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mercredi 27 janvier 2021

LA CITÉ DE L'INDICIBLE PEUR

 

LA CITÉ DE L'INDICIBLE PEUR
(La Cité de l'Indicible Peur / La Grande Frousse)

Réalisateur : Jean-Pierre Mocky
Année : 1964
Scénario Jean-Pierre Mocky, Gérard Klein
Pays : France
Genre : Comédie, Fantastique
Interdiction : /
Avec Bourvil, Jean-Louis Barrault, Francis Blanche, Jean Poiret, Véronique Nordey...

L'HISTOIRE : Le gentil inspecteur Triquet arrête sans le vouloir le faux-monnayeur baptisé Michel le Bénédictin. Condamné à la guillotine, ce dernier parvient à s'évader suite à un dysfonctionnement de la terrible machine coupeuse de tête. Sur ordre de son supérieur, l'inspecteur Virgus, Triquet doit se rendre dans la petite ville de Barges afin de retrouver le Bénédictin, Virgus se rendant quant à lui dans une autre ville où le suspect pourrait également se cacher. A son arrivée, Triquet découvre un petit village dont la population est terrorisée par ce qu'ils appellent "la Bête", un monstre légendaire qui aurait fait son retour alentour. Les investigations de l'inspecteur Triquet ne vont pas être de tout repos, les habitants de Barges ayant l'air d'avoir tous quelques secrets dissimulés...

MON AVIS : Suite au succès de son film Un Drôle de Paroissien en 1963, on propose à Jean-Pierre Mocky de se tourner vers le cinéma fantastique, genre ultra-minoritaire en France. L'idée serait qu'il adapte une histoire du romancier belge Jean Ray. Le réalisateur s'en va donc rencontrer l'écrivain et le courant passe entre les deux hommes. Jean Ray propose les droits de son livre La Cité de l'Indicible Peur à Mocky, qui doit également mélanger, sur demande des producteurs, des acteurs d'anciennes générations appréciés du public français avec la relève. Disposant d'un casting de très grande qualité, dont BourvilJean-Louis Barrault, Francis Blanche, Jean Poiret, Véronique NordeyVictor FrancenRaymond RouleauRoger Legris ou bien encore Marcel Pérès entre autres, Mocky déplace l'action du roman dans un petit village d'Auvergne et va réaliser un comédie policière teintée de fantastique qui s'avère on ne peut plus plaisante. Lors de la sortie du film, les producteurs décident de renommer le film en La Grande Frousse et ce n'est que lors d'une ressortie qu'il retrouvera son titre original de La Cité de l'Indicible Peur. Après une séquence introductive assez amusante dans laquelle on fait connaissance avec le fameux inspecteur Triquet, policier un peu benêt et inoffensif, véritable gentil qui coince les voyous sans vraiment le vouloir ("hélas" répète-t-il...) et qui est magistralement interprété par un Bourvil parfait pour ce rôle, l'action se déplace donc dans le petit village de Barges, qui, on va vite s'en apercevoir, porte bien son nom ! La majorité des habitants ont l'air louche, ont des trognes pas possibles, des tics et des tocs à n'en plus finir (le brigadier de la gendarmerie locale, joué par Jean Poiret, et son "tss, tss" qu'il lance avant chaque phrase) et on sera bien en peine de dire à qui il faut faire confiance. Le pauvre Triquet n'est pas au bout de ses peines et aura bien du mal à faire la part de la vérité lors de ses curieux interrogatoires. Sa couverture d'inspecteur de police parisien ne va, en outre, pas tenir plus de un ou deux jours et tout le village sera au courant qu'ils ont un "vrai" inspecteur sous la main. L'aspect comédie policière prédomine durant tout le film, aidé par de savoureux dialogues, finement ciselés, dus à Raymond Queneau, qui, à l'époque, avait demandé à ce que son nom soit retiré du générique tant que le film s'appellerait La Grande Frousse, titre qu'il détestait. L'humour, la cocasserie des situations et des multiples rencontres que va faire Triquet donnent tout son charme et sa personnalité au film de Mocky, qui bénéficie en plus d'une mise en scène adéquate et d'un superbe noir et blanc, qui confère souvent aux images un aspect un peu surréaliste. L'élément fantastique sera lui aussi présent puisque le village est apparemment sous l'emprise d'une "Bête" qui donne des cuachemars à l'ensemble de la population, qui reste calfeutrée la nuit, n'osant sortir de peur de se retrouver nez à nez avec le monstre. Pour Triquet, tout n'est que légende urbaine et anciennes superstitions mais est-ce bel et bien le cas ? Le mystère demeure jusqu'au dénouement de l'affaire, mais en spectateur malin, on avait deviné que tout ça n'était pas très catholique, vu tout ce qu'il se passe dans le village et les indices mis à disposition par le scénario et les images. Ce qui ne gâche rien car La Cité de l'Indicible Peur est tellement loufoque, déconcertant, ironique voir même absurde par moment que le plaisir de suivre les aventures comico-policières de l'inspecteur Triquet demeure intact. On pourra peut-être trouvé que le film a pris un petit coup de vieux aujourd'hui mais toute la ribambelle d'acteurs et d'actrices, qui ne se prennent pas au sérieux et s'amusent à nous amuser, font que le charme et la nostalgie l'emportent. On ne peut nier en tout cas que La Cité de l'Indicible Peur est un film assez peu commun dans le paysage du cinéma français et qu'il tire sa force de sa réelle originalité. Un divertissement vraiment agréable et au charme un peu désuet, que la superbe copie éditée par ESC permet de (re)découvrir dans des conditions optimales.

* Disponible en DVD et BR chez -> ESC DISTRIBUTION <-



mardi 26 janvier 2021

UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL

 

UNE HACHE POUR LA LUNE DE MIEL
(Il Rosso Segno della Follia)

Réalisateur : Mario Bava
Année : 1970
Scénario : Santiago Moncada
Pays : Italie, Espagne, France
Genre : Thriller, Épouvante
Interdiction : -12 ans
Avec : Stephen Forsyth, Dagmar Lassander, Laura Betti, Femi Benussi, Jesús Puente...

L'HISTOIRE : Propriétaire d'une maison de couture renommée, John Harrington, 30 ans, est un tueur paranoïaque ayant des pulsions meurtrières incontrôlables, qui le poussent à tuer des futures mariées et notamment les mannequins qui travaillent pour lui, ce qui amène l'inspecteur Russell à s'intéresser à son cas. Vivant une relation de couple très tenue avec sa femme Mildred, John tombe sous le charme d'une nouvelle recrue, Helen. Cette dernière va-t-elle réussir à refréner la folie meurtrière de John ?

MON AVIS : Après avoir bénéficié de son plus gros budget financier sur Danger Diabolik en 1968, Mario Bava revient aux petites séries B à faible budget dès 1970 et à ses premiers amours, à savoir le film d'épouvante, avec L'île de l’Épouvante et Une Hache pour la Lune de Miel, deux titres qui ne sont généralement pas ou peu cités par les fans du cinéaste italien, qui préfèrent mettre en avant Six Femmes pour l'Assassin, Le Masque du Démon, Les Trois Visages de la Peur ou La Baie Sanglante. Pourtant, le film qui nous intéresse ici, Il Rosso Segno della Follia pour son titre original, s'avère des plus intéressants même s'il est en deçà des titres précités. Son originalité vient du fait que dès le début, nous savons que le personnage principal, John Harrington, interprété par le peu expressif Stephen Forsyte, est un dangereux psychopathe, puisqu'il se décrit lui-même au public comme tel ! Une entrée en matière surprenante et qui ne manque pas d'intriguer et d'aiguiser notre intérêt. Puisqu'on connaît déjà l'identité de l'assassin, nous ne sommes donc pas dans un giallo. Bon. Les choses sont claires sur ce point. Reste que ce film est bel et bien un thriller mâtiné d'une belle ambiance de film d'épouvante, et qui joue avec les codes et clichés du giallo tout de même, puisqu'on y trouve des décors baroques, des jeux de lumière et de couleur comme sait si bien les utiliser et les mettre en valeur Mario Bava, des meurtres très soft niveau violence mais dont l'utilisation d'un hachoir de boucher scintillant leur donne une patine particulière, des visions fantomatiques d'une femme assassinée qui vient poursuivre son tueur, des demoiselles en détresse absolument charmantes dont Femi Benussi et la ravissante Dagmar Lassander, et surtout, un trauma d'enfance responsable des pulsions meurtrières de notre héros/tueur, qui a un gros souci avec les mariées. Là où le film pourrait se contenter de s'inspirer de Psychose, Bava et le scénariste Santiago Moncada innovent, dans le sens où c'est l'assassin qui mène l'enquête ici et qui va tenter de comprendre les raisons de sa folie, chaque meurtre lui permettant d'obtenir une nouvelle pièce du puzzle que son esprit tente de recomposer et d'assembler. Ce voyage au sein du subconscient d'un tueur en série préfigure des œuvres futures, comme Henry Portrait of a Serial Killer ou Schizophrénia par exemple. Le spectateur adepte de cinéma de genre aura sûrement assembler les rouages de l'histoire avant le personnage principal mais ce n'est pas bien grave car les événements présentés et la mise en scène maintiennent un intérêt constant, et les images souvent sublimes de Bava émerveillent la rétine et font de Une Hache pour la Lune de Miel un film qui mériterait d'être mieux mis en avant dans la filmographie du maestro italien. On trouve même quelques similitudes avec le futur Maniac de William Lustig, pas au niveau du gore ni de la violence bien sûr mais avec l'utilisation des mannequins statiques que le tueur habille en mariée. L'acteur Stephen Forsyth a dit que Bava ne lui avait quasiment donné aucune indication sur comment jouer son personnage mais il n'en avait pas besoin puisque le réalisateur s'est justement servi du flagrant manque d'expression de l'acteur pour composer un tueur inexpressif, neutre, qui marche ou qui bouge presque comme s'il était lui-même un mannequin justement. Réservant quelques beaux moments visuels, dont l'attaque de la femme de John entre autres, filmant avec brio son casting féminin et ayant retravaillé le scénario pour mieux mettre en valeur l'actrice Laura Betti qui voulait tourner un film avec lui car elle le considérait comme un très grand metteur en scène, Mario Bava a réalisé un film loin d'être anecdotique et qui possède de solides qualités.

* Disponible en DVD et BR chez ESC DISTRIBUTION
 

SONGBIRD

 

SONGBIRD
(Songbird)

Réalisateur Adam Mason
Année : 2020
Scénario Adam Mason, Simon Boyes
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, Science-fiction
Interdiction : /
Avec K.J. Apa, Sofia Carson, Craig Robinson, Alexandra Daddario, Peter Stormare...

L'HISTOIRE : 2024. Cela fait maintenant quatre ans que le monde vit en confinement. Désormais, les personnes infectées du Covid-23 sont envoyées de force en quarantaine dans des camps devenus peu à peu d’inquiétants ghettos. A Los Angeles, Nico est un coursier immunisé au virus qui arpente la ville lors de ses livraisons. C’est ainsi qu’il fait la connaissance de Sara, une jeune femme confinée chez elle. Malgré les impératifs sanitaires qui les empêchent de s’approcher, Sara et Nico tombent amoureux. Mais lorsque Sara est suspectée d’être contaminée, elle est contrainte de rejoindre les camps de quarantaine. Nico tente alors l’impossible pour la sauver…

MON AVIS : On s'attendait forcément à ce que le cinéma surfe sur l'épidémie de Covid-19 qui touche le monde entier. Michael Bay, en tant que producteur, donne donc le feu vert et les billets verts par la même occasion à Adam Mason, réalisateur d'une poignée de films d'horreur pas trop mal foutu (Broken, The Devil's Chair, Hangman), pour mettre en scène un thriller-dramatico-science-fictionnel basé sur ce virus diabolique et surtout sur le confinement des populations qui en découle. Avec Songbird, nous voici donc en présence du Covid-23, bien plus redoutable que le virus originel, qui a décimé une bonne partie de la population mondiale et oblige le reste de l'humanité à rester terrer chez soi, fenêtres hermétiquement closes. Les personnes contaminées sont systématiquement emmenées de force dans des camps d'isolements et de quarantaine dont on ne ressort jamais. L'état d'urgence et la loi martiale est de rigueur, avec obligation de prendre sa température via une application mobile chaque jour, la moindre fièvre déclenchant le processus de mise en quarantaine. Inutile de dire que la privation de liberté atteint son maximum, bien plus qu'un petit couvre-feu à partir de 18h. L'action de Songbird nous amène à Los Angeles, complètement désertée et laissée à l'abandon. On y fait la connaissance des protagonistes de l'histoire, avec Nico (K.J. Apa), un livreur immunisé, qui peut circuler librement et qui dépose toute la journée des colis aux survivants calfeutrés, via une sorte de boite aux lettres nouvelle génération, possédant un système de décontamination aux UV disposée dans chaque logement, appartement, maison individuelle ; Sara (Sofia Carson), jeune fille amoureuse du beau livreur et réciproquement, mais qui ne se sont jamais vu qu'à travers leur écran de téléphone portable ; Lester (Craig Robinson), le patron de la boite de livraison où travaille Nico ; William (Bradley Whitford) et Piper Griffin (Demi Moore), qui vivent dans une belle maison avec leur fille Emma (Lia McHugh), et qui se livrent à un trafic de bracelet d'immunisé, permettant aux personnes qui en portent de pouvoir se déplacer hors de chez eux sans craindre les forces de sécurité qui quadrillent les villes ; Dozer (Paul Walter Hauser), un ex-soldat paraplégique, qui aide Lester a repérer ses livreurs grâce à des drones ultra-modernes et qui est amoureux de la streameuse May (Alexandra Daddario), qui, elle, fait des vidéos dans lesquelles elle chante d'anciennes chansons et apporte un peu de réconfort aux isolés ; Emmett Harland (Peter Stormare, vu dans Prison Break), patron des forces d'intervention, qui prend un malin plaisir à faire évacuer les malades, affichant clairement son sadisme. La trame principale du film reste bien sûr la relation virtuelle entre Nico et Sara, qui s'avère assez touchante et crédible et qui va atteindre une certaine intensité quand Lita, la grand-mère de Sara qui vit avec elle, tombe malade. Le temps se met alors à s’accélérer pour Nico qui sait bien que les forces d'intervention vont venir chercher Sara et Lita pour les emmener en camp d'isolement. Le charmant livreur va devoir rapidement trouver un bracelet d'immunisé pour tenter d'extraire Sara de chez elle, quitte à lui faire prendre des risques en la mettant au contact du virus. Mouais. Ce qui est dommage avec Songbird, c'est qu'il pèche sur bien des plans, et notamment au niveau de ses personnages justement qui ne sont clairement pas très intéressants et ne servent qu'à meubler l'intrigue et augmenter la durée du film. Le film démarrait plutôt bien, avec des visions de Los Angeles désertique efficaces et un postulat intéressant. La vie cloîtrée des survivants ne donne pas vraiment envie et on espère que l'aspect prophétique du film ne se concrétise pas dans le futur et qu'on va trouver une solution face au Covid-19 et ses mutants. Il y a un aspect anxiogène qui fonctionne au début du film mais on aurait aimé que le réalisateur s'attarde plus sur les camps d'isolements, sur les conditions de vie dans ses camps, sur les ravages du virus. En lieu et place de cela, on suit sans grand intérêt les quelques personnages principaux dans des arcs narratifs secondaires, arcs qui interfèrent certes avec la trame principale mais qui ne passionnent pas vraiment. Le trafic de bracelets ne crée pas vraiment de suspense, les scènes tirent un peu en longueur, le rythme n'est pas des plus dynamiques et on finit par s'ennuyer au final. Bien sûr, les beaux yeux bleus d'Alexandra Daddario viennent nous tirer un peu de notre torpeur mais avouons que son personnage est franchement anecdotique avec pourtant une scène assez glauque entre elle et William Griffin, qui nous rappelle le Blue Velvet de David Lynch. En fait, Songbird n'a pas grand chose à raconter et si la vision fataliste du monde qu'il nous propose est à mettre dans les bons points, tout comme la prestation des acteurs, plutôt bonne malgré les faibles enjeux du scénario, et cette jolie romance, l'ensemble sonne creux et reste superficiel. Dommage.



dimanche 24 janvier 2021

WEEK-END

 

WEEK-END
(Week-end)

Réalisateur : Jean-Luc Godard
Année : 1967
Scénario : Jean-Luc Godard
Pays : France, Italie
Genre : Drame
Interdiction : -16 ans
Avec : Mireille Darc, Jean Yanne, Jean-Pierre Kalfon, Valérie Lagrange, Michèle Breton...

L'HISTOIRE : Roland et Corinne, un couple de petits bourgeois, partent en week-end afin d'aller chez la mère de Corinne pour la tuer, histoire de récupérer l'héritage. Pris dans d'interminables bouchons de la route, qui créent de multiples accidents, le couple va rencontrer une foule de personnages insolites et déconcertants et va se diriger droit vers une sorte de fin du monde apocalyptique, sans vraiment le réaliser...

MON AVIS : Dégoûté d'être devenu une sorte de star populaire à travers son mariage avec Anne Wiazemsky, Jean-Luc Godard va réaliser un de ses films les plus féroces avec Week-end, qui marque également la fin d'une époque pour le cinéaste. Le film est une virulente critique de ce que Godard appelle la civilisation des loisirs, et il prend en exemple les fameux départs en week-end qui créent tant d'incivilité et de tensions sur les routes de France. Il place ses deux personnages principaux, Roland et sa femme Corinne, interprétés respectivement par Jean Yanne et Mireille Darc, au milieu d'interminables bouchons, notamment lors d'un gigantesque travelling de plus de 300 mètres, filmé admirablement et qui est bardé d'humour noir, finissant sur un dramatique accident routier dont nos deux protagonistes n'ont que faire. La structure même de Week-end est assez étrange et on a souvent l'impression de ne pas comprendre où veut en venir le réalisateur de Pierrot le Fou. L'univers qu'il nous propose se veut surréaliste, détonnant et déconcertant, proposant toute une panoplie de personnages secondaires totalement atypiques qui vont croiser la route des deux personnages principaux. On a parfois l'impression de se retrouver dans une pièce de théâtre filmée, avec des personnages qui récitent des textes de divers auteurs ou d'autres qui se lancent dans des pamphlets politiques sur la condition des noirs ou des Algériens. La scène se déroulant à la ferme, avec un nouveau travelling d'une longueur surprenante, circulaire cette fois-ci, étonne autant quelle déstabilise. Plus le film avance, plus on perd le fil conducteur, tant est qu'il y en ait eu réellement un. Quand il demande des aides au CNC, Godard présente Week-end ainsi : "En suivant un couple de jeunes cadres modernes sur la route, je voudrais montrer toutes les perversions, tous les dérèglements qui résultent de la forme d’hystérie collective qui s’empare des Parisiens munis d’automobiles dès le vendredi soir. Tout humanisme est tout à coup sacrifié à la tyrannie du “Dieu loisir”. Le voyage, commencé en apothéose, finira en tragi-comédie". C'est effectivement bien le cas dans le film, où les automobilistes se comportent comme des brutes sans cervelle, et leur comportement n'est pas épargné par Godard qui filme avec voyeurisme les bagarres ou les nombreuses épaves d'automobiles qui parsèment le trajet du duo Yanne / Darc. Des épaves dans lesquelles de nombreux corps et cadavres s'entassent, sans que cela ne choque personne alentour. Le cinéaste pousse même l'ironie à son maximum quand Mireille Darc s'écrit avec véhémence "mon sac Hermès !!", sa seule préoccupation après l'accident qui met le feu à leur voiture. Satire féroce, le film s'enfonce dans un aspect plus politique vers la fin, avec le kidnapping des personnages principaux par les membres du Front de libération de Seine-et-Oise ! Le décor se veut aussi plus apocalyptique et on comprend que le monde est en train de courir à sa perte, que le comportement des gens les font régresser et retourner à un état de barbares. La fin de la civilisation est proche, en témoigne cette ultime séquence dans laquelle Mireille Darc dévore une côte de bœuf dans laquelle "il y a sûrement un peu de votre mari dedans" lui dit le cuisinier. Le retour à une société primitive et cannibale termine donc ce film très curieux, original et maîtrisé certes, mais qui est assez difficile à appréhender et dont on ne saisit pas tous les tenants et aboutissants. Avec sa structure déstructurée, ses nombreuses scènes non-sensiques, son approche résolument anarchiste, Week-end risque d'en laisser une paire sur le bas côté de la route. Un ovni dans le paysage du cinéma français assurément. Personnellement, je ne sais pas trop quoi en penser, j'ai ressenti un certain ennui dans l'ensemble, l'absence d'une vraie histoire n'aidant pas à entrer dans le récit. Des longueurs et des scènes étranges et réussies. Déconcertant est le terme qui lui convient le mieux je pense.


DES FLEURS POUR UN ESPION

 

DES FLEURS POUR UN ESPION
(Le spie amano i fiori)

Réalisateur : Umberto Lenzi
Année : 1966
Scénario : Umberto Lenzi
Pays : Italie, Espagne
Genre : Policier, Action
Interdiction : /
Avec Roger Browne, Emma Danieli, Daniele Vargas, Marino Masé...

L'HISTOIRE : Une arme secrète, l'Electroscomètre,  pouvant neutraliser tout courant électrique dans un rayon de 50 km a été dérobé. L'agent secret Martin Stevens parvient à la récupérer et la rapporte à son supérieur des services spéciaux britanniques. Ce dernier lui confie une nouvelle mission, toujours en rapport avec l'Electroscomètre : trois hommes ayant participé au vol connaissent des données scientifiques sur cette arme et doivent donc être éliminés. Martin s'envole alors pour Paris et Genève  afin d'éliminer les deux premières cibles. En cours de route, il va faire connaissance avec Geneviève, une jolie journaliste de Paris Match, qui va se retrouver mêler à la mission de Martin Stevens bien malgré elle. Tous deux vont ensuite partir pour Athènes pour localiser le troisième homme à abattre, suite à un message codé disant "les roses bleus sont arrivés ce matin"...

MON AVIS : Alors que le péplum est sur le déclin et que le western italien et le film d'épouvante cartonnent, le succès de James Bond contre Dr. No en 1963 va créer un nouveau courant en Europe : l'Euro Spy. Des films d'espionnage donc, avec des personnages d'agents secrets qui copient allègrement le style Sean Connery, et qui intègrent tous les éléments nécessaires à enthousiasmer le public : créatures féminines attrayantes et sexy, bagarres, fusillades, méchant machiavélique, armes secrètes ou données scientifiques en péril pouvant menacer la sécurité mondiale et surtout dépaysement total, les missions de ces divers héros les emmenant en vadrouille à travers le monde entier. Même si l'Euro Spy a ses admirateurs et ses fans, ce sous-genre policier n'a pas connu un succès très important, la faute principalement à des scénarios trop terre-à-terre, qui se contentaient de recycler des histoires de vol d'armes secrètes ou de données gouvernementales justement. C'est d'ailleurs le cas avec Des Fleurs pour un Espion, réalisé par Umberto Lenzi en 1966. Ce célèbre réalisateur italien est principalement connu pour ses polars ultra-violent, ses gialli ou ses films d'horreur dont Cannibalis: Au pays de l'exorcisme (1972), un des tout premier film de cannibales. Il débarque dans l'Euro Spy dès 1965 avec deux films : Suspense au Caire pour A008 et Super 7 appelle le sphinx, ce dernier mettant en vedette l'agent Martin Stevens, interprété par Roger Browne. Le film qui nous intéresse ici, Des Fleurs pour un Espion, est donc la seconde et dernière aventure de Martin Stevens. Le vol d'une arme secrète n'est ici qu'anecdotique puisque notre héros à la mâchoire carré la récupère dès le début du film. Il va devoir par contre aller tuer trois hommes qui ont eu accès à cette arme et en connaissent trop sur ses spécificités. Trois cibles et donc trois terrains de jeu pour notre agent secret. L'aspect carte postale est ici respecté puisque le public va se retrouver à Paris, à Genève et à Athènes. La mission parisienne est vite expédiée et on n'aura guère le temps d'admirer la capitale française. Genève aura plus de chance et on fera de plus connaissance avec la charmante héroïne du film, la blonde Emma Danieli, qui va se retrouver embarquer à la suite de notre héros sans vraiment le vouloir. Mais elle va prendre du plaisir à cette vie plus mouvementée et se mettra en danger malgré elle. La partie la plus longue du film va se dérouler à Athènes et c'est plutôt bien vu puisque les paysages de Grèce et les divers monuments présentés sont magnifiques. On fera également connaissance avec l'actrice japonaise Yôko Tani, qui interprète une chinoise plutôt louche, qui tient un commerce de fleurs. S'il y a une chose qui interpelle dans Des Fleurs pour un Espion, c'est la totale retenue dont fait preuve Umberto Lenzi. Si le film est divertissant, si la mise en scène est carré, il lui manque ce qui est souvent reproché aux films du courant de l'Euro Spy : de l'exubérance, un petit grain de folie. Lenzi ne se démarque jamais de sa ligne directrice et affiche un sérieux à toute épreuve mais sans jamais proposer un petit quelque chose qui le différencierai des autres films du genre. La trame reste très classique, les scènes de bagarres fort peu nombreuses. Et niveau violence, c'est plus que tout public, il n'y a même pas une goutte de sang lors des impacts de balles. On a connu Lenzi plus enragé et plus porté sur le précieux liquide rouge. Reste que Des Fleurs pour un Espion fait tranquillement le job, n'ennuie pas et sait divertir le temps du visionnage. Le scénario propose un petit twist aux trois-quart temps et le film se fait plus nerveux à partir de là. Les amateurs s'en satisferont assurément.

* Disponible en DVD chez -> ARTUS FILMS <-


samedi 23 janvier 2021

OPÉRATION RE MIDA

 

OPÉRATION RE MIDA
(Lucky, el intrepido / Agente Special LK)

Réalisateur : Jess Franco
Année : 1967
Scénario José Luis Martínez Mollá, Julio Buchs, Remigio Del Grosso, Jess Franco
Pays : Italie, Espagne, Allemagne
Genre : Policier, Action, Comédie
Interdiction : /
Avec : Ray Danton, Barbara Bold, Dante Posani, Rosalba Neri, Beba Loncar...

L'HISTOIRE Une organisation criminelle dirigée par Goldglasses inonde le monde de faux billets. Alors qu’il se trouve à une soirée costumée, l’agent Lucky Mulligan est contacté par la société secrète Archangel qui lui demande de mener l’enquête. Épaulé le jeune et fougueux Michele, Lucky va remonter la piste des faux-monnayeurs, ce qui va l'entraîner à Rome puis en Albanie pour tenter de neutraliser le réseau...

MON AVIS : Quand je pense que certains osent affirmer haut et fort que Jess Franco est un mauvais réalisateur et qu'il n'a fait que des navets ! C'est quand même bien mal connaître le réalisateur espagnol. Certes, sa filmographie n'est pas exempte de navets ou de nanars, il faudrait être de mauvaise foi pour dire le contraire mais elle comprend aussi des films moyens et des bons films, voire même d'excellents films. Le quatorzième film de Jess Franco se rangera aisément dans la catégorie des bons films puisque, avec Opération Re Mida, connu aussi sous le titre de Lucky l'Intrépide, il nous offre un Euro Spy loufoque et bien délirant, qui fait preuve d'une vraie originalité et surtout de beaucoup d'inventivité. Réalisé en 1967 et inspiré par des bandes-dessinées espagnoles, comme nous l'a appris le livre Les mémoires de l'Oncle Jess, que Christophe Bier remet en avant dans son bonus présent sur le DVD, Opération Re Mida est avant tout une parodie des films d'espionnage à la James Bond, qui ne se prend jamais au sérieux mais sans jamais sombrer dans le ridicule et c'est bien là tout son intérêt. L'exercice aurait pu devenir calamiteux et fort lourd mais le père Franco réussi à mélanger les divers ingrédients avec un certain brio, prenant le partie-pris de transformer son film en une vraie bande-dessinée live, en témoigne certaines images du film qui ont l'apparence d'une planche de BD, avec photos et bulles contenant du texte. Comme je l'ai dis, Franco propose beaucoup d'inventivité dans ce film, qui est un de ses préférés d'ailleurs. C'est un véritable catalogue de gags et de répliques loufoques qui attend le spectateur, qui se prendra au jeu grâce à une mise en scène des plus correctes et travaillées et un rythme qui n'a vraiment rien de contemplatif. C'est bien simple, l'aventure de ce super-héros sans pouvoir enchaîne les péripéties sans interruption, il se passe toujours quelque chose à l'écran et le rythme ne faiblit jamais. Le public se retrouve dans divers endroit du monde, tel Londres, Rome, l'Albanie et une île des Caraïbes ! Le dépaysement est donc au rendez-vous, les divers décors naturels et paysages permettant au film de ne jamais ennuyer. Un peu à la manière du Bob Sinclar interprété par Jean-Paul Belmondo dans Le Magnifique, qui sera tourné bien plus tard, notre intrépide Lucky, joué par l'excellent Ray Danton, est un agent secret déterminé, qui maîtrise toutes les situations et fait fondre le coeur des demoiselles qu'il rencontre durant ses périlleuses missions. Uniquement armé de son pistolet fétiche, qui ne rate jamais sa cible, Lucky a pour acolyte un jeune homme dynamique, Michele (Dante Posani) qui va l'accompagner et l'aider à trouver l'organisation criminelle qui veut inonder le monde de faux billets. Le duo fonctionne bien et sert aussi d'éléments humoristiques lors de certaines situations parodiques fort amusantes et de savoureux dialogues. Qui plus est, c'est Michele qui va se servir de multiples petits gadgets, nous rappelant une certaine saga avec un dénommé 007. Pilule pouvant faire exploser 27 hommes ou gaz qui arrête littéralement le temps (si, si, vous verrez), Franco n'hésite pas à verser dans l'outrance au niveau des gadgets présentés et ce, pour le plus grand plaisir du spectateur. Notre duo qui va bien sûr être amené à croiser la route de fort jolies dames, leur présence étant incontournable de tous films d'espionnages. Le casting féminin est donc fort agréable à regarder, avec de belles actrices comme Teresa Gimpera, Beba LoncarBarbara Bold et notre Rosalba Neri adorée, qui interprète ici la responsable de la police en Albanie, une vraie tigresse armée d'un fouet dont elle use et abuse mais qui ne restera pas insensible au charme de Lucky l'intrépide. On le voit, Opération Re Mida possède tous les éléments à même d'en faire un film fort divertissant. Je ne savais pas que le film versait ouvertement dans la parodie-hommage mais au contraire de certains autres films qui utilisent la même recette, ça ne m'a jamais dérangé ici et j'ai souvent eu un sourire sur le visage devant les facéties présentées. Et l'aspect technique du film est aussi à mettre en avant, car avec peu de moyens, Franco a réussi à nous faire croire que le film a eu un budget correct, que ce soit au niveau des costumes, des scènes d'action ou des nombreux véhicules utilisés (voitures, trains, avion...). Franchement, Opération Re Mida est une chouette découverte qui méritait bien cette sortie DVD !

* Disponible en DVD chez ARTUS FILMS



EL VAMPIRO Y EL SEXO

EL VAMPIRO Y EL SEXO
(Santo en el Tesoro de Drácula)

Réalisateur : René Cardona
Année : 1969
Scénario : Alfredo Salazar
Pays : Mexique
Genre : Épouvante, Action, Érotique
Interdiction : -12 ans
Avec : Santo, Aldo Monti, Noelia Noel, Gina Morett, Fernando Mendoza...

L'HISTOIRE : Santo a conçu une machine à remonter le temps mais il n'a pu faire aucun test prouvant sa fonctionnalité et il ne parvient pas à convaincre ses confrères scientifiques de la véracité de ses propos. Luisa, la fille d'un de ses amis, accepte de servir de cobaye. Elle se retrouve alors dans la peau d'une de ses ancêtres, à une époque où sévissait le comte Dracula. Ce dernier a déjà vampirisé la jeune femme et son père, impuissant devant l'état physique de sa fille, demande l'aide du docteur Van Roth. Ce dernier comprend vite la situation et révèle la véritable identité du comte Alucard, un ami de la famille. Pourchassé, le vampire emmène sa proie dans son repère et lui fait voir un fabuleux trésor qu'il a accumulé au fil des ans. De son côté, Santo et ses amis, qui peuvent voir toutes ces images à travers l'écran de sa machine à remonter le temps, décide que la situation devient trop dangereuse pour Luisa et il la ramène à son époque. Le célèbre catcheur ne sait pas qu'un mystérieux Masque Noir a espionné toute l'expérience et qu'avec son gang, il va vouloir mettre la main sur le tombeau de Dracula afin d'acquérir son trésor...

MON AVIS : Ah les films de Santo et le cinéma mexicain ! Un voyage dans un autre univers, avec ses codes, ses personnages haut en couleur, son délire, sa festivité et ses combats de catch bien sûr ! Apparu au cinéma dès 1961 avec Santo contre l'Esprit du Mal, le catcheur Santo est devenu une véritable légende au Mexique, qui a rassemblé des milliers de personnes lors de ses funérailles et qui possède même une statue qui lui est dédié. Une véritable icone qui a donc ravi le public et ses fans lors de galas de catch mais aussi sur les écrans puisqu'il est le héros de plus de cinquante films. Parmi les plus connus et les plus célèbres, on trouve le fameux Santo et le Trésor de Dracula, film de 1969 réalisé par René Cardona Sr. Il faut savoir que les Santo sont au Mexique des films tout public, destinés à toute la famille et même aux enfants. Santo est l'incarnation du Bien et il inculque de nobles valeurs à son public. Les scènes d'action ne sont jamais trop violentes, tout comme les nombreuses créatures qu'il a combattu ne sont réellement jamais trop effrayantes car les producteurs et Santo lui-même voulaient que ses fans de tout âge puissent aller voir ses films au cinéma. Dans les autres pays, les commissions de classifications se sont montrées parfois plus sévères en proclamant quelques interdictions aux moins de 13 ans par exemple. Parmi toute la filmographie dans laquelle s'illustre Santo, ce Santo et le Trésor de Dracula tient une place un peu à part puisqu'il a été décidé à l'époque de tourner le film dans deux versions différentes : une qui recevrait l'aval du Vatican (si, si) et une pour les pays européen et les Etats-Unis. La différence ? Elle tient en quelques minutes seulement mais elle a toute son importance, surtout pour les fans de cinéma Bis et le public masculin : les demoiselles du film dévoilent leur charme, nous montrent leurs opulentes poitrines (Russ Meyer aurait apprécié la plastique de la majorité des actrices) et même leurs jolis fessiers ! D'où le choix de renommer le film en un El Vampiro y el Sexo bien plus explicite et qui ne trompera personne sur la marchandise. On a donc exactement le même film mais l'un est la version "sexy" de l'autre, tout simplement. Si l'apport d'érotisme bon enfant peut être vu comme une petite plus-valus non négligeable et bien agréable pour les yeux, cette version dénudée ne change au final pas la donne : habillé ou déshabillé, cette aventure de Santo s'avère une réussite et procure bien du plaisir ! Comme souvent, le scénario n'est prétexte qu'à enfiler les idées les plus folles, sans s’embarrasser d'une quelconque notion de réalisme. On nage en pleine bande-dessinée décomplexée et le mélange se révèle souvent savoureux, avec ici un peu de science-fiction, avec cette machine à remonter le temps et son effet spirale qui semble sortit tout droit de la série Au Cœur du Temps, un aspect policier avec ce mystérieux Masque Noir et son gang qui épient les expériences menées par Santo, un aspect comique avec l'assistant ultra peureux et de l'action bien sûr avec moult bagarres et, passage obligé, un long combat de catch entre Santo et le fils de Masque Noir sur un ring. Mais l'aspect qui prédomine dans ce film est bel et bien l'épouvante gothique, célébrée en Angleterre par la Hammer bien sûr, mais qu'on retrouve durant les 60's dans divers pays et même au Mexique, avec Les Proies du Vampire et ses suites par exemple, et toute une série de films très réussis comme Les Larmes de la Malédiction ou Le Miroir de la Sorcière entre autres. El Vampiro y el Sexo / Santo et le Trésor de Dracula se montre très généreux avec ce genre que j'adore et nous gratifie de tous les éléments et codes de ce type de cinéma : vampire qui ne se reflète pas dans le miroir, docteur expert en vampirisme, victimes féminines plantureuses, pouvoir de séduction et d'hypnose du vampire, crypte et cercueil nécessaires au repos des créatures de la nuit, transformations en chauve-souris ou en brume, brouillard nocturne, horde de goules féminines au service du seigneur des vampires, canines acérées qui s'enfoncent dans le cou pour boire le sang humain régénérateur, peur du soleil, et j'en passe, tout y est. La première partie du film nous montre les méfaits du comte Dracula à une époque ancienne, images du passé que Santo et ses compagnons peuvent suivre via un écran. Une idée simple mais efficace, qui a pour seul défaut de ne pas faire du catcheur le héros de ces séquences. Il se rattrapera ensuite puisque l'action revient à notre époque et que le Masque Noir, dans sa quête du trésor de Dracula, va ressusciter le légendaire vampire, qui va à nouveau vouloir s'attirer les faveurs de Luisa. Seul souci, il va trouver sur son chemin Santo bien sûr, qui n'entend pas laisser son amie se faire mordiller le cou. René Cardona Sr. a apporté un soin particulier aux décors et aux costumes lors des scènes du passé et le fait de voir notre Dracula devenir un vrai pervers au contact des (gros) seins dénudés de ses victimes dans cette version sexy procure une satisfaction supplémentaire. On se doute que l'acteur qui l'interprète, à savoir Aldo Monti, a été satisfait de devoir tourner deux versions du film ! Il en existe d'ailleurs une troisième puisque la version habillée existe en couleur mais aussi en noir et blanc. Bref, n'hésitez pas à foncez tête baissée à la suite de Santo et du comte Dracula et à savourez la version déshabillée, petite curiosité qu'on croyait disparu mais dont les bandes ont été retrouvées en 2009. Cerise sur le gâteau, la très belle édition Bach Films nous propose Santo et le Trésor de Dracula en noir et blanc. 

* Disponible en DVD chez BACH FILMS



mercredi 20 janvier 2021

LA NUIT DES GÉNÉRAUX

LA NUIT DES GÉNÉRAUX
(The Night of the Generals)


Réalisateur Anatole Litvak
Année : 1967
Scénario Joseph Kessel, Paul Dehn
Pays : Angleterre, France
Genre : Guerre, Policier
Interdiction : /
Avec Peter O'Toole, Omar Sharif, Tom Courtenay, Donald Pleasence, Philippe Noiret, Joanna Pettet...

L'HISTOIRE : 1942. Une prostituée est sauvagement assassinée en plein Varsovie. La victime se trouvait être un agent des renseignements allemands. Les soupçons se portent sur trois généraux, dont le général Tanz. Le major Grau réclame justice en dépit des atrocités commises par ailleurs. L'enquête ne se terminera qu'en 1965, à Hambourg...

MON AVIS : Adaptation du roman de H.H. Kirst auquel on a greffé une idée tirée d'un roman de James Hadley Chase, La Nuit des Généraux est l'oeuvre d'Anatole Livtak, cinéaste intéressant à qui l'on doit quelques bons films noirs comme Confession d'un Espion Nazi (1939), Out of the Fog (1941) ou La Fosse aux Serpents (1948) entre autres. C'est également lui qui a réalisé Anastasia avec Ingrid Bergman et Yul Brynner en 1956. La Nuit des Généraux est son avant-dernier film. Réalisé en 1967, le film réuni un casting prestigieux, jugez plutôt : dans le rôle du général Tanz, on trouve Peter O'Toole. Dans celui du général Kahlenberge, Donald Pleasence. Dans le rôle du major Grau, Omar Sharif. L'inspecteur Morand est interprété par Philippe Noiret. Le général Rommel par Christophe Plummer. La jolie Ulricke par Joanna Pettet. La chanteuse Juliette Gréco est aussi de la partie, tout comme on note une courte apparition de Pierre Mondy ou de Howard Vernon. Tout se beau monde se retrouve donc dans cette histoire captivante, qui mêle film de guerre et drame policier. Tout débute avec le meurtre sauvage d'une prostituée, dont un témoin a uniquement vu de son agresseur un pantalon allemand avec une bande rouge sur le côté, ce qui correspond forcément à l'uniforme d'un général ! Sur fond de répression de la résistance à Varsovie, durant l'année 1942, un major allemand, superbement interprété par Omar Sharif, va tenter de faire la lumière sur ce meurtre et va tout faire pour découvrir et condamner le meurtrier, quelque soit son grade militaire. Une tâche difficile, quasi impossible, qui le mène sur les traces de trois généraux qui n'ont pas d'alibi pour la nuit du meurtre. Nous avons le général Kahlenberge, le général Gabler (Charles Gray) et le général Tanz. Si les deux premiers semblent être très liés, il n'en est pas de même avec le général Tanz, héros de l'armée nazie, surnommée le boucher sur le champ de bataille, et que ses deux compatriotes ne semblent pas vraiment apprécier. Interprété par Peter O'Toole, Tanz va vite se révéler être un pur nazi, notamment lors de la séquence dans laquelle il ravage un quartier de la ville à coup de lance-flammes et d'attaques de tank, pour débusquer les résistants. Sans pitié, même s'il éprouve une certaine compassion pour les enfants, il devient vite un suspect important pour le major Grau malgré le manque d'éléments pouvant justifier un meurtre sexuel aussi brutal. Les deux autres généraux sont tout aussi louches et semblent comploter dans le dos de Tanz. L'enquête du major Grau est émaillée de plusieurs revirements de situation, ce qui fait qu'elle se déplace de lieu et d'année. De Varsovie nous bifurquons vers Paris en 1944, où un autre meurtre similaire a lieu. Nous faisons plus ample connaissance avec le général Tanz durant cette partie parisienne, dans laquelle se greffe un arc narratif secondaire mais important, celui du caporal Hartmann (Tom Courtenay), fiancé secret de la fille du général Gabler. Hartmann va devenir le chauffeur privé de Tanz et va donc suivre et emmener ce dernier partout dans Paris, ce qui nous donne l'occasion de voir que notre général d'habitude si autoritaire et sûr de lui cache de nombreux vices, dont l'alcool, le tabac et les femmes. L'intrigue policière se scinde en deux, puisqu'en plus de l'enquête visant à élucider ces meurtres de prostituées, on nous offre un complot organisé contre Adolf Hitler lui-même ! La troisième époque se situera en 1965 à Hambourg, où, plus de vingt ans après la fin de la guerre, on peut organiser tranquillement une réunion d'anciens SS ! Mais l'inspecteur français, qui s'était lié d'amitié avec le major Grau, entend bien réussir à arrêter le mystérieux meurtrier, surtout qu'un troisième crime vient d'être commis ! Sur une durée fleuve de 148 minutes, La Nuit des Généraux n'ennuie jamais et maintient un intérêt constant, le mélange de genre et d'ambiance, la dynamique de cette étude des comportements ainsi que la prestation du casting et le fait que l'histoire se déplace sur trois époques étant pour beaucoup dans la réussite du film.




mardi 19 janvier 2021

VORE/GORE

 

VORE/GORE
(Vore/Gore)


Réalisateur Domiziano Cristopharo, Mikel Balerdi, Poison Rouge, Lorenzo Zanoni, Patrick Fortin, Emanuele Marchetto, Irene Jones Baruffetti, White Gardenia, Dario Almerighi
Année : 2020
Scénario : Mikel Balerdi, Emanuele Marchetto, Lorenzo Zanoni, Daniel Valient, Domiziano Cristopharo, Patrick Fortin, Irene Jones Baruffetti, Andrea Cavaletto, Dario Almerighi
Pays : Italie
Genre : Extrême, Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Steve Swadda, Emanuel Trotto, Gabriele Zanoni, Poison Rouge, Simone Avincola, Irene Baruffetti...

L'HISTOIRE : De nombreuses phobies et fétiches ont été explorés et utilisés comme catalyseurs dans d'innombrables films d'horreur au fil des ans. Un nombre surprenant de personnes dans le monde souffrent d'une phobie ou s'adonnent, généralement en secret, à un fétiche qui répond à un certain besoin chez elles. Pour la toute première fois, le film d'horreur, Vore/Gore, va mener une exploration sans faille dans le monde de la vorarephilia, ou vore pour faire court. Qu'est-ce que vore, demandez-vous? Eh bien, c'est une paraphilie rare à travers laquelle quelqu'un éprouve une excitation unique en s'imaginant manger ou être mangé par un autre être humain. Voici 8 sketchs qui mettent en lumière cette curieuse paraphilie...

MON AVIS : C'est sous l'impulsion du talentueux réalisateur italien Domiziano Cristopharo que le projet Vore/Gore s'est créé. L'idée est simple : Domiziano a invité ses amis réalisateurs spécialisés dans le cinéma underground ou extrême a imaginer des segments d'un film à sketch traitant de la voraphilie. On le sait, le souci principal des films à sketch, c'est que bien souvent, les divers segments ne sont pas de la même qualité  et que l'ensemble a du mal à être homogène. C'était déjà le cas dans les années 70 avec les films à sketch de la firme Amicus par exemple et même le cinéma extrême n'y échappe pas, avec des anthologies comme XXX Dark Web ou XXX Deep Web, qui proposent des segments de qualité et d'intérêt divers et variés. Et ce sera encore le cas avec Vore/Gore, réalisé en 2020. Au menu, 8 segments et un fil conducteur en la personne d'une bouche maquillée de différente façon, qui vient nous annoncer le titre des sketchs proposés, un peu à la manière de la bouche du Rocky Horror Picture Show ! Ce fil conducteur est baptisé Mouth et a été mis en scène par Mikel Balerdi, le réalisateur de Larva Mental. La première histoire s'intitule Sweet as Honey (doux comme du miel) et on la doit à Emanuele Marchetto. Elle nous présente un apiculteur qui vient étudier ses ruches, place une abeille dans un bocal contenant un frelon puis s’imagine en train d’être dévoré par son propre double. Sympa, avec quelques effets sanglants à se mettre sous la dent. Le second segment se nomme Finger Licking Good et il est réalisé par Lorenzo Zanoni. C'est l'un des meilleurs segments de cette anthologie. On y suit un jeune garçon qui, après avoir vu des vidéos pornos montrant l’intimité d’un sexe féminin, se lance dans une frénésie corporelle destructrice, se prélevant un globe oculaire à la petite cuillère, mangeant deux de ses doigts, se coupant la langue avant de se couper l’intégralité de son appareil reproducteur. Il s’attaque ensuite à ses dents qu’il casse à l’aide d’une fourchette ! Gore et trash avec des images vraiment dégueulasses et répulsives. Beurk ! Le troisième segment, intitulé Please, not in my mouth, est mis en scène par une femme, Poison Rouge. Dans celui-ci, une femme prend son bain et écoute de la musique métal extrême, ce qui provoque en elle des visions. Elle se voit torturant et mutilant un homme à l’aide d’un tournevis. La fiction rejoint la réalité, du sang envahit l’eau du bain et elle tient dans sa main la langue de sa victime pour de vrai, qu'elle va acheminer vers son entrecuisse. Original et intéressant. Quatrième segment : Italian Ladies do it Better d'Irène Jones Baruffetti. Une très bonne histoire et une réalisation qui tient la route, avec cette dessinatrice de mode amateur qui reçoit l’appel d’une maison prestigieuse dans ce domaine lui demandant si elle peut créer un modèle issu de son imagination afin de voir si elle correspond vraiment à l’emploi recherché. En préparant sa machine à coudre, elle se coud malencontreusement deux doigts suite à une mauvaise manipulation. Une fois la robe terminée, elle envoie la photo au patron de la maison de couture mais celui-ci ne trouve pas le modèle à la hauteur et il demande une nouvelle création plus surprenante, qui reflète la personnalité de la couturière. Chaque nouvelle robe ne reçoit pas l’aval du patron et malgré ses efforts, elle n’obtient pas le job. Elle sombre alors dans la folie, ce qui va lui permettre de créer la robe ultime. Très sympa, bien interprété, avec un final efficace et original. Histoire suivante : Infernal Gluttony 2 de Patrick Fortin. Du gore pur jus ici, avec ce cannibale qui dévore avidement des morceaux de chair humaine divers et variés avant de se dévorer lui-même (entrailles, pieds, mains, nez, peau du visage et même ses yeux, tout y passe...) Très fun et répugnant, avec des effets gores qui nous rappelle ceux du premier Evil Dead, en plus bricolé quand même ! Mais les amateurs de barbaque et de tripailles apprécieront. Sixième sketch, celui avec lequel j'ai le plus de mal : Yummy Fur de White Gardenia. Les amateurs de cinéma underground connaissent bien ce dernier, c'est un performer extrême qui fait des petits courts-métrages sans trucage avec son amie. Dans l'un d'eux, il s'est carrément sectionné une phalange ! Dans Yummy Fur, on est en présence d'une autre performeuse, inspirée par les films extrêmes de Daniel Valient, connu donc sous le pseudonyme de White Gardenia. Elle décide de s’enfoncer un ciseau dans son intimité, de se masturber avec jusqu’au sang. Elle finira même pas se couper une des lèvres de son sexe. Personnellement, nous ne sommes plus dans l’univers du cinéma ici et j’avoue que je n’apprécie pas vraiment ces performances corporelles réelles. Je n’en vois pas l’intérêt et ça provoque plus un rejet de ma part qu’un quelconque attrait. Ah, le septième segment est celui que j'attendais le plus car il est réalisé par Domiziano Cristopharo lui-même. Il s'intitule Stretching et il est vraiment d'une grande originalité, même si je dois avouer que je n'ai pas saisi le rapport avec la voraphilie. Qu'importe, il nous présente une autre paraphilie des plus curieuses, celle du héros de l'histoire, qui voue une passion pour les... trous. Mais attention, je vous vois venir et le début du segment, dans lequel le héros se masturbe en regardant son téléphone portable peut nous le faire penser. Seulement, il ne regarde pas une vidéo porno mais des images de trous, provenant d'un cratère, de l'entrée d'une grotte ou de caverne ou même d'un trou dans l'étendu de l'univers. On le voit ensuite essayer de rentrer dans un carton trop petit pour lui puis être endormi dans une armoire, recroquevillé sur lui-même. On comprend alors qu'il a un étrange rapport avec les endroits exigus et qu'il veut s'y infiltrer par tous les moyens. Visuellement, c'est le segment le plus réussi et le plus travaillé. Il est étonnant et déroutant. Dernière histoire : The Egg de Dario Almerighi. Un homme masqué plante un œuf dans une forêt. Plus tard, une jolie jeune femme en tenue vaporeuse se promène dans cette même forêt. On comprend que c'est une créature qui provient de l'oeuf. Elle se rend dans la cabane d’un inconnu, qui est le mystérieux homme masqué du début. Ce dernier la kidnappe et la mutile, prélevant ses entrailles pour les plonger dans un curieux breuvage, qu'il va ensuite répandre dans une piscine vide et abandonné. Un nouvel œuf apparaît de cette mixture et l'homme décide de le consommer, devenant alors une créature surnaturelle. La voraphilie est évoquée ici de manière métaphorique et fantastique. Voilà donc le contenu de Vore/Gore, qui m'a laissé sur une impression mitigée. De bons segments en côtoient d'autres plus banals et dans son ensemble, cette anthologie ne m'a pas emballé plus que ça. Je retiendrai principalement Finger Licking Good, Stretching, Italian Ladies do it Better et Please, not in my mouth parmi ceux que j'ai le plus apprécié, avec une petite mention spéciale à l'ultra gore et bricolé Infernal Gluttony 2. En tout cas, Vore/Gore est un spectacle à réservé aux fans hardcore du cinéma extrême et underground à petit budget et n'est pas à mettre devant tous les yeux, le gore répugnant et l'érotisme étant assez présent. 

* Prochainement disponible chez TETRO VIDEO