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Bienvenue dans mon univers filmique ! Ma mission ? (Re)voir tous mes films, séries Tv, documentaires et concert, tous genres confondus, sur tous supports, Vhs, Dvd, Dvd-r, Blu-ray (avec aussi les diffusions télévisées ou cinéma), et vous donner mon avis de façon simple et pas prise de tête sur chaque titre (re)vu ! C'est parti !



AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.




mardi 13 novembre 2018

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES
(Laissez bronzer les cadavres)

Réalisateur : Hélène Cattet, Bruno Forzani
Année : 2017
Scénariste : Hélène Cattet, Bruno Forzani
Pays : France, Belgique
Genre : Western, Policier
Interdiction : - 12 ans
Avec : Elina Löwensohn, Stéphane Ferrara, Bernie Bonvoisin, Hervé Sogne, Pierre Nisse...


L'HISTOIRE : La Méditerranée, l’été : une mer d’azur, un soleil de plomb… et 250 kilos d’or volés par Rhino et sa bande! Ils ont trouvé la planque idéale : un village abandonné, coupé de tout, investi par Luce, une artiste en manque d’inspiration. Hélas, quelques invités surprises et deux flics vont contrecarrer leur plan : ce lieu paradisiaque, autrefois théâtre d’orgies et de happenings sauvages, va se transformer en un véritable champ de bataille… impitoyable et hallucinatoire !

MON AVIS : On le sait depuis Amer (2009) et L'étrange Couleur des Larmes de ton Corps (2013), le cinéma référentiel du duo Hélène Cattet et Bruno Forzani est un cinéma avant tout sensoriel et visuel, à la beauté picturale certaine et à la mise en scène innovante, mais qui peut laisser une large majorité de spectateur sur le carreau tant il peut apparaître comme étant hermétique et loin des standards "normaux". Ces deux talentueux réalisateurs ont un univers bien à eux, une façon de concevoir le cinéma qui ne peut que déboussoler le public qui n'aura que deux choix possibles : soit se laisser embarquer dans ce déluge avant-gardiste d'images et de sonorités et y trouver tout ce que le cinéma actuel ne propose pas ou à peur de proposer par souci de rentabilité ; soit rester en dehors de cet univers hors norme et trouver que tout cela est vain et inutile. Choisi ton camp camarade cinéphile ! Avec leur troisième film, Laissez bronzer les cadavres, Cattet et Forzani offrent au public un film plus accessible, moins hermétique que leurs deux œuvres précédentes. Mais sans renier leur vision du cinéma, bien au contraire. Tout leur univers est bien présent dans cette adaptation d'un roman de série noire écrit par Jean-Patrick Manchette et Jean-Pierre Bastid en 1971, au titre éponyme. Western policier totalement déjanté, composé de plan hyper court qui donne le vertige, Laissez Bronzer les Cadavres pourrait apparaître comme un pur exercice de style, vibrant hommage au cinéma de Sergio Leone, Sergio Corbucci et aux polars italiens entre autre, avec moult gros plan sur les yeux des acteurs et une utilisation du superbe décor corse qui permet à la caméra des mouvements virtuoses. Il y a des clins d'oeil à tout un pan du cinéma bis, on note par exemple un petit hommage à Ténèbres de Dario Argento et à la séquence du talon-aiguille par exemple. Si l'histoire, pourtant simple et classique, paraît un peu alambiquée parfois, si on ne sait pas trop où veulent nous emmener les réalisateurs avec certaines scènes iconiques dont on cherche la signification, l'ensemble du film est pourtant un pur plaisir pour amateur d'insolite et d'O.FN.I. cinématographique. Le casting, aux petits oignons, nous fait le plaisir d'admirer Stéphane Ferrara (Rhino), Bernie Bonvoisin (la brute, qui passe le plus clair du film... à poil !), Elina Löwensohn (Luce l'artiste déjantée), Hervé Sogne (le policier aux yeux bleus façon Henry Fonda) ou bien encore la radieuse Dominique Troyes, plus connue des cinéphiles en herbe sous son nom de Marilyn Jess, qui n'est pour votre serviteur que la plus belle actrice X française, voir mondiale (juste derrière Traci Lords bien sûr) et qui joue ici le rôle d'une policière. D'autres "gueules" s'invitent à la fête et toutes et tous servent admirablement le récit, qui bénéficie d'un rythme alerte qui ne donne jamais l'occasion de s'ennuyer. Le tout avec la "Cattet / Forzani's touch", à savoir une composition des plans et une utilisation de la couleur et de la lumière qui font que chaque plan, chaque séquence ressemble à un tableau de maître. Cette histoire de braqueurs en plein paysage westernien est picturalement sublime et diablement jubilatoire dans ce qu'elle nous offre en terme d'innovation et d'originalité. On a vraiment l'impression d'assister à un film à part, une sorte de trip hallucinatoire, totalement hypnotique, dans lequel la notion de temps et d'espace n'a pas vraiment lieu d'être. Peut-être conscient de la modernité de leur vision du cinéma mais aussi du fait qu'elle peut perdre le spectateur, le duo semble prendre plus son temps au fur et à mesure que le film avance, s'amuse même à se la jouer "Rashomon" en nous présentant la même scène mais vue par des personnes différentes, ce qui est diablement réussi. Proposition vraiment attachante et jusque-boutiste dans sa radicalité, Laissez Bronzer les Cadavres est une vraie expérience de cinéma qui ne laissera personne indifférent. Qu'on aime ou qu'on n'aime pas, impossible de ne pas saluer cette tentative de proposer un film aux antipodes des codes et des clichés du cinéma français classique. Chapeau bas pour ça !  

* Disponible en combo BR / DVD chez LE CHAT QUI FUME


vendredi 2 novembre 2018

HALLOWEEN - LA NUIT DES MASQUES

HALLOWEEN - LA NUIT DES MASQUES
(Halloween)

Réalisateur : John Carpenter
Année : 1978
Scénariste : John Carpenter, Debra Hill
Pays : Etats-Unis
Genre : Thriller, Horreur, Slasher
Interdiction : - 12 ans
Avec : Donald Pleasence, Jamie Lee Curtis, Tony Moran, Nancy Kyes, Nick Castle...


L'HISTOIRE : A six ans, Michael Myers a tué sa sœur durant la nuit d'Halloween. Interné dans un hôpital psychiatrique sous la surveillance du docteur Loomis, il parvient à s'en échapper dix-sept ans plus tard, le jour d'Halloween, et retourne à Haddonfield, sa ville natale. Laurie Strode doit faire du baby-sitting cette nuit là. Durant la journée, elle a l'impression que quelqu'un la suit constamment. Dans le même temps, le docteur Loomis arrive à Haddonfield et prévient le shérif que Michael Myers est de retour. La nuit na va pas être de tout repos...

MON AVIS : Même s'il a été précédé par La Baie Sanglante de Mario Bava (1971), Torso de Sergio Martino (1973) et le Black Christmas de Bob Clark (1974), il est impossible de nier l'impact majeur que le film de John Carpenter a eu sur le slasher movie, précédant de deux ans un autre film qui fit date dans le genre : le Vendredi 13 de Sean S. Cunningham bien sûr. Si les trois films précités au début de cette chronique ont posé l'armature et quelques codes de ce genre hautement apprécié par les fans de cinéma d'horreur, Halloween - La Nuit des Masques a cimenté le tout et a en plus apporté sa touche personnelle en imposant la figure du boogeyman, ce tueur immédiatement reconnaissable de par son attirail vestimentaire ou son apparence visuelle. Ici, un simple masque d'Halloween, blanc comme la neige, va devenir un signe distinctif culte dont la simple vision est associée au film de Carpenter et au nom de Michael Myers dans l'inconscient collectif, même des néophytes en la matière. Tobe Hooper avait déjà créé un célèbre boogeyman en 1974, Leatherface et ses masques de peau humaine (Massacre à la Tronçonneuse), la saga Vendredi 13 fera de même avec Jason Voorhees et son masque de hockey puis Wes Craven écrasera la concurrence avec la création de Freddy Krueger en 1984, peut-être le boogeyman le plus célèbre du cinéma d'horreur. Il récidivera en 1996 avec le Ghostface de la saga Scream. Mais là où John Carpenter fait fort, c'est qu'en plus du personnage iconique de Michael Myers, il a composé un thème musical qui sera indissociable de l'univers qu'il met en scène et que tout le monde connaît, parfois même sans n'avoir jamais vu un seul film de la saga Halloween. Un thème qui reste dans la mémoire donc et que Carpenter utilise comme un personnage à part entière dans son film, l’utilisant pour illustrer chacune des apparitions de Michael Myers, aussi insignifiante soit-elle et qui permet de créer un suspense, une tension qui ira crescendo, aussi bien pour les personnages que pour les spectateurs. Telle une ombre, Michael Myers est partout et nulle part, apparaissant ou disparaissant à volonté, à l'image d'un fantôme, tant est si bien qu'on en arrive à se demander si la pauvre Laurie (excellente Jamie Lee Curtis) n'est pas victime d'hallucinations. Bien sûr, on sait que non mais la réalisation impeccable de Carpenter joue avec cette impression avec une réelle maestria. Le rythme de Halloween - La Nuit des Masques est résolument posé et risque de décontenancer la jeune génération qui voudrait découvrir le film après avoir vu celui de 2018. A moins que ce rythme assez contemplatif ne réussisse à produire son petit effet, comme il l'a fait en 1978. Oui, Carpenter prend son temps, ne bouscule jamais l'emploi du temps de ses personnages. Il se feront trucider quand il le faudra par son boogeyman emblématique, qui va éliminer les ami(e)s de Laurie Strode afin que cette dernière devienne la "final girl", l'ultime survivante qui va devoir affronter le Mal absolu, comme le dira le fameux docteur Loomis, interprété avec brio par le regretté Donald Pleasence. Le dernier quart-d'heure est à ce titre une magistrale leçon de cinéma (tout le film ne l'est-il pas ?), la caméra étant toujours placée là où il faut pour nous faire frissonner et ressentir toute l'angoisse de la situation vécue par Laurie. Chaque pièce de la maison devient un lieu où la mort peut frapper et nul endroit ne peut servir de cachette. Pire, rien ne semble pouvoir arrêter Michael Myers ! Le docteur Loomis nous avait prévenu mais force est de constater qu'il avait raison. Son patient résiste à tout et l'ultime plan du film ne laisse guère de place à l’ambiguïté. Si on ne sait pas vraiment pourquoi Michael Myers a décidé de s'en prendre à Laurie Strode et ses amis, le film affiche néanmoins une belle efficacité grâce à sa simplicité apparente. Le fait que la seule survivante du film soit une petite fille sage sous tout rapport, vierge de surcroît, alors que ses amies s'adonnent aux joies du sexe, a posé la question de savoir si John Carpenter l'avait fait exprès, au nom de d'un quelconque ordre moral ou religieux. Le réalisateur a toujours trouvé ce questionnement très drôle, qui n'a pas lieu d'exister pour lui. Quoiqu'il en soit, on a avec Halloween - La Nuit des Masques un véritable classique du genre, qui impressionne toujours autant, tant l'ensemble des ingrédients mixés par Carpenter fonctionnent à plein régime. Considéré comme le slasher fondateur, c'est effectivement une oeuvre séminale qui possède un pouvoir attractif qui perdure à travers le temps. Une référence incontournable.

PS : La VF du film nous présente non pas Michael Myers mais "Michel Myers"... à mourir de rire...


mardi 30 octobre 2018

SELLE D'ARGENT

SELLE D'ARGENT
(Sella d'Argento)

Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1978
Scénariste : Adriano Bolzoni
Pays : Italie
Genre : Western
Interdiction : / 
Avec : Giuliano Gemma, Sven Valsecchi, Ettore Manni, Cinzia Monreale, Licinia Lentini...


L'HISTOIRE : Depuis qu'il a vu son père être abattu par l'homme de main du clan Barrett alors qu'il n'était qu'un enfant, Roy Blood voue une haine sans pareille à cette famille. Devenu adulte, il est un chasseur de prime réputé, parcourant les régions sur sa selle d'argent, prise à l'assassin de son père. Lorsqu'on lui propose un contrat pour abattre Thomas Barrett, il n'hésite pas à une seconde à accepter. Qu'elle n'est pas sa surprise en découvrant que sa cible n'est qu'un enfant d'une dizaine d'années ! Refusant de tuer l'enfant, Roy Blood va comprendre que le petit garçon est la cible d'une machination visant à extorquer de l'argent à sa famille...

MON AVIS : Principalement connu pour ses films d'horreur, Lucio Fulci a aussi réalisé des westerns. Trois, pour être précis : Le Temps du Massacre en 1966, Quatre de l'Apocalypse en 1975 et ce Selle d'Argent en 1978. Le western spaghetti a connu ses heures de gloire et il n'en reste quasiment plus rien lorsque Fulci accepte de mettre en scène Giuliano Gemma dans Selle d'Argent à la fin des années 70. Un western quasi anachronique donc, simple produit de commande pour le réalisateur transalpin qui peine à voir sa carrière décoller et qui se dit que la présence de Gemma en vedette ne peut qu'être bénéfique pour s'attirer les faveurs du public. Pas de bol, le film sera un flop absolu. Rien de très grave pour Fulci puisqu'il connaîtra enfin la gloire dès l'année suivante avec L'Enfer des Zombies. Totalement inédit en France, Selle d'Argent, malgré son insuccès, mérite vraiment d'être découvert car c'est un film très plaisant à regarder et qui est de plus réalisé de manière très convaincante par Fulci. Les fans purs et durs de ce dernier risquent d'être surpris en visionnant Selle d'Argent car, contrairement à ses deux autres westerns, la violence est ici fortement édulcorée, voire quasi inexistante. On peut même dire que Selle d'Argent est un western familial car hormis quelques impacts de balles sanguinolentes lors des gunfights, il n'y a pas de sadisme ou d'imagerie gore à l'écran. On fera une petite exception pour le sadisme car lors d'une séquence vers la fin du film, le petit garçon se fera kidnappé par une bande de brigands et le chef de ces derniers n’hésitera pas à le fouetter pour le punir d'une tentative d'évasion. Une scène de fouet qui est peut-être un clin d’œil à celle, autrement plus violente, de l'excellent Le Temps du Massacre. Il semblerait que la parti-pris de faire un western grand public soit la volonté de Giuliano Gemma lui-même. Personnellement, cette absence de violence et de cruauté ne m'a pas du tout dérangé car Selle d'Argent à bien d'autres arguments à faire valoir. Le décor naturel du désert de Tabernas est toujours aussi photogénique ; certains personnages sont tout à fait dans l'esprit "western spaghetti", comme "le Serpent", interprété par un succulent Geoffrey Lewis qui passe le clair de son temps à détrousser les cadavres ou ce prêtre qui n'en oublie pas de porter un pistolet en plus de son crucifix ; les femmes sont belles et désirables, notamment Cinzia Monreale (qu'on reverra dans le Blue Holocaust de Joe d'Amato mais aussi dans L'Au-Delà de Fulci entre autres), qui joue la grande sœur du petit garçon, et Licinia Lentini, sculpturale patronne des filles du saloon ; les gunfights sont nombreux et se montrent plutôt efficaces ; la thématique du film (la vengeance) prend une direction inattendue avec la révélation de qui est le Thomas Barrett que Roy Blood doit abattre et la relation qui va s'ensuivre entre ces deux personnages va faire de Selle d'Argent un film assez touchant, assez attendrissant même, et c'est ce qui en fait son originalité dans la filmographie de son réalisateur ; enfin, les fans de Giuliano Gemma seront aux anges puisque, très clairement, ce troisième western de Lucio Fulci est entièrement dédié à la gloire et à l'aura de son acteur vedette. Bien rythmé tout en se montrant parfois mélancolique, Selle d'Argent est un western que j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir et qui prouve encore une fois que Lucio Fulci est un réalisateur talentueux et ce, dans les nombreux genres qu'il a illustré au cours de sa carrière.

LE DVD / BR :
L'éditeur Artus Films nous fait la joie d'avoir édité Selle d'Argent en combo DVD / BR, permettant au plus grand nombre de pouvoir découvrir dans d'excellentes conditions ce film méconnu de Fulci de par sa rareté. Le film est présenté uniquement en VOSTF puisqu'aucun doublage français n'existe. Parmi les bonus, Lionel Grenier du site www.luciofulci.fr nous livre son analyse du film dans Selle d’argent : le western familial de Lucio Fulci. Alain Petit, fidèle des éditions d'Artus Films, y va aussi de son analyse, s'étend sur Giuliano Gemma et autres membres du casting dans le module intitulé L’homme à la selle d’argent. On y apprend que Fulci était apparemment grand fan de Jess Franco et que Le Venin de la Peur serait un pseudo remake de Les Yeux Verts du Diable, oeuvre du réalisateur ibérique datant de 1968 ! Autre bonus intéressant, l'interview du très sympathique compositeur Fabio Frizzi qui revient sur sa collaboration avec Fulci dans A toute bride (avec intervention de Gemma en cerise sur le gâteau). Bruno Micheli revient quant à lui sur le montage du film dans Dans la salle de montage. Pas content de voir que l'acteur censé interpréter son personnage jeune n'a pas le teint légèrement bronzé, Giuliano Gemma a demandé à ce que la scène d'introduction soit teintée ! Elle nous est présentée dans les bonus, ainsi qu'une galerie de photos et la bande annonce originale. Encore une bien belle édition ! 

* Disponible en DVD / BR chez ARTUS FILMS


dimanche 28 octobre 2018

PREDATEUR

PREDATEUR
(Prooi / Prey)

Réalisateur : Dick Maas
Année : 2016
Scénariste : Dick Maas
Pays : Pays-Bas
Genre : Horreur, Thriller, Comédie
Interdiction : -12 ans
Avec : Sophie van Winden, Abbey Hoes, Mark Frost, Julian Looman...


L'HISTOIRE : Vétérinaire au zoo d'Amsterdam, Lizzy est appelée par la police : on vient de découvrir les cadavres atrocement mutilés d'une famille. Le jeune femme comprend rapidement que ces morts ont été causées par un fauve d'une taille et d'une férocité exceptionnelles. Alors que d'autres victimes sont découvertes, Lizzie fait appel à son ex-compagnon, Jack, un ancien chasseur de lions. Mais le prédateur reste insaisissable et continue de semer la terreur...

MON AVIS : Le Hollandais Dick Maas est principalement connu pour deux films très réussis qu'il a réalisés dans les années 80 : L'Ascenseur (1983) et Amsterdamned (1988). En 1999, il a mis en scène Issue de secours, puis L'Ascenseur niveau 2 en 2001 et Saint en 2010 entre autres. Amoureux fou de sa capitale, Amsterdam, dans laquelle il place la majorité des histoires de ses films, il récidive en 2016 avec Prédateur et envoie carrément un lion affamé dans les rues et les parcs de la ville. Film a classer dans la catégorie "agressions animales", sous-genre particulièrement apprécié des amateurs, Prédateur est une pure série B qui ne se prend pas la tête et joue sur plusieurs registres, ce qui pourra d'ailleurs surprendre les spectateurs. Car la direction que prend Dick Maas avec ce film peut se montrer un brin déstabilisante : alors qu'on s'attend à un thriller animalier sérieux et jouant sur le suspense et l'angoisse, Maas prend le parti-pris d'inclure énormément d'humour dans son film. Que ce soit par les dialogues ou certaines situations, parfois fort amusantes reconnaissons-le (le tueur de lion qui demande au chef de la police de récupérer le cadavre déchiqueté du frère de ce dernier pour s'en servir comme appât...), le réalisateur accentue cet aspect comédie jusqu'à la quasi parodie, comme lorsque débarque le sauveur de la situation, un expert en safari, ex-compagnon de notre jolie vétérinaire (la charmante  Sophie van Winden) et qui se déplace en... fauteuil roulant ! Bah oui, c'est qu'il s'est fait dévorer une jambe par un lion lors d'un safari qui a mal tourné le monsieur ! Comme vous le voyez, Dick Maas ne fait pas dans la demi-mesure quand il s'agit de jouer avec la dérision. Je ne suis pas certain que tous les spectateurs apprécient cette mise en avant du comique de situation dans un film qui, au départ, était censé faire frissonner. Mais rassurez-vous, il n'y a pas que de l'humour dans Prédateur ! On y trouve aussi une relation de couple compliquée entre la belle héroïne et son nouvel petit ami (un coureur de jupon invétéré et cameraman pour une émission de télévision), des policiers un tantinet crétin, une bande de chasseurs amateurs qui vont contrecarrer une mission de police, le frère du chef de la police qui va lui aussi se prendre pour un expert de la chasse aux lions et finir mal en point et surtout, quelques séquences de massacres bien gratinées de la part du roi des animaux, qui ne lésine pas à sortir ses griffes et ses crocs pour lacérer et déchiqueter toute personne passant à proximité. On peut même dire que Prédateur se montre assez gore au niveau des carnages orchestrés par son puissant félin, avec membres arrachés, tête décapitée, lacérations sanglantes et autres joyeusetés. Un lion qui n'épargne personne, que ce soit homme, femme et même enfant ! Les séquences dans le tramway ou dans le parc d'enfants sont à ce titre assez jubilatoires par exemple. Pourvu d'un rythme assez soutenu, notamment dans sa dernière partie, Prédateur ennuie rarement et remplit un cahier des charges assez original dans son mélange des genres. Le quota de morts est assez élevé, et, malgré des situations quand même improbables, on prend plaisir à suivre les personnages tenter de débusquer le fauve et à voir ce dernier éliminer le casting. Bien sûr, ce n'est pas le film du siècle mais on s'en doutait déjà. Il est juste dommage que Dick Maas n'ait pas pu utiliser un vrai lion dans son film, à l'instar de Roar ou Terreur dans la savane par exemple. Les images de synthèses font souvent illusion dans Predateur mais parfois, elles se voient clairement et ça pique un peu les yeux. Rien de bien méchant au final, si on est assez bon public, ce qui est mon cas, Prédateur remplira son contrat, celui de nous avoir fait passer un moment sympa et bien gore devant notre écran. 

* Disponible en DVD et BR chez RIMINI EDITIONS

  

lundi 22 octobre 2018

SANS MOBILE APPARENT

SANS MOBILE APPARENT
(Sans Mobile Apparent)

Réalisateur : Philippe Labro
Année : 1971
Scénariste : Vincenzo Labella, Philippe Labro, Jacques Lanzmann
Pays : France, Italie
Genre : Policier
Interdiction : /
Avec : Jean-Louis Trintignant, Dominique Sanda, Jean-Pierre Marielle, Laura Antonelli, Stéphane Audran...


L'HISTOIRE : A Nice, trois crimes sont commis par un mystérieux assassin, à l'aide d'un fusil à lunettes 22 long rifle. L'inspecteur Carella est chargé de l'enquête. Ses premières investigations ne lui procurent aucune piste tangible et il semble que ces trois meurtres soient sans mobile apparent...

MON AVIS : Journaliste, reporter, écrivain, parolier, homme de radio, Philippe Labro rajoute une corde à son arc en 1969, celle de réalisateur. Il tourne donc Tout peut arriver cette année là puis enchaîne en 1971 avec Sans Mobile Apparent. Passionné par les films policiers français des années 40 (en particulier le Quai des Orfèvres de Clouzot) mais surtout par la grande époque du film noir américain et ses acteurs de légendes (Humphrey Bogart, Richard Widmark, Robert Mitchum...), Phillipe Labro, sous l'impulsion du producteur Jacques-Éric Strauss, se met à lire des tonnes de polars afin d'en trouver un qui serait adaptable au cinéma. Il tombe sous le charme de Dix plus Un d'Ed McBain, dont l'action se situe en Californie. Ce roman est le dix-septième titre d'une longue saga initiée par cet auteur et qui met en vedette des policiers du 87ème District, dont l'inspecteur Steve Carella. Le cadre ensoleillé du roman, ainsi que sa trame, séduisent Labro qui va alors l'adapter au paysage français avec les scénaristes Vincenzo Labella et Jacques Lanzmann. La Californie cède sa place à Nice, le casting est international, avec notamment les Français Jean-Louis Trintignant, Dominique Sanda, Jean-Pierre Marielle, Stéphane Audran, Sacha Distel mais aussi les Italiennes Carla Gravina et Laura Antonelli, le Roumain Gilles Ségal ou l'Américain Erich Segal par exemple. La musique est composée par Ennio Morricone. Durant le tournage, comme ce n'était que son second film, Labro a reçu l'aide et les conseils de son ami Jean-Pierre Melville lui-même, excusez du peu. A l'arrivée, Sans Mobile Apparent est un excellent polar français, que je n'avais jamais vu et que j'ai pris grand plaisir à découvrir. Jean-Louis Trintignant interprète l'inspecteur Carella avec un talent fou. Égocentrique, bourré de toc (dont celui de se laver régulièrement les mains), doté d'un cynisme à tout épreuve et tireur hors pair, Trintignant donne de l'épaisseur à ce personnage tantôt antipathique, tantôt attachant mais en tout cas déterminé à comprendre quel lien unit les victimes d'un tueur en série adepte de la 22 long rifle. L'histoire est vraiment prenante, et le fait qu'elle se déroule dans le milieu de la bourgeoisie niçoise apporte son lot de questionnement. L'enquête nous laisse à penser que le trafic d'argent est peut-être à l'origine de ses meurtres qui ne semblent pas avoir de réels mobiles. Plus le film avance, plus Carella cherche à dénouer le mystère, plus on en apprend sur les divers personnages qui gravitent autour de cette sombre histoire et plus notre intérêt grandit. Réalisé au début des années 70, Sans Mobile Apparent respire cette époque par tous les pores de sa pellicule et le cadre niçois sied parfaitement à l'ambiance recherchée. Sans être très énergique, le rythme du film est relativement soutenu et n'ennuie jamais, aidé par le casting, idéalement choisi. La mise en scène de Labro fonctionne à plein régime, tantôt sobre et classique, tantôt originale et percutante. Si l'inspecteur Carella domine d'une tête les personnages présentés, les rôles féminins ne sont pas en reste et offrent au film un aspect sensuel bienvenu, qui contraste avec l'ambiance générale assez suffocante et pessimiste. La mignonne Dominique Sanda (qui semble parfois réciter son texte), les sexy Carla Gravina ou Stephane Audran (et son décolleté vertigineux) ou bien la sage Laura Antonelli (du moins dans ce film-ci !) jouent avec les codes de la femme fatale typique des films noirs américains, dont se réclame le film de Labro. Sans vous dévoiler les rouages de cette sombre histoire qui se dévoileront petit à petit, sachez que Sans Mobile Apparent mérite franchement le détour pour qui apprécie les films policiers de qualité. Et avec ce second film de Philippe Labro, on en a effectivement un entre les mains.

LE DVD/BR :
Quatrième titre de la collection Make my Day de Jean-Baptiste Thoret. Encore un excellent choix pour ce film qui méritait effectivement une édition de qualité, tant ce film en possède, des qualités. Une image claquante, nette et sans bavure permet de se plonger dans le Nice des 70's au côté de Jean-Louis Trintignant. Niveau bonus, une préface de JB Thoret puis une interview de 45 minutes du réalisateur Philippe Labro, qui revient sur  sa passion du polar, la création du film, son tournage ou sa relation avec Melville. Très intéressant. 

* Disponible en combo DVD / BR chez STUDIOCANAL


jeudi 18 octobre 2018

LA VENGEANCE DE LA FEMME AU SERPENT

LA VENGEANCE DE LA FEMME AU SERPENT
(Gator Bait 2 : Cajun Justice)

Réalisateur : Beverly Sebastian, Ferd Sebastian
Année : 1988
Scénariste :  Beverly Sebastian, Ferd Sebastian
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, redneck movie, rape & revenge
Interdiction : -16 ans
Avec : Jan Sebastian, Tray Loren, Paul Muzzcat, Jerry Armstrong...


L'HISTOIRE : Venant d’épouser Big T., un cajun, Angélique part vivre en Louisiane, au beau milieu des marais et des crocodiles. Elle y apprend la vie rude des autochtones, quand une bande de rednecks, dont le chef, Leroy, est le rival de Big T., laisse ce dernier pour mort et enlève la jeune femme. La belle se fait violer par la bande. Pour se venger, elle va devoir user de courage et de cruauté à la hauteur des sévices subis...

MON AVIS : En 1974, Ferd et Beverly Sebastian réalisent Les Marais de la Haine, un redneck movie mettant en scène Désirée (la sublime Claudia Jennings), une jeune sauvageonne vivant avec sa sœur Julie et son frère muet Big T. en plein cœur du bayou. Accusée à tord du meurtre de l'un des fils d'une famille du coin, les Bracken, Désirée allait être pris à partie par les membres de cette dernière avant de se transformer en exécutrice  impitoyable suite au meurtre de Julie. Un redneck movie avec des influences très "vigilante movie" donc, qui allait connaître un énorme succès lors de son exploitation dans les drive-in puis en vidéo des années plus tard. Conscient du potentiel de ce film, la Paramount va demander au couple Sebastian, vers la fin des années 80, d'en réaliser une suite. La belle Claudia Jennings ayant trouvé la mort dans un accident de voiture, il leur était impossible de faire revenir Désirée. Vu que cette suite allait débarquer quatorze ans plus tard, ils ont alors l'idée de faire du jeune muet de l'époque, Big T., le personnage principal et propose donc au même acteur, Tray Loren, de reprendre son rôle, offrant à ce personnage, outre la parole (ce qui n'est pas très logique mais bon), une épouse venant de la ville, Angélique, interprétée par l'actrice Jan Sebastian, qui n'est autre que l'épouse de Ben Sebastian, le fils des réalisateurs dans la vraie vie. Une citadine qui se marie au début du film, lors d'une séquence quasi documentaire puisqu'il s'agit d'une vraie cérémonie cajun, avec de purs natifs pour jouer les invités et les musiciens. Bien sûr, les rednecks du coin vont venir s'inviter à la fête et créer quelques désordres. Le chef de cette bande de ploucs n'est autre que Leroy, fils de la famille Bracken du film précédent, dont on sait déjà que Désirée l'avait castré. Seul souci : ce n'est pas le même acteur mais qu'importe après tout, puisque Paul Muzzcat, qui interprète ce personnage antipathique, possède également une gueule qui remplit parfaitement le contrat. On s'en doute, après avoir été éjecté du mariage par Big T., Leroy et ses amis bien dégénérés vont vouloir se venger et c'est la pauvre Angélique qui va trinquer. Voici donc le scénario de base de Gator Bait 2, film qui date de 1988 et rebaptisé en France sous le titre La Vengeance de la Femme au serpent. Cette suite possède les mêmes qualités et les mêmes défauts que le précédent, à savoir quelques scènes répétitives (toujours les courses-poursuites en bateau sur le bayou) mais aussi une ambiance redneck bien mise en avant, des acteurs aux trognes caractéristiques et un peu de violence. La Vengeance de la Femme au serpent se montre par compte nettement plus érotique de Les Marais de la Haine. Si on distinguait parfois les seins de Claudia Jennings dans ce dernier, l'actrice  Jan Sebastian ne s’embarrasse guère avec ce détail et exhibe fièrement ses attributs mammaires ô combien volumineux à de très nombreuses reprises, de même que ses jolies fesses. De quoi exciter la gent masculine, que ce soit les spectateurs ou les personnages du film bien sûr. Comme dans tout bon redneck movie qui se respecte, on trouve évidemment une scène de viol dans La Vengeance de la Femme au serpent et la durée de cette dernière, même si elle n'est pas trop démonstrative en terme d'images crues, parvient à créer le malaise. Attacher à un piquet en lieu et place d'un pauvre renard, Angélique va devoir subir les assauts de chaque membre de la bande de Leroy, après que ces derniers l'ait kidnappé, laissant son mari pour mort dans les marécages infestés de serpents et d'alligators. Glauque. C'est là ou La Vengeance de la Femme au serpent diffère quelque peu des Marais de la Haine. Dans le premier film, Désirée vengeait le viol et la mort de sa petite sœur Julie. Dans La Vengeance de la Femme au serpent, c'est le personnage principal qui a subit de plein fouet le viol et va vouloir se venger de cet affront. Le film bifurque donc dans la catégorie du rape & revenge et s'en va lorgner vers le culte I Spit on your Grave de Meir Zarchi réalisé en 1978. Une vengeance qui reste assez sage en fait hormis une mort qui m'a fait grincer les dents : après qu'elle ait attaché l'un des rednecks à un arbre, Angélique va lui mettre sur la tête un sac remplit de serpents venimeux ! Atroce ! J'en ai encore des frissons rien que d'y repenser ! Si cette vengeance met du temps à arriver, puisqu'elle ne démarre que dans la dernière demi-heure, tout le début du film, reprenant les codes du premier Gator Bait, reste tout de même assez divertissant, avec ses scènes érotiques gentillettes entre Big T. et Angélique, la scène dans laquelle cette dernière se lave dans une baignoire en métal sous l’œil des rednecks et le comportements sauvages et agressifs de ceux-ci. En clair, si vous avez aimez Les Marais de la Haine, il n'y a aucune raison pour que vous n'appréciez pas La Vengeance de la Femme au serpent, qui est peut-être encore plus représentatif du cinéma de redneck que son prédécesseur. C'est un bon film du genre en tout cas. 

LE DVD
Comme pour Les Marais de la Haine, cette édition DVD de La Vengeance de la Femme au serpent est de qualité; Présenté dans un joli digipack slim, le film bénéficie d'une copie des plus correctes qui permet d'admirer les courbes de Jan Sebastian dans de bonnes conditions. Le bonus présenté par Maxime Lachaud est encore une fois excellent et passionnant, on pourrait écouter ce monsieur nous parler durant des heures de la Hicksploitation, dont il maîtrise absolument tous les tenants et aboutissants. Ferd et Bevelry Sebastian s'amusent comme des fous à répondre à une interview dont les questions ont été posées par des fans de cette saga redneck dans le bonus Making Of original et leur bonne humeur fait plaisir à voir. La bande annonce original et un spot vidéo sont également présent. Comme pour Les Marais de la Haine, le bonus dans lequel le couple Sebastian nous parle de leur rencontre avec Jesus est repris, ce qui était une condition de leur part pour pouvoir éditer ces deux films. On a vraiment hâte qu'Artus Films nous sorte d'autres rednecks movies en tout cas !

* Disponible en DVD chez ARTUS FILMS




mardi 16 octobre 2018

LES MARAIS DE LA HAINE

LES MARAIS DE LA HAINE
(Gator Bait)

Réalisateur : Beverly Sebastian, Ferd Sebastian
Année : 1974
Scénariste :  Beverly Sebastian
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, redneck movie
Interdiction : -16 ans
Avec : Claudia Jennings, Sam Gilman, Douglas Dirkson, Clyde Ventura, Bill Thurman ...


L'HISTOIRE : Billy Boy, fils du shérif, et son ami Ben Bracken tentent de prendre sur le fait la belle Désirée Thibodeau. Cette dernière, pour assurer la survie de sa jeune sœur Julie et de son petit frère muet Big T, se livre à des activités de braconnage. La confrontation tourne mal et Billy Boy tue Ben par mégarde. Il décide de ne pas raconter la vérité à son père, qui est le shérif de la ville, et accuse Désirée du meurtre. La famille Bracken réclame vengeance. Trouvant l'habitation de Désirée au sein des marais, les Bracken, accompagnés du shérif et de son fils, prennent à partie la pauvre Julie qui va subir une agression sexuelle avant d'être froidement abattu par Leroy Bracken. Big T. parvient à s'enfuir et retrouve sa grande sœur qui n'aura alors plus qu'une obsession : venger Julie...

MON AVIS : Avec son marais inhospitalier, peuplé d'alligators et de serpents venimeux, et avec ses personnages haut en couleurs, Les Marais de la Haine est un vrai redneck movie, dans le sens noble du terme. On peut même dire que c'est l'un des plus grands classiques de ce genre atypique de la série B, qui a obtenu ses lettres de noblesse auprès du public lambda en 1972, avec le Délivrance de John Boorman bien sûr. Dans Les Marais de la Haine, réalisé la même année qu'un autre film de rednecks qui fit sensation (Massacre à la Tronçonneuse pour le citer), on fait la connaissance de la famille Bracken, qui cumule toutes les tares et les dégénérescences qui font tout le charme de ce type de film : pour exemple, l'un des frères, excité au plus haut point par la jolie tenue un peu transparente de sa sœur, n'hésitera pas à lui sauter dessus pour essayer de la violer dans la boue ! Salopettes, chemises à carreaux, visage crasseux, langage ordurier, adoration des armes à feu et relation incestueuse, on a tous les clichés réunis ici et cette facette de la société américaine profonde n'est guère reluisante et fait peur à voir. Bénéficiant du décor naturel d'un marais de Louisiane, le film du couple Ferd et Beverly Sebastian joue aussi dans la cour du drame rural, du survival, du rape & revenge et du vigilante movie. La ravissante Désirée, héroïne du film, est interprétée par la sublime Claudia Jennings, actrice qui fut playmate pour Playboy et qui trouva malheureusement la mort à 29 ans lors d'un tragique accident de voiture. Avec sa chevelure rousse incendiaire, elle va devenir un ange de la mort, déjouant les prévisions des cinq hommes à ses trousses qui, pour le coup, vont devenir les chassés et non les chasseurs. Il faut dire que Désirée connaît les marécages comme sa poche depuis sa plus tendre enfance, et ces derniers vont devenir son terrain de jeu. Une véritable Rambo-woman avant l'heure. Si Les Marais de la Haine se montre assez peu violent, certaines séquences versent quand même dans le graveleux : je citerais la tentative de viol incestueuse déjà évoquée plus haut, la baignade en tenue d'Eve de l'actrice Janit Baldwin, pourtant âgée de 21 ans mais qui semble en avoir cinq de moins, et surtout l'agression de de cette dernière. La pauvre jeune fille va en effet subir elle aussi une tentative de viol avant que l'un des frères Bracken, pris d'un coup de folie, ne lui épargne ce triste sort en lui tirant un coup de fusil dans son intimité ! Effet radical garanti ! Alors oui, à bien y regarder, Les Marais de la Haine n'a rien d'extraordinaire en fait : son rythme est un peu lent, il y a des scènes répétitives (les courses-poursuites en bateau sur les eaux du bayou entre autres) et on aurait aimé avoir une violence bien plus frontale, notamment au niveau de la vengeance de la belle Désirée. Ceux qui s'attendent à un film dans la lignée de I Spit on your Grave par exemple en seront pour leur frais. Par contre, pour ceux qui se sont pris de passion pour le cinéma de redneck, notamment après avoir lu l'extraordinaire ouvrage de Maxime Lachaud sur le sujet (Redneck movies: ruralité et dégénérescence dans le cinéma américain), alors Les Marais de la Haine est le parfait fleuron qu'il faut impérativement avoir vu. La représentation des culs-terreux dans ce film est parfaite, avec ce qu'il faut de bêtise crasse et de comportements abjectes, la musique ou les chansons jouées au banjo et à l'harmonica sont bien présentes, le décor du bayou sied particulièrement bien à l'intrigue. Pour un petit film totalement indépendant et sans beaucoup de moyen, le couple Sebastian a particulièrement bien réussi son coup avec ce premier Gator Bait (titre original du film), qui connût une très belle carrière dans les nombreux drive-in américains ou lors de son exploitation en VHS dans différents pays du globe. Leur idée d'offrir à leur amie Claudia Jennings le rôle principal est brillante car la demoiselle y obtient un rôle quasi iconique et fait une parfaite sauvageonne, dont la prestation, quasi muette, restera tout de même dans les mémoires, de par son charisme, sa détermination et sa froideur. Le casting est de plus tout à fait à sa place, avec des "gueules de ploucs" qui correspondent tout à fait à l'effet recherché. D'ailleurs, face au succès du film, les Sebastian réaliseront une pseudo-suite baptisée chez nous La Vengeance de la Femme au Serpent. Chronique de ce dernier prochainement sur ce blog évidemment !

LE DVD :
Comme on l'apprendra dans l'un des bonus de cette belle édition, celui intitulé "Témoignage", le couple derrière Les Marais de la Haine est devenu des adeptes de Jésus et œuvre dans leur fondation qui recyclent des lévriers à la retraite en les faisant participer à des programmes en prison. Une très belle initiative mais qui les fit s'opposer à toutes ressorties de leurs deux Gator Bait, jugeant ces films en opposition avec leurs nouvelles croyances. Heureusement, ils ont finalement accepté que leurs films soient édités en DVD et ils ont de plus trouvé une superbe copie dans les archives de la Paramount ! La copie du DVD d'Artus Films (VF et VOSTF) enterre donc sans mal l'image de ma VHS et ce fût un véritable plaisir que de redécouvrir Les Marais de la Haine dans ces conditions. Outre une interview du couple Sebastian (Making of original), on trouve également une présentation du cinéma de redneck et de Gator Bait par Maxime Lachaud, prolongement des plus intéressants de son ouvrage (Rednecks et survival). La bande annonce française et originale, ainsi qu'un spot pour la sortie VHS du film en France sont également au programme.

* Disponible en DVD chez ARTUS FILMS



dimanche 14 octobre 2018

6 FEMMES POUR L'ASSASSIN

6 FEMMES POUR L'ASSASSIN
(Sei Donne per l'Assassino / Blood and Black Lace)

Réalisateur : Mario Bava
Année : 1964
Scénariste : Giuseppe Barilla, Mario Bava, Marcello Fondato
Pays : Italie
Genre : Giallo
Interdiction : -12 ans
Avec : Cameron Mitchell, Eva Bartok, Tomas Reiner, Arianna Gorini, Mary Arden...


L'HISTOIRE : Un mystérieux assassin commet des meurtres sauvages sur les mannequins d’une célèbre agence de haute couture. La police mène l’enquête...

MON AVIS : 1963. Mario Bava réalise La fille qui en savait trop, un thriller italien qui commence à poser les fondements de ce qu’on appellera par la suite le giallo. La même année, outre Le Corps et le Fouet, il tourne Les trois visages de la peur, dont le premier sketch intitulé Le Téléphone joue également avec ce qui deviendra les codes du genre du giallo. En 1964, il reprend les recettes de ses deux films de 1963, les actualise, les modernise, se lâche dans des décors baroques, joue avec les couleurs et pose véritablement les bases du giallo, mettant en scène dans une banale enquête policière un assassin entièrement vêtu de noir, ganté, portant un masque et commettant ses crimes de différentes manières. Violence, sadisme, jolies filles, meurtres et whodunit se combinent avec une alchimie parfaite dans son 6 femmes pour l’assassin, œuvre phare, référence absolue pour qui aime le giallo. Pourtant, le film, coproduction Italo-franco-allemande dont le tournage dura six semaines, ne connut guère un grand succès à l’époque de sa sortie et le genre qu’il fit naître ne décolla vraiment qu’avec la sortie de L’oiseau au plumage de cristal de Dario Argento en 1970. Six femmes pour l’assassin est pourtant une pièce maîtresse du genre, nouvelle preuve du génie de Mario Bava dont la filmographie ne cessera d’influencer les futures générations de réalisateurs. Dès le générique, Bava surprend son monde par son inventivité. Le nom des acteurs et des actrices vient se superposer sur une image les présentant immobiles, tels des statues, comme autant de photographies avec mise en scène. Le début de l’œuvre ne sera pas non plus sans nous rappeler un certain Suspiria, qui ne débarquera qu’en 1977 et qui, pourtant, entretient un étroit rapport pictural avec le film de Bava, tant au niveau des décors que du jeu de lumière fortement coloré, qui plongent chaque séquence de ces deux films dans une ambiance fantasmagorique. Par une nuit orageuse, un jeune mannequin regagne l’immense demeure de la Comtesse Christina Como, devenue une luxueuse maison de haute couture. Alors que la jeune femme tente de gagner rapidement la porte malgré un vent assez violent, la voilà qui se fait agresser par un mystérieux personnage, vêtu d’un imperméable noir, ganté, portant un chapeau et une sorte de masque sur le visage, le rendant méconnaissable. La figure récurrente du giallo dans toute sa splendeur vient d’apparaître pour la première fois sur un écran de cinéma. Un look qui fera date et qui se fera même parodier dans le moindre détail dans la série de films érotico-gore des Fantom killer. Mario Bava laisse libre court à son imagination, ne se refuse rien, ne se censure pas, et fait baigner son film dans une atmosphère assez érotique, puisque chaque meurtre nous détaillera les soutiens-gorge ou bas de jarretelles que portent ces demoiselles. Des meurtres au nombre de six bien sûr, qui se révéleront tous originaux, la mise à mort étant à chaque fois différente. Un procédé que nous retrouverons également dans les futurs slashers movies, dont Mario Bava sera encore une fois l’un des précurseurs avec son fameux La Baie Sanglante en 71. Le second meurtre, toujours baigné dans une atmosphère morbide et fantasmatique, avec des lumières rouges, vertes, violettes, nous dévoilera un curieux instrument, une sorte de gant d’acier pourvu de trois crochets, et qui restera la marque de fabrique du film, l’arme dont tous les spectateurs se rappellent malgré le fait qu’elle n’apparaisse qu’une seule fois dans le film. Notre tueur, froid et déterminé, nous gratifiera par la suite d’autres joyeusetés, comme un visage brûlé, une noyade dans une baignoire ou un étouffement à l’aide d’un coussin par exemple. Des meurtres savamment orchestrés, presque artistiques parfois, et on ne cherchera plus la source d’inspiration de Dario Argento, qui a magnifié ce que Bava avait instauré avec ses films. Notons que 6 femmes pour l’assassin a connu deux montages. Une version censurée et une version intégrale donc. La violence montrée dans le film fera bien sûr sourire à notre époque et on se demandera quel était l’intérêt de "couper" certaines images tant elles apparaissent soft pour le spectateur d’aujourd’hui. Car en plus de priver le spectateur des images les plus sanglantes (toute proportion gardée bien sûr), certaines coupures se révéleront carrément handicapantes car privant le spectateur de la logique suivie par le tueur. Le meurtre de la cinquième victime se verra, par exemple, privé d’une scène capitale, celle où le tueur sectionne les veines de sa victime au rasoir, afin de faire croire que cette dernière s’est suicidée. Sans cette séquence, l’histoire perd de sa logique. La coupe la plus marquante restant, quant à elle, la disparition pure et simple de la scène où le tueur sort de sa poche son gant d’acier griffu. Hop, aux oubliettes l’arme culte. Inutile de dire que ce montage cut est totalement à oublier et que seul le montage intégral rend justice au travail de Bava et de son équipe. Outre ses meurtres diaboliquement stylisés, l’autre force du film est bien sûr la réalisation même de Bava. Mélangeant gothique et modernisme, jouant avec habileté sur le suspense, la terreur, la peur, chaque décor, chaque pièce devient ici un potentiel lieu de mort, d’où le tueur peut surgir à chaque instant. Escaliers, corridors, espaces labyrinthiques, miroirs, Bava joue avec l’espace, avec les perspectives, avec les objets présents dans les différents lieux pour faire naître une angoisse palpable qui terrorisera les futures victimes. Sa caméra se place toujours là ou il faut, faisant se hisser à un très haut niveau un film dont le scénario n’a rien d’extraordinaire. En effet, d’un point de vue scénaristique, 6 femmes pour l’assassin reste d’une facture assez classique. L’enquête policière est sobre, conventionnelle mais grâce au talent de Bava, elle prend une tournure bien plus intéressante qu’elle ne l’est et permet aux spectateurs de ne jamais décrocher et de rester attentif à tous les détails qui pourraient permettre d’en savoir plus sur le tueur et ses motivations. Habile, Bava s’amuse également à brouiller les pistes et fait de tous les hommes présents dans la maison de haute couture des tueurs potentiels. Chacun d’entre eux semble en effet avoir quelque chose en commun avec Isabella, la première fille assassinée et la découverte surprise de son journal intime semble bien les inquiéter. Tous comme certaines demoiselles également, qui semblent bien décidées à découvrir ce qui peut bien être écrit sur les pages de ce recueil. Ce journal intime, mis dans un sac à main, nous donnera l’une des meilleures séquences du film, séquence où ce sac devient l’objet de toutes les attentions et où la caméra de Bava devient presque le sac à main lui-même. Et donc, les yeux des spectateurs. C’est techniquement et artistiquement admirable. Niveau casting, les personnages principaux sont campés avec prestance par un excellent trio, Cameron Mitchell, Eva Bartok, Thomas Reiner, trio auquel vient s’ajouter les nombreuses actrices et acteurs interprétant les mannequins et les hommes travaillant dans la maison de haute couture, qui livrent tous une prestation de bonne qualité, parachevant de faire de 6 femmes pour l’assassin une œuvre formelle et importante, qu’il faut redécouvrir toute affaire cessante. Véritable tour de force stylistique juxtaposant chorégraphie meurtrière, jeu de lumière vertigineux et sadisme prononcé, 6 femmes pour l’assassin, malgré le poids des années, reste une œuvre phare et magistrale de son réalisateur. Mario Bava prouve une fois de plus qu’il était en avance sur son temps et son talent et son énergie à tenter des choses nouvelles, à expérimenter, donne une fois de plus une œuvre intense, raffinée, qu’on ne se lasse pas de voir et de revoir. Un film phare du cinéma italien.

LE DVD/BR :
Troisième titre de la collection Make my Day de Jean-Baptiste Thoret. Un excellent choix évidemment, une édition sur support numérique rendant justice au travail artistique cinq étoiles de Mario Bava et de son équipe technique. Attention, le film est uniquement présenté en version italienne sous-titrée français et ne dispose pas de la piste audio française. Concernant les bonus, outre la traditionnelle préface de Jean-Baptiste Thoret, un module de 45 minutes environ laisse la parole à Christophe Gans qui ne peut que vanter les louanges de ce film culte.

* Disponible en combo DVD / BR chez STUDIOCANAL


samedi 13 octobre 2018

NEAR DARK - AUX FRONTIÈRES DE L'AUBE

NEAR DARK - AUX FRONTIÈRES DE L'AUBE
(Near Dark)

Réalisateur : Kathryn Bigelow
Année : 1987
Scénariste : Kathryn Bigelow, Eric Red
Pays : Etats-Unis
Genre : Fantastique, Vampires
Interdiction : -12 ans
Avec : Lance Henriksen, Bill Paxton, Jenny Wright, Adrian Pasdar...


L'HISTOIRE : Habitant dans un petit patelin paumé, le jeune Caleb tombe sous le charme de Mae, une charmante blondinette qui vit avec un groupe de marginaux. Il ne sait pas que celle-ci est un vampire. Après avoir été contaminé par un baiser de Mae, Caleb  va découvrir le monde de la nuit et faire connaissance avec les membres de la "famille" de Mae. Comprenant petit à petit ce qu'il est en train de devenir, Caleb se refuse à ôter la vie pour se nourrir, ce qui va entraîner des tensions entre lui et les amis vampires de Mae...

MON AVIS : Après avoir pris des cours de peinture dans une école d'art, Kathryn Bigelow décide de devenir réalisatrice. En 1981, elle met en scène son premier film, Loveless. Six ans plus tard, elle co-rédige une histoire avec Eric Red. Les deux scénaristes ont dans l'idée de moderniser le mythe du vampire, d'éviter tous les clichés inhérents au genre (crucifix, gousses d'ail, dents pointues, château lugubre, chauve-souris...), de jouer avec les codes et les décors du western et de mettre en avant une romance entre les deux personnages principaux, un humain et une vampire. Elle parvient à trouver un producteur et à faire accepter le fait qu'elle sera la réalisatrice du film. Une initiative qui va s'avérer payante puisque Near Dark, rebaptisé Aux Frontières de l'Aube en France, ne sera ni plus ni moins que l'une des meilleures tentatives d'apporter de la modernité et de l'originalité au thème du vampire. Certes, Les Prédateurs (1983), Vampire, vous avez dit Vampire ? (1985), Vamp (1986) et Génération Perdue (1987) ont eux aussi participer à cette modernisation et cette remise en avant des créatures de la nuit, immortalisées par Bela Lugosi et Christopher Lee, mais le film de Kathryn Bigelow va bien plus loin dans le concept même de la restructuration du mythe puisque, comme déjà dit, elle a exclu tout ce qui peut faire penser à un film de vampires, tous les codes traditionnels, hormis le besoin de sang pour se nourrir, l'immortalité et les ravages du soleil. Même le mot "vampire" n'est jamais prononcé et l'idée de la transfusion sanguine peut faire penser à une simple maladie, ce qui rend le film encore plus intéressant. Exit aussi l'aspect aristocratique des buveurs de sang et place aux desperados de l'Ouest façon La Horde Sauvage de Sam Peckinpah ! Une prise de risque aussi inattendue que motivée de la part de Kathryn Bigelow qui remporta l'adhésion quasi unanime du public et des critiques, qui tombèrent tous sous le charme de Near Dark. On les comprend aisément puisque ce film est un petit bijou d'ambiance, de mise en scène, d'idées neuves qui s'imbriquent parfaitement avec ce qu'il reste des codes classiques du film de vampire. Les crocs acérés sont remplacés par les couteaux ou les pistolets, les cercueils protecteurs par des véhicules volés dont on aura recouvert les fenêtres avec des matières pare-soleil. Le tout dans un paysage de western, ce qui sied parfaitement au rendu du film et au look des vampires présentés ici. Outre la ravissante Mae (sublime Jenny Wright dont il est impossible de ne pas tomber amoureux dans ce film), les autres vampires sont joués par Lance Henriksen (Jesse, clin d'oeil à Jesse James sûrement), Bill Paxton (Severen), Jenette Goldstein (Diamondback) et le jeune Joshua John Miller (Homer). Éperons aux chaussures, ceinturons, colts et habits poussiéreux font partie de leur tenue vestimentaire et on est bien loin de la chemise blanche et de la grande cape noir et rouge souvent porté par le comte Dracula. Ces anti-héros nous apparaissent de plus en plus charismatiques au fil de la progression, même le cruel Severen (génial Bill Paxton qui se donne à 100% dans l'interprétation de ce vampire déjanté, le seul qui semble prendre un réel plaisir à massacrer des humains). L'amateur éclairé aura repéré que Henriksen, Paxton et Goldstein ont déjà joué ensemble l'année précédente, dans Aliens le Retour. C'est d'ailleurs pour cette raison que Kathryn Bigelow les a voulu pour Near Dark, car elle voulait bien assister sur l'aspect "famille" de ce groupe de vampires. Encore un choix payant car leur relation fonctionne très bien à l'écran.  Si Near Dark réserve son lot de scènes de violence, typique des westerns, avec gunfights dans un motel contre les forces de l'ordre dirigées par le shérif local (scène spectaculaire et d'une précision chirurgicale, les balles provenant des deux camps qui s'affrontent provoquant des trous laissant passer le soleil, ce qui incommodera bien nos vampires...), massacre dans un bar (le saloon bien sûr) et un affrontement entre Caleb et Severen vers la fin du film qui a toutes les caractéristiques d'un duel, le film de Kathryn Bigelow n'en oublie pas l'émotion et la poésie et ce, à travers la romance de Caleb et Mae. Une histoire d'amour qui semble impossible et qui fait bifurquer le film vers le récit initiatique (éveil à l'amour, à la nuit, à la vie vampirique...). Romeo & Juliette n'est pas loin puisque la relation hors norme entre Caleb et Mae va compliquer la vie de leur famille respective. Bercé par la musique de Tangerine Dream, le spectateur ne peut que se laisser prendre par la main et savourer les sublimes images qu'a composé Kathryn Bigelow. Les effets visuels des brûlures sont particulièrement réalistes, la photographie est très belle et cette relecture moderne du film de vampire s'avère une excellente surprise pour qui veut sortir des sentiers balisés. Décidément, les réalisatrices ne font clairement pas pâle figure face à leurs comparses masculins quand il s'agit de dynamiter les règles. Outre Near Dark, on pense aussi à Antonia Bird qui avait modernisé le film de cannibale avec Vorace par exemple, film qui, lui aussi, utilisait les paysages du western ! Le Festival international de Paris du film fantastique et de science-fiction ne s'y est en tout cas pas trompé puisque Near Dark y a reçu la Licorne d'Or en 1988.

LE DVD/BR
Je n'avais pas revu Near Dark depuis l'époque VHS, c'est donc avec grand plaisir que j'ai visionné le Blu-Ray du film qui vient de sortir dans la collection Make my Day de Jean-Baptiste Thoret. Le film se déroulant quasiment de nuit durant toute sa durée, la copie présentée ici remplit sa fonction et nous permet d'admirer le travail artistique dans de très bonnes conditions. Les scènes nocturnes sont lisibles et ce Blu-Ray enterre les copies VHS. Parmi les bonus, outre la préface toujours instructive de JB Thoret, on trouve une interview assez hallucinante de Kathryn Bigelow qui date de 1988 et réalisé pour l'émission française Rapido (avec la caméra qui bouge, des bruits de fonds qui viennent perturber l'enregistrement et j'en passe !) ainsi que le documentaire de 46 minutes intitulé Living in Darkness et dans lequel on trouve de nombreux interviews de la réalisatrice, du casting et de l'équipe technique. Un très bon supplément ! La bande-annonce originale est également présente, le tout étant servi dans un joli digipack. 

* Disponible en combo DVD / BR chez STUDIOCANAL


mercredi 10 octobre 2018

MAX MON AMOUR

MAX MON AMOUR
(Max mon Amour)

Réalisateur : Nagisa Ôshima
Année : 1986
Scénariste : Nagisa Ôshima, Jean-Claude Carrière
Pays : France, Etats-Unis
Genre : Comédie, Drame, Insolite
Interdiction : /
Avec : Charlotte Rampling, Anthony Higgins, Victoria Abril, Diana Quick...


L'HISTOIRE : Diplomate anglais vivant à Paris, Peter Jones découvre par l'intermédiaire d'un détective privé que sa femme Margaret loue en secret un petit appartement. Certain qu'elle voit un amant, il s'y rend avec la ferme intention de la prendre sur le fait avec ce rival. Qu'elle n'est pas sa surprise en découvrant un chimpanzé prénommé Max au côté de son épouse... 

MON AVIS : Le cinéaste japonais Nagisa Ôshima a déjà fait forte sensation en 1976 avec son film le plus emblématique, le célèbre L'Empire des Sens, oeuvre vénéneuse sur la passion intense et sans limite unissant une ancienne prostituée devenue domestique et son patron. Réalisateur atypique, controversé et scandaleux, surtout dans son pays le Japon, Nagisa Ôshima est également l'auteur de films forts comme Contes cruels de la jeunesse, Nuit et Brouillard au JaponLe Petit Garçon ou Furyo par exemple. En 1986, on lui propose de venir en France pour réaliser un film. Ne connaissant rien aux mœurs et coutumes françaises, Ôshima a la bonne idée de ne pas mettre en scène un film qui parlerait de notre beau pays mais préfère s'attarder sur un scénario des plus insolites rédigé par Jean-Claude Carrière, qui a travaillé avec Jess Franco, Milos Forman ou Luis Buñuel entre autres. Ce scénario, c'est bien sûr celui du film qui nous intéresse ici, à savoir Max mon Amour. Comme vous avez pu le lire dans le résumé ci-dessus, Max mon Amour aborde un sujet choc, à savoir la relation amoureuse entre une femme et un chimpanzé. Si le thème de la zoophilie est effectivement présent, Ôshima va surprendre ses admirateurs en livrant un film uniquement immoral dans son idée principale mais en aucun cas dans ses images. Si on pouvait en effet s'attendre à des excès lubriques de la part du réalisateur, ce dernier fait montre ici d'une retenue totale, son film misant avant tout sur l’ambiguïté de cette relation contre-nature et laisse planer le doute sur ce qui se passe réellement derrière la porte close de la chambre de Charlotte Rampling, qui trouve encore ici un rôle à sa mesure. Le fait qu'Ôshima, avec l'accord du scénariste, a décidé de ne rien montré concernant une éventuelle relation sexuelle entre la femme et le chimpanzé (ce qui aurait sûrement fait basculer le film dans un ridicule inachevé) lui permet au contraire de décupler la notion de fantasme et de voyeurisme. Que ce soit Peter Jones, le mari de Charlotte Rampling interprété par Anthony Higgins, ou nous, simples spectateurs, l'envie bien réelle d'assister ou de voir des images de l'accouplement femme/singe ne cesse de venir perturber notre esprit, preuve que, malgré le côté scabreux et dépravé de cette situation relationnelle quasi irrationnelle, l'attraction du sensationnalisme est plus forte que la raison. Quasiment tourné en huis clos dans un luxueux appartement de style Louis XVI, la réalisation de Max mon Amour se veut proche du théâtre, voire du vaudeville, l'humour, noir bien sûr, étant assez percutant la plupart du temps. Les personnages vont et viennent, ouvrent des portes et en referment pour en laisser entrer ou sortir d'autres (telle Maria la servante par exemple, jouée par Victoria Abril) et même la direction d'acteurs se veut assez théâtrale. Le film adopte dans sa grande majorité le point de vue du mari cocu, qui essaye de comprendre pourquoi sa femme a besoin de cette relation hors-norme. Il est d'ailleurs assez amusant, au début du film, de voir la mine renfrognée qu'il fait quand le détective privé lui confirme que sa femme peut avoir un amant, alors que lui-même vit une relation extra-conjugale ! Ah les hommes ! Plus le film avance, plus il devient une sorte de comédie de mœurs, jouant avec la notion du couple brisé, de la famille en danger, via l'apparition d'un intrus imprévu. Sentant que sa femme s'éloigne de plus en plus de lui, pour se rapprocher de plus en plus de Max, le pauvre mari va alors se remettre en question et, sous couvert de son voyeurisme pervers, va tenter, inconsciemment, de la reconquérir, lui proposant même de ramener Max dans leur propre appartement. Les sentiments d'incompréhension, puis de jalousie, puis d'attraction envers le chimpanzé de la part du mari sont parfaitement retranscris par Anthony Higgins qui livre une composition vraiment bonne et donne une vraie épaisseur à son personnage. La meilleure scène du film, en ce qui me concerne, aurait fait plaisir à Tobe Hooper puisqu'elle se déroule lors d'un dîner au domicile de Margaret et Peter. Le réalisateur de Massacre à la Tronçonneuse a dit lors d'un interview que "les dysfonctionnements les plus graves dans les familles ont souvent lieu au cours d’un repas". Ici, les invités du couple en difficulté se demandent d'où proviennent les cris étranges qu'ils entendent, jusqu'à ce que Peter propose a Margaret de leur présenter Max. La situation se complique rapidement et devient même carrément malsaine et embarrassante, le chimpanzé se mettant à promulguer à Margaret une démonstration de sentiments qui ne laissera pas l'assistance indifférente. Il faut voir le visage ahuri de Fabrice Luchini ou de Anne-Marie Besse, ça vaut le coup d'oeil ! Bien malin, Ôshima fait de son héros velu un élément perturbateur au départ mais plus le temps passe, plus Max devient en fait le ciment qui va reconsolider la relation entre Peter et Margaret. On le voit, à partir d'un scénario somme toute assez simple et d'une idée qu'on pourrait presque qualifier de saugrenue, Max mon Amour joue sur divers niveaux d'interprétation et a plus de choses à dire qu'on ne le pense. Fable sur le cadre familial qui se décompose, sur la notion de virilité chez l'homme, film qui nous interroge sur le sentiment amoureux et nous questionne sur l'acceptation de l'idée qu'on puisse vraiment tomber amoureux fou d'une personne "non humaine" et j'en passe, Max mon Amour réussit son pari assez osé de rendre crédible cette histoire originale et se montre souvent touchant, ne sombrant jamais dans une obscénité qui serait malvenue en fait. Une belle découverte en tout cas. Pour l'anecdote, Max n'est pas un vrai chimpanzé (on le devine assez rapidement) mais il est interprété par Ailsa Berk, danseuse et actrice britannique qui bénéficie ici des talents du maquilleur Rick Baker, oscarisé 7 fois et célèbre pour ses effets de maquillages sur des films comme Hurlements, Le Loup-Garou de Londres ou Videodrome entre autres. Il est spécialisé dans le maquillage ou les animations simiesques puisqu'il a participé à des films comme King Kong (1976), Greystoke, Gorilles dans la Brume ou Mon ami Joe.

LE BR/DVD :
Premier titre de la collection initiée par Jean-Baptiste Thoret et intitulée Make my Day. Une collection plus que prometteuse puisqu'elle fait preuve d'un bel éclectisme dans sa première salve de quatre titres (comédie dramatique insolite, giallo, fantastique et polar) et que l'intention de son créateur est de ne pas se cantonner à un genre précis mais de nous faire (re)découvrir des films rares, inédits et d'horizons divers. Présenté sous la forme d'un digipack avec fourreau contenant le DVD et le Blu-Ray du film, Max mon Amour bénéficie d'une image claire et précise, sans défaut apparent. Niveau bonus, JB Thoret nous présente le film lors d'une préface (7 minutes env.), puis nous livre des clés de lecture dans un module de 10 minutes (Par le petit trou de la serrure). Le bonus le plus conséquent dure environ 52 minutes et donne la parole à Jean-Claude Carrière, Charles Tesson et Michel Portal (Max mon Amour revu par...). La bande annonce originale vient compléter cette belle édition.

* Disponible en DVD et BR chez -> STUDIOCANAL <-


  

samedi 29 septembre 2018

FRAYEURS

FRAYEURS
(La Paura, Paura nella Citta dei Morti Viventi, The Gates of Hell, City of the Living Dead)


Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1980
Scénariste : Lucio Fulci, Dardano Sacchetti
Pays : Italie
Genre : Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Catriona MacColl, Christopher George, Carlo de Mejo, Fabrizio Jovine, Giovanni Lombardo Radice, Antonella Interlenghi, Daniela Doria


L'HISTOIRE : Lors d'une séance de spiritisme, la jeune Mary Woodhouse voit durant sa transe le père Thomas se pendre dans le cimetière de la ville de Dunwich, ouvrant par son geste les portes de l'Enfer. La séance se termine tragiquement par la mort de Mary. Un journaliste, Peter Bell, découvre que la jeune femme n'était en fait que dans un profond coma et la sauve d'une mort effroyable, allant être enterrée vivante. Mary et son sauveur décident de trouver la ville de Dunwich pour aller refermer la porte de l'Enfer. Dans la ville maudite, des événements horribles sont déjà en train de se produire et le spectre du père Thomas n'en finit pas de provoquer des morts violentes. Le temps est compté car la Toussaint approche et si la porte n'est pas refermée, les morts ne trouveront pas le repos éternel et reviendront hanter le monde des vivants à jamais...

MON AVIS : Après le succès phénoménal de L'Enfer des Zombies en 1979, Lucio Fulci se tourne ensuite vers le polar bien violent avec La Guerre des Gangs. Durant le tournage de ce dernier, son désir de réaliser un nouveau film d'horreur le titille tellement qu'il enchaîne directement après cet excellent poliziottescho avec Fabio Testi le film que je considère comme son chef-d'oeuvre horrifique, le bien nommé Frayeurs. Avec une histoire et un scénario écrits par Dardano Sacchetti et Lucio Fulci lui-même, preuve de son implication dans ce projet, Frayeurs comblera d'aise tous les fans de films d'horreur qui ne versent pas dans l'humour et veulent avant tout créer une ambiance macabre propre à terrifier le public. Le film démarre très fort, avec ce cri strident sur lequel vient se greffer la musique de Fabio Frizzi qui est d'une puissance horrifique totale. La scène qu'elle illustre, à savoir la pendaison du père Thomas, ne laisse planer aucun doute sur ce qui va suivre : le film va envoyer du lourd, du très lourd même ! Cette séquence introductive dans un cimetière plonge instantanément le spectateur dans une atmosphère délétère qui ne le quittera plus jamais durant les 93 minutes que dure le film. Par un habile montage, la pendaison du père Thomas dans la ville de Dunwich, point de départ de tous les malheurs qui vont s'abattre sur les personnages principaux, est entremêlée avec une séance de spiritisme se déroulant à New York et dans laquelle l'héroïne de Frayeurs, la sublime Catriona MacColl (dont c'est la première participation à un film de Fulci), va être témoin de ce drame et de l'ouverture d'une porte de l'Enfer qui libérera les morts vivants. Un choc assez rude que cette vision puisque la pauvre jeune femme va tomber dans un état de mort apparente après avoir fait une crise d'hystérie assez perturbante. A partir de ces deux événements morbides, Frayeurs va enchaîner sans temps mort les scènes chocs et déployer la puissance de ses images, telles les ténèbres envahissant petit à petit la ville de Dunwich. Evidemment, ce nom n'est pas inconnu des fans de littérature d'épouvante puisqu'on le doit au célèbre H.P. Lovecraft, auquel Frayeurs rend donc hommage ici. Pour donner l'impression d'être dans une veille en proie aux forces du mal, Fulci peaufine les détails et joue avec le vent et le brouillard, qui seront présents dans toutes les séquences à venir. On a réellement l'impression que Dunwich est une sorte de ville-fantôme et rien ne respire la joie de vivre dans sa représentation à l'écran. Les protagonistes principaux de l'histoire sont : Mary la jeune médium (Catriona MacColl), le journaliste Peter Bell (Christopher George), le psychologue Gerry (Carlo de Mejo), l'artiste-peintre Sandra (Janet Agren), Bob le paumé (Giovanni Lombardo Radice) et la ravissante Emily (Antonella Interlenghi). Tout ce petit monde va vivre des journées éprouvantes, en particulier Emily, qui va devenir l'une des proies du père Thomas, et Mary, enterrée vivante avant d'être sauvée in extremis par Peter Bell lors d'une séquence à suspense assez prodigieuse. Par la suite, Mary, Peter, Gerry et Sandra vont faire route commune après leur rencontre à Dunwich pour tenter de stopper la puissance infernale qui s'abat sur cette ville. Le père Thomas (Fabrizio Jovine) devient donc le symbole du Mal à l'état pur, une sorte de spectre vengeur se manifestant dans la ville pour mener à bien sa mission et apporter l'apocalypse sur le monde. L'une de ses apparitions restera dans la mémoire de tous ceux qui ont vu le film, je parle bien sûr de la fabuleuse et écœurante séquence dans laquelle l'actrice Daniela Doria vomit littéralement ses entrailles devant le pauvre Michele Soavi, futur réalisateur de Bloody Bird, Sanctuaire, La Secte ou Dellamorte Dellamore. Autre célèbre scène gore, aussi culte que celle que je viens de vous décrire, la mort du pauvre Bob, dont le crane sera transpercé par une perceuse d'établi. Une pluie d'asticots, des crânes broyés à pleine main par les morts vivants et autres joyeusetés vous attendent également. On le voit, Lucio Fulci ne lésine pas sur les artifices pour en donner pour son argent aux spectateurs avides d'émotions fortes. Mais il n'en oublie pas la poésie pour autant, une poésie macabre et lugubre certes mais néanmoins bien présente, à l'image de la sublime descente des héros dans l'antre du Mal à la fin du film, le tout bénéficiant, comme déjà évoqué, de la superbe partition musicale de Fabio Frizzi, qui s'est ici surpassé. Les détracteurs de Frayeurs ont souvent dit que ce film n'avait pas de scénario et se contentait d'enchaîner les séquences gores. C'est tout à fait inexact, même s'il est souvent surréaliste. En tout cas, c'est à une réelle symphonie de l'horreur que nous convie Lucio Fulci avec Frayeurs, film d'une beauté picturale certaine. Si beaucoup plébiscitent L'Au-Delà comme oeuvre maîtresse de son réalisateur, je lui préfère réellement Frayeurs, qui fera toujours partie de mon Top 5 horrifique.

LE MEDIABOOK D'ARTUS FILMS
Comme pour L'Enfer des Zombies et L'Au-Delà, l'éditeur Artus Films nous offre un sublime mediabook contenant le Blu-Ray, le Dvd et un livre de 80 pages mettant en exergue le film de Fulci et l'influence de Lovecraft dans le cinéma fantastique. L'image du film est parfaite, aucun défaut à signaler. Parmi les bonus, Lionel Grenier du site luciofulci.fr nous livre son interprétation personnelle de FrayeursCatriona MacColl revient sur le tournage du film et sa relation avec Fulci. Encore plus à l'aise, Giovanni Lombardo Radice se fend lui aussi d'un long entretien avec moult anecdotes qu'on prend un réel plaisir à découvrir. Le chef décorateur Massimo Antonello Geleng nous parle de son travail sur le film. Enfin, une galerie d'affiches et de photos vient compéter le tout. Du bel ouvrage, comme d'habitude !

* Disponible en combo mediabook BR /DVD chez ARTUS FILMS