Cette séquence d'introduction laisse présager du meilleur mais on se rendra vite compte que ce seront quasiment les seules visions sanglantes auxquelles nous auront droit, le réalisateur préférant nous livrer un film d'ambiance, dont l'aspect général n'est pas sans rappeler certains films de la Hammer. Huis clos, décor angoissant, nombreux personnages, dont certains semblent en savoir bien plus sur cette île qu'ils ne veulent bien le dire, trésor caché et tueur monstrueux, tels sont donc les éléments composant le principal attrait de cette Tour du Diable. A cela s'ajoute un érotisme assez présent, ce qui était quand même assez rare dans ce genre de production anglaise, ce qui vaudra d'ailleurs au film d'avoir de sérieux ennuis avec la censure. Un érotisme très soft rassurez-vous. Datant de 1972, on pourrait presque voir en La Tour du Diable un film de transition, transition entre le film gothique anglais des années 60 et l'horreur graphique des années 70. On pourrait également le rapprocher du film canadien Humongous pour ce qui est de l'ambiance et du style. Un mélange plutôt intéressant même s'il n'empêche pas le film de posséder certains poncifs. En effet, le film de Jim O'Connelly fait preuve d'une certaine prévisibilité, et l'identité du tueur n'est pas très longue à se faire connaître. Ce qui ne lui nuit pas en fait, son identité n'étant pas un élément capital sur lequel est bâti le suspense. Les personnages sont un peu quelconques, on a du mal à s'attacher à eux car ils ne sont pas très intéressants ni captivants, si ce n'est le pécheur emmenant l'expédition sur l'île. Quant à la présence d'un trésor antique, cet élément ne sert pas à grand chose, si ce n'est de nous faire explorer des souterrains lugubres. Malgré ces menus défauts, le film n'est pas mauvais, bien au contraire, et il restitue fort bien cette ambiance épouvante que j'aime. Moins graphique que prévu au niveau de la violence, La Tour du Diable m'avait un peu déçu lors de ma découverte du film en VHS mais je le réévalue à la hausse à chaque nouvelle vision, me laissant embarquer dans son atmosphère lugubre. A voir donc pour les amateurs de films à tendance gothique, mais aussi pour cette sorte de transition entre deux époques aujourd'hui révolues.
Légende pour la notation des films
Bienvenue dans mon univers filmique ! Ma mission ? (Re)voir tous mes films, séries Tv, documentaires et concert, tous genres confondus, sur tous supports, Vhs, Dvd, Dvd-r, Blu-ray (avec aussi les diffusions télévisées ou cinéma), et vous donner mon avis de façon simple et pas prise de tête sur chaque titre (re)vu ! C'est parti !
LA TOUR DU DIABLE
LA TOUR DU DIABLE
(Tower of Evil)
Réalisateur : Jim O'Connolly
Année : 1972
Scénariste : Jim O'Connolly
Pays : Angleterre
Genre : Epouvante
Interdiction : -12 ans
Avec : Bryant Haliday, Jill Haworth, Mark Edwards, Jack Watson, Anna Palk...
L'HISTOIRE : Deux pécheurs accostent sur la petite île de Snape Island, où un phare se dresse seul dans la nuit. Les deux hommes découvrent trois cadavres d'adolescents, ainsi qu'une jeune fille terrorisée, Pénélope, devenue folle, et qui poignarde mortellement l'un d'eux. Elle est conduite dans un institut psychiatrique où un médecin tente de découvrir ce qui s'est passé dans le phare en la soumettant à des tests d'hypnose. Parallèlement, une expédition d'archéologues part pour Snape Island, afin de découvrir un possible trésor datant de l'ère phénicienne, l'un des trois adolescents ayant été empalé par une lance en or datant de cette époque…
MON AVIS : Jim O'Connelly n'a pas fait une grande carrière dans la réalisation. Il débute en 1962 en tournant des épisodes de la série Le Saint. En 1968, après trois films à tendance policière, il se tourne vers l'épouvante en réalisant Circus of Terror avec la célèbre actrice Joan Crawford. L'année suivante, après avoir fait une adaptation du Saint pour le cinéma, il décide de mêler western et fantastique dans le très sympathique La vallée de Gwangi et son tyrannosaure se retrouvant à lutter contre des cow-boys. Puis ce sera ce fameux La tour du Diable en 1972. Il réalisera son dernier film deux ans plus tard. Jim O'Connelly s'est également retrouvé au poste de scénariste, d'acteur, de producteur, de producteur associé et d'assistant directeur au cours de sa carrière. On peut dire que c'est sa période épouvante et fantastique qui s'avère la plus intéressante. Le film de O'Connelly s'est vu affublé de plusieurs titres, comme Beyond the Fog ou Horror on Snape Island. Des titres qui auraient très bien pu remplacer le titre original, qui a préféré se focaliser sur l'élément principal, à savoir le phare abandonné qui surplombe une petite île rocailleuse, dont les eaux sont jonchées de rochers dangereux pour les embarcations. Ce décor permet de créer le climat inquiétant du film. Baignés dans le brouillard, l'île et son phare ont une très mauvaise réputation depuis bien longtemps chez les marins et les meurtres récents ne vont pas améliorer leurs cotes de popularité. Des meurtres qui constituent une très bonne entrée en matière, avec corps décapité dont la tête va dévaler les marches du phare, garçon empalé avec une lance…
* Disponible en DVD + BR chez RIMINI EDITIONS
Superbe copie pour profiter au mieux des scènes sombres du film.
Bonus :
- Derrière la brume : Présentation du film par Eric Peretti (25’)
- un livret écrit par Marc Toullec (24 pages)
FEAR STREET : PROM QUEEN
FEAR STREET : PROM QUEEN
(Fear Street : Prom Queen)
Réalisateur : Matt Palmer
Année : 2025
Scénariste : Matt Palmer, Donald McLeary, R.L. Stine
Pays : USA
Genre : Horreur, slasher
Interdiction : -16 ans
Avec : India Fowler, Suzanna Son, Fina Strazza, Chris Klein, Lili Taylor...
L'HISTOIRE : En 1988, alors que les élèves du lycée de la ville de Shadyside dans l'Ohio se préparent pour leurs bal de promo, plusieurs élèves sont en pleine compétition pour gagner des votes afin de devenir la reine du bal. Alors qu'une candidate inattendue rejoint la compétition, plusieurs autres commencent à disparaître mystérieusement…
MON AVIS : Auteur des romans pour ados Chair de Poule, R.L. Stine a également écrit la série Fear Street, entre autres. En 2021, cette dernière se voit adapter sous forme d'une trilogie vraiment bien foutue, qui remporte les suffrages du public et des amateurs du genre, avec un niveau de violence nettement revue à la hausse. Pour ma part, j'attendais de revenir dans l'univers Fear Street, avec une nouvelle histoire, une nouvelle ambiance. C'est donc chose faite en 2025 avec Fear Street : Prom Queen, réalisé par Matt Palmer. Les premières affiches et le résumé de l'histoire nous ont de suite fait comprendre qu'on aurait droit à un hommage aux slashers 80's et notamment au célèbre (bien que pas très fameux) Le Bal de l'horreur avec Jamie Lee Curtis. A l'arrivée, ce quatrième Fear Street montre moins d'ambition que la trilogie initiale mais je m'y attendais au vu du sujet traité. On parle donc de rendre hommage aux slashers 80's hein, pas de proposer quelque chose de neuf. Et vu sous cet angle, Fear Street : Prom Queen remplit bien son contrat. On a tous les codes de ce style de films : les ados tête-à-claques, la jeune héroïne souffre-douleur, le trauma d'enfance, l'ambiance lycée américain avec ce fameux bal de fin d'année, un peu de romance et donc un tueur fou qui va décimer une à une les candidates qui se présentent pour être élues reine de promo, le tout sur de la musique bien 80's, avec du Rick Astley, Bananarama, Eurythmics, Tiffany, Roxette, Eight Wonder ou Duran Duran entre autres ! Le casting est plutôt bon, India Fowler assure bien en tant qu'héroïne, Fina Strazza encore plus dans le rôle de la peste de l'école qu'on a envie de baffer, on a le plaisir de voir Chris Klein qui s'est échappé des American Pie ou Lili Taylor de tout un tas de films et séries-télévisées. Bon, et les meurtres dans tout ça ? Eh bien, si les romans de R.L. Stine sont destinés à un jeune public, les meurtres dans ses adaptations télévisuelles sont bien violents et bien sanglants et ce n'est pas Fear Street : Prom Queen qui va changer la donne ! Mains sectionnées au massicot, tripes qui sortent d'une blessure au ventre, coups de hache, visage passé dans une disqueuse, couteau enfoncé dans un crâne et j'en passe, ça saigne plutôt bien, et généreusement ! Bien sûr, l'identité du tueur caché sous son costume et son masque sera à découvrir et il y a évidemment pas mal de candidats qui pourraient faire l'affaire, à vous de découvrir le bon ! Sans temps mort, avec une histoire qui ne révolutionne rien - de toute manière, ce n'est pas du tout ce qu'on lui demandait - mais qui tient la route, de la musique rétro et bien dans l'esprit, un casting qui s'en sort bien, des meurtres graphiques, tout un tas de clichés mais c'est voulu et un petit twist sympa (même si prévisible), Fear Street : Prom Queen est un bel hommage à tout un pan du slasher movie 80's et c'est franchement assez agréable à regarder. Personnellement, je ne serais pas contre de retourner une cinquième fois à Shadyside !
LA SORCIERE SANGLANTE
LA SORCIERE SANGLANTE
(I lunghi capelli della morte)
Réalisateur : Antonio Margheriti
Année : 1964
Scénariste : Tonino Valerii, Antonio Margheriti
Pays : Italie
Genre : Epouvante
Interdiction : /
Avec : Barbara Steele, George Ardisson, Halina Zalewska, Umberto Raho...
L'HISTOIRE : Au XVIe siècle, Adèle Karnstein est condamnée au bûcher, accusée d’avoir tué le comte Franz. Sa fille aînée, Helen, tente de la sauver en accordant ses faveurs au comte Humboldt, en vain. Avant de mourir, devant les yeux de sa plus jeune fille, Elizabeth, Adèle lance une terrible malédiction...
MON AVIS : Si on cite généralement Mario Bava en tête de liste de l'épouvante à l'italienne, il ne faudrait pas sous-estimé son compatriote Antonio Margheriti, qui nous a offert lui aussi des pièces majeures dans ce genre, de véritables classiques à la beauté esthétique hallucinante. Ayant débuté par la science-fiction au début des années 60 avec Le Vainqueur de l'espace et La Planète des Hommes Perdus, c'est véritablement avec l'épouvante gothique que Margheriti se fait une place au sein des meilleurs réalisateurs du genre. En 1963, c'est La Vierge de Nuremberg. En 1964, il réalise son chef-d'oeuvre, Danse Macabre, avec Barbara Steele, qu'il retrouve la même année avec La Sorcière Sanglante, autre film à mettre sur un podium et dont on va parler aujourd'hui. Il reviencra à l'épouvante en 1971 avec Les Fantômes de Hurlevent, avec Klaus Kinski et Michelle Mercier. Avec La Sorcière Sanglante, Antonio Margheriti offre au spectateur une sorte de best-of de tout ce qui donne son attrait au genre : femme accusé de sorcellerie condamnée au bûcher qui lancera une malédiction sur ses bourreaux ; morts brutales qui entraîneront une vengeance ; Immense château aux nombreux dédales de couloirs, escaliers en colimaçon et passage secret ; scène dans une crypte ; torture psychologique ; adultère ; présence de la religion ; spectre vengeur ; machination et complot pour se débarrasser de protagonistes génants ; personnages dont l'âme est torturée ; scènes éclairées à la bougie ; ambiance macabre ; Barbara Steele à la beauté ténébreuse et j'en passe. Tout, asbolument tout est réuni pour faire de La Sorcière Sanglante un pur classique, ce qu'il est, définitivement. La mise en scène, le placement de la caméra, la musique, l'atmosphère dramatique qui bifurque dans la folie, le casting impeccable, le scénario et la progession des événements, tout est au diapason pour hisser ce film à un très haut niveau d'exigence. Barbara Steele est incroyable dans ce film, comme souvent me direz-vous, mais ce qui est intéressant, c'est qu'on en arrive à oublier que son motif est la vengeance, on finit par la considérer comme un personnage à part entière, qui se fourvoie elle aussi dans la trahison au contact du vil baron Kurt, superbement interprété lui aussi par un George Ardisson impérial. On a aussi le plaisir d'avoir au générique deux beautés brunes, Barbara bien sûr mais aussi Halina Zalewska, qui joue Elizabeth, fille de la prétendue sorcière brûlée vive au début du film. La vie d'Elizabeth n'a rien d'enviable : elle a vu sa mère mourir sous ses yeux quand elle était enfant, et le cruel baron Kurt en a fait son épouse malgré elle. L'arrivée de Barabara Steele au château va encore plus plonger la jeune femme dans le tourment, puisque son mari imposé va tomber sous le charme de Barbara et donc vouloir l'éliminer pour avoir le champ libre. Cette notion de fatalité, on la ressent tout au long du déroulement de La Sorcière Sanglante, film éminemment pessimiste qui ne reflète guère la joie de vivre. Outre les violences conjugales, tout le film est placé sous le signe de la désolation, aussi bien physique que mentale, de la cruauté et de la mort. On a souvent dit que Lucio Fulci était le poète du macabre. Il est temps de réhabiliter Antonio Margheriti à ce sujet car La Sorcière Sanglante est un authentique poème mortuaire. Il serait assez hallucinant de dénombrer les images ayant trait à la mort dans ce film où tout n'est que noirceur et ôde à la Grande Faucheuse, l'imagerie macabre étant élevée ici au rang d'art pictural, associé à une magnifique photographie due à Riccardo Pallotini. Je ne vais pas m'étendre davantage sur La Sorcière Sanglante. Nous sommes ici en présence d'un film majeur et incontournable du cinéma d'épouvante gothique à l'italienne, rien que ça. Vision obligatoire et hautement recommandée !
* Disponible en combo DVD + BR chez Artus Films
Bonus :
- Présentation du film par Nicolas Stanzick
- Entretien avec Ernesto Gastaldi
- Générique anglais
- Diaporama d’affiches et photos
- Films-annonces originaux
* Exclusivité BluRay : reprise des bonus 2006
- Entretien avec Edoardo Margheriti
- Mon ami Nini, par Luigi Cozzi
- Antonio Margheriti, par Alain Petit
- La sorcellerie, culte des ancêtres et des forces de la nature, par Anne Ferlat
BODY TRASH
BODY TRASH
(Body Melt)
Réalisateur : Philip Brophy
Année : 1993
Scénariste : Philip Brophy, Rod Bishop
Pays : Australie
Genre : Horreur, Gore
Interdiction : -16 ans
Avec : Gerard Kennedy, Andrew Daddo, Ian Smith, Regina Gaigalas...
L'HISTOIRE : Une nouvelle vitamine est testée en secret sur les habitants d’une petite ville australienne, alors que les précédents tests se sont révélés mortels. Le chercheur qui a découvert la molécule tente de donner l’alerte, mais, contaminé, il décède dans des circonstances atroces. Deux policiers mènent l’enquête, tandis que mutations, effets secondaires violents et hallucinations se multiplient dans la population...
MON AVIS : Le cinéma australien a toujours fait figure de vilain petit canard irrévérencieux et ce n'est pas Body Trash, titre français de Body Melt, qui viendra contredire cet état de fait. Avec ses visuels détonnants, le film de Philip Brophy se range généralement dans la catégorie Gore. Et au vu de ses effets spéciaux dégoulinants, ça lui va plutôt bien. Mais attention tout de même ! Les amateurs de barbaque et de tripailles s'attendant à ce que ça gicle du début à la fin pourront ressortir déçus de leur vision du film, tant ce dernier mixe plusieurs univers et joue dans divers registres, qui font que, dans la grande majorité du temps, le gore est aux abonnés absents. Par contre, quand il est présent à l'écran, ça fait le job, avec de grosses influences façon Ré-animator ou Street Trash, notamment lors du final qui évoque clairement le classique de Jim Muro quant aux couleurs fluos qui giclent des corps en folie. Les effets visuels sont de bonne qualité et versent dans le trash déjanté, avec un placenta tentaculaire qui explose le ventre de sa génitrice, des sortes de vers qui pénètrent dans la gorge et le nez, une langue qui n'en finit plus de grossir dans la petite bouche de son hôte ou des corps qui fondent et se liquifient entre autres. De quoi satisfaire le public venu assister à ce que le film promettait. Mais voilà, Philip Brophy a des choses à revendiquer et il les expose longuement dans Body Trash, à travers le destin de plusieurs personnages : le célibataire, les deux ados, le sportif, le couple avec la femme enceinte ou les inspecteurs de police par exemple. Brophy veut principalement mettre en avant l'idiotie du culte du corps, pointant du doigt les personnes absorbant des pillules à foison pour refaçonner leur corps, afin de se fondre dans le moule. Il passe à la moulinette les couples parfaits mariés depuis peu, les pulls en laine, les livres de prénoms à donner aux bébés, les cours d'aérobic, les véhicules à quatre roues motrices, les lotissements fraîchement sortis de terre et par tout ce qui se rapporte à des modes de vie complaisants. Eh ben, il en a des revendications le Philip Brophy ! Voulant tourner en dérision la prise de substances affectant le corps humain lui-même, il décide de créer une vitamine dont les effets secondaires sont catastrophiques pour qui en ingère, avec trois phases de détérioration : hallucinations / dysfonctionnement des organes / liquéfaction du corps ! Et bien sûr, il pointe aussi du doigt les laboratoires qui vendent ces produits sans réellement se soucier de leurs effets néfastes ! En clair, Body Trash joue dans la cour du Body Horror si cher à David Cronenberg. Sur le papier, ça donne clairement envie. Un peu moins à l'écran. Dans un lotissement caricatural façon Edward aux mains d'argent, les protagonistes principaux vivent leur vie monotone et on a souvent l'impression de suivre une sorte de film à sketches, passant de l'un à l'autre avec un ennui poli. Les scènes avec les deux ados donneurs de sperme m'ont paru interminables par exemple. Ils débarquent dans une ferme isolé pour s'approvisionner en essence et se retrouvent en compagnie d'une famille de bogans, l'équivalent des rednecks américains. Dents pourris, consanguinité, enfants débiles et femme à la masculinité prononcée vont sévir auprès des deux ados et on a la facheuse impression d'être dans un autre film que celui qu'on suivait au début. Alors oui, c'est irrévérencieux, trash aussi, mais comme déjà dit, ça donne l'aspect d'être un sketch qui n'a pas vraiment de lien avec l'histoire principale et qui ne sert qu'à atteindre une durée correcte de film. Personnellement, je ne comprends pas trop l'utilité de ce (long) passage avec les deux ados au sein de ce film-ci. Dans un pur film de rednecks, ça serait nettement plus efficace. Idem pour les séquences avec les deux policiers, qui ne font guère avancer le schilmblick et ne servent finalement que de fil conducteur entre le récit des divers personnages. Avec sa structure plus que bancale, Body Trash ne coche pas toutes les cases et cette satire comico-gore risque de déstabiliser le public, trop alléché par les images gore qui circulent dans les magazines ou sur le net. Comme tout film australien, ça reste une expérience hors norme, à part, et ça interpelle autant que ça déboussole. A voir pour ses séquences à effets spéciaux, qui valent le détour.
* Disponible en combo DVD + BR chez RIMINI EDITIONS
* Master HD
LES YEUX DE FEU
LES YEUX DE FEU
(Eyes of Fire)
Réalisateur : Avery Crounse
Année : 1983
Scénariste : Avery Crounse
Pays : USA
Genre : Fantastique, Folk Horror
Interdiction : -12 ans
Avec : Dennis Lipscomb, Guy Boyd, Rebecca Stanley, Karlene Crockett, Rob Paulsen...
L'HISTOIRE : 1750. Chassé de son village pour adultère, le pasteur Will Smythe s’enfuit avec quelques fidèles dans une région inexplorée d’Amérique du Nord. Le petit groupe finit par trouver un endroit où s’installer, inconscient des dangers qui se cachent dans les bois environnants. Leah, une jeune fille du groupe, possède des dons qui vont réveiller les forces de la forêt...
MON AVIS : Quel film atypique ! Amateurs d'étrangeté filmique, ne manquez surtout pas de vous procurer cette belle édition du film d'Avery Crounse, Les Yeux de Feu, une œuvre de folk horror qui ne manquera pas d'intriguer le spectateur, qui se demandera s'il n'est pas dans un trip LSD devant le spectacle proposé. Pas forcément facile d'accès, Les Yeux de Feu est en fait un remontage raccourci initié par le réalisateur lui-même de son projet initial intitulé Crying Blue Sky (proposé en bonus dans l'édition de Rimini). Avery Crounse n'a que trois longs-métrages au sein de sa filmographie. C'est avant tout un photographe renommé qui a décidé de se lancer dans l'aventure cinématographique. En 1983, il réalise, scénarise, monte, dessine les affiches, se fait producteur et se déplace aux projections de son premier film Crying Blue Sky. Un titre trop énigmatique au final qui sera remplacé par Eyes of Fire. Les projections convainquent Crounse que son film est également trop long (109 minutes) et il décide de le remonter et d'opérer quelques changements pour atteindre une durée de 86 minutes. Ce qui n'empêche pas le nouveau produit final de conserver son mystère et de se montrer particulièrement déroutant. Sorcellerie, jeune fille possédant des pouvoirs magiques, arbre avec des visages au sein de son écorce, esprits de la forêt apparaissant et disparaissant comme par magie, mysticisme, sorcière effrayante et j'en passe, on baigne ici dans un univers onirique et fantasmatique qui envoûte tout autant qu'il déstabilise le public. Le film se veut un mélange historique et fantastique, avec ces colons emmenés par un pasteur adultère devant s'installer dans une région encore vierge de la présence humaine. Le folk horror met constamment en rapport / affrontement la civilisation et la nature, la rationalité et les croyances païennes et Les Yeux de Feu en est un superbe exemple. Le soin apporté aux images (le métier de photographe d'Avery Crounse y est pour beaucoup), la méticulosité affichée par l'atmosphère déployée et les effets spéciaux (souvent rudimentaires mais qui apportent une touche féérique ou angoissante à l'ensemble) font de ce film une œuvre picturale de grande qualité. L'histoire bascule constamment dans une sorte de rêve ou de cauchemar éveillé et même si on a parfois l'impression d'être un peu perdu et de ne pas tout comprendre au récit de Crounse, on reste happé par les visions farfelues et assez uniques que le réalisateur nous propose tout au long de son film. On est quasiment dans un délire chamanique ici et peu d'œuvres peuvent se targuer d'être aussi originale dans ce qu'elle propose. Je peux comprendre que Les Yeux de Feu divise le public tant il est hors norme. C'est réellement une expérience à part, loin des standards et des balises communes qu'on peut trouver dans la plupart des films, de l'époque ou même d'aujourd'hui. Un film a (re)découvrir donc, si vous voulez voir autre chose que des œuvres préformatées. Il ne reste plus qu'à visionner Crying Blue Sky pour comparer les deux montages.
* Disponible en combo DVD + BR + Livret chez RIMINI EDITIONS
Bonus :
- Le secret repose dans les arbres : interview du réalisateur
- Crying Blue Sky (109 min)
- Livret 24 pages de Marc Toullec
NOIRES SONT LES GALAXIES
NOIRES SONT LES GALAXIES
(Noires sont les Galaxies)
Réalisateur : Daniel Moosmann
Année : 1981
Scénariste : Jacques Armand
Pays : France
Genre : Science-fiction, série-télé
Interdiction : /
Avec : Richard Fontana, Catherine Leprince, Catriona MacColl, François Perrot ...
L'HISTOIRE : Le docteur Patrick Piot sauve d'une agression la jeune Coretta. L'agresseur, patron de la jeune femme, meurt dans la lutte. Un inconnu récupère le corps et semble mêler au trafic de cadavres qui a lieu dans la région. Ce dernier retrouve Coretta et lui demande de lui procurer le corps d'une jeune femme de 25 ans en échange d'une grosse somme d'argent. Coretta en parle à Patrick qui refuse. L'inconnu la menace et Coretta parvient à convaincre Patrick, qui, une fois l'affaire terminée, ne veut plus la voir. Un peu plus tard, Coretta tombe sur un homme qui n'est autre que son patron décédé mais ce dernier ne semble pas la reconnaître et se fait appeler Maubourdin ! Paniquée, elle en parle à Patrick et tous deux se rendent à la boutique de bijoux tenue par Maubourdin. Patrick ne peut que constater ce qui semble invraisemblable. Ils se font inviter chez Maubourdin et découvre que sa femme n'est autre que le cadavre de la jeune fille, elle aussi bien vivante ! Un peu plus tard, madame Maubourdin demande à Patrick de venir chez elle et lui dévoile la vérité : elle et son mari sont issus d'une race extra-terrestre déportée sur Terre qui utilise les enveloppes corporelles terriennes pour se fondre dans le décor, leur planète étant ravagée par la pollution...
MON AVIS : De cette mini-série, je n'avais qu'un très vague souvenir à propos de plantes sortant d'un corps et pour cause, j'avais juste sept ans en 1981, date de diffusion sur Antenne 2 des quatre épisodes. Je viens enfin de la revoir en 2025 puisque le Père-Noël m'a apporté le coffret DVD édité par Elephant Films. Il ne devait pas y avoir beaucoup de série française de science-fiction à cette époque, même si, grâce à l'INA, on a pu découvrir pas mal de productions de genre fantastiques made in France tournées pour la télévision. Noires sont les Galaxies en est l'une des plus intrigantes, assurément. Son récit nous rappelle L'invasion des Profanateurs de Sépultures, classique de la S-F 50's. Le premier épisode prend tout son temps et ne nous offre quasiment aucune scène de science-fiction, hormis les yeux d'un personnage qui deviennent blanc lumineux. On y découvre les principaux protagonistes, à savoir Patrick (Richard Fontana) et Coretta (Catherine Leprince), ainsi qu'un mystérieux inconnu à moustache (Stéphane Bouy) qui s'amuse à récupérer des cadavres. Est-ce pour se livrer à un trafic rémunérateur ? On n'en saura pas plus pour le moment. Le second épisode gagne en intérêt puisque deux cadavres semblent être revenus à la vie ! L'un est l'ex-patron de Coretta (François Perrot) et l'autre une jeune femme qui était pourtant raide morte à la morgue (Catriona MacColl, oui, oui, l'actrice des meilleurs films de Lucio Fulci !) Ces deux-là ne semblent avoir aucun souvenir de leur ancienne vie et on se demande, comme les deux héros de l'aventure, qu'est-ce que c'est que ce bazar ! On aura un début d'explication qui fait réellement bifurquer l'épisode dans la pure science-fiction, notamment lors de la dernière image qui nous montre une sorte de base extra-terrestre cachée dans une usine désaffectée. Le troisième épisode enfonce le clou avec plus de détails sur les Exis, des extra-terrestres qui sont venus sur Terre suite à une guerre sur leur planète, poussée à l'exile par une race dominante t qui se servent de l'enveloppe corporelle des défunts pour exister sur notre planète. On plonge même dans l'épouvante quand on découvre un de ces extra-terrestres le corps éventré par... une plante ! Il semblerait que la faction dominante soit aussi sur Terre, bien déterminée à éradiquer les Exis. Une guerre raciale donc, où les plus forts veulent exterminer les plus faibles, et utilisent pour se faire une graine de plante qui se met à pousser à l'intérieur de l'hôte jusqu'à atteindre sa maturité puis sort de manière plutôt brutale de ce dernier. On imagine la tête des téléspectateurs de l'époque ! Le dernier épisode verra Patrick tenter de trouver une solution à cette invasion extra-terrestre. Si le scénario de Noires sont les Galaxies est franchement intéressant, si certaines images restent en mémoire, en particulier suite à l'éclosion des plantes à l'intérieur des corps humains, la série en elle-même porte le poids des années et il faut se remettre dans le contexte de l'époque pour l'apprécier. Ceux qui trouvent que Derrick manque de rythme ne tenteront même pas le premier épisode car la mini-série dans son entièreté est d'une lenteur totale et rien ne viendra augmenter ou dynamiser sa mise en scène mollassonne. Les acteurs ne sont pas mauvais, sans être exceptionnels non plus. La musique, très jazzy, ne m'a pas emballée plus que ça. Lancinante, contemplative à l'extrême, Noires sont les Galaxies ne correspond évidemment plus au canon des films ou séries actuels et il faudra faire preuve de persévérance et de tolérance pour enchaîner les quatre épisodes. Ceux qui le feront en sortiront séduits s'il adhère à la science-fiction, de qualité ici et qui se paraît déjà d'un postulat écologique.
LE PIEGE DU DIABLE
LE PIEGE DU DIABLE
(Dáblova past)
Réalisateur : Frantisek Vlácil
Année : 1962
Scénariste : Frantisek A. Dvorák, Milos Václav Kratochvíl
Pays : Tchécoslovaquie
Genre : Drame, folk horror
Interdiction : /
Avec : Vítezslav Vejrazka, Miroslav Machácek, Jaroslav Moucka, Karla Chadimová ...
L'HISTOIRE : Moravie, fin du XVIe siècle. Entre deux ravages des troupes suédoises et des périodes de sécheresse, le meunier Mlynár jouit d’une certaine popularité auprès des habitants de son pays. Il est serviable, et a, en outre, le don de trouver les sources. Le régent Valce, jaloux de la position du meunier, va faire courir des rumeurs sur ce dernier : il ne peut qu’être épaulé par le Diable. De plus, il va mandater un prêtre au service de la Sainte Inquisition, Kaplan Probus, afin de mener une enquête sur le meunier et sa famille...
MON AVIS : Réalisateur relativement méconnu dans notre pays, Frantisek Vlácil se voit être mis en avant par l'éditeur Artus Films, qui nous permet de découvrir l'œuvre de ce cinéaste Tchèque, avec notamment la sortie en DVD et BR de La Colombe Blanche (1960), La Vallée des Abeilles (1967), Marketa Lazarova (1967) et Le Piège du Diable qui date de 1962. C'est de ce dernier dont il va être question ici aujourd'hui. Bien que ne possédant pas réellement d'éléments de nature fantastique, et encore moins d'éléments horrifiques, j'ai intégré ce film dans la catégorie Folk Horror, même si ce sous-genre ne verra sa notoriété ne débuter qu'en 1968 avec Le Grand Inquisiteur. Toutefois, on peut relier Le Piège du Diable à ce courant puisque le film de Frantisek Vlácil met en avant les codes de cette catégorie, à savoir l'opposition entre paganisme et science et entre paganisme et religion chrétienne, puissance de la nature, incompréhension des personnes rationnelles sur certains événements qui les poussent à croire en l'intervention du Diable, accusation d'innocents qu'on pointent du doigt et qu'on dénoncent aux autorités religieuses sous couvert de sorcellerie et j'en passe. Ici, c'est un simple meunier qui se voit malmener par le régent de la région et par l'autorité religieuse, représentée par le prêtre Kaplan Probus. Sa seule faute est d'avoir un ancêtre qui a miraculeusement survécu avec sa famille à l'incendie de son moulin provoqué par des soldats suédois durant la guerre, un drame qui n'aurait du laisser que des cadavres calcinés. Il n'en fallait pas plus à cette époque pour que l'obscurantisme religieux et les croyances des villageois ne soient mis en exergue et que toute la descendance familiale ne soit accuser d'être maudite. Qui plus est, notre meunier actuel, passionné par les mystères de la nature, a acquis un savoir suite à ses observations, qui lui permet de dénicher des sources souterraines. Une aubaine en ce temps de sécheresse, l'eau devenant on ne peut plus rare. Ce don, appelons-le comme ça, lui vaut la sympathie de la population mais la jalousie du régent de la région, qui ne supporte pas de ne pas être le centre d'intérêt. Pour ce dernier, tout est limpide comme de l'eau claire : le meunier est aidé par le Diable lui-même ! Un prêtre au service de l'Inquisition sera dépêché sur place pour faire la lumière sur cette affaire. Si celui-ci semble être doté de raison et de connaissances, il ne mettra pas longtemps pour sombrer lui aussi dans le fanatisme religieux et à voir le Mal là où il n'est pas. Le Piège du Diable, film contemplatif on s'en doute, met donc en avant un trio de protagonistes qui vont s'affronter à coups de dogme antagoniste. Les accusations de sorcellerie auront des répercussions sur des personnages secondaires, comme le fils du meunier, dont la fiancée se met elle aussi à avoir quelques doutes sur son futur beau-père. Le spectateur a une longueur d'avance sur les personnages puisqu'on sait qu'il existe sous le moulin un réseau souterrain, des grottes alimentées en eau. Mais la bêtise humaine prendra la dessus sur la rationalité des faits. A grand coup de dialogues finement écrits, on assiste à des joutes verbales qui ciblent la dangerosité de la religion quand elle est pratiquée de manière fanatique. A ce titre, le dialogue dans lequel le fermier explique que l'eau sous ses terres ne gèlent jamais (le principe du hors-gel, tout simplement) est édifiant, puisque le régent et le prêtre en arrivent à la conclusion que l'Enfer est peut-être situé sous le moulin, ce qui expliquerai la chaleur de l'eau et le fait qu'elle ne gèle pas ! La connaissance du meunier sur l'ameublement de la terre dans la région ou la présence de cavité lui permet également d'avertir la population que la nouvelle grange n'a pas été construite là où il fallait et quand un drame arrive lors d'une fête donnée par le régent, c'est encore la connivence du meunier avec le Diable qu'on avance ! Bref, Le Piège du Diable possède donc bien la quasi majorité des éléments du Folk Horror. Qui plus est, on retiendra de ce film la beauté picturale de ses images, un réelle travail esthétique étant accompli par le réalisateur et son directeur-photo. Le noir et blanc est magnifique et sublime les plans et les cadres, réhaussés eux aussi par un jeu de contraste et de lumière. On note également un superbe travelling avant de la caméra vers le moulin qui n'a rien à envier au déplacement de la puissance démoniaque dans le futur Evil Dead de Sam Raimi en 1981 ! Poétique, esthétique, intéressant, Le Piège du Diable renvoie bien sûr à des cinéastes tels Ingmar Bergman entra autres, et à son célèbre Le Septième Sceau (1957). L'univers visuel de Frantisek Vlácil est donc à découvrir séance tenante pour qui aime le cinéma et les beaux films.
* Disponible en combo DVD + BR chez ARTUS FILMS
- Bonus : Présentation du film par Christian Lucas
- Diaporama d’affiches et de photos
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