sert habilement son propos. La scène dans laquelle une victime, dont on ne sait pas encore qu'elle est en pierre même si on le devine, est amenée sur un brancard par Barbara Shelley et que celle-ci heurte la main de pierre sans le faire exprès, entraînant la cassure d'un doigt, est remarquable. L'idée de l’amnésie est également très bonne car elle permet de faire de Shelley une victime plus qu'une menace, cette dernière n'ayant aucun souvenir de ses agissements sous sa forme monstrueuse. Malgré un déroulement assez classique, le film n'ennuie jamais, la confrontation entre Lee et Cushing fonctionne à plein régime, l'ambiance est savamment distillée et le film se pare de jolies couleurs qui renforcent l'impact des séquences d'épouvante, souvent originales, comme lors de l'utilisation d'un miroir ou d'un reflet dans l'eau pour nous signaler la présence de la Gorgone. Comme les autres films de la Hammer de cette décennie, La Gorgone propose un spectacle divertissant, correctement interprété et brillamment mis en scène. Son monstre est d'autant plus intrigant qu'il n'a été que rarement visible au cinéma, même s'il s'est rattrapé depuis. On notera qu'il apparaîtra deux fois en cette année 1964, dans La Gorgone bien sûr mais aussi dans Le Cirque du Docteur Lao. En 1962, on l'avait déjà vu dans le péplum Les Titans, ainsi qu'en 1963 dans Persée l'Invincible. On reverra la femme à la chevelure de serpents et au regard foudroyant dans Le Choc des Titans en 1981 et dans son remake (2010) ou dans Percy Jackson le voleur de Foudre en 2010 entre autres. Original, poétique et inventif, La Gorgone de Terence Fisher mérite assurément un petite réévaluation.

* Disponible en Mediabook chez ESC DISTRIBUTION

LE MEDIABOOK :
L'éditeur ESC poursuit sa collection British Horrors et nous offre une très belle copie de La Gorgone, présentée en VF ou VOSTF. L'image est précise, les couleurs flamboyantes, pas de défauts apparents. Le livret 16 pages de Marc Toullec contient bon nombre d'informations sur le film et sa réalisation. Niveau bonus, Nicolas Stanzick nous propose une présentation de la Hammer quand Noël Simsolo nous donne son avis éclairé sur le film. Une belle édition.






LES DEUX VISAGES DU DR. JEKYLL

LE S DEUX VISAGES DU DR. JEKYLL
(The Two Faces of Dr. Jekyll)

Réalisateur : Terence Fisher
Année : 1960
Scénariste : Wolf Mankowitz
Pays : Angleterre
Genre : Épouvante
Interdiction : /
Avec : Paul Massie, Dawn Addams, Christopher Lee, David Kossoff...


L'HISTOIRE : Passionné par ses recherches sur la dualité Bien / Mal qui sommeille en chaque être vivant, le docteur Henri Jekyll vit en ermite dans son laboratoire et délaisse son épouse Kitty Jekyll, qui trouve du réconfort dans les bras de son amant Paul Allen, le meilleur ami de son mari. Henri parvient à créer un sérum qui fait émerger le côté sombre de la personnalité. Après l'avoir testé sur un petit singe, il s'injecte la drogue et se transforme en séduisant dandy, Edward Hyde. Ce dernier possède un charme qui ne laisse pas indifférent les femmes qu'il croise. Mais Hyde se montre également violent et psychotique. Qui l'emportera, de Jekyll ou de Hyde ?

MON AVIS : Avant de parler du film lui-même, évoquons d'entrée de jeu la chose qui fâche vis à vis de la nouvelle édition médiabook DVD / BR qui vient de paraître chez ESC Distribution. Si l'image est franchement jolie, avec de belles couleurs et un beau grain cinéma, le gros souci de cette édition provient du format du film lui-même : réalisé en cinémascope 2.35 par Terence Fisher, le format présenté ici est en 1.78, soit le format des diffusions télévisées, ce qui implique donc une image recadrée qui nous fait perdre beaucoup d'informations sur les côtés et donne l'impression que l'ensemble du film est constamment "zoomé". Une erreur de choix de master qui se révèle assez préjudiciable pour qui voudrait (re)découvrir ce très beau film dans des conditions optimales. C'est vraiment dommage car Les Deux Visages du Dr. Jekyll est une variation très intéressante de l'histoire écrite par Robert Louis Stevenson en 1886 tout en étant l'une des plus belles mise en scène de Terence Fisher. Il était évident qu'après Dracula, Frankenstein, la Momie ou le Loup-garou, le personnage emblématique du docteur Jekyll allait intéresser le studio Hammer. C'est le scénariste Wolf Mankowitz qui est chargé de l'adaptation et ce dernier va avoir de brillantes idées, qui ne seront pourtant pas toutes du goût de Fisher, qui va en garder la plupart mais aussi en modifier certaines. Parmi l'idée la plus ingénieuse de Mankowitz, celle qui consiste à prendre tout le monde de revers en faisant l'inverse de la nouvelle de Robertson et des adaptations cinématographiques qui en ont découlé ! A savoir, nous présenter un docteur Jekyll au visage peu engageant, aux épais sourcils et à la barbe hirsute et un monsieur Hyde à l'allure guindée et au physique charmeur ! Tout le contraire donc des films de 1912 (Lucius Henderson), 1913 (Herbert Brenon), 1920 (John S. Robertson), 1931 (Rouben Mamoulian) ou de 1941 (Victor Fleming) entre autres, dans lesquels Jekyll était un séduisant jeune homme et Hyde une brute au physique monstrueux ! Dans Les Deux Visages du Dr. Jekyll, c'est l'acteur Paul Massie qui va interpréter, avec un réel brio, les deux facettes du personnage. Méconnaissable en docteur Jekyll sous ses épais postiches grisonnants, son beau visage, son sourire, sa blondeur et ses yeux perçants prennent tout leurs éclats en monsieur Hyde et c'est vraiment une bonne trouvaille qui fait l'un des intérêts principaux de cette adaptation. Autre bonne idée, celle de ne pas avoir confié le rôle à Christopher Lee (trop cliché) mais de lui avoir confié celui de Paul Allen, personnage antipathique qui dépense tout son argent dans les jeux, mène une vie dévergondée dans les bars et les clubs privés et se tape même la femme de son meilleur ami, le docteur Jekyll justement. Il est donc très intrigant de voir comme monsieur Hyde va réagir et se comporter lorsqu'il découvre la liaison adultère de la femme de son alter-ego avec Paul Allen lors d'une séquence très réussie, dans laquelle la mise en scène sophistiquée de Fisher fait des merveilles. Le comportement de Hyde, parfois raffiné mais souvent odieux, va évoluer au fur et à mesure de ses apparitions et de ses transformations, pour atteindre son apogée lors de la scène qui fit scandale à l'époque mais qui trouve, avec la mise en scène flamboyante de Fisher, un superbe écrin qui m'a même fait penser à du Bava, pour le jeu de couleur mais aussi le sadisme qu'il en découle : le viol de Kitty Jekyll et le suicide de cette dernière. Oui, viol, car même si Hyde EST son mari, Kitty Jekyll ne le sait pas et on est bien en présence d'une agression sordide et brutale, qui va se clore tragiquement mais avec une esthétique visuelle époustouflante. L'actrice qui interprète la femme du docteur Jekyll est la séduisante rousse Dawn Addams, qui sera la même année à l'affiche du film Le diabolique docteur Mabuse de Fritz Lang et qu'on verra également dans le célèbre La Tulipe Noire avec Alain Delon en 1964 par exemple. Elle participe pleinement à l'aspect érotique du film, un aspect très sage évidemment mais qui ne peut être nié tant on le retrouve dans de nombreuses séquences, comme avec les danseuses de French Cancan soulevant leurs jupes ou lors de la relation entre Hyde et la danseuse exotique Maria, cette dernière, lors d'une danse incendiaire, enfournant dans sa bouche la tête d'un serpent, représentation phallique on ne peut plus explicite. La dualité entre Jekyll et Hyde est bien évidemment au centre de l'intrigue, l'odieux personnage représentant la liberté d'agir, de vivre comme on l'entend, sans tabou ni carcan d'aucune sorte. Ses virées avec Paul Allen dans des bars à opium, dans des clubs avec prostituées, sont autant d'interdits bravés que le personnage de Jekyll n'aurait jamais pu s'offrir, le gentil docteur incarnant la retenue, la vie morne et sans réelle saveur. Le côté obscur de Jekyll tente, à chaque résurgence, de prendre le dessus et d'éliminer totalement le bon côté de sa double personnalité. La scène dans laquelle Jekyll, face à un miroir, voit Hyde en tant que reflet et que c'est ce dernier qui répond à ses interrogations est admirable et, encore une fois, diablement bien mise en scène par le réalisateur. Les Deux Visages du Dr. Jekyll est vraiment une oeuvre aboutie et d'un raffinement exquis. Alors oui, l'aspect épouvante qui a fait le succès des films de la Hammer n'est pas vraiment au rendez-vous cette fois-ci. Pas de scènes de transformations, pas de violence graphique, pas de sang déversé à l'écran. C'est aussi une des originalités de ce film : jouer sur une violence plus psychologique, plus insidieuse, plus suggestive que sur un déferlement d'atrocités visuelles. La Hammer se rattrapera à ce niveau en 1971, avec une autre variation de ce mythe, toute aussi réussie et originale : le violent Dr. Jekyll et Sister Hyde.

* Disponible en mediabook DVD + BR + Livret chez ESC DISTRIBUTION (voir le début de "Mon Avis" pour le souci du format d'image)




LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN

LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN
(The Revenge of Frankenstein)

Réalisateur : Terence Fisher
Année : 1958
Scénariste : Jimmy Sangster
Pays : Angleterre
Genre : Épouvante
Interdiction : -12 ans
Avec : Peter Cushing, Francis Matthews, Eunice Gayson, Michael Gwynn...


L'HISTOIRE : Le baron Frankenstein a échappé à l'échafaud. Il s'est fait engager dans un hôpital misérable sous le nom de Stein et profite de cette situation privilégiée pour poursuivre ses recherches. Il récupère des membres sur des cadavres frais et, assisté par le docteur Kleve, fabrique un nouveau corps pour son assistant, Karl. Une fois le cerveau transplanté, la créature ainsi créée se révèle extrêmement dangereuse...

MON AVIS : Devant le succès vertigineux de Frankenstein s'est échappé en 1957, le studio anglais de la Hammer décide d'embrayer directement sur une suite, qui sera donc réalisée dès 1958, toujours par Terence Fisher. La Revanche de Frankenstein reprend donc là ou le premier film s'est terminé : le baron Frankenstein est conduit à l'échafaud pour y être décapité. Par un habile tour de passe-passe, ce dernier échappe à son sort tragique et part s'installer dans une petite ville sous un nom d'emprunt (le docteur Stein). Toujours interprété par le génial Peter Cushing, notre brave savant fou semble s'être racheté une conduite puisqu'il est devenu le médecin le plus prisé de la population (ce qui provoque l'énervement de ses confrères qui perdent petit à petit leur clientèle) mais également le médecin qui ne compte pas ses heures et vient en aide aux plus démunis, aux plus défavorisés, les soignants gratuitement dans un hôpital de charité. Bien sûr, on se doute qu'il y a anguille sous roche et les véritables intentions du docteur ne tardent pas à nous être dévoilées. Car ce brave homme, du moins en apparence, n'a pas digéré son échec passé et il compte bien réussir à insuffler la vie au nouveau corps qu'il a construit lui-même. Mais cette fois, il se montre bien plus malin puisqu'il n'utilise pas de cadavres déterrés par des apprentis-fossoyeurs mais des membres qu'il ampute sur ses pauvres patients qui n'y voient que du feu. Sous son air de bon samaritain, le docteur Stein est en réalité encore plus monstrueux, encore plus déterminé qu'auparavant et le scénariste Jimmy Sangster lui a confectionné une histoire qui va le mettre en avant, bien plus que sa malheureuse créature. C'est d'ailleurs toute la différence entre la saga des Frankenstein des années 30/40 et la saga produite par la Hammer : faire du savant le protagoniste principal, là où les films précédents faisaient du monstre la vedette, créant d'ailleurs chez le public une confusion quand au nom même de Frankenstein. Car non, Frankenstein n'est pas le nom du monstre mais bel et bien celui de son créateur et il en a toujours été ainsi, même dans le roman de Mary Shelley. Si la prestation de Peter Cushing est évidemment de très grande qualité dans La Revanche de Frankenstein, celle du jeune Francis Matthews l'est également, interprétant le docteur Kleve, médecin débutant connaissant la véritable identité du docteur Stein et voulant enrichir ses connaissances médicales auprès de l'éminent savant n'ayant qu'un seul but dans sa vie : créer un homme mieux que Dieu lui-même. Car là est toute la contradiction du personnage culte : son but est louable finalement, seuls les moyens mis en oeuvre pour y parvenir s'avèrent répréhensibles, puisqu'ils peuvent aller jusqu'au meurtre, comme dans Frankenstein s'est échappé. Le fait que dans cette suite, le docteur Stein ne tue personne complexifie d'avantage cette dualité Bien / Mal et intensifie la psychologie de ce dernier. Un but que comprend donc le docteur Kleve, qui deviendra l'assistant privilégié du docteur et l'aidera à transplanter le cerveau du difforme et handicapé Karl dans un corps flambant neuf et sans défaut aucun. Cette nouvelle créature est totalement différente de celle incarnée par Christopher Lee dans Frankenstein s'est échappé. Là où ce dernier était monstrueux, la créature de La Revanche de Frankenstein est en effet parfaite, interprétée par Michael Gwynn, dont l'apparence est seulement marquée par une cicatrice autour de son crâne. Et l'opération est une pure réussite qui plus est, ce qui, pour le docteur Stein, est donc une belle revanche, ce qui explicite le titre du film. Evidemment, nous sommes dans un film d'épouvante et l'ombre va venir ternir cet exploit médical et ce, grâce à une idée qui a fait scandale à l'époque et imaginée par Jimmy Sangster : suite aux chocs sur sa boîte crânienne, le monstre, doux comme un agneau au départ, va développer un penchant pour le cannibalisme, reproduisant d'ailleurs ce qu'il se passe avec Otto, un singe qui s'est vu transplanter le cerveau d'un orang-outan et qui est devenu adepte de la consommation de viande ! Si on ne verra jamais le monstre mangé quelqu'un, son comportement va néanmoins changer au fil du déroulement de l'histoire et son instinct "carnassier" va prendre le dessus et lui faire commettre quelques atrocités, plongeant à nouveau le docteur Stein dans le désarroi. Autre bonne idée de Sangster, le fait que l'infirmité de Karl, dont le cerveau a donc été transplanté dans la créature pour ceux qui ne suivent pas, réapparaissent progressivement dans cette dernière, ce qui va également la rendre furieuse et peu reconnaissante envers le travail accompli. On le voit, le scénario de La Revanche de Frankenstein est plus abouti, plus riche que celui du premier film, qui se contentait la plupart du temps à reproduire la trame du roman de Mary Shelley (logique en même temps). Pour autant, j'apprécie plus Frankenstein s'est échappé que La Revanche de Frankenstein. Bien sûr, cette suite est de haute qualité, la mise en scène de Fisher est excellente, le travail sur les décors est excellent, surtout le laboratoire secret, et la photographie est magnifique, comme dans la majorité des films de la Hammer. Néanmoins, j'ai trouvé le rythme du film un peu mou parfois, l'ensemble manquant fortement de tension, le côté "épouvante" étant également moins présent que dans le premier film. La présence de l'actrice Eunice Gayson est assez anecdotique et même si elle est fort ravissante, on sent bien qu'elle n'est là que pour remplir le quota de présence féminine dans le film. Le succès de La Revanche de Frankenstein a été beaucoup moindre que celui de son prédécesseur en Angleterre, ce qui poussa la Hammer a ne pas enclenché de nouvelle suite dans l'immédiat. Il faudra attendre 1964 pour que ce cher docteur Frankenstein refasse son apparition chez le studio anglais, avec L'Empreinte de Frankenstein, qui sera suivi de trois autres films.

* Disponible en mediabook DVD + BR + Livret chez ESC DISTRIBUTION
BONUS :
- Présentation de la Hammer par Nicolas Stanzick
- Frankenstein ne meurt jamais par Gilles Penso
- Le matérialisme fantastique par Nicolas Stanzick
- Terence Fisher par-delà le bien et le mal par Noël Simsolo
- Livret de Marc Toullec




LA NUIT DE LA GRANDE CHALEUR

LA NUIT DE LA GRANDE CHALEUR
(Night of the Big Heat / Island of the Burning Damned)

Réalisateur : Terence Fisher
Année : 1967
Scénariste : Ronald Liles, Pip Baker, Jane Baker
Pays : Angleterre
Genre : Science-Fiction
Interdiction : /
Avec : Christopher Lee, Patrick Allen, Peter Cushing, Jane Merrow, Sarah Lawson...


L'HISTOIRE : Un curieux phénomène climatique a lieu sur la petite île de Fara. Alors que le reste du contient est en période hivernale, l'île subit de plein fouet une canicule inexpliquée. Jeff Callum, romancier et propriétaire d'un hôtel sur l'île, se questionne sur ce phénomène, tout comme le docteur Stone et l'un des clients de l’hôtel, le curieux Godfrey Hanson. Ce dernier est un scientifique qui a transformé sa chambre en laboratoire car pour lui, cette vague de chaleur a une seule explication : l'île serait le lieu d'invasion de créatures extra-terrestres...

MON AVIS : On ne présente plus Terence Fisher, réalisateur de talent à qui l'on doit des classiques du cinéma d'épouvante britannique, à l'image des célèbres Le Cauchemar de Dracula, Frankenstein s'est échappé, La Revanche de Frankenstein, Le Chien des Baskerville, Les Vierges de Satan ou La Malédiction des Pharaons pour n'en citer que quelques-uns. Outre le film d'épouvante et le film policier, Terence Fisher a aussi œuvré dans le cinéma de science-fiction et ce, dès 1953 avec Le Triangle a quatre Côtés et Spaceways. Il reviendra à la S-F en 1964 avec The Earth dies Screaming, en 1966 avec L'île de la Terreur et enfin, en 1967 avec La Nuit de la Grande Chaleur. Réalisé en fin de carrière, La Nuit de la Grande Chaleur est un film assez mineur de Terence Fisher, qui ne laissera pas une forte impression une fois sa vision terminée. Le réalisateur n'a pas du avoir un budget très conséquent pour le mettre en scène et il a également du composer avec un gros problème de scénario, puisque l'histoire scénarisée par Ronald Liles, d'après un roman de John Lymington, a été abandonné à la dernière minute pour cause d'impossibilité d'adaptation à l'écran ! Appelés en renfort, Pip et Jane Baker ont du modifier le script sur le tas et y insérer de nombreux ajouts et dialogues pour qu'il soit accessible à la mise en scène. Bref, un tournage chaotique, qui, en plus, s'est effectué au milieu de l'hiver alors que l'histoire parle d'une vague de canicule inexpliquée ! Christopher Lee et les autres membres du casting ne gardent pas un bon souvenir de ce tournage car ils devaient porter des vêtements légers et être recouverts de glycérine et d'eau pour simuler la transpiration alors que la température extérieure était assez fraîche. Malgré tous ces ennuis techniques, on ne peut pas dire que Terence Fisher a fait du mauvais boulot. Bien qu'anecdotique, La Nuit de la Grande Chaleur se laisse gentiment regarder et ce, grâce à son casting bien choisi et plus particulièrement Patrick Allen et Christopher Lee, qui portent le film sur leurs épaules. Patrick Allen interprète Jeff Callum, qui est la personne la plus influente de l'île de Fara. Un homme au passé trouble, qui est venu s'expatrier sur l'île afin de préserver son mariage avec sa femme Frankie. Homme de poigne, il est respecté de tous les résidents. Christopher Lee joue quant à lui le curieux Godfrey Hanson, un homme peu aimable, qui s'enferme dans sa chambre d'hôtel ou n'en sort que pour aller installer des dispositifs de photographies à certain endroit de l'île. Ces deux personnages sont vraiment la force du film et leur prestation est digne d'intérêt. Plus l'intrigue progresse, plus on en apprend sur eux et plus ça devient intéressant, notamment quand Hanson explique pourquoi il est sur l'île et à quoi sert son petit laboratoire de fortune. Parmi les autres personnages principaux, on citera la séduisante Jane Merrow, qui joue Angela, la maîtresse de Jeff Callum, fraîchement débarquée sur l'île afin de reconquérir son amant. Grâce à cette jolie actrice, Terence Fisher va appuyer sur l'aspect érotique de son film, insistant sur son décolleté inondé de sueur par exemple, ce qui amplifie son côté sexy et désirable qui ne laissera pas Jeff Callum insensible, ni les autres résidents masculins de l'île non plus d'ailleurs. Peter Cushing, crédité en "guest-star", sera le docteur Stone et même si son temps de présence est assez réduit, c'est toujours avec grand plaisir qu'on le voit évoluer à l'écran. La Nuit de la Grande Chaleur est donc un film de science-fiction puisqu'on y parle d'une possible invasion extra-terrestre, qui se traduit par cette canicule en plein mois hivernal. Le manque évident de budget alloué à Fisher ne permet pas à ce dernier de mettre en avant les créatures, à contrario de celles de L'ïle de la Terreur par exemple. Pour contrecarrer le faible budget, il a l'idée d'utiliser une sonorité particulière pour signifier la présence des envahisseurs. En effet, les résidents de l'île perçoivent comme un sifflement étrange parfois, sifflement qui ira jusqu'à provoquer la mort de certains d'entres-eux, leur cerveau ne pouvant résister à la puissance de ces ondes sonores. Des envahisseurs qui ont besoin d'énergie pour vivre et génèrent de la chaleur, d'où cette canicule meurtrière présente uniquement sur l'île de Fara. Une chaleur telle que le corps des victimes est réduit en cendres. Fisher et ses scénaristes multiplient les idées de ce genre pour faire bonne figure et tenter de maintenir le spectateur éveillé. Mais l'aspect science-fictionnelle du film est tout de même mis de côté la majeure partie du temps et on a plus l'impression d'assister à un drame conjugal avec le triangle amoureux Jeff Callum / Frankie Callum et Angela. Le rythme du film n'est pas non plus très dynamique et même si la réalisation tient la route et que les acteurs assurent à l'écran, on sent pointer un peu d'ennui face à ces maigres péripéties. Pour l'anecdote, le titre du film a inspiré un distributeur français qui a eu l'idée d'insérer des scènes érotiques dans le film et de le sortir dans les salles spécialisées du cinéma pour adulte en 1975. La supercherie a fonctionné puisque le film, ainsi modifié, à rameuter plus de deux millions de spectateurs dans les salles ! Evidemment, le nom des acteurs a été supprimé et les deux actrices ont été doublé dans les scènes érotiques. Y'a quand même des petits malins hein ! 

* Disponible en DVD et BR chez ESC DISTRIBUTION

THE EARTH DIES SCREAMING

THE EARTH DIES SCREAMING
(The Earth dies Screaming)


Réalisateur : Terence Fisher
Année : 1964
Scénariste : Harry Spalding
Pays : Angleterre
Genre : Science-Fiction
Interdiction : /
Avec : Willard Parker, Virginia Field, Dennis Price, Thorley Walters, Vanda Godsell


L'HISTOIRE : Un mal mystérieux frappe la Terre, et tous les êtres vivants meurent en un instant. Le lendemain, une poignée de survivants se retrouvent dans un petit village et par déduction, comprennent que s'ils sont vivants, c'est parce qu'ils étaient à l'abri dans un environnement où l'air était sain. Une attaque au gaz semble être la cause la plus probable de l'anéantissement de la civilisation. Tentant de s'organiser dans un hôtel, les rescapés aperçoivent des êtres mystérieux, habillés avec une sorte de combinaison spatiale, déambulant dans les rues jonchées de corps sans vie...

MON AVIS : Terence Fisher, on le connaît principalement pour être le réalisateur des grands classiques du cinéma d'épouvante du studio Hammer Films. Plus méconnu, ce film de science-fiction de 1964 mettant en scène une invasion extraterrestres ou plus exactement de robots qui ont anéanti la race humaine et qui possèdent la faculté de faire revivre certains morts pour en faire leurs esclaves. On retrouve dans le film des aspects de Je suis une légende ou même de La Nuit des Morts Vivants, avec ce huis clos se déroulant dans un hôtel et ces personnages un peu caricaturaux qui ne se connaissent pas mais vont devoir coexister ensemble pour lutter pour leur survie. Le scénario est certes basique mais la réalisation de Terence Fisher parvient à rendre l'ensemble agréable et de bonne tenue. The Earth dies Screaming est en plus assez court, 1h02 au compteur, et on n'a pas trop le temps de s'ennuyer, malgré quelques situations qui se répètent et des phases de dialogues qui tournent parfois en rond. Le look des robots est plutôt original et satisfera les amateurs de SF. The Earth dies Screaming n'est pas un grand film de Terence Fisher, ni même un classique du cinéma de science-fiction mais il mérite d'être découvert car il possède des qualités certaines et bénéficie en outre d'une introduction diablement efficace.

NOTE : 3/6