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AVERTISSEMENT : Certaines bandes-annonces ou extraits de films peuvent heurter la sensibilité du jeune public.




L'ENFER DES ZOMBIES

L'ENFER DES ZOMBIES
(Zombi 2)

Réalisateur : Lucio Fulci
Année : 1979
Scénariste : Elisa Briganti, Dardano Sacchetti
Pays : Italie
Genre : Horreur
Interdiction : -16 ans
Avec : Tisa Farrow, Ian McCulloch, Richard Johnson, Al Cliver, Auretta Gay...


L'HISTOIRE : Un bateau semblant abandonné dérive dans le port de New York. Les garde-côtes interviennent et se font agresser par une créature monstrueuse qui y gisait caché. Pensant que le voilier est celui de son père disparu, Anne se rend dans les Caraïbes, à la recherche de celui-ci. Accompagnée par un journaliste, elle débarque sur une île réputée maudite sur laquelle vit le docteur Ménard. Ce dernier explique que, depuis quelques temps, les morts reviennent à la vie pour dévorer les vivants...

MON AVIS : Suite à l’insuccès de ses films précédents, comme On a demandé la main de ma sœur (1976), L'emmurée Vivante (1977) et Sella d'Argento (1978), le réalisateur transalpin Lucio Fulci se trouve dans une impasse, ne voyant pas sa carrière réellement décoller. Son salut viendra en 1979, année à laquelle on lui propose de mettre en scène un film d'horreur mêlant aventure et séquences gores. Le film devait être proposé à Enzo G. Castellari mais ce dernier demande un salaire exorbitant et ne se montre guère intéressé pour réaliser un film d'horreur. Si Fulci n'a jamais mis les pieds non plus dans le domaine de l'horreur, certains de ses films comportent des scènes de violence efficaces et le producteur Fabrizio de Angelis le choisit donc pour diriger ce qui deviendra L'Enfer des Zombies. Le but avoué du producteur est de profiter de l'engouement du public pour les morts vivants suite à la sortie l'année précédente du Zombie de George Romero. Bien malin, Fabrizio de Angelis décide de changer le titre provisoire du film (l'île des morts-vivants) et de l'intituler Zombi 2, ce qui déclenchera la colère de Dario Argento, qui a supervisé le montage européen du film de Romero. A bien y regarder, l'énervement de Dario Argento n'a pas réellement de raison d'être puisque les deux films n'ont aucun point commun. Là où Zombie est un western urbain dénonçant la société de consommation, L'Enfer des Zombies est un film d'aventure horrifique qui ne dénonce rien du tout et qui se déroule sur une île paradisiaque. Certes, la séquence de début et de fin se situant à New York tente de faire un lien avec le film de Romero mais si tel est le cas, on peut dire alors que L'Enfer des Zombies se déroule avant Zombie et vient expliciter cette invasion de morts vivants dans la capitale américaine. Car si La Nuit des Morts Vivants et Zombie ne donnaient quasiment aucune explication quand au pourquoi du réveil des morts, ce n'est pas le cas du film de Fulci, qui replonge à l'origine du mythe, à savoir le vaudou. Cette pratique, présente dans le grand classique de Jacques Tourneur Vaudou (1943), va donc servir de postulat explicatif dans L'Enfer des Zombies. Une bonne idée des scénaristes Dardano Sacchetti et sa femme Elisa Briganti, qui vont pouvoir situer la majorité de l'action du film sur une île perdue au milieu de l'océan, propice au mélange des genres voulu par la production, à savoir aventure et gore. Le dépaysement est en effet garanti puisque le tournage à lieu sur l'île de Saint-Domingue et le côté paradisiaque de l'endroit va vite être mis à mal par un Lucio Fulci très en forme au niveau trouvaille visuelle. Avec peu de moyen, Fulci va réussir à créer un climat angoissant, en utilisant notamment les sonorités des tambours haïtiens, présent à de nombreuses reprises dans le film et qui caractérise une menace insidieuse. Le décor lui sert également à peaufiner une ambiance macabre, que ce soit la petite église qui sert d'infirmerie au docteur Menard ou la plage et ses palmiers qui, baignés dans la brume, perdent de leurs charmes et se révèlent bien effrayantes, surtout quand déambulent en plein milieu, comme venues de nulle part, des silhouettes avançant avec peine, et qui sont autant de cadavres fraîchement sortis de terre, dont on connaît la dangerosité et l'appétit insatiable de chair humaine. Les zombies chez Fulci ne sont pas "beaux" ni bleutés, comme ceux de Romero. Ils sont au contraire décharnés, décomposés, entièrement rongés par le pourrissement causé par la mort. De véritables créatures sorties des enfers, des entrailles de la terre. On en retiendra deux en particulier, celui présent dans le voilier qui dérive dans les eaux de New York et qui orne fièrement l'affiche française du film et celui, tout aussi culte au niveau de l'imagerie, qui apparaît vers la fin, avec son œil remplit de vers de terre et qui illustre bon nombre d'affiches étrangères. Les amateurs de cinéma bis auront une attention toute particulière pour celui qui va combattre un requin après s'être régalé les yeux de la plastique dénudée de l'actrice Auretta Gay, qui due apprendre à nager sous l'eau pour l'occasion. Bien sûr, si L'Enfer des Zombies a connu un succès mondial et est devenu culte auprès des fans, c'est également grâce à ses séquences gores qui ont alarmé Dame Censure, au point que cette dernière a exigé de nombreuses coupes, privant le film de tout son potentiel, comme l'ont constaté, désemparés, les fans qui ont enregistré la version française diffusée sur Canal + ! J'en ai moi-même fait la triste expérience, heureusement que la version originale sous-titrée était en version intégrale. Citons bien sûr la scène culte et horrible de l'écharde dans l’œil, le festin anthropophage sur le corps de la femme du docteur Menard, les gorges déchiquetées à grand coup de dents et les nombreux impacts de balles sur les zombies. Le tout accompagné par la partition musicale de Fabio Frizzi et Giorgio Cascio, dont le thème principal est un petit classique en puissance. Pour sa première incursion dans l'horreur pure et dure, on peut dire que Lucio Fulci a parfaitement remplit le cahier des charges et a offert au film de mort vivant un bel écrin, qui continue de nos jours à faire son petit effet. Personnellement, ce n'est pas mon Fulci préféré mais je prends toujours plaisir à le revisionner, preuve de son efficacité.

* Disponible chez ARTUS FILMS

NOTE : 5/6

L'EDITION ARTUS FILMS :

L'Enfer des Zombies vient de ressortir en France chez nos amis d'Artus Films, qui ont pour l'occasion mis les petits plats dans les grands. L'objet se présente sous la forme d'un livre luxueux, contenant le Blu-Ray et le DVD du film, présenté en version intégrale bien sûr et dans un master de toute beauté. Au niveau du livre, on est en présence de 80 pages qui nous propose d'en apprendre plus sur le film lui-même, avec des extraits d'interview de Fulci lui-même ou bien une étude sur le scénario de Dardano Sacchetti, qui revendique souvent la paternité du film. Gilles Vannier du site Psychovision nous parle de la figure du zombie dans le cinéma de Lucio Fulci. David Didelot, du fanzine Videotopsie, nous parle quant à lui des films de zombies dans le cinéma italien. Didier Lefevre, du fanzine Medusa, nous en apprend plus sur les ressemblances bien plus frappantes entre L'Enfer des Zombies et La Terreur des Zombies qu'entre le film de Fulci et celui de Romero. Le tout est parsemé de reproductions d'affiches et de nombreuses photos couleurs. Un bien bel objet supervisé par Lionel Grenier du site Luciofulci.fr. On retrouve ce dernier dans un premier bonus intitulé "Quand les morts sortiront de leurs tombes" et dans lequel il nous parle du film de Fulci. Si on le sent moyennement à l'aise devant la caméra (l'exercice n'est pas facile), ce ne sera pas le cas des intervenants des deux autres bonus, les italiens Dardano Sacchetti et Maurizio Trani. Avec leur verve "à l'italienne", c'est un véritable festival d'anecdotes qui défilent à vitesse grand V. Assurément les deux meilleurs bonus. Alain Petit revient quant à lui sur le pourquoi de la diffusion de la version censurée dans l'émission Quartier Interdit sur Canal +. Deux bandes-annonces viennent clôturer cette somptueuse édition, qui se doit de figurer dans toute collection de fans du maestro italien, et des autres aussi ! 

LA BONZESSE

LA BONZESSE
(La Bonzesse)

Réalisateur : François Jouffa 
Année : 1974
Scénariste : François Jouffa, Jean-Pierre Gambert
Pays : France
Genre : Comédie / Erotique
Interdiction : -16 ans
Avec : Sylvie Matton, Bernard Verley, Olga Valéry, Christine Aurel, Betty Berr...


L'HISTOIRE : Béatrice, étudiante en philosophie et en quête d’absolu, se rend chez Renée, une maquerelle, afin d’expérimenter l’art de la sexualité. Charmée par sa silhouette élancée et son regard ingénu, Renée embauche la belle sur le champ. Béatrice prend le nom de Julie et se vend à des hommes fortunés, industriels et diplomates. Jusqu’au jour où, un soir, un client la séduit et vient bouleverser le cours de sa vie. Béatrice se lasse alors de ce monde et décide de partir pour l’Orient, au Katmandou, où elle se consacre à une toute autre discipline...

MON AVIS : Les Editions Montparnasse viennent d'exhumer en DVD une petite curiosité made in France datant de 1974 : La Bonzesse de François Jouffa. Mélange de comédie et d'érotisme, érotisme relativement soft hormis une ou deux scènes un peu plus "hot" que la moyenne qui valut au film des démêlés avec la censure de l'époque qui l'interdit totalement de sortie en salles puis le libère le 24 mai 1974, La Bonzesse est une sorte de fable sur la liberté de la femme, sur son droit à faire ce qu'elle veut de son corps pour atteindre un but (la révolution sexuelle et l'émancipation de la femme est en marche au début des années 70) mais également une critique amusante et acide de la bourgeoisie et des mœurs délurées d'une certaine catégorie de personnes. Car dans le bordel où travaille Béatrice, qui s'est rebaptisée Julie lorsqu'elle se trouve en ce lieu, il n'est pas rare de croiser des patrons, des parlementaires, des pères de famille venant se faire prodiguer une fellation car leur femme ne le fait pas ou même des prêtres qui s'autorise quelques menus plaisirs et vont jusqu'à botter le derrière d'un homme aimant être ligoté en frappé, le tout sous l'autorité de Mme Renée, la mère-maquerelle merveilleusement interprétée par Olga Valéry. Ce personnage, en plus de Béatrice, donne tout son sel au film avec des répliques pas piquées des hannetons qui égayeront votre soirée. A noter qu'au tout début du film, le réalisateur nous informe que les situations et les dialogues du film proviennent de situations vécues, ce qui ferait presque de La Bonzesse un documentaire d'époque sur les maisons closes et leurs clients. Pour l'anecdote, l'histoire du film est venue à François Jouffa après qu'une de ses connaissances, qui était prostituée, ait complètement changée de registre en devenant... nonne ! La quête de soi vécue par Béatrice dans La Bonzesse est donc au centre de la thématique proposée ici. Simple étudiante en philosophie, elle décide de se prostituer pour gagner un peu plus d'argent et va donc devenir une régulière de Mme Renée, qui gère son bordel dans un bel appartement situé en plein cœur d'un immeuble. La satire du film n'épargne pas que la position sociale des clients mais égratigne aussi la police puisqu'il est clair que Mme Renée, pour poursuivre tranquillement ses lucratives activités interdites, paye quelques bakchich à l'autorité policière, voire même paye de sa personne. L'argent, il en est aussi beaucoup question dans La Bonzesse. D'ailleurs, tout tourne autour de l'argent, et on en est toujours là quelques trente ans plus tard. Tout se monnaye chez Mme Renée, le moindre extra ou demandes particulières se soldent par un lâcher de billets verts. Parmi les demandes les plus étranges (et les plus drôles), on retiendra cette séquence hallucinante dans laquelle un client, portant un costume de crocodile, râle auprès de Mme Renée car la prostituée choisie ne joue pas assez "la fille effrayée" ! Impayable ! Le thème du sadomasochisme est également de mise dans La Bonzesse et ce, un an avant la sortie d'Histoire d'O. Et l'amour dans tout ça me direz-vous ? Il est présent, à travers la relation, malheureusement à sens unique, entre Béatrice et Jean-Pierre, un client qui succombe au charme de la belle jeune fille (Sylvie Matton) et réciproquement. Mais Jean-Pierre n'essaye pas de vivre cette relation passionnément, à fond, ce qui trouble Béatrice, qui comprend alors que sa place n'est ni au côté de Jean-Pierre, ni au bordel de Mme Renée. Son épanouissement personnel, elle ira le chercher dans l'épanouissement de l'esprit et non du corps, d'où le titre du film. La Bonzesse est au final une oeuvre assez curieuse, pas déplaisante mais qui supporte mal le poids des années. Sa vision a été, pour ma part, amusante mais en rien transcendante, j'ai plutôt eu l'impression d'assister à un défilement de petites vignettes de la vie en maison close, certes rigolotes pour la plupart mais qui ne m'a pas touché plus que ça. C'est une sorte d'ovni cinématographique français très marqué par son temps et assez déstabilisant en fait mais qui mérite, évidemment, d'être découvert par les cinéphiles de tous poils.

* Disponible en DVD chez EDITIONS MONTPARNASSE

NOTE : 3/6  



HHhH

HHhH
(HHhH / The Man with the Iron Heart)

Réalisateur : Cédric Jimenez 
Année : 2017
Scénariste : Cédric Jimenez, Audrey Diwan, David Farr
Pays : Etats-Unis, France, Angleterre, Belgique
Genre : Drame, Guerre
Interdiction : -12 ans
Avec : Jason Clarke, Stephen Graham, Rosamund Pike, Jack O'Connell, Noah Jupe...


L'HISTOIRE : L’ascension fulgurante de Reinhard Heydrich, militaire déchu, entraîné vers l’idéologie nazie par sa femme Lina. Bras droit d’Himmler et chef de la Gestapo, Heydrich devient l’un des hommes les plus dangereux du régime. Hitler le nomme à Prague pour prendre le commandement de la Bohême-Moravie et lui confie le soin d’imaginer un plan d’extermination définitif. Il est l’architecte de la Solution Finale. Face à lui, deux jeunes soldats, Jan Kubis et Jozef Gabcik. L’un est tchèque, l’autre slovaque. Tous deux se sont engagés aux côtés de la Résistance, pour libérer leur pays de l’occupation allemande. Ils ont suivi un entraînement à Londres et se sont portés volontaires pour accomplir l’une des missions secrètes les plus importantes, et l’une des plus risquées aussi : éliminer Heydrich. Au cours de l’infiltration, Jan rencontre Anna Novak, tentant d’endiguer les sentiments qui montent en lui. Car les résistants le savent tous : leur cause passe avant leur vie. Le 27 mai 1942, les destins d’Heydrich, Jan et Jozef basculent, renversant le cours de l’Histoire...

MON AVIS : Basé sur le roman de Laurent Binet paru en 2010, roman qui a reçu le prix Goncourt du premier roman et qui s'est vendu a des milliers d'exemplaires, HHhH est à la fois un film historique puissant et un thriller haletant. Ces quatre "H", qui signifient "Himmlers Hirn heißt Heydrich", soit "le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich" nous propose un voyage dans la folie du nazisme, à travers le parcours d'une de ses figures légendaires, à savoir "l'homme au cœur de fer " Reinhard Heydrich. Engagé par Himmler lui-même, Heydrich sera l'adjoint de ce dernier dès 1931 pour devenir responsable des services secrets nazis. Froid, méthodique et sans pitié, Heydrich s'est notamment illustré auprès du parti en organisant "La Nuit des Longs Couteaux" en 1934, ce qui lui valut la reconnaissance et la confiance absolue d'Hitler et de Himmler. Toute la première partie de HHhH nous dépeint la vie et l'ascension au sein du parti nazi d'Heydrich, de son renvoi de la marine allemande à sa rencontre, déterminante, avec Lina von Osten, membre du parti nazi et qui deviendra sa femme. Cet antipathique haut dignitaire nazi est remarquablement interprété par l'acteur Jason Clarke, totalement investit par son rôle. Regard de fou, accès de colère, assassinant des innocents sans aucun remords, l'acteur et le réalisateur Cédric Jimenez ont parfaitement retranscrit à l'écran la personnalité à double facette d'Heydrich, sans jamais en atténuer l'inhumanité totale. Une inhumanité qui tranche avec des scènes plus intimistes dans lesquelles "le boucher de Prague" apprend à son fils à jouer au piano sans jamais s'énerver par exemple. Mais cette apparente normalité ne dure jamais longtemps et la triste réalité reprend rapidement le dessus. Parsemé de séquences chocs qui font froid dans le dos, HHhH n'épargne pas la sensibilité du spectateur qui assiste, impuissant devant son écran, aux exactions cruelles du IIIème Reich. Cette première partie du film, essentiellement centré sur l'ascension et les actions d'Heydrich donc, est remarquable dans sa construction et sa mise en scène, la reconstitution historique étant des plus soignée, que ce soit au niveau des costumes ou du réalisme des scènes de massacre. La seconde partie du film délaisse quelque peu son archange du Diable pour se concentrer sur "l'opération Anthropoid" et nous présenter ces deux jeunes héros tchécoslovaques, qui, sous planification anglaise, vont avoir comme mission d'assassiner Heydrich, rien que ça ! Après une préparation minutieuse de la part de Jozef Gabčík et Jan Kubiš, qui vont étudier durant des semaines les trajets et l'emploi du temps d'Heydrich pour trouver à quel moment il sera possible de l'assassiner, le temps de l'action est arrivé. De film quasi biographique, HHhH bifurque avec les préparatifs de l'opération Anthropoid vers le thriller et met l'accent sur la Résistance, avec une mise en exergue de ces hommes et ces femmes qui prennent chaque jour des risques pour contrer le IIIème Reich. Des risques qui vont au-delà d'une simple mission à remplir et qui prennent un caractère emblématique, symbolique même. L'aspect sacrificiel de la mission est vraiment bien abordé par le réalisateur. Si cette seconde partie est légèrement moins saisissante, la scène du passage à l'acte, le 27 mai 1942, fait monter la température et on en vient à stresser avec les protagonistes, surtout quand la mitraillette devant exécutée Heydrich s'enraye. Ce dernier ne mourra pas dans cet tentative d'assassinat mais les débris qu'il reçut, suite au lancer d'une grenade sous sa voiture, ont entraîné une infection qui lui ôta la vie le 4 juin 1942. Les funérailles d'Heydrich furent d'une ampleur considérable et la vengeance d'Hitler et d'Himmler à la hauteur de la réputation de leur défunt ami. Tout le village de Lidice fut rasé, tous les hommes furent exécutés, les femmes déportées à Ravensbruck et les enfants au camp d'extermination de Chelmno. Un épisode tragique et horrible, qui fit prendre (enfin) conscience au reste du Monde de la dangerosité du IIIème Reich. Véritable électrochoc, HHhH est un film à voir sans aucune hésitation. D'autres films ont également mis en scène l'assassinat d'Heydrich : Les Bourreaux meurent aussi de Fritz Lang (1943), Hitler's Madman de Douglas Sirk (1943), Commando à Prague de Jiří Sequens (1964), Sept Hommes à l'Aube de Lewis Gilbert (1975), Lidice de Petr Nikolaev (2011) ou bien encore Anthropoid de Sean Ellis (2016).

* Disponible en DVD et BR chez  TF1 VIDEO

NOTE : 5/6


RENDEL

RENDEL
(Rendel)

Réalisateur : Jesse Haaja 
Année : 2017
Scénariste : Pekka Lehtosaari, Miika J. Norvanto, Timo Puustinen
Pays : Finlande
Genre : Action, super-héros
Interdiction : -12 ans
Avec : Kristofer Gummerus, Michael Hall, Alina Tomnikov, Johnny Vivash, Bianca Bradey...


L'HISTOIRE : L'organisation criminelle VALA, dirigé par monsieur Rotikka et Erola, son fils psychopathe, est spécialisée dans le trafic de vaccins à destination de l'Afrique. Des vaccins qui contiennent de la thermite, produit chimique aux effets dévastateurs. Rämö, bon père de famille qui vient de perdre son emploi, se fait engager par l'un des hommes de main de Rotikka et découvre le terrible secret des vaccins. Afin qu'il ne puisse nuire à l'organisation, Erola abat la femme et la petite fille de Rämö avant de laisser ce dernier pour mort. Ivre de douleur et mue par un profond désir de vengeance, Rämö va prendre l'identité de Rendel, justicier tout de cuir vêtu qui va déstabiliser l'organisation Vala en tuant jour après jour ses membres les plus influents et saboter de nombreuses transactions...

MON AVIS : Un nouveau film de super-héros ! Rien d'étonnant à ça puisque les succès planétaires des productions Marvel ou DC Comic ne cessent d'affoler les compteurs du box-office. Mais attention ! Rendel n'est pas un film de super-héros made in USA. Son originalité ? Provenir de Finlande, c'est assez rare pour le souligner. Certes, ce pays nous a déjà offert quelques films fantastiques ou d'horreur (Le Renne Blanc, Skeleton Crew, Dark Floor, Lake Bodom ou Bunny Opération Pussy entre autres) mais jamais de film de super-héros. C'est désormais chose faite avec Rendel, dont le tournage a débuté en 2015. Un tournage "marathon" puisque le film a été remanié à plusieurs reprises pour en augmenter la qualité, les investisseurs et producteurs mettant la main à la poche après avoir vu les rushes du réalisateur Jesse Haaja. Terminé en 2017, Rendel débarque en France en avril 2018 grâce à M6 VIDEO et c'est une bonne idée qu'à eu l'éditeur parce que Rendel a de solides arguments à faire valoir. Je préviens les lecteurs, il ne faut pas s'attendre à une ambiance façon Avengers, Iron Man ou Thor avec Rendel. Jesse Haaja n'est pas trop dans le trip univers coloré et humour bon enfant, c'est peu de le dire. Les influences de Rendel sont plutôt à aller chercher du côté de The Crow, Punisher ou de Batman version Christopher Nolan. Même si quelques petites touches d'humour sont présentes dans les aventures de notre super-héros finlandais, c'est bien la noirceur et la violence sans concession qui prédominent durant toute la vision du film. Tout comme Batman, le personnage de Rendel ne possède aucun super-pouvoirs. C'est juste un homme qui a vécu une tragédie familiale et qui n'aspire qu'à la vengeance. Son look est à la fois sobre et percutant : entièrement vêtu de noir, portant un blouson de motard que sa femme et sa fille lui ont offert peu de temps avant le drame, sa particularité provient de son masque, qui n'en est pas un en fin de compte, comme nous le révélera une scène emblématique du film. Un visage qui évoque un autre super-héros sombre et tragique, Spawn pour le citer. Pas de super-pouvoirs donc mais une bonne capacité à encaisser les coups et surtout une habileté à en donner. Car ça cogne dur dans Rendel et le bruit des os cassés ne cessera de vrombir à vos oreilles lors des nombreuses séquences de castagnes. Une violence épurée de gimmicks en tout genre, on peut même penser que les combats manquent d'ampleur mais au final, on se rapproche carrément plus de la baston de rue ou de l'ultimate fighting que des chorégraphies à la Jackie Chan, ce qui les fait gagner en intensité. Les coups font mal et notre héros, bien que résistant, a parfois du mal à ne pas faiblir face aux assauts de ses ennemis. Un bon point pour Jesse Haaja, qui a préféré se focaliser sur un super-héros qui a des faiblesses et qui peut souffrir physiquement, ce qui le rend plus proche de nous. La mise en scène fait le boulot et même si le budget du film n'est certainement pas pharaonique, on ressent à travers les images proposées l'envie de faire du mieux possible. Décors, lumières, casting, cascades et gunfights ont bénéficié d'un soin tout particulier et le rendu final est des plus avenants. Bien sûr, les références à d'autres films nous sautent aux yeux, on comprend que Jesse Haaja s'est fait plaisir et connaît ses classiques, quitte à en oublier de se montrer vraiment original en nous proposant quelque chose de totalement neuf. Ce n'est effectivement pas la cas puisque les films précités un peu plus haut, auxquels on peut ajouter Dark City, Darkman ou même Suicide Squad (impossible de ne pas penser à ce dernier quand l'un des méchants constituent une équipe de fous furieux prête à en découdre avec Rendel) nous viennent spontanément à l'esprit. Mais qu'importe. Rendel marque des points avec ses qualités et nous propose, malgré sa vision très nihiliste, de belles séquences d'émotions sublimées par la jolie partition musicale de Tuomas Kantelinen. L'ultime séquence laisse présager d'une suite et ce sera avec grand plaisir que je la regarderai. Bref, pas de quoi bouder son plaisir devant Rendel, qui s'avère être une bonne surprise à défaut d'être totalement innovant dans le domaine du film de super-héros.

* Disponible en DVD, BR et VOD chez M6 VIDEO

NOTE : 4/6



QUATRE MOUCHES DE VELOURS GRIS

QUATRE MOUCHES DE VELOURS GRIS
(4 Mosche di Velluto Grigio)

Réalisateur : Dario Argento 
Année : 1971
Scénariste : Dario Argento, Mario Foglietti, Luigi Cozzi
Pays : Italie, France
Genre : Giallo
Interdiction : -12 ans
Avec : Michael Brandon, Mimsy Farmer, Jean-Pierre Marielle, Bud Spencer, Francine Racette...


L'HISTOIRE : Batteur de son état, Roberto Tobias en a plus qu'assez d'être suivi depuis plusieurs jours par un mystérieux inconnu. Il décide d'agir et parvient à attraper l'inconnu dans un théâtre abandonné. Une dispute s'ensuit et Roberto, sans vraiment le vouloir, poignarde l'homme. Un second inconnu, portant un masque de pantin et se trouvant dans les gradins, prend Roberto, arme du crime à la main en photo. Le musicien va ensuite être victime d'un véritable harcèlement de la part du maître-chanteur qui, étrangement, ne lui réclame rien. Quand la domestique de Roberto est retrouvée assassinée, ce dernier décide d'engager un détective privé pour découvrir l'identité du meurtrier et éviter que sa propre vie ne soit menacée...

MON AVIS : En 1970, Dario Argento fait un carton dans les salles de cinéma avec son premier film en tant que réalisateur : L'Oiseau au Plumage de Cristal. Un giallo au suspense savamment dosé et à l'intrigue travaillée, bénéficiant d'un coup de théâtre final astucieux et d'une maîtrise technique déjà bien aboutie. Il récidive dans le genre l'année suivante avec Le Chat à Neuf Queues, qui se veut d'une approche plus classique mais qui fait également un triomphe au cinéma. Fort de ces deux succès, Dario Argento se voit évidemment proposer de réaliser un troisième giallo. Il n'en a que moyennement envie, désirant aborder d'autres genres mais il n'a pas trop le choix. Avec son ami Luigi Cozzi, il travaille sur un nouveau scénario qui a du mal à trouver une conclusion. Mario Foglietti vient à la rescousse, propose un sujet à Dario. Ce dernier n'aime pas beaucoup l'histoire que Foglietti lui propose mais par contre, il trouve la révélation concernant l'assassin excellente. Il prend donc cette idée pour conclure le scénario de ce qui deviendra Quatre Mouches de Velours Gris, troisième et dernier volet de ce qu'on a coutume d'appeler "la trilogie animale de Dario Argento", en référence aux différents animaux qui peuplent le titre de ses trois premiers films. Avec Quatre Mouches de Velours Gris, Dario Argento risque de surprendre ceux qui s'attendent à un giallo traditionnel jouant avec les codes du genre. En effet, le réalisateur transalpin va surprendre ses admirateurs avec ce nouveau film, qui mélange le giallo à la comédie italienne, le tout saupoudré de petites touches oniriques qui annoncent sa future orientation vers le fantastique pur et dur. Un cocktail assez déstabilisant il faut bien le reconnaître puisque les scènes de tensions sont constamment contrebalancées par des séquences de pure comédie (le pauvre facteur notamment ou la présence de personnages excentriques, à l'image de ceux campés par Bud Spencer ou Jean-Pierre Marielle) qui viennent rompre le rythme et placer le spectateur dans une zone de non confort un peu perturbante. Expérimental, voilà bien le terme qui définit le mieux Quatre Mouches de Velours Gris. Dario Argento s'aventure hors des sentiers battus, tente des choses nouvelles, brise les codes qui ont fait le succès de ses deux films précédents (la séquence initiale du meurtre ne renvoie à rien ici, ne sert pas à trouver la solution quant à l'identité du meurtrier, contrairement à celle de L'Oiseau et du Chat). Un changement de cap qui, encore une fois, pourra dérouter le spectateur ne sachant plus trop sur quel pied danser mais qui ne pourra pas l'aveugler quant à la réelle maîtrise technique du film. Car la mise en scène de Quatre Mouches de Velours Gris est absolument fascinante. Avec une habileté assez folle, Dario Argento fait preuve d'une réelle maestria dans le placement de sa caméra, dans le choix des angles, des plans. On pense par exemple à toutes les scènes se situant dans l'appartement de Roberto, avec ces couloirs qui deviennent de véritables labyrinthes anxiogènes quand une présence mystérieuse semble être présente. Une technicité qui fait tout le sel de cette histoire somme toute banale de couple qui se déchire. Car oui, le sujet principal de Quatre Mouches de Velours Gris est bien le rapport de force qui s'installe entre Roberto et sa fiancée Nina. Un rapport conflictuel, qu'Argento n'explique jamais d'ailleurs. On comprend vite que le couple est au bord de la rupture, que la passion ou l'amour n'est plus présent entre eux mais on ne sait pas pourquoi. Même dans les moments difficiles, quand Roberto est pris à partie par une sorte de maître-chanteur, il refuse le soutien moral que lui propose Nina. Ces deux personnages sont parfaitement interprétés par Michael Brandon et la jolie Mimsy Farmer (qu'on reverra entre autres dans Frissons d'Horreur en 1975). Deux personnages pris dans une tourmente meurtrière qui va prendre des proportions dramatiques, jusqu'à l'original dénouement final. Tout aussi surprenant que le choix de mise en scène, la violence des meurtres est ici très largement revue à la baisse durant une bonne partie du métrage. Ce qui ne veut pas dire qu'ils ne sont pas superbement mis en scène bien sûr. Pour ma part, le meilleur reste celui de la domestique. La pauvre Marisa Fabbri va être pourchassée par le meurtrier dans une séquence hallucinante, qui prend racine dans une réalité tangible (un parc en pleine journée, baigné par le soleil et les enfants qui jouent ou les amoureux qui s'embrassent) et qui va, petit à petit, bifurquer dans une dimension quasi onirique, quasi fantasmagorique, dans laquelle la nuit chasse le jour en une fraction de seconde, ou les haies du parc deviennent autant de chemins qui mènent vers une mort certaine. Du travail d'orfèvre effectué par un Dario Argento en pleine possession de ses moyens. Une scène magistrale qui mérite à elle seule la vision du film. Quatre Mouches de Velours Gris (le titre sera expliqué dans une scène elle aussi très ingénieuse et en adéquation totale avec le jeu du faux-semblants qui rythme tout le film) n'est pas le film de Dario Argento qui est le plus connu puisqu'il fut plombé par de très difficiles conditions de distribution et de droits, ce qui le rendit quasiment invisible durant de nombreuses années, malgré une sortie en VHS en France. Le DVD et le BR édité par Wild Side vient donc à point nommer pour redécouvrir cette oeuvre atypique et troublante dans une très belle qualité.

* Disponible en DVD et BR chez WILD SIDE VIDEO

NOTE : 4/6



LES DIABLESSES

LES DIABLESSES
(La morte negli occhi del gatto / Seven Dead in the Cat's Eye)

Réalisateur : Antonio Margheriti 
Année : 1973
Scénariste : Antonio Margheriti, Giovanni Simonelli
Pays : Italie, France, Allemagne
Genre : Epouvante
Interdiction : -12 ans
Avec : Jane Birkin, Hiram Keller, Françoise Christophe, Venantino Venantini, Doris Kunstmann...


L'HISTOIRE : La jeune Corringa retourne dans la demeure familiale des MacGrieff, un imposant château qui est source de discordes et de convoitises parmi les occupants. Lorsque des meurtres sont commis au sein de la demeure, l'histoire de la malédiction ancestrale à base de vampirisme refait surface. Le meurtrier est-il humain ou est-ce réellement une créature de la nuit légendaire ? Corringa, avec l'aide de son cousin, l'étrange Lord James MacGrieff, va mener son enquête, sous l’œil inquiétant du chat de Lady Mary...

MON AVIS : Jane Birkin et Serge Gainsbourg dans un film d'Antonio Margheriti, tout un programme ! Si le célèbre fumeur de gitanes n'apparaît pas beaucoup à l'écran, interprétant l'inspecteur de police tentant d'éclaircir cette obscure affaire de meurtres, il n'en va pas de même pour Jane Birkin puisqu'elle est l'héroïne principale des Diablesses, film datant de 1973 et dont on a un peu de mal à comprendre le titre français qui, à l'instar de son affiche française, ne représente pas vraiment le contenu que Margheriti va nous proposer. Le distributeur français de l'époque a-t-il voulu faire passer ce film d'épouvante gothique pour une oeuvre érotique, comme le suggère ces deux corps féminins dévêtus ainsi que la photo de Jane Birkin et de Doris Kunstmann qui laisserait à penser que les deux demoiselles pourraient avoir une relation lesbienne ? Toujours est-il que Les Diablesses n'a rien d'érotique et qu'il ne joue pas du tout dans ce registre. Le titre original, La morte negli occhi del gatto (la mort dans les yeux du chat) est bien plus réaliste puisque, effectivement, le chat de la châtelaine sera présent lors des différentes morts qui vont venir frapper les habitants du château. Un titre qui évoque le giallo évidemment, et notamment "la trilogie animale" de Dario Argento entre autres. Ça tombe bien puisque des éléments du giallo vont venir s'immiscer dans l'ambiance d'épouvante gothique du film. Pas assez pour en faire un véritable giallo, c'est sûr, mais les amateurs seront en territoire connu. Une chose est claire en tout cas : Antonio Margheriti est vraiment doué dans le registre de l'épouvante gothique, il l'a déjà prouvé avec des perles vénéneuses comme La Vierge de Nuremberg, La Sorcière Sanglante ou Danse Macabre par exemple. Même si Les Diablesses n'est pas du calibre des films précités, on passe un bon moment au sein de ce château lugubre et en compagnie de ses divers résidents, dont notre fameux chat. Antonio Margheriti et le scénariste Giovanni Simonelli ont sûrement voulu rendre un petit hommage à Edgar Allan Poe puisque la présence du petit animal miauleur nous rappelle la nouvelle Le Chat Noir. Mais ce n'est pas tout ! Le cousin de Corringa, Lord James MacGrieff, un jeune dandy irrespectueux qui aurait assassiné sa sœur lorsqu'il était enfant, possède une sorte de gorille enfermé dans une cage dans sa chambre. Serait-il possible que cet animal exotique soit l'assassin, comme dans la nouvelle Double assassinat dans la rue Morgue ? Tout est possible, même si la main ganté adepte du rasoir semble plutôt d'origine humaine. Les coupables possibles sont légion, que ce soit la sœur de Lady Mary, la ravissante professeur de français (Doris Kunstmann), son amant qui n'hésites pas à faire la cour à plusieurs femmes en même temps (l'élégant Anton Diffring), Lord James qui semble un brin atteint mentalement ou bien le prêtre ? Margheriti entretient le suspense, provoque des frayeurs chez son héroïne, amplifie les complots apparents qui se trament entre les protagonistes, ne se soucie pas trop du réalisme de l'ensemble (Jane Birkin découvre le cadavre rongé par les rats que les spectateurs ont déjà vu lors de la scène d'introduction et ne semble pas s'en soucier, n'alertant même pas la police de cette macabre découverte) et filme le tout avec classe, sans grande originalité certes, mais avec suffisamment de style pour que ça passe. Les Diablesses peut apparaître un peu en dehors de son temps, rappelons que nous sommes en 1973 et que l'épouvante gothique touche à sa fin, remplacé par les horreurs ultra-réalistes de Wes Craven (La dernière maison sur la gauche), de William Friedkin (L'Exorciste) ou de Tobe Hooper (Massacre à la Tronçonneuse). Reste alors une ambiance d'étrangeté que les nostalgiques ou les fans de cinéma gothique apprécieront à sa juste valeur, conscient que le chant du cygne de l'épouvante gothique est arrivé. Pas de quoi bouder son plaisir en tout cas.

* Disponible en DVD chez CINE2GENRE

NOTE : 4/6




ONE BODY TOO MANY

ONE BODY TOO MANY
(One Body Too Many)

Réalisateur : Frank McDonald
Année : 1944
Scénariste : Winston Miller, Maxwell Shane
Pays : Etats-Unis
Genre : Comédie, épouvante
Interdiction : /
Avec : Jack Haley, Jean Parker, Bela Lugosi, Blanche Yurka, Douglas Fowley...


L'HISTOIRE : Alors qu'il se présente à la propriété de Cyrus J. Rutherford, l’assureur Albert Tuttle apprend que son richissime client vient juste de trépasser. Déjà tous dans la place, les héritiers potentiels attendent fébrilement la lecture du testament. Mais c’est une nuit de terreur qui les guette et Tuttle sera ballotté entre la nièce de Rutherford, des passages secrets, un cadavre mystérieusement volatilisé et plusieurs assassinats...

MON AVIS : Réalisé en 1944 par Frank McDonald, prolifique metteur en scène de séries B à petit budget (plus de 140 titres dans sa filmographie, dont de nombreux westerns), One Body Too Many est une comédie d'épouvante assez théâtrale, qui mélange vaudeville macabre, humour noir et comique de situation pour un résultat qui n'a rien d'exceptionnel mais qui reste assez agréable à regarder. D'une courte durée de 75 minutes environ, One Body Too Many ne laisse en effet pas le temps aux spectateurs de s'ennuyer. Ces derniers vont aller à la rencontre de l'assureur Albert Tuttle, interprété par la bonne bouille de Jack Haley, parfait dans ce rôle de personnage totalement couard, qui va prendre sur lui pour les beaux yeux de Carol, la nièce du richissime défunt (la charmante Jean Parker) et passer la soirée à veiller sur le cadavre de ce dernier afin qu'il ne lui arrive rien de fâcheux. Car le testament du mort est clair : il doit être enterré dans un cercueil de verre pour pouvoir admirer les étoiles et si son corps venait à disparaître ou à être enterré de façon traditionnelle, ceux qui devaient avoir la plus grosse part de l'héritage devraient l'échanger avec ceux qui devaient avoir la plus petite part. Inutile de dire que cette dernière volonté va semer discorde et convoitise parmi les divers héritiers et que cette nuit orageuse ne va pas être de tout repos. Ce n'est pas Albert Tuttle qui me contredira puisque notre gentil peureux au grand cœur va vivre une soirée follement agitée, alternant les situations rocambolesques avec d'autres plus stressantes. Jouant avec les codes du film de maisons hantées, le réalisateur Frank McDonald s'amuse comme un petit fou avec son décor et ses nombreux passages secrets permettant de se déplacer d'une pièce à une autre en toute discrétion. Une bonne aubaine pour le mystérieux tueur qui semble sévir dans les parages. Quel héritier pourrait bien être le coupable des divers assassinats qui viennent rythmer cette nuit d'épouvante ? Les assassins potentiels ne manquent pas, chacun ayant une raison d'éliminer son prochain (ah l'argent...) et on s'amusera avec Jack Haley et Jean Parker à tenter de le démasquer. On écartera d'emblée le domestique de la maison, campé par l'inquiétant Bela Lugosi, qui joue avec une certaine retenue ici. Ce serait en effet bien trop simple de lui avoir donné le rôle du meurtrier, même s'il passe pas mal de temps à vouloir offrir aux divers invités une tasse de café qui pourrait très bien avoir été empoissonné par ses soins, comme le laisse pensé une séquence au début du film. Ce gaga, répété encore et encore durant tout le film, est assez marrant et l'expression de visage de Lugosi, quand les invités refusent à chaque fois sa tasse de café, est à mourir de rire. Le célèbre acteur hongrois, qu'on ne présente plus, n'a qu'un petit rôle secondaire dans One Body Too Many mais c'est toujours un réel plaisir que de le voir à l'écran. Si l'aspect comédie est de toutes les scènes dans le film de McDonald, l'épouvante vient tout de même s'offrir quelques passages éclair de bonne tenue, comme lorsque deux mains surgissent de la pénombre et s'approchent dangereusement du cou du pauvre assureur ou qu'un lugubre trio transporte le cercueil du défunt sous une pluie battante et tente de le faire disparaître en l'immergeant dans un bassin. Une très jolie séquence d'ailleurs, dans lequel un petit poisson fera une bien étrange rencontre au beau milieu de son élément aquatique. Bénéficiant d'un final au rythme des plus alertes, qui enchaînent les situations extravagantes avec une belle générosité, One Body Too Many tire son épingle du jeu de part cette générosité justement, et son casting savoureux. On se croirait presque dans un Laurel et Hardy au final. A noter que l'acteur Jack Haley est surtout connu pour avoir été le célèbre "homme de fer", compagnon de Dorothy dans le classique de 1939 : Le Magicien d'Oz. On passe donc un bon moment avec One Body Too Many, petit film sans le sou mais qui comble son manque de budget par une mise en scène enjouée, théâtrale comme déjà dit (la majorité des "old dark house" de l'époque proviennent de pièces de théâtre, ce qui explique ce fait) et par des tas de rebondissements comiques qui font souvent mouches. A découvrir pour les nostalgiques.

* Disponible en DVD (copie non remasterisée et assez usée - VOSTF) chez HANTIK FILMS

NOTE : 4/6