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DANGER PLANÈTE INCONNUE

DANGER PLANÈTE INCONNUE
(Doppelgänger / Journey to the Far Side of the Sun)

Réalisateur : Robert Parrish
Année : 1969
Scénariste : Gerry Anderson, Sylvia Anderson, Donald James
Pays : Angleterre
Genre : Science-fiction
Interdiction : /
Avec : Roy Thinnes, Ian Hendry, Patrick Wymark, Loni von Friedl, Lynn Loring...


L'HISTOIRE : Un satellite vient de découvrir une nouvelle planète cachée derrière la face du soleil qui aurait les mêmes caractéristiques que la Terre. Jason Webb, le directeur du centre spatial Eurosec, veut être le premier à envoyer une équipe étudier cette planète. Après avoir réussi à convaincre différents pays de mettre la main à la poche pour concrétiser ce projet, l'astronaute Glenn Ross et l'astrophysicien John Kane sont choisis pour prendre part à l'expédition. Après un entraînement intensif, les deux hommes décollent à bord de la fusée qui va les emmener à des milliers de kilomètres dans l'espace. En arrivant sur la nouvelle planète, leur navette est victime d'un crash. Glenn Ross se réveille dans un hôpital, découvre qu'il est sur Terre et doit subir les foudres de Jason Webb qui veut savoir pourquoi il ont fait demi-tour. Glenn Ross ne comprend pas la situation car pour lui, leur navette n'a jamais fait demi-tour et il a bien atteint la destination prévue...

MON AVIS : Pour Jean-Pierre Dionnet, monsieur Cinéma de Quartier et Quartier Interdit, deux émissions cultes qui firent les beaux jours des cinéphiles sur Canal+, Danger Planète Inconnue est le plus grand film de science-fiction jamais réalisé ! Rien que ça ! Il le place même devant 2001 l'Odyssée de l'Espace, c'est pour dire l'impact que le film a eu sur lui quand il l'a découvert au cinéma. Il a tellement été subjugué par le spectacle et le scénario incroyable proposés par le film qu'il a été le revoir une seconde fois dès la séance suivante. Même si je ne serais pas aussi dithyrambique que monsieur Dionnet, force est de reconnaître que Danger Planète Inconnue est un excellent film de S-F en effet, qui mérite de nombreux louanges. Réalisé par Robert Parrish en 1969, soit un an après le classique de Stanley Kubrick, Danger Planète Inconnue est surtout le projet de Gerry et Sylvia Anderson, deux personnalités très célèbres puisqu'ils sont les créateurs du procédé Supermarionation, permettant à des marionnettes ultra-perfectionnés d'avoir le mouvement des lèvres parfaitement synchronisés avec les dialogues enregistrés. Un procédé qui a fait ses preuves dans des séries pour enfants (et adultes) telles Stingray, Captain Scarlet et bien sûr Les Sentinelles de l'air ! C'est également aux Anderson qu'on doit la fameuse série Cosmos 1999 dans les années 70. En 1969, Gerry et Sylvia Anderson décident de produire un film de science-fiction, dont ils ont également écrit le scénario, mais cette fois avec des véritables acteurs. Ce sera donc Danger Planète Inconnue, sur lequel, malgré l'absence des marionnettes qui ont fait leur renommée, les Anderson vont concevoir des maquettes et des décors absolument incroyables de réalisme et que Robert Parrish va mettre en scène avec brio. Le film peut être découpé en trois partie : la première concerne la mise en place du projet et ses difficultés financières (il faut que le centre spatial trouve plus de 3 milliards de dollars pour envoyer une équipe dans l'espace), difficultés auxquelles vient s'ajouter un gros souci d'espionnage industriel ! Notre espion n'est autre qu'Herbert Lom, le Fantôme de l'Opéra de la version 1943 entre autres, et qui, même si on ne le voit pas longtemps à l'écran ici, fait sensation avec sa technique d'espionnage. L'expression l'homme-caméra prend tout son sens dans le film, je vous laisse découvrir ça par vous-même. On nage en plein film sur la conquête de l'espace et on comprend les enjeux politiques et financiers d'une telle course à l'exploration spatiale comme elle existait à cette époque. La seconde partie du film nous met en présence des deux héros, à savoir l'astronaute Glenn Ross (Roy Thinnes, le célèbre David Vincent de la série Les Envahisseurs bien sûr) et l'astrophysicien John Kane (Ian Hendry, premier compagnon de John Steed dans la saison 1 de Chapeau Melon et Bottes de Cuir). On va suivre leur entraînement à la dure et on a vraiment l'impression de vivre cette aventure à leur côté. Compte à rebours puis décollage et voyage dans l'espace vont ensuite venir maintenir notre intérêt et ce, jusqu'à la vision de cette nouvelle planète, copie conforme de la Terre apparemment. Une fois la destination atteinte, le film nous propose donc sa troisième partie, celle qui va faire basculer le film dans une ambiance très Quatrième Dimension, avec une idée novatrice et originale, qui donne tout son cachet à ce film de S-F intelligent et mature. Si on se doute un peu de ce que va trouver l'équipage sur cette planète inconnue, le spectateur étant un peu mis sur la piste avec quelques détails (le vrai titre original du film par exemple, ou le tableau du centre spatial nous montrant le trajet que va faire la navette), il n'en reste que cette découverte fonctionne à plein régime et qu'en plus, tout semble d'une logique et d'une crédibilité totales. On n'aimerait pas être à la place de Roy Thinnes, qui ne sait plus où donner de la tête, et il y a de quoi la perdre, la tête ! Le charme de créations de Gerry et Sylvia Anderson pour ce film est intact, on est émerveillé par les maquettes qui se fondent formidablement bien dans le décor, par leur niveau de détail, par leur technicité. Le jeu des acteurs est des plus corrects, la présence de la ravissante Loni von Friedl apporte un petit plus indéniable même si elle n'a pas un grand rôle et le soin apporté aux images, associé à l'idée folle du scénario, parachèvent de faire de Danger Planète Inconnue un véritable petit classique de la science-fiction, qui mérite toute votre attention et qui procure bien du plaisir, même 50 ans après sa sortie ! 

* Disponible en combo DVD + BR chez ELEPHANT FILMS



     

WE HAVE ALWAYS LIVED IN THE CASTLE

WE HAVE ALWAYS LIVED IN THE CASTLE
(We have always Lived in the Castle)

Réalisateur : Stacie Passon
Année : 2018
Scénariste : Mark Kruger
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame
Interdiction : /
Avec : Taissa Farmiga, Alexandra Daddario, Crispin Glover, Sebastian Stan...


L'HISTOIRE : Après un drame dans lequel plusieurs membres de sa famille ont trouvé la mort par empoisonnement à l'arsenic, Merricat Blackwood vit recluse dans l'imposante demeure familiale, en compagnie de sa grande sœur Constance, accusée d'être l'auteure du drame mais dont aucune preuve n'a pas établir la responsabilité, et de son oncle Julian, qui passe ses journées dans un fauteuil roulant et qui écrit un livre sur les tragiques événements ayant endeuillé sa lignée. Seule Merricat sort de la maison pour aller faire les courses au village, se confrontant au regard et à la haine des villageois. L'arrivée de Charles, un cousin de la famille, va perturber encore plus l'existence déjà fragile des Blackwood. Ce dernier va devenir l'ennemi de Merricat, qui voit en lui un simple profiteur cherchant à s'accaparer la fortune familiale...

MON AVIS : Ce film, réalisé en 2018 par Stacie Passon, est l'adaptation d'un roman de Shirley Jackson, célèbre romancière spécialisée dans le fantastique et l'horreur, dont le livre Maison Hantée (The Haunting of Hill House) est considéré par Stephen King lui-même comme étant l'un des meilleurs romans fantastiques du XXème siècle. Il a été lui aussi adapté avec brio par Robert Wise en 1963 (La Maison du Diable) puis par Jan de Bont en 1999 (Hantise) et enfin par Mike Flanagan dans la première saison de la série The House on Haunted Hill. Avec We Always Lived in the Castle, Shirley Jackson s'amuse avec les codes de la littérature gothique et les faux semblants pour induire le lecteur en erreur avec cette histoire qui n'est, au final, qu'un drame sans aucune notion de fantastique. L'adaptation de Stacie Passon se montre très fidèle au roman et le film s'amuse, lui aussi, à brouiller les pistes et à nous faire croire des choses qui n'existent pas du tout, comme les possibles pouvoirs de sorcière de Merricat Blackwood, la jeune fille passant son temps à pratiquer d'étranges rituels, enterrant dans le jardin divers objets par exemple, ce qui est censé protéger sa grande sœur Constance pour qui elle voue une affection indéfectible. Le titre même du roman et du film, Nous avons toujours habité dans le château peut également nous mener sur une fausse piste et nous faire croire que Merricat, Constance ou l'oncle Julian sont bel et bien morts également, empoissonnés comme le reste de la famille, et qu'on assiste à des flashbacks vécus par leurs fantômes. Le film distille son aura mystérieuse avec subtilité et le comportement des personnages principaux fait partie prenante de cette ambiance énigmatique. Merricat est interprétée par Taissa Farmiga, vue dans La Nonne et La Mule entre autres. La jeune actrice délivre une solide composition, son personnage, qui est aussi la narratrice de l'histoire, semblant un brin dérangé psychologiquement, avec tous ces curieux rituels qu'elle accomplit, et qui semble vouloir vivre dans un passé, dans une enfance dont elle ne désire pas sortir. Seule personne qui ose s'aventurer hors de la demeure familiale, Merricat est également celle qui doit faire face à l'hostilité des villageois, qui semble vouer une haine farouche aux survivants des Blackwood depuis le drame qui a eu lieu il y a quelques années. Elle-même semble asociale et a des sautes d'humour assez intrigantes. Constance est merveilleusement jouée par Alexandra Daddario, que je ne présente plus ici, et qui, elle, refuse de sortir suite aux accusations concernant le drame familial qui en font la responsable. Elle s'évertue à être une femme de maison parfaite, étant aux petits soins pour Merricat et l'oncle Julian, endossant à la fois le rôle de mère de substitution, de cuisinière, d'infirmière, de femme de ménage et j'en passe. Elle apparaît toujours souriante, rassurante, ce qui semble cacher un traumatisme plus profond. L'oncle Julian (Crispin Glover) n'est pas plus net, ayant apparemment réchappé à la tentative d’empoissonnement, ce qui la laissé cloué dans un fauteuil roulant. Il a décidé de rédiger un livre pour exorciser le drame qui l'a frappé de plein fouet. On a donc un trio de personnages affecté psychologiquement et physiquement par cette tragédie dont on ne connaît pas le véritable auteur, même si on s'en doute un peu. Néanmoins, ces trois là semblent vivre normalement et la haine des villageois n'empêchent pas certaines femmes à venir leur rendre visite, plus par défi que par compassion d'ailleurs. Une vie millimétrée, qui va voir un rouage se gripper avec l'apparition d'un quatrième larron, le cousin Charles (Sebastian Stan) qui va se heurter à l'hostilité de Merricat tout en recevant la bienveillance de Constance. Quelles sont les réelles intentions de Charles, classé dans la catégorie indésirable cupide par Merricat ? On ne le saura pas vraiment mais la propension de cette dernière à croire à ses fantasmes et autres affabulations va conduire à un nouveau drame. En fait, We have always Lived in the Castle est avant tout un récit sur la folie de ses personnages, folie induite par un drame passé et une vie d'ermite. C'est aussi une histoire d'amour forte entre deux sœurs, un peu à la manière de la relation fusionnelle des deux copines du film Créatures Celestes de Peter Jackson. Sous ses aspects de conte gothique, We have always Lived in the Castle se veut plus drame familial et ceux qui s'attendaient à un film de genre en seront au final pour leur frais. Reste un casting bien en place, des décors naturels parfaitement mis en images, de jolis costumes et un mystère qui prend son temps, se distille lentement, avec un certain raffinement. Le rythme est très lent, on a souvent l'impression qu'il ne se passe pas grand chose à l'écran en fait mais le comportement de Merricat est tellement étrange qu'on en vient presque à se demander si tout ne se passe pas dans sa tête. A vous de voir, mais si vous aimez les ambiances feutrées, les non-dits, les rythmes contemplatifs, ça pourrait vous plaire. Typiquement le style de film qui passerait très bien sur M6 en début d'après-midi. Attention à la bande-annonce, qui survend le film en tant que film quasi d'épouvante, avec une musique qu'on n'entend jamais en plus...


NOMIS

NOMIS
(Nomis / Night Hunter)

Réalisateur : David Raymond
Année : 2018
Scénariste : David Raymond
Pays : Etats-Unis, Canada
Genre : Thriller
Interdiction : /
Avec : Henry Cavill, Ben Kingsley, Alexandra Daddario, Stanley Tucci, Brendan Fletcher...


L'HISTOIRE : La disparition de plusieurs adolescentes inquiètent les forces de police, dont le lieutenant Marshall, chargé de l'enquête. Dans le même temps, un ancien juge utilise une jeune fille comme appât pour traquer les cyber-prédateurs sexuels. Quand cette dernière disparaît, il va prêter main forte au lieutenant Marshall et à son équipe afin de la retrouver. Cette alliance permet l'arrestation de Simon, un jeune homme attardé mental. Pour Rachel, profileuse, Simon aurait plusieurs personnalités et surtout, il aurait bénéficié de l'aide d'une personne extérieure pour commettre les kidnappings...

MON AVIS : Pour son premier long-métrage, le réalisateur anglais David Raymond embarque du beau monde : Henry Cavill (Man of Steel, The Witcher), Ben Kingsley (Gandhi, La Liste de Schindler), Stanley Tucci (Lovely Bones, Hunger Games), Brendan Fletcher (Freddy contre Jason, Tideland) et la sublime Alexandra Daddario (Texas Chainsaw 3D, Baywatch) font partie du casting de Nomis, thriller réalisé en 2018 mais qui reste inédit dans les salles françaises et qui est aussi connu sous le titre de Night Hunter. Un casting de qualité pour un résultat malheureusement bancal, le film s'empêtrant les pieds dans des clichés vus et revus et dans des références à d'autres films bien connus du public, comme Peur Primale, Le Silence des AgneauxLes Rivières Pourpres ou même Split par exemple. Pourtant, la mise en scène fait le job et Nomis se regarde sans déplaisir mais le sentiment qu'on aurait pu avoir un meilleur suspense, un meilleur thriller, moins convenu et moins tiré par les cheveux ne cesse de nous assaillir durant la vision du film. Le manque de crédibilité de certaines situations ne peut que nous faire sourire : comment, par exemple, un ancien juge devenu vigilante (joué par Ben Kingsley) et pratiquant l'ablation des testicules sur les prédateurs sexuels qu'il piège avec l'aide de sa fille peut-il repartir libre de tout mouvement après son interpellation et la découverte par les enquêteurs de son activité illégale de justicier ? C'est juste hallucinant qu'en 2019, on laisse passer une telle aberration scénaristique. Un scénario qui part également dans un peu trop de directions différentes et qui se complique la vie inutilement, voulant mener le spectateur sur diverses pistes possibles mais qui, au final, finit par le perdre, tout en essayant de retomber sur ses jambes lors de la révélation finale qui n'a rien d'innovante puisque déjà vu précédemment mais qui explique très bien le titre original du film, Nomis, je vous laisse découvrir le pourquoi du comment évidemment. Dans son rôle de flic un brin dépressif devant assumer son divorce et gérer la garde alternée de sa fille, Henry Cavill s'en sort plutôt bien et les scènes plus intimistes dans lesquelles il explique les difficultés de son travail à cette dernière jouent bien sur l'émotion. Dans les scènes d'action, l'acteur fait également du bon boulot. La belle Alexandra Daddario nous fait profiter de ses merveilleux yeux bleus et tente, avec difficulté, d'établir le profil psychologique de Simon (Brendan Fletcher), homme-enfant apeuré atteint de surdité et qui semble posséder plusieurs personnalité, le récent succès de Split n'étant à mon avis pas anodin dans la caractérisation de ce personnage. Le charme de l'actrice joue pour elle et elle semble assez à son aise dans ce rôle, tout comme Fletcher d'ailleurs, qui, s'il n'égale pas la prestation d'Edward Norton dans Peur Primale ou de James McAvoy dans Split, n'en livre pas moins une composition intéressante. Dommage donc que ce joli monde n'ait pas bénéficié d'une histoire plus travaillée car David Raymond sait manier une caméra et nous propose des plans souvent travaillés, parfois efficaces, dont un final sur un lac gelé assez réussi. Mais l'ensemble se montre parfois trop décousu pour emporter notre adhésion totale, on a l'impression de passer du coq à l'âne à de nombreuses reprises, comme si le réalisateur-scénariste était lui même un peu perdu dans les méandres sombres de son scénario. Nomis malgré ses bonnes intentions, rate le coche sans toutefois être honteux. Les amateurs de thriller passeront tout de même un moment agréable devant leur écran mais oublieront assez rapidement le film de David Raymond ensuite... 

* Disponible en DVD et BR chez AB VIDEO



BLACK JOURNAL

BLACK JOURNAL
(Gran Bollito)

Réalisateur : Mauro Bolognini
Année : 1977
Scénariste : Nicola Badalucco, Luciano Vincenzoni
Pays : Italie
Genre : Drame, Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Shelley Winters, Max von Sydow, Renato Pozzetto, Alberto Lionello, Laura Antonelli...


L'HISTOIRE : En 1938, en Italie, Lea s'installe dans un immeuble en compagnie de son mari afin de se rapprocher de son fils unique, Michele, pour qui elle voue une affection débordante. Quand elle découvre que son fils a une liaison amoureuse avec une dénommée Sandra, la raison de Lea vacille et la gentille dame sombre peu à peu dans une douce folie, qui la mènera à assassiner ses voisines et à les transformer en savon afin de faire disparaître les corps...

MON AVIS : Cinéaste italien à qui l'on doit Le Bel Antonio en 1960, La Corruption en 1963, Chronique d'un Homicide en 1972 ou La Dame aux Camélias en 1981 entre autres, Mauro Bolognini est également le réalisateur de Gran Bollito en 1977, rebaptisé Black Journal pour sa diffusion à l'étranger. Très clairement, c'est une oeuvre totalement atypique et déconcertante que Bolognini nous livre avec Black Journal. L'histoire prend racine dans un fait divers italien bien réel, celui concernant Leonarda Cianciulline, tueuse en série et cannibale italienne, qui a assassiné trois femmes entre 1939 et 1940, et a transformé les cadavres en savon et en gâteaux ! Ses motivations ? Après avoir eu plus de treize enfants morts-nés ou avortés, Leonarda, qui est diseuse de bonne aventure de profession, se dit "maudite" par la Mort. Quand elle réussit a avoir enfin un fils, c'est le bonheur; Mais quand ce dernier est appelé par l'armée pour se préparer à la guerre mondiale qui se profile, elle perd la raison et devient une sorte de sorcière, assassinant trois femmes en guise de sacrifice humain, pensant conjurer le mauvais sort qui s'acharne sur elle. Elle accusera son fils des meurtres, réussissant ainsi à lui faire passer la guerre en prison. C'est en 1946 qu'elle est reconnue coupable des trois meurtres et condamnée à trente ans de prison. Elle dira aux juges "qu'il faut être une mère pour comprendre ses actes". Ce curieux fait divers sert donc de support aux scénaristes Nicola Badalucco et Luciano Vincenzoni, pour ce qui deviendra donc Black Journal sous la caméra de Mauro Bolognini. Pour interpréter l'extravagante Leonarda Cianciulline, rebaptisée dans le film Lea, c'est Shelley Winters qui est retenue. Avec une carrière débutant en 1943 et se terminant en 1999, l'actrice n'est pas une inconnue du public, qui a pu la voir dans des films aussi différents que Winchester 73, Une place au soleil, La Nuit du ChasseurLolita ou Bloody Mama par exemple. En 1977, elle n'a plus son physique d'antan mais malgré de nombreux kilos en trop, elle livre une composition absolument époustouflante dans Black Journal et tient le film sur ses épaules. Il faut savoir qu'au départ, Bolognini avait dans l'idée de n'engager aucune femme et de faire interpréter tous les personnages féminins de son film par des hommes. Une idée originale, qu'il conservera en partie puisque les trois voisines, futures victimes de Shelley Winters, sont bien campées par des acteurs, dont Max von Sydow ! Avec des habits de femmes, maquillage, talons aiguilles et perruques, Max von SydowRenato Pozzetto et Alberto Lionello jouent donc des femmes et avec une vraie conviction en plus. Evidemment, le spectateur voit très bien qu'il s'agit d'acteurs masculins grimés, ce qui donne au film un côté totalement décalé, voir grotesque, mais dans le bon sens du terme, c'est à dire jamais ridicule mais provoquant un trouble chez le public, qui se demande qu'est-ce qu'il est en train de regarder ! Cette sensation d'étrangeté créée une ambiance assez particulière qui s'avère vraiment déstabilisante et pourra rebuter un public lambda peu habitué à ce qu'on le malmène de la sorte devant son écran. Les amateurs d'objet filmique non identifié y trouveront par contre matière à discussion et se feront un plaisir de cinéphile à découvrir cette oeuvre hors norme. Le film brasse, de plus, divers genres et diverses thématiques, ce qui renforce son aspect inhabituel. Drame, comédie d'humour noir, film d'horreur, traitant aussi bien de l'identité sexuelle, de la frustration sexuelle chez les femmes, du poids de la religion que de la souffrance mentale provoquée par la perte d'enfants (fausse couche, avortement, mort-né, mort subite du nourrisson) ou de l'amour absolu que peut ressentir une mère pour son fils, tout en jouant avec les codes des films de sorcellerie, c'est tout cela Black Journal, mis en scène avec une véritable maîtrise par Bolognini. Les scènes de meurtres sont assez soft, souvent filmées en hors champ ou montrées très rapidement (la décapitation au hachoir), à l'inverse de la thématique de la sorcellerie, qui, sans être jamais appelée ainsi de manière franche dans le film, ne passe pas inaperçue ! Lea utilise un chaudron pour faire cuire les restes humains de ses victimes, elle prépare des gâteaux à base de sang ou de poudre d'os qu'elle a minutieusement écrasée, propose des tisanes ou autres décoctions de son invention à ses invités et bénéficie de l'aide d'une sous-fifre, en la personne de la frêle femme de chambre, handicapée et quasi muette. L'image de la sorcière  et de tout son attirail nous vient rapidement à l'esprit et est présentée ici de manière subtile, métaphorique. L'humour noir est omniprésent et fait mouche la plupart du temps. La présence radieuse de la sublime Laura Antonelli, qui interprète ici un rôle à contre-courant, puisqu'elle incarne la figure angélique, la personne saine et non délurée du film (désolé messieurs, elle ne se dénudera pas ici), contrastant avec tous les autres protagonistes, qui ont tous une "anomalie", qu'elle soit comportementale ou physique, est également à mettre en avant. Autre subtilité du film, les faits que les trois acteurs jouant les voisines de Shelley Winters vont revenir à un moment du film sous leur apparence masculine, interprétant donc un second personnage, et qu'ils vont tous avoir une responsabilité dans l'arrestation de la meurtrière folle, comme si Bolognini leur permettait de se venger de leur mort en tant que femme. Autre personnage à part entière, la fameuse "pièce" dans laquelle s'opère les trois meurtres, et dont l'agencement ou les couleurs des murs contrastent là encore avec le reste de l'appartement, lui conférant une sorte d'aura maléfique, de pièce cachée inavouable. Principalement axé sur le jeu d'acteur, Black Journal est un film à prendre au second degré, une sorte de fable noire assez radicale, qui s'autotise pas mal de débordements, d'extravagances, quitte à perdre son public qui ne sera peut-être pas toujours réceptif à son audace. Totalement inédit en France au cinéma jusqu'en 2019, sortie en VHS en version tronquée de 20 minutes environ, découvrir Black Journal est une expérience qui se doit d'être vécue en tout cas.

* Disponible en DVD et BR chez RIMINI EDITIONS en version intégrale




CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRÉSIL

CES GARÇONS QUI VENAIENT DU BRÉSIL
(The Boys from Brazil)

Réalisateur : Franklin J. Schaffner 
Année : 1978
Scénariste : Heywood Gould
Pays : Etats-unis, Angleterre
Genre : Thriller, Science-fiction
Interdiction : -16 ans
Avec : Gregory Peck, Laurence Olivier, James Mason, Lilli Palmer, Jeremy Black...


L'HISTOIRE : Le vieux chasseur de nazis Ezra Lieberman est contacté par Barry Kohler, un jeune homme qui lui annonce qu'il a découvert un repaire d'anciens nazis au Paraguay, dont Josef Mengele. Apparemment, les anciens officiers nazis fomentent un complot visant à éliminer 94 fonctionnaires à travers le monde sur une période de deux ans environ. Ne prenant pas les propos de Kohler au sérieux, Lieberman doit pourtant se résigner face aux preuves qui lui sont envoyées. En menant sa propre enquête, il découvre des points communs entre les personnes assassinées par les hommes de Mengele. Mais il est encore loin de se douter de la terrifiante vérité sur le projet mené par celui qu'on surnommait l'ange de la mort d'Auschwitz...

MON AVIS : On le sait, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, les officiers nazis qui ont réussi à s'enfuir se sont principalement réfugiés en Amérique Latine, et notamment au Brésil, au Chili, au Paraguay ou en Argentine, aidés par les ratlines, des réseaux d’exfiltration nazis. Le malheureusement célèbre Josef Mengele, médecin de la mort au camp d'Auschwitz, a bénéficié de ces réseaux et a pu vivre en Argentine dès 1949 avant de s'installer au Paraguay en 1959 puis au Brésil en 1960. Il mourut en 1979 d'une noyade et ne fût jamais arrêté, malgré le travail remarquable du chasseur de nazis Simon Wiesenthal ou les traques du Mossad. Le romancier américain Ira Levin, auteur de romans incontournables du fantastique comme Rosemary's Baby ou Les Femmes de Stepford, dont les adaptations cinématographiques sont devenues des classiques du genre, a écrit en 1967 Ces Garçons qui venaient du Brésil, qui s'inspire donc de faits réels, comme le fait que de nombreux nazis vivent en Amérique Latine, dont Josef Mengele justement, l'un des personnages principaux de l'histoire ou qu'un chasseur de nazis s'évertue à les traquer, Ezra Lieberman n'étant bien sûr qu'une variation romancée du véritable Simon Wiesenthal évidemment. Avec ces éléments existants, Ira Levin va développer une intrigue machiavélique qui relève du thriller de politique-fiction et qui fait froid dans le dos : Mengele, toujours dévoué au Führer malgré les années passées, a réussi, dans le secret le plus absolu, à réussir un clonage humain, effectué à partir de l'ADN préservé d'Adolf Hitler ! Grâce à un centre d'adoption dirigé par une nazie, il a placé 94 bébés clonés dans des familles d'accueil qui sont toutes construites sur le modèle de la famille d'Hitler : un père autoritaire et fonctionnaire, plus âgé que la mère, qui elle, est douce et attentionnée. Le père d'Hitler étant mort à 66 ans, Mengele réunit les anciens nazis exfiltrés et leur ordonne d'assassiner les pères des familles d'adoptions quand ceux-ci atteindront l'âge de 66 ans, afin que chaque enfant cloné vivent dans le même contexte familial que le Führer ! Le but étant de recréer un Quatrième Reich avec une ou des copies exactes d'Adolf Hitler ! Un projet démoniaque que va découvrir un jeune juif, qui va avertir le chasseur de nazi, Ezra Lieberman, afin qu'il mette en terme à cette menace potentielle. On le voit, l'histoire de Ces Garçons qui venaient du Brésil verse autant dans le thriller politique que dans l'anticipation et c'est ce mélange d'ingrédients qui en fait toute la force et l'intérêt. En 1978, le réalisateur Franklin J. Schaffner, à qui l'on doit La Planète des Singes en 1968, Patton en 1970 ou Papillon en 1973 entre autres, décide d'adapter le roman d'Ira Levin. Une bien bonne idée puisque Les Garçons qui venaient du Brésil est un film de qualité, qui retranscrit de belles manières l'histoire imaginée par Ira Levin, qui plus est avec un casting de haute voltige. Pour interpréter Ezra Lieberman : Laurence Olivier ! Pour interpréter Josef Mengele : Gregory Peck ! Pour interpréter un officier nazi : James Mason ! Pour interpréter la sœur d'Ezra : Lilli Palmer ! Quatre stars de renommée mondiale qu'on n'a même pas besoin de présenter, et qui vont déployer tout leur talent d'acteur pour nous plonger avec délectation dans ce thriller inquiétant, qui possède tout de même pas mal d'humour. Je ne sais pas si l'aspect un peu humoristique était déjà dans le roman d'Ira Levin, toujours est-il qu'il est bien présent dans le film de Franklin J. Schaffner, ce qui permet d'apporter un peu de relâchement au sein d'une intrigue souvent palpitante et qui réserve quelques scènes fortes en émotion. La prestation de Gregory Peck est excellente et ses accès de colère, dans lesquels la folie du personnage ressort sans ambiguïté aucune, provoque un certain malaise. La progression de l'histoire, la découverte d'éléments qui mettent progressivement Ezra Lieberman sur la piste de la vérité, participent à maintenir un intérêt constant, intérêt qui monte d'un cran lors de la vision de deux enfants habitants dans deux villes différentes et qui sont une copie totalement identique l'un de l'autre. Brun, teint pale, humeur colérique et yeux bleus, les enfants sont interprétés par le même jeune acteur évidemment, à savoir Jeremy Black, dont ce sera l'unique apparition sur un écran. Tout comme le chasseur de nazi, le spectateur comprend lui aussi l'horreur du projet de Mengele et la séquence dans laquelle Lieberman va demander des explications à un généticien, ce qui lui fait comprendre enfin le pourquoi du comment des meurtres et de la présence d'enfants identiques, est assez intense. D'autres scènes feront leur petit effet, comme la réunion nazie, avec drapeau à croix gammée, portrait géant du Führer, adolescents habillés comme à l'époque des jeunesses hitlerienne et officiers nazis en tenue de gala, où la scène finale avec l'attaque des chiens, très violente. Si le film manque parfois un peu d'ampleur, le côté réaliste de la mise en scène privilégié par Franklin J. Schaffner est en fait un atout pour rendre les situations le plus crédibles possibles et surtout très glaciales. Intelligent, efficace et effrayant, Ces Garçons qui venaient du Brésil est un film réussi, qui a su parfaitement doser les divers genres dont il se sert pour nous offrir un thriller d'anticipation qui est devenu une référence dans son domaine. En espérant qu'un jour, la fiction ne devienne pas réalité.

* Disponible en combo DVD + BR chez ELEPHANT FILMS

THE DEVIL'S HOUR

THE DEVIL'S HOUR
(The Cleansing Hour)

Réalisateur : Damien LeVeck 
Année : 2019
Scénariste : Damien LeVeck, Aaron Horwitz
Pays : Etats-unis
Genre : Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Kyle Gallner, Ryan Guzman, Alix Angelis, Emma Holzer, Chris Lew Kum Hoi...


L'HISTOIRE : Deux entrepreneurs modernes, Drew et Max, diffusent en live sur le web des exorcismes qui sont en fait des canulars. Mais leur business bascule le jour où l’actrice utilisée devient mystérieusement possédée par un véritable démon. Devant un public mondial en croissance rapide, le démon les soumet à une série de défis violents et humiliants destinés à les punir pour leurs mensonges, jusqu’à dévoiler leurs plus terribles secrets…

MON AVIS : En 2016, Damien LeVeck réalise The Cleansing Hour, un court-métrage de 19 minutes qui mettait en scène deux réalisateurs ratés qui ont l'idée de filmer de faux exorcismes et de les diffuser en live sur le net, ce qui leur permet d'acquérir une certaine notoriété, jusqu'au jour où une de leurs actrices est réellement possédée par un démon qui les oblige à dévoiler la vérité sur leur émission. Fort d'un joli succès via ce court-métrage, Damien LeVeck décide de l'adapter au format cinéma en 2019, toujours sous le titre de The Cleansing Hour, qui deviendra The Devil's Hour lors de sa diffusion au Strasbourg European Fantastic Film Festival 2019, titre qu'il conservera pour sa sortie sur DVD et Blu-ray chez l'éditeur Wild Side Vidéo. L'histoire reste inchangée, de nouveaux acteurs font leur apparition, dont Kyle Gallner, héros de Freddy Les Griffes de la Nuit en 2010, qui va interpréter Drew, Ryan Guzman, un des héros de la mini-série Heroes Reborn qui va jouer le Père Max ou Alix Angelis, vue dans le remake des Sept Mercenaires en 2016, et qui va avoir, dans The Devil's Hour, l'infime honneur d'interpréter Lane, la jeune femme qui va se voir posséder par un cruel démon. Comme les films de zombies ou d'infectés, les films de possession sont légion et, bien souvent, nous servent à peu de chose près la même recette, les mêmes clichés. Si The Devil's Hour ne se montre pas non plus d'une originalité folle en ce qui concerne la présence démoniaque ou la gestuelle de la personne possédée, le film se montre tout de même assez divertissant pour nous faire passer un bon moment, l'humour des situations proposées lui faisant gagner des points. Dès l'introduction, on assiste à une pure scène d'exorcisme assez intense, avec fumée, cris stridents, rites incantatoires et autres éléments spectaculaires qui nous mettent directement dans une ambiance apocalyptique, le tout dirigé par le prêtre Max. Une fois l'exorcisme terminé, notre saint-homme qui a réussi à vaincre le démon fait la publicité de son matériel (du linge béni, des fioles d'eau bénites) et de son site internet. La caméra recule alors et le spectateur découvre que tout ça n'était que du cinéma, une vraie pièce de théâtre avec des effets-spéciaux de qualité, mis en scène par Drew, le meilleur ami de Max, et ce, a de pure fin commerciale, misant sur la crédulité du public de plus en plus nombreux à regarder leur "exorcisme-show" diffusé en live via le net. Un moyen comme un autre pour se faire de l'argent, sauf que leur émission stagne un peu en audience. La mise en scène efficace de Damien LeVeck, couplée à ces touches d'humour, vont permettent à The Devil's Hour de maintenir un intérêt constant durant toute la durée du film, ce dernier bénéficiant également d'un casting solide qui se donne à fond et emporte l'adhésion. On s'en doute, surtout si vous avez lu le résumé de l'histoire, un véritable démon va venir semer le désordre dans l'émission de Drew et Max et c'est la petite amie de Drew, la ravissante Lane, qui va en payer les frais. Remplaçant au pied lever une actrice qui ne s'est pas présentée sur le tournage, la pauvre jeune femme va en effet être possédée par une entité démoniaque qui semble avoir un but bien précis : faire avouer au Père Max et à Drew la vérité sur l'émission, et ce, devant les milliers de spectateurs connectés à leurs téléphones portables ou leurs tablettes. Damien LeVeck en profite pour passer un message sur le pouvoir addictif des écrans, sur les dérives des réseaux sociaux ainsi que sur l'aspect "voyeur morbide" des personnes connectées, ces dernières allant être mises à contribution par le démon, qui va solliciter les vils instincts du public. Et ça aussi, c'est très amusant. Les "like" ne cessent d'affluer, le nombre de connectés ne cessent d'augmenter, et plus le démon va se montrer cruel, plus le public, les yeux rivés sur l'écran, va réagir, de différentes manières d'ailleurs. Certains sont choqués, certains tentent d'aider le Père Max en lui envoyant des prières virtuelles pour l'aider dans son combat quand d'autres, trouvant que la séance d'exorcisme devient lassante, demandent carrément qu'il y ait un mort afin de la dynamiser !! C'est vraiment ce mélange réussi d'horreur et d'humour noir qui fait toute la saveur de The Devil's Hour, avec, évidemment, ses effets-spéciaux. Le look de la possédée n'a rien d'innovant : teint blafard, yeux blancs vitreux, voix transformée : le grand classique. Mais ça marche bien et certaines séquences sont vraiment bien foutues, comme lorsque le Père Max doit retirer des objets coincés dans la bouche de Lane, qui s'avère un démon plutôt puissant, comme Drew va l'apprendre au fur et à mesure de l'avancée de l'exorcisme. Tout comme Max, Drew va aussi devoir affronter le démon en révélant certaines vérités blessantes, le sommet étant atteint lorsque Lane elle-même devra participer à ce petit jeu, ses révélations n'allant pas être du goût de tout le monde. Le passé des personnages nous sera présenté et permettra encore au réalisateur de lancer quelques piques satiriques sur différentes thématiques, dont la religion par exemple. Cerise sur le gâteau, on va avoir droit à un somptueux démon vers la fin du film, avec de très beaux maquillages à la clé. La tagline L'Enfer se cache derrière votre écran va alors prendre toute sa dimension lors d'un final cataclysmique, qui nous balance un retournement de situation bien pensé et qui prouve, encore une fois, que le Malin l'est vraiment, malin, je ne vous en dis pas plus. Bien fun, bien délirant, The Devil's Hour est à réserver aux amateurs de films d'horreur pas prise de tête, qui aiment s'amuser devant un divertissement décomplexé, un peu bordélique mais bien filmé et sincère. 

* Disponible en DVD, BR et VOD chez WILD SIDE VIDEO


      

SATURN 3

SATURN 3
(Saturn 3)

Réalisateur : Stanley Donen 
Année : 1980
Scénariste : Martin Amis
Pays : Angleterre
Genre : Science-fiction
Interdiction : -12 ans
Avec : Farrah Fawcett, Kirk Douglas, Harvey Keitel, Douglas Lambert...


L'HISTOIRE : Adam et Alex, deux scientifiques, vivent seuls sur une station spatiale située autours de Saturne. Leur mission : trouver de nouvelles sources de nourriture pour la Terre. Mais cette vie idyllique est mise en danger avec l'arrivée du capitaine James qui, bientôt, construit un robot destructeur : Hector. Le capitaine tombe amoureux d'Alex et ne souhaite qu'une chose : éliminer Adam. Il va en être de même pour Hector, qui devient rapidement jaloux de ceux qui s'approchent d'Alex...

MON AVIS : Avec la sortie de 2001 l'Odyssée de l'Espace en 1968, le cinéma de science-fiction prend un nouvel essor et les scénarios mettant en scène des ordinateurs ou des robots voulant prendre le dessus sur l'être humain vont fleurir au cours des décennies suivantes, avec des films comme Le Cerveau d'Acier (1970), Mondwest (1973), Génération Proteus (1977), Androïde (1980), Wargames (1982) ou Terminator (1984) par exemple, ce dernier ayant d'ailleurs été précédé par un film de 1966, Cyborg 2087, qui possède quasiment le même scénario ! Cette liste loin d'être exhaustive doit intégrer un autre film de 1980, le fameux Saturn 3 de Stanley Donen. Ça tombe bien, c'est justement de ce film dont on va parler ! Incroyable cette transition non ? Tout comme il est assez incroyable de trouver le réalisateur de Chantons sous la Pluie, Beau Fixe sur New-YorkDrôle de frimousse, Charade ou Arabesque à la tête d'un film de science-fiction. Et pourquoi pas ? Ce sera son unique incursion dans le genre, motivée par l'histoire que lui amène un certain John Barry, qui n'a rien à voir avec le célèbre compositeur mais qui est un très bon chef décorateur. Donen accepte au départ de produire le film et laisse Barry derrière la caméra. Le budget passe majoritairement dans le salaire des deux acteurs vedettes, à savoir Kirk Douglas et Farrah Fawcett. Pour compléter le duo, on fait appel à un acteur prometteur, Harvey Keitel. Malheureusement, les premiers jours de tournage se passe mal pour John Barry qui quitte le projet, également décontenancé par les nombreuses réécritures de son histoire par diverses personnes. Stanley Donen prend le relais et devient donc le réalisateur officiel de Saturn 3, qui dispose au final d'un budget supérieur à... La Guerre des Etoiles ! Pourtant, à l'écran, on ne peut pas dire que ça se voit ! Ce n'est pas que les effets-spéciaux soient mauvais, franchement, les scènes dans l'espace passent encore bien, et, hormis une explosion vers la fin du film qui est franchement limite et ridicule, le reste tient encore la route. Mais Saturn 3 est avant tout un huis-clos et si les décors de l'intérieur de cette station spatiale, avec ses longs couloirs, son laboratoire, ses chambres au look épuré, font illusions, on est quand même loin des effets-spéciaux et des somptueux décors du premier Star Wars ! Pourtant, le film de Stanley Donen possède une patine et un charme rétro qui fonctionnent encore bien et s'il y a bien longtemps que je n'avais pas revu ce film, cette nouvelle vision m'a plutôt enthousiasmé, sans que j'en ai la mâchoire qui se décroche mais j'y ai pris du plaisir. La jolie drôle de dame Farah Fawcett est toujours aussi ravissante et se dénude même de temps à autre, tout comme Kirk Douglas d'ailleurs, qui, malgré ses 64 ans à l'époque,  nous offrira la vision de son postérieur, le coquin ! Seul au monde dans la station spatiale, nos deux scientifiques agronomes travaillent à trouver un nouveau mode de consommation pour lutter contre une carence alimentaire sur Terre. La solitude les a évidemment rapproché et ils forment un couple passionné, ayant pour compagnie leur chienne Sally. Une quiétude qui va être mise à mal quand débarque un visiteur en la personne du capitaine James, interprété donc par Harvey Keitel. Le public sait que ce n'est pas le vrai capitaine James d'ailleurs, suite à une scène efficace vu au début du film. L'un des points faibles de Saturn 3 provient d'ailleurs de cette usurpation d'identité dont on n'aura aucune explication. Pourquoi le capitaine Benson a tué son ami le capitaine James pour prendre sa place dans cette mission et atterrir sur une station spatiale bien éloignée de la Terre, vu qu'elle est un satellite de Saturne ? Un mystère qui, malheureusement, le restera. Est-ce les remaniements de scénario qui ont impacté la trame logique de l'histoire ? Possible. En tout cas, il y a pas mal de trous noirs dans le scénario, et les questionnements du public ne trouveront pas souvent des réponses. Tant pis. En tout cas, il apporte un quatrième personnage dans ses valises, en la personne du fameux robot Hector, l'attraction principale pour laquelle on enclenche Saturn 3 dans son lecteur vidéo. Un robot à l'allure travaillée, qui possède une force prodigieuse et dont l'intelligence va se développer à vitesse grand V, pouvant être branché directement via le cerveau de Benson. La séquence de la partie d'échecs est intéressante et bien mise en scène, tout comme celle où la main du robot vient retirer un objet minuscule de l'oeil de Farah Fawcett. Le comportement d'Hector envers la belle Alex va d'ailleurs faire peu à peu basculer le film dans le thriller robotique. Si la tension s'installe entre Adam, Alex et Benson, ce dernier étant psychologiquement instable et ne se privant pas de draguer ouvertement la jeune femme, sans se soucier de la réaction du vieillissant Adam, qui voit rapidement le danger potentiel caractérisé par la présence de cet individu grossier et peu aimable. Un danger qui sera doublé par la présence d'Hector bien sûr, qui nous gratifiera d'une dernière demi-heure à suspense, avec poursuite à travers les couloirs de la station. Un peu d'action qui dynamise un film qui se montre relativement sage au final et qui manque un peu de punch et de frisson, la démarche mécanique assez lente d'Hector ne provoquant pas le même degré de stress que les traques de l'équipage du Nostromo par un alien par exemple, si vous voyez de quel film je veux parler ! Mais comme déjà dit, si Saturn 3 ne brille pas de mille feux, loin de là, sa vision n'est en rien désagréable même si on aurait aimé plus d'enjeux dramatiques, un scénario plus solide et surtout plus de folie à l'écran. Il y avait pourtant une scène totalement folle qui existait dans le film mais elle a été coupée au montage et c'est bien dommage ! Voulant tester une pilule bleue (sorte de LSD) apportée par Benson, Adam et Alex en prenne chacun une partie et se mettent à délirer comme des fous, Alex revêtant même une tenue de cuir étourdissante, qui aurait donné à Saturn 3 un petit côté très Barbarella qui aurait fait son petit effet sans aucun doute. En l'état, le film de Stanley Donen reste une série B de science-fiction kitsch à souhait, qui s'apprécie assez bien malgré tout.

* Disponible en combo DVD + BR chez ELEPHANT FILMS