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NIGHTFALL - POURSUITES DANS LA NUIT

POURSUITES DANS LA NUIT
(Nightfall)

Réalisateur : Jacques Tourneur
Année : 1956
Scénario : Stirling Silliphant
Pays : Etats-Unis
Genre : Policier
Interdiction : /
Avec : Aldo Ray, Anne Bancroft, Brian Keith, James Gregory, Rudy Bond...


L'HISTOIRE : James Vanning est un homme traqué : il est soupçonné par deux braqueurs de banque d’avoir volé leur butin, il est soupçonné par la police d'avoir tué un vieux docteur et il est également poursuivi par un employé de la compagnie d’assurance de la banque qui doit lever le mystère sur le vol d'argent. Sa vie étant plus que menacée, les braqueurs ayant retrouvés sa trace, il s’enfuit vers les montagnes enneigées du Wyoming en compagnie de Marie, une femme rencontrée dans un bar...

MON AVIS : Le talentueux réalisateur Jacques Tourneur, fils du non moins célèbre Maurice Tourneur, est bien connu des amateurs de cinéma fantastique pour le cycle de films qu'il a mis en scène pour le producteur Val Lewton dans les années 40, à savoir La Féline, Vaudou et L'Homme-Léopard, ou pour son excellent Rendez-vous avec la Peur par exemple. Mais Jacques Tourneur a aussi réalisé de très bons westerns et de très bons film noir également. Jamais de films à gros budgets mais des séries B stylisées, efficaces, travaillées, maîtrisées, à l'image de La Griffe du Passé ou Nick Carter, Master Detective entre autres. En 1956, il revient au film noir avec Nightfall, intitulé Poursuites dans la Nuit en France, qui va se révéler à nouveau être une série B plus que correcte et intéressante. Si Tourneur reprend évidemment les clichés du genre, avec scène dans un piano-bar, arrivée de la femme fatale (la troublante Anne Bancroft), impression de fatalité qui s'abat sans cesse sur le héros (Aldo Ray), présence de méchants bien méchants qui n'ont pas le cœur tendre (Brian Keith et surtout Rudy Bond, véritable pourriture sans foi ni loi qu'on va adorer détester), il va les mettre à la fois au service d'une mise en scène assez épurée, jamais grandiloquente mais souvent pertinente, et d'une histoire somme toute très classique, presque banale, mais qui, par une succession de non-dits, d'interrogations et de flashbacks, va s'avérer plus passionnante que prévue. Habile faiseur et conteur, Jacques Tourneur va nous prendre par la main et nous emmener à la suite de James Vanning, un beau blond costaud qui a bien des ennuis apparemment, il suffit de regarder l'étonnante séquence introductive pour s'en rendre compte. L'éclairage qui vient le surprendre en pleine rue de plein fouet nous fait de suite réaliser qu'il y a anguille sous roche et qu'il n'a pas envie d'être reconnu. De plus, il semble qu'une personne s'intéresse à lui de manière assez discrète. Intrigante introduction qui nous questionne sur ce personnage : qui est-il, qu'à-t-il fait, est-il du côté des bons ou des méchants ? Malin, Tourneur et son scénariste Stirling Silliphant, qui adapte pour l'occasion le roman La Nuit Tombe de l'auteur de polar David Goodis, va disséminer les indices de façon sporadique, ce qui a pour effet de créer l'attente du spectateur et un suspense bienvenu qui maintient notre intérêt. Le film alterne séquences de rues, de poursuites, d'intimidation qui se déroule au présent avec des flashbacks explicatifs des événements ayant amenés notre héros à être traqué par diverses personnes plus ou moins malveillantes. Ces séquences se déroulent dans un paysage enneigé et contraste de manière significative avec les scènes du présent. Tourneur a toujours aimé jouer sur les contrastes, sur la lumière et les jeux d'ombre et il le prouve encore avec Poursuites dans la Nuit. Plus on en apprend sur James Vanning et les deux braqueurs de banque, ainsi que sur le motif de la traque, plus on pense au Fargo des frères Coen, le paysage enneigé y étant bien sûr pour beaucoup. Les amateurs d'action seront peut-être un peu déçu à ce niveau par le film car Tourneur n'y cède vraiment jamais et préfère prendre son temps, travaillant plus l'ambiance et les dialogues que l'énergie de son oeuvre. La menace représentée par les deux voyous mais également par l'assureur qui semble faire cavalier seul est omniprésente dans chaque séquence et cela permet au réalisateur de développer une atmosphère des plus pesantes, même lors de séquences censées être relativement détendues, à l'image du défilé de mode, qui nous permet d'admirer Anne Bancroft dans de jolies tenues vestimentaires. Mais un simple regard de cette dernière parmi la foule crée aussitôt un malaise tangible et le film repart de plus belle dans le fatalisme. Avec un casting impeccable, une bonne direction d'acteur, une mise en scène concise, allant à l'essentiel, sans superflu, Poursuites dans la Nuit marque des points et sa courte durée, 78 minutes au compteur, fait que l'ennui ne pointe jamais son nez. Avec un style indéniable, Jacques Tourneur réalise un solide film noir qu'on prend plaisir à regarder et à suivre. Du bel ouvrage encore une fois.

* Disponible en combo DVD + BR chez RIMINI EDITIONS (VOSTF)
Une belle édition, avec une image claire et précise, qui permet de découvrir ce film dans des conditions parfaites. VOSTF uniquement. En bonus, un entretien avec Mathieu Macheret, journaliste, qui analyse parfaitement le film.

RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR

RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR
(Night of the Démon / Curse of the Démon)

Réalisateur : Jacques Tourneur
Année : 1957
Scénariste : Charles Bennett, Hal E. Chester, Cy Endfield
Pays : Angleterre
Genre : Epouvante, Sorcellerie
Interdiction : /
Avec : Dana Andrews, Peggy Cummins, Niall MacGinnis, Maurice Denham, Athene Seyler...


L'HISTOIRE : Apprenant la mort de son confrère le professeur Harrington, John Holden, spécialiste en parapsychologie, s'interroge sur les véritables causes qui ont provoqué la mort de son ami. Aidé par la nièce de ce dernier, il va faire la connaissance du docteur Karswell, éminent démonologue à la tête d'une secte sataniste, qui semble avoir un lien avec le décès. Durant son enquête, John Holden, cartésien invétéré, va être amené à reconsidérer l'existence des forces occultes dans notre monde...

MON AVIS : Jacques Tourneur est célèbre, entre autre, pour avoir réalisé une série de films fantastiques principalement basée sur la suggestivité et le non-vu. Des films qui jouent avec l'ambiance, les ombres, les décors, pour faire naître la peur et l'angoisse sans avoir recours à la démonstration visuelle. On citera évidemment La Féline, mais aussi Vaudou, L'homme-Léopard ou bien encore La malédiction des Hommes-Chats par exemple. Avec Rendez-vous avec la peur, réalisé en 1957, Tourneur va nous livrer un authentique classique du film suggestif. Suggestif, vraiment ? N'est-ce pas un horrible démon que l'on voit sur les différentes affiches ainsi qu'à deux reprises dans le film ? Cette "faute de goût" n'est évidemment pas due au réalisateur, qui ne désirait pas que l'on montre le démon à l'écran, préférant laisser le spectateur se faire sa propre idée sur les événements se déroulant dans le film. Le producteur a eu l'idée inverse et a fait tourner des séquences additionnelles montrant clairement le faciès du démon, histoire d'en jeter plein la vue aux spectateurs. L'effet est plutôt raté car en plus de venir discréditer les intentions premières de Jacques Tourneur, le monstre ainsi créé ne fait pas vraiment illusion et prête plutôt à rire. Mais honnêtement, ce n'est qu'un simple détail par rapport aux innombrables qualités du film lui-même. Soyons clair, Rendez-vous avec la peur est très certainement l'un des meilleurs films traitant de la démonologie et en plus, c'est un petit bijou de mise en scène, d'ambiance et d'interprétation. Dana Andrews, inoubliable compagnon de Gene Tierney dans Laura, interprète John Holden avec un brio et une classe magistrale. Tout l'intérêt de ce personnage est qu'il est un cartésien pur et dur et qu'il réfute toutes croyances liées au Diable ou forces occultes (à la différence de Jacques Tourneur, totalement convaincu de leurs existences). Balayant d'un revers de la main la séance de spiritisme qu'on lui impose, il va néanmoins voir son monde rationnel se fragiliser, craqueler devant "le pouvoir" du docteur Karswell. Ce dernier, énigmatique et possédant un charisme surprenant, est interprété par l'acteur Niall MacGinnis qui trouve ici un rôle de composition qui restera dans les mémoires. Outre l'interprétation sans faille du casting, c'est bien entendu l'ambiance, l'atmosphère inquiétante qui berce les images du film, qui en font un authentique monument du cinéma fantastique. Malgré son titre, le film de Jacques Tourneur ne provoque jamais la peur. Mais on est réellement captivé, fasciné par le déroulement de l'histoire et par les images qui défilent devant nos yeux. Le scénario est admirablement construit, et l'histoire joue tellement bien avec l'ambiguïté des situations qu'on reste les yeux rivés sur l'écran, bien déterminé à savoir comment tout cela va se conclure. Bien sûr, nous, spectateurs, avont une bonne longueur d'avance sur Dana Andrews, puisque la séquence d'introduction nous a dévoilé le démon ainsi que la présence d'un bout de parchemin que possédait le professeur Harrington, parchemin qui aura de nouveau une importance cruciale tout au long du récit. Mais qu'importe, le génie de Tourneur est d'arriver à mettre en image des situations qui jongle entre réalité et surnaturel, et de nous mener en bateau... ou pas. Bénéficiant d'un splendide noir et blanc et d'une photographie hors pair, Rendez-vous avec la peur est un film phare que tout fan de cinéma fantastique se doit de connaître...

* Disponible en édition collector DVD+BR avec les deux montages du film + un livret de 128 pages chez WILD SIDE VIDEO

NOTE : 5/6




LA FELINE

LA FELINE
(Cat People)

Réalisateur : Jacques Tourneur
Année : 1942
Scénariste : DeWitt Bodeen
Pays : Etats-Unis
Genre : Fantastique, Romance
Interdiction : /
Avec : Simone Simon, Kent Smith, Tom Conway, Jane Randolph, Jack Holt


L'HISTOIRE : La belle Irina Dubrovna se croit victime d'une malédiction ancestrale qui l'a transformerait en panthère si elle perdait sa virginité. De ce fait, ses relations avec les hommes sont plus que compliquées. Pourtant, son coeur chavire pour un architecte, Oliver Reed, rencontrait dans un zoo.Ce dernier est également sous le charme de la jeune femme et il tente de la convaincre que ses craintes ne sont que superstitions et croyances populaires issues de son pays. Les deux tourtereaux se marient mais le mariage n'est pas consommé et Oliver commence à déprimer. Il trouve du réconfort dans les bras d'Alice, sa collègue de travail. Peu de temps après, Alice se fait agressée par un étrange animal, qui semblerait être une panthère...

MON AVIS : Admirable film fantastique dans lequel rien n'est montré mais tout est suggéré. Ce parti-pris est du au manque de moyen financier mais aussi de la volonté du réalisateur, qui veut provoquer la peur avec le non-vu. Il en résulte une oeuvre étrange, baignée dans une ambiance poétique, jouant savamment avec les effets de lumière et les ombres, ce qui donne des scènes admirables, comme l'attaque d'Alice dans la piscine. Le personnage d'Irina, campé par la ravissante Simone Simon, nous apparaît tout autant fragile que déterminé, et on se pose sans cesse des questions à son sujet. Est-elle réellement victime d'une malédiction ou est-ce son esprit qui divague ? Le final nous donnera la réponse. Une réussite du cinéma fantastique, antithèse totale des films qui ne misent que sur les effets-spéciaux, et énorme succès lors de sa sortie, puisque La Féline dépassa les recettes de Citizen Kane et sauva la R.K.O. de la faillite...

NOTE : 5/6