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SOUPÇONS DE MORT

 

SOUPÇONS DE MORT
(Quando Alice ruppe lo specchio)

Réalisateur Lucio Fulci
Année : 1988
Scénariste Lucio Fulci
Pays : Italie
Genre : Horreur, gore, thriller
Interdiction : -16 ans
Avec : Brett Halsey, Al Cliver, Zora Kerova, Ria de Simone, Sacha Darwin...


L'HISTOIRE : D'apparence tranquille, Lester Parson est en réalité un tueur en série sans remord, qui gagne la confiance de riches veuves pour mieux les prendre dans ses filets et les faire disparaître. Parieur invétéré, sa soif d'argent le mène à commettre des erreurs sur les lieux des meurtres et la police fait tout pour mettre fin à son règne de terreur...

MON AVIS : Fin des années 80, Lucio Fulci, malade, n'est plus à l'apogée de son talent et il enchaîne des petites séries B pas très glorieuses, à l'image de l'insipide Les Fantômes de Sodome ou des moyens Nightmare concert ou Demonia entre autres. En 1988, il dirige Brett Halsey, acteur qu'on a déjà vu dans Le Miel du Diable, dans ce curieux Soupçons de Mort, dont il signe également le scénario. Curieux car le film, qui joue dans le rayon des films de tueurs en série, se dote d'une approche assez surprenante et déstabilisante de prime abord. Car à bien y regarder, Soupçons de Mort est avant toute chose une sorte de comédie très noire, à l'humour décalé, qui fait de son anti-héros une sorte de dérivé de Barbe Bleue ou de Ted Bundy, qui n'en finit plus de sombrer dans la folie, allant jusqu'à s'imaginer que quelqu'un le poursuit et s'amuse à disséminer des indices sur les lieux des meurtres pour qu'il se fasse attraper par la police. Une schizophrénie qui prend de l'ampleur, notre tueur parlant à une cassette audio qui lui répond comme si elle était son double, ou qui pense même à un moment donné que c'est sa propre ombre, qui a disparu, qui lui joue des tours. Dommage que cette idée de l'ombre perdue ne soit pas plus développée et n'intervienne qu'en fin de métrage. Car elle sous-entend que notre tueur souffre également du syndrome d'Alice au pays des Merveilles, syndrome qui affecte l'irrigation du cerveau et qui se traduit chez ceux qui en souffrent par des hallucinations, une impression de déformation de la représentation des corps dans l'espace voire même la disparitions de certaines parties de leur corps. Et ce n'est pas le titre original du film qui va venir me contredire puisqu'on peut le traduire par Quand Alice a brisé le miroir. Avouez que ce n'est pas anodin. Véritablement dérangé du ciboulot, le personnage de Lester Parson est haut en couleur, mis en valeur par la prestation elle aussi décalée de Brett Halsey, qui semble prendre un réel plaisir à surjouer et à grossir les traits de son personnage. Bon, et sinon, ça vaut quoi Soupçons de Mort ? Le film commence plutôt bien, même si la photographie est d'une platitude téléfilmesque pas très réjouissante. On a Brett Halsey qui se fait cuire un beau morceau de steak et qui le savoure avec appétit, puis la caméra fait un travelling jusque dans la cave où on découvre une femme nue allongée sur une table, qui semble morte. La caméra fait un gros plan sur un morceau de chair manquante près de son ventre et on comprend d'où vient le fameux steak précité ! Notre homme est donc cannibale. Ça démarre fort. Et ça enchaîne encore plus fort puisque le voici face à cette femme inanimée, prenant une tronçonneuse pour la démembrer, le tout en gros plan et avec moult giclées de sang : les deux bras, les deux jambes, la tête et le tronc y passe, le tout sur une petite musique issue du répertoire classique qui contraste avec les horribles images proposées, même si on est loin du réalisme d'American Guinea Pig en terme d'effets spéciaux mais passons. Une entrée en matière qui fait plaisir à voir en tout cas, les amateurs de gore craspec apprécieront. L'humour noir est déjà présent, avec ces intestins passés au mixeur et offerts à des cochons qui vont s'en régaler. La suite nous fait découvrir que Lester est un joueur compulsif, qui adore parier sur les courses de chevaux et qui se met dans des situations financières compliquées. D'où son parcours de tueur en série, devant trouver des femmes riches pour leur soutirer de l'argent avant de les tuer. Lors de son nouveau rencard, l'humour noir va encore augmenter puisque la soit-disant belle femme qu'il doit séduire possède une pilosité assez envahissante, porte des verrues sur le corps et surtout refuse de boire sa coupe de champagne empoisonnée, ce qui provoquera quelques sourires chez le spectateur. Il est à noter que toutes les femmes de ce film ont une difformité physique ou un détail qui ne les embellit pas, ce qui n'aidera pas Fulci à se débarrasser de sa réputation misogyne. Je me suis demandé si en fait, ce n'était pas fait exprès pour nous faire comprendre que, encore une fois, c'est une vision déformée des femmes que voit notre tueur, vision issue de son cerveau malade. C'est possible. Le gore fera son retour quand il décidera de passer à la vitesse supérieure avec cette dulcinée poilue, échangeant la coupe de champagne avec un nerf de bœuf qui fracassera de manière brutale le crâne de notre malheureuse victime, qui finira la tête enfoncée dans un four, la caméra filmant la cuisson du visage de l'intérieur du four. Comme vous voyez, ça ne lésine pas sur la violence graphique même si, encore une fois, ce n'est pas super réaliste et ça fait plus bricolage qu'autre chose. Le film poursuit sur sa lancée, sans grand génie, avec d'autres victimes féminines qui se font tuer, on note un amoindrissement de l'aspect gore, y'avait p'tet plus de budget pour le faux sang, et des touches d'humour toujours présentes, comme ce pied récalcitrant qui ne veut pas rentrer dans le coffre ou cette femme strangulée qui ne tient pas en place sur le siège passager alors que notre tueur subit un contrôle de police. On note également une évolution à partir des trois quart de Soupçons de Mort, le film devient nettement moins graphique, moins violent et s'attarde plus sur la folie de son personnage principal, la musique devient plus angoissante aussi. On a un dernier rendez-vous galant à se mettre sous la dent, en la personne de l'actrice Zora Kerova, celle-là même qui se faisait pendre par les seins dans le festif Cannibal Ferox ! Affublée d'un bec de lièvre, elle va néanmoins tenter de faire succomber notre Lester qui voit un nouveau moyen s'enrichir. Tout va-t'il se passer comme prévu ? Je vous laisse le surprise. Au final, Soupçons de Mort, si on accepte son côté humour noir, ne se montre pas inintéressant, est assez généreux niveau gore, mais on est quand même très loin de la qualité des films de Lucio Fulci de la grande époque. Vraiment très loin. 

LE MIEL DU DIABLE

LE MIEL DU DIABLE
(Il Miele del Diavolo)

Réalisateur Lucio Fulci
Année : 1986
Scénariste Lucio Fulci, Jaime Jesús Balcázar, Ludovica Marineo, Vincenzo Salviani
Pays : Italie, Espagne
Genre : Drame, Thriller, Érotique
Interdiction : -16 ans
Avec : Brett Halsey, Corinne Cléry, Blanca Marsillach, Stefano Madia, Paula Molina...


L'HISTOIRE Cécilia et Gaetano vivent une relation amoureuse tumultueuse, basée sur la domination et le masochisme. Gaetano est un musicien, saxophoniste assez doué, qui aime par-dessus tout le sexe et qui n’hésite pas à obliger Cécilia à se soumettre à tous ses désirs pervers. Lors d’une virée à moto, le couple a un accident qui paraît sans gravité mais Gaetano tombe dans le coma peu de temps après. Le docteur Domenici tente de lui sauver la vie mais échoue. Lorsque Gaetano décède, Cécilia tient le docteur pour responsable et le kidnappe, bien décidée à le faire payer pour ne pas avoir réussi à sauver son amoureux…

MON AVIS : On sait que Lucio Fulci est un habile touche-à-tout et qu'il s'est illustré de bien belle manière dans les divers genres qu'il a approché, que ce soit la comédie avec On a demandé la main de ma sœur), le western avec Le Temps du Massacre), le giallo avec Le Venin de la peur, le film de machination avec Perversion Story, le drame historique avec Beatrice Cenci, le polar avec La Guerre des Gangs ou le film d'horreur avec Frayeurs ou  L'Au-Dela pour n'en citer que quelques-uns. Tombé gravement malade après le tournage de Murderock en 1984, ce qui l'éloigne pour un temps des plateaux de cinéma, Fulci, bien qu'encore affaibli, accepte de reprendre du service deux ans plus tard, pour une co-production italo-espagnole et dans un genre auquel il ne s'est pas encore essayé, à savoir le drame érotique. Ce film, ce sera donc Le Miel du Diable, oeuvre relativement méconnue du réalisateur, peu citée des fans mais qui est pourtant des plus intéressantes et qui s'avère plutôt bien maîtrisée qui plus est, l'histoire ne se privant pas d'intégrer des thématiques chères au metteur en scène, comme la notion de mort, de désespoir ou de fatalité. Interprété par un casting qui sied bien à l'univers malsain du film, porté par la performance de l'actrice Blanca Marsillach, qui joue le personnage psychologiquement instable de Cecilia, mais également par Brett Halsey (le docteur Domenici), Corinne Cléry (la femme frustrée de Domenici) ou Stefano Madia (le macho Gaetano), Le Miel du Diable met particulièrement bien en avant son argument érotique, avec de nombreuses scènes de sexe bien filmées et dans lesquelles Fulci sublime les corps parfaits de ses deux actrices. Mais ces séquences érotiques sont toutes parsemées d'un côté malsain, que ce soit la relation entre Gaetano et Cecilia, qui flirte dangereusement avec la sado-masochisme, ou la relation entre le docteur Domenici et sa femme, qui reste platonique et désespérante. Le fait que les personnages n'ont pas de véritable relation amoureuse tendre et reposante amplifie la part ténébreuse du Miel du Diable. L'emprise qu'exerce Gaetano sur Cecilia est à ce titre particulièrement destructrice, cette dernière ne se voyant que comme un vulgaire bout de viande que son compagnon peut malaxer et pétrir comme bon lui semble. Les penchants pervers de Gaetano, véritable libertin doublé d'un côté macho prononcé, font subir une réelle pression psychologique à la jeune femme, qui ne parvient pas à se détacher de cette relation toxique et cède à tous les désirs de son fiancé, quels qu'ils soient. C'est une relation toxique mais néanmoins fusionnelle tant les deux amants ne peuvent vivre l'un sans l'autre. A l'inverse, la relation de couple du docteur Domenici avec sa femme est en encéphalogramme plat. Totalement impuissant à faire l'amour à sa femme, le médecin doit combler cette perte de virilité avec des prostituées, ne se rendant même pas compte que sa femme est au courant de ses liaisons. On le voit, l'amour dans Le Miel du Diable est loin d'être gai, le film ne respirant jamais la joie de vivre, et son fatalisme, voire même son nihilisme, est assez perturbant. Fulci a réalisé un film de dépressif, dans lequel tous les personnages, masculins ou féminins, sont des pervers, des névrosés. Le film bascule ensuite dans une sorte de film de vengeance une fois le Dr Domenici kidnappé par Cécilia. Comme ce dernier, ne pensant qu'aux paroles de sa femme demandant le divorce, a raté l'opération du cerveau sur Gaetano, Cecilia le tient pour responsable et ne voit plus qu'en lui le meurtrier de son amour. On assiste alors à un huis clos troublant, dans lequel le syndrome de Stockholm trouve sa place de façon toujours aussi malsaine. La caméra de Fulci suit les courbes affriolantes de Blanca Marsillach, sonde le visage et l’âme de Brett Halsey, qui semble trouver dans cette nouvelle relation d’humiliation la solution à son impuissance. La dernière image, un pistolet, nous indique que cette liaison ne trouvera son issue que dans la mort. Bref, malgré quelques menus défauts et un aspect parfois téléfilm du rendu de l'image, Le Miel du Diable est une oeuvre à réévaluer à la hausse je pense, qui propose de bonnes idées (l'utilisation du saxophone comme objet phallique lors d'une scène érotique troublante entre autres) et qui bénéficie d'une ambiance défaitiste vraiment marquante. C'est en tout cas un film largement supérieur aux films à venir de Lucio Fulci, qui va sombrer dans une spirale infernale de décadence cinématographique bien éloignée des perles qu'il a su nous offrir auparavant...

* Disponible en combo Mediabook DVD + BR chez ARTUS FILMS
Proposé avec un nouveau master 2K et en version intégrale, Le Miel du Diable peut enfin être visionné dans de très bonnes conditions, ce qui amplifie le fait qu'il doit être réévalué séance tenante. Des bonus sont bien sûr proposés, comme des entretiens avec Claudio Natili, Vincenzo Salviani, Corinne Cléry ou Antonella Fulci. Un diaporama d’affiches et de photos, le générique français et un livret de 80 pages viennent s'ajouter à cette belle édition.


BEATRICE CENCI

BEATRICE CENCI
(Beatrice Cenci / Liens d'Amour et de Sang)

Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1969
Scénariste : Lucio Fulci, Roberto Gianviti
Pays : Italie
Genre : Drame, Historique
Interdiction : -16 ans
Avec : Tomas Milian, Adrienne Larussa, Georges Wilson, Antonio Casagrande...


L'HISTOIRE : À Rome en 1599, la jeune Béatrice attend dans une cellule le moment de son exécution. Son crime est d’avoir commandité l’assassinat de son père, Francesco Cenci, noble tyrannique et incestueux. La sentence provoque l’ire du peuple qui voit en la « Belle parricide » la martyre d’une société arrogante et hypocrite. Mais derrière l’icône se cache un personnage complexe qui a su manipuler les sentiments du serviteur Olimpio pour arriver à ses fins...

MON AVIS : Quand on évoque le nom de Lucio Fulci, on pense en premier lieu à ses nombreuses œuvres horrifiques, de L'Enfer des Zombies à Frayeurs, de L'Au-Delà à La Maison près du Cimetière entre autres, pour ne citer que les quatre plus célèbres. Les amateurs du réalisateur transalpin savent pourtant qu'il a touché à bien d'autre genre, tel la comédie, le western, le polar, l'heroic fantasy ou le film d'aventure par exemple. En 1969, il s'attaque même au drame historique, pour ce qui sera d'ailleurs son unique incursion dans ce genre, et réalise Beatrice Cenci, film à costumes qui mêle vérité et liberté historique, drame sordide, machination, amour destructeur et scènes de torture. A l'arrivée, un seul mot nous vient à l'esprit après visionnage du film : grandiose ! Sans contestation possible, on tient là le plus beau film de Lucio Fulci, avec La Maison près du Cimetière. Connu en France sous le titre de Liens d'Amour et de Sang, Beatrice Cenci est une oeuvre maîtrisée, visuellement magnifique, et qui n’hésite pas à égratigner de façon frontale la religion et le Pape lui-même, ce qui valut d’ailleurs au film quelques petits soucis avec le Vatican lors de sa sortie. L’insuccès du film déprima profondément Lucio Fulci qui s’était investi à fond dans le projet, disant même que c'est le film qui lui tient le plus à cœur de toute sa filmographie. Relatant un fait divers ayant eu lieu au XVIème siècle et qui demeure toujours présent dans les esprits en Italie, le personnage de Beatrice étant devenu l'icône du féminisme suite à sa décapitation pour "parricide", le film de Fulci est une oeuvre forte, chargée d’émotion et de scènes choc, puissantes. Le personnage de Francesco Cenci, interprété avec conviction par le français Georges Wilson (célèbre acteur, père de Lambert Wilson et réalisateur d'un unique film, La Vouivre en 1989) nous apparaît d’une cruauté sans égale, cupide, violent, se réjouissant de la mort de deux de ses fils car cela lui permet de ne plus dépenser d’argent pour eux, ou n’hésitant pas, sous l’emprise de l’alcool, de tenter d’avoir une relation sexuelle avec sa propre fille Béatrice. On comprend alors le désir morbide de cette jeune fille, qui se destine au couvent, à vouloir la mort de son paternel. Mais l’Inquisition, dans toute sa mauvaise foi, ne verra dans ce drame familial qu’un prétexte pour torturer et mettre à mort les membres de la famille Cenci, permettant alors à l’Église de récupérer toute la fortune et les biens amassés par Francesco Cenci. On comprend que le Vatican n’ait pas apprécié cette lourde charge de Lucio Fulci à son encontre, ce dernier étant pourtant croyant. Il n’hésite d’ailleurs pas à filmer de manière crue les tortures subies par le serviteur de Béatrice, personnage très bien interprété par Tomas Milian. Des séquences d’une rare intensité et superbement mises en scène, avec un souci de réalisme qui fait froid dans le dos. On n’est pas loin du terrible La Marque du Diable qui sortira l’année suivante. Mais plus que les attaques envers la religion et la soif d’argent et de pouvoir, Beatrice Cenci est avant tout un hymne à la condition féminine, une ode à la liberté des femmes, une attaque contre la patriarcat. Béatrice devient alors une sorte de martyr, ayant juste voulu s’échapper d’une vie qu’on a décidé pour elle, d'une vie placée sous le signe de la peur et de la violence, deux facteurs représentés par la figure du père. On peut trouver  hautaine et ingrate l'attitude de Beatrice face à son serviteur qui vient de se faire torturer et qui l'a aidé à mener à bien son parricide par amour, la jeune femme ne lui jetant jamais un seul regard quand elle quitte la salle d'audience. Une attitude qui montre que Beatrice a plusieurs facettes et que derrière son visage angélique peut se cacher un être froid et déterminé, voire même cruel, qui n'hésite pas à se montrer manipulatrice pour parvenir à ses fins. Impossible de ne pas mentionner son extraordinaire interprète, Adrienne Larussa, assurément l'une des plus belles actrices jamais vues sur un écran. Si l'entente entre l'actrice et son réalisateur n'était pas au beau fixe durant le tournage, Adrienne Larussa ayant tendance à se prendre pour une "diva" selon quelques autres acteurs (dont Mavie Bardanzellu qui joue la mère de Beatrice dans le film), impossible de rester insensible face à ce visage parfait, qui incarne tour à tour la détermination, l'abnégation, la peur, la haine, la souffrance. La jeune actrice américaine, qui n'a pas eu une grande carrière (on l'a vu dans Psychout for Murder en 69 ou dans L'Homme qui venait d'ailleurs en 76 par exemple, ainsi que dans des épisodes de séries-télévisées) s'en sort vraiment bien et irradie l'écran à chacune de ses apparitions. La musique de Angelo Francesco Lavagnino et Silvano Spadaccino accompagne merveilleusement bien les images et donne une touche poétique à des scènes pourtant bien cruelles. Sombre, âpre, très nihiliste et jusqu’au-boutiste, Beatrice Cenci est vraiment un film phare dans la filmographie de Fulci et il mérite réellement d'être reconnu en tant que tel.

* Disponible en Mediabook DVD + BR chez ARTUS FILMS

LE MEDIABOOK :
L'éditeur Artus Films poursuit donc sa collection dédié à Lucio Fulci et nous permet de visionner Beatrice Cenci dans des conditions optimales, en VF ou en VOSTF. La copie est très belle, bien définie, bien contrastée, avec un beau grain cinéma. Niveau bonus, outre un livret informatif de 64 pages qui revient autant sur le film que sur le fait historique lui-même, on trouve  une courte présentation du film par Lionel Grenier, une analyse du film par Lionel Grenier, un entretien avec Mavie Bardanzellu, un autre avec Antonio Casagrande ainsi qu'un petit module vidéo nous donnant la joie de revoir Adrienne LaRussa qui nous livre quelques anecdote sur le tournage et sa relation avec Fulci. Un diaporama et des affiches/photos complètent le tout. Du bel ouvrage, comme d'habitude.





POUR LES FANS DE LUCIO FULCI, LE FANZINE TOUTES LES COULEURS DU BIS QUI LUI ÉTAIT DÉDIÉ VIENT DE S'OFFRIR UN RETIRAGE ! 
FILMOGRAPHIE COMPLÈTE CHRONIQUÉE !
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SELLE D'ARGENT

SELLE D'ARGENT
(Sella d'Argento)

Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1978
Scénariste : Adriano Bolzoni
Pays : Italie
Genre : Western
Interdiction : / 
Avec : Giuliano Gemma, Sven Valsecchi, Ettore Manni, Cinzia Monreale, Licinia Lentini...


L'HISTOIRE : Depuis qu'il a vu son père être abattu par l'homme de main du clan Barrett alors qu'il n'était qu'un enfant, Roy Blood voue une haine sans pareille à cette famille. Devenu adulte, il est un chasseur de prime réputé, parcourant les régions sur sa selle d'argent, prise à l'assassin de son père. Lorsqu'on lui propose un contrat pour abattre Thomas Barrett, il n'hésite pas à une seconde à accepter. Qu'elle n'est pas sa surprise en découvrant que sa cible n'est qu'un enfant d'une dizaine d'années ! Refusant de tuer l'enfant, Roy Blood va comprendre que le petit garçon est la cible d'une machination visant à extorquer de l'argent à sa famille...

MON AVIS : Principalement connu pour ses films d'horreur, Lucio Fulci a aussi réalisé des westerns. Trois, pour être précis : Le Temps du Massacre en 1966, Quatre de l'Apocalypse en 1975 et ce Selle d'Argent en 1978. Le western spaghetti a connu ses heures de gloire et il n'en reste quasiment plus rien lorsque Fulci accepte de mettre en scène Giuliano Gemma dans Selle d'Argent à la fin des années 70. Un western quasi anachronique donc, simple produit de commande pour le réalisateur transalpin qui peine à voir sa carrière décoller et qui se dit que la présence de Gemma en vedette ne peut qu'être bénéfique pour s'attirer les faveurs du public. Pas de bol, le film sera un flop absolu. Rien de très grave pour Fulci puisqu'il connaîtra enfin la gloire dès l'année suivante avec L'Enfer des Zombies. Totalement inédit en France, Selle d'Argent, malgré son insuccès, mérite vraiment d'être découvert car c'est un film très plaisant à regarder et qui est de plus réalisé de manière très convaincante par Fulci. Les fans purs et durs de ce dernier risquent d'être surpris en visionnant Selle d'Argent car, contrairement à ses deux autres westerns, la violence est ici fortement édulcorée, voire quasi inexistante. On peut même dire que Selle d'Argent est un western familial car hormis quelques impacts de balles sanguinolentes lors des gunfights, il n'y a pas de sadisme ou d'imagerie gore à l'écran. On fera une petite exception pour le sadisme car lors d'une séquence vers la fin du film, le petit garçon se fera kidnappé par une bande de brigands et le chef de ces derniers n’hésitera pas à le fouetter pour le punir d'une tentative d'évasion. Une scène de fouet qui est peut-être un clin d’œil à celle, autrement plus violente, de l'excellent Le Temps du Massacre. Il semblerait que la parti-pris de faire un western grand public soit la volonté de Giuliano Gemma lui-même. Personnellement, cette absence de violence et de cruauté ne m'a pas du tout dérangé car Selle d'Argent à bien d'autres arguments à faire valoir. Le décor naturel du désert de Tabernas est toujours aussi photogénique ; certains personnages sont tout à fait dans l'esprit "western spaghetti", comme "le Serpent", interprété par un succulent Geoffrey Lewis qui passe le clair de son temps à détrousser les cadavres ou ce prêtre qui n'en oublie pas de porter un pistolet en plus de son crucifix ; les femmes sont belles et désirables, notamment Cinzia Monreale (qu'on reverra dans le Blue Holocaust de Joe d'Amato mais aussi dans L'Au-Delà de Fulci entre autres), qui joue la grande sœur du petit garçon, et Licinia Lentini, sculpturale patronne des filles du saloon ; les gunfights sont nombreux et se montrent plutôt efficaces ; la thématique du film (la vengeance) prend une direction inattendue avec la révélation de qui est le Thomas Barrett que Roy Blood doit abattre et la relation qui va s'ensuivre entre ces deux personnages va faire de Selle d'Argent un film assez touchant, assez attendrissant même, et c'est ce qui en fait son originalité dans la filmographie de son réalisateur ; enfin, les fans de Giuliano Gemma seront aux anges puisque, très clairement, ce troisième western de Lucio Fulci est entièrement dédié à la gloire et à l'aura de son acteur vedette. Bien rythmé tout en se montrant parfois mélancolique, Selle d'Argent est un western que j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir et qui prouve encore une fois que Lucio Fulci est un réalisateur talentueux et ce, dans les nombreux genres qu'il a illustré au cours de sa carrière.

LE DVD / BR :
L'éditeur Artus Films nous fait la joie d'avoir édité Selle d'Argent en combo DVD / BR, permettant au plus grand nombre de pouvoir découvrir dans d'excellentes conditions ce film méconnu de Fulci de par sa rareté. Le film est présenté uniquement en VOSTF puisqu'aucun doublage français n'existe. Parmi les bonus, Lionel Grenier du site www.luciofulci.fr nous livre son analyse du film dans Selle d’argent : le western familial de Lucio Fulci. Alain Petit, fidèle des éditions d'Artus Films, y va aussi de son analyse, s'étend sur Giuliano Gemma et autres membres du casting dans le module intitulé L’homme à la selle d’argent. On y apprend que Fulci était apparemment grand fan de Jess Franco et que Le Venin de la Peur serait un pseudo remake de Les Yeux Verts du Diable, oeuvre du réalisateur ibérique datant de 1968 ! Autre bonus intéressant, l'interview du très sympathique compositeur Fabio Frizzi qui revient sur sa collaboration avec Fulci dans A toute bride (avec intervention de Gemma en cerise sur le gâteau). Bruno Micheli revient quant à lui sur le montage du film dans Dans la salle de montage. Pas content de voir que l'acteur censé interpréter son personnage jeune n'a pas le teint légèrement bronzé, Giuliano Gemma a demandé à ce que la scène d'introduction soit teintée ! Elle nous est présentée dans les bonus, ainsi qu'une galerie de photos et la bande annonce originale. Encore une bien belle édition ! 

* Disponible en DVD / BR chez ARTUS FILMS


FRAYEURS

FRAYEURS
(La Paura, Paura nella Citta dei Morti Viventi, The Gates of Hell, City of the Living Dead)


Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1980
Scénariste : Lucio Fulci, Dardano Sacchetti
Pays : Italie
Genre : Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Catriona MacColl, Christopher George, Carlo de Mejo, Fabrizio Jovine, Giovanni Lombardo Radice, Antonella Interlenghi, Daniela Doria


L'HISTOIRE : Lors d'une séance de spiritisme, la jeune Mary Woodhouse voit durant sa transe le père Thomas se pendre dans le cimetière de la ville de Dunwich, ouvrant par son geste les portes de l'Enfer. La séance se termine tragiquement par la mort de Mary. Un journaliste, Peter Bell, découvre que la jeune femme n'était en fait que dans un profond coma et la sauve d'une mort effroyable, allant être enterrée vivante. Mary et son sauveur décident de trouver la ville de Dunwich pour aller refermer la porte de l'Enfer. Dans la ville maudite, des événements horribles sont déjà en train de se produire et le spectre du père Thomas n'en finit pas de provoquer des morts violentes. Le temps est compté car la Toussaint approche et si la porte n'est pas refermée, les morts ne trouveront pas le repos éternel et reviendront hanter le monde des vivants à jamais...

MON AVIS : Après le succès phénoménal de L'Enfer des Zombies en 1979, Lucio Fulci se tourne ensuite vers le polar bien violent avec La Guerre des Gangs. Durant le tournage de ce dernier, son désir de réaliser un nouveau film d'horreur le titille tellement qu'il enchaîne directement après cet excellent poliziottescho avec Fabio Testi le film que je considère comme son chef-d'oeuvre horrifique, le bien nommé Frayeurs. Avec une histoire et un scénario écrits par Dardano Sacchetti et Lucio Fulci lui-même, preuve de son implication dans ce projet, Frayeurs comblera d'aise tous les fans de films d'horreur qui ne versent pas dans l'humour et veulent avant tout créer une ambiance macabre propre à terrifier le public. Le film démarre très fort, avec ce cri strident sur lequel vient se greffer la musique de Fabio Frizzi qui est d'une puissance horrifique totale. La scène qu'elle illustre, à savoir la pendaison du père Thomas, ne laisse planer aucun doute sur ce qui va suivre : le film va envoyer du lourd, du très lourd même ! Cette séquence introductive dans un cimetière plonge instantanément le spectateur dans une atmosphère délétère qui ne le quittera plus jamais durant les 93 minutes que dure le film. Par un habile montage, la pendaison du père Thomas dans la ville de Dunwich, point de départ de tous les malheurs qui vont s'abattre sur les personnages principaux, est entremêlée avec une séance de spiritisme se déroulant à New York et dans laquelle l'héroïne de Frayeurs, la sublime Catriona MacColl (dont c'est la première participation à un film de Fulci), va être témoin de ce drame et de l'ouverture d'une porte de l'Enfer qui libérera les morts vivants. Un choc assez rude que cette vision puisque la pauvre jeune femme va tomber dans un état de mort apparente après avoir fait une crise d'hystérie assez perturbante. A partir de ces deux événements morbides, Frayeurs va enchaîner sans temps mort les scènes chocs et déployer la puissance de ses images, telles les ténèbres envahissant petit à petit la ville de Dunwich. Evidemment, ce nom n'est pas inconnu des fans de littérature d'épouvante puisqu'on le doit au célèbre H.P. Lovecraft, auquel Frayeurs rend donc hommage ici. Pour donner l'impression d'être dans une veille en proie aux forces du mal, Fulci peaufine les détails et joue avec le vent et le brouillard, qui seront présents dans toutes les séquences à venir. On a réellement l'impression que Dunwich est une sorte de ville-fantôme et rien ne respire la joie de vivre dans sa représentation à l'écran. Les protagonistes principaux de l'histoire sont : Mary la jeune médium (Catriona MacColl), le journaliste Peter Bell (Christopher George), le psychologue Gerry (Carlo de Mejo), l'artiste-peintre Sandra (Janet Agren), Bob le paumé (Giovanni Lombardo Radice) et la ravissante Emily (Antonella Interlenghi). Tout ce petit monde va vivre des journées éprouvantes, en particulier Emily, qui va devenir l'une des proies du père Thomas, et Mary, enterrée vivante avant d'être sauvée in extremis par Peter Bell lors d'une séquence à suspense assez prodigieuse. Par la suite, Mary, Peter, Gerry et Sandra vont faire route commune après leur rencontre à Dunwich pour tenter de stopper la puissance infernale qui s'abat sur cette ville. Le père Thomas (Fabrizio Jovine) devient donc le symbole du Mal à l'état pur, une sorte de spectre vengeur se manifestant dans la ville pour mener à bien sa mission et apporter l'apocalypse sur le monde. L'une de ses apparitions restera dans la mémoire de tous ceux qui ont vu le film, je parle bien sûr de la fabuleuse et écœurante séquence dans laquelle l'actrice Daniela Doria vomit littéralement ses entrailles devant le pauvre Michele Soavi, futur réalisateur de Bloody Bird, Sanctuaire, La Secte ou Dellamorte Dellamore. Autre célèbre scène gore, aussi culte que celle que je viens de vous décrire, la mort du pauvre Bob, dont le crane sera transpercé par une perceuse d'établi. Une pluie d'asticots, des crânes broyés à pleine main par les morts vivants et autres joyeusetés vous attendent également. On le voit, Lucio Fulci ne lésine pas sur les artifices pour en donner pour son argent aux spectateurs avides d'émotions fortes. Mais il n'en oublie pas la poésie pour autant, une poésie macabre et lugubre certes mais néanmoins bien présente, à l'image de la sublime descente des héros dans l'antre du Mal à la fin du film, le tout bénéficiant, comme déjà évoqué, de la superbe partition musicale de Fabio Frizzi, qui s'est ici surpassé. Les détracteurs de Frayeurs ont souvent dit que ce film n'avait pas de scénario et se contentait d'enchaîner les séquences gores. C'est tout à fait inexact, même s'il est souvent surréaliste. En tout cas, c'est à une réelle symphonie de l'horreur que nous convie Lucio Fulci avec Frayeurs, film d'une beauté picturale certaine. Si beaucoup plébiscitent L'Au-Delà comme oeuvre maîtresse de son réalisateur, je lui préfère réellement Frayeurs, qui fera toujours partie de mon Top 5 horrifique.

LE MEDIABOOK D'ARTUS FILMS
Comme pour L'Enfer des Zombies et L'Au-Delà, l'éditeur Artus Films nous offre un sublime mediabook contenant le Blu-Ray, le Dvd et un livre de 80 pages mettant en exergue le film de Fulci et l'influence de Lovecraft dans le cinéma fantastique. L'image du film est parfaite, aucun défaut à signaler. Parmi les bonus, Lionel Grenier du site luciofulci.fr nous livre son interprétation personnelle de FrayeursCatriona MacColl revient sur le tournage du film et sa relation avec Fulci. Encore plus à l'aise, Giovanni Lombardo Radice se fend lui aussi d'un long entretien avec moult anecdotes qu'on prend un réel plaisir à découvrir. Le chef décorateur Massimo Antonello Geleng nous parle de son travail sur le film. Enfin, une galerie d'affiches et de photos vient compéter le tout. Du bel ouvrage, comme d'habitude !

* Disponible en combo mediabook BR /DVD chez ARTUS FILMS




L'AU-DELÀ

L'AU-DELÀ
(...E tu vivrai nel terrore! L'aldilà / The Beyond

Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1981
Scénariste : Dardano Sacchetti, Giorgio Mariuzzo, Lucio Fulci
Pays : Italie
Genre : Horreur, Fantastique, Gore
Interdiction :-16 ans
Avec : Catriona MacColl, David Warbeck, Cinzia Monreale, Antoine Saint-John...


L'HISTOIRE : Liza Merril hérite d'un vieil hôtel abandonné à la Nouvelle-Orléans. Elle décide de le faire rénover mais très vite, d'étranges incidents et accidents se produisent. Elle fait la rencontre d'Emily, une jeune fille aveugle qui la met en garde contre les dangers inhérents au passé de l'hôtel, et du docteur John McCabe, qui va tenter de l'aider à résoudre le mystère entourant cette vieille bâtisse et la chambre 36. Liza et John vont découvrir l'existence du livre d'Eibon, un ouvrage de sorcellerie qui prétend que sept portes menant aux Enfers seraient disséminées sur Terre. L'hôtel dont a hérité Liza serait l'une d'entre-elles...

MON AVIS : Après une carrière prolifique dans la comédie, le western, le film d'aventure ou le giallo, Lucio Fulci accède au stade supérieur de la popularité en 1979 avec L'Enfer des Zombies. Face au succès mondial de cet excellent film d'horreur, le réalisateur transalpin poursuit dans ce registre dès l'année suivante avec Frayeurs, puis en 1981 avec Le Chat Noir, L'Au-Delà et La Maison près du Cimetière. Pour beaucoup de fans du maestro italien, L'Au-Delà est son chef-d'oeuvre absolu. Un avis que je ne partage pas, lui préférant largement Frayeurs (qui est à mes yeux SON chef-d'oeuvre) et peut-être même La Maison près du Cimetière. Toutefois, impossible de nier pour votre serviteur les qualités évidentes de L'Au-Delà, qui n'en reste pas moins un pur classique du genre. Dès la scène d'introduction, Fulci frappe fort. Il surprend d'entrée de jeu le spectateur en réalisant cette séquence introductive dans un très beau noir et blanc / sépia, où un jeune peintre va subir les foudres des villageois qui l'accusent d'être un sorcier au vu des peintures qu'il réalise. D'abord fouetté par des chaînes qui lacèrent ses chairs, le peintre sera ensuite crucifié sur un mur avant d'avoir le visage recouvert de chaux brûlante. Une mise à mort éprouvante pour une première séquence, qui nous fait penser qu'on va avoir droit à un vrai film d'horreur sans concession par la suite. Ce qui sera effectivement le cas, les scènes gores de L'Au-Delà étant certainement ce qui se faisaient de plus horribles à l'époque de sa sortie. La suite du récit se situe au même endroit où le peintre a été lynché (un hôtel en Louisiane) mais des années plus tard. L'immeuble abandonné a une nouvelle propriétaire, Liza (ravissante Catriona MacColl), qui veut le rénover. Une équipe se charge des travaux. Des événements étranges vont alors se produire. Un des ouvriers découvre une entrée dans un mur et se fait tuer par une main aux doigts griffus. C'est le début d'une série de morts horribles et surnaturelles. Ayant été marqué par le Inferno de Dario Argento sorti l'année précédente et par la structure non-sensique de ce dernier, Fulci va faire de même dans L'Au-Delà : le film enchaîne en effet les séquences abominables sans véritable lien entre-elles. Les effets spéciaux et les maquillages sont dus aux talentueux Gianetto de Rossi et Maurizio Trani, qui se sont surpassés dans le domaine de l'horrible. Laissant libre court à leur imagination, les deux artistes nous révulsent avec deux énucléations, un visage totalement liquéfié par de l'acide liquide, une boîte crânienne qui explose, une gorge déchiquetée par un chien, une impressionnante attaque d'araignées dont les mandibules iront jusqu'à dévorer une langue (et ce, malgré le fait qu'on devine sans peine les deux araignées mécaniques dissimulées parmi quelques vraies tarentules) et un final cauchemardesque avec des zombies (figures imposées par le producteur), avec moult explosions de têtes et impacts de balles. Le rouge est donc à l'honneur dans L'au-Delà et les amateurs de gore seront aux anges. Comme dit précédemment, la structure narrative du film de Fulci est assez confuse et ne respecte pas un schéma classique. L'histoire est elle-même n'a pas de réelle logique et pourra apparaître comme fouillis ou décousue par les spectateurs n'ayant jamais vu le film. Une histoire qui emprunte de nombreuses références à une multitude de films (Shining, InfernoSuspiria, La sentinelle des Maudits, les Diaboliques et surtout Carnival of Souls, comme le dit très justement Lionel Grenier dans les bonus de la superbe édition d'Artus Films) ainsi qu'au célèbre écrivain Lovecraft avec le livre d'Eibon qui apparaît dans quatre nouvelles du maître de Providence. Quelques défauts sont à signaler, comme le héros qui a compris qu'il fallait tirer dans la tête des zombies pour les tuer mais qui continue néanmoins à mettre quelques balles dans leur ventre. Un détail qui peut même faire sourire lors de la sublime séquence finale. Mais qu'importe, le spectacle horrifique est bien là et on assiste à une œuvre baroque, où tout respire la pourriture et la mort. La mise en scène est classieuse, la photographie somptueuse. Certaines scènes sont surprenantes, comme l'apparition brutale de la jeune aveugle Emily au milieu d'un pont qui surplombe l'océan, le cadavre du peintre qui remonte à la surface de l'eau dans une baignoire et bien sûr la représentation "live" de "la mer des ténèbres", d'une beauté picturale indécente. Le tout magnifié une nouvelle fois par la musique de Fabio Frizzi. Reste que, en ce qui me concerne, l'absence de linéarité dans le scénario, ce côté décousu dans l'enchaînement des séquences, des transitions, le fait qu'on ne comprenne pas toujours pourquoi tel ou tel acte a lieu et pourquoi il a lieu, m'empêche de d'apprécier L'Au-Delà à 100%. Certes, ce manque de repère permet au film d'affirmer pleinement un côté onirique et fantastique dans lequel la rationalité n'a pas lieu d'être. Mais j'ai parfois l'impression de regarder un catalogue de séquences gores sans qu'une vraie ambiance palpable s'en dégage. L'Au-Delà ne fait jamais peur, à contrario de Frayeurs qui dégage une puissance morbide à nul autre pareil, que la partition tétanisante de Frizzi vient augmenter. Allez, je suis un peu tatillon car j'aime évidemment beaucoup L'Au-Delà, que je revois régulièrement. Mais ce n'est pas le chef-d'oeuvre de Fulci.

* Disponible en combo DVD + BR + LIVRE chez ARTUS FILMS

L'EDITION ARTUS FILMS :

Présenté en format Mediabook, L'Au-Delà sort donc chez Artus Films qui nous a offert L'Enfer des Zombies dans le même format. La polémique qui avait suivi cette sortie, concernant la méthode de rangement des disques dans ce médiabook, va peut-être resurgir car tout est à l'identique, on doit toujours faire glisser le DVD ou le BR de sa pochette cartonné pour l'extraire. MAIS l'éditeur a tout de même ajouté un petit film plastique de protection pour prévenir toute éventuelle rayure. Personnellement, je n'ai rien à redire sur cette méthode qui ne cause aucune rayure sur mes disques. Il y aura toujours des mécontents de toute façon. Toujours est-il que je n'avais jamais vu L'Au-Delà avec une telle qualité d'image. La copie est magnifique, les détails sont précis et le gore encore plus gore ! Au niveau des bonus vidéos, on trouve une interview de la belle Catriona MacColl qui nous parle avec une grande tendresse de Fulci, une interview de Cinzia Monreale (Emily), une interview de Michele Mirabella (l'homme qui se fait dévorer par les tarentules) et un module analytique très intéressant de Lionel Grenier sur L'Au-Delà. Le livre de 80 pages possède les mêmes qualités et le même "défaut" que le précédent. Sur les 80 pages proposées, seulement 23 sont consacrées au film de Fulci. Le reste est composé d'un excellent dossier sur l'utilisation du cadre de la Louisiane dans le cinéma fantastique par Gilles Vannier et d'une analyse sur le dernier film de Fulci (Le Porte del Silenzio). Le tout avec moult images et affiches de films. Ce n'est pas que ces deux sujets ne sont pas intéressants, bien au contraire, mais j'aurai préféré un ouvrage entièrement dédié à L'Au-Delà, avec jeux de photos de différents pays, affiches de diverses nationalités ou textes de divers auteurs sur le film, les effets spéciaux, etc. Mais en l'état, c'est un superbe objet que tout collectionneur se doit de posséder de toute façon.



L'ENFER DES ZOMBIES

L'ENFER DES ZOMBIES
(Zombi 2)

Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1979
Scénariste : Elisa Briganti, Dardano Sacchetti
Pays : Italie
Genre : Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Tisa Farrow, Ian McCulloch, Richard Johnson, Al Cliver, Auretta Gay...


L'HISTOIRE : Un bateau semblant abandonné dérive dans le port de New York. Les garde-côtes interviennent et se font agresser par une créature monstrueuse qui y gisait caché. Pensant que le voilier est celui de son père disparu, Anne se rend dans les Caraïbes, à la recherche de celui-ci. Accompagnée par un journaliste, elle débarque sur une île réputée maudite sur laquelle vit le docteur Ménard. Ce dernier explique que, depuis quelques temps, les morts reviennent à la vie pour dévorer les vivants...

MON AVIS : Suite à l’insuccès de ses films précédents, comme On a demandé la main de ma sœur (1976), L'emmurée Vivante (1977) et Sella d'Argento (1978), le réalisateur transalpin Lucio Fulci se trouve dans une impasse, ne voyant pas sa carrière réellement décoller. Son salut viendra en 1979, année à laquelle on lui propose de mettre en scène un film d'horreur mêlant aventure et séquences gores. Le film devait être proposé à Enzo G. Castellari mais ce dernier demande un salaire exorbitant et ne se montre guère intéressé pour réaliser un film d'horreur. Si Fulci n'a jamais mis les pieds non plus dans le domaine de l'horreur, certains de ses films comportent des scènes de violence efficaces et le producteur Fabrizio de Angelis le choisit donc pour diriger ce qui deviendra L'Enfer des Zombies. Le but avoué du producteur est de profiter de l'engouement du public pour les morts vivants suite à la sortie l'année précédente du Zombie de George Romero. Bien malin, Fabrizio de Angelis décide de changer le titre provisoire du film (l'île des morts-vivants) et de l'intituler Zombi 2, ce qui déclenchera la colère de Dario Argento, qui a supervisé le montage européen du film de Romero. A bien y regarder, l'énervement de Dario Argento n'a pas réellement de raison d'être puisque les deux films n'ont aucun point commun. Là où Zombie est un western urbain dénonçant la société de consommation, L'Enfer des Zombies est un film d'aventure horrifique qui ne dénonce rien du tout et qui se déroule sur une île paradisiaque. Certes, la séquence de début et de fin se situant à New York tente de faire un lien avec le film de Romero mais si tel est le cas, on peut dire alors que L'Enfer des Zombies se déroule avant Zombie et vient expliciter cette invasion de morts vivants dans la capitale américaine. Car si La Nuit des Morts Vivants et Zombie ne donnaient quasiment aucune explication quand au pourquoi du réveil des morts, ce n'est pas le cas du film de Fulci, qui replonge à l'origine du mythe, à savoir le vaudou. Cette pratique, présente dans le grand classique de Jacques Tourneur Vaudou (1943), va donc servir de postulat explicatif dans L'Enfer des Zombies. Une bonne idée des scénaristes Dardano Sacchetti et sa femme Elisa Briganti, qui vont pouvoir situer la majorité de l'action du film sur une île perdue au milieu de l'océan, propice au mélange des genres voulu par la production, à savoir aventure et gore. Le dépaysement est en effet garanti puisque le tournage à lieu sur l'île de Saint-Domingue et le côté paradisiaque de l'endroit va vite être mis à mal par un Lucio Fulci très en forme au niveau trouvaille visuelle. Avec peu de moyen, Fulci va réussir à créer un climat angoissant, en utilisant notamment les sonorités des tambours haïtiens, présent à de nombreuses reprises dans le film et qui caractérise une menace insidieuse. Le décor lui sert également à peaufiner une ambiance macabre, que ce soit la petite église qui sert d'infirmerie au docteur Menard ou la plage et ses palmiers qui, baignés dans la brume, perdent de leurs charmes et se révèlent bien effrayantes, surtout quand déambulent en plein milieu, comme venues de nulle part, des silhouettes avançant avec peine, et qui sont autant de cadavres fraîchement sortis de terre, dont on connaît la dangerosité et l'appétit insatiable de chair humaine. Les zombies chez Fulci ne sont pas "beaux" ni bleutés, comme ceux de Romero. Ils sont au contraire décharnés, décomposés, entièrement rongés par le pourrissement causé par la mort. De véritables créatures sorties des enfers, des entrailles de la terre. On en retiendra deux en particulier, celui présent dans le voilier qui dérive dans les eaux de New York et qui orne fièrement l'affiche française du film et celui, tout aussi culte au niveau de l'imagerie, qui apparaît vers la fin, avec son œil remplit de vers de terre et qui illustre bon nombre d'affiches étrangères. Les amateurs de cinéma bis auront une attention toute particulière pour celui qui va combattre un requin après s'être régalé les yeux de la plastique dénudée de l'actrice Auretta Gay, qui due apprendre à nager sous l'eau pour l'occasion. Bien sûr, si L'Enfer des Zombies a connu un succès mondial et est devenu culte auprès des fans, c'est également grâce à ses séquences gores qui ont alarmé Dame Censure, au point que cette dernière a exigé de nombreuses coupes, privant le film de tout son potentiel, comme l'ont constaté, désemparés, les fans qui ont enregistré la version française diffusée sur Canal + ! J'en ai moi-même fait la triste expérience, heureusement que la version originale sous-titrée était en version intégrale. Citons bien sûr la scène culte et horrible de l'écharde dans l’œil, le festin anthropophage sur le corps de la femme du docteur Menard, les gorges déchiquetées à grand coup de dents et les nombreux impacts de balles sur les zombies. Le tout accompagné par la partition musicale de Fabio Frizzi et Giorgio Cascio, dont le thème principal est un petit classique en puissance. Pour sa première incursion dans l'horreur pure et dure, on peut dire que Lucio Fulci a parfaitement remplit le cahier des charges et a offert au film de mort vivant un bel écrin, qui continue de nos jours à faire son petit effet. Personnellement, ce n'est pas mon Fulci préféré mais je prends toujours plaisir à le revisionner, preuve de son efficacité.

* Disponible chez ARTUS FILMS

NOTE : 5/6

L'EDITION ARTUS FILMS :

L'Enfer des Zombies vient de ressortir en France chez nos amis d'Artus Films, qui ont pour l'occasion mis les petits plats dans les grands. L'objet se présente sous la forme d'un livre luxueux, contenant le Blu-Ray et le DVD du film, présenté en version intégrale bien sûr et dans un master de toute beauté. Au niveau du livre, on est en présence de 80 pages qui nous propose d'en apprendre plus sur le film lui-même, avec des extraits d'interview de Fulci lui-même ou bien une étude sur le scénario de Dardano Sacchetti, qui revendique souvent la paternité du film. Gilles Vannier du site Psychovision nous parle de la figure du zombie dans le cinéma de Lucio Fulci. David Didelot, du fanzine Videotopsie, nous parle quant à lui des films de zombies dans le cinéma italien. Didier Lefevre, du fanzine Medusa, nous en apprend plus sur les ressemblances bien plus frappantes entre L'Enfer des Zombies et La Terreur des Zombies qu'entre le film de Fulci et celui de Romero. Le tout est parsemé de reproductions d'affiches et de nombreuses photos couleurs. Un bien bel objet supervisé par Lionel Grenier du site Luciofulci.fr. On retrouve ce dernier dans un premier bonus intitulé "Quand les morts sortiront de leurs tombes" et dans lequel il nous parle du film de Fulci. Si on le sent moyennement à l'aise devant la caméra (l'exercice n'est pas facile), ce ne sera pas le cas des intervenants des deux autres bonus, les italiens Dardano Sacchetti et Maurizio Trani. Avec leur verve "à l'italienne", c'est un véritable festival d'anecdotes qui défilent à vitesse grand V. Assurément les deux meilleurs bonus. Alain Petit revient quant à lui sur le pourquoi de la diffusion de la version censurée dans l'émission Quartier Interdit sur Canal +. Deux bandes-annonces viennent clôturer cette somptueuse édition, qui se doit de figurer dans toute collection de fans du maestro italien, et des autres aussi ! 

LE VENIN DE LA PEUR

LE VENIN DE LA PEUR
(Una Lucertola con la Pelle di Donna / Carole / Les Salopes vont en Enfer)

Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1971
Scénariste : Lucio Fulci, Roberto Gianviti, José Luis Martínez Mollá, André Tranché   
Pays : Italie, France, Espagne
Genre : Giallo
Interdiction : -16 ans
Avec : Florinda Bolkan, Stanley Baker, Jean Sorel, Alberto de Mendoza...


L'HISTOIRE : Carol Hammond passe ses nuits à rêver de sa voisine, Julia Durer. Ses visions sont souvent de nature érotique. Pour le psychiatre de Carol, ces rêves représentent la fascination qu’éprouve la jeune femme vis-à-vis de la vie de débauche que mène Julia. Lors d’une nouvelle vision, Carol se voit en train de la poignarder à l’aide d’un coupe-papier. Le lendemain, Carol apprend par la police que sa voisine a été tuée dans son appartement. Sur le lieu du crime, les enquêteurs retrouvent le manteau de Carol, ainsi que le coupe-papier lui appartenant. Célèbre avocat, le père de Carol va tenter de disculper sa fille. La solution du meurtre se trouve-t-elle dans les rêves de la jeune femme ? Qui pourrait lui en vouloir pour la faire passer pour la meurtrière ? Son mari ? La fille de ce dernier ? Un couple de drogués ?

MON AVIS : Quelle claque ! Le maestro Lucio Fulci frappe encore un grand coup avec cet excellent giallo qui se hisse d’emblée parmi les meilleurs du genre ! Rien que la séquence d’introduction, avec les visions de Carol qui nous embarquent dans une ambiance onirique et psychédélique, est un petit bijou de mise en scène. Tout le reste est à l’avenant et ce, pour notre plus grand plaisir. Le scénario, machiavélique, nous fait tourner en bourrique et bien malin celui qui saura dégripper les rouages de l’enquête avant la police. On est sans cesse ballotté entre  les visions de Carol (nous permettant d’admirer les physiques parfaits d’Anita Strindberg et de Florinda Bolkan), l’enquête de la police et les interventions des protagonistes gravitant autour de Carol et qui semblent tous avoir quelque chose à cacher. Le personnage de Carol est très bien écrit et sa descente aux Enfers semble ne jamais devoir s’arrêter. Il y a toujours un rebondissement qui fait que sa vie est menacée. Chaque nouveau détail dévoilé au cours de l’enquête nous tient en haleine et vient contrecarrer notre analyse des faits. Tout semble possible, les mobiles ne manquent pas et on ne sait plus sur quel pied danser. L’état psychologique de Carol, sa fragilité, sa possible folie viennent augmenter le plaisir qu’on ressent au fur et à mesure de la progression du film, qui propose des scènes riches en suspense, à l’image de la poursuite dans une petite église abandonnée qui bénéficie de la maestria de Lucio Fulci au niveau de la mise en scène. Le Venin de la Peur est vraiment une œuvre très aboutie et ce, dans tous les domaines. On y trouve une bonne ambiance fantasmagorique, de l’érotisme, quelques touches de gore, du psychédélisme, une critique de la bourgeoisie et du milieu hippie, des personnages tous plus louches les uns que les autres et une partition musicale adéquate. En clair, un film à découvrir d’urgence pour ceux qui ne le connaîtraient pas. Les autres replongeront avec délice dans les fantasmes de Florinda Bolkan, surtout que le film vient d'être édité en Blu-Ray !

NOTE : 5/6

NB : Je ne parle jamais des éditions DVD ou BR qui me permettent de visionner la majorité des films chroniqués sur ce blog. Je vais néanmoins faire une exception avec la sortie du Venin de la Peur chez Le Chat qui Fume, tant le travail accompli mérite des éloges. C'est bien simple, jamais personne n'aurait parié que ce film de Fulci sortirait en France dans un tel écrin ! Dans un superbe fourreau, on trouve tout de même un magnifique digipack 3 disques illustrés de différentes affiches du film (dont la magnifique cover de Laurent Melki), contenant le Blu-Ray, le DVD et, cerise sur le gâteau, la BO du film composée par Ennio Morricone, excusez du peu ! On est loin des éditions achetées sur Cdiscount hein. Avec ses petits moyens financiers, Le Chat qui Fume atteint des sommets avec cette édition, rivalise sans soucis avec des éditeurs comme Wild Side Vidéo (qui nous avait offert une superbe édition de Suspiria) et se permet même de damner le pion à des éditeurs tels TF1 Vidéo ou Warner Bros, qui, eux, n'en manque pourtant pas, de moyens. Même les éditeurs étrangers ne peuvent s'empêcher de vanter la qualité de cette édition, qui provoque même la jalousie d'un éditeur bien connu qui va lui aussi sortir ce film de Fulci. Il faut dire qu'outre la superbe image proposée par le Blu-Ray, cette édition propose une flopée de bonus qui achève de mettre l'acheteur et le fan K.O. Si le plus original reste sans conteste la présence de la version VHS du film (quelle incroyable idée !!), les autres modules permettent de pratiquement tout savoir sur le film mais aussi d'en apprendre plus sur son réalisateur. Dans son désir de proposer une édition ultime, Le Chat qui Fume a tout de même réussi l'exploit de retrouver l'actrice Anita Strindberg pour une interview de 13 minutes ainsi que Jean Sorel pour une interview de 16 minutes. Le film est ensuite présenté par différents intervenants, dont Lionel Grenier (du site Fulci.fr), Olivier Père (Arte), Jean-François Rauger (La Cinémathèque Française), Alain Schlockoff (L'écran Fantastique) ou Christophe Gans (réalisateur). Lionel Grenier nous présente également Lucio Fulci dans un module intitulé "Les vies de Lucio Fulci". La censure qui a émaillé la carrière du cinéaste est évoquée dans le module "Le venin des censeurs". Tout aussi passionnant, malgré une durée de trois minutes environ, le module traitant des différents montages du film (anglais, italien et français) et de leurs différences. Mettant les petits plats dans les grands, Le Chat qui Fume nous offre également une scène supplémentaire, des génériques alternatifs, des films annonces et une galerie photo ! Si avec tout ça, vous ne foncez pas tête baissée pour vous acheter cette somptueuse édition, je ne comprendrais pas ! On savait que les petits éditeurs indépendants étaient des passionnés et œuvraient pour soigner leur éditions (Artus Films ou The Ecstasy of Films par exemple), Le Chat qui Fume le prouve de manière magistrale avec Le Venin de la Peur ! Chapeau bas le félin fumeur... 





LA GUERRE DES GANGS

LA GUERRE DES GANGS
(Luca il contrabbandiere / Contraband / The smuggler)

Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1980
Scénariste : Ettore Sanzo, Gianni de Chiara, Giorgio Mariuzzo, Lucio Fulci
Pays : Italie
Genre : Policier
Interdiction : -16 ans
Avec : Fabio Testi, Marcel Bozzuffi, Ivana Monti, Guido Alberti, Enrico Maisto...


L'HISTOIRE : A Naples, la contrebande de cigarettes fait marcher le pays et c'est Luca et son frère Micky qui tiennent la barre dans ce trafic juteux, tout en étant sous les ordres de Perlante. Après un incident lors d'une opération, Luca pense qu'un des contrebandiers, Sciarrino, les a trahit. Peu de temps après, Micky est assassiné et Luca n'a plus qu'une obsession : venger son frère. Il s'en prend à Sciarrino qui clame son innocence ; Luca va alors découvrir qu'un nouveau trafiquant est à Naples. Se faisant appeler "le Marseillais", ce dernier veut se livrer au trafic de drogue, ce qui n'est pas du tout approuvé par Luca et ses hommes. Bientôt, une véritable guerre des gangs va avoir lieu et les morts vont se compter par dizaine...

MON AVIS : Après L'Enfer des Zombies réalisé en 1979, Lucio Fulci abandonne pour un film l'univers horrifique qui le propulsa au rang de réalisateur culte. Avec La Guerre des Gangs, il met en scène un polar mafieux ultra-violent, qui ne lésine pas à faire gicler le sang lors des impacts de balles. Utilisant l'imagerie gore avec un talent indéniable, Lucio Fulci corse même son film en mettant au premier plan des scènes graphiques extrêmes, telle le sévice réservé par le Marseillais à une trafiquante de drogue qui verra son beau visage être défigurée au chalumeau ou une explosion de boîte cranienne très réussie ! Au milieu de tous ses excès sanguinolents, il y a Luca, magistralement interprété par Fabio Testi. Père de famille d'un petit garçon, accompagné d'une ravissante compagne, Luca est l'archétype du anti-héros. Pas foncièrement méchant, il est devenu contrebandier par nécessité, pour se sortir de sa vie misérable et pour faire vivre convenablement sa famille, quitte à risquer sa vie. Quand il apprend qu'un nouveau trafiquant souhaite importer de la drogue à Naples, sa première réaction sera de refuser catégoriquement une alliance, la drogue pouvant toucher les enfants napolitains. Un voyou au grand coeur donc, mais qui possède néanmoins une force de caractère bien trempé, tout comme il met au premier plan l'honneur et la fierté. Malmené à de nombreuses reprises, Luca connaîtra un parcours peu enviable avant de mener à bien sa vengeance. Ironie du sort, c'est un ex-Parrain, Don Morrone, qui viendra remettre de l'ordre dans la cité italienne lors d'un final cataclysmique, que n'aurait pas renié Sam Peckinpah et La horde sauvage. Bénéficiant d'une mise en scène inspirée, d'une très bonne partition musicale de Fabio Frizzi, d'un casting admirablement bien en place et surtout très crédible, La Guerre des Gangs est un polar de haut vol, un véritable western moderne qui prend place dans des décors de béton. Les hors-bord et les voitures ont remplacé les chevaux mais les gunfights et les duels restent les mêmes. Lucio Fulci s'amuse d'ailleurs avec cette imagerie et ce parallèle en faisant regarder continuellement à Don Morrone des westerns à la télé. Avec La Guerre des Gangs, Lucio Fulci prouve qu'il savait être à l'aise dans divers genres et son polar n'a rien à envier aux productions américaines. Un petit bijou âpre, sombre et violent, que l'éditeur The Ecstasy of Films nous permet d'acquérir dans un splendide écrin collector. A déguster et à savourer !

* Disponible en DVD et DVD COLLECTOR chez The Ecstasy of Films.

NOTE : 5/6