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SANGLANTE PARANOÏA

 

SANGLANTE PARANOÏA
(Brain Dead)

Réalisateur : Adam Simon
Année : 1990
Scénariste : Charles Beaumont, Adam Simon
Pays : Etats-Unis
Genre : Thriller, Fantastique
Interdiction : -12 ans
Avec : Bill Pullman, Bill Paxton, Bud Cort, Nicholas Pryor, George Kennedy...


L'HISTOIRE : Pour faire avancer ses recherches et sa carrière, le Dr. Rex Martin, brillant neurologue, accepte une opération dangereuse organisée par la mystérieuse entreprise Eunice. Il doit opérer le cerveau d'un mathématicien soufrant de paranoïa aiguë ayant massacré sa famille. L'opération semble bien se passer, mais rapidement, Rex se rend compte que les visions qui ont conduit Hasley à la folie sont maintenant les siennes...

MON AVIS : Avec ce visuel particulièrement efficace et intrigant, Sanglante Paranoïa a tout pour attirer le fan de cinéma fantastique et horrifique. Son titre original peut par contre prêter à une légère confusion puisqu'il se titre Brain Dead, avec un espace, ce qui le différencie en fait du culte Braindead de Peter Jackson. Réalisé en 1990 par Adam Simon, il est intéressant de revenir à la genèse du film. Vers la fin des années 80, Julie Corman, femme du célèbre Roger Corman, demande à des stagiaires de lire des centaines de vieux scénarios entassés ici et là. Ils remontent à la surface une histoire rédigée dans les années 60 par Charles Beaumont, personnalité qui a écrit les histoires de 22 épisodes de la série La Quatrième Dimension entre 1959 et 1964 mais aussi les scénarios de films tels The Intruder, L'enterré vivant, Brûle sorcière brûle, la Malédiction d'Arkham, Le cirque du docteur Lao ou bien encore Le Masque de la Mort rouge entre autres. Séduite par le récit trouvé par les stagiaires, Julie Corman propose donc son adaptation cinématographique à  Adam Simon, jeune recrue de l'écurie Corman, qui trouve l'histoire excellente mais désire la moderniser, pour ce qui deviendra donc Sanglante Paranoïa, son premier film en tant que metteur en scène. C'est également lui qui réalisera Carnosaur en 1993. Tourné en vingt jours seulement, Sanglante Paranoïa nous évoque dès son générique le fameux Ré-Animator de Stuart Gordon, tout comme ses premières images d'ailleurs : on y voit Bill Pullman débarquer dans une salle contenant des dizaines et des dizaines de cerveaux enfermés dans des bocaux, ainsi qu'un assistant jouer à un cerveau qui contrôle donc ce fameux "masque humain" vivant présent sur le visuel de l'affiche. Ça démarre fort ! Sauf que la suite va rapidement prendre à contre-pied notre première impression. Alors qu'on pouvait s'attendre à un délire comico-gore qui aurait fait honneur aux expériences du dr. Herbert West, Sanglante ParanoÏa s'en éloigne totalement pour plonger dans un délire certes, mais de double personnalité qui réussira certainement à perdre le spectateur dans ses tortueuses méandres. Le docteur Rex Martin est interprété par Bill Pullman, qui s'en sort ici avec les honneurs. Il est secondé par un autre Bill, à savoir Bill Paxton, plutôt sous-employé ici. Cheveux gominé à fond la caisse, ce dernier vient trouver Bill Pullman pour lui confier une mission : allez rendre visite à un certain docteur Hasley, qui réside dans un hôpital psychiatrique car souffrant de délire paranoïaque aiguë. Ancien scientifique travaillant dans le firme ou bosse également Bill Paxton, il semblerait que ce docteur Halsey détienne dans sa mémoire des chiffres ou une équation qui intéresse le big boss de ladite firme, d'où la requête auprès du docteur Martin pour que ce dernier, de par ses travaux sur le cerveau, parvienne à approcher Halsey pour lui soutirer cette formule mathématique ou... faire en sorte qu'il ne s'en souvienne plus jamais, via une opération du cerveau à double tranchant. Bon, jusque là, ça va, l'histoire se suit et se tient. Les plus perspicaces auront noté que le nom même d'Halsey et l'allusion à l'institut Miskatonic mentionné par le personnage de Bill Pullman sont des références directes à Lovecraft ainsi qu'au film Ré-animator ! Comme quoi, notre première pensée survenue au début du film n'était pas si farfelue que ça. Par contre, c'est maintenant que ça va se corser. Suite à une altercation avec un SDF, le docteur Martin se fait renverser par une voiture. Un accident sans grande conséquence, il se contente de se tenir un peu la tête et de frotter l'endroit de l'impact de son crâne sur le pare-brise. Sauf qu'en réalité, cet accident, ainsi que celui survenu dans le laboratoire, avec un bocal contenant un cerveau qui tombe au sol, est le début de visions qui semblent directement provenir de l'esprit du docteur Halsey. Bill Pullman fait des cauchemars, il développe lui aussi un sentiment de paranoïa, pensant que sa femme le trompe avec Bill Paxton par exemple. Petit à petit, un engrenage se met en marche et la frontière entre réel et irréel se floute et déconcerte totalement le spectateur, qui ne sait plus ce qu'il regarde. Des tas de questions viennent alors nous assaillir l'esprit : le docteur Halsey existe-t-il réellement ? Le docteur Rex Martin est-il victime d'un dédoublement de personnalité  ? Est-ce, comme dans Shutter Island, un jeu de rôle dans lequel on fait croire au docteur Martin qu'il est spécialiste du cerveau afin d'obtenir des informations ? Ou bien, comme dans Le Cabinet du docteur Caligari, est-ce que le docteur Martin ne serait pas en réalité le patient et Halsey le vrai docteur ? Autant de question qui transforme Sanglante Paranoïa en un film parfois délirant et scénaristiquement souvent complexe, baigné par des images assez hallucinantes, comme de voir Halsey au bord de mer, la calotte crânienne exposée au grand jour ou Bill Pullman ouvrir une porte et se retrouver confronter au néant par exemple. Il est intéressant de voir comment Rex Martin semble perdre la raison, ne sachant plus faire la différence entre la réalité et des rêves et cauchemars, qui, peut être, ne lui appartiennent pas. Véritable thriller psychologique labyrinthique au allure de cauchemar éveillé, le film d'Adam Simon joue avec intelligence avec ses décors, avec la temporalité, qu'il n'hésite pas à distordre pour mieux malmener la perception du public sur ce qui est réel ou ne l'est pas. Pour la petite histoire, il paraît que c'est en découvrant la prestation de Bill Pullman dans ce film que le réalisateur culte David Lynch a décidé de l'engager pour le rôle principal de Lost Highway en 1997. Et quand on connaît les similitudes thématiques entre les deux films – la perte d'identité, les boucles mentales, la folie – cette connexion prend tout son sens. Alors oui, il faut souvent s'accrocher pour ne pas décrocher, ici il n'est pas question d'aiguiller ou d'aider le spectateur à comprendre l'intrigue, qui fait effectivement très Quatrième Dimension ! Amateur de film kafkaïen, insolite, autre, Sanglante Paranoïa pourra vous satisfaire si vous appréciez qu'on joue avec vous alors que la réponse a tout ce bazar est potentiellement dans le titre même du film : Brain Dead. Réfléchissez-y ! 

* Disponible en combo DVD+BR et steelcase chez ELEPHANT FILMS



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