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L'ATTAQUE DES TITANS SAISON 3

L'ATTAQUE DES TITANS SAISON 3
(Shingeki no kyojin season 3)

Réalisateur : Masashi Koizuka et divers
Année : 2018
Scénariste : Hajime Isayama, Yasuko Kobayashi et divers
Pays : Japon
Genre : Animation, Science-fiction, Action
Interdiction : -12 ans
Avec : /

L'HISTOIRE : Eren et ses compagnons de la 104ème brigade sont affectés à la nouvelle escouade de Rivaille. Celle-ci a pour mission de protéger Historia, dont la lignée familiale est désormais connue, ainsi qu'Eren, détenteur d'un pouvoir précieux pour le sort de l'humanité. Rivaille et Erwin sont plus que jamais sous pression après avoir découvert que la Police militaire a tenté de dissimuler les circonstances de la mort du Révérend Nick. Pour éviter la dissolution du bataillon d'exploration, ils devront user de recours extrêmes. Eren rencontre des problèmes avec sa transformation en Titan, tandis qu'un terrible assaillant est sur ses traces, ainsi que celles d'Historia, pour orchestrer leur enlèvement. Viendra ensuite le retour tant attendu à Shiganshina. Une fois de plus, Eren, Mikasa et Armin affrontent les Titans dans leur ville natale. L'aboutissement de toutes ces années d'efforts et de sacrifices se trouve enfouis dans la cave de la famille Jaeger. Durant cette périlleuse mission où la vie ne tient plus qu'à un fil, l'escouade va vite réaliser que Reiner et Bertholt sont en réalité le moindre de leur soucis...

MON AVIS : Troisième saison pour cet excellent animé et le niveau ne faiblit toujours pas. Une saison divisée en deux parties, la première comportant 12 épisodes, la seconde 10 épisodes. Soit 22 épisodes à se mettre sous la dent. Et ce sera sans aucune difficulté qu'on les ingurgitera, tant la suite des aventures d'Eren, Mikasa, Armin et le caporal-chef Rivaille subjuguent et développent un intérêt sans cesse grandissant. Les 12 premiers épisodes de cette saison 3 sont nettement moins axés sur les combats contre les Titans, puisque la menace est cette fois humaine. Cette première partie a la lourde tâche de développer l'arc narratif du coup d'état, et privilégie les rapports entre les personnages et surtout leurs vécus et leurs passés, à travers de nombreux flashback explicatifs qui viennent éclairer de nombreuses zones d'ombre et donnent encore plus de consistance à ces personnages attachants et charismatiques. On va donc en apprendre davantage sur l'enfance du caporal-chef Rivaille (un des meilleurs personnages), qui va retrouver pour l'occasion son mentor, un certain Kenny Ackerman, qui a pour mission de capturer Eren et Historia. Le passé de cette dernière va également être mis en lumière à de nombreuses reprises et elle va gagner en importance au sein de l'intrigue. Même s'il y a de l'action au sein de ces 12 premiers épisodes, avec des scènes percutantes et bénéficiant d'une belle fluidité à l'écran, on est plus ici dans le domaine des intrigues, des complots, de la conspiration, de la corruption, de la question du pouvoir. La quasi absence des Titans aurait pu sembler être préjudiciable, il n'en est absolument rien tant les révélations et cette lutte interne entre brigades est palpitante, intrigante, pleine de suspense. L'accession d'Historia dans les plus hautes sphères du pouvoir est fort touchante, et l'émotion est au rendez-vous. Les 10 épisodes composant la seconde partie de la saison 3 se focalisent quant à eux sur l'arc narratif du retour à Shiganshina, le village natale d'Eren, Mikasa et Armin. On va enfin savoir ce que contient le sous-sol de la maison d'Eren, une question qu'on se pose depuis la saison 1. Le passé du père d'Eren va aussi être la source de nombreuses émotions et révélations incroyables. Niveau action, ces 10 épisodes vont envoyer la sauce puisque le Titan colossal, le Titan cuirassé et le Titan bestial sont de la partie et vont tout faire pour anéantir définitivement les membres de la 104ème brigade et récupérer Eren. Les scènes de bataille sont incroyables, l'épisode 54 (Héroïque) et 55 (Soleil de Minuit) proprement phénoménaux en terme de rythme et d'émotions proposées. Tragique, épique, haletant, cette fin de saison est prodigieuse et les trois derniers épisodes vont à nouveau nous laisser sur des questionnements et de zones d'ombre qui vont sûrement se révéler passionnante par la suite. Cette saison 3 et ses deux arcs narratifs complexifient certes l'histoire et on a parfois l'impression de se perdre un peu, avec tous les flashbacks et découvertes capitales qu'ils dévoilent. Il faut être concentré pour ne pas s'emmêler les pinceaux mais le jeu en vaut largement la chandelle. Vraiment une grande série, avec un final qui redistribue les cartes de manière intelligente et surprenante. On a hâte de découvrir la saison 4, qui viendra donc clôturer l'Attaque des Titans...


AVOIR VINGT ANS


AVOIR VINGT ANS
(Avere Vent'Anni / To be Twenty)

Réalisateur : Fernando di Leo 
Année : 1978
Scénariste : Fernando di Leo 
Pays : Italie
Interdiction : -16 ans
Genre : Comédie / Drame
Avec : Gloria Guida, Lilli Carati, Ray Lovelock, Vincenzo Crocitti, Vittorio Caprioli...


L'HISTOIRE : Afin de profiter pleinement de ses vingt ans, la jolie Lia décide de se rendre dans la communauté hippie tenue par un certain Nazariota, à Rome. En chemin, elle rencontre Tina, autre jeune fille désirant profiter de la vie un maximum. Les deux nouvelles copines se mettent en quête de la communauté. La découverte de cette dernière va vite transformer leurs rêves en désillusions…

MON AVIS : "Avoir vingt ans. Je ne laisserai jamais personne dire que c’est le plus bel âge de la vie". Cette citation, extraite du livre de Paul Nizan Aden Arabia, ouvre le film de Fernando di Leo et une fois celui-ci terminé, on se dira qu’elle a été plutôt bien choisie. Ce réalisateur, scénariste et acteur est bien connu des amateurs de polars urbains à l’italienne puisque c'est lui qui a réalisé plusieurs perles dans ce genre, comme Milan Calibre 9, Le Boss, Salut les pourris et d’autres encore, films dans lesquels il laisse éclater son style, à la fois nerveux et cruel. Comme la plupart de ses confrères, Fernando di Leo s’illustre également dans différents genres du cinéma Bis, comme le film de guerre (Roses rouges pour le Fuhrer), le film d’épouvante croisé avec le giallo (Les insatisfaites poupées érotiques du Dr Hitchcock), le film érotique (Brucia ragazzo brucia). A chaque fois, sa générosité à traiter le sujet choisi, en allant au bout de ses idées, quitte à choquer les mœurs bien pensantes, fait mouche. Fernando di Leo aime transgresser les règles, les codes et cela transparaît nettement dans sa filmographie. En 1978, il place beaucoup d’espoir dans son nouveau film, Avere vent’anni, dont il a écrit également le scénario, et qui débute comme une sexy comédie, autre genre prépondérant dans la production italienne des années 70, pour se clôturer dans un final apocalyptique et surtout totalement imprévu, qui choque à la fois les censeurs, les distributeurs, les exploitants de salle et le public. Ce final provoquera un véritable scandale et entraînera un fiasco total pour le film qui est retiré de l’affiche, censuré, remonté dans le dos de Fernando di Leo, pour se voir réapparaître dans les salles dans une nouvelle version, plus courte d’au moins dix minutes, avec plusieurs scènes raccourcies, coupées, placées dans un autre ordre, principalement des séquences érotiques, et surtout, sans ce fameux final qui donne tout l’intérêt au film. De l’avis de Fernando di Leo, Avere vent’anni n’est pas un très bon film, le réalisateur considérant qu’il est passé à côté de son sujet. Pourtant, malgré quelques défauts assez sommaires effectivement (jeu d’acteurs parfois approximatif, scène du commissariat un peu longue et pas spécialement intéressante vers la fin…), sa vision est plutôt agréable et son twist final, qui intervient sans jamais qu’on s’y attende, fait sombrer cette sympathique comédie polissonne dans une brutalité et une noirceur assez corsées. Le film débute pourtant mal car totalement invraisemblable ! Honnêtement, vous trouvez ça rationnel de voir Gloria Guida et Lilli Carati faire de l'auto-stop sans que personne ne s'arrêt vous ? Pas très crédible tout ça ! Allez, trêve de plaisanterie et reprenons notre sérieux. Comme dit un peu plus haut, Avere vent’anni peut être vu avant tout une comédie sexy retraçant le parcours de deux jeunes filles qui se lancent à corps et à cris dans la vie, pour profiter de tous les instants présents et goûter à toutes les joies qui leur seront offertes. Pour interpréter ces deux filles débrouillardes et peu farouches, Fernando di Leo a la très bonne idée d’engager deux spécialistes des sexy comédies, à savoir la brune et insolente Lilli Carati et la blonde affriolante Gloria Guida. Nul doute que le physique, souvent dévêtu, de ces deux créatures de rêves saura combler les amateurs de jolies filles ! Des jolies filles qui n’ont pas froid aux yeux, n’hésitant pas à voler dans les magasins ou à faire du charme aux vendeurs quand elles n’ont plus d’argent. On notera néanmoins que Fernando di Leo n’a pas doté nos deux belles de la même attitude. Lia, interprétée par Gloria Guida, est en effet plus effacée, plus sensible, plus douce et plus réservée que la volcanique Tina, jouée par Lilli Carati, qui pour sa part, veut vivre toutes ses aventures et rencontres à fond, désirant multiplier les expériences sexuelles avec des garçons de passage. Nos deux jeunes insouciantes ne se doutent pas que la vie n’est parfois pas toute rose et elles ne s’attendent pas aux désillusions qui vont venir les frapper de plein fouet, ce qui se traduira pendant plus d’une heure de film par des situations cocasses et drôles, comme lorsque le chef de la communauté leur demande un loyer car de nos jours, leur explique-t-il, faire vivre une communauté coûte de l’argent, ce qui provoque une colère noire de Tina, qui ira de surprise en surprise. Voyant de nombreux garçons dans la communauté, elle se dit que son désir sexuel va pouvoir être satisfait mais malheureusement pour elle, la gente masculine est totalement sous l’effet de la drogue et préfère passer son temps à dormir ou rêvasser plutôt que de s’occuper d’elle. Du comique de situation qui fait sourire, malgré une réelle impression de désespoir qui s'installe petit à petit dans l'atmosphère. Qui dit sexy comédie dit bien sur érotisme et le film n’en est pas avare, même si tout ça reste bien soft, mais pas désagréable, notamment quand c’est la superbe Gloria Guida qui se retrouve dans le plus simple appareil ou lorsqu’elle décide d’initier sa copine Tina à l’amour saphique, ce qui nous vaudra à nouveau une scène assez marrante puisque nos deux demoiselles vont faire ça devant un homme qui a toujours le visage maquillé de blanc et qui passe son temps dans la méditation et la prière. Sa concentration sera néanmoins mise à rude épreuve dans cette séquence et malgré sa foi en Dieu, il ne pourra résister à jeter quelques coup d’œil sur le sensuel ébat qui se déroule devant lui. Très érotique et très amusante également, la séquence où Tina se rend chez un professeur pour lui vendre une encyclopédie et qu’elle la joue femme fatale, chauffant ce pauvre monsieur de la plus impudique des façons avant de lui faire prendre une douche froide dont il se rappellera ! A travers ces différentes séquences nous montrant l’insouciance et le naturel de ces jeunes filles, qui ne font rien de mal en fait et ne pensent qu’à s’amuser, on peut se demander si Fernando di Leo ne dresserait un constat amer sur la jeunesse décadente, qui, sous prétexte de la jeunesse justement, s’autorise tous les excès, tous les comportements, quitte à franchir les limites du respectable. Fernando di Leo moralisateur ?? On a un peu de mal à le penser et pourtant, le destin tragique qu’il réserve à ses deux héroïnes pourrait le faire croire. En effet, Lia et Tina, réalisant que la liberté promise en venant s’installer dans la communauté n’est en fait qu’illusoire, et après une intervention de la police les obligeant à quitter cet étrange repaire, vont se retrouver dans un bar, et, avec toute la fraîcheur et l’insouciance qui les caractérisent, vont se mettre à danser de façon provocante, n’hésitant pas à s’embrasser même, devant une foule d’hommes qui n’en demandaient pas tant. Les hormones mâles se mettant en action, mais comment leur en vouloir devant les gestes et postures de nos deux belles, la situation se dégrade rapidement, obligeant à nouveau Lia et Tina à quitter ce refuge passager, ne comprenant pas la réaction de ces messieurs, alors qu’elles avaient un comportement pour le moins provocant. Vraiment ? Ne seraient-ce pas les codes de la morale et le retour de la pudibonderie post-années 60 qui ont rendu leur danse provocante et fait naître de fausses illusions dans les esprits masculins ? Ne serait-ce pas le retour en force d'une société patriarcale, machiste, qui nous fait voir d'un mauvais œil le simple fait de danser ? Di Leo, qui a d'ailleurs été accusé de machisme par les détracteurs du film, a pourtant bien mis en avant le côté pro-féministe du film dans la longue séquence avec le réalisateur de documentaire. Ce dernier demande à Lia et Tina de raconter leur vie devant la caméra, le pourquoi de leur émancipation familiale avant de faire lire à trois autres filles un texte ouvertement pro-féministe, qui rabaisse les hommes à leur condition de simples machos en puissance. En cela, Avoir Vingt Ans se montre bien plus fin qu'on ne voudrait le croire et le film possède plusieurs niveaux de lecture, qui n'apparaissent pas forcément à la première vision. Toujours est-il que les hommes présents dans l'auberge, provoqués puis repoussés, ne vont pas s’en tenir là et sous l’impulsion de leur chef, un type avec une gueule patibulaire, ils vont aller retrouver Lia et Tina dans le bois avoisinant afin de leur réserver un sort auquel on ne s’attendait pas du tout et qui réserve une séquence choc, révoltante, abjecte. Le discours du chef, rappelant que les deux filles ont excité ses hommes pour ensuite ne rien leur proposer en retour, est assez éloquent et renforce cet aspect machiste. Si le comportement des deux filles n’avaient pas été source de malentendu, elles seraient encore en vie. On se retrouve avec une morale un peu douteuse, qui tend à justifier le meurtre de deux adolescentes de 20 ans qui voulaient seulement profiter de la vie. Un final qui ne dure que cinq ou six minutes en tout et pour tout, mais qui fait l’effet d’un électrochoc et nous laisse plutôt abasourdi devant notre écran, tant on ne s’y attendait pas. La sexy comédie polissonne se transforme en cinq minutes en un drame horrifique et terriblement nihiliste. Un tel contraste avec tout ce qui a précédé ne peut que marquer les esprits et on comprend la stupeur qui s’est emparée des spectateurs venus uniquement zieuter les courbes et les charmes de Lilli Carati et Gloria Guida. Le plan final laisse un goût amer dans la bouche. Et on se rappelle alors la phrase d’introduction, prophétique : "Avoir vingt ans. Je ne laisserai jamais personne dire que c’est le plus bel âge de la vie". La boucle est bouclée et de quelle manière !

* Disponible en combo DVD + BR chez -> ARTUS FILMS <-
Superbe édition présentée dans un digipack deux volets sous fourreau. Charcutée et mutilée, Avoir Vingt Ans n'a été qu'assez récemment remasterisé et présenté dans sa version d'origine, qui a du être reconstruite. Cela explique les différences présentes au niveau de la qualité d'image durant le film, qui change de temps à autre, passant d'une définition proche du Blu-Ray à celle d'une image plus DVD lors de certains plans. Pas de quoi bouder son plaisir pour autant, il n'y a rien de vraiment gênant ici et de toute manière, c'est la seule façon de voir le film dans son intégralité et uniquement en VOSTF. Parmi les bonus, on trouve Emmanuel Le Gagne qui nous présente le film durant 15 minutes, un diaporama d'affiches et de photos et surtout, la version coupée et remontée, qui ne sert strictement à rien évidemment sauf à voir les dégâts que des imbéciles peuvent faire subir à une oeuvre. Des scènes ont été placées ou intégrées à des places différentes, d'autres ont été purement et simplement retirées ou coupées. Et d'autres sont absentes de la version intégrale par contre ! Un véritable carnage, qui mérite d'être visionné juste après le montage intégral pour voir ces aberrations. On appréciera également que le menu du disque propose, en intégralité, la chanson Avere vent'anni, avec un texte écrit par Fernando di Leo et Silvano Spadaccino, et chantée par Gloria Guida elle-même, là où les menus traditionnels se contentent de mettre un extrait musical qui tourne en boucle ! Superbe initiative ! 




THE BAD MAN

 

THE BAD MAN
(The Bad Man)

Réalisateur : Scott Schirmer
Année : 2018
Scénariste : Scott Schirmer
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame, Horreur
Interdiction : -12 ans
Avec : Ellie Church, Arthur Cullipher, Jason Crowe, Dave Parker, Alyss Winkler...

L'HISTOIRE : Mary raconte à une journaliste son histoire et le calvaire qu'elle a vécu avec son fiancé PJ le jour où elle a recueilli pour une nuit un homme courtois et poli dans la maison de sa grand-mère décédée dernièrement et qui avait pour fonction d'être une maison d'hôtes. Dès la nuit tombée, l'homme se maquille en clown et avec l'aide de son assistant, va séquestrer et asservir le jeune couple, voulant transformer psychologiquement et physiquement Mary en poupée et PJ en chien...

MON AVIS : Après avoir mis en scène quelques courts-métrages, le réalisateur indépendant Scott Schirmer a fait forte impression auprès du public fan de cinéma underground et extrême en 2012, avec son excellent Found, film choc qui a acquis un statut de film culte assez mérité il faut bien l'avouer. En 2016, il poursuit dans le genre, avec un petit peu moins de réussite, et propose à ses fans Harvest Lake et Plank Face, qui, sans atteindre le niveau de qualité de Found, n'en sont pas moins intéressant. Grâce à une campagne participative sur internet, Scott Schirmer récolte les fonds nécessaires pour mettre en chantier son film suivant, The Bad Man. Malgré des budgets assez restreints, il y a quelque chose de bien avec Scott Schirmer, c'est qu'il ne refait pas le même film à chaque fois et essaye de se diversifier, avec toujours une prédilection pour le genre horrifique bien sûr. Sa cohorte de fans pourraient être assez surpris avec The Bad Man, car il ne faut cette fois pas s'attendre à de la violence graphique brute de décoffrage, à du gore dérangeant. Ici, la violence sera psychologique et non visuelle, si ce n'est lors du dernier quart d'heure, qui se montrera plus généreux avec un plan "nichons", ceux de Alyss Winkler pour être précis, et pas mal de sang répandu lors d'une séquence choc. Mais tout ce qui précède ce dernier quart d'heure ne verra aucune goutte de sang versé, ni aucun plan érotique. Même si on va assister à un véritable calvaire en ce qui concerne les deux personnages principaux, à savoir Mary, interprétée par l'actrice fétiche du réalisateur, Ellie Church, et PJ, joué par Jason Crowe. Un jeune couple d'amoureux, qui vient reprendre la maison d'hôtes de la grand-mère de Mary, décédée il y a peu. Lorsqu'un gentil monsieur frappe à la porte, parce qu'il avait une réservation pour une nuit, Mary ne peut se résigner à le laisser partir et même si l'hôtel n'est pas ouvert, elle lui propose de dormir dans une des chambres disponibles. Durant le dîner, la conversation va se focaliser sur la figure du clown, notre visiteur, Lawrence (excellent Arthur Cullipher, réalisateur du gore Headless) en ayant fait sa profession. La coulrophobie est mise en avant, et Lawrence nous amuse en disant que si les gens ont peur des clowns, c'est la faute à John Wayne Gacy, Stephen King et aux Killers Klowns from Outer Space ! Amusant. La suite le sera nettement moins puisque le gentil Lawrence cache bien son jeu et s'en va, grimer en clown, prendre en otage Mary et PJ, aidé dans sa tâche par un assistant qui se balade torse nu, pantalon de cuir noir et masque à oxygène sur le visage ! Bizarre. La suite le sera encore plus puisque notre clown dérangé du ciboulot va avoir comme ultime but de déshumaniser ses deux proies, afin de transformer Mary en poupée et PJ en chien ! Une transformation mentale, psychologique, à base d'injections de drogues et de lavage de cerveau, mais aussi une transformation physique, s'entend par là que Mary devra par exemple marcher et bouger les bras comme une poupée et PJ devra marcher à quatre pattes, aboyer au lieu de parler et manger dans une gamelle. Un long processus, avec quelques sévices qui mettent mal à l'aise, même si certains sont filmés en hors champ, comme les punitions d'ordre sexuel que va subir PJ entre autres. Par certains aspects, The Bad Man m'a rappelé en nettement moins violent tout de même le Ghostland de Pascal Laugier, avec la pauvre héroïne habillée en poupée de porcelaine. Il en sera donc de même ici, Mary étant revêtue d'une belle robe de poupée et d'une perruque blonde bouclée qui lui va à ravir et que vient sublimer un maquillage reconnaissable de suite. PJ aura moins de chance puisqu'il se retrouvera affublé d'un collier de chien et d'un masque issu de l'univers du sado-masochisme, en forme de tête de chien ! Glauque. La prestation d'Arthur Cullipher en clown certes un peu sadique est à mettre en avant, tant l'acteur se montre convaincant et se voit attribuer de nombreuses lignes de dialogues qui participent à créer cette ambiance poisseuse et perturbante. Ellie Church se révèle assez douée également et soigne son interprétation. Le huis-clos prend des allures de cauchemars sans fin pour les deux protagonistes principaux mais ce ne sera rien une fois la vente aux enchères débutée ! Je vous laisse découvrir ce petit plaisir, qui n'est pas sans nous rappeler le principe de la saga Hostel. Déroutant tant dans son fond que dans sa forme, basé sur le jeu d'acteurs plus que sur l'action ou la violence visuelle, The Bad Man bénéficie d'une mise en scène des plus corrects et d'un réel soin au niveau de la photographie et de l'éclairage. Avec un petit budget pas bien conséquent, Scott Schirmer s'en est une nouvelle fois bien sorti. A réserver aux amateurs de torture psychologique donc !

* Disponible en juin chez -> TETRO VIDEO <- 


GODZILLA VS KONG

 

GODZILLA VS KONG
(Godzilla vs Kong)


Réalisateur : Adam Wingard
Année : 2021
Scénariste : Eric Pearson, Max Borenstein
Pays : Etats-Unis, Australie, Canada, Inde
Genre : Action, Science-Fiction
Interdiction : /
Avec : Alexander Skarsgård, Millie Bobby Brown, Rebecca Hall, Kaylee Hottle...

L'HISTOIRE : À une époque où les monstres parcourent la Terre, et alors que l’humanité lutte pour son avenir, Godzilla et Kong, les deux forces les plus puissantes de la nature, entrent en collision dans une bataille spectaculaire inédite. Alors que Monarch se lance dans une mission périlleuse en terrain inconnu, et qu’il découvre des indices sur les origines des Titans, un complot humain menace d’éradiquer ces créatures – qu’elles soient bonnes ou mauvaises – de la surface de la planète...

MON AVIS : Je n'ai toujours pas vu Godzilla et Godzilla 2. J'ai vu par contre Kong : Skull Island, excellent blockbuster qui envoie la sauce avec une générosité hallucinante. Tant pis pour les deux films mettant en vedette le célèbre monstre japonais, je les verrais plus tard. Place donc au choc des titans, à cet affrontement qui a déjà eu lieu en 1962, dans King Kong contre Godzilla de Ishiro Honda, revu ici à la sauce hollywoodienne et bénéficiant des effets-spéciaux dernières générations. Mis en scène par Adam Wingard, réalisateur de You're Next, Blair Witch ou Death Note entre autres, ayant en son sein Millie Bobby Brown, star de la série Stranger Things et qui a déjà interprété le personnage de Madison Russell dans Godzilla 2, Rebecca Hall, Alexander Skarsgård ou la jeune Kaylee Hottle, Godzilla vs Kong se devait d'envoyer la sauce et d'en mettre plein la vue au public, qui se demandait qui allait sortir vainqueur de cette bagarre surdimensionnée. Bien sûr, on se doutait que pour ne pas frustrer les fans de Godzi ou les fans de Kong, le scénario allait se montrer habile et nous asséner un match nul. Voire même les faire s'associer contre une autre menace. Bingo, c'est exactement la direction prise par les deux scénaristes du film. Un choix assez judicieux en fait, qui permet de faire que tout le monde est content à la fin. Reste tout de même que niveau temps de présence à l'écran, Kong envoie valser Godzi dans les cordes ! Le lézard atomique est assez peu présent au final, si ce n'est dans la séquence introductive et lors du long combat à la fin. Qui plus est, on le fait passer pour un méchant monstre, alors qu'il a une bonne raison de faire ce qu'il fait, comme on le découvrira par la suite. Pour le reste, c'est bel et bien Kong qui s'accapare l'écran. Certes, le visage du gorille roi est nettement plus démonstratif et peut délivrer bien plus d'émotions que celui du lézard géant. Kong est donc la star du film, sans conteste, même si les apparitions de Godzilla s'avèrent tout autant spectaculaires et grandioses. Le look de deux monstres, leur fluidité, leur puissance, tout est superbement recréé à l'écran et c'est un véritable plaisir visuel qui nous est offert leur des divers affrontements présentés ici. Le combat sur les portes-avions se déplaçant en pleine mer au début place déjà la barre très haute en terme de grand spectacle, la visite de la terre creuse par Kong, qui renvoie à l'exploration de Skull Island, avec quelques agressions de créatures effrayantes, est de bonne qualité et le combat final, d'une durée plus que correcte, fait plaisir à voir. Un combat final sur lequel vient se greffer un superbe MechaGodzilla, animé à la perfection et qui méritera bien une alliance entre Godzi et Kong pour en venir à bout. Franchement, il faudrait faire la fine bouche pour ne pas apprécier ce spectacle haut en couleur, qui nous rappelle les Kaiju Eiga d'antan, avec destruction de nombreux bâtiments urbains à la clé. Pourtant, malgré toutes ses bonnes intentions et l'aspect spectaculaire bien présent, Godzilla vs Kong ne m'a pas procuré un plaisir comparable à ma vision de Kong : Skull Island. La faute à des sous-intrigues qui ralentissent considérablement le rythme du film et qui alourdissent l'ensemble, et à une galerie de personnages humains bien trop nombreux et pas vraiment très consistants. Toute la partie avec Millie Bobby Brown et ses deux amis se traînent en longueur et ne sert au final pas à grand chose, si ce n'est de nous amener à découvrir le projet de la firme, à savoir la création du MechaGodzilla, robot à la puissance phénoménale, destiné à anéantir tous les titans existants. Qui plus est, leur investigation au sein de la firme n'est pas toujours crédible, réussissant à passer les barrages avec une facilité assez déconcertante quand le lieu se doit d'avoir un niveau d'alerte assez élevé. Franchement, on aurait pu s'en passer et se consacrer uniquement sur Rebacca Hall et Kaylee Hottle, petite fille muette qui a noué un lien très fort avec Kong et qui renvoie admirablement bien à la figure de l'enfant qui est présente dans bon nombre de Kaiju Eiga japonais. Les scènes dans lesquelles elle s'adresse à Kong font naître une belle émotion. Niveau scénario, ce n'est évidemment pas la principale préoccupation de ce style de film mais il y en a bien un et il remplit sa fonction sans qu'on en attende plus. Je me suis surpris toutefois à regarder la barre de défilement du film, preuve que je m'ennuyais un peu parfois, quand les humains prenaient un trop de place à l'écran. Mais tout de même, niveau action et grand spectacle qui défrise la moustache, Godzilla vs Kong en a sous le pied. Je le reverrais sûrement via videoprojecteur quand il sortira en Blu-Ray.  


DANS LA SOURICIÈRE

 

DANS LA SOURICIÈRE
(The Trap)

Réalisateur : Norman Panama
Année : 1959
Scénariste : Richard Alan Simmons, Norman Panama
Pays : Etats-Unis
Genre : Policier, Thriller
Interdiction : /
Avec : Richard Widmark, Lee J. Cobb, Tina Louise, Earl Holliman, Carl Benton Reid...

L'HISTOIRE : Un avocat, Ralph Anderson, revient dans sa ville natale, dans laquelle son père et son frère sont shérifs. Il est pris sous la coupe d'une dangereuse organisation criminelle, qui veut utiliser l'aérodrome de la ville pour faire prendre la fuite à leur chef, Victor Massonetti. Les relations de famille étant tendues, Ralph va tout de même voir son frère et son père pour leur demander de ne pas intervenir et de laisser filer le caïd de la mafia, sous peine de voir les gangsters mettre la ville à feu et à sang. Il revoit par la même occasion Linda, femme de son frère, dont il était amoureux il y a fort longtemps. Les sentiments de cette dernière à son égard semblent encore réciproques. Les négociations aboutissent avec son père mais son frère, voulant jouer les héros suite au départ de Linda, va tout venir compliquer...

MON AVIS : Le réalisateur Norman Panama a toujours travaillé en duo avec son ami Melvin Frank. En 1959, tous deux décident de s'émanciper l'un de l'autre et réalisent pour la première fois un film en solo. Ce sera Étranges compagnons de lit pour Melvin Frank en 1965 et Dans la Souricière pour Norman Panama et ce, dès 1959, son compagnon de route étant tout de même présent mais en tant que producteur. Plutôt spécialisé dans la comédie, Norman Panama change de registre avec ce film puisqu'il mélange western et film noir, apportant ainsi une touche de modernité au genre noble du western. En effet, tout le film ressemble à s'y méprendre à un western, avec cette ville de Tula, ses maisons de bois, son shérif et ses adjoints ; les vastes plaines désertiques et ses collines rocheuses ; le soleil et son ambiance caniculaire ; l'arrivée d'une bande de hors-la-loi dans l'hôtel de la ville ; les cavalcades pour échapper aux bandits ; le retrait dans un endroit isolé pour échapper aux poursuivants ; les relations complexes entre le héros et sa famille ; la présence d'une femme qui va encore complexifier le sort du héros et faire naître plus de rivalités avec son frère ; les gunfights et j'en passe. Seule différence : les chevaux sont remplacés par des voitures, le héros et les bandits sont habillés avec des costumes trois pièces. Le film noir s'invite donc dans ce faux-western qui ne dit pas son nom et le résultat est franchement très sympathique. Il faut dire que le film bénéficie de la présence du charismatique Richard Widmark, qu'on ne présente plus. L'acteur interprète ici un avocat, Ralph Anderson, qui s'est laissé prendre dans les filets d'une puissante organisation criminelle, bien décidée à faire évacuer son chef, Victor Massonetti, interprété quant à lui par un très bon Lee J. Cobb. Pour se faire, l'organisation a besoin que Ralph négocie avec son père, shérif de la ville, afin que ce dernier ne fasse pas d'esclandres et leur laisse utiliser l'aérodrome de la ville. Petit problème : Ralph, qui a écopé de six mois de prison pour vol de voiture, n'est plus en odeur de sainteté vis à vis de son paternel, un homme droit dans ses bottes et qui n'a pas supporté le déshonneur de voir son fils derrière les barreaux. Des relations familiales tendues donc, et qui le sont également avec son frère Tippy Anderson (Earl Holliman), adjoint au shérif. Ce dernier a toujours vécu dans l'ombre de Ralph, tous deux étant amoureux de la même femme, la belle Linda ( Tina Louise) durant leur jeunesse. Celle-ci a fini par épouser Tippy même si son cœur battait pour Ralph, suite au départ de la ville de ce dernier. Tippy ne voit donc pas d'un bon œil le retour de son frère au domicile familial, surtout que lui et Linda vivent dans cette maison. On le voit, au western et au film noir vient s'ajouter un petit aspect mélodramatique qui donne également son intérêt au film, puisqu'on sent bien que la rancœur de Tippy envers son frère va certainement avoir des répercussions sur la transaction avec les bandits. Ce qui sera bien le cas, obligeant le héros à prendre en otage Massonetti afin de le ramener en prison et d'assurer un voyage sans trop d'encombre de la part de ses hommes de main. Mais quid de Tippy ? Se laissera-t-il convaincre par le chef de la mafia de tromper son frère ? Tout l'enjeu du film tient en cette question, permettant au réalisateur de développer un petit suspense pas désagréable et de faire naître une tension palpable chez les protagonistes. Jalousie, rivalité amoureuse, appât du gain, autant d'éléments qui vont corser le périple du héros et vont servir les intérêt de Massonetti, bien conscient du possible avantage qu'il peut disposer en se mettant le frère revanchard dans la poche. Si Dans la Souricière, et son mélange atypique des genres pour l'époque, met un peu de temps avant de réellement se mettre en place, se focalisant durant une bonne partie sur les relations conflictuelles des protagonistes principaux, une fois la cavalcade débutée, le film trouve son rythme de croisière et assure un divertissement de qualité, avec rebondissements, embrouilles, guet-apens, transactions douteuses et conflits familiaux. Avec ses 84 minutes au compteur seulement, le film de Norman Panama remplit son contrat, la mise en scène et l'utilisation intelligente des sublimes paysages désertiques naturels participant au charme de cette petite production, qui, sans atteindre le niveau des classiques du genre, nous offre du bon temps et un casting solide. Le film était assez rare en plus, très peu diffusé à la télévision et n'ayant eu qu'une simple sortie VHS dans notre pays. L'édition du combo DVD + BR va donc permettre de le faire redécouvrir aux amateurs.

* Disponible en combo DVD + BR chez -> RIMINI EDITIONS <-   







THE BABY

 

THE BABY
(The Baby)

Réalisateur : Ted Post
Année : 1973
Scénariste : Abe Polsky
Pays : Etats-Unis
Genre : Drame
Interdiction : -12 ans
Avec : Anjanette Comer, Ruth Roman, Marianna Hill, Susanne Zenor, David Mooney...

L'HISTOIRE : Assistante sociale qui a perdu son mari suite à un accident, Ann Gentry décide de s'occuper de la famille Wadsworth. Mme Wadsworth vit seule avec ses deux filles, Germaine et Alba, ainsi qu'avec Baby, un jeune homme qui n'a jamais évolué et en est resté au stade infantile. Il ne sait ni marcher, ni se mettre debout, ni parler, ni manger tout seul et porte encore des couches. Prise d'affection pour Baby, Ann tente de raisonner Mme Wadsworth en lui faisant comprendre que des instituts spécialisés peuvent venir en aide à Baby. Plus Ann passe du temps chez les Wadsworth, plus elle s'aperçoit que le comportement de la mère et de deux sœurs de Baby est étrange et pourrait être la cause de la non-évolution du jeune homme...

MON AVIS : Je l'ai déjà dit, les années 70 possèdent son lot de films étranges, obscurs, radicaux, incisifs, dérangeants. Je viens encore de vous dégoter une perle dans ce domaine, avec The Baby de Ted Post ! Ce nom ne vous semblera sûrement pas inconnu et pour cause, on doit à ce réalisateur qui a débuté sa carrière  dans la série-télévisée dans les années 50 des films tels Pendez-les haut et court (1968), Le Secret de la Planète des Singes (1970), Magnum Force (1973), Le Commando des Tigres Noirs (1978) ou Nightkill (1980) entre autres. La même année que le polar burné avec Clint Eastwood, Ted Post réalise donc The Baby, assurément l'un des films les plus bizarres et déconcertant que j'ai jamais vu. Ne vous fiez pas à l'affiche du film, qui ferait passer cet ovni pour ce qu'il n'est pas, mais alors pas du tout, à savoir une comédie polissonne. The Baby n'est en rien une gaudriole sexy, c'est le moins que l'on puisse dire. C'est un drame insolite, inclassable, dont certaines situations pourraient prêter à rire mais dont l'ambiance, l'atmosphère malsaine qui se dégage des images, annihile tous sourire de notre visage. On félicitera le scénariste Abe Polsky d'avoir rédigé une telle histoire, originale dans sa construction et son développement, nous proposant des événements que je pense pas avoir déjà vu auparavant, et qui nous réserve, qui plus est, un final totalement apocalyptique, qui ferait presque bifurquer The Baby dans le film d'horreur psychotique, et une ultime séquence totalement incroyable et azimutée, qui remet presque en cause tout ce qui a précédé ou, tout du moins, va nous faire bien réfléchir sur ce qu'on a vu et qu'on pensait acquis. The Baby est donc l'histoire d'une assistante sociale, Ann Gentry (Anjanette Comer) qui va rencontrer une famille très spéciale, composée d'une mère, Mme Wadsworth (Ruth Roman), de ses deux filles Germaine (Marianna Hill) et Alba (Susanne Zenor) et de son fils, surnommé Baby (David Mooney). Ce dernier nécessite une attention toute particulière puisque malgré son âge (une bonne trentaine passée je dirais), Baby est toujours resté à l'état de bébé, ne marchant pas, ne parlant pas, dormant avec ses doudous dans un lit de bois à barreau, malgré sa taille, et devant encore porter des couches. Un sérieux handicap pour ce jeune homme, autant physique que mental. L'acteur donnant vie à Baby est assez remarquable, car si ses crises et ses pleurnicheries, telles qu'un vrai bébé pourrait en avoir, font sourire au départ, l'ambiance qui va s'immiscer dans le récit peu à peu va rapidement devenir oppressante, et on ne sourira plus vraiment devant ses mimiques, qui passeraient pour être un sommet de ridicule dans un film. Car Ted Post traite cette histoire avec un sérieux à toute épreuve, et son casting est parfaitement en place pour nous faire ressentir tout le caractère malsain de ce qui se trame devant nos yeux. Car la question que le spectateur en vient à se poser, celle-là même que se pose l'assistante sociale Ann Gentry d'ailleurs, n'est autre que : Baby a-t-il un réel handicap mental et moteur OU est-ce sa famille, qui semble un brin dérangée, qui l'a forcé depuis des années à ne pas grandir et l’a infantilisé de la sorte ? On imagine alors les sévices et les épreuves que cet enfant a du subir dans sa jeunesse si tel est bel et bien le cas ! Les trois membres de la famille Wodsworth sont parfaitement interprétés et on n’hésitera pas à classer cette famille parmi les plus tordues qu'on ait vu. Mme Wodsworth a le visage de Ruth Roman et semble être une sorte de calque de Bette Davis dans Qu'est-il arrivé à Baby Jane ? ou de Shelley Winters dans Black Journal. On sent qu'elle porte un amour infini à son fils Baby mais que tout ne tourne pas rond non plus dans sa tête. Il en va de même pour ses filles, que ce soit Germaine, qui nous offrira une séquence à la limite du glauque quand elle se rendra la nuit dans la chambre de Baby, ou Alba, charmante blondinette qui s'avérera des plus sadiques envers son frère. Un trio diabolique, qui ne va pas apprécier l'intrusion de l'assistante sociale et qui va tout faire pour que cette dernière les laisse en paix. Anjanette Comer, dans le rôle d'Ann Gentry, est elle aussi particulièrement à l'aise et livre une solide composition. Ce ne doit pas être facile de rester sérieuse et de se montrer attendrie devant un acteur qui mine des comportements de bébé. Pourtant, on ressent totalement l'empathie qu'elle éprouve pour ce cas déroutant. Comme dit plus haut, certaines séquences du film sont d'un mauvais goût assumé et provoque un réel mal-être chez le spectateur, à l'image de la séquence avec la baby-sitter, qui se laissera téter un sein par Baby. Très honnêtement, je ne savais pas à quoi m'attendre quand j'ai débuté la vision de The Baby et le résultat est au-dessus de mes attentes. Le film est en plus bien filmé, Ted Post ne l'a pas du tout bâclé et a apporté un soin particulier à sa mise en scène et à sa direction d'acteurs. Amateurs de bizarreries sur pellicule, je ne peux donc que vous conseiller de vous jeter séance tenante sur The Baby, une véritable curiosité au scénario improbable mais qui fonctionne pourtant bel et bien. Et cette fin ! Insolite, quand tu nous tiens ! 

* Disponible en BR chez -> ARROW VIDEO <-     

Attention à cette bande-annonce, qui en dévoile peut-être un peu trop...

JACK L'EVENTREUR - SUR LES TRACES DU TUEUR

 

JACK L'EVENTREUR - SUR LES TRACES DU TUEUR
(Jack the Ripper)

Réalisateur : Sebastian Niemann
Année : 2016
Scénariste : Holger Karsten Schmidt
Pays : Allemagne
Genre : Policier, Thriller
Interdiction : -12 ans
Avec : Sonja Gerhardt, Falk Hentschel, Nicholas Farrell, Sabin Tambrea, Vladimir Burlakov...

L'HISTOIRE : Londres, 1888. Une série de meurtres sauvages secouent le quartier de Whitechapel. Fraîchement débarquée d'Allemagne, Anna Kosminski veut rejoindre sa mère et son frère Jakob. Elle apprend que sa mère est décédée de la syphilis et que son frère est interné dans un hôpital psychiatrique, soupçonné d'être le tueur qui mutile les prostituées du quartier et qui se surnomme Jack. Convaincu de son innocence, Anna va mener sa propre enquête, avec l'aide de l'inspecteur Abberline, persuadée que le tueur est encore en liberté...

MON AVIS : Le plus célèbre des tueurs en série, dont l'identité reste encore un mystère de nos jours, malgré toutes les diverses théories qui se sont succédé  (le médecin du roi, le barbier, un ouvrier qui aurait assisté aux meurtres...), n'en finit plus d'être un sujet de prédilection pour les réalisateurs. On ne compte plus le nombre de films, téléfilms ou série-télévisées qui mettent en avant le fameux Jack l'éventreur, ni les dérivés, que ce soit romans, bande-dessinées et j'en passe. Le tueur qui a massacré quelques prostituées dans le quartier de Whitechapel, à Londres, possède toujours un aura qui enflamme l'imaginaire et les passions. Certains films s'embarquent dans le domaine du réalisme historique quand d'autres préfèrent n'être que des divertissements jouant avec le mythe. Le téléfilm allemand de Sebastian Niemann est plutôt à classer dans cette dernière catégorie. Principalement connu pour son film Sept jours à vivre (2000), c'est en 2016 qu'il décide de s'attaquer à notre bon serial-killer, avec Jack l'éventreur - sur les Traces du Tueur. Une production allemande donc, de qualité, qui soigne particulièrement bien sa reconstitution du Londres des années 1880, avec chaussées non pavées dans les quartier pauvres, costumes d'époque qui font illusions, déplacement en calèche, trognes patibulaires des voyous vivant dans les quartiers mal famés et j'en passe. Les décors sont visuellement très beaux, que ce soit l'asile psychiatrique, les bâtiments londoniens ou l'orphelinat entre autres et donnent un joli relief à l'ensemble. Le casting est lui aussi à mettre dans les points positifs, et notamment Sonja Gerhardt, qui interprète l'héroïne, Anna Kosminski. L'actrice se révèle talentueuse, touchante, impliquée et j'ai trouvé qu'elle jouait particulièrement bien. Le reste du casting fait aussi illusion, que ce soit Falk Hentschel dans le rôle de l'inspecteur Abberline, Nicholas Farrell dans le rôle du photographe Samuel Harris, Sabin Tambrea dans le rôle de David Cohen ou Peter Gilbert Cotton dans le rôle du chef de police Briggs. L'originalité du film est qu'il ne va pas refaire ce qui a déjà été fait auparavant. On ne va pas suivre les agissements de Jack l'éventreur, puisqu'il est potentiellement interné dans un asile psychiatrique suite à la découverte d'une prostituée éventrée et éviscérée dans sa chambre, située dans le magasin de photographie tenu par Samuel Harris. D'après la police, le tueur de Whitechapel serait donc Jakob Kosminski, le frère aîné d'Anna. Après lui avoir rendu visite, cette dernière n'accepte pas que son frère soit désigné coupable et elle va devoir le prouver au chef de police Briggs et rapidement, puisque son frère doit subir une lobotomie dans une semaine. Là où le film marque des points, c'est dans sa façon d'intégrer les nouveautés technologiques d'époque à son histoire. Le monde de la psychiatrie faisait ses premiers pas dans le traitement des maladies mentales par lobotomie, la police utilisait des photographies de crimes pour mener ses enquêtes et devait faire apparaître désormais "le mobile" du tueur. L'évolution dans le domaine de la photographie est également bien mis en avant, de même que les travaux pour faire des images en mouvements et non plus fixes, à travers le personnage de David Cohen, qui s'inspire des essais de William Kennedy Laurie Dickson et de la trouvaille de John Carbutt (le celluloïd, commercialisé justement en 1888). Les références sont nombreuses et appropriées et donnent un intérêt supplémentaire au scénario. L'enquête menée par Anna nous plonge donc dans une ambiance policière et le film peut être vu comme tel. Les amateurs croyant assistés à des meurtres ultra-brutaux commis par Jack l'éventreur en seront pour leur frais puisque ce dernier ne sera jamais vraiment montré. Oubliez l'ombre sinistre se déplaçant avec cape, canne, chapeau haut de forme et mallette médicale dans le brouillard londonien, tout ça est inexistant dans le film. Comme indiqué par le chef de police Briggs, dans une très bonne scène se déroulant au commissariat, les meurtres ont déjà eu lieu et le coupable interné. Fin de l'histoire. Pourtant, les investigations d'Anna pour innocenter son frère vont réveiller quelque chose. Là réside l'intérêt du film : est-ce réellement son frère le meurtrier ou est-ce une habile supercherie du vrai tueur pour passer inaperçu et échapper à la police ? Les potentiels suspects sont légion ici, chaque protagoniste ayant un comportement qui pourrait nous indiquer qu'il est le vrai éventreur. Samuel Harris semble bien aimer photographier des modèles nus, son assistant David Cohen, qui était ami avec Jakob, veut figer le temps, "l'instant" avec ses photographies, l'inspecteur Abberline est-il aussi gentilhomme qu'il veut le faire croire ? L'enquête d'Anna est souvent savoureuse et intrigante, pleine de rebondissements, de mystères, d'intrigues et de dangers. Les références à Jack sont correctement intégrées, comme les lettres stockées au commissariat, avec From Hell écrit dessus. On sent que Sebastian Niemann connaît son sujet et qu'il a pris un vrai plaisir à concocter cette variation du mythe avec le scénariste Holger Karsten Schmidt, qui s'est quant à lui inspiré des éléments réels et qu'il a habilement mélangé avec la partie fictive de son histoire. Jack l'éventreur - sur les Traces du Tueur est donc un solide téléfilm, très luxueux, divertissant comme il faut et qui s'avère intéressant dans sa prise de liberté vis à vis de l'histoire réelle. Le final et ses révélations sont également bien pensés. A découvrir.

* Disponible en DVD et BR chez -> CONDOR ENTERTAINMENT <-