Légende pour la notation des films

Bienvenue dans mon univers filmique ! Ma mission ? (Re)voir tous mes films, séries Tv, documentaires et concert, tous genres confondus, sur tous supports, Vhs, Dvd, Dvd-r, Blu-ray (avec aussi les diffusions télévisées ou cinéma), et vous donner mon avis de façon simple et pas prise de tête sur chaque titre (re)vu ! C'est parti !



AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.




Affichage des articles dont le libellé est 70's. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 70's. Afficher tous les articles

ILSA LA LOUVE DES SS

 

ILSA LA LOUVE DES SS
(Ilsa : She Wolf of the SS)

Réalisateur : Don Edmonds
Année : 1974
Scénariste Jonah Royston, John C.W. Saxton
Pays : Canada
Genre : Drame, Guerre, Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Dyanne Thorne, Gregory Knop, Maria Marx, Tony Mumolo, Rodina Keeler...


L'HISTOIRE : Durant la guerre, le camp de prisonniers numéro 9 est dirigé d'une main de fer par Ilsa, officier SS qui profite de sa position pour mener des expériences scientifiques abominables pour la gloire du Reich, mais aussi pour sa propre satisfaction personnelle : elle entend démontrer en effet que les femmes sont plus résistantes à la douleur que les hommes...

MON AVISPeut-on tout se permettre, peut-on tout filmer au cinéma ? N'y a-t-il aucune limite à l'abjection sur pellicule ? Ces questions, ces notions de moralité, le cinéma d'exploitation n'en a que faire et les balayent d'un revers de main, allant toujours plus loin dans le sordide et l’innommable. Suite au succès de la littérature de guerre basée sur 39-45, comme la collection Guerre de chez Gerfaut ou celle de l'éditeur Les Soudards, l'imagerie nazie se voit utilisée à des fins purement mercantile, comme avec les bandes dessinées italiennes Hessa, parues au début des années 70. Le cinéma a livré quelques œuvres sur cette triste période, à l'image de Kapo de Gillo Pontecorvo, film controverse de 1959 qui raconte l'histoire d'une prisonnière devenue kapo dans un camp de prisonniers. La grande majorité des films mettant en scène des nazis sont avant tout des longs métrages de guerre se déroulant durant la période 39-45. Mais en 1969, un film va choquer la censure qui l'interdira durant plusieurs années. Réalisé par Lee Frost, Love Camp 7 peut être considéré comme le premier film d'un genre trash et scandaleux, baptisé la Nazisploitation.ou Eros-Svastika. Le concept est simple et efficace : transposer l'imagerie du film de femmes en prison dans le cadre d'un camp de prisonniers de guerre ou carrément d'un camp de concentration. Il suffisait d'y penser ! L'idée mettra du temps à se développer et il faudra attendre 1973 et surtout 1974 pour que débarque trois films de ce nouveau genre : l'anecdotique Gretchens sans uniforme en 73 puis en 74 le célèbre Portier de Nuit et le film qui nous intéresse ici, l'indécent Ilsa la Louve des SS, maître-étalon de la nazisploitation. Le succès des deux films de 1974 va être le déclencheur de la très courte vague de Nazisploitation, qui durera de 1976 à 1978, avec environ 17 œuvres tournées durant ces trois ans, principalement en Italie et... en France ! Des films de séries B qui ne font jamais l'apologie du nazisme, bien au contraire, dont le but principal, outre celui de choquer de par son décorum, est de dénuder son casting féminin, de proposer des scènes de tortures et de viles exactions, le tout avec des acteurs souvent médiocres, des dialogues outranciers et des situations rocambolesques, à même de satisfaire l'amateur d'excentricité qui ne verra en ces films que des œuvres inoffensives en fin de compte, sorte d'objets surréalistes sur pellicule qui ne cherchent jamais une quelconque exactitude historique, mais juste à proposer un spectacle rappelant les célèbres bandes-dessinées déviantes de chez Elvifrance par exemple. Bref, rien qui fera grossir les rangs de groupuscules néo-nazis, soyez-en certain ! Mais revenons à Ilsa la Louve des SS. Quand le réalisateur Don Edmonds, qui n'a que deux films érotiques à son actif, reçoit le scénario, il dira qu'il vient de lire le pire scénario de l'histoire, la pire merde qu'il ait jamais lue ! Il faut dire que le personnage principal d'Ilsa est inspiré par la tristement célèbre Ilse Koch, la femme du commandant de Buchenwald. Surnommée La Chienne de Buchenwald ou La sorcière de Buchenwald, elle était une sadique née, faisant exécuter les prisonniers qui croisaient son regard, se livrant à des actes de tortures innommables sur ces derniers ou, à confirmer, se servait de leur peau tatoué pour confectionner des objets de décoration pour sa maison. Sympathique n'est-ce pas ? Reste que Don Edmonds a besoin d'argent et il accepte donc de tourner le film, pour le compte du non moins célèbre producteur David F. Friedman. Un illustre personnage du cinéma bis, spécialisé dans les nudies durant les années 60 et qui a collaboré à maintes reprises avec Herschell Gordon Lewis, créant avec ce dernier le cinéma gore en 1963 avec Blood Feast entre autres. En habile négociateur, David Friedman a réussi à obtenir le droit de tourner les scènes extérieures dans les décors de la série Papa Schultz, qui s'est terminée en 1971. En échange, l'équipe d'Ilsa la Louve des SS s'engageait à détruire, à faire exploser lesdits décors à la fin du tournage, ce qui rendait service aux propriétaires de ces décors et leur faisaient économiser l'argent de la démolition. Malin tous ces gens. Pour interpréter Ilsa, Friedman souhaite collaborer avec Phyllis Davis, actrice de séries-télévisées qui s'est lancée dans le cinéma d'exploitation au début des années 70. Mais cette dernière refuse la proposition et c'est tout compte fait l'actrice Dyanne Thorne qui est engagée, après avoir passée une seule audition, vêtue d'un costume de chauffeur de voiture, un emploi qu'elle exerçait à l'époque, ne trouvant plus de rôles au théâtre, au cinéma ou à la télévision alors qu'elle avait la quarantaine. Après avoir lu le script, qu'elle trouva atroce, elle accepte le rôle, se disant que tout ceci ne serait pas bien sérieux et surtout, elle comprend qu'Ilsa va lui donner l'occasion de jouer un rôle de femme forte, qui domine les hommes et ne se laisse pas dicter sa conduite par ses derniers. Féministe avant l'heure Ilsa la Louve des SS ? Assurément ! Le tournage durera 9 jours seulement, avec un budget estimé à 200000 dollars canadien, avec des journées de travail interminables mais une envie de bien faire de la part du réalisateur, de l'équipe et du casting, envie qui se ressent quand on regarde le résultat final. Bien évidemment, la sortie du film en 1975, que ce soit aux USA ou au Canada, provoque un tollé général, les associations juives rejettent en bloc le film et l'accusent de banaliser et d'érotiser les horreurs des camps de concentration, la censure sévit notamment en Angleterre qui interdit purement et simplement sa diffusion en salle, il en sera de même en Allemagne. Pourtant, les salles spécialisées se l'arrachent, l'aura de film culte prend de l'ampleur, le jeu d'actrice de Dyanne Thorne fait d'Ilsa un personnage iconique de la pop-culture, vénéré par Tarantino ou Rob Zombie entre autres, et Ilsa la Louve des SS devient un objet d'études, une oeuvre-référence de ce que permettaient les années 70, connues pour la radicalité et le jusqu'au-boutisme des œuvres mises en scène durant cette décennie majeure du cinéma. Mais est-ce que sa réputation d'oeuvre sulfureuse, trash, de sommet du mauvais goût est-elle justifiée ? Difficile de répondre non à cette question, même si, encore une fois, on a affaire à un pur produit mercantile, utilisant la thématique des camps nazis pour remplir les poches du producteur, attirer le spectateur curieux dans les salles de cinéma ou vendre des k7 vidéos à foison. Reste que l'amateur de cinéma déviant, malpoli et irrévérencieux y trouvera assurément son compte. Comme déjà dit, la Nazisploitation est un mélange de film érotique, de film de guerre, de films de femmes en prison et de film d'horreur, le tout avec un habillage issu du nazisme. Vous l'aurez peut-être remarqué, Dyanne Thorne aurait pu jouer dans un film de Russ Meyer, entendez par là que la nature a bien fait les choses concernant sa poitrine. Après un carton nous avertissant que ce film se base sur des faits réels et qu'il a été conçu dans le but que l'histoire ne se répète pas, un procédé classique de dédouanement dans le cinéma d'exploitation, le tout sur un discours d'Hitler, voyez l'ironie, Il ne faudra pas attendre plus d'une minute et quelques secondes pour voir les gros seins de l'actrice totalement dénudée, puisqu'elle se livre à une scène de sexe avec un homme. S'ensuit une scène de douche, dans laquelle la caméra se focalise sur... les seins de l'actrice, bien joué, et enfin, apparaît tel un ange de la mort, notre Ilsa toute de noir vêtue, habillée en officier SS, brassard à croix gammée sur le bras et qui démontre déjà sa forte personnalité et son refus de la domination masculine. Les dialogues annoncent clairement la couleur, avec ce "tu as eu l'honneur de coucher avec une femme de la grande Allemagne, un officier des SS, toi, un vulgaire ouvrier, le produit d'une race inférieure, tu oses interroger ton commandant ?" et la suite sera à l'avenant. Véritable icone du Mal, Ilsa en impose et Dyanne Thorne livre une solide prestation, alternant entre sadisme exacerbé lors de ses expériences médicales sur de malheureuses victimes et une certaine fragilité quand elle recherche un homme qui la comblera de plaisir. On s'en doute, on ne regarde pas Ilsa la Louve des SS pour étudier sa mise en scène, ses cadrages, le jeu des acteurs. Non, si on plonge la tête la première dans la fange du cinéma d'exploitation, c'est pour en avoir pour notre argent niveau érotisme et saloperies visuelles. Et Don Edmonds a réussi haut la main cette mission, en faisant d'Ilsa le pendant féminin du célèbre docteur Mengele. Désirant prouver, en vraie féministe qu'elle est, que les femmes sont nettement plus résistantes que les hommes à la douleur, Ilsa se transforme en médecin dément, non pas de l'île de sang, mais du camp numéro 9 le temps de quelques expérimentations peu réglementaires, même si elle a le flegme de dire aux nouveaux arrivants et nouvelles arrivantes "vous n'avez aucune raison d'être effrayée ici, ce n'est pas Dachau, ni Ravensbruck". Au programme des réjouissances : sélection des prisonnières, dénudées pour l'occasion, mais on leur épargne la tonte des cheveux dans ce camp, faut quand même le noter, castration, inoculation de microbes tels la rage, tétanos, syphilis, ce qui laisse le loisir aux équipes de maquillages de nous proposer des visions peu ragoutantes du résultat, écrasement de doigts, coup de fouet jusqu'au sang, viol de prisonnières par les soldats du camp, électrocution à l'aide d'un godemichet électrique, caisson de basse pression, prisonnière immergée dans un eau à plus de 80° pour ce qui est peut être la scène le plus horrible du film et j'en passe. Mais Ilsa la Louve des SS n'est pas qu'un simple catalogue de tortures diverses. Le film propose une histoire d'amour entre un prisonnier et une prisonnière ainsi que la préparation d'un plan en vu d'une éventuelle évasion et rébellion. Le héros du film est un prisonnier américain prénommé Wolfe et interprété par Grégory Knop. Il va avoir la chance de devenir le chouchou d'Ilsa car il possède, tel Rocco Siffredi, un talent qui intéresse notre cruelle officier SS : il peut se retenir de jouir aussi longtemps qu'il le désire ! Une aubaine pour Ilsa qui va prendre son pied durant toute une nuit mais cette faculté à ne pas exploser met aussi à mal sa condition de femme. Elle va alors tout tenter pour faire craquer cet homme exceptionnel, comme laisser ses deux sous-officiers féminines mettre tout en oeuvre pour le faire exploser de plaisir, ce qui nous vaudra une nouvelle séquence érotique. Je vous disais que la nazisploitation, c'est fun et très festif en fait ! Bon, les nouvelles images des expériences sur une prisonnière résistante à la douleur vont amoindrir un peu ce côté festif et verser plus dans le malsain et le sordide, j'avoue. On va grimper encore d'un cran dans l'abjecte quand un général va venir visiter le fameux camp N°9, ce qui remplit de fierté Ilsa, qui va voir son travail en tant que médecin reconnu par une haute instance du Reich. C'est Richard Kennedy qui va interpréter notre général et l'acteur va nous régaler de ses mimiques outrancières lors d'un repas possédant une attraction un peu particulière et nous livrer une séquence what the fuck, que même Ilsa semble trouver dégueulasse, je vous laisse la surprise, les amateurs de douche dorée seront aux anges. Véritable mouton noir du cinéma d'exploitation, qui ne s'offusque de rien et hisse le niveau de mauvais goût à un stade quasi divin, Ilsa la Louve des SS mérite son statut de film culte et Dyanne Thorne son iconisation qui fait toujours fureur de nos jours... oups...       

EL CAMINANTE

 

EL CAMINANTE
(El Caminante / The Devil Incarnate)

Réalisateur Paul Naschy
Année : 1979
Scénariste Paul Naschy, Eduarda Targioni
Pays : Espagne
Genre : Drame
Interdiction : -16 ans
Avec : Paul Naschy, Sara Lezana, David Rocha, Ana Harpo, Blanca Estrada...


L'HISTOIRE : Un mystérieux voyageur se promène de contrées en contrées, observant l'humanité se complaire dans la fourberie et le péché. Lui-même n'hésite pas à mentir, tuer, voler pour s'élever dans la société. Il recueille sous son aile un jeune garçon, Tomás, et l'initie à sa curieuse philosophie, qui prône l'hédonisme et l'enrichissement, et ce, par tous les moyens possibles, même les plus répréhensibles... 

MON AVIS : "J'ai écrit El Caminante dans un état d'esprit très particulier. La vie m'avait infligé de nombreux coups durs et j'avais acquis une opinion assez négative des gens. Personnellement, mes amitiés avaient été une terrible déception. Je connaissais la trahison et le manque de loyauté et, mis à part ma famille – mes parents, ma femme et mes deux fils – je ne croyais pas qu'il y ait grand-chose de valable dans ce monde pourri. Plus tard, trois personnes sont apparues dans ma vie que je considère comme de véritables amis. Cependant, le cri d'angoisse venu du plus profond de mon âme et qui s'est exprimé à travers ce film résonne encore aujourd'hui." Ces propos sont ceux de Jacinto Molina lui-même, plus connu sous son pseudonyme de Paul Naschy. Un acteur légendaire du cinéma Bis espagnol, devenu célèbre son avoir interprété à de multiples reprises le personnage de Waldemar Daninsky, le plus célèbre loup-garou ibérique. Mais il porte aussi la casquette de scénariste et de réalisateur, avec une vingtaine de films à son actif derrière (et souvent devant) la caméra. El Caminante est son quatrième film en tant que metteur en scène. Je mets de suite en garde les fans de Paul Naschy, nous ne sommes pas du tout dans un film d'épouvante ici, mais plutôt dans une mise en image d'une réflexion philosophique sur le Bien et surtout le Mal. Même si ce n'est jamais dit spécifiquement, on comprends très rapidement que ce curieux voyageur interprété par Naschy est le Diable lui-même, venu sur Terre pour observer la condition humaine et comprendre pourquoi Jésus a donné sa vie pour les humains. Un questionnement philosophique qui ne trouvera pas ici grande interprétation ou réflexion, puisque El Caminante, qui se traduit donc par Le Voyageur, se vautre rapidement dans les turpitudes du cinéma Bis décomplexé et irrévérencieux. On note toutefois que, par rapport aux propos cités au début de cet avis, Paul Naschy considère que les Hommes sont le vrai problème à notre monde et que si l'Humanité est dans cet état de délabrement, c'est uniquement de la faute des humains et non du Diable. Difficile de lui donner tord, vu les exactions contemporaines commises par nos semblables. Nous sommes le virus le plus terrifiant de la planète à n'en point douter. Bref. Paul Naschy débute donc l'aventure sous l'apparence humaine d'un vagabond, qui va dépouiller un chevalier de ses maigres bien pour se donner une nouvelle stature. En chemin, il croisera la route d'un jeune adolescent prénommé Tomás, qui est le souffre-douleur de son maître aveugle. Le Diable va s'amuser un peu avec l'aveugle avant de rallier Tomás à sa cause. La suite du film se concentre donc sur les diverses rencontres que vont faire ce curieux duo, rencontres qui vont subir l'influence du Diable, qui va les pousser à commettre les principaux péchés terrestres, que ce soit l'avarice, l’orgueil, l'envie, la colère, la gourmandise, la paresse et bien sûr la luxure. Il semblerait que le Diable lui-même se laisse aller à ce dernier péché puisqu'il va se taper quasiment l'ensemble du casting féminin, souvent en échange de son aide. Enfin, son aide, il faut le dire vite, puisque le Diable est un malin qui n'agit que dans son propre intérêt, à l'image de la séquence avec une comtesse dont l'enfant se meure. Naschy lui promet de sauver l'enfant en échange d'une nuit d'amour. Après avoir obtenu satisfaction, il quitte la demeure et la pauvre mère découvre le lendemain que sa fille, après avoir été guéri le temps de la tromperie, est morte. Pas très sympa. Le film se pare donc de quelques séquences érotiques dans lesquelles la nudité intégrale des actrices irradie l'écran. Il est quand même malin Paul Naschy, il n'a pas choisit des actrices quelconques mais des jolies filles bien pourvues par Dame Nature. De là à y voir un comportement un peu misogyne, il n'y a qu'un pas que certains n'hésiteront pas à faire, accusant El Caminante de se montrer assez abject avec la gent féminine, qui subira viol et nuit d'amour basée sur le mensonge. Alors oui, on peut y voir du machisme et une certaine complaisance dans l'immoralité et la sexualisation de la femme, mais n'est-ce pas l'apanage même du cinéma Bis, de briser les tabous, d'être le vilain petit canard du 7ème Art ? Nul doute que les fragiles 2.0 qui vont découvrir ce film vont le prendre au premier degré et le lapider sur la place publique. Mais rassurons les haters, l'année 1979 va voir un personnage féminin devenir une icone féministe, je veux bien sûr parler de Rpley dans Alien le huitième passager. Et d'autres suivront. Avec ses situations un brin scabreuses, El Caminante pourra satisfaire les aficionados du cinéma Bis. Certes, le constat que dresse le réalisateur / scénariste / acteur sur la faiblesse humaine n'est pas bien glorieux : pour réussir dans la vie, il faut se laisser aller à ses plus bas instincts primaires, privilégier l'argent comme moyen d'accéder à un statut social supérieur, quitte à voler, exploiter ou tuer son prochain pour y parvenir. Quid de l'honneur, de l'amitié ? Des notions balayées d'un revers de main par le Diable, qui n'hésitera pas à offrir son jeune protégé à un seigneur homosexuel pour une poignée d'argent. Trash ! Maintenant, j'avoue bien volontiers que si j'ai été satisfait de pouvoir découvrir ce film que je n'avais jamais vu, il ne m'a pas emballé plus que ça. Même si son casting féminin est plutôt agréable à admirer dans son plus simple apparat, on citera Sara Lezana, Blanca Estrada ou Ana Harpo, si on s'amusera d'une séquence filmée en accélérée à l'image de celle présente dans Orange Mécanique, si les facéties de Paul Naschy pour parvenir à ses fins nous feront sourire, si la teinte rougeâtre qui vient s'apposer sur son visage pour nous faire comprendre sa nature diabolique est amusante, si certaines remarques concernant la religion ainsi que la séquence où Naschy est attaché en croix face à une statut de Jésus ne sont pas inintéressantes, si on appréciera la scène dans laquelle Naschy révèle le futur à son disciple (avec des images des Guerres mondiales et des camps nazis entre autres) pour lui montrer que le pire est à venir et si le final voyant le Diable subir lui aussi la méchanceté des Hommes vient remettre les pendules à l'heure, on trouvera El Caminante loin d'être au niveau des films d'épouvante espagnols. Je préfère Paul Naschy en loup-garou...   

L'ENFANT DE LA NUIT

 

L'ENFANT DE LA NUIT
(La Tua presenza Nuda !)

Réalisateur Andrea Bianchi, James Kelley
Année : 1972
Scénariste Trevor Preston, Andrea Bianchi, Bautista Lacasa Nebot
Pays : Italie, Angleterre, Allemagne, Espagne, USA
Genre : Drame
Interdiction : -16 ans
Avec : Mark Lester, Britt Ekland, Hardu Krüger, Lilli Palmer, Harry Andrews...


L'HISTOIRE : Elise, nouvelle épouse de Paul, dont l'ancienne femme a été retrouvée électrocutée dans sa baignoire, éprouve des difficultés à nouer des relations amicales avec Marcus, le fils de Paul. Âgé de douze ans, ce dernier semble particulièrement mature et a un comportement bien différent des enfants de son âge, qui met mal à l'aise la jeune femme...

MON AVIS : Drame psychologique qui aurait bien du mal à être produit à notre époque, L'Enfant de la Nuit a été co-réalisé par Andrea Bianchi et James Kelley. Le premier, Italien, est bien connu des amateurs de cinéma Bis puisqu'on lui doit le giallo putassier avec Edwige Fenech Nue pour l'Assassin en 1975 et surtout l’inénarrable Le Manoir de la Terreur en 1981, entre autres. Le second est Anglais et n'a que deux films à son actif derrière la caméra, celui dont on parle ici et Le Monstre des Oubliettes réalisé l'année précédente. Au casting, on trouve la ravissante blondinette Britt Ekland, devenue célèbre en jouant dans The Wicker Man en 1973 ou le James Bond L'Homme au Pistolet d'Or en 1974 mais également pour avoir été l'épouse de Peter Sellers et de Rod Stewart. Elle interprète avec brio Elise, une jeune femme qui va avoir bien des difficultés à gérer sa relation avec Marcus, le fils de 12 ans de son nouveau mari. Ce dernier est joué avec tout autant de brio par le jeune acteur Mark Lester, qu'on avait pu voir l'année précédente dans Mais qui a tué Tante Roo ? de Curtis Harrington. Un duo impeccable, qui va faire basculer le film dans un climat malsain de grande qualité. Il faut dire que notre Marcus est particulièrement précoce par rapport à son âge, qu'il est très cultivé et n'a pas la langue dans sa poche quand il s'agit d'asséner des pics qui font mouche à chaque fois. Plus le film avance, plus la relation entre Marcus et Elise va devenir tendue, plus un réel malaise va grandir chez la jeune femme vis à vis du fils de son nouveau mari, qu'elle soupçonne de mentir et d'être un vrai manipulateur. En se renseignant plus avant sur lui, notamment en allant rencontrer le directeur de son école, Elise va découvrir des secrets particulièrement perturbants sur le jeune garçon, qui la mettront encore plus mal à l'aise et la feront devenir plus suspicieuse. Si je vous dis qu'un des autres titres français du film est Les émotions d'un jeune voyeur, vous comprendrez pourquoi le film devient vite malaisant. Menteur, voleur, voyeur, le jeune garçon multiplie les vices et ce n'est peut être que la face cachée de l'iceberg. Qui plus est, il a vite saisi que sa présence et son comportement incommodent Elise et il n'a de cesse de la pousser dans ses retranchements, la rendant même paranoïaque aux yeux de son père, qui commence à émettre des doutes sur sa nouvelle femme et sa santé mentale. Un père entièrement dévoué à son fils après le dramatique accident survenu à son ancienne femme. Le film monte encore d'un cran dans l'abjecte quand Elise se met à soupçonner Marcus d'avoir délibérément tué sa mère et que le jeune garçon l'oblige à se mettre nue devant lui pour lui avouer la vérité. Une séquence qui choqua la censure britannique de l'époque, qui se montra pourtant clémente, du moins jusqu'en 1978 où l'arrivée de la loi sur la protection des enfants fit subir au film des coupes importantes : principalement dans les scènes où Elise se déshabille devant Marcus, mais aussi le plan où Marcus caresse les seins d'Élise. La censure exigea également la suppression complète de la scène du lit entre Elise et Marcus vers la fin du film. L'aspect psychologique est très importante dans ce film, on a affaire à un véritable jeu du chat et de la souris entre Elise et Marcus, Paul se contentant de jouer les arbitres de ce duel autant verbal que physique. Le point fort de L'Enfant de la Nuit est qu'il tire sur la corde raide tout en jouant l'équilibriste sur cette relation insidieuse : on ne sait plus si Marcus est réellement un enfant manipulateur et diabolique ou si c'est la raison d'Elise qui flanche et qui lui fait prendre le garçon en grippe. Dénué d'action, L'Enfant de la Nuit prend son temps pour poser son atmosphère sourde et malicieuse, emprunte parfois au giallo ou au cinéma d'épouvante gothique lors de certaines séquences (les déambulations dans le grenier) et propose dans sa dernière demi-heure une ambiance de perversion déconcertante, à l'opposée de la morale, ainsi qu'une scène finale magistralement amenée et encore plus perverse que tout ce qui a précédé. J'ai vraiment apprécié l'atmosphère et le rythme assez contemplatif de ce film curieux et peu banal, tout comme l'interprétation du casting, le charme de Britt Ekland et le regard et sourire maléfiques de Mark Lester n'étant pas étrangers à ce fait. Un film surprenant, typique de ce que proposer le cinéma radical 70's ! .  

UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT

 

UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT
(Una libélula para cada muerto)

Réalisateur León Klimovsky
Année : 1975
Scénariste Ricardo Muñoz Suay, Paul Naschy
Pays : Espagne
Genre : Policier, Giallo
Interdiction : -16 ans
Avec : Paul Naschy, Erika Blanc, Eduardo Calvo, Maria Kosty, Angel Aranda...


L'HISTOIRE Dans les bas-fonds de Milan, une série de meurtres est perpétrée au sein des prostituées, dealers, et homosexuels. Le tueur, qui semble investi d’une mission purificatrice, laisse, en signature, une libellule sur chacune de ses victimes. L’inspecteur Scaporella est diligenté pour mener l’enquête, aidé par sa fiancée Silvana...

MON AVIS : Principalement connu pour son rôle de Waldemar Daninsky, le plus célèbre loup-garou espagnol, Paul Naschy a également joué d'autres rôles tout aussi intéressants et celui de l'inspecteur Scaporella dans le film qui nous intéresse ici, en est un exemple flagrant. Dario Argento ayant popularisé les titres de giallo à base d'animaux, il n'est pas étonnant qu'on en retrouve un ici, à savoir la libellule, dans cette réalisation de León Klimovsky baptisée Une Libellule pour chaque mort, et qui a été re-titré en Red Killer en France et en Europe, allusion à la tenue que porte l'assassin, ce qui est tout de suite moins poétique. Le metteur en scène argentin León Klimovsky connait bien Paul Naschy, puisqu'il l'a dirigé à maintes reprises, notamment dans La Furie des Vampires en 1971, dans Dr. Jekyll y el Hombre Lobo en 1972, dans La Rebelion de las Muertas en 1973, dans Le Maréchal de l'Enfer en 1974 ou dans Muerte de un quinqui en 1975 entre autres. En cette même année 1975, il lui fait donc endosser le rôle de l'inspecteur Scaporella, un flic assez bourru, aux méthodes plutôt directes quand il s'agit d'interroger des voyous, ce qui ne lui vaut pas une très bonne réputation. Il va néanmoins être affecté par son supérieur sur une enquête portant sur une série de meurtres violents perpétrés sur des prostituées, des homosexuels, des vendeurs de drogue et autres marginaux aux comportements pervers. Le maniaque voudrait-il débarrasser Milan de ses vices et faire le travail de la police ? C'est ce que Scaporella va devoir découvrir et rapidement, car les victimes du tueur en série ne cessent d'augmenter. Seul indice, une libellule fabriquée à la main déposée sur chaque victime et une paire de boutons de manteau de luxe.  Avec Une Libellule pour chaque mortLeón Klimovsky nous offre un giallo assez atypique puisqu'on pourrait carrément se croire en plein Poliziottesco, ces films policiers italiens assez brutaux qui ont fait de Maurizio Merli, Franco Nero ou Tomas Milian des stars incontournables. Alors non, Paul Naschy n'atteint pas l'intensité du jeu des acteurs précités mais j'ai trouvé qu'il s'en sortait particulièrement bien ici, qu'il assurait ce qu'il fallait et qu'il livrait une prestation solide. Même si l'enquête piétine passablement, le film maintient notre intérêt avec des meurtres assez nombreux, souvent filmés en hors champ mais on voit tout de même l'horrible résultat. Il faut savoir que ce film a été tourné en deux versions, une version "habillée" pour sa diffusion en Espagne et une version "déshabillée" pour d'autres pays. On ne parle pas ici de version "cut" ou "uncut", les deux versions faisant la même durée, mais bien de scènes tournés deux fois, avec les actrices habillées ou déshabillées, une pratique assez courante pour éviter des ennuis avec le pays d'origine et on se doute que dans l'Espagne de Franco, mieux valait agir ainsi plutôt que de s'attirer les foudres du régime. C'est d'ailleurs pour cette même raison que l'action est située à Milan et non dans une ville espagnole. En tout cas, Artus Films nous propose la version "déshabillée" et la nudité est bien présente, souvent de manière gratuite et frontale, avec même du nu intégral, dans un pur esprit Bis et décomplexé, vous verrez. Le film reste toutefois assez sérieux, même si on y trouve quelques touches d'humour, comme cette séquence dans laquelle Naschy, affublé d'un tablier, prépare des spaghetti à sa femme qui rentre du travail ou celle au début, qui voit notre inspecteur s'énerver face à un vieillard exhibitionniste. On n'oubliera pas de citer également la séquence de l'anniversaire de l'inspecteur, avec un cadeau assez surprenant à l'intérieur de la boite en carton. La surprise est éventée puisque le fameux cadeau illustre la jaquette de l'édition d'Artus Films mais ça réussit tout de même ànous faire sourire devant notre écran ! Il est aussi amusant de voir comment le réalisateur fait d'Erika Blanc, l'épouse de notre inspecteur, une femme forte et débrouillarde, qui trouvera l'identité du meurtrier avant son mari, grâce à son intuition féminine. Une autre touche d'originalité dans ce giallo policier, un genre généralement bien masculin. Malgré son assassin voulant éradiquer le vice dans la ville, le film ne se veut aucunement moralisateur, rappelons que León Klimovsky est un homme politiquement de gauche,  et il ne fait jamais porter de jugement négatif à ses personnages vis à vis des victimes, qui sont toutes des personnes de petites vertus aux yeux du meurtrier. Ou de la meurtrière, comme le pense notre inspecteur de choc, qui ne rejette aucune possibilité concernant l'identité de notre tueur en série. On a bien sûr plusieurs coupables potentiels qui s'offrent à nous, des fausses pistes et une révélation finale qui devrait vous donner du fil à retordre. Concernant ces fameuses libellules placées sur les cadavres, il n'y a pas réellement d'explications, si ce n'est le discours d'un professeur nous rappelant que le peuple antique Chaldéen obligeait les homosexuels et les prostituées à coudre sur leurs vêtements une libellule, ce qui signifierait que le tueur est assez cultivé pour connaître cette anecdote. Bon, pourquoi pas mais on a déjà connu mieux comme explication à l'utilisation par les maniaques de certains symboles dans d'autres films. Rien de grave en tout cas. Notons que les musiques entendues ne sont pas des créations originales puisqu'ici, on se contente de réutiliser, entre autres, des morceaux provenant des films 6 femmes pour l'assassin et La Baie Sanglante, tous deux de Mario Bava. N'y avait-il pas de budget pour embaucher un compositeur ? Mystère. Au final, ce mélange entre polar et giallo fait le taf, nous montre une facette moins poilue de Paul Naschy et devrait satisfaire les amateurs de cinéma bis espagnol...   

* Disponible en combo DVD + BR chez ARTUS FILMS



   

LES YEUX BLEUS DE LA POUPÉE CASSÉE

 

LES YEUX BLEUS DE LA POUPÉE CASSÉE
(Los Ojos Azules de la Muneca Rota)

Réalisateur : Carlos Aured
Année : 1974
Scénariste Paul Naschy, Carlos Aured
Pays : Espagne
Genre : Thriller, Giallo
Interdiction : -16 ans
Avec : Paul Naschy, Diana Lorys, Eva Leon, Maria Perschy, Eduardo Calvo...


L'HISTOIRE Récemment sorti de prison, Gilles est engagé comme homme à tout faire dans un domaine français tenu par trois sœurs. Claude cache sa main atrophiée sous une prothèse, tandis que Nicole est nymphomane, et Yvette en fauteuil roulant. Alors que Gilles est en proie à d’horribles cauchemars dans lesquels il étrangle des femmes, un mystérieux assassin s’en prend aux femmes blondes du canton. Elles sont énucléées et leurs yeux déposés dans un bol...

MON AVIS : L'Italie n'a pas l'apanage du giallo même s'il en est l'inventeur. Rapidement, l'Espagne s'est également intéressé à ce genre très en vogue dans les années 70, en voici un exemple avec Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée. C'est un film réalisé par Carlos Aured, un nom bien connu chez les fans de cinéma fantastique espagnol. Il a été assistant réalisateur dès 1964 puis scénariste également et en tant que réalisateur, on lui doit en 1973 El Espanto surge de la Tumba et L'Empreinte de Dracula, en 1975 La Vengeance de la Momie, tous trois avec Paul Naschy, ainsi que quelques thrillers dont Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée; puis il bifurquera dans la comédie polissonne voir le film érotique et pornographique, dont certain avec Lina Romay, avant de terminer sa carrière en 1985 avec le film d'horreur Atrapos en el Miedo. Il est décédé en février 2008, avec 14 films en tant que metteur en scène. Alors Carlos Aured n'est pas un grand metteur en scène, c'est sûr, mais il n'a jamais eu de gros budget non plus pour montrer ses aptitudes derrière une caméra. Reste que dans le registre du thriller et du fantastique, ses œuvres, sans être transcendantes, restent appréciables et font preuve de qualité. Et c'est justement le cas avec Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée, dont Paul Naschy a participé au scénario. Un film qu'on pourrait qualifier d'hybride tant il joue sur deux ambiances, deux atmosphères assez distinctes. Durant les 42 premières minutes, on est clairement dans le thriller psychologique, avec le personnage de Gilles, joué par Naschy, qui se fait embaucher pour devenir l'homme à tout faire dans une maison où vivent trois sœurs. On a Claude, jouée par Diana Lorys, qui porte une prothèse à sa main suite à un accident et qui se rabaisse sans cesse, n'ayant plus confiance en elle et croyant ne provoquer que le dégoût chez les hommes. On a aussi Nicole, jouée par Eva Léon, rousse incendiaire totalement nymphomane, qui sait parfaitement utiliser et mettre en valeur son corps parfait. Et puis on a Ivette, jouée par Maria Perschy, qui est paralysé et qui se déplace en fauteuil roulant, et qui est devenue paranoïaque, croyant qu'on veut en attenter à sa vie. Elle suit le traitement du docteur Phillipe, le médecin de famille qui a fort affaire avec ses trois sœurs tellement différentes et souffrant toutes de névroses à un stade avancé. C'est donc avec ce trio que va devoir composer Paul Naschy, qui semble lui aussi avoir un petit problème psychologique, on le découvrira lors de séquences oniriques dans lesquelles il se voit en train d'étrangler une jolie blondinette. Bref, tous les personnages ont un truc qui cloche et l'ambiance devient un peu malaisante, Naschy étant attiré par Claude mais ne refusant pas les avances charnelles de Nicole, le tout sous le regard étrange d'Ivette, qui n'a pas confiance en sa nouvelle infirmière, la blonde Michelle jouée par Inès Morales, qui, elle aussi, semble cacher quelques secrets, passant son temps à recevoir des appels téléphoniques qui la rendent suspecte. Reste que le scénario se la joue un peu fainéant et qu'il ne se passe pas grand chose en réalité dans cette maison, dont seul l'aspect gentiment érotique prodigué par le charme d'Eva Léon nous permet de ne pas décrocher. Et puis, à 42 minutes, le film bifurque dans le giallo, avec l'apparition d'un tueur vêtu de noir, ganté et maniant le hachoir de boucher et autres armes blanches avec efficacité. Il s'en prend à de jeunes filles blondes aux yeux bleus, yeux qu'il énuclent pour les conserver dans un bocal. La police est sur les dents car le nombre de cadavres commencent à gonfler et l'inspecteur Pierre ne trouve pas de mobile ni de suspect, même si Paul Naschy est le premier sur sa liste, les meurtres ayant démarré peu de temps après son arrivée dans le village. Des meurtres qui font gicler le précieux liquide rouge sur notre écran, on a un hachoir qui s'enfonce dans une gorge, une gorge tranchée au couteau ou une victime frappée avec une griffe de jardinage entre autres. Comme dans tout bon giallo, on se demande qui est l'assassin, on essaye de deviner quelles sont les fausses pistes sur lesquelles on veut nous emmener et le film devient plus intéressant, plus dynamique, même s'il ne parvient pas vraiment à faire naître un quelconque suspense ou une quelconque tension. Carlos Aured n'est pas Dario Argento et ça se ressent même si le spectacle n'est pas déplaisant et que le réalisateur utilise à bon escient la mélodie de la chanson Frère Jacques en tant que comptine musicale modernisée lors des meurtres, un élément classique dans le giallo. Dommage que le reste de la partition musicale soit, pour ma part, hors contexte, puisque très guillerette, nous faisant penser qu'on est dans une comédie la plupart du temps. En tout cas, l'intrigue se suit avec intérêt et on aura droit à un double twist final qui plonge le film dans le macabre et relève son intérêt. A noter une scène de mise à mort d'un cochon, égorger à l'ancienne, qui rebutera à coup sûr les amis des animaux. A titre personnel, je n'ai pas trop compris l'intérêt d'avoir filmé cette séquence qui ne sert à rien dans le scénario. Bref. Avec une mise en scène un peu plate et un démarrage un peu longuet, Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée s'en tire avec les honneurs grâce à son intrigant casting féminin qui lui permet d'être un peu plus qu'un simple giallo anecdotique. Un film honnête à défaut d'être renversant et que j'ai pris plaisir à découvrir.

* Disponible en combo DVD + BR chez ARTUS FILMS
BONUS :
- Présentation de Carlos Aured et du film par Emmanuel le Gagne et Alain Petit
- Diaporama d’affiches et de photos
- Film-annonce original



KILLDOZER

 

KILLDOZER
(Killdozer)

Réalisateur : Jerry London
Année : 1974
Scénariste Herbert F. Solow
Pays : USA
Genre : Thriller, Fantastique
Interdiction : /
Avec : Clint Walker, Robert Urich, Carl Betz, Neville Brand, James Wainwright...


L'HISTOIRE : Sur une île du Pacifique, le contremaître Lloyd Kelly,avec son équipe constituée de cinq ouvriers, doit construire une piste d’atterrissage. Durant les travaux de déblaiement, une énorme pierre est mise à nu, dont la provenance reste un mystère. Kelly demande au conducteur McCarthy de la déloger avec son bulldozer D9 mais quand le véhicule touche la pierre, une étrange lumière bleue se met à irradier, provoquant de graves blessures au conducteur. Pire que tout, la lumière semble avoir pris possession du bulldozer, qui se met à avancer tout seul et à attaquer le reste de l'équipe...

MON AVIS : En 1971, un jeune Steven Spielberg avait surpris son monde avec son histoire de camion tueur, dont on se demandait s'il y avait bien un chauffeur à l'intérieur. Duel, téléfilm diffusé au cinéma grâce à ses nombreuses qualités, allait engendrer quelques rejetons dans sa lignée, élargissant par la même occasion le sous-genre des véhicules tueurs, ces derniers pouvant provoquer la mort soit en étant utilisés par leurs conducteurs en engins meurtriers, soit en étant pourvus d'une vie propre, possédés par un quelconque esprit maléfique. C'est l'option retenue par Jerry London en 1974, avec le plus que curieux Killdozer, petit téléfilm produit tout de même par la Universal et tombé aux oubliettes depuis, voire totalement ignoré dans notre beau pays, mais qui a acquis un statut de film culte aux USA au fil du temps, malgré des critiques assez négatives quant à ses qualités à l'époque de sa diffusion, et ce, notamment lorsqu'il fut l'objet d'une blague dans le dessin-animé trash Beavis and Butt-Head en 1993. A l'origine du projet, on trouve une courte nouvelle écrite par Theodore Sturgeon,  publiée en 1944 dans le magazine Astounding Science-Fiction. Le récit a été remanié par l'auteur lui-même, accompagné par Ed MacKillop puis scénarisé par Herbert F. Solow. A l'arrivée, on obtient un téléfilm totalement what the fuck?! de par son sujet, vu qu'on parle tout de même d'un bulldozer possédé qui avance tout seul et va se mettre à attaquer des humains ! Une possession extra-terrestre à l'évidence, puisque le point de départ de la possession est le choc entre le bulldozer et une météorite tombée du ciel et enfouie dans le sol. Alors oui, on ne va pas s'attarder sur l'aspect pas vraiment crédible de cette histoire, ni sur le fait qu'un bulldozer de cette taille n'avance en réalité pas très vite et qu'un humain peut très facilement le distancer sans risquer sa vie. On préfère s'amuser à regarder notre monstre métallique faire clignoter ses phares, avancer de façon menaçante, activer sa pelle hydraulique telle une mâchoire vivante face au casting, qui parvient à ne pas rigoler et à rester sérieux, ce qui ne sera peut être pas le cas du spectateur. Il est vrai qu'on ne ressent aucune tension, aucun suspense face aux exactions de notre bulldozer possédé qui avance à deux à l'heure et que le casting ne fait pas non plus de grand effort pour dynamiser le rythme ou créer des situations un peu tendues. Parmi ce dernier, on trouve, entre autres, Clint Walker, qui joue le contremaître, ex-alcoolique qui se voit offrir une dernière chance et qui doit impérativement réussir à terminer le chantier ; Carl Betz qui joue un employé pas très commode ; Neville Brand, acteur bien connu des fans pour avoir joué le gérant d'hôtel psychotique possédant un crocodile dans Le Crocodile de la Mort de Tobe Hooper en 1976. Killdozer ne s’embarrasse pas d'un grand casting puisqu'on aura en tout et pour tout 6 acteurs à l'écran, devenant à tour de rôle les proies du bulldozer vivant. On retiendra par contre quelques répliques bien trouvées pour l'époque, dont l'emblématique "on ne peut pas tuer une machine" ou ce dialogue incroyable "comment s'y prendre pour tuer une machine ?" / "Une machine ? Il est trop lourd pour être suspendu et trop gros pour être placé dans une chambre à gaz" ! Dingue, non ? Rien de bien palpitant sinon au programme, On a vraiment affaire à un téléfilm sans grand moyen mais qui tente tout de même de bien faire et traite son histoire avec grand sérieux, même si on sourira souvent devant le ridicule de certaines situations. En tout cas, Killdozer reste une oeuvre à découvrir, parce que ce n'est pas tous les jours que vous verrez un bulldozer géant avoir une vie propre !

 


PERSONNE N'A ENTENDU CRIER

 

PERSONNE N'A ENTENDU CRIER
(Nadie oyo Gritar)

Réalisateur : Eloy de la Iglesia
Année : 1973
Scénariste Antonio Fos, Gabriel Moreno Burgos, Eloy de la Iglesia
Pays : Espagne
Genre : Thriller
Interdiction : -12 ans
Avec Carmen Sevilla, Vincente Parra, María Asquerino, Tony Isbert...


L'HISTOIRE : Elisa est une escort-girl raffinée, qui gagne de l'argent en passant des weeks-ends avec des hommes fortunés. De retour chez elle, elle entend Miguel, son voisin, qui essaye de réparer la porte de l'ascenseur. En sortant sur le palier, elle découvre ce dernier qui fait disparaître un corps dans la cage de l'appareil. Terrorisée, Elisa s'enferme chez elle mais Miguel, armé d'un pistolet, l'oblige à le laisser entrer. L'homme avoue qu'il vient de tuer sa femme et va forcer Elisa à l'aider à se débarrasser du cadavre, faisant d'elle sa complice...

MON AVIS : Les amateurs de cinéma Bis connaissent principalement le réalisateur espagnol Eloy de la Iglesia pour son film Cannibal Man - La Semaine d'un Assassin, réalisé en 1972 et qui avait bénéficié d'un visuel accrocheur lors de sa sortie en VHS en France. L'année suivante, il met en scène ce Personne n'a entendu crier, qui joue dans la cour du giallo de machination si on peut dire, du thriller d'ambiance qui réserve rebondissements et twist final, et qui le fait avec une réelle maîtrise. Au casting, on trouve Carmen Sevilla, actrice qui a débuté en 1947 et qui joue Elisa, une jeune femme frivole qui va être entraînée malgré elle dans une sordide histoire de meurtre. L'assassin, c'est Vincente Parra, le sordide héros de Cannibal Man justement. Ici, il joue donc Miguel, un homme charmant, poli mais qui doit tout faire pour se débarrasser du corps de sa femme sans être vu, ce qui est plutôt raté puisque pris sur le fait par Elisa. Un petit jeu du chat et de la souris va s'engager entre ces deux personnages et l'ambiance va vite devenir assez tendue. Eloy de la Iglesia et ses deux scénaristes vont alors jouer avec les attentes du spectateur, créant des situations stressantes, notamment lors de la fuite en voiture de Miguel, assisté par Elisa qui n'a pas d'autres choix que de céder aux ordres du meurtrier. Avec le corps caché dans le coffre, le voyage ne va pas être de tout repos, surtout quand une patrouille de police stoppe le véhicule et le réquisitionne pour emmener des blessés à l'hôpital. L'agent des forces de l'ordre insiste pour placer l'imposante valise d'Elisa dans le coffre, afin de libérer les sièges arrières de la voiture. Une situation qui va faire perler de sueur le front de Miguel, qui va toutefois trouver une alliée inattendue en la personne d'Elisa. Les rapports entre la jeune femme et l'assassin vont devenir de plus en plus troubles au fur et à mesure de l'avancée du film, Elisa semblant victime du syndrome de Stockholm, des sentiments pour le ténébreux Miguel semblant naître en elle. Bien malin, le scénario va nous réserver de nouvelles surprises et retournements de situation, tout en intégrant un troisième personnage au sein du duo, celui de Tony. Personne n'a entendu crier est avant tout un film qui prend son temps, qui ne mise pas sur l'action mais sur une atmosphère suffocante, très Hitchcockienne, et qui possède une mise en scène et une photographie inspirées. Hitchcock nous vient en effet irrémédiablement à l'esprit quand on regarde l'excellent film d'Eloy de la Iglesia. Comment, par exemple, ne pas penser à Norman Bates se demandant si la voiture de sa victime va couler, lors de la séquence où Miguel se demande si le cadavre lesté de sa femme va bel et bien sombrer au fond du lac ? Il en va de même pour Carmen Sevilla, qui interprète une héroïne très giallesque, parfaite au niveau de son interprétation. On peut aussi y voir des influences des Diaboliques de Clouzot. Le film est bardé de sous-entendus, de faux semblants, d'images trompeuses nous menant vers de fausses pistes, afin de mieux nous asséner le twist final, surprenant et inattendu. Le film n'est pas très violent, ni sanglant, même si on a quelques légers plans sanguinolents à se mettre sous la dent. Mais c'est bel et bien l'intrigue qui nous tient en haleine et nous manipule avec virtuosité, et on adore se laisser happer par cette dernière, on adore se faire embarquer avec les personnages dans ce thriller conventionnel certes, mais qui réussi son coup haut la main et distille son ambiance avec élégance. Un film de machination dont je n'avais jamais entendu parler et que j'ai fortement apprécié pour ma part ! A noter l'ultime séquence, pleine d'humour et de cynisme, qui ne manquera pas de vous faire sourire devant votre écran...

* Disponible en combo DVD + BR chez ARTUS FILMS 



MASSACRE AU DRIVE-IN

 

MASSACRE AU DRIVE-IN
(Drive-in massacre)

Réalisateur : Stu Segall
Année : 1976
Scénariste John F. Goff, George 'Buck' Flower, Stu Segall
Pays : USA
Genre : Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : John F. Goff, Steve Vincent, Douglas Gudbye, Robert E. Pearson, Verkina Flower...


L'HISTOIRE Un petit drive-in californien devient le théâtre de sanglantes tueries. Les spectateurs sont victimes d'un maniaque armé d'un sabre. Les détectives Larry et Mike sont chargés de l'enquête…

L'AVISLe réalisateur Stu Segall est certainement plus connu pour ses films X mettant en scène la star Marilyn Chambers ("Insatiable 1 et 2" par exemple) que pour ce film d'horreur que j'aurai mieux fait de laisser dans son étui de Vhs au lieu de le donner en pâture à mon magnétoscope. Déjà qu'avec le Dvd, le pauvre ne sert plus beaucoup, mais si en plus je lui donne à visionner de pareil navet, il va finir par rendre l'âme avant l'heure ! J'ai tenté de le consoler en lui disant qu'il allait rendre service à des milliers de lecteurs, qui n'auront pas à dépenser de l'argent s'ils trouvent un jour ce film dans une brocante ou qui ne perdront pas 1h10 de leur vie si l'idée leur venaient de le regarder ! Ca va, cet argument a semblé le convaincre. Pour bien planter le décor, je vais déjà vous avouer que j'ai du visionner ce film trois fois pour en faire cette critique, parce que je me suis endormi sur les deux précédentes visions tellement le rythme est palpitant. Et quasiment au même endroit en plus. Comme j'aime bien regarder un film dans sa totalité pour en avoir une bonne vue d'ensemble, j'ai retenté une troisième vision qui s'est enfin conclue par un succès ! Si ça c'est pas du professionnalisme ! Faudra pas venir me dire que la note est mise à l'aveuglette, comprenne qui pourra. En tout cas, le constat au bout de trois visions (bon, une vision et deux quart de vision, ok, ok…) est toujours le même : c'est nul. Il y a une scène où un couple regarde donc un film, puisque l'action se passe dans un drive-in, et le mec, qui pense plus à faire des papouilles à sa copine plutôt qu'à regarder l'écran dit "c'est une merde ce film !". Savait-il qu'il était en train de jouer également dans une merde ? Ceux qui me connaisse savent que je ne suis pas partisan de la notation agressive, de la mise de 0, et que j'essaye toujours de trouver un argument positif dans les mauvais films. Une actrice jolie, qui joue plutôt bien, et hop, le zéro passe à un. Des effets spéciaux sympas, et hop, petite augmentation de la note. Des efforts dans la réalisation, ou un scénario qui tente d'être original, idem. Mais là, que faire ? Je croyais avoir touché le fond avec Néon Maniacs ou Blood Tracks mais pas du tout ! Stu Segall a fait bien plus fort que ces deux films réunis ! Y'a bien un plan sur des seins fort jolies, mais je ne me laisserai pas avoir. Y'a bien une petite décapitation sympa au tout début, mais devant le désastre atomique du reste du film, il va quand même falloir que je me fasse violence et donner une note inférieure à 1 cette fois-ci. Pas zéro, parce que le film existe, qu'il y a eu du travail dessus malgré le résultat, donc soyons clément, mais un 0,5 bien mérité ! Parce qu'en plus, le film se fout de la gueule du spectateur comme c'est pas permis. La fin, elle m'a laissé bouche bée. J'en reviens encore pas d'ailleurs. Y'en a qui abuse quand même. Le début laissait pourtant suggérer un film sympa. Un couple vient se garer sur un des emplacement du drive-in et commence à se conter fleurette quand le mec désire juste voir le début du film. Il passe la tête et une partie de son corps par la vitre de la portière pour augmenter le son des bornes sonores placées à côté de chaque emplacement. Image d'une lame de sabre qui s'abat et décapite violemment le jeune homme. Cris de sa copine qui se prend la lame dans le cou et tombe par terre, le visage ensanglanté. On se dit que ça va occire pas mal et qu'on va avoir droit à de bonnes scènes sanglantes. Tout faux ! Ce sera quasiment la seule séquence intéressante du film, c'est pour dire. La suite nous présente un duo de flics empotés, qui vont aller interroger le responsable du drive-in, un personnage antipathique et méchant, puis l'homme d'entretien, un simple d'esprit ancien avaleur de sabre. Comme par hasard. Le tueur serait-il l'un de ses deux personnages ? En tout cas, on a droit à des nombreuses scènes de dialogues avec les deux policiers qui n'apportent aucun élément de réponse et qui endorment littéralement le spectateur, pauvre témoin de ce spectacle affligeant de banalité. Mauvais jeu d'acteurs, dialogues inutiles, on sombre dans les abysses sans fond de la nullité. Deux ou trois autres meurtres nous seront proposés, avec des effets spéciaux qui ont du coûter quelques euros et qui ne réveilleront même pas. Le comble de tout n'est pourtant pas encore arrivé. En effet, les scénaristes n'ayant rien à raconter, on balance l'histoire d'une prise d'otage d'une jeune fille par un malabar qui n'a aucun rapport avec la trame principale du film. L'action se passe dans un entrepôt et nos deux flics vont devoir intervenir. On a du mal à réaliser ce qu'on est en train de voir. Par contre, on comprend très vite qu'on s'est bien fait avoir. La dessus, pas de soucis. Mais le comble est à venir. Une honte. Le final. On s'attend quand même à découvrir l'identité du tueur au sabre. Ben vous savez quoi ? Vous ne saurez rien, si ce n'est que les deux tueurs potentiels (le gérant et l'homme d'entretien donc) sont retrouvés morts par les deux flics et là, un texte se met à défiler sur l'écran, nous disant que les crimes ont continué dans d'autres drive-in, que la police n'a jamais eu d'indices sur le ou les tueurs, et que ceux-ci vont sûrement frapper à nouveau, dans d'autres endroits. Fin. Vous y croyez sérieux ?? C'est pas se foutre du monde ça ? 1h14 pour arriver à ça ???!!! Sérieux, monsieur Stegall, retournez faire des films pornos, au moins, on en aura pour notre argent. A éviter comme la peste !