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THE STUFF

 

THE STUFF
(The Stuff)

Réalisateur : Larry Cohen
Année : 1985
Scénariste Larry Cohen
Pays : USA
Genre : Science-fiction
Interdiction : /
Avec : Michael Moriarty, Andrea Marcovicci, Garrett Morris, Scott Bloom, Paul Sorvino...


L'HISTOIRE : Tout le pays ne parle que de ça : une nouvelle substance au goût irrésistible, baptisée le Stuff, est devenu le dessert à la mode. Agacée, la concurrence charge David Rutherford, un ex-agent du FBI aux méthodes douteuses, de découvrir le secret de ce produit miracle. Au même moment, Jason, un jeune garçon, constate avec horreur que l'étrange substance est vivante. Chacun de leur côté, ils sont les seuls à comprendre que le Stuff s'empare des corps et des esprits de ceux qui y goûtent...

MON AVIS : Réalisateur exigeant, qui endosse de nombreuses casquettes, telles celles de producteur et scénariste la plupart du temps, Larry Cohen, malgré de faibles budgets, est souvent parvenu à transcender ses sujets et ses films, de par ses choix au niveau du casting, ses méthodes de tournage rigoureuses et sa vision très satirique du monde qui l'entoure. On lui doit quelques classiques de la séries B, à l'image de Black Caesar le parrain de Harlem en 1973, Le Monstre est vivant en 1974, L'excellent Meurtres sous Contrôle en 1976, Les Monstres sont toujours Vivants en 1978, Épouvante sur New York en 1982, La Vengeance des Monstres en 1987 ou L'Ambulance en 1990 entre autres. En 1985, il a l'idée de faire une satire sur le consumérisme et les entreprises qui vendent de la malbouffe sans s'inquiéter de leurs effets néfastes sur la population. L'addiction du public à ces produits nocifs est aussi l'un des thèmes du film. L'idée intéresse la firme de Roger Corman, la New World Pictures, qui décide de financer le projet. Niveau casting, Larry Cohen refait appel à Michael Moriarty, avec qui il a déjà travaillé. L'entente entre les deux hommes est très complice et Moriarty donne entière satisfaction au réalisateur, ayant le même état d'esprit que lui. On lui rajoute des dialogues improvisés au dernier moment, voire carrément durant une scène ? Pas de souci, le professionnalisme et la concentration de l'acteur font que tout passe comme une lettre à la poste. Dans The Stuff, il joue donc David Rutherford, surnommé Moe car, comme il aime à le rappeler, il adore l'argent (Mo-ney en anglais). C'est une sorte d'espion industriel, engagé par de grandes sociétés pour semer le chaos chez les concurrents ou dérober les secrets de fabrication des produits phares d'une marque. Un personnage excentrique, survolté, qui n'a pas la langue dans sa poche et apporte beaucoup d'humour au film. Pour le seconder, on lui adjoint l'actrice Andrea Marcovicci, qui joue Nicole, la directrice d'une agence publicitaire. C'est elle qui a trouvé le nom de Stuff et qui s'occupe des publicités télévisuelles qui ont amené ce curieux produit à devenir la star incontournable des desserts ! En découvrant que le Stuff n'est pas aussi inoffensif qu'il le paraît, elle est prise de remords et va donc aider Rutherford a mener son enquête. Ce dernier fera également connaissance avec Chocolate Charlie, un entrepreneur noir qui s'est vu déposséder de son entreprise par la firme commercialisant le Stuff et qui est interprété par Garrett Morris. Ce trio va occuper une partie de l'histoire de The Stuff. Mais le scénario va s'attarder également sur Jason, un jeune garçon qui a découvert le secret du Stuff et qui va tenter d'alerter sa famille, sans succès. La présence de ce personnage campé par Scott Bloom fait du film de Larry Cohen un spectacle quasi familial, une bonne porte d'entrée pour les enfants plus âgés souhaitant s'initier en douceur au charme du cinéma fantastique. Les connaisseurs du genre ne pourront s'empêcher de penser à deux films de science-fiction lors des séquences mettant en vedette Jason et sa famille : L'invasion vient de Mars et L'invasion des profanateurs de sépultures. En effet, le jeune garçon ne va provoquer qu'incompréhension chez les siens, se retrouvant seul à vouloir établir la vérité et à les mettre en garde. Des membres de famille qui développent un curieux comportement à force d'ingurgiter du Stuff et qui ne semblent plus maître d'eux-mêmes, comme contrôlés par quelque chose d'invisible. Qui plus est, un certain malaise gagne Jason puisque ses parents et son frère veulent absolument qu'il consomme du Stuff, comme pour le rallier à leur nouveau mode de consommation. Bien sûr, ces deux parties du scénario finiront par se télescoper et Jason rejoindra l'équipe de Rutherford pour tenter de faire la lumière sur le Stuff. Mais qu'en est-il de ce produit d'ailleurs ? C'est une sorte de yaourt / crème glacée dont la provenance "extraterrestre" n'est jamais explicitée dans le film. On le découvre lors de la scène introductive se déroulant sous la neige (des conditions météos non prévues par la production mais qui n'a pas empêché Larry Cohen de tourner cette séquence, qui s'en trouve magnifiée par la chute des flocons) et dans laquelle un ouvrier aperçoit cette substance clapoter dans un amas de neige. Il y goûte, trouve ça délicieux et on découvre que cette matière inconnue a inondé les marchés de grandes consommations, devenant le produit le plus acheté et consommé par la population. Comme chez Stephen King, Larry Cohen, qui est scénariste du film, introduit l'élément fantastique par petite touche : un chien, dont le propriétaire explique à Rutherford qu'il est nourri lui aussi avec du Stuff, se met à attaquer son maître sans raison et éjecte du stuff de sa gueule, comme s'il en était rempli de l'intérieur. Par la suite, Rutherford et Chocolate Charlie découvre le propriétaire d'un magasin mort la bouche ouverte de façon disproportionnée, cette dernière ayant laissé s'échapper une grande quantité de Stuff, qui a donc la faculté de se mouvoir, de se déplacer. Bien sûr, les connaisseurs, encore eux, auront une nouvelle référence qui viendra frapper à la porte de leur esprit : celle du fameux Blob, héros gélatineux de trois films de science-fiction. Le Stuff ne grossit pas par contre, il se contente de contaminer de l'intérieur les personnes qui le consomme et de pervertir leur faculté mentale, les rendant totalement dépendant à son ingestion quotidienne. Plus insidieux que le Blob, le Stuff est tout aussi dangereux puisqu'une fois extrait de son hôte, il ne reste qu'une carcasse vide de ce dernier, qui se brise sous les coups, comme en seront témoins Rutherford et ses compagnons. Niveau effets spéciaux, on retrouve le spécialiste de la stop-motion Dave Allen mais aussi Ed French, Jim Danforth ou Steve Neill qui viennent s'activer pour rendre le tout crédible. Et franchement, si on passe rapidement sur certaines têtes mécaniques assez visibles, l'effet fluide du Stuff est particulièrement réussi, notamment lors de l'excellente séquence de l'agresseur projeté sur un mur et au plafond par la substance blanchâtre, selon le même procédé que la mort de Tina ou celle de Glen dans Les Griffes de la Nuit, à savoir un décor de chambre monté sur un plateau pivotant. Concernant le Stuff lui-même, en fonction des scènes, on avait de la crème glacée Häagen-Dazs, de la crème fouettée, de la mousse à raser, de la neige carbonique provenant d'extincteur ou un mélange à base d'arêtes de poissons broyés à l'odeur pestilentielle. Reste que le film est très avare en violence et encore plus en effet gore, ce qui n'empêche pas certains effets spéciaux d'être très réussis. Comme dit plus haut, on est avant tout en présence d'une satire féroce, qui ne cherche pas à jouer dans la cour du cinéma d'horreur. Cet retenue et cet aspect grand public a certainement joué en défaveur de The Stuff lors de sa sortie, le film étant vendu par New World comme un film d'horreur, ce qu'il n'est donc absolument pas. D'une durée de  118 minutes au départ, la firme trouve The Stuff bien trop long et pas assez énergique et décide de tailler dans le gras pour le ramener à une durée de 86 minutes. Des coupes qui se ressentent parfois, avec une impression de montage exécuté à la hachette. Considéré comme perdu, le montage original a été retrouvé et se fait appelé The Stuff : pre-release cut. Il comprend donc 30 minutes supplémentaires, principalement des plans plus longs, des scènes retirées qui accroissent la relation entre Rutherford et Nicole entre autres, une scène où Jason est en centre de détention pour mineurs suite à ses actes dans un supermarché, un montage moins chaotique de la séquence d'attaque avec les militaires lors du final. Cette version dispose également d'une musique de Dwight Dixon, remplacée par Anthony Gueffen sur la version classique. Je n'ai pas vu ce pre-release cut, il n'est malheureusement pas inclut dans l'édition Rimini Editions, il faut se tourner vers l'édition Arrow pour le découvrir et ceux qui l'ont vu parlent d'un montage plus fluide, moins haché mais qui ne change en rien le film en lui-même. Alors oui, The Stuff, par son aspect familial et ses thématiques, pourra décontenancer le spectateur venu profiter d'un spectacle purement horrifique à base de yaourt tueur. Même si ce n'est pas mon Larry Cohen préféré, j'ai vraiment retrouvé l'ambiance 80's lors de cette nouvelle vision en Blu-ray, et le film, sans être transcendant, est tout de même fort sympathique même si un peu mou du genou dans l'ensemble. Les scènes finales avec Paul Sorvino en dirigeant d'une milice militaires d'extrême droite peuvent surprendre tant elles versent dans une ambiance débridée et totalement farfelue. A noter la présence de quelques stars lors des différentes publicités vantant le Stuff, à l'image de Brooke Adams, Laurene Landon, Tammy Grimes, Clara Peller,  ainsi que la présence de deux débutants devenus célèbres, Patrick Dempsey et Mira Sorvino, dans des rôles insignifiants et non crédités !  

* Disponible en combo DVD + BR chez RIMINI EDITIONS        
Une belle édition, avec boitier trois volets sous fourreau, image de grande qualité, VF et VOSTF.
Niveau bonus, on trouve un bonus canapé (présentation du film par Mylène Da Silva) mais surtout un bonus de 52 minutes qui est très intéressant, puisqu'il fait intervenir Larry Cohen, le producteur Paul Kurta, le critique Kim Newman, l'actrice Andrea Marcovicci et le responsable des effets spéciaux Steve Neill. Et bien sûr, on a le livret 24 pages de Marc Toullec.  


    

976-EVIL : LA LIGNE DU DIABLE

 

LA LIGNE DU DIABLE
(976-EVIL)

Réalisateur Robert Englund
Année : 1988
Scénariste Rhet Topham, Brian Helgeland
Pays : USA
Genre : Fantastique, Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec Stephen Geoffreys, Patrick O'Bryan, Jim Metzler, Lezlie Deane, J.J. Cohen...


L'HISTOIRE : Hoax est un jeune garçon timide, souffre-douleur d'une bande de punks. Il est élevé par sa tante Lucy, une bigote fanatique, et voue une admiration sans borne à son cousin Spike. Ce dernier ne s'intéresse pas vraiment à Hoax, préférant roucouler avec sa petite amie Suzie ou jouer au poker et miser de l'argent. Quand Hoax découvre un curieux numéro de téléphone sur une carte, le 976-EVIL, il ne sait pas que sa vie va changer car cette ligne va le mettre en relation directe avec...le Diable !

MON AVIS : Robert Englund ! Monsieur Freddy Krueger lui-même est à la réalisation de ce 976-Evil ou La Ligne du Diable en français, petite série B de 1988 que je n'avais toujours pas vu ! C'est enfin chose faite en 2026 et... comment dire... bah ça pouvait encore attendre en fait. Ce n'est pas parce qu'on est un acteur culte du cinéma fantastique qu'on est forcément un bon réalisateur. Regardé Stephen King, auteur au succès planétaire qui joue avec l'effroi comme personne et qui nous livre un film pas déplaisant mais assez quelconque tout de même en 1986 avec Maximum Overdrive. Et bien là, c'est la même chose avec Robert Englund. Sa notoriété a mis la barre trop haute et notre attente s'en est trouvée décuplée, car on pensait tenir là une nouvelle référence en matière de film fantastique ou d'horreur. Raté sur toute la ligne. Pour le scénario, il engage Rhet Topham, qui a juste bossé sur Trick or Treat en 1986, ainsi que Brian Helgeland, qu'il connaît bien puisqu'il a été scénariste sur Le Cauchemar de Freddy, tourné la même année que 976-Evil. On lui devra aussi le scénario frappadingue du très fun Bienvenue en Enfer en 1991 puis de films célèbres tels L.A. Confidential, Complots, Postman, Mystic River, Man of Fire ou Green Zone entre autres. Il est également passé derrière la caméra et nous a offert Payback en 1999, Chevalier en 2001 ou Le Purificateur en 2003 par exemple. Bon, reste qu'en 1988, l'histoire concoctée par les deux scénaristes pour le film de Robert Englund n'est pas bien folichonne et ne risque pas de faire du film un classique du genre. On en est même très loin. Osons le dire, La Ligne du Diable est un navet à peine sauvé par son final et ses maquillages conçus par Kevin Yagher et son équipe. Niveau casting, notre héros est interprété par Stephen Geoffreys, un acteur qu'on reconnaîtra aisément puisqu'il était le fameux Evil Ed de Vampire, vous avez dit Vampire ? de Tom Holland. Il a enchaîné quelques séries B fantastiques par la suite avant de devenir acteur de porno gay dès l'année 1993 sous le pseudo de Sam Ritter. Son personnage est ici une sorte d'ado introverti, qui enchaîne les gaffes et n'a pas grand chose pour lui. Sans ami, encore moins de petite amie, il subit le harcèlement d'une bande d'ados au look punk dans son lycée, et cherche l'amitié de son cousin Spike, un dur à cuire joué par Patrick O'Bryan, un acteur de seconde zone qui n'a pas fait une grande carrière non plus. L'élément le plus intéressant de La Ligne du Diable est la présence de la ravissante Lezlie Deane, une ancienne pom-pom girl et chanteuse dans divers groupe de rock (Scary Cherry and the Bang Bangs ou Fem 2 Fem), qu'on reverra dans La Fin de Freddy en 1991. Elle joue la petite amie de Spike et nous offrira la seule petite touche d'érotisme du film en nous dévoilant sa poitrine dénudée. Dommage qu'elle fasse partie des premières victimes d'Hoax après que celui-ci ai composé le fameux numéro de téléphone diabolique. Un numéro qui sert simplement à la base d’horoscope horrifique, un simple gadget en fin de compte mais qui s'est vu investir par le Diable lui-même. Les prédictions ou conseils énoncés par la ligne téléphonique se réalisent peu après, octroyant à ceux qui composent le numéro des pouvoirs maléfiques. Un concept pas super bien exploité dans le film, puisque Spike par exemple y a recours et qu'il ne lui arrive rien de fâcheux, à contrario d'Hoax qui semble être possédé par une âme diabolique, se transformant petit à petit en affreux démon. Allez comprendre. Niveau scènes horrifiques, on n'en aura pas non plus pour notre argent, le film étant très avare également à ce niveau. Et dire qu'on s'ennuie ferme est un euphémisme. Le film est somniférique au possible, on comble avec un détective et une inspectrice qui mènent une enquête sur les meurtres mais on s'en fout royalement. On a aussi un peu d'humour potache, comme la scène de la petite culotte par exemple, qui ne fera guère sourire. Franchement, c'est très laborieux et même l'aspect 80's ne viendra pas sauver La Ligne du Diable du naufrage. Et pourtant, je suis très bon public, vous le savez. Mais là, c'est bel et bien une grosse déception. Le final nous présente donc Stephen Geoffreys affublé d'un maquillage de démon, avec doigts griffus et vannes à deux balles en prime. Vous l'avez compris, on a affaire à un Freddy-like au niveau du personnage, le charisme en moins. Il va se venger de ceux qui l'ont embêté bien sûr, prenant enfin le dessus via sa force diabolique. Dommage, la plupart des morts sont en hors champ ou sont très peu sanglantes. C'est légèrement plus dynamique que tout ce qui a précédé mais pas de quoi se relever la nuit non plus. 38 ans d'attente pour au final trouver ça désolant. Mince alors...  

INTRUDER

 

INTRUDER
(Intruder)

Réalisateur Scott Spiegel
Année : 1989
Scénariste Scott Spiegel, Lawrence Bender
Pays : USA
Genre : Horreur, slasher
Interdiction : -16 ans
Avec : Sam Raimi, Elizabeth Cox, Renée Estevez, Dan Hicks, Ted Raimi...


L'HISTOIRE : Les employés d'un supermarché apprennent qu'ils vont bientôt perdre leur travail suite à la vente du magasin. A la nuit tombée, Jennifer, la caissière, se fait agresser par son ex-petit ami, Craig, qui vient de sortir de prison. Il parvient à se dissimuler dans le magasin et c'est avec peine que l'équipe réussie à le mettre dehors, provoquant sa colère. Plus tard dans la nuit, les employés se font assassiner un à un...

MON AVIS : En 1989, le slasher movie n'est plus qu'un genre balbutiant, en fin de vie, qui a épuisé tous les filons, toutes les histoires depuis 1980 et la succès de Vendredi 13. Certains réalisateurs continuent d'y croire mais le public s'est lassé et le genre ne fait plus recette et ne parvient plus à se renouveler. Parmi les derniers résistants, on trouve Intruder, réalisé par Scott Spiegel. Un nom qui ne devrait pas vous être inconnu si vous êtes fans de cinéma de genre, puisqu'il fait partie de la team Sam Raimi, étant l'ami de ce dernier depuis les années 70, où il faisait l'acteur dans tous ses courts-métrages. Il a même interprété Scott dans Within the Woods, court-métrage à la base d'Evil Dead. Scott Spiegel fut aussi scénariste, on lui doit dans ce domaine les histoires d'Evil Dead 2, du polar Hit List, de La Relève avec Clint Eastwood et Charlie Sheen, de The Nutt House, comédie avec Traci Lords ou de Une Nuit en Enfer 2 entre autres. Il a également réalisé lui-même des tas de courts-métrages et six longs-métrages, dont Une Nuit en Enfer 2 ou Hostel 3. Son premier long-métrage derrière la caméra est donc ce Intruder, dont il co-signe également le scénario avec Lawrence Bender. Il va bénéficier sur ce premier film de la présence de Sam Raimi, qui fera acteur et qui lui a certainement promulgué de bons conseils niveau mise en scène, mais aussi de Robert Kurtzman, de Greg Nicotero et de Howard Berger, un trio spécialisé dans les effets de maquillages plus connu sous le nom de KNB et qui avait déjà travaillé avec Spiegel sur Evil Dead 2 en 1987. Du beau monde donc, auquel on rajoutera l'actrice Elizabeth Cox, qui interprète la final girl Jennifer, Renée Estevez, sœur d'Emilio Estevez, Ramon Estevez et Charlie Sheen et qui joue l'autre caissière du magasin, le célèbre Ted Raimi, frère de qui vous savez, Dan Hicks, autre membre de la team Raimi, vu dans Evil Dead 2, Darkman ou Mon nom est Bruce entre autres et on aura évidemment un tout petit caméo de Bruce Campbell à la fin du film. Sur le papier, les conditions semblent donc être réunies pour obtenir un bon slasher. Qu'en est-il au final ? Niveau mise en scène, on ressent clairement l'influence de Sam Raimi, avec des plans travaillés qui nous rappellent ceux d'Evil Dead, à l'image de la caméra posée dans un caddie et qui filme l'avancée de ce dernier en vue subjective ou de ce plan où l'on voit un personnage utiliser un téléphone, filmé de l'intérieur dudit téléphone, l'actrice étant donc vue en contre-plongée via le cadran téléphonique. On citera également cette séquence ou un acteur surveille une poignée de porte et quand celle-ci se met à tourner, le plan de l'acteur tourne de la même manière que la poignée de porte ou cette vision du visage du tueur, déformé par un bocal en verre. Des influences visuelles qui procurent donc  une certaine originalité à Intruder, bien moins plan-plan que la majorité des slashers en termes de réalisation. Dommage que le film mette un peu de temps à réellement démarrer puisqu'il faut attendre plus de 30 minutes avant d'avoir un premier meurtre, et encore, il est juste suggéré à l'écran. Auparavant, on fera connaissance avec les divers employés du magasin, on comprendra rapidement que la caissière Jennifer, jouée par Elizabeth Cox donc, sera l'héroïne du film, et on passera pas mal de temps avec eux, devant régler un souci puisque l'ex-copain de Jennifer se cache dans le magasin suite à une altercation. Un semblant de suspense se met en place avec la recherche du méchant bad boy dans les rayonnages. On note quand même que Scott Spiegel, qui a travaillé dans un supermarché durant sa jeunesse, s'attarde sur l'aspect relationnel, sur la notion de camaraderie qui transpire entre les employés, qui tentent tous de s'encourager après avoir appris la vente de la boutique et sa fermeture dans un mois. Je n'irai pas jusqu'à dire que ça les rend plus intéressants, n'exagérons pas, ils restent dans la bonne moyenne des personnages d'un slasher et la plupart ne serviront qu'à devenir des victimes au tueur du film. Un tueur qui va commencer à s'activer un peu plus à partir de 40 minutes, dynamisant par la même occasion le rythme un peu mollasson du film. Notre maniaque va devenir le principal intérêt d'Intruder, car il va se servir de divers outils et instruments disponibles dans le magasin pour commettre ses meurtres. Et à ce niveau, on ne sera pas déçu car l'équipe de KNB et l'équipe des effets-spéciaux vont se faire plaisir, et nous faire plaisir, en concoctant des scènes brutales et surtout bien gore. C'est clairement là où Intruder marque des points : œil embroché sur une pointe, visage écrasé par une presse, Sam Raimi empalé par le visage sur un croc à viande (une idée de son frère Ted, on est imaginatif dans la famille), tête coupée portée par le maniaque, coups portés à l'aide d'un couteau ou d'un hachoir et surtout, la fameuse séquence du visage tranché en deux par un fil à ruban servant à découper les carcasses de viande seront de la fête. De la violence qui a posé problème au comité de censure, qui a taillé dans le vif à l'époque, et il a fallu attendre les années 2000 pour que le film soit enfin proposé en version intégrale. On a tout de même un petit souci, qui n'est pas du fait du réalisateur, c'est que l'identité du meurtrier a été éventé directement sur la jaquette VHS lors de sa sortie, le film étant inédit en salles, de même que dans la bande annonce. Même si cela ne gâche que moyennement le spectacle, on pourra trouver ce procédé un peu chelou tout de même mais bon. Si Intruder ne joue que rarement avec le suspense, se prive de toute nudité, on en retient tout de même ses qualités et son aspect radical au niveau de ses meurtres. On ne pourra s'empêcher de sourire lors de la scène de traque dans une chambre froide, l'héroïne se planquant derrière les carcasses de viande, scène qui nous rappellera la séquence fort ressemblante du remake de Massacre à la Tronçonneuse, ou celle où l'héroïne se cache dans une sorte de cagibi, qui m'a fait penser à la scène d'Halloween dans laquelle Jamie Lee Curtis se planque dans un placard. Deux scènes qui correspondent bien à ce qu'est Intruder en fait : un film charnière, qui recycle les films du passé et prépare le terrain aux futurs œuvres du genre, qui seront plus violentes, plus brutales. Intruder, un rétro-slasher ouvrant la voie au néo-slasher ?

* Dispo en combo DVD+BR chez ESC DISTRIBUTUON

       

SOUPÇONS DE MORT

 

SOUPÇONS DE MORT
(Quando Alice ruppe lo specchio)

Réalisateur Lucio Fulci
Année : 1988
Scénariste Lucio Fulci
Pays : Italie
Genre : Horreur, gore, thriller
Interdiction : -16 ans
Avec : Brett Halsey, Al Cliver, Zora Kerova, Ria de Simone, Sacha Darwin...


L'HISTOIRE : D'apparence tranquille, Lester Parson est en réalité un tueur en série sans remord, qui gagne la confiance de riches veuves pour mieux les prendre dans ses filets et les faire disparaître. Parieur invétéré, sa soif d'argent le mène à commettre des erreurs sur les lieux des meurtres et la police fait tout pour mettre fin à son règne de terreur...

MON AVIS : Fin des années 80, Lucio Fulci, malade, n'est plus à l'apogée de son talent et il enchaîne des petites séries B pas très glorieuses, à l'image de l'insipide Les Fantômes de Sodome ou des moyens Nightmare concert ou Demonia entre autres. En 1988, il dirige Brett Halsey, acteur qu'on a déjà vu dans Le Miel du Diable, dans ce curieux Soupçons de Mort, dont il signe également le scénario. Curieux car le film, qui joue dans le rayon des films de tueurs en série, se dote d'une approche assez surprenante et déstabilisante de prime abord. Car à bien y regarder, Soupçons de Mort est avant toute chose une sorte de comédie très noire, à l'humour décalé, qui fait de son anti-héros une sorte de dérivé de Barbe Bleue ou de Ted Bundy, qui n'en finit plus de sombrer dans la folie, allant jusqu'à s'imaginer que quelqu'un le poursuit et s'amuse à disséminer des indices sur les lieux des meurtres pour qu'il se fasse attraper par la police. Une schizophrénie qui prend de l'ampleur, notre tueur parlant à une cassette audio qui lui répond comme si elle était son double, ou qui pense même à un moment donné que c'est sa propre ombre, qui a disparu, qui lui joue des tours. Dommage que cette idée de l'ombre perdue ne soit pas plus développée et n'intervienne qu'en fin de métrage. Car elle sous-entend que notre tueur souffre également du syndrome d'Alice au pays des Merveilles, syndrome qui affecte l'irrigation du cerveau et qui se traduit chez ceux qui en souffrent par des hallucinations, une impression de déformation de la représentation des corps dans l'espace voire même la disparitions de certaines parties de leur corps. Et ce n'est pas le titre original du film qui va venir me contredire puisqu'on peut le traduire par Quand Alice a brisé le miroir. Avouez que ce n'est pas anodin. Véritablement dérangé du ciboulot, le personnage de Lester Parson est haut en couleur, mis en valeur par la prestation elle aussi décalée de Brett Halsey, qui semble prendre un réel plaisir à surjouer et à grossir les traits de son personnage. Bon, et sinon, ça vaut quoi Soupçons de Mort ? Le film commence plutôt bien, même si la photographie est d'une platitude téléfilmesque pas très réjouissante. On a Brett Halsey qui se fait cuire un beau morceau de steak et qui le savoure avec appétit, puis la caméra fait un travelling jusque dans la cave où on découvre une femme nue allongée sur une table, qui semble morte. La caméra fait un gros plan sur un morceau de chair manquante près de son ventre et on comprend d'où vient le fameux steak précité ! Notre homme est donc cannibale. Ça démarre fort. Et ça enchaîne encore plus fort puisque le voici face à cette femme inanimée, prenant une tronçonneuse pour la démembrer, le tout en gros plan et avec moult giclées de sang : les deux bras, les deux jambes, la tête et le tronc y passe, le tout sur une petite musique issue du répertoire classique qui contraste avec les horribles images proposées, même si on est loin du réalisme d'American Guinea Pig en terme d'effets spéciaux mais passons. Une entrée en matière qui fait plaisir à voir en tout cas, les amateurs de gore craspec apprécieront. L'humour noir est déjà présent, avec ces intestins passés au mixeur et offerts à des cochons qui vont s'en régaler. La suite nous fait découvrir que Lester est un joueur compulsif, qui adore parier sur les courses de chevaux et qui se met dans des situations financières compliquées. D'où son parcours de tueur en série, devant trouver des femmes riches pour leur soutirer de l'argent avant de les tuer. Lors de son nouveau rencard, l'humour noir va encore augmenter puisque la soit-disant belle femme qu'il doit séduire possède une pilosité assez envahissante, porte des verrues sur le corps et surtout refuse de boire sa coupe de champagne empoisonnée, ce qui provoquera quelques sourires chez le spectateur. Il est à noter que toutes les femmes de ce film ont une difformité physique ou un détail qui ne les embellit pas, ce qui n'aidera pas Fulci à se débarrasser de sa réputation misogyne. Je me suis demandé si en fait, ce n'était pas fait exprès pour nous faire comprendre que, encore une fois, c'est une vision déformée des femmes que voit notre tueur, vision issue de son cerveau malade. C'est possible. Le gore fera son retour quand il décidera de passer à la vitesse supérieure avec cette dulcinée poilue, échangeant la coupe de champagne avec un nerf de bœuf qui fracassera de manière brutale le crâne de notre malheureuse victime, qui finira la tête enfoncée dans un four, la caméra filmant la cuisson du visage de l'intérieur du four. Comme vous voyez, ça ne lésine pas sur la violence graphique même si, encore une fois, ce n'est pas super réaliste et ça fait plus bricolage qu'autre chose. Le film poursuit sur sa lancée, sans grand génie, avec d'autres victimes féminines qui se font tuer, on note un amoindrissement de l'aspect gore, y'avait p'tet plus de budget pour le faux sang, et des touches d'humour toujours présentes, comme ce pied récalcitrant qui ne veut pas rentrer dans le coffre ou cette femme strangulée qui ne tient pas en place sur le siège passager alors que notre tueur subit un contrôle de police. On note également une évolution à partir des trois quart de Soupçons de Mort, le film devient nettement moins graphique, moins violent et s'attarde plus sur la folie de son personnage principal, la musique devient plus angoissante aussi. On a un dernier rendez-vous galant à se mettre sous la dent, en la personne de l'actrice Zora Kerova, celle-là même qui se faisait pendre par les seins dans le festif Cannibal Ferox ! Affublée d'un bec de lièvre, elle va néanmoins tenter de faire succomber notre Lester qui voit un nouveau moyen s'enrichir. Tout va-t'il se passer comme prévu ? Je vous laisse le surprise. Au final, Soupçons de Mort, si on accepte son côté humour noir, ne se montre pas inintéressant, est assez généreux niveau gore, mais on est quand même très loin de la qualité des films de Lucio Fulci de la grande époque. Vraiment très loin. 

LE CRI DES TENEBRES


LE CRI DES TENEBRES
(Funeral Home / Cries in the Night)

Réalisateur : William Fruet
Année : 1980
Scénariste Ida Nelson
Pays : Canada
Genre : Epouvante
Interdiction : -12 ans
Avec Kay Hawtrey, Lesleh Donaldson, Barry Morse, Stephen E. Miller...


L'HISTOIRE : La jeune Heather vient rejoindre sa grand-mère Maude Chalmers afin de l'aider à gérer sa maison, ancien salon funéraire qu'elle a transformé en maison d'hôtes suite à la disparition de son époux. Heather est courtisée par Rick Yates, un garçon du coin. Le travail ne manque pas car pas mal de touristes viennent occuper les chambres en location. Reste qu'Heather s'inquiète pour sa grand-mère, qu'elle entend discuter avec quelqu'un dans la cave. Quand certains locataires viennent à disparaître, le malaise s'intensifie...

MON AVIS : Le réalisateur canadien William Fruet est bien connu des amateurs de cinéma Bis puisqu'il a mis en scène des titres tels Week-end Sauvage en 1976, Trapped : le village de la mort en 1982, Spasms avec Oliver Reed en 1983, Macabre Party en 1986 ou Insect! en 1987. Il s'est ensuite recyclé dans le monde de la série-télévisée. En 1980, on le retrouve donc aux commandes de ce Funeral Home, devenu chez nous Le Cri des Ténèbres. Un film qu n'a pas obtenu un grand succès public et critique à l'époque de sa sortie, l'ombre d'un maître du suspense étant trop présent pour passer inaperçu. Cette ombre, c'est celle de Sir Alfred Hitchcock lui-même, carrément. Une ombre revendiquée par William Fruet, qui ne s'en est jamais caché. Mais de quoi parle-t-on au juste ? En fait, Le Cri des Ténèbres reprend en grande partie tout ce qui faisait le sel et l'originalité d'un classique absolu d'Hitchcock, que je ne nommerai pas ici pour garder la surprise pour ceux qui n'auraient ni vu le film de Fruet, ni vu le film d'Hitchcock. Pour les autres, il est évident que le twist final de Funeral Home sera éventé dès le départ et que le pot-aux-roses sera identifiable en moins de cinq minutes. On peut également détecter une sorte de modernisation horrifique du conte Le Petit Chaperon Rouge, puisque l'histoire nous parle d'une jeune fille se rendant chez sa grand-mère et qu'un méchant loup semble rôder alentour. Des influences qui ne retirent pas au film le fait d'être soigné dans son approche, à défaut d'être original. Clairement, Le Cri des Ténèbres est avant tout un film d'atmosphère, d'ambiance, qui prend son temps pour créer un petit climat étrange et gentiment angoissant. Pas de rythme percutant, pas de scènes d'action, ni même de réelle violence, le bodycount est relativement peu élevé et les quelques morts sont très peu graphique en terme de sang versé à l'écran. Comme déjà dit ci-dessus, Fruet s'intéresse plus à composer un climat oppressant qu'à jouer avec la surenchère sanglante. Pour ce faire, il utilise à bon escient ce qu'il a sous la main, à savoir la maison, ses extérieurs et son casting. La demeure de madame Chalmers n'est pas spécialement angoissante ou morbide, malgré son passé de funérarium. La vieille dame a redécoré l'intérieur et le sous-sol, qui servait de salle d'embaumement et de travail à son mari, n'est pas ouvert au public. Maude Chalmers est interprétée avec conviction par Kay Hawtrey, un nom qui m'était inconnu bien qu'elle ait une longue carrière dans le milieu télévisuelle. Il semble que la relation entre cette dernière et le réalisateur ait été assez conflictuelle, l'actrice ne supportant pas William Fruet, ce qui assombrissait les conditions de tournage, selon les dires de Lesleh Donaldson, qui joue Heather et qu'on reverra par la suite dans Happy Birthday to Me en 1981, dans Les Rats attaquent en 1982 ou dans Curtains en 1983. Toujours est-il que Kay Hawtrey livre une prestation soignée et s'en sort vraiment bien. Il en va de même pour Lesleh Donaldson, qui voit petit à petit sa vie être chamboulée par les réactions de sa grand-mère, qui se veulent des plus étranges et inquiétantes, surtout quand elle se met à chuchoter à quelqu'un dans la cave. Y'a-t-il vraiment une personne enfermée dans cet endroit lugubre, où sont encore stockés les produits d'embaumement ? On se demande bien sûr si le supposé mari parti flirter avec une autre femme a vraiment disparu sans laisser de trace. Madame Chalmers le retiendrait-elle contre son gré dans la cave ? Ou le retient-elle enfermé car il a perdu la tête ? Car il semble bien que le mystérieux tueur qui va s'amuser à occire les malheureux visiteurs soit un homme qui n'a pas toute sa tête. Et les flashbacks concernant James Chalmers ne donnent pas un aperçu agréable de ce dernier, nous le montrant colérique, agressif, même envers des enfants un peu trop curieux. Le mystère demeure donc entier et le restera pour les néophytes, jusqu'au final survolté dans lequel la folie homicide trouvera une belle illustration visuelle. Du déjà-vu, certes, mais amené de manière efficace. Bien sûr, on se demande aussi si le tueur ne serait pas Rick, le charmant petit ami d'Heather, trop gentil pour être honnête, ou l'homme à tout faire de la maison, un brin benêt et simplet qui aime se cacher dans les fourrés pour espionner les locataires. Le tout sous le regard d'un petit chat noir, que filme le réalisateur sous toutes ses coutures et qui donne au film un petit côté Edgar Allan Poe bien sûr. Pas de sang, pas de nudité dans Le Cri des Ténèbres mais une histoire correctement ficelée, qui emprunte à des œuvres bien connues, trop devrais-je dire, ce qui lui retire quand même son potentiel de surprises. Reste une mise en scène correcte de William Fruet, une ambiance travaillée et un bon casting, pour un résultat qui devrait satisfaire les amateurs des téléfilms de Dan Curtis entre autres, auxquels Le Cri des Ténèbres m'a fait penser.

* Disponible en combo DVD + BR chez RIMINI EDITIONS
Un carton avant le film nous avertit que malgré des efforts de restauration, des défauts persistent et peuvent perturber notre vision du film. Personnellement, hormis quelques légères changement de teintes lors d'une séquences, rien ne m'a choqué et cette édition est parfaite pour découvrir le film de William Fruet.
Livret de Marc Toullec en bonus et toujours un superbe digipack trois volet aux couleurs de la collection Angoisse.  


      

WEEK-END DE TERREUR

 

WEEK-END DE TERREUR
(April Fool's Day)

Réalisateur Fred Walton
Année : 1986
Scénariste Danilo Bach
Pays : USA
Genre : Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec Deborah Foreman, Amy Steel, Griffin O'Neal, Clayton Rohner, Deborah Goodrich...


L'HISTOIRE : Muffy St. John invite ses amis à passer le week-end du 1er avril dans sa luxueuse maison, seule habitation présente sur une petite île. Le voyage en ferry voit l'un des employés avoir un grave accident suite à une mauvaise blague d'un des amis de Muffy. Après une première soirée festive, la bonne humeur tend à s'amoindrir quand des disparitions commencent à avoir lieu et que le cadavre d'un des garçons est aperçu à bord d'une barque. Les invités ne trouvent plus très drôle le séjour, tandis que Muffy semble sombrer dans une sorte de nonchalance assez troublante...

MON AVIS : En 1971, Mario Bava propose au public La Baie Sanglante, film qui pose les bases de ce que deviendra le sous-genre du slasher movie. Suivront Black Christmas en 1974, Massacre au Drive-In en 1976, Halloween en 1978 et bien sûr Vendredi 13 en 1980, qui fera exploser le genre, qui n'en finira plus d'inonder les écrans durant la première partie des 80's, avec plus ou moins de réussite. Le slasher est souvent décrié pour ses scénarios simplistes, ses personnages caricaturaux, son humour potache, son érotisme gentillet. Un genre qui ne vaudrait en fin de compte que pour ses meurtres, souvent inventifs et sanguinolents. Personnellement, j'aime me divertir devant un slasher bien nerveux et décomplexé. En 1986, on en est déjà au chant du cygne du genre, dont les nombreux représentants ont fini par épuiser le fructueux filon. La quasi majorité des studios se sont engouffrés dans la brèche ouverte par le classique de Sean S. Cunningham et il est donc difficile de se renouveler après 5/6 ans de domination du slasher. Le producteur Frank Mancuso Jr., un des boss de la Paramount, n'en peut plus de produire des Vendredi 13 à tire-larigot, même si le succès est toujours au rendez-vous, notamment en vidéo. Il décide tout de même d'en produire un nouveau, avec dans l'idée de se démarquer un peu et de se tourner plus vers le thriller. Le scénariste Danilo Bach lui propose alors l'idée d'envoyer un groupe d'amis dans un immense demeure faire une "murder-party", un jeu de rôle grandeur nature avec meurtres factices au programme. Une idée qui plait au producteur et au studio. Le scénariste s'inspire alors du film Les Copains d'abord mais aussi du roman Dix Petits Nègres d'Agatha Christie et du film de 1932 de James Whale, La Maison de la Mort, pour pondre son script qui doit mêler adolescents blagueurs, suspense, meurtres et retournements de situation. Pour mettre en scène le film, c'est Fred Walton qui est retenu. Le réalisateur a à son actif Terreur sur la Ligne (1979) qui avait impressionné le public avec sa stressante scène d'introduction, qui inspirera Wes Craven pour celle de Scream. Pourtant, ce dernier n'est pas du tout fan du genre horrifique et encore moins des slashers. Mais sa situation financière lui interdit de refuser la proposition de la Paramount. Et le scénario de Danilo Bach lui fait penser qu'il va pouvoir mettre en scène quelque chose de plus léger, de plus atypique, de plus humoristique. Surtout que l'action du film se déroule un... 1er avril ! Le jour phare des amateurs de blagues en tout genre. C'est d'ailleurs le titre original de Week-end de Terreur et c'est celui qui nous mettra ou aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Atypique, tout en jouant avec les codes du slasher et du old dark house, le film de Fred Walton l'est, assurément. Notamment avec son final, que je ne vous dévoilerai pas bien sûr, et qui risque de faire grincer quelques dents. Maintenant, est-ce que Week-end de Terreur est un bon slasher ? Bah, pas vraiment. Le côté humoristique est présent, trop présent, et il plombe une ambiance qui ne provoquera jamais la terreur promise dans le titre français. Il faut se coltiner trente à quarante bonnes minutes durant lesquelles on a des tas de blagues qui ne volent pas haut, à base de fermeture éclair non fermée, de coussins péteurs, de chaises au pieds rétractables, de robinets montés à l'envers, de poignées de porte escamotables et j'en passe. C'est amusant au début mais on aimerait bien que le rythme s'accélère un peu, que le sang vienne éclabousser notre écran et que les cadavres s'amoncellent. Alors oui, on aura des disparitions mais niveau violence et gore, c'est l'encéphalogramme (quasi) plat. Tout est filmé en hors-champ, vous pouvez regarder le film avec vos enfants, aucun problème à ce niveau, hormis la scène de l'oeil au début. Dommage car on a une séquence franchement cool, celle du puits, qui, pour le coup, développe une certaine tension et se montre réellement efficace. Le corps posé dans une barque et que deux tourereaux se faisant des calins voient à travers des lattes de bois est sympa aussi. Mais sinon, Week-end de Terreur est probablement l'un des slashers les moins violents qui existe. Idem pour la nudité, totalement absente ici. Bien sûr, qui dit tueur dit suspects potentiels et il y en a plusieurs évidemment qui pourraient remplir ce rôle : on a l'employé victime d'un accident sur le ferry qui pourrait avoir envie de se venger par exemple ; ou bien l'un des invités qui aurait une quelconque rancoeur contre l'un des autres invités ; on a aussi le comportement de l'hôtesse des lieux, jouée par Deborah Foreman, qui évolue au fil de la journée et on a l'impression qu'elle sombre dans une sorte de dépression, qui a peut-être un lien avec la mort de ses amis. Le mystère demeure. Niveau casting, on trouve pas mal d'inconnus mais aussi Tom Wilson, le fameux Biff de Retour vers les Futur, la sexy Deborah Goodrich qui joue la petite allumeuse du groupe et qu'on a vu dans Meurtre en VHS en 1988, et surtout la blondinette Amy Steel, la final girl de Vendredi 13 chapitre 2 - le Tueur du Vendredi en 1981. Elle a un rôle assez conséquent dans Week-end de Terreur et on a du plaisir à la revoir dans un slasher. Reste que le film de Fred Walton a de forte chance de ne pas trouver son public étant donné le cap qu'il emprunte, son manque de meurtres graphiques et son hallucinante conclusion. Cette comédie slasheresque ne fait, pour ma part, qu'enfoncer le genre, déjà appauvri, dans une décadence peu glorieuse et ne le tire pas vers le haut, ne parvenant pas à transcender ses codes, malgré une noble intention de se démarquer de ses prédecesseurs. Pour le renouveau, il faudra bien sûr attendre Scream en 1996.

* Disponible en combo DVD + BR + Livret 24 pages de Marc Toullec chez RIMINI EDITIONS

  

LES DEMONS DU MAÏS

 

LES DEMONS DU MAÏS
(Children of the Corn)

Réalisateur Fritz Kiersch
Année : 1984
Scénariste George Goldsmith
Pays : USA
Genre : Fantastique, horreur, folk horror
Interdiction : -12 ans
Avec : Linda Hamilton, Peter Horton, John Franklin, Courtney Gains, Robby Kiger...


L'HISTOIRE : Burt et Vicky roulent sur une route du Nebraska quand ils percutent un jeune garçon sorti d'un champ de maïs. Ils découvrent que ce dernier a la gorge tranchée. Voulant chercher de l'aide, ils arrivent dans la ville désertique de Gatlin et font connaissance des enfants Job et Sarah, qui leur expliquent qu'ils n'y a plus que des enfants dans la ville, suite au massacre de tous les adultes il y a quelques années. Les enfants vivent sous la coupe d'Isaac, un gourou vénérant Celui qui Règne sur les Sillons, et de Malachai, son violent bras-droit...

MON AVIS : Premier volet d'une longue saga qui comporte à l'heure actuelle 11 films (suites, remakes, variations) et 1 court-métrage, dont l'origine provient de la nouvelle de Stephen King, Les Enfants du Maïs, parue dans le recueil Danse Macabre. Une nouvelle qui est sorti en 1977 et dont la première adaptation date de 1983, avec le court-métrage Les Disciples du Corbeau, qu'on peut retrouver dans l'anthologie Contes Macabres. Puis, en 1984, c'est Fritz Kiersch qui l'adapte, via un scénario du King pas mal remanié par George Goldsmith pour le rendre plus cinématographique, ce qui a provoqué le mécontentement du célèbre romancier, qui demande alors une belle somme d'argent pour les droits de sa nouvelle, ce qui oblige les producteurs a revoir le budget prévu pour le film a la baisse. De 3 millions au départ, on passe à 1,3 millions, ce qui ne facilitera pas la tâche du réalisateur, obligé lui aussi de s'adapter, notamment au niveau des effets spéciaux. Le film sort en salles en France le 30 janvier 1985 sous le titre de Horror Kid avant de débarquer en VHS l'année suivante sous le titre plus efficace de Les Démons du Maïs. C'est l'un des premiers grands rôles de Linda Hamilton, qui allait connaître le succès en cette même année 1984 puisqu'elle sera l'héroïne de Terminator ! Elle joue ici Vicky, qui va se retrouver confronter à cette secte d'enfants tueurs avec son mari. La scène introductive du film est efficace : après l'office religieux, les adultes se rendent au café de la ville. Rapidement, après avoir absordé le breuvage, ils se plaignent de douleurs et meurt, empoisonnés. Les enfants présents sortent des armes blanches et achèvent de massacrer les derniers adultes en vie. Le générique s'ensuit, sur une musique de Jonathan Elias, qui compose un Main Title de toute beauté, avec des choeurs d'enfants qui lui donnent un ton angoissant du plus bel effet. Le reste de la partition musicale nous rappelle parfois la bande originale de La Malédiction de Jerry Goldsmith et elle est vraiment très réussie pour ma part. Le film joue dans la cour du folk horror, ces films mettant en vedette des citadins qui débarquent dans une ville perdue où l'on pratique des cultes dédiés à des dieux païens. Il joue également avec le thème des enfants tueurs, et certains plans, comme ceux où Burt est entouré d'enfants dans une rue désertique, ne manqueront pas de nous faire penser au film de Narciso Ibáñez Serrador, Les Révoltés de l'An 2000, réalisé en 1976, un fleuron du genre. Un mélange qui fonctionne pleinement à l'écran, et qui est porté par deux acteurs qui font une forte impression sur le spectateur : John Franklin et Courtney Gaines. Le premier, âgé de 24 ans à l'époque du tournage mais ne mesurant qu'1m52 suite à un souci d'hormones de croissance, interprète le gourou du culte, Isaac. Il livre une prestation de qualité et son visage adulescent est un atout indéniable pour rendre ce personnage inquiétant. Le second est peut être encore plus à féliciter pour son rôle de Malachai, le bras-droit d'Isaac. Un rouquin qui verse dans le fanatisme extrêmiste, qui est l'un des principaux thèmes abordés par la nouvelle et le film, et qui se montre impitoyable, allant même jusqu'à remettre en cause le statut de chef d'Isaac vers la fin du film, remise en cause absente de la nouvelle de King et imaginée par le scénariste, tout comme la présence de Job et Sarah, deux enfants qui n'apprécient pas les préceptes de la secte. Sarah possède en plus une sorte de don de voyance, qu'elle retranscrit via des dessins, ce qui permettra à Isaac de savoir que le couple Burt et Vicky sont en route pour Gatlin. Avec peu de moyens, Fritz Kiersch s'en sort vraiment bien, jouant plus sur l'ambiance que sur la violence graphique, plaçant continuellement sa caméra dans des endroits nous suggérant le champ de vision d'un enfant tueur aux aguets, ce qui provoque une tension permanente et un sentiment qu'une menace plane continuellement sur le couple Burt et Vicky. Les effets spéciaux et de maquillages sont d'une manière générale très corrects, avec des effets bien pensés, comme les épis de maïs qui s'écartent comme si ils étaient vivants ou cette masse qui se déplace en soulevant la terre des champs de maïs, représentant le fameux Celui qui Règne sur les Sillons. La séquence où Linda Hamilton est attachée et crucifiée sur une croix dressée en plein champ de maïs est très bonne, l'affrontement entre Isaac et Malachai - et surtout le dénouement de cet affrontement - est diablement efficace et on prend bien du plaisir à vivre ses évenements, avec un petit bémol concernant la représentation finale du monstre vénéré mais il fallait faire en fonction du budget alloué. Le scénariste a préféré céder à l'appel du happy-end total contrairement à la nouvelle, ça aussi, c'est un peu dommage. En tout cas, Les Démons du Maïs est une petite série B pour qui j'ai pas mal d'affection et que je revois toujours avec le même plaisir, envouté par la partition musicale, par les prestations de Isaac et Malachai et par ce mix folk horror / enfants tueurs qui lui donne tout son intérêt. 

* Disponible en coffret 3 DVD ou 3 Blu-ray chez RIMINI EDITIONS