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FONDU AU NOIR

 

FONDU AU NOIR
(Fade to Black)

Réalisateur : Vernon Zimmerman
Année : 1980
Scénariste : Vernon Zimmerman
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Dennis Christopher, Linda Kerridge, Eve Brent, Tim Thomerson, Gwynne Gilford...


L'HISTOIRE : Eric Binford est passionné de cinéma. Il travaille dans un entrepôt de stockage de bandes cinématographiques et vit seul chez sa tante Stella. Cette dernière se montre assez tyrannique envers son neveu, qui passe ses journées à mater de vieux films. Dans un bar, il croise Marilyn O'Connor, sosie de Marilyn Monroe dont Eric est fou amoureux. Parvenant à surmonter sa timidité, Eric invite la jeune femme au cinéma mais cette dernière rate le rendez-vous, ce qui le plonge dans une profonde déception. Harcelé le soir même par sa tante paralytique, Eric la pousse dans les escaliers, comme Richard Widmark dans le film Le Carrefour de la Mort qu'il était en train de visionner. Commence alors pour Eric une spirale infernale, dans laquelle la frontière entre réalité et fantasmes cinématographiques disparaît peu à peu...

MON AVIS : Une vraie petite curiosité que ce Fondu au Noir, réalisé en 1980 par Vernon Zimmerman, et qui remporta le Prix de la Critique au festival d'Avoriaz en janvier 1981. Ce réalisateur n'est pas très connu, il a débuté sa carrière en 1962 avec 3 courts-métrages puis un documentaire en 1964 sur la vie à l'université de Chicago intitulé The College. Il ne réalisera son premier film qu'en 1972 avec le road movie Deadhead Miles sur lequel il co-signe le scénario avec un certain Terrence Malick. La même année, il intègre la firme de Roger Corman, l'A.I.P. et réalise The Unholy Rollers, film inspiré de Kansas City Bomber avec Raquel Welch et dont Corman voulait surfer sur le succès. A noter que ce film est le premier travail d'un tout jeune Martin Scorsese, engagé en tant que monteur. Vernon Zimmerman va ensuite travailler en tant que scénariste avant de livrer un nouveau film en 1980, Fondu au Noir, dont il signe également le scénario. Le succès n'étant pas au rendez-vous, il quitte le monde du cinéma et devient enseignant dans le domaine de l'écriture scénaristique. Il est décédé le 18 octobre 2023 à l'âge de 87 ans. Fondu au Noir est donc le film pour lequel on se souvient de son nom, même s'il fait partie de ces œuvres dont personne ne parle jamais à notre époque. Remercions donc l'éditeur Elephant Films de l'avoir remis sur le devant de la scène avec sa sortie en combo DVD+BR. Souvent catégorisé comme étant un slasher, Fondu au Noir n'entretient qu'un rapport éloigné avec ce genre. A bien y regarder, c'est avant tout un film de psycho-killer, un thriller, une comédie noire et surtout, c'est une étude sociologique comportementale qui se focalise sur les notions de solitude, de rejet, d'obsession, notions qui entraînent, dans le cas présent, la disparition de la frontière entre réalité et fiction. Ceux qui s'attendent à voir un tueur fou trucider des victimes à la pelle, passez donc votre chemin, Fondu au Noir ne joue clairement pas dans cette catégorie. L'histoire se déroule à Los Angeles, une évidence pour un film traitant de la passion du cinéma. Niveau casting, on trouve Dennis Christopher qui interprète donc le fameux Eric Binford. Un acteur repéré grâce au film La Bande des Quatre en 1979 et qui est devenu une célèbre vedette de téléfilms et séries-télévisées par la suite. Pour jouer la tante Stella qui héberge notre héros, c'est l'actrice Eve Brent qui a été choisie, actrice qui a également fait les délices de nombreuses séries TV. Marilyn O'Connor, sosie de la fameuse actrice blonde Marilyn Monroe, est quant à elle interprétée par Linda Kerridge, qui n'a pas fait une grande carrière puisqu'elle n'a que 8 films à son actif, dont Surf 2 en 1983, Cocaïne de Paul Morrissey en 1984, Pleasure Planet en 1986, Le trésor de San Lucas en 1987 ou L'aventure Fantastique en 1988, ces trois derniers réalisés sous la houlette d'Albert Pyun. Ce trio de personnages principaux est complété par Tim Thomerson et Gwynne Gilford qui jouent respectivement le docteur Moriarty et l'agent de police Anne Oshenbull, deux personnages secondaires qui viennent principalement allonger la durée du film sans réellement y apporter grand chose, on a juste Moriarty qui travaille sur l'étude comportementale des délinquants violents et tente de leur venir en aide, trouvant une alliée et une amante chez la policière et un opposant en la personne du capitaine de police. Ca fait clairement remplissage, vous verrez, mais on peut aussi voir en Moriarty le point d'ancrage du monde réel alors qu'Eric représente la fuite dans un monde imaginaire. A noter pour finir la présence d'un certain Mickey Rourke, alors au début de sa carrière et qui joue un collègue de travail d'Eric Binford. Tout ce petit monde va donc graviter autour de notre cinéphile en herbe. Evidemment, on se prend d'affection pour Eric puisque le cinéma est sa passion, impossible de ne pas se reconnaître en lui. Sa chambre est bardée d'affiches de films, de photos d'actrices et d'acteurs et de matériels liés au cinéma. Il voue un culte au cinéma d'antan, celui des années 30 et 40, principalement en noir et blanc, et connaît les répliques par cœur de ses films préférés, qu'il voit plusieurs fois comme il le dira souvent. Il s'intéresse particulièrement aux anti-héros, aux méchants du cinéma, son acteur culte étant James Cagney, iconique pour ses rôles de gangster impitoyable dans L'ennemi Public, Les Anges aux figures sales ou l'emblématique L'Enfer est à lui. Quant à son actrice vedette, c'est donc Marilyn Monroe qui recueille tous ses suffrages, on le verra clairement dans la séquence légèrement trash de la masturbation, séquence qui vient conforter le fait que sa vie est totalement focalisée sur le cinéma et non la réalité. Superbement interprété par Dennis Christopher, qui avait pourtant refusé le rôle au départ, n'étant pas satisfait du scénario mais qui trouvait le personnage formidable, Eric et son évolution dramatique font tout l'intérêt de Fondu au Noir. C'est vraiment un cas intrigant, qui met en avant le fait que la solitude, le manque de reconnaissance, l'absence d'amis et de relation amoureuse peut profondément briser une personnalité fragile et le faire bifurquer dans une folie l'amenant à ne plus différencier réalité et imaginaire. Constamment harcelé par sa tante, perpétuellement moqué par ses collègues de travail, réprimander par son patron, fuit par les femmes, Eric ne trouve un échappatoire que dans le cinéma et notamment dans les personnages forts, insoumis, qui ne se laissent pas faire et contrôle la situation. Des personnages qui sont son opposé. A travers eux, il se rêve d'une autre vie, qui lui procure de vraies émotions. A la manière du plus récent Le Labyrinthe de Pan, Eric, comme la petite Ofelia du film de Del Toro, se réfugie et se construit un monde imaginaire, perdant peu à peu contact avec la réalité. Le souci avec Eric, c'est que son monde imaginaire est peuplé de personnages violents : gangsters, cowboys vengeurs, vampires, son obsession pour ce type d'anti-héros va l'amener à franchir la ligne rouge et à briser le peu d'humanité qu'il lui restait. A chaque problème sa solution et celle que trouve Eric est issue des films qu'il vénèrent. Au fur et à mesure que sa santé mentale s'effondre, Eric ne se contente plus de citer des dialogues ou de rejouer des scènes. Il veut devenir les personnages qu'ils aiment. Sa psychose est matérialisée dès la scène où il se grime en Dracula, après avoir poussé sa tante dans les escaliers. Sa dualité est parfaitement représentée à l'écran grâce au maquillage qu'il est en train d'apposer à son visage. Et de par ses déguisements, il en devient encore plus inquiétant car il commence à mettre en scène ses crimes. Le pouvoir des images est total sur Eric, et elles lui permettent de devenir quelqu'un d'autre, ce qui le dédouane quasiment des actions néfastes qu'il commet. Reste que changer de vie à travers de nouvelles identités ne lui apporte pas le bonheur recherché. Même sa relation désirée avec Marilyn O'Connor ne se soldera pas sur quelque chose de positif. Car il s'imagine une histoire d'amour idéalisée avec Marilyn Monroe et non pas avec Marilyn O'Connor. Sa vision est encore une fois déformée par le prisme du cinéma et par son obsession, bien plus perturbante ici que dans le film récent du même nom, comme los de la séquence hommage à la scène de la douche de Psychose. La vengeance et les meurtres dont il va se rendre coupable sont également commis via ce prisme cinématographique, ce qui nous donne des séquences savoureuses dans lesquelles Eric, grimé en cowboy, en Bela Lugosi (avec néanmoins des extraits du Cauchemar de Dracula avec Christopher Lee, ceci étant du à un refus de la Universal d'utiliser des images du Dracula de 1931) ou comme la momie des films des années 40 va tuer ceux qui se moquent de lui. Eric Binford est donc vraiment un cas à part, qu'on n'oubliera pas de sitôt, qui fait de Fondu au Noir un film intrigant et intéressant. Reste qu'il aura sûrement du mal à trouver son public au sein de la nouvelle génération. Le rythme du film est assez lent, il y a très peu d'action, la violence des situations n'est jamais impactée par des débordements sanguinolents et les séquences avec Moriarty et l'agent de police viennent alourdir le rythme inutilement. La mise en abîme du personnage à travers des extraits de films disséminés ci et là est plutôt bien amenée par contre et sert clairement l'histoire de ce être méprisé qui voit sa propre vie lui échapper au profit de protagonistes fictifs. Le final, au sommet du Chinese Theatre situé sur Hollywood Boulevard est ingénieux, nous renvoyant autant à L'enfer est à lui qu'à King Kong je trouve, et confirme par l'image que la vie propre d'Eric a cessé d'exister pour n'être que celle d'un simple scénario de film. Vernon Zimmerman, aidé par son casting, a donc réalisé un film réellement insolite, à part, dont rien ne justifie l'interdiction aux moins de 18 ans dont il écopa pour sa sortie française en mai 1981. Si vous voulez voir jusqu'où la passion peut mener, comment elle peut littéralement briser la raison et perturber un être fragile, n'hésitez pas à vous plonger dans la vision de Fondu au Noir.

* Disponible en Steelbook DVD+BR chez ELEPHANT FILMS (VF+VOSTF)
- Analyse du film par Julien Comelli
- Interview de Dennis Christopher
- Bande annonce



HEATHERS (FATAL GAMES)

FATAL GAMES
(Heathers)

Réalisateur : Michael Lehmann
Année : 1989
Scénariste : Daniel Waters
Pays : Etats-Unis
Genre : Comédie, Drame
Interdiction : -16 ans
Avec : Winona Ryder, Christian Slater, Shannen Doherty, Lisanne Falk, Kim Walker...


L'HISTOIRE : Veronica a voulu faire partie de la bande des "Heathers", à savoir trois pestes du lycée se prénommant Heather et qui, grâce à leur énorme popularité, font régner la loi dans l'établissement, n'ayant aucune considération pour les élèves qui ne rentrent pas dans leur univers codifié. Mais Veronica n'apprécie pas vraiment le comportement de ses nouvelles amies. Elle se lie alors avec J.D., un jeune rebelle qui lui propose de se débarrasser des "Heathers". Ce qui au départ ne ressemblait qu'à une mauvaise farce se transforme rapidement en un petit jeu de massacre, dans lequel Veronica et J.D. vont maquiller la mort des trois Heather en suicide...

MON AVIS : La genèse de Heathers est assez amusante : le scénariste Daniel Waters aime beaucoup les films sur l'adolescence des années 80 réalisés par John Hughes, à l'image de Six bougies pour Sam, Breakfast Club, Une créature de rêve ou La Folle journée de Ferris Bueller par exemple. Sauf que la vision assez angélique de la vie adolescente présentée par Hughes, dans laquelle les ados sont des héros, ne correspond pas à la vision du scénariste. Il décide alors de rédiger un scénario plus noir, plus sombre, plus satirique, qui représente mieux la difficulté des fameuses "années lycée". A l'arrivée, il pond un script de 250 pages et décide que le seul qui puisse le mettre en image sera... Stanley Kubrick ! Sûr de lui, alors qu'il s'agit de son premier scénario, Daniel Waters attend patiemment que Kubrick le contact, tout en envoyant son scénario à différents studios, qui trouvent tous son histoire géniale mais qui refusent tous de le produire vu le sujet ! La firme New World Pictures se montre intéressée mais demande à ce que le final, trop nihiliste, qui voyait Veronica se suicider en faisant exploser son lycée et tous les étudiants à l'intérieur soit modifié. Le scénario se retrouve dans les mains d'un jeune étudiant en cinéma, Michael Lehmann, qui vient de terminer un premier court-métrage. Il adore l'histoire et contact Waters pour lui dire qu'il est partant pour le réaliser. Mais ce dernier lui dit qu'il attend un appel de Kubrick, appel qui ne viendra évidemment jamais. Le scénariste débutant accepte donc la proposition de Michael Lehmann et la productrice Denise di Novi se charge de monter le film pour la New World Pictures, avec les modifications demandées. Le réalisateur raccourci également le script, sans quoi le film aurait duré 3H. Le casting se montre également très compliqué puisque les agents de divers acteurs, dont Heather Graham et Jennifer Connelly refuse que leur protégée ne participe à un film traitant du suicide adolescent. Au final, c'est Winona Ryder, qui vient de connaître le succès avec Beetlejuice, qui est retenue pour interpréter Veronica et ce, malgré les fortes réticences de son agent qui pense que l'actrice va dynamiter sa carrière avec ce film. Et c'est Christian Slater, repéré grâce à son rôle dans Le Nom de la Rose, qui est choisit pour jouer Jason "J.D." Dean. A noter que Brad Pitt a tenté d'avoir le rôle. Pour les personnages des trois Heathers, on trouve Kim Walker qui joue Heather Chandler, la chef de la bande, Shannen Doherty qui joue Heather Duke et Lisanne Falk qui joue Heather McNamara. Voulant prendre le contre-pied des teen movies de John Hughes, Heathers, rebaptisé en Fatal Games pour sa sortie française le 31 juillet 1991, va donc nous présenter la face sombre des adolescents, à travers les 3 Heathers tout d'abord. Trois grandes pestes donc, qui tyrannisent tous les lycéens qu'elles trouvent hors normes, comme les geeks, les intellos, les branleurs ou qui ne répondent pas à leur critères esthétiques, comme Martha qui a un problème de surpoids. Brimades, moqueries ou ignorance pure et dure, les Heathers ne supportent personne et se sentent intouchables, étant très populaires auprès des garçons, notamment les sportifs, qui abusent d'elles sans qu'elles y trouvent vraiment à redire. Un constat peu glorieux en réalité fait par le scénario de Daniel Waters et qui met bien en avant les problématiques de harcèlement scolaire, de dérives sexuelles, transformant donc les gentils ados de John Hughes en personnages antipathiques, sûrement plus proches de la réalité en effet, les "années lycée" étant parfois durement vécues par certains élèves subissant ce type de traitements irrespectueux. On se demande pourquoi une gentille fille comme Veronica a voulu rejoindre ce trio diabolique, puisqu'elle ne semble pas du tout adhérer à leur attitude toxique envers les autres. Superbement joué par une Winona Ryder totalement craquante, Veronica va devenir le personnage principal de l'histoire. Mais un personnage qui possède aussi une dualité, qui n'est pas blanc ou noir mais gris. Dépassée par les actions de ses trois fausses amies, Veronica va succomber au charme de J.D., le rebelle du lycée. Un jeune homme qui prône le chaos, l'anarchie et veut mettre fin à la domination des Heathers. Et c'est là que l'aspect satirique du film prend son envol. Sur un sujet grave, à savoir le suicide des adolescents, Heathers bifurque lentement sur la vraie thématique du film, à savoir le comportement des gens, des médias vis à vis du phénomène du suicide adolescent. L'humour, forcément très noir, va contaminer les deux personnages principaux, sorte de futur Bonnie & Clyde en devenir, du moins dans un premier temps. L'imagination de J.D. pour se débarrasser des pestes semblent au départ assez bon enfant, à base de blague de mauvais garnement, comme vouloir faire ingurgiter à la chef du trio infernal un liquide pour déboucher les canalisations. Bon, dis comme ça, ce n'est évidemment pas très drôle, Winona préférant lui servir un mélange de jus d'orange et de lait pour la faire vomir. Mais une erreur de tasse fait que la malheureuse victime ingurgite bel et bien le liquide agressif et tombe sur une table basse en verre, raide morte. Commence alors un jeu dangereux pour les deux protagonistes, qui, sur l'idée de J.D., vont transformer cette mort accidentelle en suicide réfléchi, histoire d'échapper à la prison. Un suicide qui sera sur toutes les lèvres, comme dans cette réunion entre proviseur et professeurs, le proviseur étant alarmé que ce soit la fille la plus populaire qui se soit suicidée, puisqu'il va devoir accordé une journée de deuil au lieu de quelques heures si ça avait été un élève lambda. Le propos et les dialogues sont assez acides et provoquent souvent des sourires jaunes chez le spectateur, tout au long du film, car il faut reconnaître que la plupart des répliques font mouches. Des dialogues qui se juxtaposent à des situations souvent cyniques et cruelles, ce qui fait tout le sel du film de Michael Lehmann, qui va donc à l'encontre total du facteur empathie disséminé dans les films de John Hughes. Là où le scénario de Daniel Waters frappe juste, c'est justement en structurant le lycée comme une entité non protectrice de ses élèves : c'est un lieu totalitaire, dirigé par des chefs qui écrasent les castes inférieurs et où la popularité est une question de vie ou de mort sociale, ce qu'a tout à fait compris Veronica en se rapprochant des Heathers. La critique est d'autant plus explosive que le meurtre déguisé d'Heather Chandler provoque chez les lycéens une empathie envers celle qui les terrorisait jusque là. Une professeure de lettres, Miss Fleming, va organiser des séances de thérapie de groupe pathétiques à la télévision locale, poussant les élèves à exprimer leur douleur face caméra. Le suicide est traité comme l'accessoire social ultime. Une réplique culte d'une élève résume parfaitement cela : Heather Chandler n'est morte que depuis une semaine et déjà, tout le monde prétend qu'elle était sa meilleure amie. Si j'avais su que le suicide rendait si populaire, je l'aurais fait depuis longtemps. Et par la même occasion, le film met le doigt sur le fait que lorsqu'un trôné se libère, un autre dictateur ne tarde pas à prendre la relève. Ici, c'est une seconde Heather qui va venir s'attribuer le nouveau pouvoir. Le Mal a de nombreux visages, on le sait depuis longtemps. L'humour noir étant la force du film, il va continuer à se développer de manière exponentielle, enchaînant avec la mort de deux joueurs de foot ultra-macho, qui vont devenir la cible de Veronica et J.D. qui, pour se dédouaner, vont faire passer ce nouveau meurtre en suicide de la part de deux homosexuels ne pouvant révéler la vérité. La scène des funérailles est d'une méchanceté assez intense, notamment avec le père d'une victime qui proclame : "Mon fils était un homosexuel ! Je n'aimais pas ce qu'il était, mais je l'aimais, lui ! » alors que tout le monde comprend bien que si son fils était encore vivant, il n'accepterait pas cette fausse homosexualité. C'est une scène d'une ironie féroce car le père devient tolérant uniquement parce qu'il croit que son fils s'est suicidé par amour, alors qu'en réalité, son fils était un harceleur violent et profondément intolérant de son vivant. La trajectoire de Veronica est très intéressante car elle comprend assez rapidement que derrière son sourire enjôleur, son petit ami J.D. est en fait un véritable sociopathe. Si Veronica est au départ coupable de complicité par pur opportunisme, choisissant  le camp des bourreaux car il offre une protection, elle effectue une vraie prise de conscience morale, rejetant le comportement inquiétant de J.D., tout comme elle a réussi à s'extraire du groupe des Heathers, quitte à devenir elle-même la cible du trio. Mais le cas le plus intrigant du film reste celui de J.D. Un personnage qui, en 1989, est un véritable précurseur des futures tueries de masse en établissement scolaire. J.D. représente le nihilisme absolu, le chaos total. Il justifie sa violence par une posture philosophique : la société est corrompue, le lycée est le reflet de cette corruption, donc détruire le lycée, c'est purifier le monde. Son plan ultime fait froid dans le dos et renvoie à des tragédies comme Columbine en 1999. Au final, Heathers est une satire féroce et réussie sur le milieu lycéen, bien moins rose que dans les films de John Hughes. Le film réussit à nous faire sourire face à des situations qui ne devraient pas porter à rire. Il ne se moque jamais du suicide mais pointe le doigt sur la récupération médiatique qui en découle. La séquence finale entre Veronica et JD est particulièrement réussie car elle est le miroir d'une séquence vue auparavant, quand Veronica, comme pour se réveiller d'un cauchemar, se brûle la main avec l'allume-cigare de sa voiture. Plutôt que de la secourir, J.D. lui prend la main et allume sa cigarette via sa brûlure. Son côté pervers narcissique qui jouit de la douleur des autres et de sa propre petite amie était déjà là sous nos yeux. Et la scène finale inverse les rôles avec une réelle jubilation. Force est de constater qu'Heathers était en avance sur son temps en 1989 et que le statut de film culte qu'il a acquis au fil des années est justifié. Le film a marqué ceux qui l'ont vu et il est même devenu une comédie musicale toute aussi sombre et nihiliste en 2014, un énorme succès à Londres, porté par une bande son qui décoiffe. Si vous appréciez les miroirs déformant de la société, les films subversifs et les satires grinçantes, Heathers est pour vous ! Voulu par la production, le final laisse tout de même la lumière envahir ce monde ténébreux, à travers l'empathie de Veronica. Je n'avais jamais eu l'occasion de voir Heathers malgré que j'étais très fan de Winona Ryder à cette époque. C'est enfin chose faite et j'ai vraiment beaucoup aimé ! 

* Disponible en Mediabook chez CAMEFLEX

Superbe édition avec un 4K et le BR du film, mais aussi un BR de la comédie musicale et un superbe livret contenant photos et interviews du réalisateur.
L'édition fourmille de bonus de qualité, avec des tas d'interviews du réalisateur, du scénaristes, de quelques acteurs et j'en passe. Typiquement le genre de bonus qu'on veut trouver sur une édition de qualité !     



SLUGS - MUTATIONS

 

MUTATIONS
(Slugs)

Réalisateur : Juan Piquer Simon
Année : 1988
Scénariste : Ron Gantman, Juan Piquer Simon, José Antonio Escrivá
Pays : Espagne
Genre : Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Michael Garfield Levine, Kim Terry, Philip Machale, Alicia Moro, John Battaglia...


L'HISTOIRE : La petite ville américaine d'Ashton est le théâtre de décès étranges. Mike Brady, agent des services sanitaires, essaye d'épauler le shérif local à trouver la cause de ces morts particulièrement répugnantes, avec des victimes partiellement dévorées. Les analyses conduisent Brady à émettre l'hypothèse que les responsables seraient peut être des limaces contaminées qui seraient devenues cannibales...

MON AVIS : Dans le sous-genre prolifique du film d'attaques animales, il est difficile de ne pas trouver un animal qui n'a pas eu droit à son film le mettant en vedette. Un sous-genre très apprécié des amateurs généralement et qui se distingue par deux approches : une première approche issue du cinéma de science-fiction des années 50 et qui faisait prendre à divers animaux des proportions gigantesques et une seconde approche qui préfère leur faire garder leur taille réelle (à quelques cm près), ce qui est assurément encore plus terrifiant et stressant puisque les animaux du quotidien deviennent nos ennemis. C'est bien sûr le génial Alfred Hitchcock qui est le fer de lance de cette seconde approche avec Les Oiseaux réalisé en 1963. Les films mettant en avant Mère Nature se rebeller contre l'Humanité connaîtront ensuite une longue déclinaison, avec des des chiens, des chats, des araignées, des serpents, des requins, des pieuvres, des crocodiles, des alligators, des loups, des lions, des ours, des singes en guise de vedettes mais aussi des animaux plus atypiques tels les rats, les fourmis, les vers de terre, les grenouilles, les cafards, les abeilles, les piranhas, les barracudas, les chauves-souris, les lapins, les kangourous,  les castors, les moutons et j'en passe. En 1982, l'auteur britannique Shaun Huston publie un roman bien gore, intitulé Slugs et qui met en avant des... limaces tueuses ! Un roman édité en France dans la défunte collection Gore, dans une version amputée puisque dans cette collection, les romans ne devaient pas dépasser les 150 pages environ, et qui a depuis été réédité en version intégrale chez l'éditeur Faute de Frappe. Le livre de Shaun Huston se montre assez dégueulasse et enchaîne les scènes de morts bien gore. Il n'en fallait pas plus pour qu'il intéresse une certaine Francesca de Laurentiis, fille du célèbre Dino de Laurentiis ! Mariée à un espagnol, elle veut que l'adaptation soit tournée dans ce pays et elle porte son choix sur Juan Piquer Simon, réalisateur connu pour sa débrouillardise et auréolé d'un certain succès avec Le Sadique à la Tronçonneuse. Mais le sujet même du film, à savoir des attaques de limaces tueuses, n'emporte pas l'adhésion et le film a du mal à être monté. Heureusement, au marché du film à Cannes, en 1987, la firme New World Pictures apprécie la projection d'une bobine du film et signe un accord de distribution mondiale. Reste que les scénaristes du film ont un peu modifié le roman et pris des libertés quand ils ont écrit le scénario, ce qui a un peu déçu l'auteur à l'époque. Les limaces de Shaun Huston tuent les gens simplement parce qu'elles ont pris goût à la chair humaine et l"histoire se déroule en Angleterre. Celles de Juan Piquer Simon ont été contaminées par des produits radioactifs stockés sans grande surveillance, dans une petite ville américaine. Un aspect écolo apparaît donc pour le film mais le réalisateur ne veut pas que ce thème prenne le pas sur ce qui l'intéresse vraiment, à savoir les effets spéciaux, même s'il doit pas mal édulcorer le roman qui comporte des scènes de sexe et de morts impossibles à montrer à l'écran, comme celle d'une fillette de deux ans et demi contaminée par le mucus d'une limace ou celle, bien trash, d'une limace s'introduisant dans le vagin d'une adolescente pour le dévorer ! Les scénaristes décident de développer l'intrigue, de donner un peu plus de consistance aux personnages également. Le casting est composé soit d'inconnus, soit d'acteurs et d'actrices à faible potentiel, l'absence totale de stars étant certainement imposée par le faible budget accordé au film. Coup de bol, le tournage se déroule à Lyons, petite ville de l'état de New York et la municipalité ainsi que les habitants sont tellement enthousiastes vis à vis du tournage que tout le monde souhaite y participer, sans que le production aligne des billets verts. Juan Piquer Simon se retrouve donc avec des pompiers et leur camion, des ambulances, des voitures de police, la possibilité de tourner dans le lycée de la ville ou dans les égouts. Des conditions inespérées pour le réalisateur, qui voit son film se bonifier comme par magie. Et ça se ressent à l'écran. Concernant les limaces, ce sont des limaces noires qui sont choisies pour leur taille et le réalisateur en fait importer des centaines, tout en demandant à ce qu'il y en est des milliers de fausses pour y mêler les vraies et donner de l'ampleur à cette mort rampante et visqueuse. Mais tourner avec des limaces n'est pas chose aisée. Elles avancent lentement, dorment la plupart du temps et elles n’obéissent à aucun ordre. D'où l'idée d’accélérer un peu le défilement de l'image pour dynamiser leur avancée. En l'état, Slugs s'avère une chouette petite série B, qui aurait pu être réalisée par Larry Cohen, tant on retrouve, du moins je trouve, le style des films de ce réalisateur américain dans cette oeuvre de Piquer Simon, qui livre ici un travail assez qualitatif et justement, très américain. La scène introductive est plutôt amusante, nous renvoyant à des films comme le Piranhas de Joe Dante, avec ce jeune homme qui se fait attirer dans l'eau par quelque chose qu'on ne verra pas et qui viendra rougir cette dernière, sous les yeux d'une jolie blonde en maillot de bain. Je ne savais pas que les limaces pouvaient vivre sous l'eau mais passons. La suite sera plus académique, avec cette histoire d'agent des services sanitaires qui va tenter de trouver les responsables de nombreuses morts violentes qui s'abattent sur la petite ville d'Ashton. C'est Michael Garfield Levine qui l'interprète, un acteur très peu prolifique mais dont le fait d'arme est d'avoir joué Rogue dans le culte Les Guerriers de la Nuit en 1979. A ses côtés, on trouve sa femme Kim Brady, jouée par l'actrice Kim Terry, un employé des services sanitaires qui a la tâche ingrate d'aller dans les égouts et qui est interprété par Philip Machale ainsi qu'un scientifique qui va les aider à identifier le problème, joué quant à lui par Santiago Álvarez. Tout ce petit monde va, comme dans bon nombre de films d'attaques animales, se voir rembarré par le maire de la ville, qui ne croit pas à ces histoires ubuesques de limaces radioactives tueuses, un classique ! Pourtant, nous spectateurs, on est bien obligé d'y croire à cette histoire farfelue puisqu'on les voit en action nos gastéropodes sans coquille. Et c'est là ou Slugs marque pas mal de point ! Les équipes de maquillages et d'effets spéciaux s'en sont données à cœur joie dans la représentation bien gorasse des morts violentes : visage rongé, hamster attaqué par une limace, fille qui tombe sur un amas de limaces et se fait dévorer, oeil qui sort de l'orbite, saignement de nez puis visage qui se fend en deux avec des tas de vers grouillants, vision d'un cadavre, vision de limaces grouillantes sur un ventre explosé et j'en passe, c'est ultra généreux et même si le sang ressemble à de la peinture rouge, ça fait clairement le job ! On aura même une limace en animatronique pourvue de petites dents qui s'attaque à un doigt, trop drôle ! Généreux, avec un rythme plutôt dynamique, et assez bien emballé, Slugs est  typiquement le genre de films qu'on louait dans un vidéoclub le samedi soir pour passer une soirée sympa et festive. Malheureusement, à l'époque, sa sortie en salle aux Etats-Unis fut extrêmement réduite, avec sept salles seulement au lieu des 150 prévues. Il disparaîtra rapidement des écrans, dès le premier week-end mais trouvera son public dans les vidéoclubs justement. Un échec qui a entériné la mise en chantier de Slugs 2. Dommage ?

* Disponible en combo DVD+BR chez RIMINI EDITIONS
VF + VOSTF
Bonus :
- L'attaque des limaces tueuses (16'41)
- J.P. Simon, orfèvre du bis ibérique (26'20)
- Interview audio de Shaun Huston (8'40)
- Livret 24 pages de Marc Toullec



 

THE STUFF

 

THE STUFF
(The Stuff)

Réalisateur : Larry Cohen
Année : 1985
Scénariste : Larry Cohen
Pays : USA
Genre : Science-fiction
Interdiction : /
Avec : Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Scott Bloom, Paul Sorvino...


L'HISTOIRE : Tout le pays ne parle que de ça : une nouvelle substance au goût irrésistible, baptisée le Stuff, est devenu le dessert à la mode. Agacée, la concurrence charge David Rutherford, un ex-agent du FBI aux méthodes douteuses, de découvrir le secret de ce produit miracle. Au même moment, Jason, un jeune garçon, constate avec horreur que l'étrange substance est vivante. Chacun de leur côté, ils sont les seuls à comprendre que le Stuff s'empare des corps et des esprits de ceux qui y goûtent...

MON AVIS : Réalisateur exigeant, qui endosse de nombreuses casquettes, telles celles de producteur et scénariste la plupart du temps, Larry Cohen, malgré de faibles budgets, est souvent parvenu à transcender ses sujets et ses films, de par ses choix au niveau du casting, ses méthodes de tournage rigoureuses et sa vision très satirique du monde qui l'entoure. On lui doit quelques classiques de la séries B, à l'image de Black Caesar le parrain de Harlem en 1973, Le Monstre est vivant en 1974, L'excellent Meurtres sous Contrôle en 1976, Les Monstres sont toujours Vivants en 1978, Épouvante sur New York en 1982, La Vengeance des Monstres en 1987 ou L'Ambulance en 1990 entre autres. En 1985, il a l'idée de faire une satire sur le consumérisme et les entreprises qui vendent de la malbouffe sans s'inquiéter de leurs effets néfastes sur la population. L'addiction du public à ces produits nocifs est aussi l'un des thèmes du film. L'idée intéresse la firme de Roger Corman, la New World Pictures, qui décide de financer le projet. Niveau casting, Larry Cohen refait appel à Michael Moriarty, avec qui il a déjà travaillé. L'entente entre les deux hommes est très complice et Moriarty donne entière satisfaction au réalisateur, ayant le même état d'esprit que lui. On lui rajoute des dialogues improvisés au dernier moment, voire carrément durant une scène ? Pas de souci, le professionnalisme et la concentration de l'acteur font que tout passe comme une lettre à la poste. Dans The Stuff, il joue donc David Rutherford, surnommé Moe car, comme il aime à le rappeler, il adore l'argent (Mo-ney en anglais). C'est une sorte d'espion industriel, engagé par de grandes sociétés pour semer le chaos chez les concurrents ou dérober les secrets de fabrication des produits phares d'une marque. Un personnage excentrique, survolté, qui n'a pas la langue dans sa poche et apporte beaucoup d'humour au film. Pour le seconder, on lui adjoint l'actrice Andrea Marcovicci, qui joue Nicole, la directrice d'une agence publicitaire. C'est elle qui a trouvé le nom de Stuff et qui s'occupe des publicités télévisuelles qui ont amené ce curieux produit à devenir la star incontournable des desserts ! En découvrant que le Stuff n'est pas aussi inoffensif qu'il le paraît, elle est prise de remords et va donc aider Rutherford a mener son enquête. Ce dernier fera également connaissance avec Chocolate Charlie, un entrepreneur noir qui s'est vu déposséder de son entreprise par la firme commercialisant le Stuff et qui est interprété par Garrett Morris. Ce trio va occuper une partie de l'histoire de The Stuff. Mais le scénario va s'attarder également sur Jason, un jeune garçon qui a découvert le secret du Stuff et qui va tenter d'alerter sa famille, sans succès. La présence de ce personnage campé par Scott Bloom fait du film de Larry Cohen un spectacle quasi familial, une bonne porte d'entrée pour les enfants plus âgés souhaitant s'initier en douceur au charme du cinéma fantastique. Les connaisseurs du genre ne pourront s'empêcher de penser à deux films de science-fiction lors des séquences mettant en vedette Jason et sa famille : L'invasion vient de Mars et L'invasion des profanateurs de sépultures. En effet, le jeune garçon ne va provoquer qu'incompréhension chez les siens, se retrouvant seul à vouloir établir la vérité et à les mettre en garde. Des membres de famille qui développent un curieux comportement à force d'ingurgiter du Stuff et qui ne semblent plus maître d'eux-mêmes, comme contrôlés par quelque chose d'invisible. Qui plus est, un certain malaise gagne Jason puisque ses parents et son frère veulent absolument qu'il consomme du Stuff, comme pour le rallier à leur nouveau mode de consommation. Bien sûr, ces deux parties du scénario finiront par se télescoper et Jason rejoindra l'équipe de Rutherford pour tenter de faire la lumière sur le Stuff. Mais qu'en est-il de ce produit d'ailleurs ? C'est une sorte de yaourt / crème glacée dont la provenance "extraterrestre" n'est jamais explicitée dans le film. On le découvre lors de la scène introductive se déroulant sous la neige (des conditions météos non prévues par la production mais qui n'a pas empêché Larry Cohen de tourner cette séquence, qui s'en trouve magnifiée par la chute des flocons) et dans laquelle un ouvrier aperçoit cette substance clapoter dans un amas de neige. Il y goûte, trouve ça délicieux et on découvre que cette matière inconnue a inondé les marchés de grandes consommations, devenant le produit le plus acheté et consommé par la population. Comme chez Stephen King, Larry Cohen, qui est scénariste du film, introduit l'élément fantastique par petite touche : un chien, dont le propriétaire explique à Rutherford qu'il est nourri lui aussi avec du Stuff, se met à attaquer son maître sans raison et éjecte du stuff de sa gueule, comme s'il en était rempli de l'intérieur. Par la suite, Rutherford et Chocolate Charlie découvre le propriétaire d'un magasin mort la bouche ouverte de façon disproportionnée, cette dernière ayant laissé s'échapper une grande quantité de Stuff, qui a donc la faculté de se mouvoir, de se déplacer. Bien sûr, les connaisseurs, encore eux, auront une nouvelle référence qui viendra frapper à la porte de leur esprit : celle du fameux Blob, héros gélatineux de trois films de science-fiction. Le Stuff ne grossit pas par contre, il se contente de contaminer de l'intérieur les personnes qui le consomme et de pervertir leur faculté mentale, les rendant totalement dépendant à son ingestion quotidienne. Plus insidieux que le Blob, le Stuff est tout aussi dangereux puisqu'une fois extrait de son hôte, il ne reste qu'une carcasse vide de ce dernier, qui se brise sous les coups, comme en seront témoins Rutherford et ses compagnons. Niveau effets spéciaux, on retrouve le spécialiste de la stop-motion Dave Allen mais aussi Ed French, Jim Danforth ou Steve Neill qui viennent s'activer pour rendre le tout crédible. Et franchement, si on passe rapidement sur certaines têtes mécaniques assez visibles, l'effet fluide du Stuff est particulièrement réussi, notamment lors de l'excellente séquence de l'agresseur projeté sur un mur et au plafond par la substance blanchâtre, selon le même procédé que la mort de Tina ou celle de Glen dans Les Griffes de la Nuit, à savoir un décor de chambre monté sur un plateau pivotant. Concernant le Stuff lui-même, en fonction des scènes, on avait de la crème glacée Häagen-Dazs, de la crème fouettée, de la mousse à raser, de la neige carbonique provenant d'extincteur ou un mélange à base d'arêtes de poissons broyés à l'odeur pestilentielle. Reste que le film est très avare en violence et encore plus en effet gore, ce qui n'empêche pas certains effets spéciaux d'être très réussis. Comme dit plus haut, on est avant tout en présence d'une satire féroce, qui ne cherche pas à jouer dans la cour du cinéma d'horreur. Cet retenue et cet aspect grand public a certainement joué en défaveur de The Stuff lors de sa sortie, le film étant vendu par New World comme un film d'horreur, ce qu'il n'est donc absolument pas. D'une durée de  118 minutes au départ, la firme trouve The Stuff bien trop long et pas assez énergique et décide de tailler dans le gras pour le ramener à une durée de 86 minutes. Des coupes qui se ressentent parfois, avec une impression de montage exécuté à la hachette. Considéré comme perdu, le montage original a été retrouvé et se fait appelé The Stuff : pre-release cut. Il comprend donc 30 minutes supplémentaires, principalement des plans plus longs, des scènes retirées qui accroissent la relation entre Rutherford et Nicole entre autres, une scène où Jason est en centre de détention pour mineurs suite à ses actes dans un supermarché, un montage moins chaotique de la séquence d'attaque avec les militaires lors du final. Cette version dispose également d'une musique de Dwight Dixon, remplacée par Anthony Gueffen sur la version classique. Je n'ai pas vu ce pre-release cut, il n'est malheureusement pas inclut dans l'édition Rimini Editions, il faut se tourner vers l'édition Arrow pour le découvrir et ceux qui l'ont vu parlent d'un montage plus fluide, moins haché mais qui ne change en rien le film en lui-même. Alors oui, The Stuff, par son aspect familial et ses thématiques, pourra décontenancer le spectateur venu profiter d'un spectacle purement horrifique à base de yaourt tueur. Même si ce n'est pas mon Larry Cohen préféré, j'ai vraiment retrouvé l'ambiance 80's lors de cette nouvelle vision en Blu-ray, et le film, sans être transcendant, est tout de même fort sympathique même si un peu mou du genou dans l'ensemble. Les scènes finales avec Paul Sorvino en dirigeant d'une milice militaires d'extrême droite peuvent surprendre tant elles versent dans une ambiance débridée et totalement farfelue. A noter la présence de quelques stars lors des différentes publicités vantant le Stuff, à l'image de Brooke Adams, Laurene Landon, Tammy Grimes, Clara Peller,  ainsi que la présence de deux débutants devenus célèbres, Patrick Dempsey et Mira Sorvino, dans des rôles insignifiants et non crédités !  

* Disponible en combo DVD + BR chez RIMINI EDITIONS        
Une belle édition, avec boitier trois volets sous fourreau, image de grande qualité, VF et VOSTF.
Niveau bonus, on trouve un bonus canapé (présentation du film par Mylène Da Silva) mais surtout un bonus de 52 minutes qui est très intéressant, puisqu'il fait intervenir Larry Cohen, le producteur Paul Kurta, le critique Kim Newman, l'actrice Andrea Marcovicci et le responsable des effets spéciaux Steve Neill. Et bien sûr, on a le livret 24 pages de Marc Toullec.  


    

976-EVIL : LA LIGNE DU DIABLE

 

LA LIGNE DU DIABLE
(976-EVIL)

Réalisateur : Robert Englund
Année : 1988
Scénariste : Rhet Topham, Brian Helgeland
Pays : USA
Genre : Fantastique, Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Stephen Geoffreys, Patrick O'Bryan, Jim Metzler, Lezlie Deane, J.J. Cohen...


L'HISTOIRE : Hoax est un jeune garçon timide, souffre-douleur d'une bande de punks. Il est élevé par sa tante Lucy, une bigote fanatique, et voue une admiration sans borne à son cousin Spike. Ce dernier ne s'intéresse pas vraiment à Hoax, préférant roucouler avec sa petite amie Suzie ou jouer au poker et miser de l'argent. Quand Hoax découvre un curieux numéro de téléphone sur une carte, le 976-EVIL, il ne sait pas que sa vie va changer car cette ligne va le mettre en relation directe avec...le Diable !

MON AVIS : Robert Englund ! Monsieur Freddy Krueger lui-même est à la réalisation de ce 976-Evil ou La Ligne du Diable en français, petite série B de 1988 que je n'avais toujours pas vu ! C'est enfin chose faite en 2026 et... comment dire... bah ça pouvait encore attendre en fait. Ce n'est pas parce qu'on est un acteur culte du cinéma fantastique qu'on est forcément un bon réalisateur. Regardé Stephen King, auteur au succès planétaire qui joue avec l'effroi comme personne et qui nous livre un film pas déplaisant mais assez quelconque tout de même en 1986 avec Maximum Overdrive. Et bien là, c'est la même chose avec Robert Englund. Sa notoriété a mis la barre trop haute et notre attente s'en est trouvée décuplée, car on pensait tenir là une nouvelle référence en matière de film fantastique ou d'horreur. Raté sur toute la ligne. Pour le scénario, il engage Rhet Topham, qui a juste bossé sur Trick or Treat en 1986, ainsi que Brian Helgeland, qu'il connaît bien puisqu'il a été scénariste sur Le Cauchemar de Freddy, tourné la même année que 976-Evil. On lui devra aussi le scénario frappadingue du très fun Bienvenue en Enfer en 1991 puis de films célèbres tels L.A. Confidential, Complots, Postman, Mystic River, Man of Fire ou Green Zone entre autres. Il est également passé derrière la caméra et nous a offert Payback en 1999, Chevalier en 2001 ou Le Purificateur en 2003 par exemple. Bon, reste qu'en 1988, l'histoire concoctée par les deux scénaristes pour le film de Robert Englund n'est pas bien folichonne et ne risque pas de faire du film un classique du genre. On en est même très loin. Osons le dire, La Ligne du Diable est un navet à peine sauvé par son final et ses maquillages conçus par Kevin Yagher et son équipe. Niveau casting, notre héros est interprété par Stephen Geoffreys, un acteur qu'on reconnaîtra aisément puisqu'il était le fameux Evil Ed de Vampire, vous avez dit Vampire ? de Tom Holland. Il a enchaîné quelques séries B fantastiques par la suite avant de devenir acteur de porno gay dès l'année 1993 sous le pseudo de Sam Ritter. Son personnage est ici une sorte d'ado introverti, qui enchaîne les gaffes et n'a pas grand chose pour lui. Sans ami, encore moins de petite amie, il subit le harcèlement d'une bande d'ados au look punk dans son lycée, et cherche l'amitié de son cousin Spike, un dur à cuire joué par Patrick O'Bryan, un acteur de seconde zone qui n'a pas fait une grande carrière non plus. L'élément le plus intéressant de La Ligne du Diable est la présence de la ravissante Lezlie Deane, une ancienne pom-pom girl et chanteuse dans divers groupe de rock (Scary Cherry and the Bang Bangs ou Fem 2 Fem), qu'on reverra dans La Fin de Freddy en 1991. Elle joue la petite amie de Spike et nous offrira la seule petite touche d'érotisme du film en nous dévoilant sa poitrine dénudée. Dommage qu'elle fasse partie des premières victimes d'Hoax après que celui-ci ai composé le fameux numéro de téléphone diabolique. Un numéro qui sert simplement à la base d’horoscope horrifique, un simple gadget en fin de compte mais qui s'est vu investir par le Diable lui-même. Les prédictions ou conseils énoncés par la ligne téléphonique se réalisent peu après, octroyant à ceux qui composent le numéro des pouvoirs maléfiques. Un concept pas super bien exploité dans le film, puisque Spike par exemple y a recours et qu'il ne lui arrive rien de fâcheux, à contrario d'Hoax qui semble être possédé par une âme diabolique, se transformant petit à petit en affreux démon. Allez comprendre. Niveau scènes horrifiques, on n'en aura pas non plus pour notre argent, le film étant très avare également à ce niveau. Et dire qu'on s'ennuie ferme est un euphémisme. Le film est somniférique au possible, on comble avec un détective et une inspectrice qui mènent une enquête sur les meurtres mais on s'en fout royalement. On a aussi un peu d'humour potache, comme la scène de la petite culotte par exemple, qui ne fera guère sourire. Franchement, c'est très laborieux et même l'aspect 80's ne viendra pas sauver La Ligne du Diable du naufrage. Et pourtant, je suis très bon public, vous le savez. Mais là, c'est bel et bien une grosse déception. Le final nous présente donc Stephen Geoffreys affublé d'un maquillage de démon, avec doigts griffus et vannes à deux balles en prime. Vous l'avez compris, on a affaire à un Freddy-like au niveau du personnage, le charisme en moins. Il va se venger de ceux qui l'ont embêté bien sûr, prenant enfin le dessus via sa force diabolique. Dommage, la plupart des morts sont en hors champ ou sont très peu sanglantes. C'est légèrement plus dynamique que tout ce qui a précédé mais pas de quoi se relever la nuit non plus. 38 ans d'attente pour au final trouver ça désolant. Mince alors...  

INTRUDER

 

INTRUDER
(Intruder)

Réalisateur : Scott Spiegel
Année : 1989
Scénariste : Scott Spiegel, Lawrence Bender
Pays : USA
Genre : Horreur, slasher
Interdiction : -16 ans
Avec : Sam Raimi, Elizabeth Cox, Renée Estevez, Dan Hicks, Ted Raimi...


L'HISTOIRE : Les employés d'un supermarché apprennent qu'ils vont bientôt perdre leur travail suite à la vente du magasin. A la nuit tombée, Jennifer, la caissière, se fait agresser par son ex-petit ami, Craig, qui vient de sortir de prison. Il parvient à se dissimuler dans le magasin et c'est avec peine que l'équipe réussie à le mettre dehors, provoquant sa colère. Plus tard dans la nuit, les employés se font assassiner un à un...

MON AVIS : En 1989, le slasher movie n'est plus qu'un genre balbutiant, en fin de vie, qui a épuisé tous les filons, toutes les histoires depuis 1980 et la succès de Vendredi 13. Certains réalisateurs continuent d'y croire mais le public s'est lassé et le genre ne fait plus recette et ne parvient plus à se renouveler. Parmi les derniers résistants, on trouve Intruder, réalisé par Scott Spiegel. Un nom qui ne devrait pas vous être inconnu si vous êtes fans de cinéma de genre, puisqu'il fait partie de la team Sam Raimi, étant l'ami de ce dernier depuis les années 70, où il faisait l'acteur dans tous ses courts-métrages. Il a même interprété Scott dans Within the Woods, court-métrage à la base d'Evil Dead. Scott Spiegel fut aussi scénariste, on lui doit dans ce domaine les histoires d'Evil Dead 2, du polar Hit List, de La Relève avec Clint Eastwood et Charlie Sheen, de The Nutt House, comédie avec Traci Lords ou de Une Nuit en Enfer 2 entre autres. Il a également réalisé lui-même des tas de courts-métrages et six longs-métrages, dont Une Nuit en Enfer 2 ou Hostel 3. Son premier long-métrage derrière la caméra est donc ce Intruder, dont il co-signe également le scénario avec Lawrence Bender. Il va bénéficier sur ce premier film de la présence de Sam Raimi, qui fera acteur et qui lui a certainement promulgué de bons conseils niveau mise en scène, mais aussi de Robert Kurtzman, de Greg Nicotero et de Howard Berger, un trio spécialisé dans les effets de maquillages plus connu sous le nom de KNB et qui avait déjà travaillé avec Spiegel sur Evil Dead 2 en 1987. Du beau monde donc, auquel on rajoutera l'actrice Elizabeth Cox, qui interprète la final girl Jennifer, Renée Estevez, sœur d'Emilio Estevez, Ramon Estevez et Charlie Sheen et qui joue l'autre caissière du magasin, le célèbre Ted Raimi, frère de qui vous savez, Dan Hicks, autre membre de la team Raimi, vu dans Evil Dead 2, Darkman ou Mon nom est Bruce entre autres et on aura évidemment un tout petit caméo de Bruce Campbell à la fin du film. Sur le papier, les conditions semblent donc être réunies pour obtenir un bon slasher. Qu'en est-il au final ? Niveau mise en scène, on ressent clairement l'influence de Sam Raimi, avec des plans travaillés qui nous rappellent ceux d'Evil Dead, à l'image de la caméra posée dans un caddie et qui filme l'avancée de ce dernier en vue subjective ou de ce plan où l'on voit un personnage utiliser un téléphone, filmé de l'intérieur dudit téléphone, l'actrice étant donc vue en contre-plongée via le cadran téléphonique. On citera également cette séquence ou un acteur surveille une poignée de porte et quand celle-ci se met à tourner, le plan de l'acteur tourne de la même manière que la poignée de porte ou cette vision du visage du tueur, déformé par un bocal en verre. Des influences visuelles qui procurent donc  une certaine originalité à Intruder, bien moins plan-plan que la majorité des slashers en termes de réalisation. Dommage que le film mette un peu de temps à réellement démarrer puisqu'il faut attendre plus de 30 minutes avant d'avoir un premier meurtre, et encore, il est juste suggéré à l'écran. Auparavant, on fera connaissance avec les divers employés du magasin, on comprendra rapidement que la caissière Jennifer, jouée par Elizabeth Cox donc, sera l'héroïne du film, et on passera pas mal de temps avec eux, devant régler un souci puisque l'ex-copain de Jennifer se cache dans le magasin suite à une altercation. Un semblant de suspense se met en place avec la recherche du méchant bad boy dans les rayonnages. On note quand même que Scott Spiegel, qui a travaillé dans un supermarché durant sa jeunesse, s'attarde sur l'aspect relationnel, sur la notion de camaraderie qui transpire entre les employés, qui tentent tous de s'encourager après avoir appris la vente de la boutique et sa fermeture dans un mois. Je n'irai pas jusqu'à dire que ça les rend plus intéressants, n'exagérons pas, ils restent dans la bonne moyenne des personnages d'un slasher et la plupart ne serviront qu'à devenir des victimes au tueur du film. Un tueur qui va commencer à s'activer un peu plus à partir de 40 minutes, dynamisant par la même occasion le rythme un peu mollasson du film. Notre maniaque va devenir le principal intérêt d'Intruder, car il va se servir de divers outils et instruments disponibles dans le magasin pour commettre ses meurtres. Et à ce niveau, on ne sera pas déçu car l'équipe de KNB et l'équipe des effets-spéciaux vont se faire plaisir, et nous faire plaisir, en concoctant des scènes brutales et surtout bien gore. C'est clairement là où Intruder marque des points : œil embroché sur une pointe, visage écrasé par une presse, Sam Raimi empalé par le visage sur un croc à viande (une idée de son frère Ted, on est imaginatif dans la famille), tête coupée portée par le maniaque, coups portés à l'aide d'un couteau ou d'un hachoir et surtout, la fameuse séquence du visage tranché en deux par un fil à ruban servant à découper les carcasses de viande seront de la fête. De la violence qui a posé problème au comité de censure, qui a taillé dans le vif à l'époque, et il a fallu attendre les années 2000 pour que le film soit enfin proposé en version intégrale. On a tout de même un petit souci, qui n'est pas du fait du réalisateur, c'est que l'identité du meurtrier a été éventé directement sur la jaquette VHS lors de sa sortie, le film étant inédit en salles, de même que dans la bande annonce. Même si cela ne gâche que moyennement le spectacle, on pourra trouver ce procédé un peu chelou tout de même mais bon. Si Intruder ne joue que rarement avec le suspense, se prive de toute nudité, on en retient tout de même ses qualités et son aspect radical au niveau de ses meurtres. On ne pourra s'empêcher de sourire lors de la scène de traque dans une chambre froide, l'héroïne se planquant derrière les carcasses de viande, scène qui nous rappellera la séquence fort ressemblante du remake de Massacre à la Tronçonneuse, ou celle où l'héroïne se cache dans une sorte de cagibi, qui m'a fait penser à la scène d'Halloween dans laquelle Jamie Lee Curtis se planque dans un placard. Deux scènes qui correspondent bien à ce qu'est Intruder en fait : un film charnière, qui recycle les films du passé et prépare le terrain aux futurs œuvres du genre, qui seront plus violentes, plus brutales. Intruder, un rétro-slasher ouvrant la voie au néo-slasher ?

* Dispo en combo DVD+BR chez ESC DISTRIBUTUON