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LE TUEUR FRAPPE TROIS FOIS

LE TUEUR FRAPPE TROIS FOIS
(La morte non ha sesso)

Réalisateur Massimo Dallamano
Année : 1968
Scénariste Giuseppe Belli, Vittoriano Petrilli, Massimo Dallamano, Audrey Nohra
Pays : Italie, Allemagne, USA
Genre : Policier, proto-giallo
Interdiction : -12 ans
Avec : John Mills, Luciana Paluzzi, Robert Hoffman, Enzo Fiermonte, Renate Kasché...


L'HISTOIRE : L'inspecteur Franz Bulon s'occupe du trafic de stupéfiants. Son supérieur lui met la pression car l'enquête sur un vaste réseau de trafic de drogue piétine. Pire que tout, les principaux suspects qui auraient pu le rencarder et faire progresser l'enquête se font assassiner par un mystérieux tueur. Mais un autre facteur entre en jeu dans le fait que Bulon n'avance pas : son esprit est préoccupé par Lisa, sa femme qui bien plus jeune que lui, et qui déclenche en lui une jalousie maladive qui vient compromettre leur couple...

MON AVIS : Réalisateur n'ayant qu'une dizaine de films à son actif, ayant débuté en 1967 avec le western Bandidos puis ayant trouvé la mort dans un tragique accident en 1976 à l'âge de 59 ans, Massimo Dallamano a néanmoins marqué de son empreinte le cinéma de genre italien, notamment grâce à deux célèbres giallos, Mais qu'avez-vous fait à Solange ? en 1972 et La Lame Infernale en 1974. On lui doit également la très sympathique sexy comédie La Belle et le puceau avec Edwige Fenech en 1974 ou le film de possession Emilie l'enfant des ténèbres en 1975 entre autres. Avant de passer derrière la caméra, il a été un directeur de la photographie réputé, avec à son actif un travail sur Pour une poignée de dollars et Et pour Quelques Dollars de Plus de Sergio Leone, excusez du peu ! Le film qui nous intéresse ici, à savoir Le Tueur frappe trois fois, est sa seconde réalisation. Elle date de 1968 et est régulièrement catégorisée dans le genre du giallo, ce qu'elle n'est pas vraiment en réalité. Si on a bien un assassin ganté et vêtu de noir qui tue au couteau, point de violence graphique ou d'effets stylisés ici, ni même de suspense ou d'intrigue ayant pour but de nous faire découvrir son identité, qui sera révélée assez tôt dans le film. Le Tueur frappe trois fois est avant tout un film policier, nous présentant un vieux flic proche de la retraite, joué par John Mills, devant démanteler un réseau de trafiquants de drogue. L'originalité du film de Dallamano est d'avoir greffée à cette enquête policière une étude quasi comportementale sur la vie de couple, celui composé par notre vieil inspecteur et sa ravissante épouse dans le cas présent. Car oui, on sent bien que ce qui intéresse le réalisateur ici, ce n'est guère les rares meurtres au couteau, qui utilisent les codes des proto-giallo voire des Krimi allemand (l'action du film se déroule à Hamboug et le film est une co-production Italo-américano-allemande) ni même l'aspect policier de son film en fait. Non, ce qui retient son attention, c'est les rapports compliqués entre son héros et sa femme, superbement interprétée par Luciana Paluzzi, une rousse incendiaire au passé trouble et dont le comportement, qui ne nous semble pas, à nous spectateurs, particulièrement sujet à interrogation, déclenche des crises de jalousie maladive chez son époux, crises qui viennent continuellement perturber son travail et son mental. Il ne se passe pas une minute où notre inspecteur ne pense pas à sa femme, s'imaginant des liaisons adultères à tire-larigot, stressant quand elle ne répond pas au téléphone, abandonnant ses recherches dans le cadre de son enquête pour aller voir si sa femme est bel et bien à la maison. Une relation un brin toxique, qu'on imagine difficile à vivre pour Lisa, qui fait chambre à part et se sent comme retenue prisonnière dans sa maison, devant toujours justifier ses moindres mouvements, ses moindres sorties. A bien y regarder, on a là les codes du film noir américain, Lisa étant la femme fatale à la poitrine généreuse, et qui n'est peut être pas aussi blanche colombe qu'on le pense. A ce duo complexe viendra s'ajouter la présence de notre tueur, joué par le séduisant Robert Hoffman. Un tueur à gages, retenu malgré lui par un caïd de la mafia et obligé de remplir ses contrats d'assassinat. Particulièrement superstitieux, il ne cesse de jouer avec une petite pièce en forme de toupie, son porte-bonheur. Quand il va perdre son fétiche lors d'un crime, sa vie bascule, il se sent désemparé, en perte de chance, lui qui n'a toujours pas été appréhendé par la police après avoir pourtant frappé trois fois. Bien sûr, les trois personnages vont finir par se rencontrer, et Dallamano va s'en servir pour attiser encore plus son drame conjugal, avec une idée qu'on devine sans trop de difficulté mais dont on se demande comment elle va se réaliser. Un triangle amoureux semble se profiler, dont les ramifications maintiennent notre intérêt. On retiendra la mise en scène et surtout la photographie du film, Dallamano connaissant son affaire à ce sujet et offrant au public de belles images. Reste que si vous vous attendiez à un pur giallo, vous risquez fort d'être désarçonnés. La psychologie des personnages est au centre du film, bien plus que les images scabreuses ou violentes, quasiment absentes ici, si ce n'est quelques visions fugaces d'une poitrine dénudée. On se demandera, comme l'inspecteur d'ailleurs, quelle est la signification des tulipes, dont un indic lui a parlé. On n'aura malheureusement aucune réponse dans le film, mais une petite recherche sur le net nous fera comprendre l'allusion à ces fleurs, dont la signification est en effet propice à ce qu'on vient de voir. Le Tueur frappe trois fois est un film atypique, contemplatif la plupart du temps, différent de ce qu'on en attendait au départ, qui nous montre un réalisateur se cherchant encore mais dont on ressent clairement le potentiel.

*Disponible en combo DVD-+BR chez RIMINI EDITIONS    
BONUS
- Présentation du film par Stéphane Lacombe (36,30 min)
- Livret Massimo Dallamano, passage éclair par Marc Toullec (24 pages)

DANGER DIABOLIK

 

DANGER DIABOLIK
(Diabolik)

Réalisateur : Mario Bava
Année : 1968
Scénariste Dino Maiuri, Brian Degas, Tudor Gates, Mario Bava
Pays : France, Italie
Genre : Espionnage, action
Interdiction : /
Avec : John Phillip Law, Marisa Mell, Michel Piccoli, Adolfo Celi, Claudio Gora...


L'HISTOIRE Le super bandit Diabolik, assisté de sa fiancée Eva Kant, nargue la police et le syndicat du crime. L'inspecteur Ginko veut l'arrêter à tout prix. Il procède à un grand coup de filet au sein de la mafia et contraint le parrain Ralph Valmont à passer un accord avec lui afin de monter un plan contre Diabolik...

MON AVIS : On connaît principalement Mario Bava pour ses films d'épouvante gothique mais il a, comme ses compatriotes, oeuvré dans divers genres du cinéma Bis. En 1968, le producteur Dino de Laurentiis l'engage pour mettre en scène le personnage iconique de Diabolik, star des fumetti, ces bandes-dessinées italiennes en petit format. Diabolik a été créé en 1962 par les soeurs Angela et Luciana Giussani. C'est un terroriste sans foi ni loi, qui ne recule devant aucune exactions pour parvenir à ses fins et qui peut compter sur l'aide de sa partenaire et amante Eva Kant. Un concept qui n'emballe pas plus que ça De Laurentiis, qui veut édulcorer l'aspect violent des BD pour proposer un spectacle plus grand public. Bava n'approuve pas trop la direction choisie par le producteur mais n'a guère le choix que de s'y contraindre et va tout faire pour que cette absence de violence ne joue pas en défaveur du film. Nanti du plus gros budget de sa carrière, qu'il n'utilisera d'ailleurs pas à 100%, il va rivaliser d'ingéniosité pour faire de Danger Diabolik la meilleure adaptation d'une bande-dessinée au cinéma ! Il faut néanmoins mentionné qu'un premier projet a vu le jour en 1965, sous la direction du britannique Seth Holt, avec Jean Sorel en Diabolik et Elsa Martinelli dans celui d'Eva Kant. Mais à la vision des premières images tournées, De Laurentiis arrête le tournage, trouvant ces dernières trop mauvaises. Il décide donc de remonter le projet, avec un nouveau scénario et un nouveau réalisateur, qui sera donc Mario Bava. Il signe un accord de co-production avec la France, pays avec lequel il travaille sur une autre adaptation de BD pour le cinéma qui sortira en cette même année 1968 : Barbarella de Roger Vadimqui utilisera quelques décors de Danger Diabolik, dont la discothèque par exemple, et dans lequel jouera John Phillip Law. Ce dernier est retenu pour jouer le personnage de Diabolik. Il se plonge dans les fumetti et travaille son regard, et notamment son jeu sur les sourcils, puisque son visage masqué ne laisse entrevoir que ses yeux. Pour interpréter Eva Kant, De Laurentiis choisit Catherine Deneuve mais le manque d'alchimie entre l'actrice de John Phillip Law fait qu'elle sera remerciée et remplacée par Marisa Mell, choix de Mario Bava. Banco ! Le courant passe totalement entre les deux acteurs, qui deviennent amants durant tout le tournage et même après. Une hausse de budget permet au réalisateur d'engager d'autres acteurs plus célèbres, dont le Français Michel Piccoli pour jouer l'inspecteur Ginko et qui est excellent ici, l'Italien Adolfo Celi pour jouer le mafieux Ralph Valmont ou l'Anglais Terry-Thomas pour jouer le ministre de l'intérieur. La production se pare également du compositeur Ennio Morricone pour la bande-son. Et c'est parti pour un tournage qui débute le 11 avril 1967 et se termine le 18 juin 1967. A l'arrivée, on obtient un monument de la pop-culture, avec un mélange de film d'espionnage, d'humour et d'action, qui deviendra la référence cinématographique des films adaptés de fumetti. Car si Danger Diabolik n'est pas le premier du genre, on a eu auparavant Superargo contre Diabolikus et Kriminal qui datent de 1966, Flashman contre les hommes invisibles et Mister X qui date de 1967 par exemple, il reste l'oeuvre emblématique qui a marqué de son empreinte indélébile le monde de la pop-culture, puisque le fameux visage masqué de Diabolik a orné des tas d'affiches déco, a été vu et parodié dans le clip "Body Movin" de Beastie Boys, est le héros d'un jeu vidéo, d'une série-télévisée et j'en passe. Si l'influence du personnage provient notamment des héros de romans policiers Arsène Lupin mais surtout de Fantômas bien sûr, Mario Bava le propulse dans un univers art déco de haute volée, comblant la relative faiblesse du scénario, qui fait le taf sans être exceptionnel, par le choix d'un décorum quasi futuriste et ultra stylisé, baigné dans des couleurs tape-à-l'oeil qui ne pourront que ravir un public venu assister à du vrai cinéma populaire de divertissement. L'antre de Diabolik évoque clairement la Batcave de Batman, mais en version pop-art nettement plus fun ! Les péripéties conduisent Diabolik a volé tout ce qui appartient aux plus riches, tel un Robin des Bois, à la seule différence qu'il ne redistribue rien aux pauvres mais garde tout pour lui ou, plus exactement, pour la belle Eva Kant, dont il est éperdument amoureux. Un peu à la manière d'un James Bond passé du côté obscur, il utilise pour commettre ses méfaits des tas de gadgets lui permettant d'échapper aux policiers de l'inspecteur Ginko. Bien sûr, nous sommes en 1968, il ne faut pas s'attendre à une action frénétique mais on a de quoi s'amuser et se divertir avec des courses-poursuites en voitures, l'escalade d'une haute tour à l'aide de poignées-ventouses ou le vol d'un énorme lingot d'or enfermé dans un sarcophage inviolable par exemple. Le succès de la série des Fantômas d'André Hunebelle les années précédentes ont incité les scénaristes à apporter quelques touches d'humour au film et on sourira devant notre pauvre ministre de l'intérieur venu faire une déclaration à la presse diffusée à la télévision, et qui sera victime, ainsi que toutes les personnes présentes, d'un gaz hilarant déclenché par Diabolik bien sûr ! Notre anti-héros s'en donne à coeur joie pour ridiculiser la police et les institutions gouvernementales et financières mais quand sa belle Eva Kant sera kidnappée par un parrain de la mafia, il redeviendra intraitable et sans pitié. Eva Kant, parlons-en, puisque c'est l'héroïne du film. Interprétée par Marisa Mell, actrice autrichienne qu'on a vu dans Perversion Story de Lucio Fulci, dans Le Tueur à l'orchidée et La Guerre des Gangs d'Umberto Lenzi ou dans Ultime Violence de Sergio Grieco entre autres, elle est l'atout charme du film et chacune de ses apparitions délivre une sensualité torride au film, et ce, sans aucune nudité montrée. La scène ou les deux amants font l'amour dans un lit tournant recouvert de dix millions de dollars en billets est d'une cinégénie incroyable. Marisa Mell porte diverses tenues tout au long du film qui font d'elle un mannequin au pouvoir de séduction irrésistible, et qui participe totalement à l'ambiance kitsch et pop-art des images, bercées par la musique d'Ennio Morriconne. Si Danger Diabolik est devenu culte au fil du temps, c'est vraiment grâce au travail impressionnant de Mario Bava, qui a mis tout son talent d'illusionniste pour créer des décors incroyables, le plus souvent grâce à des matte painting de grande qualité, des peintures sur verre donc, qui donnent vraiment l'impression que le film a bénéficié d'un budget très conséquent ! Il réussit également l'exploit de façonner des plans qu'on croiraient issus d'une planche de BD, filmant par exemple à travers une bibliothèque sans livres, le rayonnage découpant les personnages présents à l'écran dans des cases d'une page de BD ! Danger Diabolik est le film pop-art par excellence, un régal visuel de tous les instants, au charme légèrement suranné bien sûr, mais qui remplit parfaitement sa fonction : divertir. La fin laisse clairement deviner une suite mais Bava s'y refusa et elle n'a jamais été tourné.

* Disponible en COMBO br + 4k + livre chez SIDONIS CALYSTA    

PROJECT X

 

PROJECT X
(Project X)

Réalisateur : William Castle
Année : 1968
Scénariste Edmund Morris
Pays : USA
Genre : Science-fiction
Interdiction : /
Avec : Christopher George, Greta Baldwin, Henry Jones, Monte Markham...


L'HISTOIRE An 2118. Le climat géopolitique de la Terre a beaucoup changé. Lors d’une mission en Asie, Hagen Arnold, espion américain, a envoyé à ses supérieurs un message indiquant que l’Occident sera détruit dans quatorze jours. Mais lorsqu’il rentre aux États-Unis, il a perdu la mémoire. Le gouvernement doit trouver un moyen d’accéder aux informations enfouies dans sa mémoire...

MON AVIS : William Castle est connu dans le milieu du cinéma et de la série B pour être le "maître des gimmicks" ! Bien avant l'apparition de la 4DX, il a inventé des concepts dignes des meilleurs publicitaires pour attirer les spectateurs dans les salles pour voir ses films. Pour Macabre en 1958, il offre de bons d'assurance en cas de décès dans la salle ; pour La Nuit de tous les mystères en 1959, il fait traverser la salle à un squelette accroché à un cable ; pour Le Déssosseur de cadavres la même année, il crée des fauteuils vibrants ; pour 13 Ghosts en 1960, il offre aux spectateurs des lunettes permettant de voir - ou non - les fantômes du film et j'en passe. Ou comment rendre attractives et interactives les séances de cinéma et rentabiliser ces dernières avec des films à petits budgets ! Le réalisateur trash John Waters lui voue un culte, mérité ! En 1968, pour son avant-dernier film en tant que metteur en scène, il réalise Project X, un film de science-fiction vintage dont le scénario est une adaptation de deux roman de Leslie P. Davies, The Artificial Man et The Psychogeist. L'histoire est intéressante et assez complexe, il ne faudra pas aller au petit coin entre deux scènes sous peine d'être un peu paumé. On est en 2118 et une menace pèse sur l'Occident mais cette menace est enfouie dans les souvenirs perdus d'un espion américain, Hagen Arnold, qui a été cryogénisé. Les forces militaires ordonnent à un groupe de scientifiques de décongeler Hagen et de réussir à lui faire retrouver la mémoire afin d'identifier cette fameuse menace. Pour se faire, les scientifiques recréent l'environnement d'une ferme des années 60 et donnent une nouvelle identité à l'espion. Un vrai jeu de rôle va débuter et durant la nuit, les savants tentent, grâce à une machine holographique, de reconstituer les souvenirs oubliés. Une tâche qui semble des plus ardues, alors que le temps est compté ! C'est donc sur ce postulat intrigant que William Castle forge son film, avec un côté rétro qui ravira les fans de S-F à l'ancienne. Project X parvient à mélanger l'aspect science-fictionnel au film noir, puisque la nouvelle identité du héros est celle d'un gangster poursuivi par la police. Les décors sont assez réussis, le laboratoire possède des tas de machines futuristes qui créent l'illusion et la bonne idée du film est d'avoir utilisé des tas de filtres colorés pour représenter les phases de rêves du héros et la recherche de ses souvenirs enfouis au plus profond de sa mémoire. On a donc à l'écran des séquences assez surréalistes visuellement parlant, qui collent parfaitement avec l'ambiance S-F recherché. William Castle a également demandé au célèbre studio d'animation Hannah-Barbera de concevoir certaines scènes, notamment celle se déroulant sous la mer et le mélange entre prises de vues réelles et séquences animées fonctionnent parfaitement bien. Niveau casting, on a une tête bien connue pour jouer le personnage principal puisqu'il s'agit de Christopher George, qu'on a pu voir dans Grizzly le monstre de la forêt ou dans le génial Frayeurs de Lucio Fulci bien sûr. Il a pour partenaire féminine la charmante Greta Baldwin, qui ne fera pas carrière puisqu'elle n'a tourné que dans deux films, tous deux en 1968. Le reste du casting est principalement composé d'acteurs ayant oeuvré dans des séries-télévisées. Avec son intrigue particulière et ses trouvailles visuelles, Project X, s'il n'égale évidemment pas les films phares de S-F de cette année 1968 (La Planète des Singes, 2001 odyssée de l'espace) reste vraiment plaisant à regarder et on a même une excellente séquence dans laquelle un des personnages se fait retirer son cerveau, séquence qui n'aurait pas démériter de celles de la saga des Frankenstein de la Hammer, l'aspect sanguinolent en moins bien sûr. Le film possède également des thématiques intéressantes, comme le problème de la surpopulation, la génétique et ses dangers, les conflits entre superpuissances (tristement d'actualité) ou la création de nouvelles armes pour assoir sa supériorité sur le monde. Bref, un vrai film de science-fiction adulte, vraiment bien foutu, peut être un peu trop long, avec 1h37 au compteur tout de même, mais pas de quoi bouder son plaisir et puis un film de William Castle, ça ne se refuse jamais ! 

* Disponible en combo DVD + BR chez RIMINI EDITIONS




LA SORCIERE SANGLANTE

 

LA SORCIERE SANGLANTE
(I lunghi capelli della morte)

Réalisateur : Antonio Margheriti
Année : 1964
Scénariste Tonino Valerii, Antonio Margheriti
Pays : Italie
Genre : Epouvante
Interdiction : /
Avec : Barbara Steele, George Ardisson, Halina Zalewska, Umberto Raho... 


L'HISTOIRE Au XVIe siècle, Adèle Karnstein est condamnée au bûcher, accusée d’avoir tué le comte Franz. Sa fille aînée, Helen, tente de la sauver en accordant ses faveurs au comte Humboldt, en vain. Avant de mourir, devant les yeux de sa plus jeune fille, Elizabeth, Adèle lance une terrible malédiction...

MON AVIS : Si on cite généralement Mario Bava en tête de liste de l'épouvante à l'italienne, il ne faudrait pas sous-estimé son compatriote Antonio Margheriti, qui nous a offert lui aussi des pièces majeures dans ce genre, de véritables classiques à la beauté esthétique hallucinante. Ayant débuté par la science-fiction au début des années 60 avec Le Vainqueur de l'espace et La Planète des Hommes Perdus, c'est véritablement avec l'épouvante gothique que Margheriti se fait une place au sein des meilleurs réalisateurs du genre. En 1963, c'est La Vierge de Nuremberg. En 1964, il réalise son chef-d'oeuvre, Danse Macabre, avec Barbara Steele, qu'il retrouve la même année avec La Sorcière Sanglante, autre film à mettre sur un podium et dont on va parler aujourd'hui. Il reviencra à l'épouvante en 1971 avec Les Fantômes de Hurlevent, avec Klaus Kinski et Michelle Mercier. Avec La Sorcière Sanglante, Antonio Margheriti offre au spectateur une sorte de best-of de tout ce qui donne son attrait au genre : femme accusé de sorcellerie condamnée au bûcher qui lancera une malédiction sur ses bourreaux ; morts brutales qui entraîneront une vengeance ; Immense château aux nombreux dédales de couloirs, escaliers en colimaçon et passage secret ; scène dans une crypte ; torture psychologique ; adultère ; présence de la religion ; spectre vengeur ; machination et complot pour se débarrasser de protagonistes génants ; personnages dont l'âme est torturée ; scènes éclairées à la bougie ; ambiance macabre ; Barbara Steele à la beauté ténébreuse et j'en passe. Tout, asbolument tout est réuni pour faire de La Sorcière Sanglante un pur classique, ce qu'il est, définitivement. La mise en scène, le placement de la caméra, la musique, l'atmosphère dramatique qui bifurque dans la folie, le casting impeccable, le scénario et la progession des événements, tout est au diapason pour hisser ce film à un très haut niveau d'exigence. Barbara Steele est incroyable dans ce film, comme souvent me direz-vous, mais ce qui est intéressant, c'est qu'on en arrive à oublier que son motif est la vengeance, on finit par la considérer comme un personnage à part entière, qui se fourvoie elle aussi dans la trahison au contact du vil baron Kurt, superbement interprété lui aussi par un George Ardisson impérial. On a aussi le plaisir d'avoir au générique deux beautés brunes, Barbara bien sûr mais aussi Halina Zalewska, qui joue Elizabeth, fille de la prétendue sorcière brûlée vive au début du film. La vie d'Elizabeth n'a rien d'enviable : elle a vu sa mère mourir sous ses yeux quand elle était enfant, et le cruel baron Kurt en a fait son épouse malgré elle. L'arrivée de Barabara Steele au château va encore plus plonger la jeune femme dans le tourment, puisque son mari imposé va tomber sous le charme de Barbara et donc vouloir l'éliminer pour avoir le champ libre. Cette notion de fatalité, on la ressent tout au long du déroulement de La Sorcière Sanglante, film éminemment pessimiste qui ne reflète guère la joie de vivre. Outre les violences conjugales, tout le film est placé sous le signe de la désolation, aussi bien physique que mentale, de la cruauté et de la mort. On a souvent dit que Lucio Fulci était le poète du macabre. Il est temps de réhabiliter Antonio Margheriti à ce sujet car La Sorcière Sanglante est un authentique poème mortuaire. Il serait assez hallucinant de dénombrer les images ayant trait à la mort dans ce film où tout n'est que noirceur et ôde à la Grande Faucheuse, l'imagerie macabre étant élevée ici au rang d'art pictural, associé à une magnifique photographie due à Riccardo Pallotini. Je ne vais pas m'étendre davantage sur La Sorcière Sanglante. Nous sommes ici en présence d'un film majeur et incontournable du cinéma d'épouvante gothique à l'italienne, rien que ça. Vision obligatoire et hautement recommandée ! 

* Disponible en combo DVD + BR chez Artus Films  
Bonus : 
- Présentation du film par Nicolas Stanzick
- Entretien avec Ernesto Gastaldi
- Générique anglais
- Diaporama d’affiches et photos
- Films-annonces originaux
* Exclusivité BluRay : reprise des bonus 2006
Entretien avec Edoardo Margheriti
- Mon ami Nini, par Luigi Cozzi
- Antonio Margheriti, par Alain Petit
- La sorcellerie, culte des ancêtres et des forces de la nature, par Anne Ferlat


LE PIEGE DU DIABLE

 

LE PIEGE DU DIABLE
(Dáblova past)

Réalisateur Frantisek Vlácil
Année : 1962
Scénariste Frantisek A. Dvorák, Milos Václav Kratochvíl
Pays : Tchécoslovaquie
Genre : Drame, folk horror
Interdiction : /
Avec : Vítezslav Vejrazka, Miroslav Machácek, Jaroslav Moucka, Karla Chadimová ...


L'HISTOIRE Moravie, fin du XVIe siècle. Entre deux ravages des troupes suédoises et des périodes de sécheresse, le meunier Mlynár jouit d’une certaine popularité auprès des habitants de son pays. Il est serviable, et a, en outre, le don de trouver les sources. Le régent Valce, jaloux de la position du meunier, va faire courir des rumeurs sur ce dernier : il ne peut qu’être épaulé par le Diable. De plus, il va mandater un prêtre au service de la Sainte Inquisition, Kaplan Probus, afin de mener une enquête sur le meunier et sa famille...

MON AVIS : Réalisateur relativement méconnu dans notre pays, Frantisek Vlácil se voit être mis en avant par l'éditeur Artus Films, qui nous permet de découvrir l'œuvre de ce cinéaste Tchèque, avec notamment la sortie en DVD et BR de La Colombe Blanche (1960), La Vallée des Abeilles (1967), Marketa Lazarova (1967) et Le Piège du Diable qui date de 1962. C'est de ce dernier dont il va être question ici aujourd'hui. Bien que ne possédant pas réellement d'éléments de nature fantastique, et encore moins d'éléments horrifiques, j'ai intégré ce film dans la catégorie Folk Horror, même si ce sous-genre ne verra sa notoriété ne débuter qu'en 1968 avec Le Grand Inquisiteur. Toutefois, on peut relier Le Piège du Diable à ce courant puisque le film de Frantisek Vlácil met en avant les codes de cette catégorie, à savoir l'opposition entre paganisme et science et entre paganisme et religion chrétienne, puissance de la nature, incompréhension des personnes rationnelles sur certains événements qui les poussent à croire en l'intervention du Diable, accusation d'innocents qu'on pointent du doigt et qu'on dénoncent aux autorités religieuses sous couvert de sorcellerie et j'en passe. Ici, c'est un simple meunier qui se voit malmener par le régent de la région et par l'autorité religieuse, représentée par le prêtre Kaplan Probus. Sa seule faute est d'avoir un ancêtre qui a miraculeusement survécu avec sa famille à l'incendie de son moulin provoqué par des soldats suédois durant la guerre, un drame qui n'aurait du laisser que des cadavres calcinés. Il n'en fallait pas plus à cette époque pour que l'obscurantisme religieux et les croyances des villageois ne soient mis en exergue et que toute la descendance familiale ne soit accuser d'être maudite. Qui plus est, notre meunier actuel, passionné par les mystères de la nature, a acquis un savoir suite à ses observations, qui lui permet de dénicher des sources souterraines. Une aubaine en ce temps de sécheresse, l'eau devenant on ne peut plus rare. Ce don, appelons-le comme ça, lui vaut la sympathie de la population mais la jalousie du régent de la région, qui ne supporte pas de ne pas être le centre d'intérêt. Pour ce dernier, tout est limpide comme de l'eau claire : le meunier est aidé par le Diable lui-même ! Un prêtre au service de l'Inquisition sera dépêché sur place pour faire la lumière sur cette affaire. Si celui-ci semble être doté de raison et de connaissances, il ne mettra pas longtemps pour sombrer lui aussi dans le fanatisme religieux et à voir le Mal là où il n'est pas. Le Piège du Diable, film contemplatif on s'en doute, met donc en avant un trio de protagonistes qui vont s'affronter à coups de dogme antagoniste. Les accusations de sorcellerie auront des répercussions sur des personnages secondaires, comme le fils du meunier, dont la fiancée se met elle aussi à avoir quelques doutes sur son futur beau-père. Le spectateur a une longueur d'avance sur les personnages puisqu'on sait qu'il existe sous le moulin un réseau souterrain, des grottes alimentées en eau. Mais la bêtise humaine prendra la dessus sur la rationalité des faits. A grand coup de dialogues finement écrits, on assiste à des joutes verbales qui ciblent la dangerosité de la religion quand elle est pratiquée de manière fanatique. A ce titre, le dialogue dans lequel le fermier explique que l'eau sous ses terres ne gèlent jamais (le principe du hors-gel, tout simplement) est édifiant, puisque le régent et le prêtre en arrivent à la conclusion que l'Enfer est peut-être situé sous le moulin, ce qui expliquerai la chaleur de l'eau et le fait qu'elle ne gèle pas ! La connaissance du meunier sur l'ameublement de la terre dans la région ou la présence de cavité lui permet également d'avertir la population que la nouvelle grange n'a pas été construite là où il fallait et quand un drame arrive lors d'une fête donnée par le régent, c'est encore la connivence du meunier avec le Diable qu'on avance ! Bref, Le Piège du Diable possède donc bien la quasi majorité des éléments du Folk Horror. Qui plus est, on retiendra de ce film la beauté picturale de ses images, un réelle travail esthétique étant accompli par le réalisateur et son directeur-photo. Le noir et blanc est magnifique et sublime les plans et les cadres, réhaussés eux aussi par un jeu de contraste et de lumière. On note également un superbe travelling avant de la caméra vers le moulin qui n'a rien à envier au déplacement de la puissance démoniaque dans le futur Evil Dead de Sam Raimi en 1981 ! Poétique, esthétique, intéressant, Le Piège du Diable renvoie bien sûr à des cinéastes tels Ingmar Bergman entra autres, et à son célèbre Le Septième Sceau (1957). L'univers visuel de Frantisek Vlácil est donc à découvrir séance tenante pour qui aime le cinéma et les beaux films.

* Disponible en combo DVD + BR chez ARTUS FILMS
- Bonus : Présentation du film par Christian Lucas
Diaporama d’affiches et de photos





OPÉRATION TONNERRE

 

OPÉRATION TONNERRE
(Thunderball)

Réalisateur : Terence Young
Année : 1965
Scénariste : Richard Maibaum, John Hopkins, Jack Whittingham
Pays : Angleterre
Genre : Espionnage
Interdiction : /
Avec : Sean Connery, Claudine Auger, Adolfo Celi, Luciana Paluzzi, Martine Beswick...


L'HISTOIRE : Le S.P.E.C.T.R.E. parvient à détourner un avion de l'OTAN contenant deux bombes atomiques. En échange des deux bombes, il réclame une forte rançon au gouvernement britannique. Ce dernier missionne tous les agents 00 afin de retrouver les bombes avant la fin de l'ultimatum. James Bond est envoyé aux Bahamas, afin de chercher Domino, la sœur du pilote de l'avion, et d'obtenir des informations. Il découvre que le pilote a été remplacé par un membre du S.P.E.C.TR.E. et que l'instigateur de l'opération serait un certain Emilio Largo, un millionnaire passionné par les requins et qui a pour compagne... Domino !

MON AVIS : Si Terence Young, metteur en scène des deux premières aventures de l'agent 007, avait été mis de côté lors du troisième film Goldfinger, remplacé par Guy Hamilton, il fait son grand retour avec Opération Tonnerre, quatrième film de la saga. Guy Hamilton avait apporté une touche nouvelle aux exploits de 007, avec une aventure divertissante, dans laquelle il avait injecté pas mal d'humour tout en respectant les standards et les codes. Pour son retour, Terence Young revient aux fondamentaux, ravive l'ombre du S.P.E.C.T.R.E. et remet le plus classe des agents secrets britanniques sur les rails du film d'espionnage pur et dur, tout en conservant néanmoins quelques touches d'humour de-ci de-là. Il a en tout cas bénéficié d'un budget conséquent et n'a pas lésiné à en mettre plein la vue au public, faisant clairement de cette quatrième aventure l'une des plus spectaculaires jusqu'à présent. Rien que la scène pré-générique est d'une redoutable efficacité, avec l'utilisation d'un propulseur faisant littéralement décoller 007. La suite n'est pas en reste et l'action sera bel et bien au rendez-vous, avec hélicoptères, bateaux, jet-ski au menu et, petite nouveauté, de superbes séquences sous-marines, dont une longue bagarre finale se déroulant sous l'eau et qui est admirablement filmée. On découvre un peu plus l'organisation criminelle, avec ses membres appelés N°1, N°2, N°3 etc, comme ce sera le cas dans la série Le Prisonnier qui sortira deux ans plus tard. Le N°2 sera le méchant dont devra s'occuper Bond dans ce film et il est interprété par l'excellent Adolfo Celi, que les fans de cinéma bis italien connaisse bien. Opération Tonnerre possède une bonne dynamique et James Bond est ici un vrai super-héros, enchaînant les bagarres et se sortant d'affaire avec punch et panache ! Bien sûr, son point faible reste la gent féminine et on a du beau monde ici, à commencer par la Française Claudine Auger, qui joue la charmante Domino. On trouve aussi la belle Italienne Luciana Paluzzi ainsi que la ravissante Anglaise Molly Peters.  Martine Beswick, qu'on avait déjà vu dans Bons Baisers de Russie, est aussi au générique. Une belle brochette de Bond Girls. A sa sortie en salles, ce sera carton plein, avec plus de 140 millions de dollars de recette mondiale ! On imagine évidemment que les producteurs auront dans l'idée de faire revenir 007 dans un cinquième film...

 

GOLDFINGER

 

GOLDFINGER
(Goldfinger)

Réalisateur : Guy Hamilton
Année : 1964
Scénariste : Richard Maibaum, Paul Dehn
Pays : Angleterre
Genre : Espionnage
Interdiction : /
Avec : Sean Connery, Honor Blackman, Gert Fröbe, Shirley Eaton, Harold Sakata...


L'HISTOIRE : L'agent secret 007 est chargé d'enquêter sur les revenus d'Auric Goldfinger. La banque d'Angleterre a découvert que ce dernier entreposait d'énormes quantités d'or, mais s'inquiète de ne pas savoir dans quel but. Quelques verres, parties de golf, poursuites et autres aventures galantes plus loin, James Bond découvre en réalité que Goldfinger prépare le "crime du siècle", dont les retombées pourraient amener le chaos économique sur les pays développés du bloc Ouest...

MON AVIS : Pour ce troisième James Bond, exit le réalisateur Terence Young, metteur en scène de James Bond contre Dr. No et Bons Baisers de Russie, pour cause de désaccord financier avec la production et place à Guy Hamilton, qui va bénéficier d'un solide budget de 3 000 000 $ ! On le sait, Goldfinger est l'un des 007 préféré des fans, qui le cite régulièrement dans leur Top 5 de la saga. Il faut dire que Guy Hamilton a opté pour une approche différente du film précédent, qui s'avérait pour sa part plus sombre, jouant davantage sur le suspense. Dans Goldfinger, la notion d'humour est nettement plus présente et le film lui-même se veut plus décontracté, plus divertissant, plus familial pourrait-on dire, ce qui n'est pas un reproche. Les événements présentés, les personnages mêmes, font qu'on se croirait presque dans une bande-dessinée. Point de S.P.E.C.T.R.E. dans l'histoire mais un homme d'affaire mégalomane, Auric Goldfinger, superbement interprété par Gert Fröbe, qui voue une véritable passion pour l'or et qu'on va petit à petit apprendre à mieux connaître. Il est toujours accompagné de son fidèle serviteur, un coréen adepte des arts-martiaux et qui porte un chapeau assez spécial et... tranchant ! L'acteur Harold Sakata lui prête ses traits et lui aussi est parfait dans ce rôle. Niveau Bond Girls, on a du lourd, avec Shirley Eaton qui, malgré un temps de présence à l'écran relativement court, restera dans toutes les mémoires une fois morte, le corps entièrement recouvert d'or, mais aussi avec Honor Blackman, la célèbre Cathy Gale des saisons 2 et 3 de Chapeau Melon et Bottes de Cuir et qui joue ici la blonde Pussy Galore, à la solde d'Auric Goldfinger et qui donnera bien du fil à retordre à notre agent 007. Ce dernier est toujours interprété par Sean Connery, impérial comme à son habitude et qui séduira nombre de demoiselles. Goldfinger reste mémorable pour avoir peaufiné l'idée de la séquence pré-générique, pour avoir fait interpréter la chanson du générique à une star (Shirley Basset ici), pour avoir offert à 007 sa fameuse voiture Aston Martin DB5 truffée de gadgets mais aussi pour quelques scènes fortes, comme celle dans laquelle 007 est attaché sur une table et menacé par un laser industriel pouvant découper n'importe quel matériau. Le méchant du film est des plus savoureux, et son plan machiavélique, qu'on découvrira au fur et à mesure de l'avancée de l'histoire, n'est pas en reste. Comme déjà évoqué, la tonalité même du film se veut plus légère, plus ironique et ça fonctionne du tonnerre. Un excellent James Bond donc, qu'on prend toujours plaisir à revoir...

     

BONS BAISERS DE RUSSIE

 

BONS BAISERS DE RUSSIE
(From Russia with Love)

Réalisateur : Terence Young
Année : 1963
Scénariste : Richard Maibaum, Berkely Mather
Pays : Angleterre
Genre : Espionnage
Interdiction : /
Avec : Sean Connery, Daniela Bianchi, Robert Shaw, Lotte Lenya, Pedro Armendáriz...


L'HISTOIRE : En pleine guerre froide, le dernier joyau technologique soviétique, le Lektor, est convoité par le SPECTRE, la redoutable organisation criminelle dont faisait partie le Dr. No, et par les services secrets britanniques qui chargent Bond de le récupérer. Mais cette affaire cache en réalité une redoutable mise en scène du SPECTRE pour piéger 007 en misant sur son point faible : les femmes...

MON AVIS : Comme on ne change pas une équipe qui gagne, on retrouve le réalisateur Terence Young, les scénaristes Richard Maibaum, Berkely Mather et Johanna Harwood (en tant qu'adaptatrice du roman pour cette dernière) ainsi que le compositeur John Barry au générique de Bons Baisers de Russie, seconde aventure cinématographique du héros créé par Ian Fleming. Un héros toujours interprété par Sean Connery bien sûr, qui prête à nouveau à merveille ses traits et son charisme animal à James Bond 007. Ce second épisode était d'ailleurs considéré par l'acteur comme son préféré parmi les sept auxquels il a participé au sein de la saga. Qui dit James Bond dit Bond Girl et c'est la ravissante Daniela Bianchi qui est l'heureuse élue, jouant le personnage de Tatiana, une espionne russe engagée pour séduire l'agent secret britannique. Ce qu'elle ignore, et c'est ce qui en fait un personnage attachant, c'est qu'elle est en réalité à la solde du SPECTRE, dont nous découvrons le N°1, Ernst Blofeld, visage et silhouette toujours cachés et caressant un chat angora, ce qui ne manquera pas de nous rappeler aux bons souvenirs du dessin-animé L'inspecteur Gadget et son fameux ennemi, le Dr. Mad. S'il y a quelque chose qui frappe à la vision de Bons Baisers de Russie, et si on le compare au film précédent, James Bond contre Dr. No, c'est une certaine retenue au niveau des scènes d'action, qui ont été mises de côté au profit d'une intrigue plus fouillée et qui fait la part belle à l'espionnage. Le but des divers protagonistes de l'histoire est de récupérer un décodeur qui donnera une longueur d'avance au pays qui l'aura entre ses mains. Dans le camp ennemi, celui du SPECTRE donc, cette mission est doublée d'une volonté de vengeance envers Bond, qui a tué le Dr. No. On appréciera les références au premier film de la saga, ce qui confère à cette suite une belle continuité. Peu d'action au programme mais ça n'empêche nullement Bons Baisers de Russie d'être un très bon film d'espionnage et, de surcroît, un très bon James Bond !  La relation de 007 avec Tatiana, la séquence chez les gitans, la menace permanente envers le héros qu'on ressent dès que Robert Shaw est à l'écran et la formidable et longue scène se déroulant dans le train vers la fin du film font de cette suite un spectacle prenant en tendu, auquel on ajoutera cette fameuse valise truffée de gadgets fourni par Q ou cette chaussure qui peut laisser apparaître une lame empoisonnée. Bons Baisers de Russie se veut presque plus romanesque que cinématographique dans son approche et son ambiance. On navigue entre Venise, Istanbul, Londres et Zagreb, le tout sur un rythme dynamique. On note aussi l'apparition d'une scène pré-générique, une idée qui sera reprise par la suite. Elle est excellente ici et en surprendra plus d'un. Les fans de la Hammer apprécieront également de voir Martine Beswick (malheureusement créditée en tant que "Martin Beswick" au générique suite à une erreur) dans la scène se déroulant chez les gitans. Bons Baisers de Russie est un 007 de grande qualité au final, ce qui lui vaudra d'être adapté en jeu vidéo en 2005.
 

JAMES BOND CONTRE DR. NO

 

JAMES BOND CONTRE DR. NO
(Dr. No)

Réalisateur : Terence Young
Année : 1962
Scénariste : Richard Maibaum, Johanna Harwood, Berkely Mather
Pays : Etats-Unis, Angleterre
Genre : Espionnage
Interdiction : /
Avec : Sean Connery, Ursula Andress, Joseph Wiseman, Bernard Lee, John Kitzmiller...


L'HISTOIRE : James Bond, agent 007 du gouvernement britannique, est envoyé en mission en Jamaïque afin d'enquêter sur la disparition des deux autres agents du service. Il semblerait que ces disparitions soient reliées à la mystérieuse affaire des perturbations par ondes radio du lancements de fusées depuis Cap Canaveral. Aidé par le pécheur Quarrel, Bond va devoir risquer sa vie pour mener à bien son enquête, qui lui fera rencontrer la superbe Honey Ryder et le conduira sur une île perdue entièrement contrôlée par un certain Dr. No...

MON AVIS : Le célèbre héros créé par Ian Fleming, star de nombreux romans d'espionnage, se voit donc devenir un héros cinématographique en cette année 1962 et ce, sous l'égide du réalisateur Terence Young. Avec James Bond contre Dr. No, le monde entier fait plus ample connaissance avec l'acteur Sean Connery, qui, avouons-le, est parfait dans la peau de l'agent 007. Il allie la classe, l'élégance, le flegme britannique avec un sens inné de l'action et de la survie, n'hésitant pas à rudoyer hommes ou femmes qui se mettent au travers de sa route et de sa mission, même si, concernant ces dernières, elles se retrouvent le plus souvent dans ses bras et dans son lit. Cette première aventure cinématographique de James Bond propose déjà aux spectateurs tout ce qui fait le charme de cette saga à la longévité record, à l'exception des fameux gadgets, qui apparaîtront par la suite. On a déjà dans James Bond contre Dr. No le célèbre thème musical composé par John Barry et Monty Norman ainsi que la fameuse séquence générique reconnaissable entre toute, une intrigue basée sur l'espionnage, de l'action, des poursuites en voitures, divers lieux de tournage dont les décors paradisiaques de la Jamaïque, une Bond Girl en la personne de la sublime Ursula Andress, qui, même si elle n'apparaît qu'au bout d'une heure de film, fera tourner la tête de tous les mâles de la planète dans son bikini sexy et bien sûr, un méchant machiavélique et mégalomaniaque, qui donnera bien du fil à retordre à notre héros ! Ici, il s'agit du Dr. No (Joseph Wiseman), dont on apprend qu'il fait partit d'une organisation criminelle baptisée S.P.E.C.T.R.E. ! Pas mal pour un premier film nous présentant ce fameux agent 007, dont le matricule nous est également expliqué ici par son supérieur, M, et qui correspond donc à l'autorisation de tuer (mais pas de vous faire tuer dira-t-il avec humour). Réévalué à la hausse par les fans avec le temps qui passe, James Bond contre Dr. No se savoure avec une vraie nostalgie, n'ennuie jamais et cette entrée en matière a toujours de quoi séduire le public friand de roman d'espionnage. 

   

LA CHAMBRE DES HORREURS

 

LA CHAMBRE DES HORREURS
(Chamber of Horrors)

Réalisateur : Hy Averback
Année : 1966
Scénariste : Stephen Kandel
Pays : Etats-Unis
Genre : Epouvante
Interdiction : /
Avec : Patrick O'Neal, Cesare Danova, Wilfrid Hyde-White, Laura Devon, Philip Bourneuf...


L'HISTOIRE : La police, aidée par deux détectives amateurs qui tiennent un musée de cire consacré aux divers criminels de notre temps, arrête Jason Cravatte, un tueur en série. Ce dernier est condamné à mort mais il parvient à s'enfuir en sautant dans un fleuve et en se coupant la main afin de se libérer des menottes. Considéré comme mort, il se fait confectionner une prothèse sur laquelle il peut clipper un crochet, un hachoir et autres outils dangereux, et avec l'aide d'une prostituée, Marie Champlain, il prépare sa vengeance contre ceux qui l'ont condamné à mort. Lorsque le juge Walter Randolph est retrouvé décapité, lo police redemande l'aide des deux gérants du musée de cire...

MON AVIS : Spécialisé dans la série-télévisée, le réalisateur Hy Averback choisit en 1966 de mettre en scène son premier film. Ce sera le très bon La Chambre des Horreurs, film d'épouvante luxueux, à la mise en scène on ne peut plus soignée et aux couleurs chatoyantes qui flattent la rétine. Le travail sur les costumes, le jeu d'acteurs et la photographie sont ce qui frappent le plus à la vision du film, qui se pare en plus d'un gadget à la William Castle : une scène pré-générique nous apprend que les quatre séquences horrifiques du film bénéficieront d'un avertissement visuel (le Fear Flasher) et sonore (le Horror Horn) afin que les spectateurs trop sensibles ne vacillent pas. Bon, ce procédé, des plus efficaces, me semble toutefois purement mercantile puisque même un enfant de deux ou trois ans peut regarder La Chambre des Horreurs sans sourciller, tant les scènes horrifiques sont inoffensives et ne montrent absolument rien en définitive. Ce qui n'en fait pas un mauvais film pour autant, loin de là. Il faut dire qu'au départ, Hy Averback voulait en faire une série-télévisée mais il a été jugé trop violent pour cette forme de diffusion et a donc été reformaté pour pouvoir être projeté au cinéma. Parmi les nombreux points forts du film, on citera en premier lieu la prestation incarnée de Patrick O'Neal, qui joue le psychotique Jason Cravatte. Un vrai fou, qui aime se marier avec des femmes mortes ! Une fois passé pour mort après s'être échappé et avoir du se couper la main droite, ce personnage va prendre une nouvelle ampleur en ajoutant à son moignon une prothèse sur laquelle il peut enficher divers accessoires, comme un crochet ou un hachoir entre autres ! Bénéficiant d'un réel charisme et d'une présence magnétique, ce psychopathe marque les esprits et donnera bien du fil à retordre au sergent Jim Albertson (Wayne Rogers) et à son supérieur, l'inspecteur Matthew Strudwick (Philip Bourneuf), qui n'auront d'autres solutions pour l'arrêter que de quémander l'aide de deux détectives amateurs mais passionnés, qui gèrent d'ailleurs un musée de cire entièrement dédié aux grands criminels. Les déambulations au sein du musée de cire sont des plus plaisantes et les reproductions de cire sont de grande qualité et donneraient des complexes à celles du musée Grévin ! La Chambre des Horreurs possède donc une atmosphère policière non dénué d'intérêt, qui lui donne un charme certain. Jamais ennuyeux, le film se suit avec entrain et même si on aurait aimé que les scènes soit-disant chocs le soient un peu plus graphiquement parlant, impossible de bouder son plaisir ! On notera un final asses surprenant, qui laisse carrément présager une suite et qui est dû au format série-télévisée un temps envisagé. Personnellement, je n'aurai pas été contre revoir nos deux détectives amateurs, bien plus malins que la police ! 

   

LA PASSAGÈRE

 

LA PASSAGÈRE
(Pasazerka)


Réalisateur : Andrzej Munk
Année : 1963
Scénariste :  Andrzej Munk
Pays : Pologne
Genre : Drame
Interdiction : -12 ans
Avec : Aleksandra Slaska, Anna Ciepielewska, Jan Kreczmar, Marek Walczewski...


L'HISTOIRE : Liza subit un choc, quand, lors d’une croisière, elle croit reconnaître parmi les passagers une jeune femme, Marta, ex-détenue du camp d’Auschwitz où elle était surveillante SS. Liza dont le mari ignore cette partie de sa vie, se souvient de son passé terrifiant. Ce sont d‘abord des fragments en vrac qu’elle arrange afin de construire un récit à l’intention de son mari, et dans le but de se justifier, mais peu à peu la véritable histoire se reconstitue...

MON AVIS : Cinéaste polonais qui débuta sa carrière dans les années 50 et qui est considéré comme l'un des plus importants réalisateurs de son pays, que ce soit par Roman Polanski ou Walerian Borowczyk, Andrzej Munk n'a pas eu l'occasion de terminer sa dernière oeuvre, puisqu'il décéda dans un accident de voiture au cours du tournage, en 1961. Néanmoins, la majorité de La Passagère avait été filmée et les amis et collaborateurs de Munk ont décidé de terminer le film, en se référant au scénario et en intégrant au montage filmé des photos ainsi qu'une voix off qui viennent compléter le film. Au final, on a donc une oeuvre de 60 minutes dont le début et la fin sont sous forme de jeu de photo. On pourrait penser que ce curieux mélange et ce procédé de reconstitution viendraient amoindrir l'impact du film mais au contraire, cela lui donne une force supplémentaire je trouve et même une originalité non désirée au départ mais bel et bien présente au final. L'un des points fort de La Passagère est que Munk a réussi à filmé dans l'enceinte même d'Auschwitz et de Birkenau cette histoire adaptée d’un texte autobiographique de Zofia Posmysz, rescapée d'Auschwitz et de Ravensbrück. Incroyable quand on sait que même Spielberg n'a pas eu cette autorisation pour La Liste de Schindler ! Mais nous sommes ici en 1961 et c'est donc dans les deux parties du plus terrifiant des camps de la mort que va se dérouler l'histoire de Liza, une surveillante SS qui va se prendre d'empathie pour Marta, une détenue. Le point de départ est donc une croisière durant laquelle Liza pense reconnaître Marta. Face au comportement étrange de sa femme, le mari de Liza lui demande des explications et celle-ci va lui raconter son passé. Du moins, une version enjolivée de son passé, destinée à ne pas trop brusquer son mari qui ignorait qu'elle avait était SS durant la guerre. Une version qui fait passer Liza pour une bonne surveillante, qui a tout fait pour préserver Marta, lui permettant même de retrouver et passer du temps avec son fiancé. Liza était donc une surveillante avec un cœur, qui ne faisait qu'appliquer les ordres mais qui est parvenue à sauver Marta en interférant dans lesdits ordres justement. Vraiment ? Petit à petit, la vraie version des faits va nous être exposée et, comme dans le Rashomon de Kurosawa, nous allons avoir deux visions bien différentes d'une même réalité, à la différence qu'ici, c'est la même personne qui nous propose ces deux visions. On pourrait même dire que c'est la conscience même de Liza qui l'oblige à raconter les faits dans leur véracité d'époque. Evidemment, pas question de faire dans le sensationnalisme ou dans l'outrance : La Passagère, de part son sujet son surtout son lieu de tournage, est un film dénué de tout voyeurisme, ce qui ne l'empêche pas de proposer des images graves et choquantes : détenus s'enfonçant dans les profondeurs d'une chambre à gaz pendant qu'un soldat déverse le Zyklon-B dans les bouches d'aération, prisonnières entièrement nues dans le froid glacial de l'hiver, vision de détenus pendus, brimades et sévices des kapos envers les détenus, aboiement des chiens de garde et j'en passe, le tout dans une apparente normalité qui fait froid dans le dos. La relation ambiguë entre Liza et Marta donne également son intérêt à cette oeuvre visuellement superbe, qui bénéficie d'un admirable noir et blanc. Une relation qui interroge et laisse de nombreuses questions en suspens. La Passagère est un très beau film, qui met en avant les aspects les plus sombres de l'âme humaine. Un film à (re)découvrir, car il est toujours important de ne pas oublier.