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LE TUEUR FRAPPE TROIS FOIS

LE TUEUR FRAPPE TROIS FOIS
(La morte non ha sesso)

Réalisateur Massimo Dallamano
Année : 1968
Scénariste Giuseppe Belli, Vittoriano Petrilli, Massimo Dallamano, Audrey Nohra
Pays : Italie, Allemagne, USA
Genre : Policier, proto-giallo
Interdiction : -12 ans
Avec : John Mills, Luciana Paluzzi, Robert Hoffman, Enzo Fiermonte, Renate Kasché...


L'HISTOIRE : L'inspecteur Franz Bulon s'occupe du trafic de stupéfiants. Son supérieur lui met la pression car l'enquête sur un vaste réseau de trafic de drogue piétine. Pire que tout, les principaux suspects qui auraient pu le rencarder et faire progresser l'enquête se font assassiner par un mystérieux tueur. Mais un autre facteur entre en jeu dans le fait que Bulon n'avance pas : son esprit est préoccupé par Lisa, sa femme qui bien plus jeune que lui, et qui déclenche en lui une jalousie maladive qui vient compromettre leur couple...

MON AVIS : Réalisateur n'ayant qu'une dizaine de films à son actif, ayant débuté en 1967 avec le western Bandidos puis ayant trouvé la mort dans un tragique accident en 1976 à l'âge de 59 ans, Massimo Dallamano a néanmoins marqué de son empreinte le cinéma de genre italien, notamment grâce à deux célèbres giallos, Mais qu'avez-vous fait à Solange ? en 1972 et La Lame Infernale en 1974. On lui doit également la très sympathique sexy comédie La Belle et le puceau avec Edwige Fenech en 1974 ou le film de possession Emilie l'enfant des ténèbres en 1975 entre autres. Avant de passer derrière la caméra, il a été un directeur de la photographie réputé, avec à son actif un travail sur Pour une poignée de dollars et Et pour Quelques Dollars de Plus de Sergio Leone, excusez du peu ! Le film qui nous intéresse ici, à savoir Le Tueur frappe trois fois, est sa seconde réalisation. Elle date de 1968 et est régulièrement catégorisée dans le genre du giallo, ce qu'elle n'est pas vraiment en réalité. Si on a bien un assassin ganté et vêtu de noir qui tue au couteau, point de violence graphique ou d'effets stylisés ici, ni même de suspense ou d'intrigue ayant pour but de nous faire découvrir son identité, qui sera révélée assez tôt dans le film. Le Tueur frappe trois fois est avant tout un film policier, nous présentant un vieux flic proche de la retraite, joué par John Mills, devant démanteler un réseau de trafiquants de drogue. L'originalité du film de Dallamano est d'avoir greffée à cette enquête policière une étude quasi comportementale sur la vie de couple, celui composé par notre vieil inspecteur et sa ravissante épouse dans le cas présent. Car oui, on sent bien que ce qui intéresse le réalisateur ici, ce n'est guère les rares meurtres au couteau, qui utilisent les codes des proto-giallo voire des Krimi allemand (l'action du film se déroule à Hamboug et le film est une co-production Italo-américano-allemande) ni même l'aspect policier de son film en fait. Non, ce qui retient son attention, c'est les rapports compliqués entre son héros et sa femme, superbement interprétée par Luciana Paluzzi, une rousse incendiaire au passé trouble et dont le comportement, qui ne nous semble pas, à nous spectateurs, particulièrement sujet à interrogation, déclenche des crises de jalousie maladive chez son époux, crises qui viennent continuellement perturber son travail et son mental. Il ne se passe pas une minute où notre inspecteur ne pense pas à sa femme, s'imaginant des liaisons adultères à tire-larigot, stressant quand elle ne répond pas au téléphone, abandonnant ses recherches dans le cadre de son enquête pour aller voir si sa femme est bel et bien à la maison. Une relation un brin toxique, qu'on imagine difficile à vivre pour Lisa, qui fait chambre à part et se sent comme retenue prisonnière dans sa maison, devant toujours justifier ses moindres mouvements, ses moindres sorties. A bien y regarder, on a là les codes du film noir américain, Lisa étant la femme fatale à la poitrine généreuse, et qui n'est peut être pas aussi blanche colombe qu'on le pense. A ce duo complexe viendra s'ajouter la présence de notre tueur, joué par le séduisant Robert Hoffman. Un tueur à gages, retenu malgré lui par un caïd de la mafia et obligé de remplir ses contrats d'assassinat. Particulièrement superstitieux, il ne cesse de jouer avec une petite pièce en forme de toupie, son porte-bonheur. Quand il va perdre son fétiche lors d'un crime, sa vie bascule, il se sent désemparé, en perte de chance, lui qui n'a toujours pas été appréhendé par la police après avoir pourtant frappé trois fois. Bien sûr, les trois personnages vont finir par se rencontrer, et Dallamano va s'en servir pour attiser encore plus son drame conjugal, avec une idée qu'on devine sans trop de difficulté mais dont on se demande comment elle va se réaliser. Un triangle amoureux semble se profiler, dont les ramifications maintiennent notre intérêt. On retiendra la mise en scène et surtout la photographie du film, Dallamano connaissant son affaire à ce sujet et offrant au public de belles images. Reste que si vous vous attendiez à un pur giallo, vous risquez fort d'être désarçonnés. La psychologie des personnages est au centre du film, bien plus que les images scabreuses ou violentes, quasiment absentes ici, si ce n'est quelques visions fugaces d'une poitrine dénudée. On se demandera, comme l'inspecteur d'ailleurs, quelle est la signification des tulipes, dont un indic lui a parlé. On n'aura malheureusement aucune réponse dans le film, mais une petite recherche sur le net nous fera comprendre l'allusion à ces fleurs, dont la signification est en effet propice à ce qu'on vient de voir. Le Tueur frappe trois fois est un film atypique, contemplatif la plupart du temps, différent de ce qu'on en attendait au départ, qui nous montre un réalisateur se cherchant encore mais dont on ressent clairement le potentiel.

*Disponible en combo DVD-+BR chez RIMINI EDITIONS    
BONUS
- Présentation du film par Stéphane Lacombe (36,30 min)
- Livret Massimo Dallamano, passage éclair par Marc Toullec (24 pages)

UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT

 

UNE LIBELLULE POUR CHAQUE MORT
(Una libélula para cada muerto)

Réalisateur León Klimovsky
Année : 1975
Scénariste Ricardo Muñoz Suay, Paul Naschy
Pays : Espagne
Genre : Policier, Giallo
Interdiction : -16 ans
Avec : Paul Naschy, Erika Blanc, Eduardo Calvo, Maria Kosty, Angel Aranda...


L'HISTOIRE Dans les bas-fonds de Milan, une série de meurtres est perpétrée au sein des prostituées, dealers, et homosexuels. Le tueur, qui semble investi d’une mission purificatrice, laisse, en signature, une libellule sur chacune de ses victimes. L’inspecteur Scaporella est diligenté pour mener l’enquête, aidé par sa fiancée Silvana...

MON AVIS : Principalement connu pour son rôle de Waldemar Daninsky, le plus célèbre loup-garou espagnol, Paul Naschy a également joué d'autres rôles tout aussi intéressants et celui de l'inspecteur Scaporella dans le film qui nous intéresse ici, en est un exemple flagrant. Dario Argento ayant popularisé les titres de giallo à base d'animaux, il n'est pas étonnant qu'on en retrouve un ici, à savoir la libellule, dans cette réalisation de León Klimovsky baptisée Une Libellule pour chaque mort, et qui a été re-titré en Red Killer en France et en Europe, allusion à la tenue que porte l'assassin, ce qui est tout de suite moins poétique. Le metteur en scène argentin León Klimovsky connait bien Paul Naschy, puisqu'il l'a dirigé à maintes reprises, notamment dans La Furie des Vampires en 1971, dans Dr. Jekyll y el Hombre Lobo en 1972, dans La Rebelion de las Muertas en 1973, dans Le Maréchal de l'Enfer en 1974 ou dans Muerte de un quinqui en 1975 entre autres. En cette même année 1975, il lui fait donc endosser le rôle de l'inspecteur Scaporella, un flic assez bourru, aux méthodes plutôt directes quand il s'agit d'interroger des voyous, ce qui ne lui vaut pas une très bonne réputation. Il va néanmoins être affecté par son supérieur sur une enquête portant sur une série de meurtres violents perpétrés sur des prostituées, des homosexuels, des vendeurs de drogue et autres marginaux aux comportements pervers. Le maniaque voudrait-il débarrasser Milan de ses vices et faire le travail de la police ? C'est ce que Scaporella va devoir découvrir et rapidement, car les victimes du tueur en série ne cessent d'augmenter. Seul indice, une libellule fabriquée à la main déposée sur chaque victime et une paire de boutons de manteau de luxe.  Avec Une Libellule pour chaque mortLeón Klimovsky nous offre un giallo assez atypique puisqu'on pourrait carrément se croire en plein Poliziottesco, ces films policiers italiens assez brutaux qui ont fait de Maurizio Merli, Franco Nero ou Tomas Milian des stars incontournables. Alors non, Paul Naschy n'atteint pas l'intensité du jeu des acteurs précités mais j'ai trouvé qu'il s'en sortait particulièrement bien ici, qu'il assurait ce qu'il fallait et qu'il livrait une prestation solide. Même si l'enquête piétine passablement, le film maintient notre intérêt avec des meurtres assez nombreux, souvent filmés en hors champ mais on voit tout de même l'horrible résultat. Il faut savoir que ce film a été tourné en deux versions, une version "habillée" pour sa diffusion en Espagne et une version "déshabillée" pour d'autres pays. On ne parle pas ici de version "cut" ou "uncut", les deux versions faisant la même durée, mais bien de scènes tournés deux fois, avec les actrices habillées ou déshabillées, une pratique assez courante pour éviter des ennuis avec le pays d'origine et on se doute que dans l'Espagne de Franco, mieux valait agir ainsi plutôt que de s'attirer les foudres du régime. C'est d'ailleurs pour cette même raison que l'action est située à Milan et non dans une ville espagnole. En tout cas, Artus Films nous propose la version "déshabillée" et la nudité est bien présente, souvent de manière gratuite et frontale, avec même du nu intégral, dans un pur esprit Bis et décomplexé, vous verrez. Le film reste toutefois assez sérieux, même si on y trouve quelques touches d'humour, comme cette séquence dans laquelle Naschy, affublé d'un tablier, prépare des spaghetti à sa femme qui rentre du travail ou celle au début, qui voit notre inspecteur s'énerver face à un vieillard exhibitionniste. On n'oubliera pas de citer également la séquence de l'anniversaire de l'inspecteur, avec un cadeau assez surprenant à l'intérieur de la boite en carton. La surprise est éventée puisque le fameux cadeau illustre la jaquette de l'édition d'Artus Films mais ça réussit tout de même ànous faire sourire devant notre écran ! Il est aussi amusant de voir comment le réalisateur fait d'Erika Blanc, l'épouse de notre inspecteur, une femme forte et débrouillarde, qui trouvera l'identité du meurtrier avant son mari, grâce à son intuition féminine. Une autre touche d'originalité dans ce giallo policier, un genre généralement bien masculin. Malgré son assassin voulant éradiquer le vice dans la ville, le film ne se veut aucunement moralisateur, rappelons que León Klimovsky est un homme politiquement de gauche,  et il ne fait jamais porter de jugement négatif à ses personnages vis à vis des victimes, qui sont toutes des personnes de petites vertus aux yeux du meurtrier. Ou de la meurtrière, comme le pense notre inspecteur de choc, qui ne rejette aucune possibilité concernant l'identité de notre tueur en série. On a bien sûr plusieurs coupables potentiels qui s'offrent à nous, des fausses pistes et une révélation finale qui devrait vous donner du fil à retordre. Concernant ces fameuses libellules placées sur les cadavres, il n'y a pas réellement d'explications, si ce n'est le discours d'un professeur nous rappelant que le peuple antique Chaldéen obligeait les homosexuels et les prostituées à coudre sur leurs vêtements une libellule, ce qui signifierait que le tueur est assez cultivé pour connaître cette anecdote. Bon, pourquoi pas mais on a déjà connu mieux comme explication à l'utilisation par les maniaques de certains symboles dans d'autres films. Rien de grave en tout cas. Notons que les musiques entendues ne sont pas des créations originales puisqu'ici, on se contente de réutiliser, entre autres, des morceaux provenant des films 6 femmes pour l'assassin et La Baie Sanglante, tous deux de Mario Bava. N'y avait-il pas de budget pour embaucher un compositeur ? Mystère. Au final, ce mélange entre polar et giallo fait le taf, nous montre une facette moins poilue de Paul Naschy et devrait satisfaire les amateurs de cinéma bis espagnol...   

* Disponible en combo DVD + BR chez ARTUS FILMS



   

LES YEUX BLEUS DE LA POUPÉE CASSÉE

 

LES YEUX BLEUS DE LA POUPÉE CASSÉE
(Los Ojos Azules de la Muneca Rota)

Réalisateur : Carlos Aured
Année : 1974
Scénariste Paul Naschy, Carlos Aured
Pays : Espagne
Genre : Thriller, Giallo
Interdiction : -16 ans
Avec : Paul Naschy, Diana Lorys, Eva Leon, Maria Perschy, Eduardo Calvo...


L'HISTOIRE Récemment sorti de prison, Gilles est engagé comme homme à tout faire dans un domaine français tenu par trois sœurs. Claude cache sa main atrophiée sous une prothèse, tandis que Nicole est nymphomane, et Yvette en fauteuil roulant. Alors que Gilles est en proie à d’horribles cauchemars dans lesquels il étrangle des femmes, un mystérieux assassin s’en prend aux femmes blondes du canton. Elles sont énucléées et leurs yeux déposés dans un bol...

MON AVIS : L'Italie n'a pas l'apanage du giallo même s'il en est l'inventeur. Rapidement, l'Espagne s'est également intéressé à ce genre très en vogue dans les années 70, en voici un exemple avec Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée. C'est un film réalisé par Carlos Aured, un nom bien connu chez les fans de cinéma fantastique espagnol. Il a été assistant réalisateur dès 1964 puis scénariste également et en tant que réalisateur, on lui doit en 1973 El Espanto surge de la Tumba et L'Empreinte de Dracula, en 1975 La Vengeance de la Momie, tous trois avec Paul Naschy, ainsi que quelques thrillers dont Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée; puis il bifurquera dans la comédie polissonne voir le film érotique et pornographique, dont certain avec Lina Romay, avant de terminer sa carrière en 1985 avec le film d'horreur Atrapos en el Miedo. Il est décédé en février 2008, avec 14 films en tant que metteur en scène. Alors Carlos Aured n'est pas un grand metteur en scène, c'est sûr, mais il n'a jamais eu de gros budget non plus pour montrer ses aptitudes derrière une caméra. Reste que dans le registre du thriller et du fantastique, ses œuvres, sans être transcendantes, restent appréciables et font preuve de qualité. Et c'est justement le cas avec Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée, dont Paul Naschy a participé au scénario. Un film qu'on pourrait qualifier d'hybride tant il joue sur deux ambiances, deux atmosphères assez distinctes. Durant les 42 premières minutes, on est clairement dans le thriller psychologique, avec le personnage de Gilles, joué par Naschy, qui se fait embaucher pour devenir l'homme à tout faire dans une maison où vivent trois sœurs. On a Claude, jouée par Diana Lorys, qui porte une prothèse à sa main suite à un accident et qui se rabaisse sans cesse, n'ayant plus confiance en elle et croyant ne provoquer que le dégoût chez les hommes. On a aussi Nicole, jouée par Eva Léon, rousse incendiaire totalement nymphomane, qui sait parfaitement utiliser et mettre en valeur son corps parfait. Et puis on a Ivette, jouée par Maria Perschy, qui est paralysé et qui se déplace en fauteuil roulant, et qui est devenue paranoïaque, croyant qu'on veut en attenter à sa vie. Elle suit le traitement du docteur Phillipe, le médecin de famille qui a fort affaire avec ses trois sœurs tellement différentes et souffrant toutes de névroses à un stade avancé. C'est donc avec ce trio que va devoir composer Paul Naschy, qui semble lui aussi avoir un petit problème psychologique, on le découvrira lors de séquences oniriques dans lesquelles il se voit en train d'étrangler une jolie blondinette. Bref, tous les personnages ont un truc qui cloche et l'ambiance devient un peu malaisante, Naschy étant attiré par Claude mais ne refusant pas les avances charnelles de Nicole, le tout sous le regard étrange d'Ivette, qui n'a pas confiance en sa nouvelle infirmière, la blonde Michelle jouée par Inès Morales, qui, elle aussi, semble cacher quelques secrets, passant son temps à recevoir des appels téléphoniques qui la rendent suspecte. Reste que le scénario se la joue un peu fainéant et qu'il ne se passe pas grand chose en réalité dans cette maison, dont seul l'aspect gentiment érotique prodigué par le charme d'Eva Léon nous permet de ne pas décrocher. Et puis, à 42 minutes, le film bifurque dans le giallo, avec l'apparition d'un tueur vêtu de noir, ganté et maniant le hachoir de boucher et autres armes blanches avec efficacité. Il s'en prend à de jeunes filles blondes aux yeux bleus, yeux qu'il énuclent pour les conserver dans un bocal. La police est sur les dents car le nombre de cadavres commencent à gonfler et l'inspecteur Pierre ne trouve pas de mobile ni de suspect, même si Paul Naschy est le premier sur sa liste, les meurtres ayant démarré peu de temps après son arrivée dans le village. Des meurtres qui font gicler le précieux liquide rouge sur notre écran, on a un hachoir qui s'enfonce dans une gorge, une gorge tranchée au couteau ou une victime frappée avec une griffe de jardinage entre autres. Comme dans tout bon giallo, on se demande qui est l'assassin, on essaye de deviner quelles sont les fausses pistes sur lesquelles on veut nous emmener et le film devient plus intéressant, plus dynamique, même s'il ne parvient pas vraiment à faire naître un quelconque suspense ou une quelconque tension. Carlos Aured n'est pas Dario Argento et ça se ressent même si le spectacle n'est pas déplaisant et que le réalisateur utilise à bon escient la mélodie de la chanson Frère Jacques en tant que comptine musicale modernisée lors des meurtres, un élément classique dans le giallo. Dommage que le reste de la partition musicale soit, pour ma part, hors contexte, puisque très guillerette, nous faisant penser qu'on est dans une comédie la plupart du temps. En tout cas, l'intrigue se suit avec intérêt et on aura droit à un double twist final qui plonge le film dans le macabre et relève son intérêt. A noter une scène de mise à mort d'un cochon, égorger à l'ancienne, qui rebutera à coup sûr les amis des animaux. A titre personnel, je n'ai pas trop compris l'intérêt d'avoir filmé cette séquence qui ne sert à rien dans le scénario. Bref. Avec une mise en scène un peu plate et un démarrage un peu longuet, Les Yeux Bleus de la Poupée Cassée s'en tire avec les honneurs grâce à son intrigant casting féminin qui lui permet d'être un peu plus qu'un simple giallo anecdotique. Un film honnête à défaut d'être renversant et que j'ai pris plaisir à découvrir.

* Disponible en combo DVD + BR chez ARTUS FILMS
BONUS :
- Présentation de Carlos Aured et du film par Emmanuel le Gagne et Alain Petit
- Diaporama d’affiches et de photos
- Film-annonce original



LA CORRUPTION DE CHRIS MILLER

 

LA CORRUPTION DE CHRIS MILLER
(La corrupción de Chris Miller)


Réalisateur : Juan Antonio Bardem
Année : 1973
Scénariste : Santiago Moncada
Pays : Espagne
Genre : Thriller, giallo
Interdiction : -12 ans
Avec : Jean Seberg, Marisol, Barry Stokes, Perla Cristal, Rudy Gaebel...

L'HISTOIRE Années 1970, dans le Pays basque espagnol. Ruth Miller réside dans sa propriété avec sa belle-fille, Chris, psychologiquement instable. Ruth, quant à elle, souffre de névrose après avoir été abandonnée par son mari. Les deux femmes vivent dans un climat de peur, d’autant que, depuis plusieurs mois, la région est le théâtre d’une série de meurtres. Lors d’une nuit d’orage, un vagabond, Barney Webster, vient se réfugier dans la grange des Miller. Après un moment d’hésitation, Ruth l’engage comme homme à tout faire. Très vite, Barney va se livrer à un jeu de séduction auprès des deux femmes... 

MON AVIS : Si le giallo vient d'Italie, d'autres pays s'y sont évidemment frottés, dont l'Espagne entre autres, avec ce film de Juan Antonio Bardem (oncle de l'acteur Javier Bardem) réalisé en 1973. La Corruption de Chris Miller s'apparente plus au giallo de machination qu'au giallo traditionnel, même s'il y a un tueur masqué dans le film de Bardem. Un tueur qui sera particulièrement mis en avant lors d'une séquence de massacre dans une ferme mais qui n'est clairement pas l'élément central de l'histoire. Même si le spectateur va chercher à savoir qui est ce tueur bien sûr, qui s'illustre également de manière très originale dans la séquence introductive, dans laquelle, grimé en Charlie Chaplin, il assassine sauvagement sa maîtresse. Mais si son ombre plane sur le film, elle n'est en rien ce qui intéresse réellement le réalisateur. Ce dernier préfère nettement se focaliser sur son duo d'actrices, à savoir la blonde Jean Seberg et Marisol, qui est pourvue de magnifiques et hypnotiques yeux bleus. Si la première est principalement connue pour être l'actrice principale du classique A bout de Souffle de Jean-Luc Godard, la seconde est une star en Espagne, ayant débutée au cinéma en tant qu'enfant prodige dès 1960 à l'âge de 12 ans puis en devenant un membre actif du parti communiste ainsi qu'une chanteuse renommée. Elle interprète ici la fameuse Chris Miller du titre, une jeune femme possédant des troubles psychologiques suite à un drame vécu quand elle était adolescente et qui vit avec sa belle-mère, cette dernière ayant été délaissée par son mari. Les deux femmes ont un comportement assez intrigant, on a du mal à les situer et ce n'est pas l'intrusion d'une bel étalon, interprété par Barry Stokes, qui va venir apaiser leur relation pour le moins tendue. Le vagabond va en effet se montrer très séducteur auprès des deux femmes et rapidement, on en vient à se demander s'il ne serait pas le tueur vu lors de l'introduction, surtout qu'il fouine pas mal dans les tiroirs, comme s'il cherchait quelque chose. Un petit jeu du chat et de la souris se met en place et l'ambiance devient un peu moite, flirtant avec un érotisme suave même si très peu démonstratif visuellement. Rapidement, La corruption de Chris Miller se transforme en huis clos et le triangle amoureux qui se noue progressivement fait basculer le film dans un climat un peu anxiogène. Le film se montre très contemplatif, il n'y a quasiment pas d'action mais pour qui aime ces ambiances posées, qui diffusent une certaine lenteur qui n'ennuie en fait jamais, il ne faut pas hésiter à le visionner. Surtout qu'il regorge de superbes images aux couleurs travaillées, telles le meurtre final, ultra-stylisé et qui renvoie bien aux codes du giallo. Cette immersion dans la psyché torturée des deux héroïnes, si différentes et pourtant si semblables, les beaux yeux de Marisol, l'ambiance et l'esthétisme qui se dégagent des images font de ce film de Juan Antonio Bardem une petite curiosité qui mérite d'être découverte et qui m'a parfois fait penser au classique Les Diaboliques de Clouzot.   A noter que la même année, Bardem a du terminer le film La Cloche de l'Enfer suite au décès du réalisateur Claudio Guerin

* Disponible en Blu-Ray chez Le Chat qui Fume


FORMULE POUR UN MEURTRE

 

FORMULE POUR UN MEURTRE
(7, Hyden Park : La Casa Maledetta)


Réalisateur : Alberto de Martino
Année : 1985
Scénariste : Alberto De Martino, Vincenzo Mannino
Pays : Italie
Genre : Giallo
Interdiction : -12 ans
Avec : Christina Nagy, David Warbeck, Carroll Blumenberg, Rossano Brazzi...


L'HISTOIRE : Boston, 1985. Ayant chuté, enfant, dans un escalier pour échapper à l'agression d'un homme habillé en prêtre, trauma qu'elle a effacé de sa mémoire, Joanna se retrouve clouée dans un fauteuil. Ayant hérité de la fortune de ses parents, ses journées se partagent entre sa villa et le centre sportif pour handicapés qu'elle a contribué à monter. Son amie Ruth gère son quotidien, tandis que Craig fait d'elle une sportive handisport accomplie. Alors qu'approche la date de signature d'une forte dotation à sa paroisse, les prêtres chargés de cette tâche disparaissent. Craig, l'entraîneur de Joanna, la pousse à l'épouser. Elle finit par lui céder, pour le meilleur et pour le pire...

MON AVIS : Après avoir débuté dans le péplum, comme bon nombre de ses compatriotes, avec des films très sympathiques comme Le Gladiateur Invincible (1961), Persée l'Invincible (1963) ou La Révolte de Sparte (1964), Alberto de Martino bifurque ensuite dans le film d'épouvante (Le Manoir de la Terreur - 1963), le western (100,000 dollars pour Ringo - 1965), le film d'espionnage (Mission spéciale Lady Chaplin - 1966), le polar (Rome contre Chicago - 1968), le giallo (L'Uomo dagli Occhi di Ghiaccio - 1971) et bien sûr, le film fantastique et horrifique, avec deux beaux représentants du genre, à savoir L'Antéchrist en 1974 et Holocaust 2000 en 1977. C'est également à ce réalisateur qu'on doit L'incroyable Homme Puma en 1980. 

Dans les années 80, alors que les beaux jours du giallo ont depuis quelques années touchées à leur fin, il persévère et réalise Blood Link en 1982 et ce Formule pour un Meurtre en 1985. Un giallo tardif, qui est d'ailleurs plus à considérer comme un film de machination même si on a de nombreux éléments typique du giallo à se mettre sous la dent. Dès la scène introductive, on a un des grands classiques du genre, à savoir le trauma enfantin qui va venir poursuivre l'héroïne à l'âge adulte. Ici, une petite fille est approché par un prêtre qui va lui prendre sa poupée et la poursuivre dans des escaliers. La scène sera non aboutie mais à la place, on verra cette fameuse poupée dévaler les escaliers, nous faisant comprendre le triste sort réservé à la petite fille. Une petite fille prénommée Joanna et qu'on retrouve des années plus tard, interprétée par Christina Nagy

Son trauma psychologique, nous explique-t-on, elle l'a enfouie dans sa mémoire mais il ne faudrait pas grand chose pour qu'il resurgisse. Par contre, ses séquelles physiques, elle ne peut les enfouir puisqu'elle est paraplégique et ne se déplace qu'en fauteuil roulant. On apprend donc à connaître Joanna, on fait connaissance avec Ruth (Carroll Blumenberg), sa meilleure amie qui veille sur elle et qui ne voit pas d'un bon œil la relation amoureuse qu'entretient Joanna avec Craig, son éducateur, interprété par le bien connu David Warbeck, star de L'Au-delà de Lucio Fulci. Ce dernier souhaite l'épouser et il se montre plutôt insistant à ce sujet, semblant vouloir précipiter les choses. Est-il un amoureux transit ou y'a-t-il anguille sous roche ? Et pourquoi un prêtre s'est-il fait brutalement assassiné ?

Ces mystères n'intéressent pas du tout Alberto de Martino puisqu'au bout d'une demi-heure, le réalisateur de Formule pour un Meurtre nous donne déjà la solution. Point de suspense à couper au couteau donc, tout est dévoilé au spectateur de manière transparente et, comme dans La Baie Sanglante, c'est encore une affaire d'héritage qui motive les agissement du / des meurtrier(s) qui ont savamment préparé leur plan pour arriver à leur fin. 

Là où Alberto de Martino a plutôt réussi son film, c'est qu'en nous privant de tout suspense, il parvient tout de même à nous intéresser à la suite des événements et à ce qu'il va advenir de Joanna. Durant les cinquante dernière minutes, Formule pour un Meurtre rejoint la catégorie de thrillers mettant en scène une personne en situation de handicap, à l'image de Hurler de Peur de Seth Holt (1961), Seule dans la Nuit de Terence Young (1967) et bien sûr le Terreur Aveugle de Richard Fleischer (1971) entre autres. Agression, tentative de meurtre, course-poursuite vont se succéder dans la demeure de Joanna et la malheureuse paralytique devra avoir bien du courage et du sang froid pour rester en vie face à la menace bien tangible qui l'assaille, le tout sur un rythme nerveux et qui n'ennuie jamais. 

Pourtant, ce n'était pas gagné d'avance puisque, à l'image du Simetierre de Mary Lambert, ce Formule pour un Meurtre est d'une linéarité à toute épreuve et ne réserve aucune surprise dans son déroulement. Une fois le pot-aux-roses dévoilé, tout s'enchaîne avec une prévisibilité totale, sans que rien ne vienne contrarier la progression de l'histoire. On s'attend à tout ce qui va arriver et qui arrive donc, dans le bon ordre ! Et pourtant, comme avec le film précité, ça fonctionne. Même si on n'échappe pas à certains stéréotypes qui peuvent faire un peu sourire (la réutilisation de la fameuse poupée, le méchant increvable...), Formule pour un Meurtre se regarde sans déplaisir et nous fait passer un bon moment devant notre écran. 

* Disponible chez LE CHAT QUI FUME
Comme toujours, rien à dire sur cette édition classieuse, copie impeccable, boitier trois volets et fourreau adéquat, bonus intéressant. Toujours du bel ouvrage.




LA MAISON DE LA TERREUR

 

LA MAISON DE LA TERREUR
(La Casa con la scala nel buio)

Réalisateur : Lamberto Bava
Année : 1983
Scénariste : Dardano Sacchetti, Elisa Briganti
Pays : Italie
Genre : Giallo
Interdiction : -16 ans
Avec : Andrea Occhipinti, Anny Papa, Fabiola Toledo, Michele Soavi, Valeria Cavalli...


L'HISTOIRE : Engagé afin de composer la musique d’un film d’horreur, Bruno emménage dans une vaste villa, dans la banlieue de Rome, dont le propriétaire est Tony Rendina, un ami d’enfance. Très vite, Bruno réalise que la maison est le cadre de faits étranges et inexplicables. Il fait bientôt la connaissance de Katia, une voisine, laquelle est sauvagement assassinée à l’arme blanche dans le jardin bordant la propriété. Un tueur rôde dans les parages, et le cauchemar ne fait que commencer... 

MON AVIS : Difficile d'être le fils de pour un réalisateur, surtout quand le paternel n'est autre que l'illustre Mario Bava ! C'est ce que va découvrir son fils Lamberto, qui sera de tout temps comparé à son père et ce, pas en sa faveur. Il est vrai que le rejeton n'a pas le talent de sa papa mais comme ils ne font pas du tout le même type de cinéma, la comparaison n'a pas vraiment lieu d'être. Lamberto Bava joue dans la catégorie du cinéma bis décomplexé, à base de relation nécrophile (Baiser Macabre), de monstre aquatique (Apocalypse dans l'Océan Rouge), d'ex-policier vengeur (Blastfighter), de démons sortant des écrans de cinéma ou de télévision (Démons 1 & 2) ou de tueurs fous (Body Puzzle, Delirium) entre autres. Il ira même côtoyer l'univers de la féérie avec des mini-séries de qualité, telles La Caverne de la Rose d'Or. En 1983, pour son second long métrage, il décide de tâter de l'univers du giallo, genre-phare du cinéma italien dans les 70's et dont le chant du cygne a été entamé depuis belle lurette, avec des exceptions tout de même, à l'image du formidable Ténèbres de Dario Argento bien sûr, réalisé en 1982. C'est suite à l'achat d'une luxueuse villa par le réalisateur Sergio Martino que le projet de La Casa con la scala nel buio voit le jour. Le célèbre réalisateur italien se dit que sa nouvelle maison serait le cadre idéale pour une histoire policière et les scénaristes Dardano Sacchetti et Elisa Briganti imaginent donc une intrigue faisant de la villa un personnage à part entière. Conçu au départ pour être une mini-série télé en quatre parties, le projet redevient un film quand les chaînes télévisées le rejettent à cause de sa trop grande violence. Avec La Maison de la Terreur, ou La Maison avec l'Escalier dans le Noir pour le titre original, Lamberto Bava, et surtout ses scénaristes, ont allégrement puisé chez d'autres metteurs en scène tels Brian de Palma, dont les influences issues de Blow-Out et de Pulsions sautent aux yeux, mais aussi chez Dario Argento et son Ténèbres déjà cité et même, n'y allons pas par quatre chemin, chez Alfred Hitchcock. Le résultat final est malheureusement décevant, La Maison de la Terreur étant un giallo assez paresseux, bien trop long (106 minutes au compteur) et qui a pour principal défaut un casting peu avantageux. Bruno, le héros, est interprété par le très fade Andrea Occhipinti, qu'on a envie de secouer tout au long du film tant sa prestation est maussade et peu enjouée. Le casting féminin n'est pas non plus très reluisant, à l'exception de Lara Lamberti qui tire son épingle du jeu. Le rythme est assez mollasson, un comble pour un thriller, les situations sont répétitives et on s'ennuie souvent devant le film. Dommage car il y a tout de même de bonnes choses à retenir, comme une certaine habileté à créer le doute chez le spectateur en ce qui concerne les multiples suspects potentiels par exemple ! Le meurtrier au cutter serait-il cette réalisatrice de film d'horreur qui n'est jamais présente quand le héros désire la voir ? Ou bien ce curieux gardien de maison qui a accès à toutes les pièces ? Le héros lui-même, devenant fou de part son travail de compositeur ? La petite amie de ce dernier, qui aime se balader à l'improviste armée d'un long couteau ? Mystère, mystère ! Autre point positif, la violence exacerbée lors des quelques meurtres qui parsèment le film et notamment, celui dans la salle de bain qui est vraiment choc et filmé avec une complaisance certaine qui réjouira les amateurs. La musique de Guido et Maurizio De Angelis est également à prendre en compte, tout comme le twist final, bien déviant. Encore une fois, il est dommageable que tout cela s'éternise et s'étire en longueur, une durée de 85 minutes aurait nettement profité au film je pense. On notera la bonne utilisation des diverses parties de la maison ainsi que la présence du jeune Giovanni Frezza, ce petit blondinet que Lucio Fulci a traumatisé dans La Maison près du Cimetière et La Malédiction du Pharaon en 1981 et 1982. Pas un giallo de référence malgré des intentions fort louables...

* Disponible en Blu-Ray chez -> LE CHAT QUI FUME  
BONUS:
• L'escalier de la mort avec Lamberto Bava (16 min 30)
• Bienvenue à la maison avec le scénariste Dardano Sacchetti (21 min)
• Dans une maison vide avec le chef opérateur GIANLORENZO BATTAGLIA (17 min)
• Film annonce




LA MORT A SOURI A L'ASSASSIN


LA MORT A SOURI A L'ASSASSIN
(La Morte ha Sorriso all'Assassino)

Réalisateur : Joe d'Amato
Année : 1973
Scénariste : Claudio Bernabei, Joe D'Amato, Romano Scandariato
Pays : Italie
Genre : Giallo, épouvante
Interdiction : -12 ans
Avec : Ewa Aulin, Klaus Kinski, Giacomo Rossi Stuart, Angela Bo, Sergio Doria...


L'HISTOIRE : 1909, en Europe – Greta von Holstein, qui entretient une liaison incestueuse avec Franz, son frère bossu, perd la mémoire à la suite d’un accident de calèche survenu devant la demeure des von Ravensbrück. Appelé au chevet de la malade, le Dr. Sturges semble surtout s’intéresser à l’étrange médaillon inca qu’elle porte autour du cou et qui pourrait l’aider dans ses recherches sur la résurrection. Restée auprès de Walter et Eva von Ravensbrück qui se sont entichés d'elle, la belle Greta semble en proie à une ombre. La maisonnée est bientôt la cible d’une vague de crimes particulièrement violents...

MON AVIS : Joe d'Amato, le Jess Franco italien, l'homme à la filmographie avoisinant les 200 films en tant que réalisateur, en était encore à ses débuts lorsqu'il signa La Mort a souri à l'Assassin en 1973. Souvent décrit comme étant un réalisateur d'entrée de gamme, alors qu'il est mondialement reconnu en tant que chef-opérateur, Joe d'Amato, de son vrai nom Aristide Massaccesi, fait pourtant preuve d'un réel savoir-faire sur bon nombre de ses films les plus connus qui ont fait la joie des amateurs de bis rital. Ce savoir-faire, il en fait d'ailleurs preuve sur La Mort a souri à l'Assassin, un giallo assez original puisqu'il oeuvre également dans l'épouvante et propose une histoire assez rocambolesque, voire même tarabiscotée qui ne manquera pas de perdre le spectateur dans ses méandres labyrinthiques. La construction même du récit complexifie la compréhension du scénario, avec de multiples flashbacks et allers-retours entre passé et présent. Le réalisateur et ses deux scénaristes semblent même s'amuser à perdre leur public en leur proposant tout un tas d'événements qui ne respectent pas une vraie ligne chronologique. Qui plus est, comme dit plus haut, le film prend des airs de giallo mais bifurque souvent vers le cinéma d'épouvante façon Mario Bava ou Antonio Margheriti, avec des références à Edgar Allan Poe entre autres. On a aussi la thématique de la mort qui est présente et même celle de la résurrection, notamment avec le personnage du médecin joué par Klaus Kinski, ce dernier travaillant sur un liquide pouvant faire revivre les défunts, liquide issu d'un code mystérieux qui viendrait de l'époque des Incas ! Le scénario s'amuse à nouveau à brouiller les pistes avec le personnage joué par la ravissante Ewa Aulin, jolie petite blondinette au sourire charmeur et dont on se demande si elle ne serait pas elle-même revenue d'entre les morts ! Elle est le personnage principal de l'histoire et possède une présence parfois spectrale, ce qui nous interroge sur ce qu'elle est vraiment. Il faut dire que pour compliquer encore les choses, de nombreux protagonistes de l'histoire semblent être victimes de visions fantomatiques la concernant, ce qui donne lieu à de très jolies séquences, comme celle se déroulant dans le cimetière par exemple. Les décors sont bien utilisés par le réalisateur, qui parvient à créer une atmosphère inquiétante et perturbante malgré l'aspect un peu fourre-tout de son récit. Joe d'Amato se laisse également aller au niveau de l'érotisme, soft mais suave, ainsi que sur le maquillage gore , via quelques effets bien sanguinolents qui laissent entrevoir ce qu'il mettra en scène dans ses futurs films de genre : viscères sortant d'un ventre empalé, visage ravagé par un tir de carabine, chat griffant sans répit un visage et autres petites joyeusetés sont au programme et malgré un aspect un peu outrancier, ces effets gore donnent un intérêt supplémentaire à ce curieux film qui, lors de certaines séquences, peut évoquer le Blue Holocaust qu'il réalisera en 1979. Bordélique, ce giallo d'épouvante érotico-horrifique l'est assurément au niveau de sa narration mais n'en demeure pas moins intéressant par ce qu'il propose, son ambiance délicieusement macabre et morbide, sa touche très prononcée de ghost story, ses thèmes intrigants et provocateurs (nécrophilie, inceste, lesbianisme...), son casting bien en place, ses excès de violence visuelle, sa mise en scène de très bonne tenue aux fulgurances esthétiques indéniables et sa belle partition musicale due à Berto Pisano. On retiendra également cette image finale qui n'est pas sans rappeler, en moins tétanisante, celle du Trauma de Dan Curtis. A noter que le film est signé du vrai nom du réalisateur et pas de ses célèbres pseudonymes, ce qui est assez rare pour être signalé. La Mort a souri à l'Assassin est une oeuvre atypique, soignée, foutraque mais pourvue de bonnes trouvailles, qui devrait satisfaire les amateurs s'ils n'en attendant pas un giallo dans la pure tradition du genre.

* Disponible en BR chez -> LE CHAT QUI FUME <-   
Magnifique copie encore une fois, proposée en VOSTF uniquement.
BONUS:
• Le talentueux Mr D'Amato avec l'assistant réalisateur Gianlorenzo Battaglia (19 min)
• Ewa a souri à l'assassin avec l'actrice Ewa Aulin (10 min)
• Film annonce




MEURTRE PAR INTÉRIM

 

MEURTRE PAR INTERIM
(Un Posto ideale per Uccidere)

Réalisateur : Umberto Lenzi
Année : 1971
Scénariste : Lucia Drudi Demby, Antonio Altoviti, Umberto Lenzi
Pays : Italie, France
Genre : Giallo
Interdiction : -12 ans
Avec : Irene Papas, Ray Lovelock, Ornella Muti, Michel Bardinet, Calisto Calisti...


L'HISTOIRE : À Copenhague, Ingrid Sjoman et Dick Butler forment un jeune couple de marginaux qui subsiste tant bien que mal en vendant à la sauvette des revues et photos pornographiques. Ils décident de partir en Italie, dans l’espoir de gagner plus d’argent. Là-bas, en Toscane, recherchés par la police, ils trouvent refuge dans une vaste villa isolée, près de Florence, où vit Barbara Slater, femme issue d’un milieu aisé. Si, dans un premier temps, celle-ci se montre hostile à leur égard, ils finissent par se faire accepter d'elle sans imaginer dans quel traquenard ils sont tombés...

MON AVIS : Avec plus de soixante films à son actif, le réalisateur italien Umberto Lenzi est l'une des personnalités les plus appréciées des fans de cinéma populaire, ayant œuvré tout aussi bien dans le péplum que dans le film d'aventure, le film de guerre, le film d'espionnage, le western, le film d'horreur, le film policier et bien sûr le giallo ! Il en a déjà réalisé trois depuis 1969 quand il s'attelle, en 1971, à la mise en scène de Meurtre par Intérim. Avertissons de suite les amateurs de tueur masqué et ganté trucidant à tour de bras à l'arme blanche que Meurtre par Intérim est un giallo de machination, qui ne possède aucun meurtre sanglant, ni tueur mystérieux vêtu de noir et maniant le couteau en virtuose. Lenzi a voulu faire de son film une sorte de road movie mettant en scène deux jeunes hippies (Ray Lovelock et Ornella Muti) partis vagabonder sur les routes à bord de leur voiture Spider et qui vont s'arrêter là où il ne fallait pas, à savoir dans la demeure de Barbara Slater (Irene Papas), suite à une panne d'essence. Très rapidement, le film, après avoir joué sur un petit aspect subversif en faisant vendre des photos pornographiques à nos deux jeunes héros, ce qui était sûrement tabou à l'époque (même si Lenzi, qui n'est pas à l'origine de cette idée du scénario, due au producteur Carlo Ponti, reconnaît qu'en 1971, ce tabou était déjà dépassé et qu'on trouvait déjà de nombreux magazines érotiques ou pornos en Italie et ailleurs), va se transformer en un huis clos à trois personnages, qui va concentrer la majorité de son action dans la maison de madame Slater et faire évoluer la machination mise en place par cette dernière. Rassurez-vous, ce n'est point un spoiler, on le devine aisément et le fait que l'on sache cette information permet à Meurtre par Intérim de maintenir un intérêt constant puisqu'on se demande perpétuellement comment cette dernière va réussir à faire porter le chapeau à nos jeunes héros et comment ceux-ci vont réussir à se sortir d'affaire. C'est un vrai jeu du chat et de la souris auquel nous convie Umberto Lenzi, qui va donc en faire voir de toutes les couleurs à ses trois personnages. Si le choix de Ray Lovelock a été immédiat pour le réalisateur, les deux protagonistes féminins ont posé plus de souci. Pour interpréter madame Slater, on suggère Carroll Baker à Lenzi mais celui-ci refuse car il a déjà tourné avec cette ravissante actrice à deux reprises et ne souhaite pas s'enfermer dans la redite. Une autre actrice est retenue mais face à son incapacité à pouvoir être présente sur le tournage, le choix se tourne donc vers la Grecque Irene Papas, qui s'en sort plutôt bien dans ce rôle fort ambigu et machiavélique. La jolie Ingrid est quant à elle interprété par la sublime Ornella Muti, qui n'avait que 17 ans lors du tournage. Son personnage ayant des scènes dénudées, Umberto Lenzi a du avoir recours à une doublure. Désolé messieurs, ce ne sont donc pas les seins d'Ornella qu'on voit dans ce film ! Le réalisateur est également un peu déçu qu'on l'ait obligé à tourné des scènes ne servant qu'à meubler et à allonger la durée du film, comme celles avec le motard fou par exemple, qui, c'est vrai, n'apportent rien à l'intrigue elle-même. Meurtre par Intérim se révèle au final assez académique et possède un rythme en dent de scie. Le film est principalement porté par son trio d'acteurs et le charme d'Ornella Muti. Il est joliment mis en scène par contre, avec de beaux mouvements de caméra mais on reste tout de même un petit peu sur sa faim. Le final est plutôt bien pensé par contre, avec un revirement de situation qui sera à l'avantage de... je vous laisse la surprise. Un film de machination correct donc mais qui manque de tonus et n'atteint pas le niveau de ses rivaux dans le genre. A noter que Lenzi s'était permis de filmer quelques images plus crues au niveau de l'érotisme qui ont été supprimé du montage final. On peut voir ces images en bonus sur l'édition du Chat qui Fume qui fait définitivement bien les choses. 

* Disponible en BR chez -> LE CHAT QUI FUME <-
Excellente copie, proposée en VF et VOSTF
BONUS:
• Le crime imparfait avec Umberto Lenzi (23 mn)
• Scènes coupées
• Film Annonce




ALICE, SWEET ALICE

 

ALICE, SWEET ALICE
(Communion / Communion Sanglante)

Réalisateur : Alfred Sole
Année : 1976
Scénariste : Rosemary Ritvo, Alfred Sole
Pays : Etats-Unis
Genre : Thriller, Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Linda Miller, Mildred Clinton, Paula E. Sheppard, Brooke Shields...


L'HISTOIRE : Alice Spages, 12 ans, vit avec sa mère et sa sœur Karen, à laquelle elle adore faire peur. Karen s’apprête à fêter sa première communion lorsque son corps est retrouvé atrocement mutilé dans l’église. Certains pensent qu’Alice pourrait être à l’origine du meurtre, mais comment une enfant si jeune pourrait-elle commettre une telle abomination ? Pourtant, les meurtres se poursuivent dans l’entourage d’Alice...

MON AVIS : Réalisateur peu prolifique, avec seulement 4 films et un téléfilm à son actif, dont le curieux La Bête d'Amour en 1980, Alfred Sole, qui s'est suicidé à l'âge de 78 ans, est néanmoins resté célèbre parmi les fans de cinéma de genre avec son second film, le thriller horrifique Alice, Sweet Alice, qui date de 1976. Intitulé à l'origine Communion, terme qui sera utilisé pour le film lors de sa sortie française en VHS, sous le titre de Communion Sanglante donc, Alice, Sweet Alice a marqué les esprits de par la présence de ce mystérieux tueur portant un masque étrange et vêtu d'un ciré jaune, un vêtement qui n'est pas sans nous rappeler le ciré rouge porté par la petite fille dans le film de Nicolas Roeg, Ne Vous Retournez Pas, et pour cause, Alfred Sole étant un grand fan de ce classique du genre et a voulu lui rendre un hommage en utilisant cet habit de pluie pour son film. Clairement, Alice, Sweet Alice est un thriller horrifique et par de nombreux aspects, on pourrait la catégoriser parmi le giallo, genre typiquement italien, dont le film de Sole en est l'une des plus belles variations étrangères : meurtres sanglants ; tueur dont on ne connaît pas l'identité ; utilisation d'un masque inquiétant pour dissimuler son visage ; mystère quant à ses motivations ; enquête policière, menée à la fois par des inspecteurs mais aussi par le père divorcée d'Alice et Karen ; plusieurs coupables potentiels dont la sœur de la première victime, qui semble souffrir de quelques troubles psychologiques, troubles parfaitement rendus à l'écran par la jeune actrice Paula E. Sheppard, absolument bluffante dans ce rôle. On a également la thématique de la religion qui est bien présente ici, avec une critique du monde ecclésiastique et des adeptes extrémistes de la Foi, qui fait suite à des soucis que le réalisateur a eu avec son premier film Deep Sleep, un porno que l'Eglise a mal accueilli car on y voit la maison d'un évêque. Et pour finir, on a toute une galerie de personnages atypiques, dérangeants même, comme ce propriétaire d'appartements qui pèse dans les 200kg (Alphonso DeNoble), la bonne du curé (Mildred Clinton),  cette tante (Jane Lowry) qui semble détester Alice et reste persuadée que celle-ci est la meurtrière de sa sœur, cette mère (Linda Miller) qui délaisse Alice au profit de sa sœur Karen (Brooke Shields dans son premier rôle au cinéma) qui est pourtant une véritable petite peste et qui vit désormais avec un prêtre et Alice elle-même, qui a des comportements des plus malsains et dont le côté démoniaque semble prendre le dessus sur son côté angélique. Des protagonistes dont les attitudes créent une véritable ambiance déstabilisante, malsaine même, qui permettent au film de Sole de s'élever au-dessus du simple film d'horreur lambda et de proposer une atmosphère soignée, travaillée, que vient subjuguer une mise en scène précise et inspirée. Tout ce qu'on retrouve dans le giallo, je vous le dit ! Le réalisateur utilise à merveille ses différents décors (l'immeuble, le sous-sol, une usine désaffectée, l'Eglise...) et offre au public quelques excès de violence stylisés, dans lesquels le sang bien rouge coule en abondance. Même si le nombre de meurtre est très limité, ces derniers sont réellement efficaces et remplissent tout à fait leur fonction choc. Bref, Alice, Sweet Alice joue autant dans la cour du giallo que du film de psycho-killer et du slasher, deux sous-genres qui seront grandement popularisés deux ans plus tard, avec la sortie du Halloween de John Carpenter. Ce qui est très plaisant, c'est que la personnalité même d'Alice fait que le spectateur se demande constamment si cette dernière est coupable ou non et qu'on doute durant une bonne partie du film. Autre fait marquant, celui qui nous fait découvrir l'identité du tueur au ciré jaune au bout de 60 minutes, sans que cela ne vienne amoindrir l'intérêt de l'histoire, qui continue à nous intriguer durant les 45 dernières minutes et qui se clôture sur un final assez chargé en violence et émotion. Sur un rythme somme toute assez posé, Alice, Sweet Alice n'ennuie jamais tant il y a de petits détails à l'écran qui nous plonge au cœur de l'intrigue (la poupée, le pendentif en forme de croix...) et fait qu'on ne décroche pas nos yeux de l'écran, tentant de faire la lumière sur ces événements macabres et de leur donner une motivation. A noter une très bonne partition musicale due à Stephen Lawrence, parfaite pour accompagner les images et participer à renforcer l'ambiance. Petite pépite du cinéma d'horreur 70's, au casting impeccable, intelligent et vraiment très bien réalisé, Alice, Sweet Alice mérite d'être redécouvert à nouveau, ne serait-ce que pour admirer la prestation de Paula E. Sheppard, dont le petit sourire et le regard dans la dernière image feront encore planer le doute chez le spectateur...

* Disponible en DVD et BR chez -> RIMINI EDITIONS <- 
Superbe remasterisation du film, présenté en VF et VOSTF.
Bonus
- Boîtier Digipack avec fourreau
- Le livret « Le Bon Dieu sans confession » rédigé par Marc Toullec (20 pages)
- Présentation du film par Gilles Gressard, écrivain et historien du cinéma