QUE MA VOLONTÉ SOIT FAITE
(Que ma Volonté soit faite)
Réalisateur : Julia Kowalski
Année : 2025
Scénariste : Julia Kowalski, Simon Beaufils
Pays : France, Pologne
Genre : Drame, folk horror, sorcellerie
Interdiction : -12 ans
Avec : Maria Wróbel, Roxane Mesquida, Wojciech Skibinski, Przemyslaw Przestrzelski...
L'HISTOIRE : La jeune Nawojka, qui vit avec son père et ses deux frères dans la ferme familiale, cache un terrible secret : un pouvoir monstrueux, qu’elle pense hérité de sa défunte mère, s’éveille chaque fois qu’elle éprouve du désir. Lorsque Sandra, une femme libre et sulfureuse originaire du coin, revient au village, Nawojka est fascinée et ses pouvoirs se manifestent sans qu’elle ne puisse plus rien contrôler...
MON AVIS : En 2023, Julia Kowalski réalise le moyen-métrage J'ai vu le visage du Diable, qui mettait déjà en vedette l'actrice Maria Wróbel ainsi que Wojciech Skibinski. L'histoire était celle d'une jeune fille se croyant possédée et demandant l'aide d'un prêtre-exorciste. En 2025, la réalisatrice française, qui a été biberonné au cinéma polonais mais aussi au cinéma de genre, décide de faire un film ayant également la thématique de la possession, tout en y incluant des éléments de folk horror et de sorcellerie, prenant pour cadre de l'action un tout petit village rural où vit une famille d'immigrés polonais éleveur de bétails. Ces thématiques liées au cinéma de genre, la réalisatrice les dilue dans ce qui l'intéresse réellement ici, à savoir la condition féminine, le machisme, les violences sexistes et la place de la femme dans notre société. Dans Que ma Volonté soit faite, rien n'est expliqué, rien n'est certifié. Ce sera au spectateur de décider si le personnage de Nawojka est la descendante d'une sorcière, et si elle en est une elle-même, ou si elle n'est qu'une jeune fille perdue dans un monde essentiellement masculin, tiraillée par des désirs de plus en plus brûlants et par une soif d’émancipation qui la pousserait à ne plus différencier la frontière entre rêve et réalité. Le film est avant tout un drame rural, où le destin de la jeune fille semble tout tracé. Elle rêve de devenir vétérinaire mais qui s'occupera de la ferme, de faire à manger, de prendre soin de son père et de ses deux frères, pourtant pas très sympathiques à son égard, la prenant pour une véritable bonniche ? Un destin qui va se voir chamboulé par le retour au village de Sandra, une jeune femme libre, sans carcan, fière de son corps et qui ne laisse aucun mâle lui dicter ce qu'elle doit faire. La figure maternelle étant absente chez Nawojka, Sandra devient son nouveau repère, et la liberté que cette dernière affiche au grand jour, se baladant dans des tenues sexy, fait prendre conscience à la jeune fille qu'une autre vie est possible. Une prise de conscience qui va se traduire par des crises frénétiques, convulsives, proches de celle qu'avait Linda Blair dans L'Exorciste.Mais attention, point d'effets spéciaux ici, point de maquillage outrancier, tout passe par le jeu d'actrice, les grimaces, la crispation du corps. L'ambiance, le grain de la pellicule 16MM renvoie aux films des 70's que la réalisatrice adore. On trouve dans Que ma Volonté soit faite une longue scène de mariage héritée de Voyage au bout de l'Enfer, on trouve une partie de chasse nocturne qui renvoie à celle de Réveil dans la Terreur par exemple. Film féministe avant tout, la menace dans le film prend divers visages, mais surtout l'apparence des hommes du village, rednecks qui aiment la chasse, l'alcool et qui en oublient les bonnes manières envers la gente féminine. La superstition rurale est également mise en avant, le retour de Sandra (la toujours charmante Roxane Mesquida, vue dans Sheitan entre autres), considérée comme une femme de peu de vertu et qui semble avoir un lourd passif ici, devenant le symbole facile, la proie toute désignée des événements négatifs qui apparaissent au village : une étrange contamination du bétail provoque l'abattement des troupeaux et il n'en faut pas plus pour provoquer une chasse aux sorcières. Plus que du fantastique, c'est bien de l'insolite, de l'étrangeté, qui vient s'immiscer au sein de cette famille et des villageois, troublant autant leur perception cartésienne que celle du spectateur. Sans jamais expliquer ou définir les événements proposés, Que ma Volonté soit faite joue dans la cour du folk horror contemplatif, pour un résultat souvent déroutant, toujours intrigant, à l'image des premières paroles du film : "Ma mère s'agenouilla devant Satan. Elle avait le Mal en elle. Je l'ai en moi." Bien sûr, on est loin du cinéma Bis ici, le film a des allures bien plus auteurisantes évidemment, mais la proposition de Julia Kowalski est intéressante et s'éloigne des sentiers battus du cinéma français. La mise en scène est très bonne, la photographie superbe et certaines images sont très belles, notamment celles du final. Un film à découvrir, qui change des comédies françaises à la gomme.
* Disponible en DVD chez BLAQ OUT


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