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FONDU AU NOIR

 

FONDU AU NOIR
(Fade to Black)

Réalisateur : Vernon Zimmerman
Année : 1980
Scénariste : Vernon Zimmerman
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Dennis Christopher, Linda Kerridge, Eve Brent, Tim Thomerson, Gwynne Gilford...


L'HISTOIRE : Eric Binford est passionné de cinéma. Il travaille dans un entrepôt de stockage de bandes cinématographiques et vit seul chez sa tante Stella. Cette dernière se montre assez tyrannique envers son neveu, qui passe ses journées à mater de vieux films. Dans un bar, il croise Marilyn O'Connor, sosie de Marilyn Monroe dont Eric est fou amoureux. Parvenant à surmonter sa timidité, Eric invite la jeune femme au cinéma mais cette dernière rate le rendez-vous, ce qui le plonge dans une profonde déception. Harcelé le soir même par sa tante paralytique, Eric la pousse dans les escaliers, comme Richard Widmark dans le film Le Carrefour de la Mort qu'il était en train de visionner. Commence alors pour Eric une spirale infernale, dans laquelle la frontière entre réalité et fantasmes cinématographiques disparaît peu à peu...

MON AVIS : Une vraie petite curiosité que ce Fondu au Noir, réalisé en 1980 par Vernon Zimmerman, et qui remporta le Prix de la Critique au festival d'Avoriaz en janvier 1981. Ce réalisateur n'est pas très connu, il a débuté sa carrière en 1962 avec 3 courts-métrages puis un documentaire en 1964 sur la vie à l'université de Chicago intitulé The College. Il ne réalisera son premier film qu'en 1972 avec le road movie Deadhead Miles sur lequel il co-signe le scénario avec un certain Terrence Malick. La même année, il intègre la firme de Roger Corman, l'A.I.P. et réalise The Unholy Rollers, film inspiré de Kansas City Bomber avec Raquel Welch et dont Corman voulait surfer sur le succès. A noter que ce film est le premier travail d'un tout jeune Martin Scorsese, engagé en tant que monteur. Vernon Zimmerman va ensuite travailler en tant que scénariste avant de livrer un nouveau film en 1980, Fondu au Noir, dont il signe également le scénario. Le succès n'étant pas au rendez-vous, il quitte le monde du cinéma et devient enseignant dans le domaine de l'écriture scénaristique. Il est décédé le 18 octobre 2023 à l'âge de 87 ans. Fondu au Noir est donc le film pour lequel on se souvient de son nom, même s'il fait partie de ces œuvres dont personne ne parle jamais à notre époque. Remercions donc l'éditeur Elephant Films de l'avoir remis sur le devant de la scène avec sa sortie en combo DVD+BR. Souvent catégorisé comme étant un slasher, Fondu au Noir n'entretient qu'un rapport éloigné avec ce genre. A bien y regarder, c'est avant tout un film de psycho-killer, un thriller, une comédie noire et surtout, c'est une étude sociologique comportementale qui se focalise sur les notions de solitude, de rejet, d'obsession, notions qui entraînent, dans le cas présent, la disparition de la frontière entre réalité et fiction. Ceux qui s'attendent à voir un tueur fou trucider des victimes à la pelle, passez donc votre chemin, Fondu au Noir ne joue clairement pas dans cette catégorie. L'histoire se déroule à Los Angeles, une évidence pour un film traitant de la passion du cinéma. Niveau casting, on trouve Dennis Christopher qui interprète donc le fameux Eric Binford. Un acteur repéré grâce au film La Bande des Quatre en 1979 et qui est devenu une célèbre vedette de téléfilms et séries-télévisées par la suite. Pour jouer la tante Stella qui héberge notre héros, c'est l'actrice Eve Brent qui a été choisie, actrice qui a également fait les délices de nombreuses séries TV. Marilyn O'Connor, sosie de la fameuse actrice blonde Marilyn Monroe, est quant à elle interprétée par Linda Kerridge, qui n'a pas fait une grande carrière puisqu'elle n'a que 8 films à son actif, dont Surf 2 en 1983, Cocaïne de Paul Morrissey en 1984, Pleasure Planet en 1986, Le trésor de San Lucas en 1987 ou L'aventure Fantastique en 1988, ces trois derniers réalisés sous la houlette d'Albert Pyun. Ce trio de personnages principaux est complété par Tim Thomerson et Gwynne Gilford qui jouent respectivement le docteur Moriarty et l'agent de police Anne Oshenbull, deux personnages secondaires qui viennent principalement allonger la durée du film sans réellement y apporter grand chose, on a juste Moriarty qui travaille sur l'étude comportementale des délinquants violents et tente de leur venir en aide, trouvant une alliée et une amante chez la policière et un opposant en la personne du capitaine de police. Ca fait clairement remplissage, vous verrez, mais on peut aussi voir en Moriarty le point d'ancrage du monde réel alors qu'Eric représente la fuite dans un monde imaginaire. A noter pour finir la présence d'un certain Mickey Rourke, alors au début de sa carrière et qui joue un collègue de travail d'Eric Binford. Tout ce petit monde va donc graviter autour de notre cinéphile en herbe. Evidemment, on se prend d'affection pour Eric puisque le cinéma est sa passion, impossible de ne pas se reconnaître en lui. Sa chambre est bardée d'affiches de films, de photos d'actrices et d'acteurs et de matériels liés au cinéma. Il voue un culte au cinéma d'antan, celui des années 30 et 40, principalement en noir et blanc, et connaît les répliques par cœur de ses films préférés, qu'il voit plusieurs fois comme il le dira souvent. Il s'intéresse particulièrement aux anti-héros, aux méchants du cinéma, son acteur culte étant James Cagney, iconique pour ses rôles de gangster impitoyable dans L'ennemi Public, Les Anges aux figures sales ou l'emblématique L'Enfer est à lui. Quant à son actrice vedette, c'est donc Marilyn Monroe qui recueille tous ses suffrages, on le verra clairement dans la séquence légèrement trash de la masturbation, séquence qui vient conforter le fait que sa vie est totalement focalisée sur le cinéma et non la réalité. Superbement interprété par Dennis Christopher, qui avait pourtant refusé le rôle au départ, n'étant pas satisfait du scénario mais qui trouvait le personnage formidable, Eric et son évolution dramatique font tout l'intérêt de Fondu au Noir. C'est vraiment un cas intrigant, qui met en avant le fait que la solitude, le manque de reconnaissance, l'absence d'amis et de relation amoureuse peut profondément briser une personnalité fragile et le faire bifurquer dans une folie l'amenant à ne plus différencier réalité et imaginaire. Constamment harcelé par sa tante, perpétuellement moqué par ses collègues de travail, réprimander par son patron, fuit par les femmes, Eric ne trouve un échappatoire que dans le cinéma et notamment dans les personnages forts, insoumis, qui ne se laissent pas faire et contrôle la situation. Des personnages qui sont son opposé. A travers eux, il se rêve d'une autre vie, qui lui procure de vraies émotions. A la manière du plus récent Le Labyrinthe de Pan, Eric, comme la petite Ofelia du film de Del Toro, se réfugie et se construit un monde imaginaire, perdant peu à peu contact avec la réalité. Le souci avec Eric, c'est que son monde imaginaire est peuplé de personnages violents : gangsters, cowboys vengeurs, vampires, son obsession pour ce type d'anti-héros va l'amener à franchir la ligne rouge et à briser le peu d'humanité qu'il lui restait. A chaque problème sa solution et celle que trouve Eric est issue des films qu'il vénèrent. Au fur et à mesure que sa santé mentale s'effondre, Eric ne se contente plus de citer des dialogues ou de rejouer des scènes. Il veut devenir les personnages qu'ils aiment. Sa psychose est matérialisée dès la scène où il se grime en Dracula, après avoir poussé sa tante dans les escaliers. Sa dualité est parfaitement représentée à l'écran grâce au maquillage qu'il est en train d'apposer à son visage. Et de par ses déguisements, il en devient encore plus inquiétant car il commence à mettre en scène ses crimes. Le pouvoir des images est total sur Eric, et elles lui permettent de devenir quelqu'un d'autre, ce qui le dédouane quasiment des actions néfastes qu'il commet. Reste que changer de vie à travers de nouvelles identités ne lui apporte pas le bonheur recherché. Même sa relation désirée avec Marilyn O'Connor ne se soldera pas sur quelque chose de positif. Car il s'imagine une histoire d'amour idéalisée avec Marilyn Monroe et non pas avec Marilyn O'Connor. Sa vision est encore une fois déformée par le prisme du cinéma et par son obsession, bien plus perturbante ici que dans le film récent du même nom, comme los de la séquence hommage à la scène de la douche de Psychose. La vengeance et les meurtres dont il va se rendre coupable sont également commis via ce prisme cinématographique, ce qui nous donne des séquences savoureuses dans lesquelles Eric, grimé en cowboy, en Bela Lugosi (avec néanmoins des extraits du Cauchemar de Dracula avec Christopher Lee, ceci étant du à un refus de la Universal d'utiliser des images du Dracula de 1931) ou comme la momie des films des années 40 va tuer ceux qui se moquent de lui. Eric Binford est donc vraiment un cas à part, qu'on n'oubliera pas de sitôt, qui fait de Fondu au Noir un film intrigant et intéressant. Reste qu'il aura sûrement du mal à trouver son public au sein de la nouvelle génération. Le rythme du film est assez lent, il y a très peu d'action, la violence des situations n'est jamais impactée par des débordements sanguinolents et les séquences avec Moriarty et l'agent de police viennent alourdir le rythme inutilement. La mise en abîme du personnage à travers des extraits de films disséminés ci et là est plutôt bien amenée par contre et sert clairement l'histoire de ce être méprisé qui voit sa propre vie lui échapper au profit de protagonistes fictifs. Le final, au sommet du Chinese Theatre situé sur Hollywood Boulevard est ingénieux, nous renvoyant autant à L'enfer est à lui qu'à King Kong je trouve, et confirme par l'image que la vie propre d'Eric a cessé d'exister pour n'être que celle d'un simple scénario de film. Vernon Zimmerman, aidé par son casting, a donc réalisé un film réellement insolite, à part, dont rien ne justifie l'interdiction aux moins de 18 ans dont il écopa pour sa sortie française en mai 1981. Si vous voulez voir jusqu'où la passion peut mener, comment elle peut littéralement briser la raison et perturber un être fragile, n'hésitez pas à vous plonger dans la vision de Fondu au Noir.

* Disponible en Steelbook DVD+BR chez ELEPHANT FILMS (VF+VOSTF)
- Analyse du film par Julien Comelli
- Interview de Dennis Christopher
- Bande annonce



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