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SLUGS - MUTATIONS

 

MUTATIONS
(Slugs)

Réalisateur : Juan Piquer Simon
Année : 1988
Scénariste : Ron Gantman, Juan Piquer Simon, José Antonio Escrivá
Pays : Espagne
Genre : Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Michael Garfield Levine, Kim Terry, Philip Machale, Alicia Moro, John Battaglia...


L'HISTOIRE : La petite ville américaine d'Ashton est le théâtre de décès étranges. Mike Brady, agent des services sanitaires, essaye d'épauler le shérif local à trouver la cause de ces morts particulièrement répugnantes, avec des victimes partiellement dévorées. Les analyses conduisent Brady à émettre l'hypothèse que les responsables seraient peut être des limaces contaminées qui seraient devenues cannibales...

MON AVIS : Dans le sous-genre prolifique du film d'attaques animales, il est difficile de ne pas trouver un animal qui n'a pas eu droit à son film le mettant en vedette. Un sous-genre très apprécié des amateurs généralement et qui se distingue par deux approches : une première approche issue du cinéma de science-fiction des années 50 et qui faisait prendre à divers animaux des proportions gigantesques et une seconde approche qui préfère leur faire garder leur taille réelle (à quelques cm près), ce qui est assurément encore plus terrifiant et stressant puisque les animaux du quotidien deviennent nos ennemis. C'est bien sûr le génial Alfred Hitchcock qui est le fer de lance de cette seconde approche avec Les Oiseaux réalisé en 1963. Les films mettant en avant Mère Nature se rebeller contre l'Humanité connaîtront ensuite une longue déclinaison, avec des des chiens, des chats, des araignées, des serpents, des requins, des pieuvres, des crocodiles, des alligators, des loups, des lions, des ours, des singes en guise de vedettes mais aussi des animaux plus atypiques tels les rats, les fourmis, les vers de terre, les grenouilles, les cafards, les abeilles, les piranhas, les barracudas, les chauves-souris, les lapins, les kangourous,  les castors, les moutons et j'en passe. En 1982, l'auteur britannique Shaun Huston publie un roman bien gore, intitulé Slugs et qui met en avant des... limaces tueuses ! Un roman édité en France dans la défunte collection Gore, dans une version amputée puisque dans cette collection, les romans ne devaient pas dépasser les 150 pages environ, et qui a depuis été réédité en version intégrale chez l'éditeur Faute de Frappe. Le livre de Shaun Huston se montre assez dégueulasse et enchaîne les scènes de morts bien gore. Il n'en fallait pas plus pour qu'il intéresse une certaine Francesca de Laurentiis, fille du célèbre Dino de Laurentiis ! Mariée à un espagnol, elle veut que l'adaptation soit tournée dans ce pays et elle porte son choix sur Juan Piquer Simon, réalisateur connu pour sa débrouillardise et auréolé d'un certain succès avec Le Sadique à la Tronçonneuse. Mais le sujet même du film, à savoir des attaques de limaces tueuses, n'emporte pas l'adhésion et le film a du mal à être monté. Heureusement, au marché du film à Cannes, en 1987, la firme New World Pictures apprécie la projection d'une bobine du film et signe un accord de distribution mondiale. Reste que les scénaristes du film ont un peu modifié le roman et pris des libertés quand ils ont écrit le scénario, ce qui a un peu déçu l'auteur à l'époque. Les limaces de Shaun Huston tuent les gens simplement parce qu'elles ont pris goût à la chair humaine et l"histoire se déroule en Angleterre. Celles de Juan Piquer Simon ont été contaminées par des produits radioactifs stockés sans grande surveillance, dans une petite ville américaine. Un aspect écolo apparaît donc pour le film mais le réalisateur ne veut pas que ce thème prenne le pas sur ce qui l'intéresse vraiment, à savoir les effets spéciaux, même s'il doit pas mal édulcorer le roman qui comporte des scènes de sexe et de morts impossibles à montrer à l'écran, comme celle d'une fillette de deux ans et demi contaminée par le mucus d'une limace ou celle, bien trash, d'une limace s'introduisant dans le vagin d'une adolescente pour le dévorer ! Les scénaristes décident de développer l'intrigue, de donner un peu plus de consistance aux personnages également. Le casting est composé soit d'inconnus, soit d'acteurs et d'actrices à faible potentiel, l'absence totale de stars étant certainement imposée par le faible budget accordé au film. Coup de bol, le tournage se déroule à Lyons, petite ville de l'état de New York et la municipalité ainsi que les habitants sont tellement enthousiastes vis à vis du tournage que tout le monde souhaite y participer, sans que le production aligne des billets verts. Juan Piquer Simon se retrouve donc avec des pompiers et leur camion, des ambulances, des voitures de police, la possibilité de tourner dans le lycée de la ville ou dans les égouts. Des conditions inespérées pour le réalisateur, qui voit son film se bonifier comme par magie. Et ça se ressent à l'écran. Concernant les limaces, ce sont des limaces noires qui sont choisies pour leur taille et le réalisateur en fait importer des centaines, tout en demandant à ce qu'il y en est des milliers de fausses pour y mêler les vraies et donner de l'ampleur à cette mort rampante et visqueuse. Mais tourner avec des limaces n'est pas chose aisée. Elles avancent lentement, dorment la plupart du temps et elles n’obéissent à aucun ordre. D'où l'idée d’accélérer un peu le défilement de l'image pour dynamiser leur avancée. En l'état, Slugs s'avère une chouette petite série B, qui aurait pu être réalisée par Larry Cohen, tant on retrouve, du moins je trouve, le style des films de ce réalisateur américain dans cette oeuvre de Piquer Simon, qui livre ici un travail assez qualitatif et justement, très américain. La scène introductive est plutôt amusante, nous renvoyant à des films comme le Piranhas de Joe Dante, avec ce jeune homme qui se fait attirer dans l'eau par quelque chose qu'on ne verra pas et qui viendra rougir cette dernière, sous les yeux d'une jolie blonde en maillot de bain. Je ne savais pas que les limaces pouvaient vivre sous l'eau mais passons. La suite sera plus académique, avec cette histoire d'agent des services sanitaires qui va tenter de trouver les responsables de nombreuses morts violentes qui s'abattent sur la petite ville d'Ashton. C'est Michael Garfield Levine qui l'interprète, un acteur très peu prolifique mais dont le fait d'arme est d'avoir joué Rogue dans le culte Les Guerriers de la Nuit en 1979. A ses côtés, on trouve sa femme Kim Brady, jouée par l'actrice Kim Terry, un employé des services sanitaires qui a la tâche ingrate d'aller dans les égouts et qui est interprété par Philip Machale ainsi qu'un scientifique qui va les aider à identifier le problème, joué quant à lui par Santiago Álvarez. Tout ce petit monde va, comme dans bon nombre de films d'attaques animales, se voir rembarré par le maire de la ville, qui ne croit pas à ces histoires ubuesques de limaces radioactives tueuses, un classique ! Pourtant, nous spectateurs, on est bien obligé d'y croire à cette histoire farfelue puisqu'on les voit en action nos gastéropodes sans coquille. Et c'est là ou Slugs marque pas mal de point ! Les équipes de maquillages et d'effets spéciaux s'en sont données à cœur joie dans la représentation bien gorasse des morts violentes : visage rongé, hamster attaqué par une limace, fille qui tombe sur un amas de limaces et se fait dévorer, oeil qui sort de l'orbite, saignement de nez puis visage qui se fend en deux avec des tas de vers grouillants, vision d'un cadavre, vision de limaces grouillantes sur un ventre explosé et j'en passe, c'est ultra généreux et même si le sang ressemble à de la peinture rouge, ça fait clairement le job ! On aura même une limace en animatronique pourvue de petites dents qui s'attaque à un doigt, trop drôle ! Généreux, avec un rythme plutôt dynamique, et assez bien emballé, Slugs est  typiquement le genre de films qu'on louait dans un vidéoclub le samedi soir pour passer une soirée sympa et festive. Malheureusement, à l'époque, sa sortie en salle aux Etats-Unis fut extrêmement réduite, avec sept salles seulement au lieu des 150 prévues. Il disparaîtra rapidement des écrans, dès le premier week-end mais trouvera son public dans les vidéoclubs justement. Un échec qui a entériné la mise en chantier de Slugs 2. Dommage ?

* Disponible en combo DVD+BR chez RIMINI EDITIONS
VF + VOSTF
Bonus :
- L'attaque des limaces tueuses (16'41)
- J.P. Simon, orfèvre du bis ibérique (26'20)
- Interview audio de Shaun Huston (8'40)
- Livret 24 pages de Marc Toullec