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L’ÉCHAPPÉ DE LA CHAISE ÉLECTRIQUE

 

L’ÉCHAPPÉ DE LA CHAISE ÉLECTRIQUE 
(Man Made Monster / The Atomic Man)

Réalisateur : George Waggner
Année : 1941
Scénariste : Harry Essex, Sid Schwartz, Len Golos 
Pays : Etats-Unis
Genre : Science-fiction
Interdiction :/
Avec : Lionel Atwill, Lon Chaney Jr., Anne Nagel, Frank Albertson, Samuel S. Hinds...

L'HISTOIRE : Dan McCormick est l'unique survivant d'un accident dans lequel cinq personnes ont péri par électrocution. Il semblerait qu'il soit immunisé contre les effets de l'électricité, ce qui intéresse grandement le scientifique John Lawrence qui travaille sur ce domaine. Il invite McCormick a venir s'installer dans sa maison et à participer à des expériences de laboratoire. Mais l'immunité de McCormick intéresse également le confrère de Lawrence, le docteur Rigas, qui a pour projet de créer une race d'individus dépendants de l'électricité et totalement contrôlables. Passant outre les recommandations du docteur Lawrence, Rigas intensifie les expériences sur McCormick, qui devient de plus en plus dépendant de ces séances...

MON AVIS : Ah ! Un film de la Universal, firme mythique qui a grandement participé à l'âge d'or du cinéma fantastique et d'épouvante dans les années 30, avec des films tels Dracula, Frankenstein, La Fiancée de Frankenstein ou L'Homme Invisible entre autres. Les années 40 ont été un peu moins fastes en terme de qualité formelle (si on excepte Le Loup-Garou en 1941) mais la Universal nous a néanmoins offert une pléthore de films hautement divertissants durant cette décennie, des séries B qui ont fait le régal des amateurs en mettant en vedette le bestiaire phare du cinéma fantastique, à savoir la Momie, la créature de Frankenstein, Dracula et j'en passe. Au début de l'année 1941, le réalisateur George Waggner, celui-là même qui signera Le Loup-Garou quelques mois plus tard, se voit chargé de mettre en scène une histoire de savant fou, un autre thème de prédilection du cinéma fantastique. Au départ, le film devait réunir les deux stars de l'époque, à savoir Boris Karloff et Bela Lugosi mais au final, le choix s'est arrêté sur deux autres acteurs : Lionel Atwill pour interpréter le docteur Rigas et un certain Lon Chaney Jr. pour jouer Dan McCormick. Si le premier est déjà bien connu des amateurs, ayant œuvré dans le genre dès 1932 dans le Doctor X de Michael Curtiz, le second est surtout connu à l'époque pour être le fils de la légende du cinéma muet, le grand Lon Chaney bien sûr. Grâce à sa prestation dans le film de Waggner, il deviendra lui aussi une star du cinéma d'épouvante. L'échappé de la Chaise électrique va donc profiter du charisme de ces deux acteurs et nous offrir une petite heure de science-fiction, avec ce héros ayant une sorte d'immunité face au courant électrique et qui va se voir abuser par un scientifique mégalo et totalement fou, désirant créer une race d'esclaves dont l'électricité serait la force vitale. Lionel Atwill est absolument parfait dans ce rôle de savant fou, son regard en disant long sur sa santé mentale. Totalement convaincu par son projet, qui va à l'encontre de toute morale éthique, n'ayant cure des recommandations de son confrère le docteur Lawrence (Samuel S. Hinds), il va user de ses dons de persuasion auprès du pauvre Dan McCormick, qui va devenir, bien malgré, lui le fruit d'expérimentations douteuses qui vont le transformer en monstre électrique ! A l'instar de la créature de Frankenstein, Dan McCormick peut se voir comme étant une victime, manipulée par la folie d'un homme qui ne recule devant rien pour accomplir sa tâche. Totalement sous l'emprise du savant fou, il va tuer le docteur Lawrence, ne faisant qu'exécuter les ordres de Rigas, qui accablera encore plus sa création face à la justice. Condamné à la chaise électrique, d'où le titre du film, McCormick n'aura que faire de cette sentence puisque son corps peut emmagasiner les décharges électriques et il s'enfuira avec pour unique but : se venger de Rigas ! Pour montrer au public Lon Chaney Jr. en tant que monstre électrique, ce dernier voit ses mains et son visage être entourés d'un halo lumineux, censé représenter la puissance électrique. On voit également quelques arcs électriques sortir de ses mains à un moment. Des effets-spéciaux un peu minimalistes mais pour l'époque, ce n'était pas mal du tout et ça fait le job, conférant au film un petit côté primitif qui joue en sa faveur. Lon Chaney Jr. pourra compter sur le soutien de la fille du docteur Lawrence, interprétée par Anne Nagel, ainsi que sur le fiancé de cette dernière, le journaliste Mark Adams (Frank Albertson). Tous deux ne croient pas un seul instant à la culpabilité de McCormick et ils vont tout faire pour trouver des preuves incriminant le docteur Rigas. Comme dans tout bon film de monstre, on aura la traditionnelle séquence dans laquelle la créature porte dans ses bras l'héroïne, un cliché immuable du genre. Sans être l'un des meilleurs films de la Universal, loin s'en faut, L'échappé de la Chaise électrique se savoure tranquillement et se regarde sans déplaisir aucun, le côté nostalgie fonctionnant à plein régime. 

* Disponible en combo DVD + BR ou DVD simple chez -> ELEPHANT FILMS <-    
Bonus : 
- Un livret collector de photos du film par Alain Petit (16 pages)
- Le film par Gilles Gressard
- Bande-annonce d’époque




AU CŒUR DE LA NUIT

 

AU CŒUR DE LA NUIT
(Dead of Night)

Réalisateur : Alberto Cavalcanti, Charles Crichton, Basil Dearden, Robert Hamer
Année : 1945
Scénariste : John Baines, Angus MacPhail
Pays : Angleterre
Genre : Fantastique, film à sketches
Interdiction : /
Avec : Mervyn Johns, Michael Redgrave, Roland Culver, Mary Merall, Frederick Valk...


L'HISTOIRE : Walter Craig, un architecte, se rend chez Eliot Foley pour discuter des nouveaux aménagements du cottage de ce dernier. Arrivé sur place, il découvre avec stupeur et une sensation de déjà-vu que le cottage comme ses occupants du week-end sont ceux-là même qui hantent ses nuits de façon récurrente. Parmi les invités se trouve un psychanalyste, le docteur Van Straaten, qui va tenter de prouver à Walter Craig ainsi qu'aux autres personnes présentes que ce type de ressenti peut s'expliquer scientifiquement. Tout à tour, les invités se mettent à raconter au psychanalyste les curieuses expériences qu'ils ont vécu... 

MON AVIS : Si le cinéma fantastique a connu une de ses heures de gloire en Angleterre entre 1955 et 1976, grâce aux productions de la Hammer Films bien sûr, il serait fort dommageable pour l'amateur d'omettre un petit classique anglo-saxon qui, lui, date de 1945 ! Le fantastique dans les années 40 est plutôt l'apanage des Etats-Unis, voire même de la France, avec des œuvres plus poétiques et envoûtantes pour notre beau pays. Pourtant, en 1945 nous vient d'Angleterre Au Cœur de la Nuit, ou Dead of Night pour son titre original. Un film réalisé à quatre mains, par Alberto Cavalcanti, Charles Crichton, Basil Dearden et Robert Hamer. Les amateurs de fantastique feutré et raffiné seront largement comblés par le rendu et l'atmosphère présents dans Au Cœur de la Nuit. La visite d'un architecte à l'intérieur d'un cottage comprenant cinq personnes va permettre d'insérer dans l'histoire des éléments fantastique au réel. Quand Walter Craig (Mervyn Johns) se met à révéler aux habitants du cottage qu'il les voit chaque nuit en rêve, l'ambiance commence à bifurquer vers le fantastique et le spectateur de se questionner : les habitants sont-ils vivants ? Sont-ils des fantômes ? La présence d'un psychanalyste dans l'assemblée nous ramène un peu dans la réalité puisque ce dernier va donner des explications plausibles et scientifiques au ressenti et au sentiment de déjà-vu de Walter Craig. Commence alors ce qui peut-être perçu comme étant le fil conducteur d'un film à sketchs, puisque, tout à tour, les personnes présentes dans le salon vont raconter une expérience qu'ils ont vécu et que le psychanalyste va devoir écouter et placer sous le signe de la rationalité. Nous allons donc avoir droit à cinq récits, de durée différente, qui vont donner tout son intérêt à l'histoire et au film. Le premier récit s'intitule Le chauffeur de corbillard et préfigure, avec 55 ans d'avance, l'intrigue de Destination Finale ! Fou ! Un récit assez court mais efficace. Plus intéressant sera le second récit, baptisé Un conte de Noël et dans lequel une jeune fille contemporaine va croiser le fantôme d'un petit garçon assassiné par sa sœur il y a un siècle. Une histoire de fantôme astucieusement mise en scène et joliment filmé. Troisième histoire et l'une des meilleures : Le miroir hanté. Un récit qui joue dans le registre de l'épouvante et qui ne manque pas de mystère, jouant habilement avec l'angoisse, et ce, avec un simple miroir donc, qui ne renvoie pas exactement le reflet qu'il est censé renvoyer justement ! A moins que les différences avec la réalité ne soient dues au cerveau dérangé de celui qui contemple son reflet ? Mystère, mystère ! L'histoire du golf, quatrième récit, se montre nettement plus humoristique et n'aurait pas dépareillé dans les pages des bandes-dessinées EC Comic qui seront publiées dans les années 50. L'idée de cette histoire provient de H.G. Wells, le papa de La Guerre des Mondes ! Quant au cinquième et dernier récit, c'est très certainement le plus connu quand on parle d'Au Coeur de la Nuit avec les amateurs du genre. Il faut dire que Le Ventriloque (ou La Poupée du Ventriloque) est une pure réussite et que la vision de cette poupée qui semble dotée de la vie ne manquera pas d'incruster ses images dans votre esprit. Son aura est telle que l'histoire sera reprise par l'écrivain William Goldman, dont le livre Magic sera adapté au cinéma sous le titre éponyme par Richard Attenborough en 1977, avec un Anthony Hopkins magistral et une poupée toute aussi inquiétante et charismatique que celle présentée dans Au Cœur de la Nuit. Le film se clôturera avec un final du fil conducteur très original, qui nous laisse avec un beau sourire sur le visage. A la manière de La Quatrième Dimension, série culte de la fin des années 50, Au Cœur de la Nuit réserve bien des surprises au public, avec ses twists bien pensés et qui fonctionne admirablement bien. La photographie et le noir et blanc du film dont superbes, le casting parfaitement en place et on se laisse facilement envoûter par le(s) récit(s). C'est assurément un très beau film fantastique qui nous est offert ici, intelligent, épuré, subtil, très soigné dans son traitement. A redécouvrir sans hésitation. 

* Disponible dans un très beau coffret DVD + BR chez -> TAMASA <- 
Image remasterisée d'excellente facture, VF + VOSTF
Bonus : 
- Livret 16 pages : Autour de Dead of night et de Georges Auric...
- "Dead of night, à bien y regarder..." par Erwan Le Gac, 28'
- "Retour aux sources", document UK, 1h15
- "Une restauration respectueuse", 3'30




THE INVISIBLE MAN APPEARS

 

THE INVISIBLE MAN APPEARS
(Tômei ningen arawaru)

Réalisateur :  Shinsei Adachi, Shigehiro Fukushima
Année : 1949
Scénariste  Nobuo Adachi, Akimitsu Takagi
Pays : Japon
Genre : Policier, Science-fiction
Interdiction : /
Avec : Chizuru Kitagawa, Takiko Mizunoe, Daijirô Natsukawa, Shôsaku Sugiyama...

L'HISTOIRE : Le professeur Nakazato doit départager ses deux meilleurs étudiants, qui travaillent tous deux sur le phénomène de l'invisibilité. Il déclare que celui qui réussira à rendre un objet invisible gagnera le duel. La rivalité entre les deux scientifiques, tous deux amoureux de la fille du professeur, augmente. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que le professeur travaille en secret depuis plus de dix ans sur l'invisibilité et qu'il a réussi à créer un sérum qui fonctionne. Il en fait la démonstration au président de la faculté, monsieur Kawabe. Celui-ci voit dans l'utilisation du sérum un moyen de commettre des méfaits et de voler de précieux bijoux. Il kidnappe le professeur, ainsi que l'un des scientifiques. Peu de temps après, une bijouterie reçoit la visite d'un homme portant des bandages sur le visage, qui essaye d'obtenir un précieux collier de diamants. Face au menace d'appeler la police de la part du directeur de la joaillerie, l'homme retire ses bandages, qui ne laissent rien apparaître en dessous ! L'homme invisible vient de faire son apparition. Le police mène l'enquête quand le second scientifique va tenter d'aider la fille du professeur à retrouver son père disparu...

MON AVIS : Le célèbre roman d'H.G. Wells, L'Homme Invisible, paru en 1897, s'est vu maintes et maintes fois adapté au cinéma ou à la télévision entre autres. En 1933, James Whale livre un excellent film avec L'Homme Invisible, qui sera suivi par toute une ribambelle d'autres œuvres dans les années 40. Toutes les décennies suivantes verront notre homme invisible être le héros de films divers et variés, provenant de différents pays. En 1949, le Japon n'échappe pas à l'engouement face à ce curieux personnage et met en scène The Invisible Man Appears, qui restera longtemps invisible hors de son pays d'origine. Il faudra attendre 2021 pour que l'éditeur Arrow Video parvienne a acquérir les droits du film et le propose hors de la péninsule japonaise ! Co-réalisé par Shinsei Adachi et Shigehiro Fukushima, The Invisible Man Appears reprend pas mal d'éléments du film de 1933, à commencer par la fameuse scène où l'homme invisible retire ses bandages de son visage, quasiment filmée à l'identique ! Le fait qu'il n'existe pas d'antidote au phénomène d'invisibilité est également présent, tout comme le développement de l'agressivité et de la colère chez le sujet devenu invisible. Le film débute par une sentence : Il n'y a pas de bien ou de mal dans la science. Par contre, la science peut être utilisée à des fins positives ou négatives. Ce sera en effet le cas dans cette histoire de voleur de bijoux qui va parvenir à substituer le sérum du professeur Nakazato pour l'utiliser à des fins malveillantes. Si l'identité de l'homme invisible ne sera pas longue à deviner, le pourquoi de ses agissements ne sera dévoilée que vers la fin du film et apportera une dimension tragique à ce personnage culte du cinéma fantastique. Comme dit, The Invisible Man Appears est avant tout un film policier assez classique, dans lequel un élément science-fictionnel vient prendre place, lui apportant un nouvel intérêt. Au niveau des effets-spéciaux, ceux-ci sont de bonne qualité pour l'époque, et c'est à Eiji Tsuburaya qu'on les doit. Ce spécialiste des FX sera à l'origine de ceux de Godzilla cinq ans plus tard. Dans le film qui nous intéresse, il décline les effets vus dans le film de James Whale et il les adapte à sa sauce et avec une certaine efficacité : retrait de bandages ou de vêtements qui ne dissimulent que le vide, cigarette, pistolet et autres objets se déplaçant tout seul, moto roulant sans conducteur et j'en passe, tout l'attirail est là ! Le début du film nous met même en présence d'un chat invisible, dont seules les traces de pattes apparaissent sur le sol. Ingénieux, les effets-spéciaux mis en oeuvre ont un charme particulier, qui ravira les amateurs de films anciens sans aucun CGI. Le casting s'en sort également plutôt bien, sans faire de miracle, tout comme la mise en scène. On trouvera amusant de voir les acteurs faire semblant d'être agressés par un être invisible, frappés ou poursuivis par ce dernier. Le rythme en lui-même peut apparaître parfois un peu poussif, manquant de tonicité et d'énergie, ce qu'on imputera au scénario lui-même, qui serait perçu comme assez banal si l'invisibilité n'était pas présente en son sein. La dualité entre le bon et le mauvais côté de l'homme invisible est bien intégrée au récit et permet de faire progresser l'attitude du personnage. Au final, The Invisible Man Appears est une variation japonaise de la célèbre histoire de Wells qui mérite d'être découverte, et, si elle n'atteint pas le niveau des films de la Universal entre autres, elle possède des qualités certaines. Et maintenant qu'elle n'est plus invisible, il serait dommage de ne pas en profiter !  

* Disponible en BR chez -> ARROW VIDEO <-


LE DÉMON DE LA CHAIR

LE DÉMON DE LA CHAIR
(The Strange Woman)


Réalisateur : Edgar G. Ulmer, Douglas Sirk
Année : 1946
Scénario : Herb Meadow
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, thriller, romance
Interdiction : /
Avec Hedy Lamarr, George Sanders, Louis Hayward, Gene Lockhart, Hillary Brooke...


L'HISTOIRE : En 1820, en Nouvelle-Angleterre. Enfant, Jenny Hager essaie de noyer son compagnon de jeu, Ephraïm, sans y parvenir. Devenue adulte, elle épouse le père d'Ephraïm, un homme aussi âgé que fortuné. De retour dans la maison familiale, Ephraïm retombe sous le charme de Jenny. Celle-ci profite de la situation et fait languir le jeune amoureux, lui promettant de se donner à lui s'il se débarrasse de son père... 

MON AVIS : Quel portrait de femme nous livre Edgar G. Ulmer, apparemment aidé par un Douglas Sirk non crédité au générique, avec cette adaptation du roman de Ben Ames Williams ! Le Démon de la Chair, c'est en effet le personnage de Jenny Hager, et quel personnage ! Dès son enfance, le petite fille est la parfaite incarnation du slogan mi-ange, mi-démon ! Si on lui donnerait le bon Dieu sans confession, avec sa bouille et son sourire d'ange, c'est bel et bien le démon qui se cache derrière ses traits si innocents ! La séquence introductive, avec une excellente petite actrice, Jo Ann Marlowe, pose d'emblée les bases, les fondements de ce qui deviendra une véritable femme fatale par la suite. Dès son plus jeune âge, Jenny Hager a compris qu'elle possédait un réel pouvoir d'attraction sur la gent masculine et ce pouvoir, elle sait s'en servir pour manipuler la foule et arriver à ses fins. Elle possède également une réelle part de méchanceté qu'elle parvient à dissimuler grâce à ses talents de comédienne, parvenant à berner les adultes, comme lorsqu'elle se fait passer pour l'héroïne qui a secouru le pauvre Ephraïm, jeune garçon ne sachant pas nager et qu'elle a volontairement poussé dans l'eau, appuyant même sur sa tête pour qu'il ne puisse remonter à la surface. Une sacrée peste que la petite Jenny Hager, qui a déjà de l'ambition dans la vie : devenir une vraie femme forte, et surtout se sortir de la médiocrité et devenir une femme riche et fortunée. Passée cette scène d'introduction, le film fait une ellipse temporelle et on retrouve la petite Jenny devenue une belle jeune femme, en la personnage de la sublime Hedy Lamarr, qui trouve ici un rôle à la mesure de son charme et de son talent. Tout au long du film, elle fera tout pour atteindre son but, quitte à écraser toute personne se mettant en travers de sa route et toujours en utilisant son don pour le faux-semblant. Chaque geste, chaque parole, chaque prise de décision, tout est mûrement réfléchi par la jeune femme, pour s'attirer à la fois l’estime de la population (la scène dans l'Eglise où elle est la première à faire un don d'argent important au curé, ce qui provoquera l'admiration des autres femmes présentes) mais surtout pour mener à bon port sa barque. Il n'y a rien qu'elle ne fasse sans qu'elle y gagne quelque chose. Une véritable femme fatale donc, avec tout le machiavélisme que requiert ce type de personnage. Car sous ses atours de drame et de romance, Le Démon de la Chair est également un pur film noir, en costumes certes, mais on y retrouve tous les éléments principaux, tels les trahisons, les manipulations et même le meurtre prémédité. Un véritable rôle de composition pour Hedy Lamarr qui s'en sort admirablement bien, tenant tout le film sur ses épaules, qui sont loin d'êtres frêles pour le coup ! On aimerait alerter les hommes qu'elle prend aux pièges dans ses filets, comme le vieux monsieur Poster (Gene Lockhart), qu'elle épouse juste pour son argent, comme le fils de ce dernier, Ephraïm (Louis Hayward), amoureux transit qu'elle va manipuler jusqu'à ce qu'il atteigne ses derniers retranchements, ou encore John Evered (George Sanders, toujours impeccable), son nouveau futur époux qui vit pourtant une relation avec sa meilleure amie, Meg Saladine (Hillary Brooke). Mais l'arrivisme de Jenny Hager est sans égal et la notion d'amitié n'a plus lieu d'être si cela sert ses sombres desseins. Mis en scène avec brio, filmé dans un somptueux noir et blanc, Le Démon de la Chair est vraiment un très beau film, qui a beaucoup de classe. Ce portrait d'une femme complexe et quelque peu torturée, séductrice et venimeuse, touchée par la grâce de son interprète principale, est digne d'intérêt.

* Disponible en DVD chez -> ARTUS FILMS <- 



  

LE MONSTRE FOU

 

LE MONSTRE FOU
(The Mad Monster)


Réalisateur : Sam Newfield
Année : 1942
Scénario : Fred Myton
Pays : Etats-Unis
Genre : Science-fiction, Epouvante
Interdiction : /
Avec Johnny Downs, George Zucco, Anne Nagel, Glenn Strange, Gordon De Main...


L'HISTOIRE : Les travaux scientifiques sur le sang animal du docteur Cameron sont rejetés en bloc par ses confrères, qui le considèrent comme fou. Ne supportant pas cet affront, le docteur Cameron crée un sérum à base de sang de loup, qu'il injecte à son homme d'entretien, Petro, un solide gaillard simple d'esprit. Après avoir reçu l'injection du sérum, Petro se transforme en homme-loup et provoque la mort d'une petite fille. De retour au laboratoire, il reçoit un antidote et retrouve son apparence humaine, pensant qu'il a fait un cauchemar. Fier de sa découverte, le docteur Cameron va se servir de Petro pour mener à bien sa vengeance sur ses confrères...

MON AVIS : Après avoir réalisé des dizaines et des dizaines de westerns, le prolifique Sam Newfield tente de se diversifier et tente une incursion dans le cinéma fantastique en 1942, avec The Mad Monster. Il poursuivra par la suite dans le genre avec des œuvres telle Nabonga, The Monster Maker, Dead Men Walk ou The Flying Serpent entre autres. Avec The Mad Monster (ou Le Monstre Fou), il cumule deux thématiques phares du cinéma fantastique, à savoir le savant fou et le loup-garou. De la première, il nous offre un beau spécimen en la personne du docteur Cameron, interprété par George Zucco, qu'on reverra dans un double-rôle dans Dead Men Walk l'année suivante. Un savant effectivement bien fou, totalement obnubilé par ses recherches, à l'ego surdimensionné et qui ne souffre d'aucune contestation quant au bien fondé de ses travaux. Le fait que ses collègues scientifiques n'accordent aucun crédit à son travail et, pire que tout, le considère comme mentalement instable justement, va le pousser plus avant dans la folie, une folie meurtrière et vengeresse qu'il va accomplir avec l'aide non consentie de son homme à tout faire, le gentil benêt Petro, interprété par le colosse Glenn Strange. Doux comme un agneau, Petro va devenir malgré lui le bras armé de la vengeance de son patron et ce, sans qu'il n'en ait conscience. C'est ici qu'intervient la seconde thématique du film, à savoir l'aspect jouant sur la lycanthropie. Techniquement, Petro n'est pas un loup-garou. Il n'a subi aucune morsure ni n'a reçu aucune malédiction qui le transforme en bête agressive et velue les soirs de pleine lune. Non, Petro devient, non pas un loup-garou, mais un homme-loup, saisissez la nuance ! Une transformation qui intervient uniquement après que le docteur Cameron lui injecte le sérum de sa création et qui peut être inversée grâce à un antidote qui présente l'intérêt d'effacer les souvenirs du cobaye, qui croit avoir fait des cauchemars, sans se douter le moins du monde qu'il a vraiment été déambulé dehors pour commettre des crimes affreux. Dans les années 40, les transformations d'homme en loup-garou ou en homme-loup se faisait avec des superpositions d'images, l'acteur étant recouvert de plus en plus de poils sur le visage et les mains. Ce sera également le cas dans Le Monstre Fou, avec des effets floutés permettant le passage d'un plan à un autre. Il faudra attendre le début des années 80 et Le Loup-Garou de Londres et Hurlements pour que cette technique évolue pour un résultat nettement plus efficace et terrifiante. Toujours est-il que Glenn Strange se retrouve donc affublé de nombreux poils et d'un dentier et qu'il va accomplir la vengeance du docteur Cameron, assassinant à tour de rôle les scientifiques sceptiques. Son personnage nous fait parfois penser à la créature de Frankenstein, puisqu'il n'est pas conscient de ses actes et ne fait donc pas exprès de tuer des gens innocents, à l'image de cette petite fille qui nous rappelle la séquence du Frankenstein de James Whale, en moins poétique tout de même. Glenn Strange se montre très à son aise ici, que ce soit en tant que gentil Petro ou méchant homme-loup. Il en va de même pour George Zucco, totalement halluciné ici, perdant rapidement son sang froid dès que quelque chose lui déplaît et ayant pour ambition d'utiliser sa découverte pour l'injecter à des soldats et les transformer en soldats homme-loup devenant de véritables machines à tuer sur les champs de bataille ! Entre ces deux personnages, on trouve la fille du docteur Cameron, Lenora, jouée par Anne Nagel, ainsi que Tom, un journaliste qui entretient une romance avec Lenora et qui est interprété par Johnny Downs. Et puis bien sûr, les scientifiques qui vont subir les attaques de Petro l'homme-loup. Des attaques filmées en hors-champ et dont on ne verra jamais le résultat à l'écran. Pas très grave car dans l'ensemble, The Mad Monster se révèle franchement très sympa et ne mérite pas les critiques assassines lues ici et là. Divertissant, correctement interprété, possédant un rythme avenant, il remplit sa part du marché et pour un film low-budget, il est tout à fait acceptable et plaisant à visionner.

* Disponible en DVD chez -> BACH FILMS <-  



LE CRÉATEUR DE MONSTRES

 

 LE CRÉATEUR DE MONSTRES
(The Monster Maker)


Réalisateur : Sam Newfield
Année : 1944
Scénario : Pierre Gendron, Martin Mooney
Pays : Etats-Unis
Genre : Epouvante
Interdiction : /
Avec J. Carrol Naish, Ralph Morgan, Tala Birell, Wanda McKay, Glenn Strange...


L'HISTOIRE : Suite au décès de sa femme, le docteur Markoff travaille d'arrache-pied sur un sérum censé combattre la terrible maladie de l'Acromégalie, qui provoque une déformation anormale des mains, des pieds et du visage. En assistant au concert de piano de monsieur Lawrence, Markoff découvre avec stupeur que Patricia, la fille du pianiste, est le sosie de sa défunte épouse. Dès lors, la folie s'empare de lui et il n'a de cesse de la courtiser, provoquant un réel malaise chez la jeune femme. Lawrence se rend chez Markoff pour lui dire de stopper ses avances. Énervé de cette intrusion, le médecin assomme Lawrence et lui inocule l'Acromégalie. Devenu monstrueux, Lawrence n'a d'autre choix que de demander l'aide de Markoff; Celui-ci lui propose en échange de son sérum la main de sa fille...

MON AVIS : Après Dead Men Walk (Créature du Diable) réalisé en 1943, Sam Newfield enchaîne l'année suivante avec un autre film d'épouvante à faible budget, à savoir The Monster Maker ou Le Créateur de Monstres. Un film de savant fou qui met en avant une maladie bien réelle malheureusement, l'acromégalie. Une maladie qu'on aura l'occasion de revoir à l'écran en 1955 dans Tarantula entre autres et qui se caractérise par une déformation effrayante des mains, des pieds, du visage, pour les symptômes les plus visibles. Les célèbres acteurs Richard Kiel (l'ennemi de James Bond dans L'Espion qui m'aimait) ou Rondo Hatton (House of Horrors, The Brute Man...) étaient atteints de cette maladie. Dans The Monster Maker, notre savant fou, le docteur Markoff (J. Carrol Naish) travaille à la confection d'un sérum pour éradiquer cette maladie mais la vision d'une jeune femme, sosie de son épouse décédée, va le faire sombrer dans la folie et le meurtre. Comme dans Dead Men Walk, Sam Newfield brasse plusieurs idées dans The Monster Maker, plusieurs influences, puisque, en plus du savant fou, on trouve dans le laboratoire de ce dernier un gorille enfermé dans une cage, que le médecin va libérer dans le but qu'il tue son assistante un peu trop curieuse ! Le laboratoire ne se trouve pas rue Morgue mais c'est tout comme ! Le thème du sosie d'une femme morte qui vient perturber un esprit au départ rationnel est aussi du domaine du déjà-vu, tout comme l'apparent pouvoir hypnotique de Markoff. Ce mélange de thématique se fait de manière assez naturelle ici, Sam Newfield étant un habile artisan qui sait composer avec un budget serré et raconter une histoire. La vision du pauvre pianiste au visage et aux mains totalement déformés est un grand moment et on comprend les hurlements de terreur de sa charmante fille Patricia, jouée par la blonde Wanda McKay qu'on a vu la même année dans le Voodoo Man de William Beaudine. Une vision effrayante, que les maquillages mettent bien en valeur. Parmi les autres acteurs notoires présents dans le film, impossible de ne pas citer Glenn Strange, qui interprète le serviteur géant du docteur Markoff et qui va se faire remarquer par les studios puisqu'il va se voir offrir d'incarner la créature de Frankenstein dès cette année 1944 dans House of Frankenstein, puis en 1945 dans House of Dracula. De par sa courte durée, 62 minutes environ, The Monster Maker tient relativement bien la route et séduira les amateurs de vieux films d'épouvante en noir et blanc. Le charme nostalgique opère sans problème, la mise en scène fait le job correctement, le casting également. La folie du savant a un bon rendu à l'écran, les péripéties s'enchaînent sans réel temps mort. Encore une petite série B 40's qui n'est pas mauvaise, loin de là, et qui se fera une petite place dans votre vidéothèque si vous êtes fans de ce type de production faite avec les moyens du bord mais qui s'avère plaisante grâce aux compétences du réalisateur. 

* Disponible en DVD chez -> BACH FILMS <-   



CRÉATURE DU DIABLE

CRÉATURE DU DIABLE
(Dead Men Walk)


Réalisateur : Sam Newfield
Année : 1943
Scénario : Fred Myton
Pays : Etats-Unis
Genre : Epouvante
Interdiction : /
Avec George Zucco, Mary Carlisle, Nedrick Young, Dwight Frye, Fern Emmett...


L'HISTOIRE : Le docteur Lloyd Clayton, médecin d'une petite ville, a secrètement assassiné son frère jumeau Elwyn en raison des implications dans des pratiques occultes sataniques de ce dernier. Mais Elwyn revient à la vie, ressuscité sous forme d'un vampire, et commence à assassiner les villageois en les vidant de leur sang. La seule façon pour le docteur Lloyd Clayton d'aider les habitants, c'est de tuer à nouveau son frère Elwyn. Le temps presse car la créature de la nuit tente de vampiriser sa propre nièce, Gayle...

MON AVIS : Le très prolifique Sam Newfield, qui possède une filmographie de plus de 270 titres en tant de réalisateur, est celui à qui l'ont doit ce Créature du Diable, titre français de Dead Men Walk, mis en scène en 1943. Un film méconnu, que je n'avais jamais vu pour ma part et qui s'est révélé être une bonne surprise. Si vous êtes fans des films d'épouvante 30's et 40's, nul doute que vous prendrez vous aussi plaisir à sa vision. Certes, le niveau de qualité n'atteint pas les films phares de ce genre, principalement produits par la Universal entre autres, mais, sans prétention aucune que celle de divertir, Sam Newfield emballe Créature du Diable avec un maximum de bonnes intentions et recycle les figures imposées du film de vampire gothique avec talent, offrant au public une histoire classique dont l'originalité vient du fait que les deux protagonistes principaux sont frères jumeaux; Interprétés à l'cran par le même acteur, George Zucco en l’occurrence, le docteur Lloyd Clayton, pas si blanc que ça puisqu'il a assassiné son frère, va devoir pourtant combattre à nouveau ce dernier, revenu d'entre les morts sous l'apparence d'un vampire buveur de sang grâce à sa pratique de l'occultisme ! Elwyn Clayton est donc devenu une créature du Diable, une créature de la nuit, qui possède, tel Dracula, un sbire totalement dévoué à son service, en la personne de Zolarr, sous-Renfield qui est, quant à lui, joué par une figure légendaire du cinéma d'épouvante, j'ai nommé Dwight Frye ! Oui, le célèbre Renfield du Dracula de Tod Browning, le célèbre Fritz du Frankenstein de James Whale, entre autres prestations mémorables. Il possède toujours sa tête et ses expressions hallucinées ici, mettant tout en oeuvre pour que le docteur Clayton ne découvre pas l'emplacement du cercueil dans lequel dort son frère-vampire. Je vous disais que les clichés du film d'épouvante étaient bien réunis dans Créature du Diable et que Sam Newfield les avaient bien assimilés ! Car outre la présence de cet esclave du vampire, on a la crypte, le cercueil, les traces de morsures au cou des victimes, le pendentif en forme de crucifix pour repousser les assauts du monstre buveur de sang, la victime féminine (Mary Carlisle) qui perd des forces chaque nuit sans que son fiancé et son oncle ne comprennent pourquoi, la horde de villageois en colère, la traque du vampire dans son repaire et j'en passe. L'une des bonnes idées du scénario provient évidemment de la ressemblance physique entre le docteur Clayton et son alter-ego diabolique, ce qui ne manquera pas de créer le trouble parmi les habitants, persuadés qu'ils ont vu leur bon docteur commettre d'affreux crimes ! Il ne peut en être autrement pour eux puisqu'ils ont tous assisté aux funérailles de son frère Elwyn au début du film ! Une petite touche d'humour amusante pour ce film qui reste tout de même assez sérieux dans son traitement et qui possède une ambiance correctement travaillée, malgré une mise en scène assez académique qui empêche le film de se hisser au niveau au rang des productions plus célèbres. On se doute que le budget a du être assez étriqué, comme bien souvent dans ce type de petites productions d'épouvante mais cette exploitation du thème du vampirisme passe bien et n'a pas le temps d'ennuyer vu qu'il ne dure que 64 minutes ! Les très rares effets-spéciaux sont principalement des apparitions / disparitions du vampire, qui ne porte ni cape ni costume trois pièces ! C'est presque un vampire moderne, dont on ne verra jamais non plus les canines aiguisées. La séquence finale, avec beaucoup de flammes, est assez réussie. La présence du fiancé de Gayle Clayton n'est pas vraiment indispensable et n'apporte pas grand chose à l'intrigue au final. Avec son rythme posé et son jeu d'acteurs parfois théâtral, Créature du Diable reçoit souvent de mauvaises critiques de la part du public. Des critiques pas toujours justifiées en ce qui me concerne au vu du résultat correct de l'ensemble. Pas un grand film d'épouvante, c'est sûr, ni un grand film tout court mais une sympathique production 40's qui fait le job si on en n'attend pas trop.

* Disponible en DVD chez -> BACH FILMS <-



LA MAISON AUX SEPT PIGNONS

 

LA MAISON AUX SEPT PIGNONS
(The House of the Seven Gables)

Réalisateur : Joe May
Année : 1940
Scénario : Lester Cole
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame
Interdiction : /
Avec : George Sanders, Margaret Lindsay, Vincent Price, Nan Grey, Dick Foran...


L'HISTOIRE : 1828. La famille Pyncheon est ruinée. L'un des héritiers, Clifford, songe à vendre la superbe demeure familiale, sur laquelle semble peser une malédiction ancestrale, et à partir s'installer avec sa cousine Hepzibah dont il est amoureux. Mais son cousin Jaffrey s'y oppose, croyant aux légendes disant que la demeure recèle un trésor en ses murs. Lors d'une dispute avec Clifford, le père de ce dernier meurt, victime d'un malaise causé par une trop grande émotion. Jaffrey voit alors une occasion de se débarrasser de son frère et d'obtenir la maison familiale : il parvient à faire accuser Clifford de parricide et à le faire jeter en prison...

MON AVIS : Conscient du regain d'intérêt des spectateurs pour le cinéma fantastique et d'épouvante en ce début de décennie 40's, suite au carton fait par la ressortie en salles de trois films de genre des années 30, la Universal décide d'adapter le roman de Nathaniel Hawthorne, La Maison aux Sept Pignons, oeuvre littéraire flirtant ouvertement avec le gothique. Mais curieusement, cette adaptation scénarisée par Lester Cole et Harold Greene va faire l'impasse sur ces éléments gothiques et s'autoriser de nombreuses libertés, ne respectant donc pas à la lettre l'histoire originale de Hawthorne. La Maison aux Sept Pignons, réalisé en 1940 par Joe May (The House of Fear en 1939 ou The Invisible Man Returns en 1940 pour ses films les plus connus) est-il un mauvais film pour autant ? Pas du tout ! Si l'ambiance gothique est effectivement mise de côté durant la quasi totalité du film, si l'importance de la maison est revue largement à la baisse, le jeu d'acteurs et l'histoire en elle-même parviennent à faire de cette oeuvre un très beau film qu'on prend vraiment plaisir à regarder. Cette lutte familiale entre deux frères qui ne s'apprécient guère est portée par son casting et notamment par les trois personnages principaux. Dans le rôle de Clifford Pyncheon, artiste musicien qui veut vivre pleinement une vie de liberté sans se soucier du poids du passé et de son lourd héritage familial, on retrouve l'illustre Vincent Price, qui, comme à son habitude, transcende chaque scène dans laquelle il apparaît. On sait que sa voix est l'une de ses forces et il nous le prouve encore plus ici en chantant une chanson que son personnage est en train de composer et il s'en sort admirablement bien. La tragédie que va vivre Clifford Pyncheon, accusé à tort de l'assassinat de son père par son propre frère, va le marquer durablement et après sa sortie de prison, on ressent bien que la joie a quitté son corps et son âme pour le moment et ces diverses émotions sont particulièrement bien retranscrites par Vincent Price. La scène dans laquelle il se moque de ses ancêtres au début du film est excellente et on jubile dans notre fauteuil de le voir s'exprimer de façon théâtrale et grandiloquente. Dans le rôle de son ingrat de frère, on retrouve le non moins excellent George Sanders, qui parvient facilement à rendre son personnage antipathique, n'étant intéressé que par l'argent, la gloire et le paraître. Sa prestation est parfaite et contrebalance totalement celle de Price. Quant à l'actrice qui joue le rôle d'Hepzibah, Margaret Lindsay, elle est aussi fabuleuse car elle parvient à jouer deux facettes opposées d'un même personnage : drôle, vive et enjouée au début puis sombre, morne et malheureuse quand Clifford part en prison. C'est d'ailleurs grâce à elle que le film contient tout de même un petit aspect gothique : son apparence change radicalement une fois son fiancé prisonnier, elle qui rayonnait au départ devient une sorte de spectre sans âme ensuite, qui déambule tel un fantôme dans cette grande maison, avec une chevelure noir de jais et des traits tirés qui augmente encore son côté sinistre. Autre élément gothique conservé, l'histoire sur les ancêtres des Pyncheon, qui se sont vus maudire par la famille Maule après qu'un Pyncheon est accusé un Maule de sorcellerie afin de s'emparer de ses terres. A cela s'ajoute la quête d'un possible trésor présent dans la demeure, et qui permet à Price et Sanders de se livrer à un dialogue intrigant et captivant dans le grenier de la demeure. Certes, c'est bien maigre et si la Universal voulait produire un film d'épouvante pur et dur, avouons que c'est plutôt raté à ce niveau. La Maison aux Sept Pignons de Joe May est avant tout un drame humain, qui tire même vers le mélodrame et la romance contrariée mais qui le fait avec un réel brio. Le trio précité tire vraiment le film vers le haut et les autres personnages paraissent bien secondaires à côté d'eux, même la ravissante Nan Grey, très jolie blonde qui va réussir à faire retrouver le sourire à Hepzibah. Cette charmante actrice a été vu au côté de Boris Karloff et Basil Rathbone l'année précédente, dans La Tour de Londres de Rowland V. Lee ainsi que dans The Insivible Man Returns, lui aussi avec Vincent Price. Bénéficiant d'une belle mise en scène, d'une belle photographie, d'un bon travail sur la lumière, La Maison aux Sept Pignons, vendu à tort comme un film gothique, ce qu'il n'est assurément pas, possède de nombreuses qualités qui en font un spectacle hautement recommandable et qui donnera satisfaction aux spectateurs fans des beaux films hollywoodiens.

* Disponible en DVD et BR chez RIMINI EDITIONS
Belle copie en VO ou VOSTF et format 4/3 pour ce film présenté dans un boitier avec fourreau et contenant un livret 23 pages très intéressant revenant sur le film et ses acteurs. Niveau bonus, on a également une belle présentation du film et  de ses différences avec le roman par Pascal Francaix